Épilogue
Looe Septembre 1986
« Entre l'enfance et la vieillesse, il y a l'espace d'une vie, le temps de quelques amitiés et d'un grand amour »
Anonyme
Bella
La routine est vivifiante, le quotidien passionnant et l'ennui est extraordinaire. Hors de la boite il y avait ça, c'était si proche que je ne l'ai pas vu. Maintenant je ne cherche même plus puisque je ne vois même plus l'horizon des possibles, il n'y a plus de cloison, plus d'obstacle, juste un champ de merveilles, à perte de vue.
Esmée m'appelle depuis le jardin verdoyant pour que je vienne l'aider à cueillir les dernières pommes. Petit Pote, bedonnant, m'emboite le pas dans le chemin dallé qui même au bout du jardin. Sa queue remue à toute allure, ses mouvements font onduler ses poils brillants et parfaitement démêlés. Je monte la petite bute parsemée de fleurs qui mène près du pommier. Je cherche Edward des yeux, il me semblait qu'il était sorti tout à l'heure. Ce n'est qu'une fois au pied de l'arbre qui surplombe le jardin, au travers de l'épais feuillage que je devine sa silhouette perchée entre les branches.
Esmée m'enlace, me serre la main quelques secondes. Elle est belle, belle à en pleurer, son sourire est immense. Elle me désigne Edward du doigt, mon cœur s'emballe quand il me regarde, fier d'avoir rempli à ras bord la cagette.
Je prends une grande inspiration, l'air est encore chaud, le vent doux et tout est tranquille, paisible. Je détaille ses jambes immenses et son dos large, puissant. J'aime la forme parfaite de ses épaules carrées, indestructibles. Il saute agilement à terre, dépose encore quelques pomme au dessus du tas. Son sourire est fabuleux, ses yeux pétillent et sa bouche est juste sublime. Il me contourne rapidement et ses grandes mains s'enroulent autour de mon ventre tandis qu'il me serre contre son torse, se penchant au-dessus de moi, nichant son nez dans mon cou par-dessus mon épaule.
- Oh ! Vous ne pouvez pas vous lâcher deux secondes ? Grogne Esmée.
- Esmée, je suis incapable de rester loin d'elle plus d'une heure vous le savez très bien, rit-il et comme pour la provoquer, il dépose une myriade de baisers doux sur la peau de ma joue et je me laisse aller contre lui. Esmée nous couve du regard en souriant et ma voix me murmure un «je t'aime» avec une tendresse qui fait se crisper délicieusement mon ventre.
- Je t'aime aussi Edward dis-je avant d'embrasser sa mâchoire.
- Bon à savoir. Plastronne-t-il en me relâchant. Allez ! Grimpe là-dedans petit singe ! Il m'escorte vers l'échelle et j'obéis. Il ne me quitte pas des yeux quand j'escalade de branche en branche pour accéder aux endroits les plus hauts. Désolée les oiseaux, cette année, on ne vous laisse rien. On a des dizaines de tartes aux pommes à faire pour la fête d'Halloween.
Je devrais avoir peur de jouer les équilibristes dans ce vieil arbre humide et probablement que seule, je n'arriverai même pas en haut de l'échelle, mais j'ai confiance en l'homme en bas et je sais que rien ne m'arrivera, il assure chacun de mes gestes et je sais que je peux tomber, il me rattrapera.
Edward
Tu ne t'es jamais dit un jour, tiens ? Je ne suis pas parfait mais ça me donne un charme ? Et bah moi je me le dis tous les jours. Je ne suis pas parfait mais je fais en sorte de l'être et ce qui ne l'est pas et bien ça l'est quand même parce que c'est moi ! A force d'être regardé comme la huitième merveille du monde on finit par le devenir.
-Hé ? Tu crois que le canapé c'est l'annexe de la table ?
-Hum pardon, désolé, je nettoierai t'inquiète pas.
-Oh si je m'inquiète sourit-elle en se laissant tomber près de moi. Je balance le paquet de chips sur la table basse, je frotte les miettes entre nous et j'enroule mon bras autour de sa taille pour la plaquer sous moi. Je ne sais pas comment je fais ça sans lui faire mal mais je dois être un genre de marionnettiste et Bella un très beau jouet parce qu'elle est étendue de tout son long sous moi sans même avoir pu protester et ma langue attaque sa carotide.
-Tu sens les chips au fromage ! Grogne-t-elle en me repoussant et je l'embrasse pour la faire taire.
-Et tu as le goût aussi ! S'offusque-t-elle. Alors du bout du bras, j'attrape le paquet, mon épaule l'empêche de faire le moindre geste et je fourre deux chips dans sa bouche. Elles craquent sous ses dents et je lèche sa lèvre inférieure pour récupérer le sel qui s'est déposé là. Sa bouche s'entrouvre légèrement et son souffle caresse la mienne.
-On est ex æquo maintenant ris-je.
-Et j'ai des miettes qui me piquent le dos.
-Tourne-toi ! Je vais arranger ça !
