Réponse aux reviews :

Katiedu946 : Tes hypothèses me semblent toutes bonnes, à force de faire mariner les lecteurs vous commencez tous à vous approcher de votre manière à la vérité !

Saamyye33 : Je ne peux rien répondre sur Matt et Allie, désolée ! Tu auras un semblant de réponse dans les prochains chapitres !

PrincesseKawaii : Lily paraît en effet de plus en plus normale, mais personne ne lui a jamais demandé de l'être, ça ne signifie pas qu'elle est heureuse ! La suite de l'histoire de Lily au chapitre 21 !

Macha : j'étais impatiente que tu finisses de lire les chapitres publiés de Burning Moon afin que je puisse te répondre ! Merci pour toutes tes reviews, notamment pour celle sur Imprégnation ! Ta critique entière m'a fait super plaisir, ce n'est pas courant d'en recevoir des comme ça et je suis restée sans voix ^^ Je ne comprendrais jamais comment certaines personnes avaient deviné pour la mort de Benji, je la planifiais depuis longtemps mais je ne pensais pas avoir laissé des indices ! C'est recevoir des reviews comme les tiennes qui me rend encore plus accro à l'écriture alors merci beaucoup ! Et Alice n'est pas le seul personnage qu'il m'arrive de réduire à un seul trait de caractère : par moment je mets tellement d'humour bête dans mes histoires qu'elles tournent à la parodie^^ Pour tes reviews sur Burning Moon : tout le monde a le malheur de comparer Nathaniel et Allie à Bella et Edward, je dois dire que je grimace un peu à chaque fois ^^ C'est un peu le but de ne pas avoir de préférence entre Nate et Matthew, je n'en ai pas moi-même et je ne pense pas qu'on puisse les comparer de toute façon ! C'est tout à fait normal d'avoir du mal avec Madison, je ne garantis pas que ça changera mais des choses viendront bouleverser bientôt son histoire avec Will. A bientôt et encore merci pour ton avis !

Princess Diya : Je suis contente que tu n'ais pas de préférence entre Matthew et Nate, moi non plus je n'ai pas d'avis tranché et je trouve que c'est mieux de ne pas prendre parti ! Mais leur histoire ne sera jamais un triangle amoureux au sens propre (les deux garçons qui se battent pout avoir la fille, quelle horreur). 1) Je ne te dirais jamais avec qui Allie va finir ^^ Dans les prochains chapitres, on aura l'impression qu'elle penche plutôt pour l'un des deux, mais après elle sera forcée de faire trois pas en arrière, donc retour à la case départ ! 2) Toutes les histoires ne peuvent pas se finir bien et je pense en effet que certains personnages n'auront pas de happy end ! 3) Pour qu'Emily revoie Sam, il faudrait déjà qu'elle passe la nuit près des jumelles, ce qui n'est pas le cas ! Non je ne pense pas améliorer sa situation, c'est une épée de Damoclès au dessus d'Allie et Matt et ça me plaît ^^ 4) Je n'ai rien contre la famille Uley (je les adore même) mais je ne garantis pas de les épargner ! 5) 6) Oui il y aura des affrontements, normalement ça devrait commencer au chapitre 25 ! Je ne sais pas s'il y aura des morts, mais des victimes ça c'est sûr ! 7) Lily et Elliot auront leur lot de problèmes eux aussi ^^ 8) Non je ne ressusciterai personne, à vrai dire je n'en vois pas l'intérêt et je trouve ça un peu tiré par les cheveux dans l'univers de Twilight ^^ 9) Allie aura beaucoup de vrais ennemis, ce sera à toi de juger si Nate en fait partie je suppose que tout dépend du point de vue 10) Ta citation est toute mignonne, je l'adore ! Je suppose qu'elle est valable pour beaucoup de personnages si on ne prend pas le mot « mort » au premier degré ! 11) La plupart des couples importants (ou pas encore couples) que j'ai inventés bougeront à un moment 12) Je ne sais pas combien il y aura de chapitres, je pense approcher au moins la quarantaine (j'avais dit ça pour Imprégnation et j'ai fini à 70…) L'année prochaine je serai en post-bac et j'aurais probablement moins de temps pour moi, ceci dit je ne me sens pas capable de lâcher l'écriture et peut-être que les jumelles auront droit à leur propre histoire …


Chapitre 18

07h 14, 16 novembre

PDV de Jasper Cullen

-C'est ton tour, Jasper.

