Disclaimer : les personnages apparaissant dans cette fic appartiennent à JKR, je ne retire de ces fanfictions aucune rémunération ou gain financier…
Remarques : Slash Rogue/Harry – Post tome 6 - Prologue faisant exception, je passerai à chaque chapitre du Pov de Severus à celui de Harry
Merci pour toutes vos reviews ^^
Comme promis, voilà déjà la suite :)
Bonne lecture !
Si longtemps…
Chapitre 20
Il se réveilla, se sentant enfermé dans une chaleur inhabituelle, émergeant lentement d'un sommeil qui avait vraisemblablement été plus épais que bien d'autres nuits. Puis il prit davantage conscience de son environnement, réalisa que deux mains étaient posées sur sa peau, qu'un souffle léger effleurait son visage.
Harry ouvrit les yeux, qu'il plissa un instant dans la lumière artificielle de la chambre – l'aube devait pointer à l'extérieur du château, et se demanda un instant s'il n'était pas tombé dans un monde parallèle et insensé. Il était dans les bras de Rogue, dans son lit ; ils étaient nus.
Au lieu de s'écarter brusquement, le survivant resta tendu comme un arc, incapable du moindre mouvement. Il n'avait pas oublié ce qu'il faisait là, bien au contraire. Il en était tout sauf heureux. Et il se demandait si le léger dégoût qui laisser un goût de bile acide dans sa gorge était dirigé contre lui-même ou contre ce qu'il avait… permis à Rogue de lui faire. Lorsqu'il commença à trembler légèrement, il décida fermement que ce n'était ni le lieu ni l'heure pour les regrets et se dégagea prudemment de l'étreinte de Rogue.
Debout à quelques pas du lit, il se perdit dans la contemplation de l'homme. Il semblait si paisible, peut-être même dégageait-il un certain charme. Mais ce n'était pas Ginny, même si, le soir précédent, lorsqu'il lui avait demandé de lui dire qu'il l'aimait, il s'était laissé un instant bercer par l'illusion qu'il était dans le lit de la jeune femme.
Il secoua la tête et inspira profondément. D'un geste de sa baguette, il fit venir à lui ses vêtements, quitta silencieusement la chambre, s'habilla rapidement et revint dans ses quartiers.
Il avait sans doute fait une erreur. Parce qu'il avait finalement plus pris que donné. Il s'était servi du maître des potions pour apaiser son sentiment de culpabilité, et goûter à une expérience qu'il aurait aimé avoir avec une autre personne, sous prétexte qu'il faisait ça pour son aîné, parce que c'était là ce qu'il attendait de lui.
Si le temps lui avait encore été offert pour faire une introspection de lui-même et juger ses propres actes, sans doute se serait-il senti désagréablement abjecte ; le temps était ce qui lui faisait le plus défaut.
Harry entra dans sa salle de bain, prit une des potions antidouleur qu'il avait retrouvées parmi celles découvertes la veille et s'offrit une douche rapide.
Ne tenant pas à devoir faire face à Rogue plus tôt qu'il ne l'avait décidé, il emporta avec lui deux livres épais et ses notes et trouva une classe vide où s'enfermer. Avant que les cours ne débutent, il irait rejoindre Hermione et Ron et les informerait enfin de ses plans.
Tout allait se jouer aujourd'hui, il fallait qu'il soit certain que chaque détail avait bien été étudié. Il n'avait définitivement pas le temps de songer à la fureur qui envahirait le serpentard lorsqu'il annoncerait ses découvertes. Ni à son propre malaise lorsqu'il songeait qu'il avait utilisé le souvenir de Ginny pour être plus réceptif au contact du maître des potions et qu'ainsi il avait pu tirer du plaisir de cette nuit. Pas plus qu'il ne devait penser à la manière dont Rogue se sentirait lorsqu'il comprendrait que, d'une certaine façon, il l'avait trahi.
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Harry était assis entre ses deux amis, la mâchoire serrée, le visage fermé.
