Bien le bonjour chers amis, comment vous portez-vous ? Moi ça va très bien puisque j'ai terminé mon chapitre 21 que je vous présente avec fierté ! Vous vous êtes remis du précédent ? Si non, eh bien combattez le mal par le mal et relisez-le, si oui, relisez-le quand même ! xD (Je plaisante, je plaisante, pas taper... ouch !)
Un chapitre qui fût plus facile a écrire que le précédent, il faut le dire, et je me réjouis de savoir ce que vous en aurez pensé. Descendez de deux lignes, oui, voilà, comme ça ! On se retrouve en bas mes petits gâteaux ! w *s'évanouit et tombe jusqu'en bas*
Un Mélange d'Encre et de Sucre
- Reim, tu ne ressembles à rien.
- Merci Russel…
- Non, mais alors là sur le coup je me dois de l'approuver, ajouta Amand en le regardant d'un air inquiet. Tu es li-vide ! Et puis c'est quoi ces cheveux, tu t'es coiffé avec un marque-page ? En plus ton jabot est de travers.
- Notre Reim n'oserait jamais venir au travail dans un état pareil ! Ce n'est pas le vrai, ce n'est qu'une infâme copie ! lança Russel en le pointant du doigt.
Amand étouffa un rire mais Russel n'en manqua pas une miette. Reim leva un sourcil fatigué à la vue des deux hommes. Tiens ? Quelque chose avait-il changé pendant son absence ?
- Bon écoutez, j'ai deux rapports à amener à mon supérieur à la première heure alors si vous pouviez me laisser passer pour que je me fasse un café ce serait gentil…
Les deux hommes s'écartèrent pour lui permettre de se faufiler entre le bureau et les étagères et s'échangèrent un regard intrigué. Cela les surprit. Ils ne s'étaient plus échangés de regards complices depuis bien longtemps. Enfin, il fallait bien avouer que l'état de Reim était inquiétant.
- Reim, ton rapport tu n'es pas censé d'abord en faire cinq copies ?
- C'est fait, marmonna le brun en se versant une grande tasse.
- Fait !? Mais tu es rentré hier matin ! Et puis ton compte-rendu de ta virée à Crépuscule en trois exemplaires, ne me dis pas que tu as tout fait aussi !
- Si…
Les deux hommes ouvrirent grand leurs bouches et dévisagèrent Reim qui sirotait son café en les regardant d'un air vide.
- Tu as dormi la nuit passée ? demanda Amand.
- Non.
- Et la précédente ?
- Pas vraiment.
- Et la précédente !?
- Deux heures… à peu près. Deux-heures trois-quarts je dirais…
Amand et Russel s'échangèrent un nouveau regard.
- D'accord, qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda le blond.
- Mmh ? Rien de spécial… et puis je dois aller amener mes rapports, dit-il en s'éloignant d'un pas raide.
Russel l'attrapa par la manche en levant les yeux au ciel et le stoppa dans sa course.
- Oh non… non, non, non, dit-il en le forçant à s'asseoir sur une chaise. Pour ton supérieur « à la première heure » signifie onze heures alors tu as encore le temps – et tu aurais dû en profiter pour dormir. En plus, comme on te l'a dit, tu ressemble à rien alors t'as pas intérêt à offrir ce regard de lapin crevé à qui que ce soit si tu ne veux pas être renvoyé chez toi. On en a rétrogradé pour moins que ça.
Reim se passa la main sur la figure et ne comprit pas un commentaire d'Amand sur Lisa.
- Cela s'est-il bien passé pendant mon absence ? Je suis désolé d'être parti comme ça sans prévenir mais c'était urgent et improvisé.
- Il évite nos questions là, remarqua Russel.
- Absolument. Mais bon, j'a presque pitié de lui vu son degré de fatigue alors on va l'exaucer pour le moment : oui, ça a été.
- Ah oui ?
- Oui. Aucun incident n'est arrivé chez nous et même si on n'est pas en avance sur le programme, on est au moins dans les temps.
- Tant mieux, marmonna le brun en retirant ses lunettes pour se pincer l'arrête du nez.
- Ah ! fit Russel en tapant son poing dans sa main, si, il s'est passé quelque chose ! Albert s'est fracturé la cheville en montant les escaliers pour aller à son bureau ! Du coup il reste chez lui… et on n'a plus personne pour les fournitures…
- Ça ne change pas grand-chose avec avant, vu ce qu'il faisait, grommela Amand.
- Pas faux mais ça fait trois jours que ses clés se perdent entre les services et personne ne les trouve ! Dès qu'on a besoin de quelque chose on doit faire les trois bâtiments pour demander partout qui les a et on perd un temps fou… Heureusement nous on en a pas eu besoin alors on n'a pas pris de retard.
- On a laissé tomber surtout. Il ne nous reste plus que cinq encriers et nous n'avons plus aucun trombone.
Reim sortit immédiatement son carnet de sa poche et se mit à écrire rapidement dedans… en biais.
- Reim, sérieusement, va dormir.
- Non. Vous faites bien de me dire ça, j'essaierai de les trouver et j'organiserai un système efficace pour ce trousseau de clé. Il faudrait faire des doubles d'ailleurs…
Il referma son carnet avec énergie et termina d'une traite son café. Sans leur laisser l'occasion de dire un mot de plus il se dirigea vers son bureau en zigzaguant.
- Ce type est fou… soupira le brun.
- Et c'est notre chef…
- Qu'est-ce qu'on fait ? On le laisse se tuer à la tâche ou on l'envoie se reposer à grands coups de pied ?
- Attendons. Il finira bien par s'endormir sur son bureau.
- Tu crois qu'il s'est passé quelque chose à Crépuscule ?
Amand haussa les épaules sans le regarder.
- Va savoir, mais pour ce qui est de la mission de Break, j'en ai eu quelques échos et apparemment ça n'a pas été beau à voir. Tu sais qu'on a perdu huit hommes ?
- Huit, sérieusement ? Sacrebleu…
Amand le regarda bizarrement.
- Quoi ? demanda le grand brun, sur ses gardes.
- Non rien, c'est juste que… « sacrebleu » ? Tu n'as plus utilisé ce genre de termes depuis des années. La dernière fois c'était quand on s'est rencontrés…
- Ah ouais… ? Si tu le dis…
Vu qu'un silence s'installait, Amand alla se rasseoir à son bureau pour travailler. Russel le regarda un instant puis répéta une phrase qu'il avait dit trois ans plus tôt :
- Si mon vocabulaire vous perturbe à ce point nous allons avoir de la peine à communiquer.
Amand leva les yeux vers lui, intrigué, et Russel attendit. Finalement l'écho de la réponse tomba.
- Nous pourrions essayer tous deux de faire des efforts pour se comprendre.
Russel se rassit à son propre bureau et sourit.
- Oui.
.oOooOo.
Reim écrivait une lettre de service. C'était difficile parce que la fatigue le faisait loucher.
Dormir…
Non ! Pas dormir, il fallait écrire ça, aller donner ses rapports et trouver les clés d'Albert ! Elles devaient bien être quelque part, sûrement à la comptabilité… au pire il pourrait toujours demander à Lisa et quelques autres personnes de l'aider à chercher, ça serait bien.
Oui, très bien…
Il se mit à piquer du nez mais secoua la tête. Non ! Un peu de nerfs, il restait encore six heures de travail à effectuer et il avait un rendez-vous à vingt heures avec le Duc. Après cela il aurait sans doute quelques dossiers à classer et il dormirait uniquement après.
Alors donc… de par les difficultés rencontré à la suite du problème susnommé, nous…
Dormir…
Non !
Sommeil…
…le problème susnommé donc… quel problème déjà ? Aah… le…
Chtonc.
.oOooOo.
Amand et Russel relevèrent les yeux de leurs bureaux en entendant le bruit mat. Ils se regardèrent ensuite de côté.
- C'était la tête de Reim sur le bureau ça ? demanda Russel en connaissant déjà la réponse.
- Oui. Je t'avais bien dit qu'il allait s'effondrer, tu avais vu ses yeux ?
- Quels yeux ? J'ai vu que des paupières.