Bella, qui venait de parler, sortit de la cuisine et me sourit gentiment. Elle me glissa un plateau rempli de nourriture humaine entre les bras. Je grimaçai intérieurement. Cette corvée me déplaisait beaucoup, mais je n'allais sûrement pas laisser Emmett se moquer de moi à cause de ça. En parlant d'Emmett…

-Alors Jazz, on a peur d'une petite humaine de rien du tout ?

Qu'est-ce que je disais ?

J'ignorai royalement mon frère avachi près de la télé, un bras passé autour des épaules de Rosalie. Lily avait encore passé la nuit chez Jacob et Renesmée et j'avais l'impression tenace que ses absences régulières les ennuyaient et les blessaient à la fois.

Alice se porta à ma hauteur en sautillant gracieusement, égale à elle-même.

-On devrait réessayer d'interroger l'humaine, proposa-t-elle. Edward ?

Notre frère pénétra dans la pièce et enlaça Bella. Tout en jouant avec une mèche des cheveux bruns de son épouse, il rétorqua calmement :

-Tu sais, si ça n'a rien donné avec Carlisle, ça ne donnera rien avec nous.

-Alice a raison, répliquai-je. Ca fait trop longtemps que ceux qui rôdent à Seattle nous narguent et la colère des loups monte. Cette humaine pourrait être la clé de ce que nous recherchons.

-Elle pourrait l'être si elle ne s'obstinait pas à rester silencieuse, aussi bien oralement que mentalement, grimaça Edward. Mais très bien, je viens avec vous.

Le plateau dans les bras, je montai à l'étage, suivi d'Alice et d'Edward. Nous pénétrâmes dans les appartements de Carlisle, que nous traversâmes jusqu'à la petite pièce où était enfermée l'humaine. Alice sortit le double des clés de la poche de sa tunique et l'inséra dans la serrure.

Nous entrâmes dans la chambre de l'humaine, laquelle avait été aménagée par Esmée qui tenait à ce que notre… invité s'y sente bien, dans la mesure du possible. Il y avait un lit une place, une petite table, une chaise, de quoi écrire et une télévision à écran plat. Pas de fenêtre : le premier jour, l'humaine était enfermée dans une autre pièce et, dès notre départ, elle avait essayé de briser la vitre à l'aide d'un pied de chaise.

Je déposai le plateau de nourriture sur la table. La fille était assise en tailleur sur son lit et, réaction habituelle à notre présence, elle bondit sur ses pieds comme une jeune biche effarouchée.

Sa peau, ses cheveux, ses yeux étaient très clairs, à tel point qu'au début, Carlisle croyait qu'elle ne nous adressait pas la parole parce qu'elle parlait une langue nordique. Mais après avoir essayé toutes les langues slaves qu'il connaissait, notre père avait dû se rendre à l'évidence : l'humaine nous comprenait très bien, mais elle refusait d'avoir le moindre rapport avec nous. De plus, Edward soutenait que les rares pensées qu'il percevait d'elle étaient en anglais.

Chacune de mes visites ici était un véritable supplice. Des vagues de peur et de haine émanaient en permanence de la fille, c'était un véritable calvaire. En signe de soutien, Alice glissa sa main dans la mienne et la serra fort.

L'humaine ne fit pas mine de s'approcher du plateau de nourriture que nous lui apportions trois fois par jour. Elle mangeait si peu que Carlisle avait estimé à l'œil nu qu'elle avait dû perdre au moins dix kilos. Cette constatation l'avait énormément inquiété. Lui et Esmée parlaient de plus en plus souvent de libérer la fille.

