Chapitre 21 : Six mois

La seconde suivante, Draco se retrouva devant le 12 Square Grimmaurd.

Évidemment.

Tourne bien le fer dans la plaie, Dray, pleure sur ton propre sort, vas-y, morfonds-toi et quand tu auras fini, je reviendrai encore pour te murmurer que c'est bien fait pour toi. Et alors, on pourra recommencer, encore et encore. Parce que ça a toujours été comme ça avec toi n'est-ce pas? Tu choisis la souffrance pour mieux t'apitoyer sur ton sort, alors continue. Je reste ici et je te regarde. Ne te gêne pas pour moi, pour nous.

La maison était plongée dans le noir, silencieuse, morte, comme les rêves qu'elle avait vu naître.

Regarde tout ce que tu n'auras jamais. Regarde bien.

Draco se rua dans les toilettes, comme s'il était poursuivi. Il poussa la porte avec tant de force qu'elle heurta le mur derrière dans le plus grand des fracas. Il appuya ses mains tremblantes contre la porcelaine froide et immaculée du lavabo et réalisa soudain l'ironie de la situation. Il aurait ri s'il n'avait pas eu le cœur en miettes. Il aurait pleuré s'il en avait été encore capable.

Six mois.

Six mois, c'était tout ce que ça avait pris pour virer sa vie sens dessus dessous. Tu as compté? Se moqua la voix, la maudite voix et s'en fut trop, il frappa de toutes ses forces le lavabo en jurant de douleur l'instant suivant, certain qu'il venait de se briser la main. Le meuble était intact. Évidemment. Il était pathétique. Qu'est-ce que tu attends de moi au juste? Résonna la voix dans sa tête. La vérité, s'était-il entendu répondre.

Imbécile. Comment pouvait-il prétendre à une telle chose? La vérité. Ça n'avait même jamais existé entre eux, pas à un seul putain de moment. Non, c'est faux, murmura la voix. Tu mens. C'est vrai, il mentait.

Avant toute cette foutue histoire. À une époque oubliée. Moi, je n'ai jamais oublié. Dans cette salle de classe déserte. Voilà, tu t'en souviens toi aussi de la classe, de la lune, de la nuit, de moi, de toi. Pendant ce bref instant qu'il leur avait semblé à tous les deux, à ce moment-là, le début d'une éternité, la vérité était née. J'y croyais, se moqua la voix.

-Ne te moque pas, répondit Draco en serrant les dents.

La vérité était née, puis ils avaient vite fait de l'étouffer, se regardant droit dans les yeux, leurs mains jointes autour de son cou gracile à serrer, serrer et serrer encore, jusqu'à ce qu'elle disparaisse et qu'ils en oublient même qu'elle avait déjà existé. Menteur, tu n'as pas oublié. Menteur. Menteur. Menteur.

-LA FERME! hurla-t-il de toutes ses forces, jusqu'à ressentir la brûlure de son cri dans ses cordes vocales. LA FERME! LA FERME! LA FERME!

Il se força à regarder son reflet dans le miroir droit dans les yeux et l'homme qui le dévisageait, face à lui, avait au moins dix ans de plus que lui et il le plaignit sincèrement. Son regard gris était vide et souligné de larges cernes. Il était mort. Tu as toujours eu un goût pour le drame. C'est faux. C'est vrai. Quelle importance de toute manière? Quelle importance puisque plus rien n'est réel. Comment avait-il pu croire que Harry le choisirait lui, comment avait-il pu penser qu'il se jetterait dans ses bras une fois tout ceci derrière lui.

Il s'était joué de lui.

Et c'était tellement banal, tellement stupide d'avoir cru pendant même une seconde qu'autre chose se produirait. Tous les clients qui passaient par le bureau de Daphnée auraient pu le lui dire. Au final, le mari ne quitte jamais sa femme. Mais il s'était cru au-dessus de cela, supérieur à tous ces minables. Parce que lui vivait quelque chose de grandiose, de plus vrai encore que le réel, un amour qui transcendait le temps, la distance, la haine. Imbécile.

