Bêta : Nanola
CHAPITRE 20
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Les chevaliers et...
Les semaines se suivirent, apportant chacune leur lot de joie et de petites contrariétés.
Harry grossissait, se mouvant avec de plus en plus de difficulté. Son mal de dos le reprit. Il dut rapidement dormir avec plusieurs oreillers et passer une grosse partie de ses nuits à chercher une position à peu près confortable pour lui.
Il avait participé à des cours de préparation à l'accouchement, de mauvaise grâce cependant.
La vision d'un souvenir d'accouchement l'avait rendu malade. Le soir même, Harry avait craqué, en larmes dans les bras de Lucius, certain qu'il n'arriverait jamais à mettre au monde son enfant. Le Serpentard lui avait fait prendre une nouvelle potion calmante et avait prévenu Walker pour que le Psychomage vienne en urgence au manoir afin de parler avec le jeune homme.
Harry allait nager tous les jours à la piscine, couverte et réchauffée magiquement, faisant basculer et rouler son bassin pour se détendre comme lui avaient conseillé les sages-femmes. Lucius reprit également ses massages journaliers. Régulièrement, Harry se pendait à son cou, cherchant par ce biais à soulager son dos. L'aristocrate en profitait pour passer ses mains sous le ventre proéminent afin de délester l'homme enceint d'un peu de poids. Ils passaient ainsi de longues minutes, l'un donnant et l'autre trouvant du réconfort dans cette étreinte.
Le bébé bougeait, comme il pouvait dans le peu d'espace qui lui restait avec la grossesse qui avançait. Harry se réveillait souvent en raison d'un coup de pied un peu trop vigoureux. Heureusement, le bébé se plaça rapidement en bas, ce qui le laissa enfin respirer et allégea son estomac, coupant court au début de remontées acides. Par contre, le Gryffondor se sentait de plus en plus lourd et sa vessie écrasée ne lui laissait que peu de répit... quand elle ne le lâchait pas à l'occasion d'un éternuement ou d'un éclat de rire.
Draco ne décolérait pas de ne pas savoir le sexe de son frère ou de sa sœur, de même qu'il jugeait proprement scandaleux de ne pas avoir son mot à dire dans le choix du prénom du futur héritier.
Betty, elle, avait réussi à convaincre sa mère et Nathanaël de venir voir Harry. Ils auraient préféré que ce dernier fasse lui même le déplacement, mais ils avaient rapidement compris en le voyant pourquoi il était préférable que ce soit l'inverse. Ils étaient restés toute une journée ensemble. Harry avait beaucoup pleuré dans les bras de son ancienne tutrice, lui demandant pardon une bonne centaine de fois.
Lucius ne les avait rejoints que le soir, pour dîner en leur compagnie et celle de Severus. Le repas s'était bien passé, malgré une légère tension qui avait persisté.
Une fois qu'ils furent partis, en se promettant de continuer de s'écrire et de se revoir, au plus tard à la naissance du bébé, Harry se fit consoler de longues heures par son époux. Revoir Fiona et Nathanaël l'avait perturbé, plus qu'il ne l'aurait cru. Il fallut deux séances avec Walker pour qu'il s'en remette. Ce dernier ne pensait pas que Harry puisse arrêter ses potions anti-dépressives avant de longs mois.
Malgré cette nouvelle qui l'avait un peu contrarié, Harry était heureux. L'amour entre lui et Lucius se faisait chaque jour plus fort, plus solide. Leurs joies respectives à l'idée d'être pères les avait soudés bien plus que ce que Harry n'aurait cru à l'annonce de sa grossesse. Leur travail leur prenait certes beaucoup de temps, mais ils passaient toujours de longues heures ensemble, appréciant le simple fait d'être tous les deux.
Lucius avait bien entendu tenu sa promesse et un beau matin, Harry avait eu la surprise de découvrir un paquet cadeau rouge et or sur sa table de chevet, alors qu'ils allaient se coucher. Il avait ri de bon cœur devant les couleurs qu'avait choisies Lucius tout en ouvrant son présent. Sa surprise en ne découvrant à l'intérieur qu'un simple parchemin lui avait fait froncer les sourcils. Son époux avait pour habitude de le couvrir tant de baisers que de cadeaux, mais jamais l'un d'eux n'avait été un malheureux morceau de papier !
En lisant le parchemin, il avait éclaté une nouvelle fois d'un immense rire fort et clair, qui avait transpercé de bonheur l'aristocrate assis à ses côtés sur le lit. Le parchemin était la copie de l'ordre de mutation d'un certain Augustus Landow, qui serait dorénavant sous-secrétaire au consulat britannique... du Groenland. L'homme avait fait une demande pour être affecté dans les consulats que le nouveau ministère avait décidé de créer, pour une meilleure coopération internationale magique, avec d'autres pays. Il avait postulé pour les États-Unis et le Brésil. Les paris étaient déjà ouverts au ministère pour savoir combien de temps les nerfs de l'ordure tiendraient, chacun sachant parfaitement que le Consul du Groenland était un vampire particulièrement acariâtre qui ne travaillait que de nuit et était particulièrement sadique avec ses subalternes.
