Pendant ma troisième année, notre professeur de défense contre les forces du Mal nous disait que les racistes, suite à une montée des violences envers les nés-Moldus, feraient mieux de faire profil bas car, sans baguette, les sorciers étaient réduits au rang de Moldus. J'ai donc reçu trois heures de retenue et fait perdre cinquante points à Serpentard en faisant remarquer à ce professeur que cette réflexion était d'une idiotie aussi profonde que celle des sorciers et des sorcières rêvant d'un monde sans Cracmols ni nés-Moldus.

Pourquoi lui ai-je dit ça ? Tout simplement parce qu'un sorcier ou une sorcière n'a pas besoin de baguette. Le sang qui coule dans nos veines est teinté de magie : la baguette n'est qu'un accessoire, un moyen de rendre toute la magie habitant nos corps visible dans le monde physique. Aussi ai-je commencé à rechercher ma magie, celle présente dans mon os, dans mes veines, dans mes nerfs, dans mes muscles pour explorer et étudier ce que j'appelle la « magie corporelle ».

La trouver n'est pas difficile : un philtre d'Introspection vous permettra de la déceler, de la sentir, voire même de l'effleurer. Le plus complexe, c'est de la contrôler, car il faut apprendre à la sentir sans boire la potion que je citais plus haut. Cependant, afin de vous éviter un entraînement intensif et sans nul doute assez long pour que le désespoir vous gagne, j'ai pris la liberté de partager avec vous le sortilège le plus simple qui soit : l'Onde, facile à apprendre (voir la partie Sortilèges avancés).

La magie corporelle fonctionne très simplement : elle nécessite d'une part, que vous ayez conscience et sentiez votre magie interne, et d'autre part, que vous ayez une bonne volonté. L'expérience en transplanage n'est même pas obligatoire pour réaliser le sortilège de l'Onde, même si elle est extrêmement pratique. Pour bien aborder la magie corporelle, je vous propose l'exercice suivant : trouvez un endroit calme, silencieux ou avec un petit bruit de fond qui vous apaisera, fermez les yeux et cherchez, cherchez, cherchez. Vous ne trouverez sûrement pas, il ne servirait à rien de le nier, mais le philtre d'Introspection n'en sera que plus éclairant et vous permettra de sentir et de trouver plus facilement votre magie interne.

Le lendemain matin, Harry ne fut guère surpris de découvrir que les Maraudeurs avaient déjà déserté le dortoir quand lui-même se réveilla, d'autant qu'ils avaient feint de dormir quand il était arrivé la veille. Néanmoins, leur comportement ne le déçut pas, car toutes ses pensées furent focalisées sur la recherche de sa magie interne : en se levant, en prenant sa douche, en s'habillant, il chercha, chercha, chercha, encore et toujours, mais sans s'attendre à trouver. Il avait depuis longtemps compris que Grinval n'exagérait jamais la difficulté d'un exercice.

Lorsqu'il descendit dans la salle commune de Gryffondor, ronde et chaleureuse, il dut quand même sortir de sa recherche infructueuse en remarquant, du coin de l'œil, qu'un jeune homme s'était levé d'un des fauteuils. Avec une bien meilleure mine, les cheveux châtain clair et les yeux légèrement cernés, Remus Lupin s'approcha de lui avec un sourire timide, la main tendue :

− Remus Lupin, dit-il.

− Harry Potter, répondit Harry en serrant la main offerte. J'avais entendu dire que tu étais le plus sociable et le moins imbécile des garçons de Gryffondor…

Remus parut mal à l'aise.

− C'est juste que… enfin, je ne peux pas prétendre comprendre James, mais j'imagine que… et puis, avec tous ces ragots que Webster répand…

− Ne t'en fais pas, je ne le prends pas mal, dit Harry. Je pense que j'aurais réagi comme James, en plus.

