Épilogue

Harry vivait à Poudlard et ne sortait pas beaucoup. Ron et Hermione tentaient de le trouver, de lui parler, de le coincer, mais il s'arrangeait toujours pour les éviter. Ce fut au cimetière qu'il les croisa, alors qu'il s'y rendait pour connaître les noms de ceux qui étaient tombés au combat.

-Harry, l'appela doucement Hermione.

Ron se tenait à ses côtés et avait passé un bras autour des épaules de la Gryffondor.

Harry s'avança lentement vers eux et s'arrêta à quelques mètres seulement. Il le leur devait.

-Hermione, Ron.
-Pourquoi Harry ? Pourquoi tu nous rejettes ... ? demanda Hermione, l'émotion palpable dans sa voix.

Mais Harry secoua la tête.

-On a tout fait pour te sortir de là, intervint Ron. Et maintenant que c'est fait, on ne te voit même pas, tu ne nous parles pas !
-Comment m'avez-vous fait sortir de là ?
-Ne change pas de sujet.
-On a utilisé le diadème et on a suivi Nagini. On savait dans quelle aile tu te trouvais. Nagini a senti le diadème et toi... répondit tout de même Hermione.
-J'ai senti Nagini. C'était risqué.
-On n'avait pas mieux, Harry !
-Je sais, et je vous en remercie.
-Alors, explique-nous ! Pourquoi cette distance ?

Harry soupira et enroula ses bras autour de lui-même. Il paraissait si maigre.

-C'est... trop dur.
-Harry.

Celui-ci leva les bras, presque excédé par ses propres émotions.

-Oui, c'est trop dur ! Vous n'avez pas vécu dans une cage pendant des mois, vous ne savez pas ce qui s'est passé.
-Alors raconte-nous ! s'exclama Ron.
-Pour revivre ce qui s'est passé ?! Jamais ! cria Harry en mettant ses mains sur ses oreilles.

Il les regarda et Ron et Hermione furent marqués par l'ombre qui grignotait le visage de leur ami. Celui-ci ne semblait plus complètement avec eux, dans l'instant présent.

-Je sais que... vous avez toujours été tout pour moi, dit Harry d'une voix lente.
-On dirait des adieux ! répliqua Hermione, les yeux plein de larmes contenues.

Harry se passa une main sur le visage et l'arrêta sur sa tête, serrant un bout de cheveux à l'intérieur. Lorsqu'il regarda de nouveau Hermione, ses yeux étaient éteints, tournés vers le passé, hantés par la douleur.

-Pas un... adieu... mais j'ai besoin de temps. Ils sont là, les souvenirs, la nuit... Je m'endors, il est là. Je me réveille, il est là. Je me regarde dans le miroir et je le vois. Il est là, partout autour de moi, en moi. Aujourd'hui, il est la personne la plus proche de moi. Et Nagini... je la hais autant que j'en ai besoin.
-Harry ! protesta Ron.

Mais Hermione posa une main sur la sienne.

-Ron, plaida-t-elle.

Elle se tourna vers leur ami.

-Nous comprenons, assura-t-elle. Quand tu te sentiras prêt, nous serons toujours là.

Harry baissa la tête et ferma les yeux.

-Merci... dit-il dans un souffle.

Il se recula, les regarda une dernière fois puis se détourna et rejoignit Nagini, cachée dans les herbes.

-Cette proximité avec ce serpent... commença Ron avec peur.
-Je sais Ron. Harry a raison, on ne sait pas ce qui s'est passé, on ne sait pas ce que Nagini lui ont fait.
-Au fait, Harry ! cria Ron.

Le Survivant se retourna.

-Est-ce que tu peux juste passer voir Dean ? Il aimerait beaucoup te voir. Il a tout fait à Poudlard, il a été héroïque, s'écria Ron.

Harry finit par hocher la tête.

-Très bien, je le ferai.

Il continua alors à s'éloigner. Il ramassa Nagini et la laissa s'installer sur lui. Il partit sous forme de nuage de fumée sous les yeux de ses meilleurs amis.
Et dire qu'il était venu honorer les morts, alors que son esprit était aussi mort que leurs corps.