Par contre, le Serpentard avait préféré taire à son jeune et encore fragile époux qu'il s'était aussi personnellement occupé de ses anciens tuteurs, avec toutefois l'aide non négligeable d'un Severus enchanté et d'un Remus au mieux de sa forme. En souvenir de Lily Evans et de la protection du sang qu'elle avait offerte, contrainte et forcée, à Harry, ils avaient ménagé sa sœur. Du moins, par rapport à son tas de graisse immonde de mari. Mais les deux étaient encore soignés dans un hôpital psychiatrique moldu, avec peu de chance de pouvoir en sortir avant de longs mois pour elle, sans doute de longues années pour lui. Ils étaient également ruinés et Dudley, le seul qui avait été épargné, travaillait maintenant comme homme à tout faire dans un hôtel Londonien.
Quoi qu'il en soit, Harry avait été enchanté de son présent et avait eu à cœur de démontrer sa reconnaissance toute la nuit.
Semaine 14 – Du 5 au 11 avril – 37ème semaine de grossesse
Enfin les vacances de Pâques arrivèrent et avec elles, l'aîné des héritiers Malfoy, pour deux semaines de congés.
Ils furent invités à passer le dimanche chez les Lupin, où un Teddy, branlant sur ses petites jambes, partit à la recherche des œufs en chocolat en compagnie de son parrain.
Le lundi, Draco avertit son père qu'il avait rendez-vous avec Astoria sur le Chemin de Traverse et qu'il ne rentrerait que le soir pour dîner. Le fils de Florian Fortarôme rouvrait le magasin de son père et tous les jeunes s'étaient donnés rendez-vous là-bas.
Harry hésita longuement à aller avec Draco, Ron Hermione et d'autres de ses amis à ce rendez-vous qui promettait d'avoir du succès. Mais l'idée de la foule ne lui plaisait toujours pas, surtout dans son état. Il se sentait particulièrement fatigué et ronchon depuis deux jours, des contractions de faux travail le rendant nerveux.
Il passa donc une après-midi tranquille au manoir, à travailler sur les dossiers de sa fondation et à envoyer des hiboux à ses différents partenaires de travail. Le Gryffondor était plus que satisfait, l'orphelinat avait ouvert ses portes, accueillant des enfants de tous âges avec des dispositions magiques. Trois d'entre eux avaient été retirés à des centres moldus. En relation avec le ministère, de nombreuses demandes d'adoption allaient être traitées d'ici la fin de l'année scolaire. Si tout se déroulait aussi bien, plusieurs écoles primaires et crèches seraient ouvertes pour la prochaine rentrée.
Il travailla d'arrache-pied, totalement concentré, jusqu'à ce que que Cringy ne vienne l'appeler pour le repas. Le jeune homme s'étira douloureusement et descendit rejoindre son mari dans la salle à manger.
Après dîner, Lucius commença à râler après son héritier qui était en retard.
Deux choses se produisirent alors en même temps.
Le patronus d'Arthur Weasley fit irruption dans le salon et les alarmes du manoir se mirent à hurler.
La voix grave mais angoissée d'Arthur couvrit les hurlement des sirènes.
« Lucius, une attaque a eu lieu sur le Chemin de Traverse, Rodulphus a kidnappé Draco. Mettez Harry en sécurité, ils le cherchaient ! Des témoins les ont entendus parler du manoir. Molly est à la maison, elle l'attend. »
Harry sentit une vague de peur le submerger alors que son ventre se contractait douloureusement.
Cringy et Skilly apparurent immédiatement tandis que Lucius, debout et le regard froid, prit les commandes.
« Vite, Harry, monte dans mon bureau. Skilly, va avec lui, je vous rejoins. Je vais voir dehors ce qui se passe. Cringy, au portail. Maintenant ! »
« Non ! » s'écria le Gryffondor, la baguette dans sa main. « Hors de question, je viens avec toi ! »
« Jamais ! » fit Lucius sur le même ton. « Skilly, protège Harry et l'enfant. Vous montez dans mon bureau. Je vous rejoins dès que je sais ce qui se passe, c'est un ordre ! »
Harry ouvrit la bouche pour protester mais Lucius avait déjà transplané et Skilly le tirait, avec une force inconnue et très certainement magique, par la main en direction des escaliers. Le jeune homme essaya de se dégager de l'elfe, tout en courant contraint et forcé à sa suite, sans succès.