Et s'il ne lui avait jamais demandé de choisir? Aurait-il pu se contenter de la deuxième place? Avait-il si peu d'orgueil, d'amour propre? Mais qu'est-ce qui pouvait être pire que ce vide qui comme un trou noir s'agrandissait en lui, aspirant tout sur son passage pour ne laisser que du néant.

Il se força à sortir de la salle de bain, descendit l'escalier, bien décidé à quitter cette maison et à ne plus jamais y mettre les pieds.

-Je croyais qu'on avait dit qu'on se rejoindrait chez toi? dit alors une voix qui appartenait à la dernière personne qu'il avait envie de voir en cet instant. Je n'avais pas mon cellulaire, je viens de voir tes messages, je…

Harry se tenait là, au pied de l'escalier, un sourire aux lèvres, mais ce dernier se dissipa bien vite en apercevant le visage ravagé par la douleur de son amant et il se tut. Draco eut la folle envie de lui lancer un Doloris, de lui rouer le visage de coups de poing, de le mordre, de le gifler, de le faire souffrir de la plus terrible des façons, mais il resta là, figé au milieu de l'escalier, le regardant comme s'il s'agissait d'un revenant. Lâche.

-Qu'y a-t-il? demanda Harry devant le silence inquiétant de son amant.

Draco tremblait de tout son corps, son esprit piétiné par la souffrance ne parvenait plus à même formuler ce qu'il aurait aimé lui dire. Qu'y avait-il à dire? Il finit de descendre l'escalier, bien décidé à partir sans jamais se retourner. Tu n'en seras pas capable. Il ignora son cœur qui se serra en l'effleurant au passage. Voilà, déjà tu faiblis.

-Je ne comprends pas, qu'est-ce qui se passe? Où vas-tu? insista l'ex-Auror en fronçant cette fois les sourcils, tentant de le retenir.

Tu vas lui pardonner et le laisser t'embrasser, puis il te fera l'amour à même l'escalier et alors tu oublieras sa femme, ses belles promesses et tu te persuaderas que demain ce sera différent. Draco se tendit. Tes résolutions fondent comme neige au soleil et il va gagner, encore. Cesse de nous faire perdre notre temps à tous les deux, on sait comment ça va finir de toute manière.

-VA TE FAIRE FOUTRE! Je t'ai vu avec elle tout à l'heure, dans votre chambre! cracha Draco en mettant le plus de dégoût dont il était capable dans le mot « elle».

-De quoi est-ce que tu parles?

-Me prends-tu donc pour le dernier des imbéciles? JE VOUS AI VU! TU ENTENDS? Alors tes promesses de merde, tes « je t'aime », tu peux te les mettre au fin fond du cul! Je ne veux plus jamais te voir ni entendre parler de toi, Harry Potter! Va la retrouver et la baiser si ce n'est pas déjà fait pour ce que ça peut me faire! JE T'EMMERDE!

Harry fit un pas vers le blond qui recula jusqu'à être acculé au mur. Harry lui agrippa le bras pour l'empêcher de partir. L'autre se débattait comme un diable, de la haine plein les yeux et le cœur à vif.

-LÂCHE-MOI, NE ME TOUCHE PAS! cria Malfoy en le repoussant brutalement, sortant sa baguette de sa poche et la pointant vers l'autre homme qui haussa un sourcil.

-Tu comptes me lancer un sort?

Le calme apparent de son vis-à-vis le mettait encore plus en rage si c'était possible.

-Si tu approches, je n'hésiterai pas! cracha-t-il. Tu m'as trahi, tu m'as menti! Tu n'as jamais eu l'intention de la quitter, JAMAIS! Et tu m'as laissé croire… à des conneries. DES CONNERIES! Et moi j'ai été asse stupide pour te croire, j'ai…

Il aurait voulu pleurer, mais ses larmes semblaient s'être à jamais taries.