Ils étaient arrivés tôt, à sa demande, et observaient les membres de l'Ordre entrer peu à peu dans la Grande Salle. Le trio restait silencieux. Ses amis s'étaient mis en colère, lui avaient demandé pourquoi il ne s'était pas davantage reposé sur eux au cours des dernières semaines, comment il avait pu sérieusement en arriver à un choix pareil. Et le survivant s'était montré un peu blessant au départ, leur reprochant malgré lui de ne pas avoir fait assez d'efforts pour trouver la solution « valable » à laquelle ils tenaient tant.
Et puis sa brève colère s'était apaisée, et n'étaient plus restés que son amertume et sa détermination, le regret et la tristesse de ses amis. Leur affection également. C'était pourquoi, bien qu'ils n'échangeaient plus un mot depuis qu'ils s'étaient installés à la table, le survivant savait que ses amis étaient là pour le soutenir et ne l'abandonneraient pas quoi qu'il arrive.
Il observa ce qu'il restait de la famille Weasley s'installer à ses côtés, salua vaguement les quelques personnes qui lui adressaient un sourire ou un signe de la main, sentant son appréhension et sa nervosité gagner en importance au fur et à mesure que la salle se remplissait.
Un pas familier fit écho dans la salle - il s'étonna même de l'avoir reconnu lorsqu'il se rendit compte qu'il s'agissait bien de Rogue, et son regard se leva machinalement vers l'homme qui s'approchait de la grande table. Le maître des potions ralentit imperceptiblement quand il rencontra ses yeux.
Interrogation, incertitude, espoir, appréhension. Il lui semblait que tout cela émanait de l'ancien professeur malgré son visage neutre. Et puis il y vit une certaine déception et détourna les yeux. Harry ne savait pas si son propre visage avait exprimé quelque chose mais il n'était tout simplement pas encore capable de soutenir ce regard.
Du coin de l'œil, il le vit s'asseoir assez loin d'eux, à l'une des dernières places encore libre.
Dans un certain sens, c'était étrange pour le survivant lui-même. Après avoir passé de nombreuses réunions installé à la droite de Rogue, il se sentait légèrement mal à l'aise à l'idée de le laisser isolé d'une telle manière. Il aurait cependant été bien incapable de rester à ses côtés pour l'instant.
Bientôt, les membres de l'Ordre furent presque tous présents et il se sentit glisser dans une relative sérénité, sans vraiment pouvoir l'expliquer. Peut-être était-ce parce qu'une certaine acceptation s'installait enfin en lui. Ou un renoncement indésiré qu'il ne pouvait plus contrer.
Il ne réalisa pas vraiment que la réunion était déjà bien avancée avant qu'il n'entende Ron lui chuchoter quelque chose à l'oreille.
- …regarde comme ça ?
- Pardon ?
- Tu ne l'avais pas remarqué ? Son regard me file des frissons, marmonna-t-il. Tu sais pourquoi Rogue te fixe de cette façon ?
Le survivant se tendit sans pour autant jeter un œil dans la direction de l'homme en noir.
- Oui.
Le roux parut surpris mais, comme il ne donna pas plus d'explication, haussa légèrement les épaules avant d'écouter à nouveau son père et Hestia Jones qui animaient la séance.
- Tu lui en as parlé ? vint soudain le murmure d'Hermione qui avait apparemment suivi l'échange.
Harry se tendit davantage.
- Non, il l'apprendra en même temps que les autres.
Il perçut son regard perplexe et préoccupé alors qu'elle observait Rogue. Il se refusa à se tourner vers le maître des potions.
S'il avait été envahi par un certain calme à un moment durant cette réunion, il s'effilochait maintenant rapidement. Et, les minutes passant, l'impression de sentir physiquement le regard de Rogue fixé sur lui devenait de plus en plus grande. D'une certaine manière, cela jouait davantage sur ses nerfs que tout autre chose.
Il n'avait pourtant aucun compte à lui rendre. Il lui avait donné ce qu'il attendait depuis si longtemps, il avait été contre sa propre nature pour rembourser sa dette, il avait même été jusqu'à altérer son esprit avec l'une de ses foutues décoctions pour forcer son corps à accepter la logique de ce qu'il faisait !