-Non Edward ! Tu n'arranges rien du tout ! Claque-t-elle et mon sexe joyeux se met à bouder comme un enfant. Les gars vont arriver, reprend-elle d'une voix plus douce, visiblement navrée de contrecarrer mes plans. Mais je pense au match et j'ai hâte de voir le bleu ciel des maillots d'Everton.
J'allume la télé pour l'émission d'avant-match et Bella, qui se fiche royalement du foot, pose sa tête sur mes cuisses pour contempler le plafond. Mes doigts s'enroulent dans ses cheveux et je grattouille sa tête.
-On devrait repeindre le plafond dit-elle distraitement alors qu'un reportage sur le nouvel attaquant de Chelsea est diffusé. Je jette un coup d'œil rapide, je ne vois pas pourquoi elle dit ça, et je m'en fiche un peu. On ne devrait pas rester très longtemps ici.
-Je croyais que tu voulais qu'on trouve un appartement plus grand.
-Ouais, il faudrait soupire-t-elle et je penche ma tête au dessus d'elle pour voir ses yeux, ils sont pleins de mélancolie.
-C'est toi qui a suggéré ça Bella, si tu veux rester ici on peut et repeindre le plafond. Sa main se pose sur ma joue, elle me regarde comme la huitième merveille du monde encore.
-T'es adorable Edward. Chuchote-t-elle, mais toi, qu'est ce que tu veux ?
-M'est égal, c'est petit ici, mais ça me dérange pas, ça nous oblige à nous coller tout le temps. Je veux être avec toi Bella, si tu veux qu'on prenne un appartement plus grand on peut, si tu veux repeindre le plafond, on peut aussi. Enfin, tu peux, parce que c'est ton idée, moi je le trouve très bien ce plafond !
-Fainéant !
-Un peu, tends le bras pour moi s'il te plait. Elle attrape le paquet de chips sur la table et le passe au- dessus de sa tête. Je le dépose sur l'accoudoir et je continue de caresser ses cheveux, qui vont sentir le fromage mais qu'importe, ça me fera une excuse pour glisser sous la douche avec elle. Je pourrai lui laver ses cheveux prétextant réparer mes bêtises et elle devra me tourner le dos et je pourrais malaxer son petit cul et elle se cambrerait contre le mur.
-Edward ? à quoi tu penses ? Son regard en contre-bas est amusé et elle appuie sa tête sur le côté et je prends conscience que je suis dur et qu'elle le sent.
-Je pense que les autres vont arriver et que je ne les aime pas, rien que pour ça je ne les aime pas.
-A t'écouter tu n'aimes personne.
-Si toi et le chien, le chien n'est pas chiant et il est mignon et il ne m'empêche pas de t'emmener tout de suite dans la salle de bain pour te prendre fort contre le carrelage.
-Quoi ? Crie-elle en se redressant. C'est donc à ça que tu pensais ?
-T'as des chips dans les cheveux alors ouais, une idée en amenant une autre…
Elle secoue ses longues boucles et laisse tomber sa tète contre mon épaule en grognant de frustration.
-Pourquoi tu les as invités ? Chouine-t-elle en poussant mon bras avec son front. Déjà les matchs c'est trop long mais maintenant ça va l'être encore plus ! Tu n'aurais jamais dû me dire ça !
-C'est toi qui as posé la question !
La sonnette retentit et Petit Pote détale vers la porte en aboyant.
-Ouais entrez ! Crie-je sans lever mes fesses du canapé et Riley, Gareth et Peter rentrent sans se formaliser.
-Hé ! Les siamois, vous n'êtes toujours pas décollés ? Se moque Garrett en posant une bise sur la joue de Bella. Riley en fait de même après avoir serré ma main. Peter s'installe à droite de Bella et Riley tombe dans le fauteuil. Garrett se pose au pied du canapé après avoir sorti un pack de bière et des cacahuètes de son sac. Il me tend une bouteille et le bras de Bella m'arrête net alors que je suis à deux doigts de faire sauter la capsule sur le bord de la table, comme un vieux reflex de merde.
Elle se lève et trottine jusqu'à la cuisine. Elle revient armée de son décapsuleur et je lui laisse soin d'ouvrir ma boisson. Elle m'offre un grand sourire et fait de même avec ses amis. Elle semble heureuse d'avoir réussi à imposer ça chez nous. Mais quel genre d'homme utilise un décapsuleur ?
Je regarde son petit cul se faufiler entre nous pour reprendre sa place et ma main glisse immédiatement dans le bas de son dos, sous son tee-shirt. Elle se colle à mon torse et ses doigts dessinent des formes sur mon bras. Et ça dure tout le long de la première mi-temps. Heureusement qu'il y a ses doigts sur moi, qui m'empêche de devenir dingue quand le dernier défenseur de Chelsea fait un véritable attentat sur notre allié droit dans la surface de réparation.
C'est terriblement frustrant et je comprends que je ne suis pas le seul à ronger mes ongles, à avoir envie de tout casser quand ses gros cons de Chelsea foutent le bordel dans les tribunes. Le téléphone se met à carillonner environ douze secondes après le coup de sifflet final et Bella ne fait même pas un geste pour décrocher. J'escalade un peu son corps pour prendre le combiné derrière elle.