Amand gloussa et trempa à nouveau sa plume dans l'encrier. Russel tapota son bureau avec interrogation.
- Tu es sûr qu'on peut le laisser comme ça ? Ça ne fait pas sérieux.
- On est lundi matin, personne ne va venir nous déranger.
- Ouais, pas faux.
- Ouvres tout de même la porte, qu'on garde un œil sur lui.
Russel hocha la tête et s'exécuta avant de se rasseoir à sa place, riant sous cape à la vision de leur cadet endormi à son bureau et Amand, après avoir penché la tête pour voir à son tour, lui fit écho.
Ahlàlà, ces jeunes…
Les deux hommes continuèrent à travailler un moment, s'échangeant de temps à autres quelques mots ou se surprenant l'un l'autre à se regarder en coin. Ça les embarrassait et les faisait un peu sourire aussi. Il ne s'était rien passé de particulier pendant l'absence de Reim, mais ils avaient un petit peu parlé. Ils avaient d'abord laissé le silence et les heures tasser les choses et avaient ensuite pu sortir de ce bureau en discutant normalement malgré la tension qui demeurait. Ils étaient allés manger ensemble avec leurs collègues, avaient pris le temps de s'écouter, de se contempler l'un l'autre avec du recul.
Russel avait vu Amand comme un homme de vingt-six ans qui faisait très attention à son apparence. Il entretenait de bonnes relations avec presque tout le monde, savait se montrer charmant et à l'écoute mais ne disait pas assez lorsqu'il en avait assez de s'occuper des autre et avait besoin d'attention ou de tranquillité. Ou plutôt, il faisait l'erreur de ne pas dire à son interlocuteur quel genre d'attitude ce dernier devait avoir à son égard et ce dernier devait le deviner. Pas étonnant que des frustrations naissent. Et il était vraiment très beau. Russel avait aussi remarqué que ses cheveux étaient un peu plus secs qu'avant.
Amand avait vu Russel comme un homme de vingt-cinq ans qui était surprotecteur avec les gens qu'il aimait. Toujours souriant, bien plus sociable que lui, il avait une ribambelle d'amis, de gens qui l'appréciaient et ça n'avait rien d'étonnant. Il était comme le grand-frère protecteur de tout le monde, et parfois on devait abuser de lui et sa gentillesse sans qu'il ne s'en rende compte. De plus, il était très obtus et ne comprenait pas toujours ce que la personne en face de lui tentait de lui dire et il réagissait parfois de travers. Sa bonne humeur excusait cela la plupart du temps, mais sur la longueur, pas étonnant que des contrariétés puissent naître.
C'était étrange, ils se connaissaient par cœur et avaient l'impression de se redécouvrir en reprenant simplement un peu de distance. Ils ne se rendaient pas compte non plus que l'autre faisait de même.
- Tu me passes la note des comptables, s'il te plaît ? demanda le blond.
- Tiens.
- Merci.
Amand prit le papier mais Russel ne le lâcha pas. Leurs regards se rencontrèrent. Russel avait un sourire contrit et hésitait. Amand ne le quitta pas des yeux, le cœur un peu battant. Le brun allait dire quelque chose sur eux, il le sentait. Russel ouvrit la bouche pour parler mais un bruit attira leur attention et les fit paniquer.
On frappait à la porte du bureau de Reim.
Sans bouger, sans oser changer de position, ils tournèrent leurs têtes comme un seul homme vers le bureau voisin. Une sueur froide coulait le long de leur nuque. Pourvu que le visiteur se décourage !
On frappait à nouveau.
- Merdeuuuh… marmonna Russel.
Amand ne le lui faisait pas dire. Pas leur porte ils pouvaient apercevoir la tête de Reim affalée sur son bureau. Classe et efficacité incarnées.
On frappait encore.
- Qu'est-ce qu'ils sont persistants ! grommela Russel. Si ça répond pas, ça répond pas, pourquoi ils insistent !?
- Mmh…
La bouche d'Amand n'était plus qu'une ligne fine et serrée. Il réfléchissait à toute vitesse. Allaient-ils ouvrir la porte ? Fallait-il réveiller Reim ? Le cacher ? Les empêcher d'entrer en prétextant une quarantaine de rougeole ?
Les derniers coups frappés les firent se lever précipitamment et ils sortirent du bureau sur la pointe des pieds pour observer la porte. Personne n'entrait. Amand s'avança doucement vers Reim et chuchota.
- Reiiiim ? Reiiim, debout !
Aucune réaction.
- En même temps, chuchota le brun, s'il répond maintenant ça fera complètement stupide.
- Je sais bien mais que veux-tu qu'on fasse !?
La porte s'entrouvrit et ils se figèrent dans les positions ridicules (Amand penché sur Reim, une main sur le bureau, un talon levé et Russel debout, les bras écartés, la tête rentrée dans les épaules). Ils fixèrent la porte.
- Ex-excusez-moi…
Gilbert Nightray. Qui les regardait d'un air timide qui se transforma en stupéfaction après avoir observé leurs positions.
- Je… je vous dérange ? se risqua-t-il.
Amand et Russel reprirent instantanément une position normale en essayant de reprendre contenance le blond en resserrant le fin nœud rouge à son cou et Russel en remettant ses cheveux en place et en se raclant la gorge. Bon, si c'était Gilbert ça allait.
- Non, pas du tout Messire, lui répondit le blond. Fermez la porte je vous prie, et verrouillez tant que vous y êtes.
Le jeune homme s'effectua et s'approcha d'eux en regardant le bureau d'un air fasciné.
- Messire Reim est en train de… ?
- De dormir, oui, mais garde ça pour toi. Il n'a pas dormi depuis trois jours.
- T-trois jours !? Mais c'est beaucoup trop, pourquoi ne s'est-il pas reposé !?
- Un surplus de travail, répondit évasivement le blond.
- Et Break ! ajouta Russel avant de se prendre un coup de coude entre les côtes. Argff… mais ça fait mal Amand !
- Break a fait ça à Reim ? s'exclama le garçon en écarquillant les yeux.
De très jolis yeux, nota Amand. Une telle nuance de doré existait-elle donc vraiment ?
- Uuuhm, oui, peut-être, enfin… se risqua le blond pour rattraper la situation. C'est compliqué et nous avons décidé de le laisser se reposer un moment. Sinon, que vouliez-vous Messire ?
-Oh euh… (il se racla la gorge et se redressa) je venais vous demander si je pouvais apporter une modification au rapport que je vous ai apporté hier.
Le grand sourire d'Amand se figea et Russel dû plaquer sa main devant sa bouche pour ne pas mourir de rire. Il avait presque cru voir les lunettes du blond se fissurer. Toujours souriant largement, Amand déglutit et demanda doucement.
- Bien sûr… une grosse modification ?
- Non, rien de bien grave mais… Messire ? Vous faites peur... est-ce que ça va ?
- Ouiiiii, bien sûr que ça va et il n'y a aucun problème Messire Nightray, c'est juste que… (Amand le prit par les épaules agressivement, toujours radieux) voyez-vous nous avons déjà fais les copies de vos rapports et les avons classées dont cette légère modification nous prendra beaaaauuucoup de temps et c'est pour cela que nous vous demandons toujours de relire plusieurs fois vos rapports pour être sûrs que vous n'avez rien oublié, car cela nous apporte beaucoup de désagrément, vous comprenez.
Gilbert suait à grosses gouttes et hocha faiblement la tête.
- Pardon… gémit-il.
- Vous comprenez Messire, continua Amand à moitié pour lui et à moitié pour Russel qui mourrait de rire à côté d'eux, être méthodique nous permettra à tous d'être plus efficaces. C'est une relation de confiance et de collaboration que nous entretenons ainsi, et j'admets que nous travaillons vite et ne vous laissons pas de fenêtre de liberté pour venir modifier quelque chose mais nous avons beaucoup de travail alors c'est normal.
- B-bien sûr que c'est normal, je n'ai jamais dit que-… !
- ALORS je me dois de vous remercier pour être venu faire cette modification car ces écrits demeureront bien après notre mort. Merci Messire… et la prochaine fois, faites-le dans l'heure qui suit votre rendu du rapport.