La veille, il n'avait pas réalisé à quel point la potion était forte et efficace. A présent, il lui suffisait de penser à cette volonté, presque étrangère, de convaincre l'homme qu'il désirait vraiment avoir des relations sexuelles avec lui pour savoir que c'était une détermination pure, et artificielle, qui lui avait permis d'aller si loin. Ce n'était pas vraiment ce qu'il avait voulu. Il l'avait fait pour Rogue. Il ne pouvait lui être que reconnaissant.
Alors pourquoi n'arrivait-il donc plus à lever les yeux vers lui ? Pourquoi avait-il le sentiment d'avoir agi avec une pitié qu'il était persuadé de ne plus ressentir ? Pourquoi se sentait-il coupable comme-ci il l'avait simplement manipulé, utilisé ?
- …ry ?
Le gryffondor releva les yeux vers Hermione et se rendit compte que la salle était silencieuse. Ils attendaient qu'il prenne enfin la parole et il n'avait aucun doute sur le sujet qu'ils voulaient qu'il aborde.
Vraiment, alors qu'il s'était contraint à ne pas y songer depuis son réveil, il avait fallu qu'il laisse son esprit s'égarer à un moment pareil.
Harry déglutit puis s'éclaircit la gorge.
- L'horcruxe… l'horcruxe que j'ai en moi peut être détruit sans que cela me coûte la vie.
Il entendit quelques soupirs de soulagement et ne put s'empêcher de remarquer, du coin de l'œil, que la tension dans les épaules de Rogue avait légèrement diminué.
- Toutefois, reprit-il alors que sa voix devenait plus stable du fait d'avoir répété ce discours mainte et mainte fois, il est fort probable que je n'en sorte pas sans dommage.
Il vit quelques regards inquiets et décida, à partir de ce point, de ne plus se laisser troubler par les réactions de son public.
- Le seul moyen est celui qu'Hermione a découvert. J'ai simplement pu éliminer totalement le risque de mort y étant lié. C'est la seule solution permettant d'être certain que l'horcruxe soit détruit. Il implique donc l'emploi d'une vaste quantité de magie noire.
Il enchaîna au-dessus des murmures indignés et inquiets.
- Dans un lieu bien protégé, seul le sorcier appliquant les sorts et celui les supportant en subiront les effets. Les conséquences peuvent en être très aléatoires mais…, continua-t-il en dépit de quelques exclamations soudaines autour de la table, mais dans tous les cas l'horcruxe sera détruit. De plus, le rituel peut être très court. Dans le pire des cas, cela ne dépassera pas une demi-journée.
Il vit certaines personnes hocher la tête en signe d'acceptation mais avec réticence, d'autres l'observaient avec une légère incrédulité, du respect ou de la pitié. Il attendit que la salle redevienne silencieuse pour terminer, se tournant face au maître des potions et ne cherchant plus à fuir son regard.
- Ce problème va être réglé cette après-midi et Severus Rogue se chargera de la destruction de l'horcruxe.
Il y eut un lourd silence.
Le maître des potions était pâle et son expression était fermée mais son regard semblait brûlant de rage contenue. Qui d'autre que lui était mieux placé pour savoir quels types de conséquences pouvait avoir ce genre de rituel ? Il ne pouvait sans doute pas non plus ignorer qu'il existait des états bien pires que la mort lorsque l'on avait recours à ces détestables « arts sombres ». Tout comme, sans qu'il ne le précise, il devait être évident pour l'homme que le lanceur était tout aussi exposé que celui qui subissait les sorts.
Et, pourtant, lorsqu'Arthur Weasley demanda au serpentard confirmation de sa déclaration, il hocha seulement sèchement la tête sans plus de commentaires.