-Ouais ? Allo ? Dis-je et ma voix suinte la haine. Un flot d'insultes me répond et parmi les mots vulgaires lâchés en vrac par Emmett j'entends Jasper gueuler derrière lui, comme un âne. Ils sont aussi frustrés que moi ces deux zigotos et les doigts de Bella qui massent les tendons de mon poignet libre me font trop de bien. Ils me retiennent de sauter dans ma voiture pour aller à Chelsea.
Je dis moi aussi ma façon de penser à propos de ses quiches de Blues de merde et j'offre un sourire à ma princesse, elle a l'air inquiète alors j'embrasse furtivement son nez. Elle se détend à ce geste et retourne son attention sur ses amis. Elle ne lâche pas pour autant ma main et j'aime la sentir si près de moi, même dans ces moments là.
Après avoir insulté et haï le monde entier, je finis par rire de cette défaite, après tout, ce n'est que du foot, mais j'aimerais bien être à la sortie du stade là maintenant, tout de suite et me faire quelques cons avec mes potes. J'adore ceux de Bella mais ils sont trop mous, trop gentils et trop dans le moule.
Bella les raccompagne alors que je suis toujours en train de refaire le match avec Emmett On rit fort et longtemps se moquant de tel ou tel joueur, dénigrant l'arbitre et balançant mesquinement sur les commentaires stupides des deux gars qui animaient le match. Dans tout ça il me glisse quand même que ses gosses vont bien et que son petit gars a déjà de super bon réflexes pour attraper le ballon. Il sera gardien, comme son père c'est évident et j'ai hâte de les revoir, ils ont dû franchement grandir depuis cet été.
Je bavarde avec Jasper un petit moment après ça, on parle de nos boulots et d'Alice qui est au Oak en ce moment. J'allume une clope sans trop m'en rendre compte et Bella, ma parfaite Bella pose un cendrier et une bière sur la table devant moi. Perfection ouais, ma femme est parfaite.
Elle sort notre chien pendant que Jasper me raconte les derniers évènements d'Everton. Les semaines passées ont été agitées pour l'EFC et apparemment les flics les surveillent plus que jamais. Mais en même temps vu la discrétion de leur leader je ne suis pas étonné. Carlisle m'en a parlé il y a quelques jours, suite à l'arrestation de Kyle et de James. Je suis navré d'apprendre par Jasper qu'ils vont quand même passer au tribunal, même s'ils ont été relâchés, voie de fait et dégradation de biens publics. Ça me rappelle de sales souvenirs mais je sais aussi qu'à leur place je me disais que le jeu en valait la chandelle.
Bella pose un baiser sur mon épaule et me murmure qu'elle va à la douche. Je scrute ses yeux pour savoir si c'est une invitation dans ce cas j'expédie la conversation ou alors si c'est juste une information et je peux continuer de bavarder comme une putain de vieille commère. La lueur brillante dans son regard et la petite moue boudeuse de sa lèvre inférieure me répondent. C'est clairement une invitation à la débauche et environ dix-huit secondes plus tard, même pas le temps d'être poli, j'ai coupé la communication.
Quand je rentre dans la salle de bain, princesse Bella est déjà toute nue et toute mouillée. Elle ne semble pas étonnée de me voir et m'offre un large sourire en écartant un peu le rideau bleu.
-Vous avez besoin de quelques chose Monsieur Cullen ? Demande-t-elle avec son foutu sexy sourire aguicheur.
-Absolument mademoiselle Swan, absolument ! Dis-je en faisant voltiger mes fringues partout autour. Et Bella me sourit délicieusement. Je suis collé à son petit corps avant même qu'elle n'ait pu demander quoi que ce soit. Elle se tourne dans mes bras et embrasse mes lèvres.
-J'aime tellement quand tu es comme ça, souris-je en caressant ses bras et ses épaules.
-Quand je suis comment ? nue ?
-Oh ouais, j'aime quand tu es nue, mais j'aime quand tu m'aguiches, tu n'es qu'une enjôleuse chérie.
-C'est le meilleur moyen que j'aie de te distraire.
-Merci, dis-je contre ses lèvres en plaquant ma virilité contre son ventre. Mais tu n'as pas besoin de faire ça Bella.
-Oh si, tout à l'heure, à la fin du match tu étais tellement dingue.
-C'est le football poupée, ça ne changera jamais, ce sport nous rend dingues.
-Tu avais l'air tellement frustré de ne pas pouvoir être là-bas. Elle dépose des baisers sur mes pectoraux, particulièrement le gauche, là ou la devise d'Everton est incrustée à tout jamais dans ma peau. Et je frissonne de bien-être.
-Ouais … Je l'étais… dis-je la voix un peu cassée par l'excitation qui m'envahit et ma tête part en arrière quand sa main descend le long de mon corps. Mais les promesses… que je t'ai faites sont beaucoup plus importantes que ça, tu es plus importante que ça… oh ouais … oh Bella oui !
~ FIN ~