Ils s'engouffrèrent par le trou aménagé dans le mur, le portrait de la Grosse Dame pivotant sur leur passage, et prirent le chemin vers le Grand Escalier.

− Pourtant, tu n'as pas l'air très méfiant, commenta Remus.

− J'ai rapidement entendu parler de James, dit Harry en haussant les épaules. Il me paraissait peu probable que son existence puisse être un piège, une supercherie ou une machination, étant donné qu'il était à Poudlard depuis déjà six ans. Cependant, quand je dis que j'aurais réagi comme lui, c'est parce que j'ai des raisons concrètes. J'ai un don pour m'attirer des ennuis, alors que lui… eh bien, il m'a juste l'air d'être un farceur…

− On ne peut pas vraiment lui en vouloir, dit Remus dans un souci de défendre son ami. Beaucoup de familles, depuis le début de la guerre, ont été prises pour cibles, notamment de vieilles familles sorcières…

− Parce qu'elles représentent un danger pour Voldemort, dit Harry, ou parce qu'elles refusent de se soumettre, mais comme tu le dis, on ne peut pas vraiment lui en vouloir car il y a énormément de personnes qui s'attendent à être attaquées. J'ai remarqué ça en observant les personnes, à Pré-au-Lard.

Remus parut étrangement satisfait, comme s'il venait d'acquérir la confirmation à un soupçon.

− En tout cas, tu as beaucoup fait parler de toi, le mois dernier, dit-il avec bonne humeur. Il paraît que tu as été assez irrespectueux envers Mulciber et Haustin, même si leur définition de « respect » laisse à désirer.

− Ce ne sont pas deux vulgaires élèves qui vont m'intimider, dit Harry en souriant. Je ne doute pas qu'ils aient démontré des… qualités pour se faire ainsi craindre par les autres, mais je ne suis pas un autre. Qu'ils fassent les fiers pendant qu'ils le peuvent encore : dans quelques années, nous les verrons s'agenouiller d'un sorcier pour lui baiser les pieds et se faire dessus à chaque fois qu'ils échoueront dans leurs tâches.

Remus lui lança un regard un peu surpris.

− C'est vrai que tu cernes assez bien les gens, commenta-t-il alors qu'ils descendaient le Grand Escalier.

− Les gens simples, seulement les gens simples, répondit Harry.

Il jeta un coup d'œil par-dessus la rampe.

− On dirait que tu vas devoir poursuivre le chemin jusqu'à la Grande Salle sans moi, remarqua-t-il.

Sur le deuxième palier, en effet, Dumbledore s'entretenait en effet avec deux hommes aux visages hermétiques et austères.

− Tu n'as pas l'air trop inquiet, dit Remus d'un air intrigué.

− Oh non, dit Harry avec légèreté. Je peux être particulièrement malin quand je le veux, et Burrow pourra s'en apercevoir très bientôt. Je peux te confier mon sac ?

− Heu… D'accord, et bonne chance.

− A plus tard, dit Harry.

Ils se séparèrent sur le deuxième palier au moment où les Aurors se tournaient vers Harry. Dumbledore tourna la tête vers Harry et lui lança un regard perçant, mais Harry s'était préparé : chacune de ses pensées était bloquée sur Peeves qui l'accompagnait jusqu'au couloir de Gryffondor, où Lily avait eu la gentillesse d'attendre pour lui communiquer le mot de passe.

− Mr Potter, je vous présente…

− Harry Potter, vous êtes en état d'arrestation, coupa l'un des Aurors.

− Votre baguette magique, exigea l'autre.

Harry la tira et la donna à la main tendue, tandis que le premier Auror à avoir parlé faisait surgir des menottes : il saisit un poignet de Harry pour le lui ramener dans le dos, et le jeune homme lui présenta son autre poignet très docilement. Il aurait préféré que les Aurors n'en viennent pas à le menotter, mais tant pis : les élèves susceptibles de se moquer tomberaient d'encore plus haut quand il reviendrait.

