De retour pour vous jouer un mauvais tour ! Après un chapitre plutôt gentillet et sans trop de rebondissements et voilà un... moins gentillet et avec plus de rebondissements. Sérieusement, ce chapitre est un peu un de ces épisodes de Game of thrones concluant une saison : des péripéties après du blabla géopolitique. Sauf que pour ma part, mon blabla se matérialise en un chapitre léger et 'domestic' (en anglais dans le texte), que je n'ai ni dragon, ni Tyrion, ni Lyanna Mormont et que mon loup-garou à moi est un chat étalé sur mon clavier (Wouaiiis).

Et tant qu'on parle de blablas en tout genre, il y en a tout un roman à la fin de ce chapitre revenant sur deux points de ma fic. Pas nécessairement du chapitre, parce que je préfère répondre personnellement à ceux qui ont besoin d'éclairages et ne pas submerger ceux pour qui c'est limpide.

Voilà, je tiens juste à dire au préalable que les personnages de TRC, xxxHolic ou encore Card Captor Sakura ne m'appartiennent pas.

Bonne lecture !


Chapitre 21

Sitôt Toya parti, Kurogane et moi avions eu l'audace de penser que la journée nous avait d'ores et déjà infligés l'intégralité de ses aventures. Seulement, si le terme « témérité » rime littéralement parlant avec « véracité », il n'en est pas synonyme pour autant, loin de là. Oser penser pouvoir vaquer tranquillement à ses occupations ne signifie pas que la Fortune nous permettra un tel luxe. Depuis le temps que ce genre de sort s'acharne sur ma personne, je devrais être en mesure d'assimiler cette vérité. Sans doute, Kuro-Tout-Noir avait-il raison en stipulant que je n'étais qu'un – je cite, « crétin de blond sans cervelle ».

Pourtant, nous avions tout fait pour éviter toute forme d'ennui de tout genre, du moins, mon compagnon s'en était chargé en refusant par tout moyen d'aller chez Yuuko pour trinquer en cette belle journée de Décembre. Mais j'admets avoir tenté de nuire à cela en tentant, par tous les moyens possibles et imaginables, de forcer mon grand ami à franchir le jardin de ma voisine. Il paraît sans doute compliqué d'envisager l'intégralité des mesures adoptées par mes soins, mais je suis bel et bien sérieux lorsque je dis avoir éculé l'ensemble des procédés pouvant parvenir à mes fins. Seulement, par souci d'auto-censure, je préfère ne pas tous les citer. Il serait préférable de heurter les plus jeunes et les plus sensibles. Tout ce que je peux divulguer est le fait qu'il est difficile de déplacer un colosse.

Toutefois, il était hors de question de rester chez moi à attendre que l'idée d'un plan d'action tombe du ciel. Compte tenu des événements de la matinée, mon père n'aurait jamais supporté l'idée de rester ne serait-ce qu'une minute de plus en compagnie de Kurogane – et le sentiment était partagé.

Palier notre ennui n'avait, a priori, aucune autre solution sinon de se rendre au cerisier de Clow et d'y rester pour parler du monde, de ses habitants et de ses mystères.

Et quoi de plus mystérieux que les sentiments habités par les terrestres. Je parle de de cette colère inexplicable dès le réveil vous amenant à repousser vos proches et à dédaigner toutes leurs propositions. Je pense à cette tristesse et ces larmes coulées à la vue d'un film dramatique. Je songe également à ces émotions ressenties par empathie et à ces émois de tous âges et toutes générations. Autant dire que pour ce dernier sujet, mon correspondant avait des idées bien précises sur la question.

« Ce sont des conneries ! »

Ce serait mentir que de dire que je n'avais pas vu arriver cette réplique franche voire quelque peu cinglante. Après tout, elle était typique de son auteur. Fort heureusement, ma clairvoyance m'avait permis de préparer ma répartie

- Le couple Syaoran et Sakura n'est pas une connerie, pas plus que Heathcliff et Catherine, Darcy et Elizabeth, Roméo et Juliette, Tristant et Iseut, Cosette et Marius...

- À part Sakura et Syaoran, ces couples n'existent pas, l'amour n'existe pas : c'est juste une invention pour les niais dans ton genre et les petites filles.

Toutes ces excuses me firent esquisser un sourire un brin malicieux.

- Tu essaies de t'en convaincre ! Dis-je, l'air taquin.

- Oh, la ferme !

- Ton père aimait ta mère je présume ?

- Je t'interdis de prendre mes parents comme exemple !

- Donc oui, ils s'aimaient. Sinon tu n'aurais rien dit.

- Stupide mage !

- Gagné ! M'écriais-je, ravi.

- La ferme !

- Oui, Kuro-Capitaine !

Je ne saurais dire quelle mouche m'avait piqué pour aborder la question des parents dans une telle conversation. De même que bon nombre de questions s'emmêlaient dans mon cerveau déjà fort préoccupé. Je voulais en savoir davantage sur sa famille, son passé, comment était sa mère ? Lui ressemblait-il ou avait-il les traits de son père ? Pourquoi vivaient-ils en autarcie dans la forêt, la fameuse et mauvaise forêt, fréquente scène de crimes et d'accidents ? Que s'était-il passé le jour du drame ? Y avait-il un coupable, si oui, avait-il été identifié ?