Harry en ressentit un très léger soulagement. Bien qu'il savait qu'il ne pouvait pas logiquement refuser puisque c'était là leur seul choix, il avait un instant craint qu'il se refuse à l'accepter. Et, peut-être, tout au fond de lui, l'avait-il même un instant espéré, sachant que s'il l'avait fait il n'aurait pas eu à passer par là, qu'il aurait fait tout ce qui était en son pouvoir et qu'il aurait pu choisir la mort comme une voix plus simple et définitive. Après tout, la prophétie ne disait-elle pas qu'il devrait mourir pour vaincre Voldemort ? Peut-être ne s'agissait-il pas d'un combat mais simplement de son propre sacrifice. C'était même plus qu'une simple supposition mais une possibilité réelle en laquelle il croyait.
Ainsi, un peu amer et se sentant comme vidé de ses forces après avoir enfin dévoilé ses plans, Harry n'écouta pas vraiment le reste des conversations et répondit mécaniquement aux quelques questions qu'on lui posa. Rogue ne prononça pas le moindre mot et ne posa plus les yeux sur lui, Alors le survivant l'observa à son tour, l'esprit vide – ou du moins en avait-il l'impression, et attendit patiemment la fin de la réunion.
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Ca lui semblait légèrement ridicule et, en même temps, il était reconnaissant pour ces dernières minutes de répit.
Harry n'avait pas demandé à ses deux meilleurs amis de l'accompagner jusqu'à la salle qu'il avait choisi pour le rituel mais ils y avaient tenu. Ainsi, il se trouvait au centre du trio alors que Rogue marchait quelques pas derrière eux.
Seulement, alors que son esprit n'aurait dû être focalisé que sur l'extraction de l'horcruxe, des fragments de la nuit précédente lui revenait en mémoire avec plus de clarté qu'il ne l'aurait voulu. La potion qu'il avait prise avait jusqu'à présent recouvert cette expérience douteuse d'un léger voile, une manière de prendre plus facilement ses distances face à ses actes.
La main de Rogue sur sa hanche, ses dents mordillant le lobe de son oreille, la chaleur de ses doigts contre sa nuque,…
Il ne savait pas vraiment ce que ces contacts lui évoquaient. Un certain malaise. Peut-être un léger dégoût (davantage pour la manière dont il avait permis que cela arrive que pour l'acte en lui-même). Son corps avait fini par réagir à ses caresses mais il y avait la potion, et ce n'était pas vraiment les mains de Rogue qu'il avait eu à l'esprit. Peut-être existait-il maintenant aussi en lui l'envie diffuse de retrouver le sentiment de protection qu'il avait l'impression d'avoir ressenti à un moment donné entre ses bras. Du simple fait, sans doute, d'être dans les bras d'une personne à laquelle il accordait une certaine confiance. La chaleur d'un contact humain face au froid et les ténèbres qui-
Ils étaient arrivés face à la porte de la pièce qu'il avait choisie – et préparée – pour permettre la libération de cette pharamineuse quantité de magie noire.
Le survivant avait commencé à lancer divers sorts dans ce lieu environ une semaine après l'attaque de la Forêt Interdite, lorsqu'il avait commencé à se résoudre au fait qu'il ne trouverait pas d'autres solutions. Durant huit jours, il y avait passé de plus en plus de temps, s'assurant de renforcer cette salle au maximum afin que le château ne puisse pas être infecté par les émanations de magie noire. Puis McGonagall était morte. Et il avait vérifié et revérifié ces protections parce qu'il avait senti qu'il ne leur restait plus beaucoup de temps et qu'il avait mis un terme à ses recherches. En fait, il ne restait plus que l'approbation d'un sorcier expérimenté pour prouver que ce qu'il avait mis en place était suffisant. Qu'Hermione ait affirmé que son travail lui paraissait plus que correct, le matin même, lui avait déjà apporté une certaine satisfaction.
Harry se tourna vers ses deux amis.
- Hermione, Ron, vous faîtes ce qu'on a dit ?
Ses amis le fixèrent, semblant incapable de dire le moindre mot, leur regard montrant clairement qu'ils auraient préféré rester aussi proches de lui qu'ils le pouvaient. Il leur était reconnaissant de lui porter une si grande affection.