− Nous connaissons le chemin, Dumbledore, dit le second Auror.

− Mais pas le moyen de franchir le portail, répliqua Dumbledore avec amabilité. Permettez-moi de vous ouvrir la voie, Aldric.

L'Auror hocha sèchement la tête et Dumbledore prit les devant, tandis que des Serdaigle et des Gryffondor les observaient depuis l'étage supérieur en commentant discrètement l'arrestation. Lorsqu'ils atteignirent le hall, une foule d'élèves s'était amassée devant les portes de la Grande Salle – à n'en point douter, ils avaient remarqué les deux Aurors un peu plus tôt et avaient tout de suite deviné qu'ils ne repartiraient pas les mains vides. Mulciber et ses amis étaient aux premières loges et affichaient des sourires goguenards, tout comme Webster et sa bande. La tête entre les jambes, flottant au-dessus des spectateurs, Peeves émit un petit rire :

Oh, regardez le p'tit Potter !

Tout le monde dit qu'c'est un tueur,

Mais l'vieux Peevy vous le dit :

C'est un maniganceur de génie !

Les Aurors et plusieurs élèves levèrent les yeux vers l'esprit-frappeur, qui leur adressa un bruit incongru avant de prendre la fuite. Les sourires figés des Serpentard et des Serdaigle en arrachèrent un, rusé et narquois, à Harry qui fut poussé dans le dos par ses geôliers. Ils franchirent l'encadrement des immenses portes et sortirent sous un ciel gris duquel tombait une pluie fine et tiède.

− Qu'est-ce que Peeves voulait dire ? interrogea un Auror.

− Vous connaissez Peeves, Edward, répondit Dumbledore en haussant les épaules.

− Ca sent le piège, grogna le dénommé Aldric.

− Oh oui, surtout avec les mains dans le dos et menottées, rétorqua Harry d'un ton sarcastique.

− Fermez-la, Potter !

Atteignant le portail, Dumbledore sortit sa baguette magique et donna un coup dessus : une vague d'air brûlant parut jaillir de la serrure et se répandre dans les grilles, qui émirent un cliquetis sonore et s'écartèrent pour laisser la voie libre aux Aurors et à leur prisonnier.

− Bonne chance, Harry, dit Dumbledore d'un ton sobre.

− Si Peeves continue à chanter, assommez-le… suggéra Harry.

− J'ai dit : la ferme ! gronda Aldric.

Les deux Aurors pivotèrent et happèrent Harry dans l'obscurité oppressante du transplanage, bien que Harry se sentit plus à son aise, malgré la sensation d'être comprimé de toutes parts.

L'atrium du ministère apparut. Sans perdre un instant, les deux Aurors poussèrent Harry vers les hautes portes dorées donnant sur le hall des ascenseurs, les employés du ministère s'écartant vivement sur leur chemin, lançant des regards interloqués au jeune homme avant que d'autres ne leur chuchotent la raison de son arrestation. Ici ou à Poudlard, adultes et adolescents paraissaient adeptes du commérage, songea Harry.

− Ecartez-vous ! lança sèchement le dénommé Edward à l'adresse d'une file d'attente.

Bougonnant et fusillant du regard l'Auror, les employés s'écartèrent pour laisser les chasseurs de mages noirs entraîner Harry jusqu'à la cabine qui venait de s'arrêter. Aldric écrasa le bouton de descente, la grille d'or glissa sur le côté pour se fermer. Dans un cliquetis de chaîne, l'ascenseur entama alors sa plongée dans les profondeurs du ministère de la Magie.

− Niveau neuf, annonça la voix féminine, Département des mystères.