C'est alors que je stoppai net. Après tout, pour quelle raison sensée, me raconterait-il le contexte du drame ayant basculé sa vie de petit garçon alors je taisais le traumatisme de toute mon existence ? Je trouvais la situation ironique et songeais qu'il était hypocrite de vouloir des réponses sans la moindre réciprocité. Il est vrai que l'idée de confier mon passé m'avait tenté à plusieurs reprises, mais jamais je n'avais le moment adéquat pour « vider mon sac ». Sans doute étais-je trop exigent sur des détails ou tout simplement pas encore prêt à passer ce cap.

Pourtant, cela faisait maintenant dix ans, voire plus si l'on est pointilleux au point de compter les jours. Pourtant, chaque soir avant de dormir, une question me venait à l'esprit : « qui es-tu maintenant ? ». Il s'agissait bien sûr d'une question laissée sans réponse et ce, malgré mes divagations et ces rêves où le véritable Fye apparaissait. Dans ces chimères, il est tel qu'il aurait dû devenir si le sort ne l'avait décidé autrement : calme et posé, pour contrecarrer mon caractère trop actif, ses cheveux platine sont noués par un catogan puisque son appréhension du coiffeur l'aurait fait reculer la date butoir et ses yeux reflètent à la fois une certaine quiétude qu'un brin de mélancolie.

Ainsi aurait-il été, palliant mes défauts de ses qualités tandis que j'aurais fait de même. Seulement, depuis peu, je venais à me demander si mon destin avait été le même si la vie s'était montrée plus clémente. En supposant que j'aurais tout de même rencontré Kurogane, serions-nous devenu amis (et plus si affinités) ? Après tout, notre jeu du chat et de la souris venait du fait que nous étions deux vétérans ayant vu nos proches disparaître par le passé.

Ce moment de réflexion cessa lorsque je décidai de reprendre la conversation là où je l'avais laissée. Comprenant que je me posais une sorte de question stérile, je préférai fuir le problème psychologique pour affronter les questions de la réalité.

- Non franchement, à part tes parents, tu n'as pas d'autres références ?

- Aucune !

Je suppose que le lecteur attentif doit être un peu perdu dans mes conciliabules et sera tenté de relire plus haut, histoire de savoir où je veux en venir. En revanche, pour Kurogane, ce problème était inexistant puisque, durant cette profonde pensée, un silence de mort avait régné et ce, l'espace de quelques secondes.

- Donc tu n'as aucune référence pour dire que l'amour n'existe pas ?!

- Si tous les couples mielleux qui mettent à terme leurs relations.

Dans un sens, il n'avait pas tout à fait tort. Après tout, le couple princier par excellence, ShaoSaku, avait bel et bien éclaté. Et si cette incarnation de l'amour naïf n'était qu'un imbroglio d'amitié, de sympathie et d'attraction physique sans une once de romantisme. Cela remettrait en question toutes mes idées et utopies émanant de mes références littéraires.

Et puis qu'en était-il de nous – je parle de Kurogane et moi-même, duo incontournable depuis le jour de notre rencontre. Inséparable n'est pas le qualificatif adapté pour nous décrire, je l'admets, puisque nous nous n'étions retrouvé que depuis la veille après des semaines voire des mois d'éloignement. Pourtant, le destin, dans sa folie et ou ses caprices, avait décidé que le couple que nous formions, serait uni par un lien platonique et flou.

Après tout, rien de charnel ne s'était produit en dépit des occasions présentées sur un plateau d'argent. La veille était un exemple tout à fait probant puisque nous avions passé une soirée ensemble, que je dois dire, non déplaisante, mais sans le moindre attrait à la sensualité. Bien que mes souvenirs étaient quelque peu embrumés, je me souvenais parfaitement avoir trinqué avec mes convives – à plusieurs reprises, je l'avoue, ne pas avoir quitté le salon sauf pour me rendre aux sanitaires (la raison de cette visite étant inintéressante, dans ce contexte) suite à cela, me hôtes m'avaient conduit, si je ne m'abuse, dans une chambre sombre où quelqu'un s'y trouvait déjà.

Attendez !

Cette main me caressant le côté...

Le trou noir...

« Diantre de tonnerre de Brest de crotte ». Je me dois d'admettre que ce n'est pas exactement les termes auxquels j'avais pensés, mais je tiens à ne pas troubler la sensibilité de mes éventuels lecteurs quoique ces derniers doivent suffisamment l'être à la vue du jargon de Kurogane.

Comment avais-je pu omettre cet incident non moins anecdotique. La question n'était pas tellement la présence d'un éventuel consentement. Non, pour parler de ces choses, faut-il d'ores et déjà avoir pleine conscience de la tenue des événements. Je ne pouvais accepter la survenance d'un acte pour lequel je ne serais pas maître de mon corps et de mes dires. De plus – et cette dernière problématique me donnait des sueurs froides, quel élément pouvait me faire dire avec certitude que mon compagnon était bel et bien cette autre « présence » dans la pièce. N'ayant pu expérimenter bon nombre de contacts avec celui-ci, je n'aurais pu « reconnaître la main ». toutefois, il est vrai que, je dois l'admettre, dans mon cas, compte tenu de mon état d'ébriété au moment des faits, jamais je n'aurais été en mesure de déterminer quoi que ce soit.