Finalement, Ron serra la main de sa compagne, hocha simplement la tête et ils se détournèrent. Ils voulaient fermement croire qu'ils allaient retrouver le même Harry dans quelques heures, il le savait, et n'auraient jamais pu se résoudre à réagir autrement que comme-ci ce serait le cas.
Le survivant les regarda disparaître au détour d'un couloir, sachant qu'ils allaient se poster – avec d'autres volontaires – le plus loin possible de cette salle afin d'empêcher le passage des curieux et d'éviter tout incident.
Il se détourna, ne chercha pas Rogue du regard et pénétra dans la salle vibrante de magie. Avançant d'un pas décidé, il rassembla les quelques parchemins posé sur la seule table de la pièce – à l'exception d'une chaise, la salle était totalement vide. Enfin, il se retourna et les tendit au serpentard.
Son regard était sombre, ses traits déformés par une colère qui semblait prête à le dépasser et chaque muscle de son corps semblait douloureusement tendu.
- Les sorts sont simples. Mais ils sont longs et demandent beaucoup d'énergie. Et un contrôle que nul autre que vous dans ce château ne semble avoir sur la magie noire, déclara Harry d'un ton neutre, à présent peu désireux de retarder plus que nécessaire l'inévitable.
Il était soulagé que sa voix ait su rester ferme parce qu'il commençait à avoir peur, à craindre tous ces effets secondaires et toutes ces horribles séquelles que ce rituel pourraient lui infliger. A la fin de ses recherches, il n'y avait plus eu que ça : des listes et des listes de dégradations probables de la magie, du corps, de l'esprit… Et, cela, peu importe le talent du lanceur. En fait, son pouvoir n'avait d'importance que pour lui-même, plus il était capable de maîtriser cette magie et moins il s'exposait à ses dangereuses contreparties. La « victime », elle, ne pouvait compter que sur le hasard et la chance.
Oui, Harry avait eu conscience qu'il ferait peser ce nouveau poids sur son âme et sur ses épaules. Plus les jours étaient passés et plus il avait eu conscience que sa demande allait être cruelle car il l'instituait définitivement comme son bourreau.
« - … si je pouvais tout anéantir… si je pouvais effacer toutes ces horreurs de la surface de la Terre je n'hésiterais pas une seconde même si cela signifie que je dois disparaître avec elles !
- Je peux vous assurer que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela ne se produise pas.
- Je ne l'oublierai pas. »
C'était le bref échange qu'ils avaient eu peu après la disparition de l'ancienne directrice. Cela n'avait était qu'une preuve de plus que l'homme semblait être prêt à tout pour le protéger. Il s'était pour la première fois profondément senti coupable pour son choix à ce moment-là. Parce qu'il avait compris qu'il allait demander à un sorcier qui avait pratiquement perdu toutes les personnes qui avait compté pour lui de détruire celle qu'il paraissait… Vouloir à tout prix protéger ? Lui servir de dernière ancre ? Considérer comme la plus précieuse ? Il n'avait pas su réellement définir ce qu'il représentait vraiment à ses yeux quelques jours plus tôt mais il en était maintenant bien trop conscient.
Et sa culpabilité n'avait pas diminué d'un iota, se rendait-il compte, en dépit de la nuit qu'il avait passé avec lui. Peut-être était-ce même pire, pour chacun d'eux.
Mais c'était la guerre, des sacrifices devaient être faits, il l'avait accepté, en dépit du fait qu'il se rendait compte que, par ses choix inconsidérés, il avait sans aucun doute augmenté la douleur que ces sacrifices entraîneraient.
- Pourquoi ?
Rogue n'avait pas encore pris les parchemins ; son ton avait été coupant et, s'il souffrait, seule la rage semblait émaner de lui.
- Pourquoi, Potter ? claqua-t-il plus fort devant son manque de réaction.
Harry ne détourna pas les yeux ; il s'était préparé à sa colère.
- C'était là seule solution. Vous l'avez vous-même accepté devant l'Ordre. Et vous êtes le mieux placer. Les autres, même Hermione, risquent de ne plus être eux-mêmes en tentant un tel rituel, déclara-t-il d'une voix calme.