Les portes s'ouvrirent sur un couloir aux murs nus, éclairés par des torches dont les flammes. Tout au fond, les yeux de Harry fixèrent brièvement la porte noire et lisse, sans poignée ni serrure, du Département des mystères – il avait beau avoir attendu et s'y être essayé, il n'était pas parvenu à atteindre les pensées de Lord Voldemort. Si son calcul était exact, cependant, les Mangemorts dépêchés sur le continent pour localiser les auteurs de l'attaque sur Massalia avaient dû revenir en Grande-Bretagne. Harry avait imaginé que l'échec des investigations mettrait Voldemort dans une colère noire, mais il n'avait rien ressenti au niveau de sa cicatrice.

Harry se désintéressa rapidement du Département des mystères, toutefois, car un homme attira son attention en direction de l'ouverture permettant de rejoindre les vieux cachots du Magenmagot. C'était un sorcier corpulent et barbu, ses cheveux bruns parsemés de fils gris formant de petites bouclettes sur sa tête aux joues flasques, mais il avait un regard méchamment satisfait qui ne trompait pas : enfin, après un mois, Gabriel Burrow lui faisait face – et à en juger par la manière dont il observait l'œil rouge de Harry, il se voyait déjà le porter au Grand Seigneur.

− Bien, bien, le fameux Harry Potter ! dit Burrow de sa voix de baryton. Sa baguette ?

− Ici, répondit Edward en la lui tendant.

− Double meurtre, deux couleurs d'yeux… Votre baguette serait bien mieux en deux morceaux, Potter.

Sur ce, il tordit la baguette de toute la force de ses bras volumineux jusqu'à ce que celle-ci cède dans un Crac ! qui résonna sinistrement aux oreilles de Harry, mais il ne montra aucune tristesse. Cette baguette l'avait toujours suivi, où qu'il aille, quoi qu'il fasse, elle avait été là pour lui permettre d'échapper aux dangers les plus mortels – mais soit, pensa Harry, il la récupérerait chez Ollivander dès que toute cette histoire serait finie.

− Oups, ricana Burrow. Allons-y !

Glissant les morceaux de la baguette de Harry, dont la plume de phénix était nettement visible, dans une poche de sa robe couleur prune brodée d'un M doré, Burrow ouvrit la voie en descendant une volée de marches, puis ils franchirent une lourde grille en fer et s'arrêtèrent devant la première porte, que Burrow d'un air réjoui.

Le cachot ressemblait à celui où Harry avait assisté à son audience disciplinaire, vaste et circulaire, meublée de trois tribunes formant un arc-de-cercle face à un fauteuil aux chaînes enchantées. Dans les gradins de gauche, des employés du ministère de la Magie venaient apparemment étancher leur curiosité en compagne d'envoyés de La Gazette du sorcier et de magazines que Harry ne parvenait pas à identifier. Face au fauteuil, le Magenmagot aux robes identiques à celle de Burrow, observa attentivement les Aurors mener Harry jusqu'au centre de la pièce, lui ôter les menottes puis le forcer à s'asseoir dans le fauteuil. Les chaînes s'illuminèrent et s'enroulèrent autour des avant-bras de Harry. Les Aurors repartirent, tandis que Burrow rejoignait ses collègues.

Harry lança un regard vers la tribune de droite. Une demi-dizaine de jeunes sorciers et de jeunes sorcières était accompagnée d'un homme à la crinière laissée libre, ses petits yeux sombres observant attentivement Harry, son visage couturé présentant un nez entier. A l'évidence, Maugrey avait emmené des apprentis-Aurors pour assister au procès et leur montrer comment se déroulait ce genre d'interventions du Magenmagot.

− Bien ! dit Burrow, sa voix de baryton résonnant dans le cachot, au moment où il s'arrêtait au premier rang de la tribune centrale, derrière un pupitre. Harry Potter, jusqu'alors insaisissable, a naïvement cru qu'il pourrait être à l'abri de ses crimes en rejoignant Poudlard, où il a été interpellé par les Aurors. Les charges retenues contre lui, rappelons-le, sont : accusé des meurtres de Luther McPherson et de Liam Hershaw, de violences envers plusieurs témoins ayant tenté de le neutraliser, de délit de fuite, de cavale et de déclarations mensongères à la commission de recensement. Vous êtes bien Harry Potter ?