Mesdames, Messieurs, la messe est dite !

« Kurogane ? »

La simple évocation de son nom entier signifiait déjà beaucoup, ne serait-ce que sur le ton de ma demande. Lui-même avait compris que ma question ne ressemblerait en rien à mes jeux puérils.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé hier soir ou, du moins, ce matin dans la chambre ? Non. Je veux dire... Est ce que tu étais dans cette pièce ? La chambre à coucher où ils m'ont traîné ?

- Je suis censé répondre à quelle question en premier ?

- La dernière ! (s'il te plaît), ajoutais-je d'une petite voix penaude.

- C'est-à-dire, étais-je la personne présente dans la pièce où ils t'ont laissé cuver ?

- Oui !

- En fait, tu veux savoir si on a passé la nuit dans une même pièce avant de reprendre la route ?

- Oui !

- Tu veux savoir ce qu'il s'est passé concrètement pendant la soirée de l'Oden ?

- OUI !

Il savait pertinemment ce que je voulais dire et ce que je cherchais à savoir. Mais par un sadisme horripilant et mesquin, il continuait de feindre l'ignorance par ses questions autour du sujet.

- Et bien, on a bu, beaucoup bu... D'ailleurs, je suis étonné que tu n'aies pas la gueule de bois.

« Toi non plus je te signale » pensais-je, agacé, mais je me retint de toute forme de commentaire de ce genre. Dans le cas contraire, la conversation aurait dévié en un débat stérile sur la consommation d'alcool.

- Et ensuite ?! C'est le « après » qui m'intéresse !

- Après, on a roulé et t'es redevenu chiant.

- Non, avant, dans la chambre !

- Je pensais que c'était le « après » qui t'intéressait ?

Son sourire narquois me donnait des envies de meurtres. Même si je dois avouer avoir été pire que cela, une telle vengeance ne me semblait pas justifié compte tenu du contexte.

- Est-ce qu'on a... ? Demandai-je alors, refusant de tourner davantage autour du pot.

- Est ce qu'on a quoi ? Répondit-il, a priori, sans aucune lassitude de ce jeu puéril.

- RÉFLÉCHIS !

Je respirais profondément pour évacuer toute forme de stress avant de reprendre d'une voix plus basse et plus calme.

- Je sais que tu sais alors arrête de te moquer de moi, s'il te plaît !

- Tu penses sincèrement que je jouerais avec toi si tel était le cas ? Tu vois ce que ça fait d'être poussé à bout.

Un silence de mort fut son unique réponse. Ce laps de temps me permettait de soupirer pour exprimer mon soulagement et de fixer intensément ses yeux grenat.

- En plus, si on l'avait fait, ça aurait plus tenu de la narcophilie qu'autre chose. Peut être même de la nécrophilie.

- Pourquoi ? - demandai-je, même si la réponse semblait évidente.

- Andouille, t'es tombé ivre mort sur le futon ! J'ai vraiment cru que t'avais fait un truc grave du genre coma éthylique. C'est lorsque t'as fait tes « hyu » que j'ai compris que tu dormais ! Et j'ai regretté que tu sois pas mort parce que tes bruits bizarres m'ont empêché de dormir !

- Quels bruits bizarres ?

Je ne pouvais pas m'empêcher de quémander une autre piètre imitation de mes onomatopées. Tant de maladresse, malgré l'application de Kurogané à la tâche, me faisait doucement rire. Mais cela, je me gardais bien de le faire devant mon vis-à-vis pour être sûr qu'il reproduise cet adorable bruit.

- Tes « hyu », lâcha-t-il d'un ton râleur.

- Dans ce cas, pourquoi tu ne m'as pas réveillé avec le baiser du prince charmant ?

- J'ai essayé mais tu ne...

Il s'arrêta aussi net. Visiblement, seul le début de ma question était parvenu à ses oreilles, compte tenu de sa réponse. La fin parvint directement à son cerveau quasi aussitôt. Seulement, le mal était déjà fait : ses dires constituaient d'ores et déjà une preuve de ce qu'il aurait pu accomplir.

« Quoi ! Non, mais t'es barré j'aurais jamais fait ça ! »

J'ai toujours eu tendance à penser qu'une personne donnant autant de justifications dès le départ, sans que les accusations n'aient été prononcées, ne pouvaient être totalement innocente. Cela n'avait jamais été vraiment prouvé, mais méritait quelques réflexions.

- Même si ma vie en dépendait ?

- Ta vie n'en dépendra jamais, crétin !

- Mais si je suis en réalité un concentré de Blanche-Neige et de La Belle au Bois Dormant ?

- N'importe quoi !

- Mais si, regarde, je meurs !

À ces mots, je m'allongeais dans la neige, la laissant alors geler et tremper mes vêtements, pourtant épais, et ma peau nue. Bien que la froideur de l'élément me faisait haleter brutalement, je m'efforçais de couper ma respiration pour apporter un brin de véracité à ma comédie. Cela fait, je n'eus qu'à fermer les yeux et laisser mon corps s'habituer au contact glacial. Stupide ? Bien sûr que je l'étais. Insouciant ? Un peu. Déséquilibré ? Beaucoup. Masochiste ? Passionnément. Autodestructeur ? À la folie. Sensé ? Pas du tout.