Il vit la main du serpentard se lever légèrement puis redescendre serrée en poing.
- Je n'ai pas besoin que vous vous adressiez à moi comme au plus décérébré de vos amis, grinça-t-il les dents serrés. Vous savez parfaitement que je n'ignore rien de cela ! Sinon vous n'auriez pas osé m'annoncer une telle chose devant cet Ordre du Phénix à moitié composé de lâches et d'imbéciles.
Il vit ses narines frémir alors qu'il inspirait profondément comme pour se forcer à garder un certain contrôle sur ses gestes ou ses paroles.
- Ou peut-être était-ce ce que vous attendiez ? Que je leur explique que leur « héros » a choisi de se glisser dans le lit du vil mangemort afin de s'assurer de sa coopération ? Que vous avez eu pitié du traître et que vous lui avez donné un os à ronger pour qu'il ne choisisse pas de retourner dans le camp adverse ? Répondez Potter !
Le serpentard se planta devant lui et le secoua en enfonçant ses doigts crochus dans ses bras. Malgré la légère douleur et la colère qui montait en lui à ces accusations – en partie fausses, il ne chercha pas à se dégager.
- Je vous ai donné ce que vous attendiez de moi, Rogue.
Cette phrase sembla être aussi violente pour son aîné que s'il lui avait donné une gifle. Il ne savait pas vraiment ce qu'il avait espéré qu'il lui réponde mais sans doute pas cela.
Le maître des potions relâcha son emprise sur ses bras et recula de quelques pas. Il détourna le regard et se massa les tempes durant de longues secondes. Il paraissait se battre contre lui-même, contre quelque chose que le survivant n'était pas certain de comprendre.
Puis les yeux noirs revinrent sur lui, insondables, comme-ci il avait enfin réussi à remettre définitivement en place ce masque méprisant et froid qu'il n'avait plus porté devant lui depuis des semaines. Sans comprendre pourquoi, cela le blessa profondément.
- Je vois. Voilà donc les limites de votre confiance. Si dérisoire que vous avez jugé nécessaire d'en arriver là.
Harry se sentit ouvrir la bouche mais aucun mot ne s'en échappa. Rogue prit les parchemins qu'il lui tendait toujours et alla s'asseoir sans plus lui porter un regard.
Il aurait voulu lui dire qu'il se trompait, qu'il plaçait en lui une confiance aussi grande que celle qu'il plaçait chez ses amis. Peut-être même plus importante. Pourtant, il en était incapable. Parce qu'il aurait dû lui expliquer, lui dire – et peut-être était-ce pire – qu'il avait agi par culpabilité. Mais, là encore, ce n'aurait pas été totalement vrai. Peut-être y avait-il bien eu de la pitié. Une indéniable confiance. De la solitude aussi. De la curiosité pour quelque chose qu'il n'avait jamais vécu. Du regret. De la peur face à son absence d'avenir. Peut-être même une certaine affection.
A vrai dire, Harry prenait lentement conscience qu'il ne savait finalement pas vraiment pourquoi il en était arrivé à une telle décision. Certes, il y avait des raisons mais il n'aurait pas su dire lesquels avaient le plus influencé son choix, pas plus qu'il ne semblait en mesure d'affirmer que rien d'autre n'avait joué sur sa décision d'aller rejoindre Rogue dans ses appartements ce soir là.
Cependant, cela n'avait plus d'importance. Dans quelques heures, quelques jours au plus, il serait peu probable qu'il soit encore suffisamment conscient de lui-même – et très certainement mort sans doute - pour continuer à ressentir le profond regret qui l'assaillait depuis qu'il s'était réveillé dans les bras de Severus Rogue.
A suivre…
Cruel Harry... :'x
J'avoue que j'hésite de plus en plus entre deux fins (avec une possible suite ?) mais il y aura encore quelques chapitres avant qu'on y arrive :)
En tous cas, j'espère que vous avez passé un bon moment (et j'attends avec impatience vos commentaires, positifs ou négatifs :p) !
A la prochaine ;)