-Ce ne sont pas de conneries pour moi, l'interrompit Harry. Ce n'était rien… rien qu'un baiser, un baiser d'adieux, tu dois me croire…

-FOUTAISES! cracha le blond.

-Je suis ici maintenant, je suis à toi, et ça, ça ne compte pour rien?

-Et elle? Je vous ai vus, Harry!

Tout ce qu'il voulait c'était que tout s'arrête. Maintenant. Il avait assez souffert, il avait expié ses fautes et plus, même. Qu'attendait Harry de lui? Sa destruction? Sa mort? Si avant, il aurait tout donné pour revenir en arrière, vingt-trois ans plus tôt, désormais il ne voulait qu'une seule chose, que toute cette histoire prenne fin.

-Il y a six mois, tu m'as fait jurer que lorsque tout ceci serait terminé, je devrais disparaître de ta vie, dit Harry, comme si cela expliquait tout.

-Ne joue pas au plus malin avec moi, tu sais bien que depuis, tout a changé. À moins que tout cela n'ait été qu'un jeu pour toi ou la plus cruelle des vengeances!

-Non, bien sûr que non! répondit le brun.

-Menteur, trancha Draco.

Draco se laissa glisser le long du mur jusqu'à se trouver assis sur le parquet encore poussiéreux. Il laissa tomber sa baguette qui roula sur le sol et s'arrêta contre le pied d'un fauteuil sur lequel ils avaient fait l'amour, une fois. Il abdiquait. S'offrait tout entier à cet homme qui avait déjà tout pris. Prêt à recevoir le dernier coup, celui qui mettrait un terme à cette folie. Qu'il fasse de lui ce qu'il jugeait bon, lui n'avait plus la volonté ni la force de se battre. Et lorsque le coup fatal serait donné, lorsqu'enfin la balance aurait été rééquilibrée, il savait désormais qu'il y survivrait, comme il l'avait toujours fait, portant avec lui ce vide terrible, mais peut-être salvateur.

-Ce n'est qu'un baiser…

-Non, Harry, ce n'est pas qu'un baiser, c'est beaucoup plus que ça et tu le sais.

-Je t'aime, murmura Harry comme s'il savait combien ces mots pouvaient être, parfois, les plus cruels.

-Ce n'est pas ça l'amour, ça c'est juste de la folie et de la souffrance, encore et encore! Ne le vois-tu donc pas? Ça a toujours été comme ça entre nous! Nous sommes incapables de nous aimer sans nous déchirer, sans nous blesser! Je n'ai pas pu faire le bon choix à l'époque et maintenant c'est toi qui choisis de tout détruire. Ça suffit. Ça doit prendre fin. Je n'en peux plus.

Draco ne regardait pas Harry, fixant un point invisible sur le parquet, près de lui. Comme s'il craignait ne pas être en mesure de continuer si leurs regards se croisaient. Harry faisait non de la tête, niant tout ce qu'il entendait.

-Ce n'est pas vrai, nous n'avons jamais eu notre chance et tu es prêt à tout abandonner, à tout laisser tomber alors qu'on y est? dit-il en continuant à secouer la tête, n'arrivant pas à croire ce qui se déroulait.

-Je n'ai rien abandonné, c'est toi qui l'a fait.

Sa voix n'était plus qu'un murmure à présent, il était épuisé. Mais Harry semblait maintenant animé d'une frénésie, comme un plongeur à bout de souffle se débattant pour rejoindre la surface.

-C'était une erreur. Une putain d'erreur! J'ai passé ma vie avec elle, elle… elle a fait beaucoup pour moi, malgré tout, elle a toujours été là pour moi. Mais je n'ai rien abandonné, je suis ici, je suis avec toi et… je regrette, je regrette tellement, dit-il à voix basse tandis que sa voix se brisait cette fois pour de bon, presque suppliant alors que des larmes emplissaient ses yeux et coulaient le long de ses joues.