-Salut !

Dean s'arrêta net, prêt à dégainer sa baguette. Mais la personne qui venait de parler n'était autre que Harry, adossé à une rambarde. Ils se trouvaient dehors, dans la cour.

-Harry !

Dean eut le réflexe de se ruer vers lui, la main tendue. Harry eut un mouvement de recul violent et la rambarde se retrouva soudain entre eux.

-Pas de contact.
-D'accord. Pas de contact.

Harry hocha lentement la tête. Dean remarqua le serpent quelques mètres plus loin.

-Ah, Nagini, je présume. On m'a dit que tu ne t'en sépares pas.
-Non. c'est un horcruxe.
-Un horcruxe ?
-J'ai réfléchi et j'ai décidé de t'en parler. Tu as sauvé Poudlard et tu as fait preuve d'un immense courage.
-Harry...
-C'est vrai. Tu peux être fier de toi.
-Tu parles comme un vétéran, dit gentiment Dean. J'ai compris ce que ça faisait d'être toi.

Harry eut un rictus.

-Je suis un horcruxe aussi.

Il lui raconta alors. Dean eut rapidement une expression horrifiée.

-Pour le moment, personne d'autre que l'AD n'est au courant. Et je préfère que ça reste ainsi. La communauté sorcière a plusieurs théories sur le fait que je n'ai pas tué Voldemort : qu'il est immortel, que je ne suis pas assez puissant, que je veux m'allier à lui... ! Je me suis porté garant de sa maintenue temporaire en prison, renforcée par tous les membres de l'Ordre du Phénix et par moi. Il n'en sortira pas.
-Donc on ne peut pas le tuer.
-Oui et non. On ne peut pas le tuer mais on peut le priver de son enveloppe corporelle. J'ai détruit le diadème avec un croc de basilic, il ne reste plus que moi et Nagini. Je te laisse, j'ai une dernière visite à faire.
-Et tu vas faire quoi après ?
-Faire du tri là-dedans, répondit-il en pointant sa tempe.


La prison était petite, exigüe. Service minimum pour Voldemort, sécurité maximum.

-Je ne sais pas qui tu essaies de tromper, Harry, mais tu m'appartiens.

Ainsi debout devant les barreaux, Voldemort en face de lui, les bras attachés lourdement et les cinq doigts restant attachés ensemble, Harry l'entendait parler mais les mots coulaient sur lui. Il se sentait hors de son corps, hors de son esprit.

-Je peux appartenir à quelqu'un et vivre ma vie, dit-il dans un état second.

Voldemort éclata de rire.

-Tu n'y crois pas toi-même.
-Mais je peux faire en sorte d'y croire. C'est une question de volonté. Oui, je suis cassé mais je vais me réparer. Comme je l'ai fait pendant 7 mois. J'ai lutté contre toi !
-Mais tu ne pourras jamais te défaire de moi. Je t'ai marqué dans ta chair et dans ton esprit. Toutes nos séances ont gravé mon influence en toi. Je t'ai créé. J'ai dénaturé ton âme.
-C'est vrai. Mais je vais lutter. Parce que c'est ce que je sais faire. Je ne suis pas intelligent, je ne suis pas robuste, je ne suis pas un expert en magie. Mais je sais lutter. Et je vais lutter contre les souvenirs, contre ton âme.

Voldemort eut un rictus.

-Tu vas lutter contre les souvenirs créés par moi ? Car nous en avons créé beaucoup en sept mois. Ta mémoire n'est plus la même depuis que je l'ai nettoyée de certains éléments... perturbateurs. Quel dommage que j'ai manqué de temps, sinon tu ne te serais plus souvenu de ces misérables. Ils finiront un jour comme Dumbledore, mort. Après tout, cette... armée porte son nom.

Harry eut un sourire triste.