Amand pressa une ultime fois les épaules du jeune noble et le relâcha, rayonnant. Gilbert avait l'air d'être sur le point de s'évanouir.
- Pardon… dit-il d'une petite voix étranglée.
- Aucun problème ! répliqua Amand en agitant la main.
Russel se tenait le ventre et avait dû s'appuyer contre le bureau pour ne pas tomber. Il ne respirait presque plus.
- Allons dans le bureau voisin Messire, vous me direz quelle est cette modifica…tion ?
Si Amand avant hésité sur la fin de sa phrase, c'est parce qu'ils venaient tous trois d'entendre des coups répétitifs à la porte. Le bruit s'arrêta et ils regardèrent la porte. Plus rien. Amand se retourna à nouveau vers Gilbert lorsqu'un immense fracas retentit et que la porte s'ouvrit violemment, claquant contre le mur.
Lorsqu'ils regardèrent, ils virent Break, un pied en l'air, une grosse liasse de papier sous le bras les regarder avec agacement et surprise.
- Oh ! fit-il simplement.
Silence.
- Comment ça « oh ! » s'écria Amand ! D'où est-ce que tu défonces la porte à coup de pied !?
Break sauta dans le bureau et referma ladite porte d'un coup de talon.
- Je vous signale que cela faisait bien cinq minutes que je frappais cette porte sans rien entendre d'autre qu'une voix désagréable faire un monologue incessant, des gémissements pathétiques et un interminable éclat de rire hystérique, alors j'ai décidé d'employer la force pour me faire remarquer.
- C'est réussi.
- Je confirme. Et si je puis me permettre, si vous souhaitez être discrets en fermant le verrou, arrêter de faire autant de bruit parce que ça n'est pas crédible ! rit-il. Recommençons donc, bonjour Messieurs, bonjour Messire Gilbert, j'espère que vous allez tous très bien !
Quel sourire, songea Amand. Il avait l'air de particulièrement bonne humeur.
- Où est Reim ? demanda-t-il.
Les trois autres hommes s'écartèrent du bureau pour lui permettre de le voir et ils purent tous constater avec consternation que son propriétaire n'avait pas bougé d'un cil malgré le vacarme. Break porta immédiatement la main à sa bouche.
- Nooon… dit-il alors qu'un épais amusement filtrait dans sa voix. Non, c'est impossible. Est-il vraiment en train de faire ce que je crois qu'il est en train de faire ? Il dort au travail ?
- Oui, se marra Russel. Et il dort bien fort !
Break se glissa en avant vers le bureau sans le quitter des yeux et après avoir posé son rapport sur un coin du bureau, se pencha sur Reim en retenant son fou-rire.
- Hihihihi… voilà qui est adorable et inconsidéré. Comment cela se peut-il ? C'est qu'il dort vraiment profondément en plus, constata-t-il en touchant sa joue de son index.
- Il est arrivé ce matin à moitié mort et il a fini par s'effondrer malgré la caféine, expliqua Russel.
- Je vois…
Break sorti une petite boite pleine de bonbons de sa poche et l'ouvrit. Il en mit un dans sa bouche pour le suçoter et en fit rouler un autre entre ses doigts sans quitter Reim des yeux.
- À quoi penses-tu ? demanda Russel en se penchant à côté de lui comme un complice.
- Peut-être, murmura Break, que si on lui en met un dans chaque narine ça va le réveiller…
- Pas mal, il va finir par s'étouffer, ce serait tordant ! se marra le brun.
- UHM, Messieurs ! dit la voix d'Amand derrière eux.
- Allez, vas-y ! pressa Russel en donnant un petit coup de coude à Break.
Ce dernier ne quittait pas Reim des yeux, un immense sourire moqueur étirant son visage. Le bonbon roulait toujours entre ses doigts. Un émit un petit bruit de succion en faisant rouler celui qu'il avait sur la langue et approcha finalement sa main du visage du brun.
- Break ! l'arrêta la voix d'Amand. Tu ne vas pas faire ça.
- Oh si, il va le faire ! dit Russel.
- Non, il ne va pas le faire et vous allez laisser ce pauvre garçon tranquille. Je te signale d'ailleurs Break, que c'est aussi de ta faute si il n'a pas dormi ces derniers jours.
- Ha ?
- Oui ! intervint Gilbert en le pointant du doigt alors qu'il se retournait vers eux. Ils m'ont tout raconté !
- Quoi donc ? minauda innocemment l'albinos.
- Euh… c'est… ! C'est-à-dire…
- On lui a dit que tu étais une des raisons pour lesquelles Reim n'avait pas dormi.
Amand gloussa à l'entente du double sens de ces paroles. Break le remarqua et lui lança un regard blasé. Il avait cependant l'air moins écœuré par la chose que quelques mois auparavant. Amand cru même déceler une lueur de malice dans son regard.
- Ah oui, c'est ce qu'il vous a dit ? leur demanda-t-il.
- Non, il ne nous a rien dit, mais on a déduit, dit Russel en haussant les épaules. En fait on sait juste qu'il a passé ses nuits à écrire ses rapports et vu ce qu'il s'est passé à Crépuscule, à penser à toi.
- Oui, il a dû beaucoup « penser à toi », gloussa Amand.
- Hé, ce sont mes blagues ça ! s'indigna Russel.
Break fit une grimace amusée à Amand. Cela abasourdis en bien ce dernier. Il en plaisantant à présent ? Mais qu'est-ce qu'il s'était passé là-bas, enfin ?
Le pauvre Gilbert ne comprenait rien à ce qu'il se passait et Break se moqua de lui.
- Messire, vous ressemblez à un poisson sorti de l'eau ! Fermez votre bouche sinon vous avalerez une vilaine bestiole qui se nourrira de vos cellules grises jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Le noiraud ferma immédiatement la bouche et rougit de colère.
- Cesse de te moquer de moi Break ! On est à Pandora en plus ! Si Reim t'entendait, il-… !
- « Il » rien du tout parce qu'il dort comme un bébé ! D'ailleurs votre voix perçante va finir par le réveiller et il va s'énerver après vous !
- Quoi !? Mais c'est toi qui… ! s'emporta le garçon en serrant les poings.
- Bon, bon, bon, intervint Amand, et si nous allions nous occuper de cette modification Messire ?
- Quoi, une modification de quoi ? demanda Break.
Gilbert voulu lui dire que cela ne le regardait pas mais malheureusement le blond ne mesurait pas les enjeux qui se jouaient et répondit à sa place.
- Une erreur dans son dernier rapport.
Break eut un grand sourire et sautilla derrière Gilbert avant d'agripper ses épaules. Ce dernier se débattit en vain et une voix mielleuse vint souffler à son oreille.
- Alors comme ça vous n'êtes même pas capable d'organiser vos idées sur papier ? Mais à quel niveau de la déchéance et d'inutilité vous voilà réduit !
- Break enfin ! s'indigna Amand alors que Russel tapait contre le mur de rire.
- Houhouhouhouuu ! Hahaha !
Gilbert Nightray se raidit de colère et le repoussa d'un coup de bras. Il le pointa du doigt avec des yeux mouillés.
- Arrête de me rabaisser ! T-toi tu ne rends jamais tes rapports à temps et Reim doit tout le temps te courir après ! En plus il fait tout le travail à ta place ! Moi je m'occupe de mes propres papiers au moins !
Break porta ses mains à son visage, faussement atteint.
- M-m-mais Messire enfin ! Vous voyez bien que j'ai amené mon rapport en temps et en heure, comme toujours ! geignit-il en désignant la pile de papier posée à côté de la tête endormie de Reim.
- C'est exceptionnel !
- Non ça ne l'est pas, vous menteeeeez !
Amand songea très sérieusement à emmener le jeune Nightray avec lui dans son bureau pour enfin s'occuper de son rapport mais l'idée de laisser Russel et Break seul avec un Reim endormi ne l'enchantait pas. Pourquoi se retrouvait-il avec une telle bande de gamins sur les bras ? Au moment où il songeait cela, Break posait un bonbon jaune pâle sur son nez et le tint en équilibre alors que Gilbert s'époumonait encore d'indignation contre lui. Russel quant à lui, se mit à empiler un à un des crayons sur la tête de Reim.
Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous aujourd'hui !? Il s'était tout de même attendu à un retour au calme à l'arrivée de Break, une atmosphère un peu plus grave, quelque chose, vu ce qui était arrivé à Crépuscule mais non ! Cet homme se remettait-il donc si vite d'une telle mission où il avait vu tant de collègues mourir ? Bon, il était vrai qu'il devait y être habitué et qu'il ne s'était pas attaché à eux mais tout de même, si Reim avait été le voir c'était qu'il n'était pas bien non ? Qu'est-ce que c'était que cette bonne humeur presque rayonnante ?
Cela lui rappela en fait quelques scènes d'avant la déclaration de Reim… en différent. C'était léger, c'était frais, ça avait quelque chose de candide presque, mais quelque chose avait changé par rapport à autrefois.
L'avaient-ils fait ? fût la première chose qui lui vint à l'esprit mais il réalisa bien vite que ça ne devait pas être ça. Si c'était ça, Break ne pourrait pas marcher comme ça et il serait passé par ce moment de colère injustifiée contre Reim à cause de la douleur dans laquelle ce dernier l'aurait plongé.
Surtout vu l'inexpérimentation de Reim et le fait qu'ils n'avaient pas encore eu le temps, lui et Amand, d'avoir cette fameuse conversation-conseil prévue depuis des mois.
- Pourquoi est-ce que vous arborez un sourire aussi écœurant ? l'interpela la voix de Break.
- Oh rien !
La porte se rouvrit sur Lisa McQuet qui se figea sur le seuil.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? demanda-t-elle d'une voix suspicieuse en plissant les yeux.
Puis elle aperçut la forme avachie de Reim.
- Oh mon Dieu ! Reim ! Que lui avez-vous donc tous fait !?
- Mais rien ! se défendit Gilbert alors que la jeune fille s'approchait du bureau et éloignait Russel pour enlever les crayons de la tête du cadre.
À ce moment, Break lança :
- Il est fatigué après avoir passé une nuit torride avec les plus belles femmes que ce monde eût jamais portées.
La jeune fille se figea.
- Pardon ?
- Mais oui ! Mesdames Insomnies et Zèle~ ! Des amantes exigeantes qui ne vous laissent jamais partir. Aaah, quelles femmes !
- Uhmf, vous n'êtes pas drôle Xerxes Break ! grinça-t-elle.
- Je crois avoir décelé de la peur dans votre réaction ! Étiez-vous inquiète Mademoiselle ? demanda-t-il.
- Pas du tout !
- Quelle confiance !
- Quel effronté vous êtes ! Et si vous vous mêliez de vos affaires ?
- Aaanh~ ! Mais mes affaires sont tellement ennuyeuses par rapport avec celles des autres ! minauda Break en faisant de grands gestes comiques.
Lisa eut une moue dédaigneuse. Décidément elle ne comprenait vraiment pas comment quelqu'un comme Reim pouvait fréquenter ce genre de personnes. Entre ses collègues qui étaient l'objet de rumeurs douteuses et cette espèce de clown qui n'avait aucun amis, il s'entourait de problèmes ! De plus il ne leur ressemblait en rien !
- Ça c'est bien vrai ! approuva Russel. D'ailleurs si je puis me permettre moi-… !
- Ah non, pas vous ! le stoppa Break. Vous deux je ne veux rien savoir sur vos vies ! Rien de rien !
- Hé ? Mais c'est qu'il se fiche de nous !
- Non, il se protège, glissa Amand ce qui lui valut un hochement d'approbation de la part du Chapelier.
Le jeune Nightray sautait d'un pied sur l'autre, mal à l'aise.
- Uhm… il commence à y avoir beaucoup de monde, je ferais peut-être mieux d'y aller.
- Non, non, Messire ! intervint Amand. Restez, nous allons passer dans mon bureau de suite.
Si Lisa était là il n'y avait plus de problème.
Mais Break se plaça devant la jeune fille, la forçant à reculer de devant le bureau, mains sur les hanches.
Amand avait pensé trop vite.
- Les jeunes filles ne devraient pas faire ainsi la cours à leur supérieur, taquina-t-il avec un grand sourire. En plus c'est d'un démodé, on peut lire ça dans tous les mauvais romans !
Elle rougit furieusement et le pointa du doigt.
- Je ne vous permets pas de faire de telles suggestions sur ma vie privée, Break ! Et cessez de me manquer de respect !
- Sinon quoi~ ?
- Sinon je-…
- McQuet, hein ? Vous êtes la nièce du baron déchu ?
Elle piétinait sur place.
- Quelle importance !? Vous êtes valet dans une grande famille ? Mais quelle plaisanterie, vous n'êtes qu'un goujat et votre maitresse est outrageusement permissive pour garder une telle personne à ses côtés ! Ha ! Sans doute a-t-elle dû trouver une autre utilité à cette langue bien pendue, si vous voyez ce que je veux dire, bien sûr !
Amand porta sa main à sa bouche pour étouffer un son choqué, Russel pour étouffer un nouvel éclat de rire et Gilbert pour retenir un cri, rouge tomate. Les sourcils de Break tiquèrent dangereusement et un rictus énervé déforma ses traits. Ooooh, elle n'aurait jamais dû dire ça ! Il ouvrit la bouche.
- Dites-donc, vous-…
SPAF.
- … Ghh… !
Et Break s'effondra à terre. Tous le suivirent des yeux jusqu'au sol puis relevèrent le regard. Debout derrière son bureau, Reim venait de le frapper violemment avec son propre rapport.
- On ne manque pas ainsi de respect à une jeune fille, Xerxes Break ! dit-il d'un ton égal.
- Reim ! s'exclama Gilbert.
Russel explosa de rire.
Amand dû se raccrocher à ce dernier pour l'empêcher de tomber. Break, à quatre pattes par terre se tenait la tête et lançait un regard indigné et larmoyant à Reim.
- Ça fait MAL enfin ! Quelle violence ! Je croyais que vous dormiez !
- Comment suis-je censé dormir dans un tel boucan ? demanda le brun en remontant ses lunettes sur son nez. D'ailleurs je ne dormais pas.
- Bien sûr que vous dormiez ! s'indigna Break, et en vous réveillant vous avez déchargé toute votre colère sur moiiiiii !
Il enfouit son visage entre ses mains en sanglota.
- Je-ne-dormais-pas ! Est-ce que c'est clair, tout le monde ? demanda-t-il en balayant du regard l'assistance.
- Tout à fait compris, chef ! s'étrangla Russel entre deux rires avant d'être approuvé par les trois autres personnes présentes.
- Hiiii, vous n'êtes qu'un menteur !
- Parfait ! Et Xerxes, est-ce que vous pourriez arrêter ce cinéma ?
- Quel cinémaaaaa !? Je SOUFFRE ! se plaignit Break en se relevant. Vous m'avez fendu le crâne avec le fruit de mon propre travail, c'est tellement cruel de votre part !
- Vous le méritiez, on ne s'adresse pas ainsi aux dames !
- Je n'avais encore rien dit ! Et elle a été la première à me manquer de respect ! À moi ainsi qu'à Mademoiselle Sharon !
- Ce n'est pas ce que j'ai entendu.
- Quel favoritisme !
- Xerxes !
Break se tût en entendant le ton d'avertissement du brun et croisa les bras, boudeur. Reim le surveilla du regard un instant puis se tourna vers Lisa.
- Je suis absolument navré, veuillez l'excusez.
- Ce n'est rien Reim, c'est oublié, et je me dois bien d'admettre que je n'ai pas été des plus aimable non plus, dit-elle en baissant les yeux, rougissante.
Elle se tourna vers Break qui lui lança un regard énervé.
- Je vous prie de me pardonner pour la remarque que je vous ai faite sur votre maîtresse, Break. C'était malhonnête de ma part, et le fait que vous m'ayez cherché en premier ne m'excuse en rien. Pardon, je suis désolée de vous avoir offensé et manqué de respect à tout les deux.