Il avait déjà connu le stress des batailles auparavant, mais il réalisa qu'il avait rarement eu peur à ce point pour ceux qu'il aimait, en particulier pour son enfant. Une image de sa mère le traversa. Harry comprit d'un coup, comme il ne l'avait encore jamais fait, la détresse de celle-ci le jour de son assassinat. Il porta une main sous son ventre et se précipita aussi vite qu'il le put dans le bureau de Lucius, Skilly l'entraînant toujours. Elle ferma la porte derrière eux et posa des sorts de protections dessus. Seuls Lucius ou Cringy pourraient désormais pénétrer dans cette pièce.
Ils entendaient des cris et des bruits sourds. Harry prit les mains de Skilly dans les siennes.
« Je vous protégerai, Maître Harry, » lui dit la petite elfe.
Puis la porte s'ouvrit et se referma dans un grand fracas. Lucius, blessé et rageur, se jeta sur Harry.
« Pars, maintenant. Rentre dans cette cheminée. Va chez les Weasley et dis à Molly de fermer le réseau après toi ! Vite ! »
« Non ! » cria Harry. « Et toi ?, tu ne pourras pas passer ! Je veux rester et t'aider ! »
Lucius se leva et devant un Harry horrifié, il se fit saigner la paume de la main à l'aide d'un sort.
Cet instant rappela atrocement au jeune sorcier le jour de la mort de Dumbledore, quand il avait fait de même pour ouvrir le passage de la grotte au lac.
« Non, Lucius, que fais-tu ? » s'écria Harry.
Lucius passa sa main ensanglantée contre les murs en prononçant des sortilèges.
« J'enlève les protections du manoir. Ils sont cinq, ils ont Draco, ils sont couverts de son sang. C'est en partie grâce à cela qu'ils ont pu passer le portail et les protections du manoir, je suppose. Je viens d'enlever les protections anti transplanage, je le sais, toi aussi, eux non. Va chez les Weasley, dis-leur que j'ai besoin d'aide, j'ai déjà envoyé mon patronus à Dawlish mais fais-le quand même. Si tu veux vraiment m'aider, Harry, fais ce que je viens de te dire.
Il se baissa vers le plus jeune, le releva d'un bras et le fourra sans ménagement dans l'âtre.
« Ils ont Draco, je ne laisserai pas mon fils entre leurs mains, jamais ! » Les yeux gris étaient comme fous. « Je protège mon fils, toi, tu protèges notre enfant, sauve-le et sauve-toi ! »
« Mais... » commença Harry.
« NON ! Tu m'as promis que je ne vous perdrais pas, tiens ta promesse, Harry ! » Il l'embrassa durement. « Je dois retourner là-bas, Cringy ne tiendra pas longtemps seul et Draco... je dois sauver mon fils. Skilly, vite, aide-nous. »
Puis avant que Harry ne puisse dire quoi que ce soit de plus, il jeta la poudre de cheminette en hurlant « le Terrier ».
Harry atterrit directement dans les bras de Molly, encadrée par deux de ses fils.
« Molly, vite, ils sont chez nous, chez nous ! Ils ont Draco, il est blessé, Lucius aussi ! Vite par pitié, ils vont les tuer ! » s'écria Harry, encore étourdi de son voyage à travers le réseau, les larmes aux yeux.
Bill et George prirent leurs baguettes, les visages déterminés.
« Attendez, les garçons, on ne peut pas transplaner chez Lucius, » intervint Molly.
« Si ! » cria Harry. « Lucius a enlevé les protections, ils sont cinq, Rodulphus est avec eux ! »
Bill et George hochèrent rapidement la tête et coururent au delà des propres protections du Terrier que Arthur et Molly avaient conservées après la guerre. Ils disparurent dans un « crac » sonore.
Harry s'effondra contre Molly. Il venait subitement de réaliser qu'il avait envoyé deux enfants Weasley dans une bataille, une fois encore. Cette pensée l'écœura.
« Calme-toi, Harry, calme-toi, tout va bien se passer, » dit Molly en le berçant. « Pense à ton bébé. Il ressent tous ce que tu ressens, calme-toi. »
« Draco est blessé, sans doute grièvement et Lucius... Et maintenant Bill et George. Molly, je suis si désolé ! » se mit à pleurer Harry sous le contre-coup de l'émotion.
« Ce n'est pas de ta faute, nous étions si inquiets pour toi, mon chéri, quand nous avons appris l'attaque sur le Chemin de Traverse. »
Harry se laissa tomber sur le canapé, puis les idées se firent plus claires dans son esprit. Mais à quoi jouait-il ? Il n'allait pas rester là sans rien faire ! Il n'était pas un lâche. Il devait retourner chez lui afin d'aider Lucius, Draco, les Weasley et tous ceux qui avaient déjà dû transplaner au manoir pour combattre les derniers Mangemorts encore en liberté.