Draco l'envia d'être encore capable de pleurer.

-Au début, je voulais te faire du mal, comme toi tu m'en avais fait, continua Harry. Lorsque je t'ai vu ce jour-là, au tribunal après toutes ces années, ça m'a fait tellement souffrir, si tu savais. Pour moi, tu étais celui qui m'avait volé ma vie, c'était à cause de toi que je n'avais jamais pu être heureux, tout était de ta faute. Je n'avais jamais pu t'oublier, tu le sais, je te l'ai déjà dit. Et je voulais absolument te faire payer pour ça et lorsque j'ai eu besoin d'un avocat, je suis immédiatement allé te voir et si je n'avais pas eu besoin de tes services, je me serais arrangé pour te revoir quand même. Je voulais te voir souffrir comme j'avais souffert, je t'en voulais tellement. Mais ensuite, tout a changé. J'ai réalisé que je n'avais jamais cessé de t'aimer et je pense que cela a été encore plus insupportable à accepter que tout le reste. Parce que j'étais prisonnier de cette vie et que toi tu t'en étais libéré et que c'était tellement injuste. C'est toi qui aurait dû être malheureux, mais c'est moi qui l'était et, en même temps, j'ai réalisé que j'étais simplement jaloux, je t'enviais d'avoir eu le courage de faire ce qui me semblait impossible. Et quand je t'ai retrouvé… Merlin! C'était à la fois la pire des douleurs et le plus grand des bonheurs. De réaliser ce que j'avais perdu, de goûter de nouveau à quelque chose de vrai, à la seule chose vraie que je n'ai jamais connue. Je ne veux pas sortir de ta vie, Dray, je ne peux pas… je… j'ai besoin de toi. Pardonne-moi. Et même si ça prend des jours, des mois, je vais t'attendre, comme je t'ai attendu pendant vingt-trois ans.

Comment est-il possible de s'aimer autant et de vouloir se détruire autant? Existait-il un espoir pour eux ou étaient-ils condamnés tous les deux à une souffrance éternelle : la déchirure insoutenable de la séparation ou l'incapacité d'être ensemble sans se faire du mal. En voyant Harry debout devant lui, le regard rempli d'une cavalerie d'émotions qui, pour sa part, il ne pensait plus être en mesure de ressentir, il réalisa soudain qui était son bourreau. Celui qui le tourmentait depuis six mois, chavirait sa vie et lui donnait tout à la fois l'envie de mourir et de s'envoler. Ce n'était pas le chef des Aurors ni le père de famille, ce n'était pas l'époux de Ginny Weasley ni le héros, c'était le jeune homme qui avait eu le cœur brisé, vingt-trois ans plus tôt. Ça avait toujours été lui. Face à Draco, aucun autre Harry ne pouvait exister, que cette version de lui qui n'avait jamais pu avancer, bloquée devant les portes du manoir qu'on avait refusé de lui ouvrir ce soir d'été où il avait appris que Draco se fiançait, attendant comme un fantôme prisonnier sur terre, puisqu'il lui restait quelque chose à accomplir.

Il revit l'homme qui était entré dans son bureau ce soir-là, six mois plus tôt. Un homme blessé et le tenant personnellement responsable du fait qu'il était profondément malheureux. Et maintenant, qu'importe à qui était la faute, il devait faire un choix. Il vit celui qui se tenait devant lui et il comprit que pendant tout ce temps, il s'était trompé. Ce n'était pas lui qui était pris au piège, mais bien Harry. Et il n'était à la merci de quiconque sinon la sienne. Harry n'était pas celui qui lui assènerait le coup fatal et il ne l'avait jamais été, la hache était entre ses propres mains et il pouvait en faire ce qu'il voulait. Parce que lui, malgré tout, avait réussi à avancer, de la plus imparfaite des manières, mais à avancer tout de même.