J'y étais farouchement opposé : il était évident qu'elle était de mèche avec nos ennemis. Pour l'instant, l'argument comme quoi si nous ne faisions rien, des jeunes de la meute de Jacob essuieraient des tentatives d'assassinat (à l'instar d'Allie un mois plus tôt) faisait mouche, mais je savais que Carlisle ne laisserait pas l'humaine mourir de faim, quitte à la laisser retourner auprès de ses vampires de maîtres.

Evidemment, le fait qu'elle ne paraisse pas plus de dix-huit ans, l'âge de Lily, jouait en sa faveur.

Edward poussa un soupir, intimement convaincu que ce que nous faisions ne servait à rien. Il se racla la gorge :

-Bon. Tu ne veux toujours pas nous dire ton nom ?

La fille le fusilla de son regard bleu délavé. Nouvelle vague de colère. Je l'encaissai sans broncher et lui envoyai toutes sortes d'émotion positives : paix, confiance, amour. Ce fut à mon tour d'être la cible de coups d'œil furieux. Il était évident que l'humaine avait rapidement compris la nature des pouvoirs dont Edward et moi étions dotés.

-Très bien, continua Edward sur un ton égal. Tu ne veux pas nous parler et tu sembles nous détester. Néanmoins, il faut que tu saches que nous ne te voulons aucun mal : regarde, nous sommes végétariens, nos yeux dorés peuvent en témoigner. Nous souhaitons simplement élucider ce qui se passe à Seattle.

Aucune réaction. Notre frère plissa les paupières, signe qu'il sondait son esprit sans rien y trouver.

-Tu dois comprendre que ce que ces vampires ont fait à Seattle est extrêmement grave. Ils ont tué des humains, les utilisant comme des objets dans le seul but de nous provoquer. Ils ont révélé notre secret et affolé les populations en écrivant le mot « vampire » sur les murs. Sais-tu combien de gens ont quitté la ville à cause de ça ? Combien de journaux, combien de chaînes télé ont parlé de ça sans discontinuer pendant des jours entiers ? Et pour terminer, il est manifeste qu'ils enrôlent des humains innocents comme toi. Que t'ont-ils promis ? La vie et la beauté éternelle en échange de quoi tu as fait tout ce qu'ils t'ont ordonné ?

La fille avait toujours son bandage enroulé à la main droite. Il avait fallu qu'Emmett la maîtrise pendant que Carlisle soignait la plaie qu'elle s'était infligée elle-même afin de pouvoir appliquer son sang sur les murs de Seattle. Qui que soit cette humaine, il devait lui manquer une case pour qu'elle accepte de commettre un acte tel que celui-ci.

Je pris le relai d'une voix suave qui d'ordinaire n'avait aucun mal à manipuler les humains :

-Tout ce que souhaite notre clan est de vivre en paix et en harmonie avec les humains. Tu es la seule personne susceptible de nous aider. Nous n'avons rien contre toi : tu n'es qu'une victime inconsciente de ce qu'elle faisait. Mais nous ne te libèrerons pas tant que tu ne nous auras pas dit tout ce que tu sais.

Nouveau déferlement de haine et de peur que j'interprétai comme « dans vos rêves ». Je ne bronchai pas, ce qui n'empêcha pas Alice de se blottir davantage contre toi.

-Ecoute, dit-elle à la fille, si tu es… attachée à ces vampires, peut-être que le fait de savoir qui nous sommes te feras changer d'avis. Notre clan dirige pratiquement le monde des vampires et a des alliés dans le monde entier. Si la situation s'envenime, tu peux être certaine qu'ils viendront à notre rescousse.

C'était vrai : les Denali étaient déjà sur le pied de guerre.