Break la dévisagea comme si elle venait de se transformer en un artichaut musical. Après un instant de silence il hocha la tête et cela paru satisfaire la jeune fille qui lui fit un grand sourire soulagé.
- Parfait ! J'espère que nous n'allons allons pouvoir rester en des termes cordiaux vous et moi, déclara-t-elle avant de se retourner vers son supérieur. Reim, j'étais venu vous demander si vous et votre famille alliez venir à l'anniversaire de la fondation de Pandora en avril ? dit-elle en sortant une feuille d'une pochette qu'elle avait à la main. Mon département est en train de faire une estimation du nombre de personnes présentes pour pouvoir ensuite communiquer des chiffres aux organisateurs.
Reim haussa les sourcils et croisa les bras, réfléchissant.
- Eh bien nous n'en avons pas reparlé depuis ma dernière visite mais ma famille semblait à l'époque assez partante pour venir… Mmh, dans le doute, ajoutez six personnes à votre liste vu que c'est une estimation.
- Je dois y ajouter un petit plus ou un petit moins. Vous pensez être moins de six ?
- C'est plus probable, en effet.
- D'accord, je vous remercie ! (elle se tourna vers Amand et Russel) Et vous Messieurs ?
- Mets quatre pour moi, dit Russel.
- Un, dit Amand.
Lisa haussa les sourcils.
- Un ? Seulement vous ?
- Oui.
Le regard agacé et fuyant d'Amand la convainquit d'arrêter d'insister et elle les remercia encore une fois avant de quitter le bureau – non sans avoir une fois de plus lancé un magnifique sourire à Reim en lui rappelant qu'il lui devait un café. Amand emmena le jeune Nightray dans son bureau, suivi par Russel qui referma la porte derrière eux et les deux amis se retrouvèrent seuls. Reim soupira en remontant ses lunettes et se rassit à son bureau. Break tira une chaise pour s'installer en face de lui.
- Alors comme ça vous devez un café à cette charmante demoiselle ? demanda l'albinos en s'affalant sur le bureau, appuyant sa tête sur ses bras croisés en faisant attention à ne pas renverser l'encrier de Reim.
- Oui, on doit en boire un ensemble un de ces jours, pourquoi ? répondit ce dernier.
- Oh, comme ça… Un bonbon ?
- Non merc… quoique volontiers en fait. Un peu de sucre me fera du bien.
- Vous êtes vraiment pâle Messire Lunettes, s'amusa Break en poussant d'un doigt vers lui la petite boite jaune, vous feriez mieux d'aller vous reposer.
- J'ai pris ma matinée demain alors je pourrais me reposer toute la nuit.
- Bien. Est-il vrai que je suis la cause de vos insomnies ?
- Hein ? Ah, non, pas vraiment… disons que j'ai vraiment eu beaucoup de travail et qu'après j'ai peiné à dormir parce que je repensais à ce qu'il restait de travail à effectuer ainsi qu'à tout ce à quoi nous avions discuté.
Break scruta son visage un instant pour y déceler un malaise mais n'en vit pas alors sourit.
- Je vois. Ne vous torturez pas trop.
- Je ne me torture pas, mais je traite les informations lentement parce que je n'ai pas de temps pour moi…
Break gloussa,
- Je vois.
La porte sur leur droite se rouvrit et Russel revint avec une grande tasse de café fumante qu'il posa sur le bureau de Reim sans un mot avant de lui mettre une grande tape d'encouragement dans le dos et de repartir en leur faisant un clin d'œil.
- … c'est aimable de sa part, remarqua Break, mais pourquoi cette mimique dégoûtante en partant ?
- Laisse, ça doit être parce qu'ils sentent que quelque chose a changé…
- Uuhm… peut-être.
Reim prit quelques bonbons dans sa main et se mit à les manger en silence. Break observait les fournitures de bureau autours de lui, écoutant les petits « crocks » émis par les sucreries sous ses dents.
C'était vrai. Quelque chose avait changé. L'atmosphère était plus légère qu'avant… beaucoup plus légère. Peut-être était-ce lui qui se l'imaginait parce qu'il se sentait plus léger… ? Depuis qu'il était rentré au QG, Break avait beaucoup repensé à ce qu'il s'était passé là-bas et ce qu'ils s'étaient dit. Il s'était méfié : peut-être qu'entre temps, Reim allait changer d'opinion et réaliser ce qu'il venait d'apprendre. Peut-être qu'il allait le rejeter à leur prochaine rencontre, peut-être qu'il allait le dénoncer.
Il avait envisagé tout cela.
Cependant il connaissait Reim… il les connaissait et quelque chose en lui avait la certitude que cela n'arriverait pas. Une intuition. Il se méfiait des intuitions des autres mais pas des siennes, habituellement bien que la nature délicate de celle-ci l'ait poussé à être un minimum sur ses gardes. Non, Reim n'allait pas le trahir, il n'allait pas le faire.
Lorsqu'il refermait les yeux il entendait à nouveau ces mots, ces paroles qu'il lui avait dites et qu'il n'attendait plus.
« Je suis juste ton ami et je t'écoute, je t'accepte et je te garde près de moi. C'est tout. »
Et sans qu'il ne puisse le contrôler il avait été aussi impatient qu'anxieux de le revoir. La bonne humeur l'avait emporté sur cette légère angoisse qu'il reléguait dans un coin de son esprit et il s'était senti particulièrement joyeux depuis trois jours. Il se trouvait lui-même un peu gamin de réagir comme ça mais… mais c'était juste trop important pour lui pour qu'il n'arrive à se forcer à y être indifférent. Il n'avait pas envie d'être indifférent à ce qu'il venait de se passer entre eux, aux conséquences de tout ce qu'il lui avait raconté. Il savait pourtant que cette légèreté pouvait être dangereuse aussi, et bien qu'il put sentir que leur relation avait changé, il ne savait pas en quoi leur attitude allait différer et c'était inquiétant.
En venant aujourd'hui, il était de bonne humeur et en cet instant, alors qu'il levait les yeux vers le brun qui mangeait tranquillement ses bonbons en parcourant son rapport des yeux, il se senti soulagé et reconnaissant. Reim n'allait pas lui en reparler tout le temps où lui poser mille questions comme il aurait pu le faire, non, il se comportait normalement. Il n'y avait apparemment, Break le réalisait, aucune raison pour lui de changer d'attitude à son égard. Quelque chose s'était débloqué entre eux, une tension de non-dits avait disparu et leur relation semblait plus… plus sincère. Plus honnête.
C'était étrange mais agréable.
Très agréable.
C'était la première personne avec qui il ressentait ça.
Le brun reprit une poignée de bonbons.
- Oooh, du calme Monsieur le cadre, tout ce sucre va vous mettre sur les nerfs, dit-il en refermant la petite boite avec une main.
Reim eut un sourire en coin sans quitter son rapport des yeux et tenta de la rouvrir, Break refusa d'enlever sa main, ils se battirent un instant en grognant et finalement Break donna une pichenette à son pot à crayon pour détourner son attention.
- Xerxes ! râla Reim alors que Break en profitait pour récupérer sa boite et la glisser dans sa poche.
- Je ne te laisserai pas me dévaliser une fois de plus, sale profiteur ! Tiens, ceci te suffira, ajouta-t-il en donnant un ultime bonbon au brun.
Reim lui grommela un « merci » tout en remettant ses crayons et diverses plumes dans leur support. Il désigna ensuite son rapport.
- Tu n'as pas assez détaillé le pouvoir de la Contractante.
Break se fit plus sérieux.
- Si je le détaille plus et qu'un de tes supérieurs mets le nez dans ce rapport et me demande des comptes sur la nature des visions qu'elle a produit ensuite je n'ai pas envie d'avoir à m'expliquer.
Reim se mordilla les lèvres, pensif.
- Ce n'est pas faux mais Pandora a besoin de pouvoir archiver toute faculté ou activité provenant de l'Abysse pour mieux comprendre l'étendue de son pouvoir. Tu pourrais mettre ces illusions sur le compte des souvenirs de vos collègues décédés.
Break émit un petit « pfeu » sec.