« Je ne peux pas rester ainsi sans rien faire ! » protesta donc Harry en commençant à se relever. « Il faut que j'y retourne moi aussi ! »
« Tu ne fais pas rien, Harry ! Tu veilles sur ton enfant à naître ! C'est l'unique rôle que tu dois tenir ce soir, alors fais-le ! » scanda Molly durement en l'obligeant à s'asseoir de nouveau sur le canapé. Puis elle le regarda avec beaucoup de tendresse. « C'est un très beau rôle, Harry, ne le sous-estime pas. »
Le garçon la regarda, ne sachant plus quoi faire. C'était vrai qu'il n'était pas seul en jeu, son bébé dépendait entièrement de lui, il devait le protéger, tout comme Lucius défendait son fils. Et s'il recevait un sort ou un choc quelconque dans le ventre ? Si son bébé mourait par sa faute ? Un frisson glacé lui parcourut le dos. Molly et Lucius avaient raison, peu importait son envie d'en découdre, il devait assurer la survie de son enfant à naître. Personne ne pouvait le faire à sa place.
Son regard s'attarda sur la cheminé et il eut un frémissement.
« Molly, Il faut couper le réseau de cheminette ! »
« C'est fait, mon chéri, ne t'inquiète pas. »
Harry renifla bruyamment, s'essuyant le nez d'un revers d'un main. Il ne pleurait plus, mais son visage était encore humide. Molly s'assit à côté de lui et lui tendit un mouchoir.
« Merci... Où sont les autres ? » demanda-t-il soudain, réalisant qu'ils étaient seuls.
« Ron est avec Hermione, chez les Granger. Ginny est à Sainte Mangouste. Luna a été blessée sur le Chemin de Traverse, ainsi qu'une trentaine de personnes. Arthur, aux dernières nouvelles, était au ministère avec Percy, les Aurors et les anciens membres de l'Ordre. Ils s'apprêtaient à partir au manoir, » énuméra la matriarche Weasley.
« Oh non, non, » gémit Harry. « Ça ne s'arrêtera donc jamais ? »
« Si, mon chéri, Lestrange et Avery viennent de commettre leur dernier méfait, je te le promets, » dit-elle d'une voix sourde. Elle tint Harry encore fermement contre elle. Puis elle se leva et se dirigea vers la cuisine.
« Je vais nous faire un peu de thé, allonge-toi, Harry, il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre maintenant .»
Après un moment de réflexion, Harry acquiesça lentement et s'allongea sur le canapé. À peine eut-il posé ses jambes lourdes sur le matelas qu'il sentît comme un « clong » sourd dans son ventre. Par instinct, il se redressa brusquement alors qu'un liquide chaud lui envahissait les cuisses.
« M-Molly ! » appela-t-il affolé.
« Oui ? Oh par Merlin, Harry, tu perds les eaux ! » s'exclama la rouquine.
« Mais, mais c'est impossible, il me reste encore trois semaines complètes, je finis juste ma trente-sixième ! »
« Il faut croire que c'est le moment, pourtant, » constata doucement la matriarche.
Harry allait commencer à protester quand une contraction le cloua sur place. Ce n'était définitivement pas une contraction de faux travail. Il avait l'impression que son ventre se tordait contre lui et contre l'enfant, de percevoir vraiment le bébé, de sentir ses os râper l'intérieur de son ventre, le liquide amniotique ne les protégeant plus.
« Aiiiiiiie ! »
« Contraction ? Respire comme il faut, mon fils, » dit Molly, prenant une voix de directrice des opérations. « Marche un peu tant que tu le peux. Je préviens Fleur et Ron. Ensuite, nous irons à la maternité. »
« Mais comment ? » gémit Harry. « Je ne peux pas transplaner ! »
« Je vais devoir rouvrir le réseau de cheminette, et placer un sort contre le manoir Malfoy en même temps, » décida la femme.
Elle prit sa baguette, invoqua deux patronus puis se tourna vers la cheminée.
Harry était crispé, inquiet... et les contractions étaient rapprochées et douloureuses. À chacune d'elles, il sentait un peu de liquide qui coulait entre ses jambes.
Molly fit rapidement ce qu'elle avait dit et elle plaça Harry dans la cheminée.
« Notre cheminée est trop petite pour deux, passe devant, je te suis, mon chéri. »
... ... ...
Harry ne s'étala pas sur le carrelage de la clinique, mais il cria de douleur alors qu'une contraction le saisissait de nouveau. Alerté par le bruit, des aides soignantes arrivèrent en courant.
Il ne sut pas exactement ce qui se passa ensuite, tout étant embrumé dans son cerveau. Mais avant de pouvoir réaliser, il se retrouva, nu, sur la table d'accouchement, une infirmière sage-femme et Molly près de lui.