-Mais sais-tu pourquoi nous ne l'avons pas encore fait ? poursuivit Alice. Nous ne l'avons pas encore fait parce qu'il est manifeste que le clan de vampire pour lequel tu travailles n'est pas aussi dangereux que ce que nous avions craint au départ. Ils ne nous attaquent jamais de front. Ils ne tuent pas autant d'humains qu'il y paraît : ces disparitions subites, c'était des gens comme toi qui se sont laissé abuser, n'est-ce pas ? En utilisant ton sang pour simuler des meurtres, tu as en quelque sorte préservé des vies humaines. S'il s'avère que tes vampires ne sont pas aussi mauvais que nous l'avions imaginé, ils auront la vie sauve.

La voix d'Alice avait beau être pleine de conviction, je savais mieux que quiconque combien laisser grandir la menace d'un clan rival pouvait s'avérer fatal.

La situation était plus grave que ce que nous laissions paraître, mais nous avions joué toutes nos cartes avec l'humaine : celle de l'honnêteté, celle de la culpabilité, celle des promesses en tout genre (« tu manques d'argent ? On peut arranger ça »), celle de la compassion (« ces vampires t'ont-ils menacée ? »)… A présent, nous étions à court d'idées.

La fille baissa la tête. Son teint pâle ajouté à l'anémie la faisait paraître malade. Une expression étrange passa sur son visage. Aussitôt, Edward tressaillit.

-Que viens-tu de penser ? demanda-t-il, le regard attentif.

Pour seule réponse, le visage de l'adolescente se ferma. Alice soupira doucement, posa sa main sur l'épaule de notre frère.

-Allons-y, murmura-t-elle tout bas.

Edward et moi hochâmes la tête. Nous sortîmes de la pièce, non sans avoir refermé la porte à clé derrière nous.

-Qu'a-t-elle pensé ? questionnai-je.

Ses yeux dorés perdus dans le vide, Edward marmonna :

-Quelque chose d'étrange. C'était une pensée victorieuse. Comme si…

Il s'interrompit puis prononça gravement :

-Je crois qu'elle pense que nous sommes totalement à côté de la plaque.


17h 56, 20 novembre

PDV d'Allie

-Mélanger le sucre et la farine dans un saladier, lut Sarah d'une voix suave et impérieuse.

Installée sur un tabouret de la cuisine de grand-père Charlie, elle s'était donné pour mission de ne pas bouger le petit doigt et de nous dire quoi faire à l'aide de l'énorme livre de recettes de Mamie Sue.

« Nous », c'était Liza, Will et moi. Maman nous avait demandé d'aller préparer à nos grands-parents un dîner plus comestible que l'habituel poisson frit de Charlie. Comme nous étions des enfants gentils et serviables, nous avions obéi à sa requête.

Will attrapa un paquet de sucre posé sur une étagère.

-Où est-ce qu'ils rangent la farine ? marmonna-t-il en ouvrant tous les placards.

Haussant les épaules, je l'imitai et, en quelques minutes, nous mîmes la plupart des étagères de la cuisine sans dessus dessous. Sarah finit par bouger –un miracle !-, elle se mit debout sur son perchoir pour atteindre le seul placard que nous n'avions pas encore ouvert. Elle dénicha un paquet de farine et s'apprêta à le donner à Liz.

C'est à ce moment-là que je me rendis compte que la dernière personne à avoir utilisé le paquet de farine avait oublié de le fermer. Avant que je n'ai pu avertir Sarah, la totalité du paquet, c'est-à-dire un kilo entier de poudre blanche, se déversa dans la cuisine. Liz, Will et moi bondîmes en arrière pour éviter l'avalanche, mais cette dernière n'épargna par le jean et les chaussures de Sarah.

Notre sœur contempla l'étendue du désastre avec de grands yeux marron humides, l'air à deux doigts de pleurer. William se mit à ricaner et je gloussai sans pouvoir m'arrêter. Liz nous offrit un regard réprobateur avant d'aller aider Sarah à épousseter ses habits.

Ca craint quand vos petites sœurs de huit ans sont plus matures que vous.