- Ça n'a pas de sens Reim, pourquoi nous aurait-elle attaqué avec les souvenirs d'un mort ? Bon, écoute, je te laisse t'occuper de ça parce que je sens que tu ne seras jamais d'accord avec mes versions. Tu peux le tourner de la manière que tu veux tant que personne ne risque de venir mettre son nez dans mes affaires et me poser des questions. Est-ce que c'est faisable ?
- … C'est faisable.
- Difficilement ?
- Un peu, mais rien d'insurmontable. Ça m'ajoute juste encore plus de travail à faire aujourd'hui.
Break ne baissa pas les yeux mais fit une légère grimace.
- Tu as vraiment besoin de faire ça aujourd'hui ?
- J'ai rendez-vous avec le Duc ce soir et il va très certainement me poser des questions sur mon petit détour à Crépuscule alors j'ai intérêt à avoir déjà préparé ma version et arriver à m'y tenir.
- Mais je te l'ai dit, tu n'as qu'à dire que tu étais allé voir ton amante ! rigola Break.
- Alors là tu peux être sûr qu'en moins d'une heure il aura pu vérifier ça et me casser les jambes pour lui avoir menti.
Break se redressa sur son siège et posa son menton dans sa main.
- Mmh… ne t'en fais pas Reim…
- De ?
- Tu as beau être un inconscient qui quitte son poste pour s'occuper d'affaires personnelles et un tire-au-flanc qui dort au bureau, tu es assez intelligent pour te sortir de là.
- Ha… merci bien, grogna-t-il, une veine battant à sa tempe.
Break se mit à rigoler mais vit soudain le brun serrer la mâchoire et baisser les yeux. Le plus âgé haussa les sourcils. Mmh ? Reim releva vers lui un visage très sérieux.
- Ne te méprends pas Xerxes, ce soir-là était exceptionnel. Tu passes après mon travail.
…
Son aîné ne lui répondit rien et ne changea pas d'expression, apparemment un peu médusé par cette soudaine déclaration. Finalement il eut un sourire railleur.
- Je vois… ça t'a travaillé, pas vrai ? C'est pour ça que tu t'es tué à la tâche ces derniers jours, pour compenser ? Ha, tu vois, tu ne réponds rien ! Dans le mille, n'est-ce pas ? Mais tu as bien raison de regretter Reim, ton travail est très important et tu sais ce que le Duc attends de toi, alors ne le déçois pas.
- Il ne s'agit pas de regretter. Je ne regrette pas, c'est juste que délaisser ainsi mon travail et me retrouver dans un tel état de fatigue le lendemain a été vraiment dur pour moi. Je sais que pour le commun des gens je m'investis trop mais c'est toute ma vie, et il n'est pas juste question du Duc, je le fais aussi pour moi.
Break sourit et hocha la tête.
- C'est très bien. Tu as décidément bien grandi. Le Reim d'il y a deux ans n'aurait pas pu dire une telle chose.
- Peut-être, dit le brun en s'accoudant à son bureau et en regardant sa fidèle plume.
Ils se regardèrent et se sourirent un peu hésitants.
- Et puis, si je monte en grade j'aurais accès à plus d'informations et à d'autres rayons des archives, ajouta-t-il en coulant un regard à Break.
Ce dernier paru surpris puis se jeta sur l'occasion pour demander avec un sourire brillant :
- Justement ! Est-ce que je pourrais avoir le dossier complet sur les Baskervilles ?
Reim s'étouffa sur place avec la grâce de l'asmathique qu'il avait été.
- P-p-p-pardon !? Tu te fiches de moi !? C'est parfaitement impossible, c'est secret-défense !
- Même pas pour les gens qui peuvent les combaaaattre ?
- Même ! De toute façon on ne sait presque rien d'eux et de leurs méthodes de combat.
- Je vois ! dit Break en se levant. Tant pis alors !
Reim se leva à son tour pour le saluer et Break lui lança :
- Dépêche-toi de monter en grade alors mon grand, j'en aurai besoin.
Reim lui tendit la main.
Break eut un moment de blanc en la regardant.
Hein ?
Il regarda la main tendue, le visage sérieux de Reim, puis à nouveau la main.
Avec un sourire moqueur il comprit. Tsss… cette symbolique si typique de la jeunesse. Il soupira d'amusement et tendit la sienne pour saisir celle de Reim qui la serra. Le regard si droit que le brun lui lança le fit sourire. C'était plein de promesses.
Sûrement des promesses qu'il ne pourrait jamais tenir parce qu'elles étaient irréalisables ou trop hasardeuses, mais ça n'était pas grave. Break apprécia ce regard. Il était empli de la fougue de la jeunesse, plein d'énergie et plein de droiture. Le regard d'une jeune personne qui a encore beaucoup à apprendre mais qui est en bonne voie, le regard d'une personne qui savait et qui se tenait face à lui, droit et confiant. Le regard d'un ami.
Break apprécia cette poignée de main un peu ridicule mais jolie à sa façon.
- Compte sur moi, lui dit le brun.
Break hocha la tête. Ah, Reim… Décidemment…
- Au fait, comment va ton cou ? demanda le brun après avoir retiré sa main.
- Ça va aller. Je dois faire attention parce que c'est plus mal placé que ce que j'avais pensé mais sinon c'est bon…
- Je vois, tant mieux.
- Au fait, dit Break, avant de partir nous pourrions peut-être agender cette soirée que nous voulions faire depuis des semaines sans en avoir l'occasion… je suis fatigué de me déplacer pour rien alors autant décider à l'avance même si ça n'est pas amusant.
Reim était libre en fin de semaine prochaine. Ils arrêtèrent une date, Break s'en alla et Reim dû lui courir après pour qu'il lui rende sa plume qu'il lui avait volée.
.oOooOo.
Quelques heures laborieuses plus tard, Reim entra dans un salon empli de livres avec une liasse de dossiers sous le bras.
- Mon cher Reim… salua le Duc Barma.
Reim se tendit nerveusement et serra la poignée de la porte qu'il n'avait pas encore fermée derrière lui. Ça commençait mal, très mal, si le Duc le saluait si gentiment. Il connaissait ce ton faussement mielleux que l'autre homme croyait innocent mais qui ne trompait pas ses proches une seule seconde.
- Bonsoir Messire, répondit-il poliment en penchant un peu la tête. Comment vous portez-vous ?
Le Duc se redressa sur son divan et fit une place sur sa table basse recouverte de papiers et parchemins pour que Reim puisse poser ses dossiers. Reim le remercia et s'assit à son tour face à lui dans un confortable fauteuil, de plus en plus sûr de sa première impression. Il lui avait donné rendez-vous dans ce salon et non dans le bureau, il lui faisait aimablement de la place… non, il allait devoir être très prudent.
- Il se trouve que je me porte bien, mieux que vous d'ailleurs. Savez-vous que l'être humain, à votre âge, a besoin d'un peu moins de huit heures de sommeil par nuit pour bien fonctionner ?
D'accord, donc ses heures de sommeil, il savait.
- Je le sais Messire, dit-il avec un sourire d'excuse, mais le travail m'a accaparé.
- Allons, allons, il s'agit plutôt de zèle, vous n'aviez pas besoin de copier ces rapports aussi vite sans vous reposer, dit-il avec un grand sourire qui envoya des frissons d'avertissement bien connus dans le dos de Reim.
« N'essaie pas de mentir, je sais déjà tout et je saurais immédiatement si tu me mens, hahaha ! »
- C'est vrai Messire…
- Puis-je savoir quelles pensées tu tentais de fuir ? Il m'a été rapporté que tu t'étais rendu à Crépuscule lors de la réunion de Rouage… Le Chapelier venait de tuer la Contractante, alors pourquoi y être allé ?
Reim pesa lentement ses mots.
- Un agent de Pandora est venu me faire un rapport de l'affaire, cela est vrai, mais en tant que représentant de Pandora, je me devais d'aller vérifier ce témoignage auprès d'une source sûre. Il faut dire que l'agent qui est venu me parler était un peu… ébranlé par ce qui était arrivé, ce qui était très compréhensible.
- Mmh, je vois. Mais tu aurais pu attendre le lendemain, non ?
- Je ne savais pas à quelle heure ils allaient repartir le jour suivant, Messire.