-On ne peut pas revenir en arrière, Harry.

Lorsqu'il entendit le son de sa propre voix, il fut surpris de la douceur qu'elle avait, désormais. Contre toute attente, le brun s'effondra contre lui et Draco ne put s'empêcher de le prendre dans ses bras. Lui était incapable de pleurer, plus maintenant, son cœur, trop malmené, avait capitulé.

-Je regrette, je regrette tellement, dit le brun à mi-voix.

Le soleil commençait paresseusement à se lever et par la fenêtre, Draco pouvait apercevoir le ciel se teinter de rose. Son corps était ankylosé d'être resté prostré sur le sol dur.

-C'est moi qui regrette, mais c'est fini maintenant, chuchota l'avocat sans relâcher son étreinte.

-Ne me laisse pas, murmura Harry, le corps secoué de profonds sanglots, s'agrippant à lui comme si sa vie en dépendait. Ne me laisse pas…

Draco serra encore et encore cet homme qu'il avait aimé et qu'il aimerait toujours. Il lui ouvrit enfin les portes du manoir, le prit par la main et l'entraîna à sa suite, le forçant à avancer avec lui. Il pensa à tout le mal qu'ils s'étaient fait, à celui qu'ils se feraient encore, mais, désormais, il n'avait plus peur.

-Jamais.


Deux semaines plus tard, la Gazette du sorcier affichait en première page une photo du couple Malfoy-Potter qui se tenaient par la main lors d'une balade dans Hyde Park avec pour titre : « Harry Potter et l'ex-mangemort Draco Malfoy en couple : la fascination pour les forces du mal serait-elle de famille? ». Ce n'est que trois mois plus tard que la poussière commença doucement à retomber. Pour la majorité de leur entourage ce fut un choc immense et pour d'autres, pas du tout. Si la famille Weasley se retourna subitement contre Harry, Hermione, Luna, Neville et, éventuellement, certains de ses anciens collègues en vinrent à accepter la situation. Ce fut étonnamment facile pour sa fille Lily, mais beaucoup plus complexe pour Albus qui, à ce jour, avait toujours refusé de reparler à son père.

Quant à Draco, la nouvelle fut accueillie sans réelle surprise de la part de son fils qui tissa rapidement un lien avec le nouveau conjoint de son père. Daphnée ne lui adressa pas la parole pendant trois jours, disant qu'elle avait besoin de temps pour digérer la nouvelle, mais, au troisième jour, elle déboula de sa cheminée en pleine nuit. Elle l'avait aussitôt pris dans ses bras en s'excusant à voix basse sous le regard étonné de Harry qui avait descendu l'escalier, sa baguette pointée devant lui, certain qu'il s'agissait d'une attaque. Astoria avait simplement haussé les épaules lorsqu'il lui avait annoncé la nouvelle, juste avant qu'elle ne sorte dans les journaux, et elle lui avait rappelé qu'elle comptait amener Scorpius en voyage en Australie pour les deux premières semaines de juillet et de ne rien prévoir avec lui de son côté.

Lucius ne fit aucun commentaire. Il se contentait de garder le silence lorsque le sujet était abordé, conscient que son fils et son petit-fils étaient la seule famille qui lui restait et qu'il ne pourrait supporter de les perdre eux aussi alors qu'il lui semblait qu'il venait de les trouver. La mort de son épouse et la peur de perdre Scorpius et Draco semblaient l'avoir changé et une relation presque cordiale s'était instaurée entre eux. Au plus grand étonnement de l'avocat, Lucius invita Scorpius à passer trois jours au manoir durant un congé scolaire, et ce, en compagnie de Lysander. Il peinait à imaginer la scène et ce n'est que parce que Harry l'en dissuada qu'il ne passa pas sa tête dans la cheminée pour espionner ce qui se tramait au manoir.