Une fine poudre blanche se déposa un peu partout en hauteur, sur nos vêtements et nos cheveux. Nous n'étions pas au même point d'ensevelissement que Sarah, mais ça ne devait pas être joli à contempler.

Une seconde après, Elliot entrouvrit la porte de la cuisine et passa sa tête par l'entrebâillement pour évaluer l'étendue des dégâts.

-C'était quoi, ce bruit ? Ah oui, d'accord.

Il serra les lèvres pour se retenir de rire.

-Ca ne serait pas arrivé si tu avais eu la bonté de nous aider à cuisiner au lieu d'aller t'avachir devant la télé avec Charlie et Billy, persifflai-je.

Il ignora ma pique. Monsieur avait décidé de s'épargner le supplice de préparer le repas sous prétexte qu'il passait beaucoup plus souvent que nous chez nos grands-parents. Ce qui était vrai, mais ça n'excusait rien. Il s'entendait comme larron en foire avec Charlie.

-Je cherchais une comparaison appropriée, se moqua-t-il. Hiroshima ?

Will et moi aboyâmes en cœur :

-La ferme !

Elliot referma la porte de la cuisine, nous laissant seuls face à notre destin funeste : rendre de nouveau la pièce présentable et terminer le dessert.

-Sarah, c'est de ta faute si tu as renversé la farine alors tu vas nettoyer, décrétai-je. Liz, par extension c'est de ta faute aussi, alors tu l'aides. Will et moi, on va continuer à cuisiner.

-Tu es un tyran Allie, gloussa Liz.

-Tu nous exploites parce que nous sommes plus petites que toi, maugréa Sarah. Je vais demander à Papy où est le balai.

Médusée, je la regardai sortir de la cuisine. Elle n'allait quand même pas m'obéir ? Sarah Black obéissante, il allait falloir que je marque ce jour dans le calendrier. Liz surprit mon regard et expliqua :

-Elle va faire les yeux du Chat Potté à Papy pour qu'il le fasse à sa place.

-Elle n'oserait pas, grognai-je entre mes dents.

Elle osa. Cinq minutes plus tard, mon arrière grand-père de soixante-dix ans pénétra dans la cuisine, un balai à la main et une Sarah victorieuse sur les talons.

-Allie, Will, j'espère que j'ai mal entendu et que vous ne forcez pas ces pauvres petites à faire le ménage à votre place ! Je préfère encore le faire moi-même ! Aoutch, mes vertèbres !

Je me précipitai pour arracher le balai des mains de Charlie pendant que « la pauvre petite » me regardait d'un œil victorieux.

-Laisse, on va le faire.

-Qu'est-ce que vous cuisinez ? demanda Charlie, l'air un peu inquiet à la vue de la cuisine ravagée.

Will eut un grand sourire :

-Un gâteau au chocolat.

Il avait fait pression sur moi pour ce qui était du dessert. Maman n'aurait pas apprécié de savoir que nous remplacions le poisson frit par du gâteau au chocolat. Notre grand-père se dirigea vers un des placards de la cuisine :

-Bon, je vais me faire un café. Faites-moi signe si vous avez besoin d'aide, les enfants.

Dixit celui qui nous a manifestement légué le gène de ceux qui ne savent pas tenir une petite cuiller.

Désespérée, je rassemblai à l'aide du balai la farine étalée sur le sol en un tas grossier pendant que Sarah récupérait son livre de recette et que Will et Liz se débrouillaient pour continuer à cuisiner. D'ailleurs, Elizabeth était étrangement plus douée que Will pour la cuisine. Ce dernier se débrouilla pour détériorer le micro-onde en renversant du chocolat fondu à l'intérieur.

Grand-père Charlie, qui allait glisser sa tasse de café dans l'appareil, se retrouva bêtement avec une tasse rempli d'eau froide à la main. Heureusement, ingénieuse comme je l'étais, je lui sauvai la mise en prenant sa tasse entre mes mains. Je fis chauffer ma peau sans difficulté et, en quelques minutes, l'eau se mit à bouillir.