- Uuuhm…
Le Duc le dardait d'un regard extrêmement suspicieux.
- Je pense que tu me mens Reim, et tu sais que je n'aime pas ça.
- Je ne vous mens pas.
- Tu contournes la vérité. Tu es allé à Crépuscule parce que tu te faisais du souci pour le Chapelier.
- Il est mon ami Messire et je craignais aussi pour sa santé, je ne le cache pas.
- Fadaises, personne à Pandora ne doute de ses capacités de guerrier et surtout pas un « ami » proche. De plus, l'agent t'ayant fait son rapport avait mentionné qu'il ne souffrait que de quelques contusions et d'une blessure bénigne alors je te le demande : pourquoi étais-tu inquiet ?
Double frappe, deux points marqués. Ouch.
- Le pouvoir de la Contractante n'était pas clair et à l'entente du rapport oral que Julian Moore m'a fait je me suis inquiété. Les précédentes victimes semblaient avoir subi de sévères traumatismes avant de mourir et cet agent était incapable de me dire si Xerxes Break en avait souffert ou non.
- Il n'avait donc pas fait attention à l'état du Chapelier ? demanda le Duc en levant un sourcil dubitatif.
- Non Messire, pas réellement. Il avait porté plus d'attention aux corps de ses collègues et amis qu'il avait dû transporter ensuite… Ce qui était légitime.
Rufus Barma s'appuya contre le dossier de son grand fauteuil et fit craque sa nuque.
- Certes… et cette Contractante, quel était son pouvoir ?
Reim prit un épais dossier de sa pile et le plaça devant le Duc qui le prit pour le feuilleter. Reim savait qu'il allait tout lire plus tard.
- Tout ce que Xerxes Break a vu et entendu est consigné dans ce rapport avec ses conclusions qui se trouvent à la fin. Lorsque je l'ai vu ce soir-là, nous en avons discuté ensemble pour démêler cette affaire car il était assez confus.
- Oui… dit pensivement le Duc en se léchant un doigt avant de tourner négligemment les pages, et vous avez pu en profiter pour échafauder une autre version…
Reim se raidit.
- Sauf votre respect Messire, nous n'avons absolument rien échafaudé. Tout ce qui est consigné ici est la stricte vérité.
- Je m'en doute Reim, tu es un professionnel… J'énonçais juste que vous aviez eu la possibilité de le faire. Donc, ses pouvoirs ?
- Elle semblait avoir la capacité de prendre diverses formes au gré de ses envies. Elle en profitait ainsi pour prendre des apparences inoffensives comme celles d'enfant pour décourager son opposant à l'attaquer et profiter de son émoi pour le tuer.
- Je vois ici qu'elle a pris l'apparence d'une fillette, en effet… ainsi que… de feu Shelly Rainsworth ?
Le Duc fronça les sourcils en le regardant par-dessus le rapport.
- Qu'est-ce que cela signifie ?
- Nous l'ignorions alors, mais nous avons pu résoudre ce mystère. Ce soir-là, Break portait sur son uniforme l'insigne des Rainsworth, et comme vous le savez, cet insigne est fréquemment dans les journaux et peu de gens ignorent ce qu'il signifie. De plus, c'était il y a un mois l'anniversaire de la mort de Lady Shelly et son portrait était dans plusieurs journaux. La Contractante aura fait le lien et prit son apparence pour perturber un serviteur de cette maison.
- Mmh…
Le Duc parcouru en silence le rapport et Reim prit très calmement un autre dossier pour y chercher une page en particulier. Avec un détachement dû à des années d'entrainement, il cachait tous les signes susceptibles de trahir son mensonge. Il détestait mentir au Duc. Il détestait cordialement cela parce qu'il était un de ses serviteurs dévoué et parce que mentir n'était jamais une fin avec lui. C'était un pari très risqué car il y avait dix chances sur dix pour qu'il découvre tôt ou tard la vérité.
Après des années de servitudes sous ses ordres, Reim Lunettes connaissait néanmoins l'étendue de son réseau et savait jusqu'où il se devait de surveiller ses arrières. Il devait être une des seules personnes au monde à pouvoir tromper cet homme, mais il restait très peu sûr de lui. Il lui fallait surtout de la chance et beaucoup d'habileté pour détourner son attention de cette mission qui n'était après tout qu'une parmi tant d'autres.
Il avait grandi dans l'expectative de servir fidèlement le Duc et de devenir un homme de confiance pour lui. Il détestait lui mentir, il se sentait le trahir.
Il n'y avait que pour Break qu'il était prêt à risquer cela.
Mais une fois était déjà de trop.
Reim retira ses lunettes et les essuya pensivement. Il savait qu'il avait bien fait de maquiller la vérité, mais son devoir s'en retrouvait dérangé. C'était un mélange de sentiments complexes et entremêlés. Trouver un équilibre entre sa loyauté au Duc et son amitié pour Break n'allait pas s'avérer facile, néanmoins il se faisait confiance. Le chemin vers un consensus semblait long mais il allait y arriver.
Il le devait.
.oOooOo.
Il était passé vingt-deux heures trente lorsque Break traversa les appartements de Sharon à toute vitesse. Il était en retard. Elle lui avait demandé de venir lui faire un rapport avant qu'elle ne se couche (ce qu'elle faisait habituellement vers vingt-deux heures) et il avait été retenu pour diverses affaires. Il songea qu'elle devait s'être endormie mais apercevoir de la lumière filtrer sous la porte de sa chambre ne l'étonna pas.
Sans hésitation mais en redoutant tout de même le châtiment qui ne manquerait pas de tomber, il toqua à la porte et entra.
Elle n'était pas dans son lit en train de lire.
Elle était au milieu de sa chambre en train de retirer une nuisette blanche très transparente.
Une seconde. Il était entré, avait vu, avait ouvert la bouche, avait ensuite vu le visage de Sharon et avait reculé à la vitesse de l'éclair en refermant violemment la porte sur lui alors que retentissait un « BREAK ! » indigné et mortellement gêné.
Il se passa la main sur le visage qu'il se frotta inconsciemment à toute vitesse comme pour essayer de retirer l'image qui était imprimée sur sa rétine. Ouuuh, perturbant… Oouuuh, comme il n'aurait pas dû voir ça, comme il aurait dû rester dans l'ignorance de ses courbes, de ses tétons qui pointaient à travers le tissu fin, de ses jambes rondes, de l'ombre plus foncée qui venait d'entre ses cuisses.
Ooooh, Seigneur ! Il tourna sur lui-même en s'arrachant les cheveux.
Il n'aurait pas dû voir ça ! Premièrement parce qu'elle allait en être mortifiée et que cela allait les embarrasser pendant plusieurs jours et deuxièmement parce qu'il… parce qu'il n'aurait pas dû, tout simplement ! Quelque part dans sa tête, il s'excusa auprès de Lady Shelly.
Il entendit le bruit d'un fourragement de tissu suivi d'un appel très sec qui l'invitait à entrer. Il s'exécuta avec l'entrain d'un condamné en entrant dans la pièce de l'air le plus timide et confus dont il était capable. Il put voir que Sharon avait revêtu une de ses robes de nuit habituelle en coton épais et que son visage était rouge cerise. Elle tenait son éventail à la main et il eut un mouvement de recul.
- Viens ici que je t'apprenne les bonnes manières et que tu n'entre plus jamais dans la chambre d'une dame sans y avoir été autorisé !
.oOooOo.
Allongée dans son lit un étage plus haut, Sheryl Rainsworth lisait tranquillement un livre en attendant que le sommeil veuille bien lui offrir sa compagnie. À son âge, elle était habituée aux insomnies. Alors qu'elle tournait délicatement une page de son roman, un grand fracas au-dessous d'elle l'arrêta au milieu de son geste. Elle reconnut le bruit bien connu de l'éventail familial et la voix désespérée du valet de sa petite fille.
Elle reposa son livre en riant doucement tout en tendant l'oreille.