L'infirmière lui plaça une bande douce en coton sur ses parties génitales, relevant ainsi son pénis et ses testicules, pour que rien ne gêne la vue ou les gestes médicaux lors de la venue au monde de l'enfant.
Harry gémissait, les contractions se faisant violentes. Il se fichait comme d'une guigne d'être nu comme un ver devant Molly. Il lui tenait la main et avait envie, encore, de pleurer.
« Et si je n'y arrive pas ? Et si Lucius ne venait pas ? Oh Merlin, mais pourquoi maintenant !? » gémit-il entre deux contractions.
Le docteur Seasick fit son entrée à ce moment-là et examina le parturient.
« Bien, Harry, c'est parfait. Vous êtes déjà dilaté à trois centimètres, c'est très bien. Quand avez-vous perdu les eaux exactement ? »
« À 21h10, » répondit Molly alors que Harry gémissait face à une nouvelle vague de douleur.
« Si tu as trop mal, crie, mon chéri, tu ne dois pas avoir honte de crier. Pour Bill je me suis retenue, pas pour les autres, je te le garantie ! Crier aide parfois à respirer et à souffler. Autorise-toi à faire tout ce que tu as envie, ne te retiens pas, » l'encouragea gentiment Molly.
Harry cria, mais parce que les doigts du Médicomage le torturaient de l'intérieur.
« Pardon, Harry, je devais vérifier la bonne mise en place du clapet, mais je vous rassure, tout va très bien. Allez courage, votre bébé sera bientôt là, » essaya de le motiver le vieux sorcier.
Harry gémissait toujours, alors que l'infirmière lui plaçait une aiguille et un cathéter au creux du bras.
« Les Moldus ont parfois des inventions intéressantes, » commenta-t-elle simplement devant le regard perplexe de la rouquine.
Les minutes s'enchaînèrent, synonymes de souffrance pour le jeune homme brun. Les contractions se faisaient de plus en plus rapprochées, de plus en plus fortes.
Ils n'avaient toujours pas de nouvelles du manoir.
Subitement, la porte de la salle d'accouchement claqua et une tornade noire se précipita sur Harry.
« Harry, comment vas-tu, par Merlin ? » fit une voix déformée par l'inquiétude.
Si Harry n'était pas aussi mal, il aurait pu rire. C'était bien la première fois qu'il voyait le visage de Severus Snape sans aucun masque et aussi inquiet pour lui.
Il s'agrippa au Maître des Potions, les yeux remplis d'appréhension.
« Lucius ? Draco ? » se fut tout ce qu'il put dire avant de crier de nouveau face à une autre contraction.
« Mais enfin, monsieur ! » s'écria l'infirmière, choquée. « Vous êtes dans une salle d'accouchement ! Pas dans un magasin ! Les sorts de désinfection et de stérilisation ne sont pas fait pour les... »
Elle se tut brutalement devant le regard d'acier de Snape.
« Vous n'avez certainement rien à me dire, pauvre imbécile. Plutôt que de m'assommer avec des évidences, comment se fait-il que ce jeune homme n'ait pas encore eu de sort d'anesthésie digne de ce nom ? Vous attendez peut-être qu'il s'évanouisse de douleur avant de juger utile de le faire ? » dit-il d'une voix dangereusement fielleuse.
« Severus, s'il vous plaît, ne commencez pas à terroriser mon nouveau personnel, je vous prie. Laissez donc ce plaisir à Lucius quand il arrivera, » fit Seasick, impassible.
« Ce n'est pas l'époux ? » chuchota rapidement l'infirmière au vieux sorcier.
« Non, seulement son meilleur ami. Si c'était Lucius, vous ne seriez déjà plus dans cette salle, mon enfant, ni peut-être même de ce monde, » répondit le vieux sorcier sur le même ton qu'elle.
« Lucius... » gémit Harry.
« Ne t'inquiète pas, gamin, il va bien. Il est à Ste Mangouste avec Draco, c'est là que les ont conduits les Aurors. Ils se font soigner. Lucius n'est que légèrement blessé, il arrive tout de suite, » dit Severus avec une gentillesse dans la voix que Harry ne lui connaissait pas.
« Draco ? » demanda-t-il.
« C'est... plus sérieux. Ces salauds l'ont quasiment vidé de son sang. Mais sa vie n'est plus en danger, on le fera transférer ici dès que son état le permettra, » rajouta Severus en voyant le garçon pâlir. Il ne devait pas l'inquiéter maintenant.
Il prit délicatement la main de Harry dans la sienne et la caressa doucement, devant les yeux franchement éberlués de Molly qui eut la présence d'esprit de ne faire aucune commentaire.
« Allez, Harry, nous sommes avec toi, » l'encouragea le plus si graisseux que ça professeur de potions.
Harry retourna donc dans ses souffrances.