« Mais t'es malade ! Tu vas choper la crève : c'est tout ce que tu vas récolter ! »

Je ne répondis pas et l'entendis se renfrogner. Tout en attendant un geste de sa part, je me pris à me souvenir que ce que je venais d'effectuer était le genre d'actions que j'accomplissais suite à la mort de mon frère. Pour espérer rejoindre mon jumeau, je m'allongeais ainsi, au pied de ce cerisier patientant tranquillement que la mort vienne me chercher. Néanmoins, tous mes efforts demeuraient vains. À croire que l'arbre de Clow me protégeaient de l'hypothermie.

C'est alors que parmi les ténèbres, j'aperçus cette silhouette familière, vêtue de ses vêtements sombres parsemés de bleu. Trop loin pour apercevoir les détails de son visage, je décelais tout de même une pâleur maladive contrastant avec deux poches noires logées sous ses yeux clos. Ainsi, lentement et sans une mimique, Fye fit un pas en avant, puis un autre de sorte à s'avancer vers moi. Et tandis que je le vis se rapprocher, la blancheur de son visage se fanait pour laisser place à une teinte grise et cadavérique. C'est alors qu'il se décida à ouvrir ses yeux que je découvrais, non plus bleu azur, mais d'une couleur terne au point d'en devenir innommable.

La vue de ce fantôme me fit perdre notion de rêve et réalité. Je me sentait à ce moment tel le jeune Yui, enfant hyperactif et frivole, qui, le jour du drame, s'était trouvé un semblant de sagesse et de maturité. Ce penchant pour l'aventure et l'interdit avait été généreusement prêté à mon frère. Je le revoyais à cet instant comme par le passé, souriant allègrement pendant qu'il me faisait cette proposition qui lui avait été fatale.

« Yui, pourquoi tu ne veux pas aller dans la forêt ? On y verrait tous ses mystères. Tu y verrais mon cadavre ! »

La dernière partie n'était pas incluse dans le discours original. Il s'agissait d'un supplément expressément ajouté pour illustrer ce qui se déroulait sous mes yeux écarquillés. À mon grand effroi, le jeune Fye se démit de ses vêtements pour laisser entrevoir sa peau décomposée. À mesure que ses effets et ses cheveux blonds tombaient à terre pour s'évanouir aussitôt, son visage se décharnait jusqu'à ce que sa peau ne devienne qu'un linceul posé sur un simple crâne. Et ces yeux sans éclat, je les voyais avec horreur s'obscurcir et disparaître pour ne laisser que deux trous noirs et béants.

Bien sûr que si les mots et le courage ne m'avaient pas manqué, j'aurais appelé à l'aide, hurlé à Kurogane de venir me secourir. Non, ce monstre ne pouvait pas être mon frère. Il était impossible que ce squelette fusse un jour l'enfant passionné de cuisine, rêvant de devenir pâtissier et de voyager à travers le monde.

Et pourtant si.

« Tu m'as tué » répétait-il en pointant son doigt vers moi, renforçant ainsi son accusation. Je voulais crier que tout cela était faux jamais je n'aurais désiré une telle chose, pas même parmi mes rêves les plus sombres. Néanmoins, la peur me tétanisait et je devais affronter, impuissant, ces bras tendus vers moi serrant mon cou avec hargne.

« Tu m'as tué ! », ces mots continuaient de résonner dans mon esprit au point d'en couvrir le bruit des battements de mon cœur. Par l'angoisse et la panique, les pulsations se faisaient plus précipitées et donc cette phrase capitale devenait une sorte de musique répétant en boucle pour marteler mon cerveau.

« Tu m'as tué ! »

Non !

« Tu m'as tué ! »

Non.

« Tu m'as tué ! »

Non...

« Tu mas tué ! »

« TU VAS TE RÉVEILLER ! »

J'ouvrai les yeux en sursaut. Envolé le squelette, évanouies les ténèbres, disparus les bras m'étranglant. La neige avait signé pour un retour en guise de décor aux côté du cerisier de Clow. Concernant les protagonistes, il n'y avait que Kurogane enserrant fermement mes épaules tout en continuant de me secouer. Le recul aurait pu me rendre compte que tout cela n'était qu'un mauvais rêve et que rien de réel n'était survenu tout ce temps.

Seulement, le retour à la réalité ne se fit pas automatiquement. Encore sous l'emprise de ma chimère, je m'écartais du contact de mon compagnon pour m'adonner à un quelque réflexe de survie, à savoir celui de bondir sur le côté. Mon vis-à-vis sembla surpris de mon acte et recula sous le coup de l'étonnement.

« T'es cinglé de sauter comme ça ! » Hurla-t-il avant de se calmer.

Je n'écoutais pas à vrai dire. Le souvenir de mon cauchemar étant encore frais, je m'affairais à poser la main à mon cou d'un geste presque machinal. La sensation de strangulation était encore bien présente, pour mon plus grand malheur.