Le bruit dura un bon moment et elle crut percevoir des mots faisant référence à des vêtements. Aaah… Sharon avait dû sans doute s'offrir un petit quelque chose que Xerxes n'aurait pas dû voir. En secouant la tête, un vieux souvenir concernant Rufus Barma lui revint en mémoire et elle rit en silence. Les hommes n'avaient aucun tact, décidément…
Elle plaignit presque Xerxes mais se rappela de ce qu'elle avait-elle-même ressenti à l'époque où cela lui était arrivé. Mmh… Elle se rangea finalement du côté de sa petite fille et imagina la scène se déroulant sous ses pieds comme une répétition fidèle de ce qui lui était arrivé des années auparavant. Le temps passait si vite… et pourtant les choses se répétaient avec l'exactitude d'une horloge. Amusant.
.oOooOo.
La porte se referma en grinçant, Break s'avança avec une grimace de douleur et se laissa tomber sur son lit.
Aaaarrh… ça faisait mal. Il en aurait pleurniché s'il avait eu un public. En frottant son crâne douloureux, il s'extasia une fois de plus de l'habileté de sa maîtresse à pouvoir lui infliger autant de souffrance sans lui fendre le crâne et le tuer. Il laissa retomber sa main sur le matelas avec découragement. Il fallait attendre que ça passe.
Le valet se fit la réflexion que son métier avait beau être moins éprouvant que celui de Reim, il n'en restait pas moins beaucoup plus dangereux – et pas uniquement à cause des missions pour Pandora.
Après un instant de réflexion, il songea qu'en réalité la position de Reim faisait de lui une mine à renseignement sans défenses, et cela n'allait aller qu'en s'empirant s'il montait en grade.
Était-il sans défenses ? Est-ce que Reim était capable de résister à un kidnapping ?
Certainement pas.
Est-ce qu'il était capable de résister à un interrogatoire ?
Sûrement, ou en tout cas dans une certaine mesure.
Tout en retirant ses chaussures, son manteau et son jabot Break songea qu'il allait peut-être lui en toucher un mot, car de son point de vue de combattant le brun était une cible offerte sur un plateau. S'il se baladait avec une pancarte au-dessus de lui clamant « SANS DÉFENSE » le résultat aurait été le même. Enfin, peut-être qu'il se trompait.
Il prit de sa table de nuit une liasse de papier à étudier en s'appuyant contre le dossier, un gros coussin calé dans son dos. Il avait de quoi faire… mais il ne lut que deux pages avant de sentir son esprit s'évader. Il repensa à Reim et à ce qu'ils s'étaient dits à Crépuscule… Il s'était rejoué la scène plusieurs fois dans sa tête, et ensuite revenaient les souvenirs de la découverte de son sceau et cette continuité absurde avec ce baiser dans le couloir, ce soir-là… À chaque fois qu'il repensait à ce moment, une onde de chaleur l'envahissait. Désir. Puis il repensait à ce jour où Reim avait été invité au manoir, puis au placard.
Franchement, il pouvait se l'avouer : il avait resongé à cette langue sur ses doigts plus d'une fois. Tous les jours en réalité. Cela avait le don de toujours faire monter sa température mais ensuite son esprit rencontrait de légers problèmes. Le souvenir de cette langue ne pouvait l'empêcher de songer à ce que cette douceur humide pourrait lui produire entre ses jambes mais imaginer Reim le faire était… bon, possible mais dérangeant. Alors évidemment Break se mettait à fantasmer plutôt sur les lèvres d'une femme et ce qui s'ensuivrait mais ça n'était pas pareil. Il sentait que c'était la personne de Reim, ce qu'il représentait et ce qu'il savait sur lui ainsi que leur degré de proximité qui rendait le fantasme attirant. De ce point de vue, c'était plus qui il était et non l'homme qu'il était que Break considérait, mais dès qu'il s'agissait d'imaginer la pratique… non. Juste non. C'était un réflexe naturel.
Ça n'était pas un « non » écœuré comme il aurait pu l'être (après tout c'était Reim et pas un homme inconnu qui l'avait accosté lors d'une soirée) mais c'était juste un rejet qu'il qualifierait de logique. Il ne se sentait pas « programmé » pour accepter ça, il avait grandi en aimant les femmes et les aimait toujours. Reim était quelqu'un de doux et de gentil, de respectueux aussi, mais il ne pourrait jamais rivaliser avec la douceur et la sensualité d'une femme.
Tout cela rendait son désir un peu incertain. D'abord il repensait à ce qui était arrivé, cela lui donnait envie puis ces pensées s'entrechoquaient. Peu pratique, très peu pratique… Surtout qu'il fallait aussi se l'avouer, depuis cette fameuse soirée où ils s'étaient embrassés et l'après-midi au manoir, sa libido lui donnait l'impression de chantonner d'allégresse tant elle se répandait et s'épanouissait en lui sans qu'il n'essaie de la restreindre (pourquoi faire, franchement… ?). Il ne pouvait pas s'empêcher de penser à tout cela et il s'était rendu compte que depuis Crépuscule, non seulement il y pensait plus souvent mais aussi plus… librement. Après tous ces aveux, quelque chose s'était allégé et débloqué, et imaginer faire des choses avec Reim – au-delà du problème qu'il soit un autre homme – semblait plus naturel et plus attirant. C'était difficile à exprimer… C'était comme une conséquence du partage, une ouverture qui demandait à aller plus loin.
Break laissa sa tête aller contre le sommier. Mmh… ça n'arrangeait pas son problème actuel. Il se remémorait en boucle ce baiser et ces lèvres sur ses doigts qu'il frottait inconsciemment entre eux … et cela le… eh bien voilà. Il se mordit la lèvre. Il n'avait pas envie de faire ça seul parce que ça serait un peu frustrant mais en même temps il en avait très envie…
Aaah, mais il devait lire ces papiers…
Oui mais il n'arrivait pas à se concentrer dans cet état. Ahm… en plus ça ne s'arrangeait pas. À force d'y réfléchir, sa respiration s'était un peu allourdie. Pouvait-il vraiment faire ça en pensant plus ou moins à son ami ? Pouvait-il détourner ces souvenirs en pensant à une femme ? Pouvait-il penser à Reim au moment où il s'abandonnerait à l'orgasme ? Vraiment ?
Il avait déjà essayé une ou deux fois et c'était TRÈS confus et dérangeant. Ça allait dans tous les sens et ses pensées oscillaient entre deux visages différents, l'un connu et l'autre inconnu et cela perturbait son plaisir… Et dans l'état actuel des choses il n'y avait pas de solution.
Break repensa à leur conversation de ce matin et revit le brun poser sur ses lèvres un de ses bonbons sans le manger, ses yeux rivés sur son rapport. Son esprit bloqua sur cette image, sur la petite sphère ronde posée contre ses lèvres et sur ces yeux perçants…
Avec un grognement, il posa ses papiers à côté de lui et éteignit la lumière.
Un frottement.
Haa, oui…
Mais re donc, chers amis ! Vous avez terminé votre lecture à ce que je vois... non, non, ne pleurez pas, la suite va arriver. Il y a encore tellement de choses qui vont se passer, hohoho ! Mais à présent c'est votre tour de me donner vos impressions. Alors, vous avez rit un coup face à cette légèreté qui était le bienvenu après tout cet angst du chapitre 20 ? Pensez-vous que Barma se doute de quelque chose ? Et ohlàlà, Sharon... quelle idée de faire des essayages à une heure pareille... Bon en même temps c'est vrai qu'on frappe avant d'entrer. Et cette fin, une remarque ? J'vous attend, petits bonbons, à vous ! w
Rinne-chan : ...un fanart ? You kidding me ? *visage qui devient rouge Barma* Omg, je me fiche de si tu le trouves bien ou pas, si tu le fais je VEUX le voir. Aaah !
Preview : Vile vérification et vin.
Note importante : Je ne suis pas chez moi le weekend prochain donc il se pourrait qu'il n'y ait pas de chapitre samedi. J'essaierai de l'écrire pendant la semaine et si j'arrive à le terminer je le posterai vendredi soir mais ne comptez pas là-dessus car c'est très... improbable. Partez du principe qu'il n'y aura rien et s'il arrive, SURPRISE ! ^^ J'vous aime tellement fort, merci de me suivre depuis tout ce temps, on continue !