Puis enfin, le Médicomage le fit s'asseoir pour lui lancer un sort dans le dos.
« Remerciez Merlin d'être né sorcier, jeune homme, notre version de la péridurale est bien plus agréable que la moldue ! » dit-il beaucoup trop gaiement au goût du garçon.
« Si je n'étais pas sorcier, je ne serais pas ici, » contra Harry en grimaçant.
Il avait mal et était de ce fait totalement hermétique au moindre trait d'humour, qu'on se le dise !
« Molly, vous avez vraiment fait cela sept fois ? Vous êtes mon nouveau héros, » haleta-t-il.
Molly rit doucement en lui mettant une mèche noire moite de transpiration derrière l'oreille.
« On oublie, Harry, c'est aussi simple que cela. Bientôt ton bébé sera contre toi et tu oublieras. Jusqu'à la prochaine fois. »
« Il n'y aura pas de prochaine foiiaaaaaaaaaaaaaaah » cria Harry.
Le sort soulagea rapidement le jeune homme, mais les contractions s'enchaînèrent.
L'infirmière lui proposa de bouger un peu sur la table, de se mettre sur un côté. Harry accepta, mais au même moment, il sentit quelque chose dans son ventre, bien trop bas, qui le gênait.
« Je peux pas, le bébé est là ! »
L'infirmière le regarda, un peu surprise.
« C'est trop tôt pourtant. »
Par acquis de conscience, elle repositionna Harry en position gynécologique, les pieds dans les étriers et l'examina.
« Docteur, il est à complète, » constata-t-elle avec étonnement.
« Parfait, Harry, parfait ! Dans un moment, vous allez pouvoir pousser, » déclara le Médicomage.
Harry eut un énorme sanglot.
« Non, je veux Lucius ! Je ne veux pas pousser si Lucius n'est pas là ! »
Il tourna sa tête dans la robe noire de Severus et pleura dedans, tandis que le Maître des Potions lui caressait gentiment les cheveux et le consolait.
La porte de la salle s'ouvrit de nouveau dans un grand fracas moins de cinq minutes plus tard.
« Encore ! » s'exclama l'infirmière, « Mais c'est pire que King's Cross ici ! »
Un regard meurtrier venu de l'endroit le plus glacial du pôle nord la fit taire.
Elle se pencha rapidement vers le Médicomage.
« L'époux ? »
« Comment avez-vous deviné ? »
Lucius se jeta dans les bras de Harry. Enfin, il essaya. Le brun lâcha Molly et Severus pour se cramponner au corps du lord blond.
« Oh, Lucius ! » pleura-t-il, soulagé, sans rien pouvoir dire d'autre.
« Chuut, calme-toi, mon ange, je suis là, tout va bien. Tu as tenu ta promesse, je suis si fier de toi, Harry. »
« Mais, je n'ai rien fait ! » protesta le sus-nommé en séchant ses dernières larmes.
« Rien que ça, c'est un miracle, Potter, » susurra un Severus de nouveau plein de fiel, reprenant son rôle maintenant que Lucius était enfin présent.
Mais les conversations s'éteignirent alors que les douleurs de l'enfantement reprenaient Harry.
« Allez, mon garçon, il faut y aller maintenant, » l'informa Seasick. « À la prochaine contraction, vous poussez en expirant bien fort. »
Molly s'approcha de Lucius et lui suggéra :
« Soutenez Harry, passez votre bras dans son dos pour le maintenir en position semi assise . »
Harry s'agrippa aux fameuses poignées de fer qui l'avaient tant traumatisé lors de sa première visite, tirant de toutes ses forces dessus, et poussa alors qu'une contraction lui prenait le ventre.
Il le fit plusieurs fois sous les encouragements des personnes présentes. Même s'il avait parfois envie de leur dire à tous de se la fermer ! Il faisait comme il pouvait, qu'est-ce qu'ils croyaient ! Il aurait aimé les y voir tiens, à pousser, respirer et crier dans le bon ordre !
Mais il se concentra sur ce qu'il avait à faire. Molly avait raison, crier l'aidait à pousser en expirant.
« J'en peux plus, je n'y arrivai jamais... » se lamenta-t-il en se relâchant complètement dans les bras de Lucius après plusieurs longues minutes d'effort.
« Mais si, Harry, donnez-moi votre main, » lui dit l'infirmière. Elle lui prit doucement la main et la lui glissa dans son entre-jambe.
« Touchez, là, vous sentez ? C'est les cheveux et la tête de votre bébé, il est juste là. Courage, vous vous débrouillez très bien, encore une ou deux poussées et votre bébé sera dans vos bras. Allez ! Poussez ! »
Harry n'en revenait pas d'avoir pu toucher son enfant. Il était là, juste là. Il avait senti ses cheveux !