T'as dû faire un malaise ou alors t'es parti en transe. Tu sais bien qu'il faut pas dormir dans ce genre de situation. Je sais bien qu'on n'est pas à Hokkaido, mais faut pas pousser non plus !

- Pourquoi m'a-t-il attaqué ?

- Hein ?

Un discours de sourd venait de démarrer entre nous. Tandis qu'il commentait le concret, je statuais sur l'abstrait. En l'occurrence, ma question ne servait que d'agrément à ma réflexion. En vérité, je connaissais la réponse, puisqu'elle avait martelé ma tête les derniers instants précédant mon réveil. J'avais tué Fye, de quelle manière que ce soit : par mon refus de l'accompagner dans la forêt ou par mon manque d'obstination pour le dissuader de mener cette promenade. Il était donc normal en un sens que sa rancune ait pris une tournure vengeresse.

Seulement, restait à savoir pourquoi ce châtiment s'abattait à ce moment précis, à savoir, à l'heure où j'avais trouvé une certaine stabilité morale et sentimentale. Peut être qu'il s'agissait d'un rappel signifiant que le bonheur m'était interdit.

Désireux de comprendre tout cela, je me détournai de Kurogane et m'éloignait de lui pour me diriger vers le lieu fatidique, à savoir l'imposant concentré d'arbres trônant un peu plus loin. Je n'eus pas besoin de parcourir quelques mètres pour avoir des questions sur mes actes, interrogations que j'évitais, bien entendu.

- Reviens, tu ne peux pas partir comme ça !

- Je veux en avoir le cœur net.

- Le cœur net de quoi ? Si c'est pour savoir si on peut organiser un pique-nique entre amis, la réponse est « non, on a déjà donné ». On a failli y passer toi et moi. T'avais encore un bandeau sur l'œil pour te le rappeler il y a pas si longtemps.

- C'est pas pour ça. Laisse moi, Kurogane.

En quelques secondes – peut-être même moins, ce dernier parvint à ma hauteur et avec cette célérité, il attrapa mon bras. Je n'eus pas le temps d'esquiver que j'étais retenu de tout mouvement. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir tenté de me délivrer de cette emprise. Mais à mesure que mon bras essayait de se dégager, la main de fer l'opprimait davantage.

« Ne. Me. Donne. Pas. D'ordre. Il est hors de question que tu partes tout seul là bas. Quitte à te couper la circulation, je ne te laisserais pas y aller. »

N'ayant que faire de ses menaces, je continuais d'essayer de me libérer. Il était alors difficile de savoir qui résistait à l'autre : était-ce Kurogane qui bravait mes échappées ou moi qui défiais son emprise. Mais je commençais à perdre en force et vivacité, si bien que mon ultime solution fut de brandir mon poing pour asséner un coup, sans retenue, au visage de mon adversaire. Surpris et sonné par l'impact, il me lâcha et je profitai de ce répit pour repartir, cette fois, en courant.

Je ne put, malheureusement, parcourir qu'une dizaine de mètres avant d'être rattrapé. Comprenant que mes bras risqueraient d'être saisis pour m'immobiliser, je me pris à effectuer de grands signes, un peu bêtas je l'admets, de sorte à éviter les assauts de mon opposant.

En effet, ce dernier essayait d'ores et déjà de m'empoigner tout en essayant de m'amadouer à coups de « arrête ! » ou encore de « calme toi ! ». Mais, en vain : je devenais incontrôlable. Cela, il le compris lorsque, pour me débarrasser de lui, je portai ma main à sa joue pour la griffer de toutes mes forces. Il est vrai que ne m'étant pas occupé de mes ongles depuis un moment, ceux-ci ressemblaient davantage à des griffes acérés. Alors, trois marques rougeâtres se mirent à apparaître sur sa peau tannée avec au centre, quelques points écarlates grossissant petit à petit.

Je ne saurais trop dire la manière dont le reste s'est déroulé puisque la seconde qui suivit, je me retrouvai face contre sol, le nez dans la neige.

- S'il faut que tu bouffes de la neige pour que tu te calmes, tu resteras ici et dans cette position !

- Lâche-moi ! Hurlai-je.

- 'Rien entendu et je m'en fous !

- Lâche-moi !

- Pas tant que tu seras comme ça !

- Lâche-moi, je te dis !

- Et pourquoi je te « lâcherais » ? Pour que tu joues les chats sauvages encore une fois ?

- Lâche-moi ! Mon frère a besoin de moi !

Alerte à la boulette, je répète, alerte à la boulette ! Ma bévue me sortait de ma sauvagerie et je retrouvais mes esprits. Du moins, ce n'était que pour laisser place à l'hyperventilation et aux palpitations. Je pourrais éventuellement ajouter la sudation intensive, mais étant donné que j'étais toujours face contre neige, je crains manquer d'objectivité en disant cela.

Quant à Kurogane, il restait coi. Je ne pourrais dire quelle tête il arborait, vu que je lui tournais le dos. Seulement, je devine qu'il avait bien entendu mon cri désespéré et assimilait silencieusement mes dires, choqué, compte tenu de l'intensité de son emprise à cet instant. Celle-ci se faisait moins présente, donc moins pressante, et me permit alors de me dégager pour me relever doucement. Là, face à lui, je me trouvais disposé à répondre à ses tourments.