− Oui, répondit Harry d'un ton très calme.

− Nous avons fait des recherches à votre sujet, Potter, annonça Burrow. Et savez-vous ce qu'elles ont donné ?

− Des résultats ?

− Nous n'avons trouvé aucune trace de vos parents dans les cimetières ukrainiens, Potter !

− A quel moment ai-je dit qu'ils étaient enterrés en Ukraine ? demanda Harry.

Burrow cilla, mais il se ressaisit presque aussitôt.

− Rodtchenko était ukrainien, dit-il sèchement.

− Et il m'a promené un peu partout en Europe toute mon enfance et mon adolescence, objecta Harry. Ce n'est pas en me recueillant qu'il s'est dit : « Tiens, je vais le balader dans tous les sens ! »

− Dans ce cas, dans quel cimetière les aurait-il enterrés ? interrogea Burrow d'un ton narquois.

− Où êtes-vous allé chercher qu'ils avaient été enterrés dans un cimetière ? demanda Harry d'un ton poli. Je ne me souviens pas avoir parlé de cimetière : j'ai dit que Vassili avait trouvé leurs dépouilles et les avait enterrées.

− Comme c'est pratique, grinça Burrow.

− Pas vraiment, admit Harry, puisque vous ne les trouvez pas.

Burrow lui lança un regard assassin, n'appréciant visiblement pas cette tentative d'humour.

− En parlant de Rodtchenko, reprit-il d'une voix forte, les témoignages recueillis auprès de son voisinage n'ont jamais fait allusion à un enfant qu'il aurait recueilli ! Aucun de ses voisins ne se souvient avoir vu Rodtchenko et un enfant ensemble ! Qu'avez-vous à dire à ça ?

− J'ai un don pour passer inaperçu, prétendit Harry. La Brigade magique vous le confirmera, je pense, puisque je suis passé à plusieurs reprises à côté de brigadiers qui ne m'ont pas remarqué, contrairement aux élèves.

− Vous avez réponse à tout, n'est-ce pas ? répliqua froidement Burrow.

− Presque tout, mentit Harry avec un sourire insolent.

− C'est ce que nous allons voir, siffla Burrow d'un air malveillant. Quatre témoins affirment vous avoir abattre Luther McPherson et Liam Hershaw, Potter ! Que dîtes-vous à ça ?

− Que vous êtes encore plus stupide et incompétent que je l'imaginais, répondit Harry.

Burrow sembla avoir pris une gifle, mais son visage s'empourpra presque aussitôt :

− Qu'est-ce que vous avez dit ? gronda-t-il.

− Que quatre témoins ne peuvent pas m'avoir reconnu, expliqua Harry, car le ministère de la Magie ne dispose d'aucun portrait de moi, sinon le Bureau des Aurors en aurait affiché à Pré-au-Lard et sur le Chemin de Traverse dès que j'ai été accusé des meurtres de ces deux hommes. Et même si vous aviez regroupé ma description par ces témoins et que vous l'aviez comparée à celle que feraient les membres de la commission, je parierai que vous ne vous êtes pas intéressé un seul instant à James Potter, qui me ressemble trait pour trait. Si vous y tenez, toutefois, je demande à ce qu'un legilimens expérimenté explore les souvenirs de ces témoins pour les authentifier.

Harry songea qu'il n'aurait peut-être pas besoin des documents volés chez Burrow pour se disculper : dans les gradins supérieurs de la tribune centrale, plusieurs membres du Magenmagot échangèrent rapidement leurs avis à voix basse. Cependant, Harry savait pertinemment que la liasse de parchemins était d'une importance vitale pour coincer Burrow, ou celui-ci réussirait peut-être à s'en sortir indemne.