Il poussa de toutes ses forces. Il voulait son bébé, il le voulait !
Le jeune homme en avait rêvé tant de nuits, il lui avait parlé, il l'avait bercé en bougeant doucement son ventre. Maintenant il voulait le prendre contre lui et l'embrasser !
Il sentit comme un déchirement entre ses fesses, puis une masse qui se frayait un chemin.
« Encore, allez encore un peu ! » l'encouragea la sage-femme entre ses cuisses.
Harry poussa, il ne savait plus s'il avait une contraction ou non, il ne comprenait plus très bien ce qui lui arrivait de toute façon.
Il sentit de nouveau une masse, puis la fin de l'expulsion, plus rapide et moins grosse alors que son enfant sortait enfin de ses entrailles.
« Je veux le voir, je veux le voir, » pleurnicha Harry.
La sage-femme porta l'enfant et le posa sur le ventre flasque de Harry.
« C'est une petite fille, » lança-t-elle joyeusement à toute la salle.
Harry pleurait toujours en embrassant la tête couverte de duvet blond. L'enfant était humide et avait un peu de sang, mais il s'en fichait.
« J'ai réussi ! Lucius, j'ai réussi ! »
Lucius l'embrassa et Harry sentit le goût du sel sur ses lèvres.
« C'est une petite fille... » Lucius avait la voix étranglée.
L'enfant ne vagissait déjà plus et serrait ses petits poings. Ses yeux étaient grands ouverts, comme si elle voulait voir ce qui se passait autour d'elle.
« Elle est magnifique, Harry, » dit Severus, sincèrement ému.
« Oui, vraiment magnifique, » reprit Molly, les larmes aux yeux.
« Lucius, veux-tu couper le cordon ? » proposa Pœbus à l'aristocrate qui s'essuyait discrètement les yeux.
« Oui, oui, je ne l'ai jamais fait, » fit le Serpentard, de sa voix toujours basse et étranglée.
Puis l'infirmière reprit le nouveau-né, l'enveloppa dans un linge et partit pour lui donner les premiers soins, suivi de près du papa blond.
« Allez, Harry, ce n'est pas encore fini pour nous, » dit le Médicomage. « Il faut faire la délivrance. »
Celle-ci se fit facilement. Le vieux sorcier appuya sur le gros ventre mou de Harry alors que ce dernier poussait une dernière fois. Le placenta sortit sans problème.
Harry voulut le voir, intrigué. Après tout ce n'était pas tous les jours que l'on pouvait voir ce genre de chose ! Puis, la sage-femme lui fit les derniers soins, pendant que Lucius portait sa fille, un sourire désormais béat aux lèvres.
« Comment s'appelle cette merveille ? » demanda enfin Molly.
« Lily, Angel, Malfoy, » dit doucement Harry en fermant les yeux, épuisé.
Là encore, il ne comprit pas trop comment, mais il se retrouva bientôt dans sa chambre.
Lily était dans son petit berceau transparent à côté de lui, Lucius dormait en ronflant légèrement dans un autre lit.
Il regarda sa fille, Lily Angel... Elle était si belle. Il se trouva un peu ridicule mais il pensait qu'elle ressemblait beaucoup à Lucius et Draco. Ses cheveux étaient blancs et son nez pointu.
Il passa une main sur son ventre désormais vide. Il était encore bien gros mais flasque et aussi un peu douloureux. Moins cependant que son postérieur. Grâce aux potions, cela passerait vite, il le savait. Il remercia Godric d'être un sorcier sur ce coup-là et un homme. Il saignerait bien moins qu'une femme. Vingt-quatre heures après la naissance, le clapet se refermerait définitivement et ce serait fini.
Son bébé ne connaîtrait pas la guerre.
Les deux derniers partisans les plus fanatiques de Voldemort, Lestrange et Avery, étaient morts cette nuit. Un autre Chevalier de Walpurgis ne verrait pas le jour se lever. Les deux restants finiraient leurs jours à Azkaban.
Molly avait encore raison, c'était limite énervant, mais Harry ne se rappelait déjà plus les douleurs terribles qui l'avaient accompagnées pendant cinq heures. Il n'avait pas à se plaindre, Lily était née rapidement.
Il n'arrivait pas à décoller son regard d'elle. La petite ouvrit alors des yeux gris bleus et serra son petit poing contre sa bouche rose.
Harry avait envie de la prendre mais il n'avait pas le droit de se lever seul avant le matin et n'avait plus sa baguette non plus. Il hésitait mais l'enfant se mit à geindre. Il appuya rapidement sur un bouton à côté de son lit. Aussitôt un mince filament argenté s'en échappa et se glissa sous la porte, en direction du bureau des infirmières de garde.
Moins de trente secondes plus tard, une infirmière rondouillette ouvrit la porte.
« Oui ? » chuchota-t-elle.