« Je croyais que t'étais fils unique ? »

Un ange passe. Ce n'était pas, à proprement parlé, une question mais plutôt une phrase quémandant davantage d'informations.

Et peut-on savoir où est ton frangin ?

Je ne répondis rien, refusant de prononcer le mot fatidique.

Il est mort, n'est-ce pas ?

Silence.

- D'ordinaire, c'est toi qui fait la conversation, alors dis quelque chose !

- « Quelque chose », répondis-je sèchement.

- J'aurais dû la voir venir.

Je n'étais pas fâché contre lui, mais contre la situation et surtout contre moi même. Je me trouvais face à un mur, sans échappatoire, sans solution et cela, je ne pouvais que m'en blâmer.

- Oui, dis-je en un soupir.

- Quoi ?

- Oui, il est mort.

Le silence qui suivit fut maladroit, pesant plus encore que trois petits points en fin de phrase...

- Grand frère ?

- Petit, enfin je crois. (Ma réponse pouvait paraître certes un peu étrange pour un néophyte).

- Comment ça « tu crois » ?

- On est né à une demie heure d'écart, mais personne ne sait qui est le premier né. Mon père dit que les caractère dans « mon genre » sont généralement les aînés, mais rien de prouvé.

- Jumeaux donc ?

- Oui.

- Comme les Li ?

- Non, indissociable. Physiquement parlant, j'entends.

De nouveau, un silence de mort – sans mauvais jeu de mots, s'imposa. Cela laissa l'opportunité à une légère bise chatouiller nos visages pourtant déjà froidi par la température ambiante.

- Ça te choque ? Demandai-je alors, d'une petite voix chevrotante.

- Ça me surprend parce que je pensais que tu faisais partie de la mafia et ou que tu cherchais à la fuir.

- Non rien de tout ça.

- Accident ?

Je le regardai avec stupeur avant de faire volte face. Non. Je n'étais pas encore prêt à tout admettre. Avouer cette première partie, bien que contre mon gré, était déjà difficile à appréhender et douloureux. Imaginer un seul instant raconter les événements de cette nuit et confesser mes pêchers était insupportable. Aussi était-ce la raison qui me poussa à masser mes tempes de mes doigts tremblants tandis que j'essayais de contrôler ma respiration saccadé.

- Vas-t-en Kurogane... S'il te plaît.

- Tu joues les idiots pour me forcer à rester et maintenant, tu me demande de partir ? T'es bipolaire ou quoi ? Je ne vais nulle part, pas sans toi.

Une jeune fille en fleur rêverait de rencontrer le prince charmant pouvant lui déblatérer ce genre de discours. Ces propos peuvent sembler romantique et coulant de sensiblerie mièvre. Or, dans ce cas d'espèce, il n'en était rien. Au contraire, cet avertissement montrait une volonté de ne pas me laisser sombrer et de me suivre dans mes plans les plus obscurs. Autant dire que cette idée me donnait des sueurs froides.

- Tu ne peux pas me forcer à partir

- Combien tu paries ?

Puis je me souvins à quel point Kurogane pouvait être fort et robuste au point de ne pas bouger d'un centimètre ou encore de me transporter là où bon lui semblait. Seulement, toujours déterminé à mener ma propre quête suicidaire, je ne pouvais me permettre de le savoir à mes côtés. À moins que...

- Quelle preuve de sa loyauté pouvait-il m'apporter ?

- Très bien, m'exclamai-je en prenant sa main et l'entraînant avec moi : sa surprise fut telle qu'il me suivit docilement.

- Qu'est ce que tu fais ? Lâche-moi ! Était-ce de la peur que je décelais dans sa voix ?

- Tu m'accompagnes !

- Arrête, t'es fou !

À son intonation, je découvris qu'il s'agissait bien de la peur logée au creux de ses cordes vocales. Quoique bien dissimulée par la colère, elle était bien présente. Notre dernière escapade avait du rouvrir sa cicatrice du passé puisque, rappelons-le, ses parents résidaient en ces lieux.

- Qu'est ce que tu comptes trouver là bas ?

- Je ne sais pas mais il faut que j'y aille.

Les quêtes les plus fructueuses sont souvent les plus insensées (même si je me voyais mal ramener quoique ce soit de cette épopée). Ce désir d'aventure décelait plutôt ma volonté de trouver des réponses à mes angoisses. Pourquoi Fye avait-il voulu se balader ce soir là ? Était-ce pour la même raison que je me sentais happé par cet intrigant décor ? Et surtout, mais cela, je savais ne pas le trouver directement, pourquoi ne pouvais-je pas tourner la page et faire mon deuil une bonne fois pour toute ?

Bien sûr qu'il est évident pour une personne extérieure de juger inutile de se lancer dans de telles odyssées compte tenu de mes interpellations. Or, il s'agit de tout l'intérêt d'être en dehors du problème cela permet de prendre du recul et d'appréhender la demande avec raison e maturité. Mais je n'étais pas ce cas de figure, et Kurogane non plus d'ailleurs. Nous étions deux être pleinement impliqués, réfléchissant avec nos sentiments et nos émotions : la peur, la colère, la culpabilité, la mélancolie, la vengeance ou encore la nostalgie.