− Votre demande est rejetée ! déclara Burrow, le regard flamboyant. Le ministère de la Magie a des affaires de plus grande importance que de pourvoir aux tentatives désespérées d'un criminel cherchant à lui perdre un temps précieux.

− Bien sûr, dit Harry avec douceur. C'est la raison pour laquelle vous avez passé un mois à me traquer, malgré que les meurtres de McPherson et Hershaw ne soient survenus qu'autour de la mi-août.

Burrow parut avoir quelque chose de coincer en travers la gorge, mais là encore, il trouva une parade :

− Vos réponses lors de votre recensement me paraissaient suspectes ! tonna-t-il. Une naissance sur le territoire britannique qui aurait échappé au ministère de la Magie, des parents inconnus assassinés qui possédaient comme par magie une devinette sur l'héritage de Toma Grinval, leur fils prétendument capable d'échapper à la vigilance de tous les ministères pendant que son tuteur lui enseigne illégalement la magie : c'est impossible ! Rodtchenko n'a jamais obtenu la moindre autorisation pour vous élever, ni vous enseigner la magie ! Vous vivez depuis votre naissance dans la clandestinité, Potter !

− Il est vrai que les ministères voient souvent des bébés âgés d'un an se manifester auprès de leurs services, dit Harry, mais je vous avoue que j'avais quelques difficultés avec le transplanage, à l'époque.

Quelques personnes, dans les tribunes latérales et celle du Magenmagot, eurent des sourires discrets, bien plus sensibles à cette note d'humour que Burrow, dont le visage se crispa de colère et devint écarlate :

− Ca n'explique pas les mystères entourant votre prétendue famille ! s'écria-t-il.

− Vous avez cité un parfait exemple de mystères, objecta Harry. Toma Grinval a hérité d'une famille qui avait totalement disparu deux siècles avant sa naissance, le ministère de la Magie n'a jamais identifié ses parents et on lui a fichu la paix pendant toute sa scolarité. Le ministère commet des erreurs comme toutes les institutions ! Il a beau se croire infaillible, il n'est pas à l'abri de découvrir que certains de ses employés soient des Mangemorts… ou des espions d'autres organismes, qui sait ?

Malgré la distance, Harry vit nettement Burrow déglutir avec difficulté, comprenant à présent que l'adolescent se présentait comme une menace. Que croyait-il ? Etant donné le personnage, Harry ne serait pas surpris que son adversaire n'ait jamais envisagé qu'il puisse connaître la Fraternité et l'identifier comme l'un de ses membres. Et ils ont nommé un imbécile pareil au poste de directeur, songea Harry, affligé.

A la gauche de Burrow, une femme à la coiffure compliquée, hérissée de broches sombres, se pencha en avant, comme pour mieux observer Harry de ses grands yeux marron.

− Si je comprends bien, Mr Potter, dit-elle, vous vous prétendez victime d'une machination ?

− Non, je suis victime d'une machination.

− Ben voyons ! s'exclama Burrow d'un ton théâtral. Et demain, vous accuserez le ministre de la Magie d'avoir bu le thé avec Vous-Savez-Qui, c'est ça ?

− Lord Voldemort ne boit pas de thé, à mon avis.

Un frisson parcourut l'assemblée et le sourire goguenard de Burrow se figea sur ses lèvres épaisses.

− Avez-vous des preuves étayant cette machination, Mr Potter ? reprit la sorcière.

− Je les attends…

Il y eut alors une gerbe de flammes au-dessus de Harry et une liasse de parchemins tomba sur ses genoux.

− … et je les ai reçues, acheva-t-il sans se laisser surprendre.

− Que quelqu'un me les apporte ! ordonna Burrow d'un ton dédaigneux.

− Non ! répliqua Harry.

Il tourna les yeux vers le greffier qui avait amorcé un geste pour se lever de sa chaise.

− Vous, vous restez à votre place, dit-il d'un ton calme.