« Mon bébé commence à pleurer, » dit Harry sur le même ton.
L'infirmière sourit, prit la petite, adorable dans son pyjama blanc, et la posa contre Harry qui la câlina sans attendre.
« Elle voulait son papa cette jolie poupée, » fit-elle.
Elle regarda Harry qui dévorait son enfant des yeux tout en lui caressant ses fins cheveux blonds.
« Et son papa avait besoin d'elle aussi, » Elle sourit encore. « Vous venez de passer neuf mois ensemble, c'est normal d'avoir besoin l'un de l'autre. »
Lily contemplait Harry de ses yeux bleus. Il se sentit à la fois heureux et fatigué.
« J'ai peur de la faire tomber. »
L'infirmière prit sa baguette, remonta d'un geste les barrières de sécurité du lit et d'un second, les rendit pleines grâce à un tissu doux.
« Plus de danger que la princesse tombe du lit maintenant. »
Puis elle se pencha vers eux alors que le bébé recommençait à geindre tout doucement.
« Mais elle a faim ! »
Sans laisser le temps à Harry de dire quoi que ce soit, elle écarta sa chemise et plaqua l'enfant contre son torse. Harry émit un hoquet de surprise alors que la toute petite bouche s'accrochait immédiatement au téton et commençait à téter. Le garçon sentit des picotements dans sa maigre poitrine tandis que son mamelon était aspiré avec avidité. Puis quelque chose de liquide envahit la petite bouche de sa fille.
« Ben merde alors, » dit-il, stupéfait.
« Vous êtes très beaux comme cela tous les deux. Reposez-vous maintenant, vous avez vécu une dure soirée, » lui sourit l'infirmière.
Elle sortit et ferma doucement la porte.
Harry regardait la petite tête duveteuse avec ravissement. L'enfant tétait toujours, le corps bien plaqué contre lui et le nez dans son sein, plus tout à fait aussi plat qu'auparavant. Il l'embrassa. Au diable les commentaires de Draco et des autres, il nourrirait son bébé tant que sa nature masculine le lui permettrait.
Il serra Lily contre lui, délicatement. Sans s'en rendre compte, bercé par le ronflement de Lucius et les bruits de déglutition de sa fille, il s'endormit.
Ce furent les lèvres de son bébé à la recherche d'une nouvelle tété qui le réveilla, trois heures plus tard.
« Ah non, coquine, tu vas goûter à l'autre maintenant, » murmura-t-il avec adoration à l'enfant.
Il tourna le nourrisson sur son autre côté, dégageant largement sa chemise pour lui présenter le mamelon gauche.
Alors que l'enfant prenait goulûment le téton brun qu'il lui offrait, il étudia Lucius, toujours endormi.
Le blond avait une grande estafilade sur le front et l'un de ses bras était bandé. Harry sentit une énorme vague d'amour l'envahir alors que ses yeux verts passaient de son époux à sa fille. Il était totalement serein pour la première fois depuis bien longtemps.
Lucius grogna dans son sommeil puis ses yeux gris embrumés s'ouvrirent. Quand il vit que Harry le fixait, il sourit.
« Comment vas-tu, amour ? »
« Très, très bien, » répondit Harry en lui faisant un sourire éblouissant.
Lucius se leva d'un bond en voyant la petite dans les bras du brun.
« Je rêve ou cette enfant est en train de téter ton sein ? »
« Non, tu ne rêves pas, » fit doucement Harry.
« Je croyais que c'était hors de question, que moi vivant jamais une bouche de nouveau-né s'approchera de mes tétons ? » rigola tendrement le lord.
« Ta fille a soudoyé une infirmière cette nuit, elles ne m'ont pas laissé le choix, à peine l'infirmière avait écarté ma chemise que cette morfale a commencé à me dévorer, » expliqua Harry.
Lucius eut un regard brillant de fierté vers le bébé.
« Ça c'est ma fille, une vraie Malfoy qui sait ce qu'elle veut et qui l'obtient ! C'est bien ma chérie, ton père est fier de toi ! »
Il l'embrassa délicatement, sans déranger la tétée.
« Mais n'oublie pas qu'ils sont à moi, je veux bien te les prêter quelques semaines, mais ensuite, je les récupère, tu es prévenue, » murmura-t-il à l'enfant.
« Hey, c'est pas toi qui avais dit qu'il fallait que j'allaite ? » s'exclama Harry, taquin.
« Oui, mais je compte bien pouvoir jouer de nouveau avec ces petites merveilles d'ici les trois prochains mois, » répondit Lucius.
« Mouais, on verra ça, je suis pas sûr... » fit Harry, dubitatif.
Puis Lucius s'assit à côté d'eux sur le lit, caressant alternativement les cheveux noirs et les cheveux blonds.
… … …
À suivre
… … …