Bien entendu, ce n'était pas parfait entre eux et le stress provoqué par la mer de conséquences qu'avait eue l'annonce de leur relation pesait parfois lourd, mais ils ne regrettaient rien. C'eut été faux de dire que c'était comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Ils étaient bien conscients, chacun, que cela n'effaçait en rien les années qui les avaient séparés et qui avaient vu se dérouler, chacun de leur côté, une autre vie que celle-ci. Et pourtant, cela n'affaiblissait en rien l'amour qu'ils se portaient, la complicité qui, de jour en jour grandissait entre eux, de celle qui n'appartient qu'à ceux qui partagent leur vie ensemble, ce qu'ils n'avaient jamais fait jusque-là.

Juste avant de s'endormir, cette nuit-là, Draco observa la silhouette de l'homme assoupi à ses côtés, s'arrêtant un instant pour réaliser que c'était désormais cela sa vie, mais aucun doute ne subsistait plus en lui à présent à savoir si tout cela était bien réel, il savait que ça l'était. La pluie contre les carreaux de leur chambre lui rappela qu'il avait oublié de ranger les coussins des meubles de jardin, mais ça n'avait pas d'importance, il les sècherait d'un coup de baguette le lendemain. Il s'approcha du corps chaud qui lui faisait dos, enfouissant son visage dans son cou, s'enivrant de cette odeur qu'il reconnaîtrait entre mille et qui avait le don de le faire chavirer. Harry poussa une sorte de petit grognement et se colla encore davantage contre lui. Draco glissa son bras sous l'oreiller de son amant et fronça les sourcils en sentant quelque chose de dur contre sa main et l'instant d'après, il entourait ses doigts autour de la baguette de Harry. Que faisait-elle là?

-Ta baguette est sous ton oreiller? murmura-t-il, curieux.

Harry bougea légèrement contre lui, s'éveillant à moitié.

-Toujours, un vieux réflexe que j'ai depuis la guerre, je n'arrive pas à dormir sinon, répondit-il négligemment et réprimant un bâillement, ramenant le bras de Draco autour de sa taille et enlaçant leurs doigts avant de sombrer de nouveau dans le sommeil.

Draco fronça les sourcils, il n'avait jamais remarqué auparavant, mais c'est vrai qu'ils ne partageaient que depuis peu le même lit et qu'il n'avait jamais fouillé sous son oreiller avant. Il se recoucha contre son amant, mais l'écho de ce que venait de dire l'autre homme se réverbérait inlassablement en lui. Il dormait toujours avec sa baguette sous son oreiller. Personne ne pouvait la lui prendre. Ginny aurait dû savoir cela s'ils partageaient réellement le même lit depuis plus de vingt ans. À moins que ce ne fut pas le cas. À moins qu'elle ait menti. Et si elle ne partageait pas le même lit que son époux, comment aurait-elle pu savoir à quelle heure il était rentré ce soir-là?

«Toujours, un vieux réflexe que j'ai depuis la guerre, je n'arrive pas à dormir sinon.»

Toujours.

Toujours.

Toujours.

Ce mot résonna longtemps en Draco alors qu'il réalisa que l'homme qui s'endormait tout contre lui était un meurtrier.

-Fin-


Note de l'auteur :

Chers lecteurs,

Donc? Est-ce un happy end? Dites-le moi, car je n'en ai aucune idée!

C'est ainsi que prend fin cette histoire que j'ai eu beaucoup de plaisir à l'écrire et j'espère que vous en avez eu autant à la lire.

Je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire et pour tous vos commentaires, je continuerai de les lire et d'y répondre même si cette histoire est terminée. Je vous invite, si ce n'est déjà fait, à aller faire un tour du côté de ma nouvelle fiction qui est bien différente de celle-ci ou de mes plus anciennes et du côté des one-shots publiés ou à venir.

En espérant que Dénonciation ait su vous plaire et vous surprendre, je vous dis à la prochaine.

Merci!

Harley