− De quel droit donnez-vous des ordres ?! s'insurgea Burrow.

− Je me suis toujours demandé si Maugrey savait lire, prétendit Harry. Si ça ne lui fait rien, j'apprécierai qu'on l'autorise à venir chercher ces lettres et qu'il en lise une…

La sorcière tourna ses grands yeux marron vers l'Auror et lui adressa un signe de tête affirmatif. Descendant le petit escalier aménagé entre les gradins, Maugrey rejoignit Harry en l'observant avec beaucoup d'attention, puis il ramassa la liasse de parchemins et en extirpa un pour le déplier :

Nous avons modifié les souvenirs des quatre imbéciles, ils témoigneront contre Potter s'il réussit à échapper aux Aurors le jour de la rentrée. A vous de faire le nécessaire, le cas échéant, pour qu'il finisse à Azkaban.

Le teint de Burrow ressemblait à du lait caillé, tandis que les regards perspicaces ou observateurs se tournaient vers lui, comprenant que le directeur du Département de la justice magique était impliqué au premier chef.

− Gabriel Burrow est impliqué dans un complot visant ma personne, déclara Harry avec un sourire féroce. Il se trouve également avoir commandité le meurtre d'un journaliste s'étant un peu trop intéressé à la croissance assez phénoménale de sa fortune. Il a communiqué des informations sur certains employés du ministère. Il a atteint son poste de directeur en soumettant son principal rival à l'Imperium pour que celui-ci se désiste, puis il l'a fait faire mourir par l'intermédiaire d'une tierce personne. Toutes ces lettres l'attestent, il y en a même une que cet idiot a signé de ses initiales… Vous vouliez la guerre, Gabriel, vous l'avez trouvée.

Des baguettes avaient jailli tout autour de Burrow, tétanisé d'horreur de découvrir sa correspondance privée, et criminelle, entre les mains de Maugrey.

Il y eut alors une soudaine agitation dans la tribune de gauche. Harry tourna la tête vers un homme chauve, les yeux flamboyants de haine, le visage tendu par la fureur, qui avait bousculé ses voisins et pointait sa baguette sur Harry :

AVADA KEDAVRA !

La baguette de Maugrey jaillit avec une rapidité stupéfiante et décocha un éclair de lumière rouge qui heurta le jet verdâtre. Les deux sorts se combattirent un court instant, puis le maléfice mortel bondit vers le plafond tandis que celui de Maugrey allait s'écraser au sol. Une seconde plus tard, un faisceau écarlate traversait le cachot pour atteindre l'homme à la poitrine, le stupéfixant aussitôt. L'une des jeunes Aurors reçut aussitôt les félicitations de ses camarades.

La sorcière à la coiffure compliquée saisit le marteau qui trainait sur le pupitre et martela plusieurs coups pour exiger le silence :

− Alastor, dit-elle, relâchez Mr Potter et organisez-vous avec vos apprentis pour cet homme et Burrow.

Maugrey pointa sa baguette magique sur les chaînes qui maintenaient les avant-bras de Harry.

− Avoue que je lis bien, Potter, grogna-t-il de sa voix rocailleuse.

− Je n'en doutais pas, mais il me fallait le meilleur au cas où quelque chose dans ce genre-là arriverait. Mais je commençais à m'inquiéter en ne voyant pas Dumbledore arriver…

− Bien vu, admit Maugrey.

Et il s'éloigna vers les apprentis-Aurors pour donner une tape amicale sur l'épaule de la jeune femme qui avait stupéfixé l'auteur du sortilège de Mort. Harry se leva de son fauteuil et leva les yeux sur Burrow, dont le regard, loin d'exprimer de la haine, trahissait plutôt une peur soudaine. Visiblement, le directeur déchu ne s'attendait pas à ce que la Fraternité lui offre un traitement de faveur : il mourrait dans sa cellule comme n'importe quel Frère et n'importe quelle Sœur incarcérés.