On dit souvent que le hasard fait bien les choses et que le fait de penser à quelqu'un peut amener cette personne à débarquer de manière impromptue. Bien sûr, ce genre de réflexion est purement hypothétique et tient davantage de la superstition. Toutefois, il n'est pas rare d'entendre l'expression « quand on parle du loup » ou encore « tiens, c'est exactement ce dont j'étais en train de te parler ! » dans une conversation, illustrant alors cette légende urbaine.

En l'occurrence, je songeais à l'intervention d'une tierce personne, capable de trancher et de juger équitablement notre différend. Et, alors que je m'efforçais à imposer ma position par un regard glacial, Kurogane détourna ses yeux en direction des habitations (donc à l'opposé de ma destination). Une chose que je décidai d'ignorer, pensant qu'il s'agissait d'une ruse pour me faire plier. Or, il s'était avéré que son attention s'était porté sur une venue des moins attendues. Cela, je le remarquai lorsque le mâtin lâcha un grognement agrémenté d'un « qu'est ce qu'il veut lui ? ». En effet, Fei Wan s'approchait à pas décidé de notre point de ralliement.

- Je savais que je vous trouverais ici, dit-il poliment, étrangement non surpris de trouver mon compagnon de retour parmi nous.

- Bonjour M. Fei Wan, m'exclamai-je avec la même courtoisie, dit « bonjour » Kuro-méchant !

- Plutôt crever que de saluer cet hypocrite.

Je fus choqué de son comportement et, aussi, le regardai-je avec intensité en quémandant des excuses pour mon voisin et, a fortiori, des explications. En revanche, le dernier arrivé ne parut pas troublé par cette froideur.

- À ce que je vois, tu es toujours aussi agréable à vivre.

- Seulement avec ceux qui le méritent !

- Et peut-on savoir ce que j'ai fait pour « mériter » ce châtiment ?

- Votre simple présence suffit.

Généralement, un vouvoiement est signe de civilité à l'égard d'une personne peu connue ou digne de respect. Mais ici, cette utilisation relevait davantage d'une prise de distance considérable entre les deux interlocuteurs, une manière de dire « vous ne passerez pas » sans gestuelle théâtrale.

- Pourtant, je ne vous veux aucun mal, à tous les deux. Je voudrais juste un renseignement.

- La réponse est « non ». Alors circulez !

- Que voulez-vous, M. Fei Wan ? L'interrogeai-je, ignorant les mauvaises manières de mon ami.

- Rien de trop contraignant, je voulais juste savoir si vous saviez où était Sakura Kinomoto.

- Qu'est-ce que vous lui voulez à la princesse ?

- Voyez vous, je suis particulièrement intéressé par sa collection de plumes et je voulais jeter un œil à ses dernières trouvailles... (il pointa son doigt vers Kurogane comme pour l'empêchez de répliquer) C'est une brave petite, courageuse et plein de ressources. Vous seriez étonnés de voir son butin. De manière générale, c'est une jeune fille charmante.

- Oui, notre petite Sakura est adorable, n'est-ce pas Kuro-Toutou ? Ajoutai-je entre mes dents tout en lui pinçant le bras. Malgré cela, il ne répondit pas. Mais non, nous ne l'avons pas vu. Avez-vous vu chez elle ?

- Non, j'en reviens – il m'avait semblé entendre un brin d'irritation dans sa voix, comme si le fait de le questionner sur une chose évidente l'avait agacé.

- Ou peut-être qu'elle y est, mais qu'elle ne veut pas vous voir. (« et bim ! » pensai-je, un peu fatigué de grimacer à chaque remarque cinglante)

- Contrairement à toi, cette petite n'est pas aussi bourrue. Mais je comprends que j'ai dû vous déranger et que tu me fais payer le prix de mon interruption. Dans ce cas, Messieurs, je vous laisse.

Il partit aussitôt. Son arrivée, sa visite, son départ, tout cela se déroula avec la même brièveté. Seulement, l'impact de sa venue ne risquerait pas d'être aussi prompt. À peine fut-il à quelques mètres que je me tournai vers sa majesté des bougons.

- Je peux savoir ce qui te prend de lui parler de la sorte ?

- Je peux te poser la même question !

- Il est mon voisin, je le connais depuis que j'ai cinq ou six ans. Il est gentil et aimable avec tout le monde et tu l'envoies sur les roses comme s'il était la pire des crapules !

- C'est la pire des crapules !

- Quelle preuve as-tu en magasin ?

- Ton père s'est retrouvé en taule à cause de lui !

- Parce qu'il l'avait agressé !

- Il n'y a pas de fumée sans feu ! Ton

- Depuis quand mon père est pour toi, une « référence » ?

Les fictions laissent souvent entrevoir des conversations où le sens de la répartie et les répliques épiques règnent en majesté. Seulement, la réalité, terre hostile, était gouvernées par les silences de réflexion et les bafouillages maladroits. La bonne riposte est rare et souvent tardive au point de parvenir au cerveau qu'une fois la conversation terminée.