-J'en recréerai d'autres.
-Tu ne sauras jamais te débarrasser de moi. J'ai rendu ta magie dépendante de la mienne, je l'ai intoxiqué, rappelle-toi toutes les fois où je t'ai fait baigner dans ma magie, rappelle-toi comment tu la désirais, comment tu la quémandais. Quand tu t'es battu la dernière fois, tu t'es battu avec ma magie, notre magie. Celle que tu utilisais auparavant n'existe plus, je l'ai tuée. Tu as besoin de moi, de sentir ma puissance. J'ai déposé en toi cette obsession. Tu viendras tout le temps me voir.

Harry s'approcha jusqu'à attraper les barreaux et regarda plus que jamais l'homme en face de lui.

-C'est vrai mais un jour, je cesserai de venir. Ce jour-là, c'est parce que j'aurai vaincu les souvenirs. Et tu mourras. Oui, ton esprit quittera le mien et il mourra. Abandonné ici, sans personne pour venir te voir. Même Bellatrix, ta plus fidèle, est morte. C'est Remus, tu te souviens, le loup-garou, il l'a battu en duel, parce que c'est un sorcier courageux avant d'être un loup-garou.

Voldemort serra les dents.

-Tu es immortel. Moi aussi. Alors, quand les décennies et les siècles passeront et que aucun son ne te parviendra, que tu pourriras ici, oublié de tous, là tu seras mort. Parce que toi, tu ne sais pas te relever. Et là, je te tuerai. Je salirai une dernière fois mon âme, la tienne, la notre, appelle-la comme tu veux, mais je te tuerai. Tu n'auras plus d'enveloppe corporelle, tu n'existeras plus qu'à travers moi et Nagini. Mais je t'aurai repoussé de mon esprit et ta voix, aujourd'hui entêtante, ne sera plus que murmure. Enfin, qui sait ? Peut-être que je te tuerai avant, si le cœur m'en dit.
-Tu verras toutes les personnes qui te sont chères mourir ! s'emporta Voldemort. Toi aussi tu es immortel. Quand tu n'auras personne à qui parler, quand il ne te restera plus personne, tu viendras me voir. Qui sait, tu ne te souviendras peut-être plus d'eux, après tout, ta mémoire est en lambeaux.

Harry se mit à sourire.

-La question est: qui craint le plus la solitude, l'oubli ?

Il finit par se détourner et marcha jusqu'à la sortie.

-Harry Potter ! cria Voldemort.
-Et puis... j'ai Nagini.

Et le lien qui l'unissait au serpent avait été forgé dans la douleur, la morsure et la magie noire. Comme les trois côtés d'un triangle, Harry, Nagini et Voldemort ne faisaient plus qu'un. Mais, quand il serait prêt, il arracherait ces parties devenues siennes, il arracherait ses parties de lui-même.

Il sortit alors, et entendit Voldemort crier. Ces sons étaient... agréables, comme une vengeance qui s'opérait. Il allait perdre ses êtres chers, mais il le savait, il les avait déjà perdus. Les souvenirs qu'il avait de Ron, d'Hermione, de Ginny, et de tous les autres, n'étaient plus que des bribes, comme un écho venant de très loin, qui irait en s'atténuant toujours plus jusqu'à s'éteindre. Il savait que, de nombreuses fois encore, il viendrait visiter Voldemort et que, tant qu'il sera en vie, il aura toujours besoin de lui. Mais ça n'empêcherait rien. Il continuerait de se battre et de se relever. C'était ce qu'il avait toujours fait. Un Survivant, hein... C'était ce qu'il était, il se sentait plus que jamais un survivant, qui tient ses lambeaux de chair entre ses mains pour éviter qu'ils ne tombent. Ne pas céder, serrer les dents et faire fi de la douleur, c'était ce qu'il savait faire. Voldemort l'avait dépossédé de tout, il lui avait tout pris : sa magie, son esprit, ses amis, sa vie, son rapport à son corps... Mais il ne lui avait pas pris ça, cette volonté de toujours avancer.

Alors il continuerait. Il lutterait, baignant dans une solitude amère et une obsession traître, il lutterait contre les souvenirs, contre Voldemort et contre Nagini. Il se relèverait, même si ses jambes seraient tremblantes et son corps décharné.

Qu'il soit damné s'il arrêtait d'essayer.


Merci à vous d'avoir suivi mon histoire et j'espère qu'elle vous aura diverti :)