Les Aurors emmenèrent Burrow et le sorcier stupéfixé hors du cachot, tandis que Maugrey s'occupait de faire sortir les spectateurs, notamment les journalistes et les photographes les accompagnant. Harry resta immobile, se protégeant des objectifs en leur tournant le dos, mais il apparut que le Magenmagot n'en avait pas fini avec lui – à peine la porte du cachot se fut-elle refermée que la sorcière à la coiffure compliquée, la liasse de parchemins en main, prit place derrière le pupitre en fixant Harry d'un regard scrutateur.

− Depuis quand êtes-vous en possession de ces documents, Mr Potter ? interrogea-t-elle.

− Avant-hier, répondit Harry.

− Comment vous les êtes-vous procurés ?

− Illégalement, reconnut Harry. Je me suis introduis chez Burrow, c'était le seul moyen que j'avais.

− Pourquoi ne pas les avoir transmis au ministère plus tôt ? demanda la sorcière.

− Je l'ai dit : le ministère n'est pas infaillible. Ignorant combien de complices et d'amis Burrow possède, ni les personnes en qui je puisse me fier, j'ai dû élaborer un plan pour que ces documents ne tombent pas en possession de la mauvaise personne. Maugrey était pour moi le sorcier le plus intègre, même si je m'attendais à être secouru par Dumbledore.

La sorcière lui lança un regard réprobateur.

− Une chance que Dumbledore soit l'heureux propriétaire d'un phénix, Mr Potter, car si vous vous étiez mieux renseigné, vous sauriez que Dumbledore a une réunion avec le conseil d'administration, dit-elle. Que savez-vous de cette organisation à laquelle appartient Burrow, Mr Potter ? Vous l'avez dit en soulignant que le ministère de la Magie n'était pas infaillible : « ou des espions d'autres organismes… »

Harry réfléchit rapidement. Brighton aimait la Fraternité et avait beaucoup aidé Harry à son arrivée dans cette époque, il ne pouvait pas dénoncer cette organisation chère au cœur du vieil homme.

− Je sais seulement qu'ils sont à l'origine de l'attaque perpétrée sur Massalia, madame, dit-il.

Des exclamations s'élevèrent parmi le Magenmagot.

− Ce sont les Mangemorts qui ont… commença la sorcière.

− Non, affirma Harry. Le silence total des Mangemorts au cours de ces deux derniers mois, selon ma théorie, a été motivé par la stupéfaction de Voldemort. Lui-même ne s'attendait pas à ce que Massalia soit attaqué, et il me paraît évident qu'il a momentanément mis de côté la guerre contre le ministère pour envoyer ses Mangemorts sur le continent afin d'enquêter sur ces prétendus mages noirs ayant détruit Massalia. J'ajouterai, madame, que je ne suis pas le seul nouvel élève de septième année : Logan Tumter s'est fait recenser sous un faux nom, c'est un des survivants de Massalia, mais il a dû prendre tous ces risques car lui aussi est recherché par le groupuscule auquel appartient Burrow.

− Pourquoi ce groupuscule s'intéresse-t-il à vous ? interrogea la sorcière, perplexe.

− J'ignore les raisons pour lesquelles le groupuscule s'intéresse à Tumter, avoua Harry. Pour ma part, sauf tout le respect que je vous dois, c'est une information qui m'attire suffisamment d'ennuis comme ça. Il ne s'agit ni de quelque chose d'illégal, ni d'une vengeance quelconque.

La sorcière fronça les sourcils, n'appréciant pas particulièrement que Harry élude la question, mais elle sembla considérer que la tentative d'assassinat de l'homme chauve démontrait toute la dangerosité du secret de Harry, et elle préféra ne pas insister.

− Fort bien, Mr Potter, dit-elle. Vous pouvez partir.

− Heu… Quelqu'un pourrait-il me raccompagner ? Burrow a trouvé amusant de casser ma baguette…