« Ce n'est pas parce que je ne l'apprécie pas que je suis en désaccord avec tout ce qu'il pense ou dit. »

À mon tour de rester coi. Je refusais d'admettre que Fei Wan puisse détenir une once de méchanceté, à moins qu'une preuve ne me soit pas apportée sur un plateau d'argent. Mais cette remise en question perturbait mon équilibre et me pouvait me faire douter de mes certitudes. Kurogane savait se montrer persuasif et l'avait été à plusieurs reprises depuis notre rencontre.

Et s'il avait raison.

À suivre...


TA-TA-TAM

Haha, j'avoue que ma fin de chapitre est un peu maladroite bien que je me sois appliquée à la tâche, on peut me reprocher énormément de choses, mais pas que je bâcle mes chapitres.

C'est peut être justement ce qui explique la critique numéro 1 (écrite en gros caractères, en gras, soulignée et avec un effet néon qui clignote) : ça traîne ! Je viens de calculer un truc : lors de mes premiers chapitres, j'avais parlé de cette fanfic à ma petite cousine de 8 ans (parce que la petiote se demandait pourquoi je restais sur l'ordi alors qu'il n'y avait pas internet dans la maison de vacances). Aujourd'hui, cet adorable microbe rentre en terminale. Putaing de bordel de shit (j'en deviens aussi grossière que Kurogane).

Plus sérieusement, si j'ai engagé la conversation, ce n'est pas pour vous parler de ma famille ou de me lamenter sur ma lenteur, mais pour éclairer quelques lanternes.

1)

Bon nombre remarqueront (s'ils ne font pas comme moi quand je fais un marathon fanfic : ne lire que les dialogues et survoler le reste.) que Fye se contredit é-nor-mé-ment. Dernier exemple en date : le dernier paragraphe. Alors non, ni lui ni moi ne sommes bipolaires : c'est ma manière de montrer qu'il est toujours atteint de stress post-traumatique. Je ne suis pas médecin, mes connaissances de ces symptômes ne me viennent que de mes recherches et de mes expériences personnelles.

Deux exemples. À la mort de mon oncle, ma tante était hyper instable. Elle pouvait changer d'avi fois dans une même journée : « je pars – je reste – il faut que j'y aille – je vais me servir un café (donc je reste) – je remmène papa – etc etc. ». Et cela a duré plusieurs années.

Autre exemple, plus personnel. J'ai été victime d'un grave accident de cheval il y a maintenant 6 ans (gros trauma crânien, ça aurait pu être très moche pour Bibi). Sans rentrer dans les détails, je tiens juste à dire que pendant longtemps (et encore maintenant, mais à plus faible échelle), mon cerveau a été le décor d'un véritable imbroglio de pensées, de sentiments, d'émotions - pire qu'un Soap opera. « Brr, je suis en colère – bouh, personne ne me comprends – Ouiiii, je suis en vie – arrêtez de me soûler – je veux juste revenir en arrière – Waza, plus de cours de sport pour le reste de l'année :3 – etc. etc »

Alors de là, on peut se dire : « oui mais Bichette, tes exemples sont bien mignons, mais comme tu le dis si bien 'quelques années', 'quelques temps', '6 ans'. Or, le moment où Fye parle se déroule plus de 10 ans après le drame. Entre temps, il s'est sûrement 'calmé'. ». Sauf qu'il n'a jamais eu de psychothérapie pour venir à bout de son stress post-traumatique, il est resté 'seul' dans le même environnement, à occulter cette partie du passé. De plus, au deuil s'ajoute le sentiment de culpabilité parce qu'il se sent coupable de ce qu'il s'est passé ce soir là et ça continue de le hanter même plus de 10 après.

2)

Autre élément sur lequel je voulais revenir : le coup du cache œil. Là, c'est une boulette de ma part (à ajouter sur la liste des reproches). En fait, je voulais l'expliquer dans la narration, mais comme j'ai oublié ce détail pendant plusieurs chapitres, je ne pouvais pas trop me rattraper sans être pataude. Donc, voici mon pourquoi du comment :

Suite à l'épisode de la forêt, on se souvient que Fye était amoché et avait cogné sa tête ce qui a entraîné une perte temporaire de sa vue pour l'un de ses yeux (lequel, je ne sais plus). Le cerveau est notre unité centrale : l'ébranler peut avoir de lourdes conséquences. D'ailleurs, je me suis renseignée auprès de mon père médecin, de mes frères et sœurs infirmiers et de doctissimo (bah quoi ^,^?) : la perte de la vue, à titre temporaire, peut être liée à un mauvais coup sur la tête. Ça dure généralement plusieurs mois.

En l'occurrence, pour ce chapitre, Kurogane souligne implicitement que Fye n'a plus sous cache et qu'il donc retrouvé plein usage de ses beaux yeux.

Pourquoi je dis que j'ai omis ce détail ? Lorsque je parle du regard de Fye, j'évoque « ses » yeux et plus « son » unique œil. Détail qui tue, mais qui ne pardonne pas.


Et bien sur ces blablas, je vous laisse. N'oubliez pas que si d'autres questions ou même plaintes viennent à l'esprit, je serais ravie d'y répondre.

Bécots et licornes !

Mademoiselle'