-Voilà ! claironnai-je en lui rendant la tasse.

-Je ne m'y habituerai jamais, fit Charlie en riant.

C'est ce que j'aimais chez lui : il adorait Bella, vénérait ma mère, blaguait avec mon père, béatifiait devant les jumelles et pourtant, il restait égal à lui-même, un humain ancré dans sa propre réalité. Celle dans laquelle les gens grandissaient et vieillissaient normalement, dans laquelle ils n'avaient ni pouvoir, ni vitesse, ni force surnaturelle. Et même s'il tiquait à chaque fois qu'il nous voyait faire quelque chose d'étrange, il restait tolérant.

Une fois la cuisine à peu près nettoyée, j'aidai Will et Liza à terminer le dessert. Nous passâmes à table relativement tôt parce que Charlie, Sue et Billy avaient l'habitude de ne pas manger trop tard. Ils adorèrent nos patates sautées, même si Mamie Sue s'étouffa à moitié quand Will avoua qu'on avait pratiquement vidé la bouteille d'huile dans la poêle.

-Dites, les enfants, commença Charlie alors qu'on entamait le dessert, savez-vous pourquoi vos parents et les autres ont l'air tellement préoccupé ces temps-ci ?

Gros blanc. Elliot, Will et moi, on se jeta des coups d'œil ennuyés.

Sue et Billy échangèrent un regard embarrassé : vu qu'ils n'avaient jamais cessé de faire partie du conseil des Anciens, Papa était tenu de leur faire un compte rendu plus ou moins succin de tout ce qui se passait à Seattle. Bella avait tendance à couver son père au fur et à mesure qu'il vieillissait, de sorte qu'elle aurait sûrement étripé ses colocataires s'ils l'avaient inquiété avec leurs problèmes d'ordre surnaturel.

Voyons voir.

Comment passer de : « des vampires tuent des humains à Seattle, tagguent le mot VAMPIRE sur les murs de la ville, enrôlent des humains dans leurs rangs, ont essayé de m'enlever et sont impossibles à capturer » à « voyons, tout va bien dans le meilleur des mondes ! Oh, regarde, un petit lapin rose ! » sans faire passer Charlie pour un imbécile ?

-Ils sont inquiets parce que de méchants vampires veulent prendre la place des Cullen, déclara calmement Sarah.

-Les anciens aussi ont peur, je les vois parfois pendant la nuit, compléta Liz sur le même ton en découpant sa part de gâteau en de minuscules cubes.

OK. Pas du tout flippant.

Charlie se figea et lança un appel au secours visuel dans la direction de Sue, qui n'eut pas le courage de feindre la surprise mais ne pouvait pas non plus se permettre de se trahir.

-Vous ne pouviez pas vous taire ? siffla un Will furieux à voix basse à l'attention des jumelles.

-T'avais qu'à répondre avant ! le rembarra Sarah sans prendre la peine de chuchoter.

Charlie, bien trop occupé à se faire du mouron, ne sursauta même pas, à l'inverse de Sue et Billy.

-Bon, écoutez, finit par articuler le père de Bella, la chanson reste la même : je ne veux rien savoir d'autre que l'essentiel. Est-ce que cette… menace est dangereuse pour vous ?

Elliot répliqua fermement :

-Non, en tout cas pas pour les enfants et les humains. Nous ne les laisserons pas s'approcher de la ville.

Charlie comprit immédiatement qui le terme « enfants » englobait.

-Et pour vous, il y a un danger ? demanda-t-il en ne désignant que mes frères et moi.

-Il n'arrivera rien, ni à nous, ni à vous, affirma Elliot fermement.

Je mordis dans mon gâteau avant de sourire de toutes mes dents à nos grands-parents et d'agiter mes doigts en l'air.

-Voyons voyons, mais c'est nous qui sommes un danger !

OooO

Un peu plus tard dans la soirée, Elliot gara sa Bentley devant le chalet. Assise sur le siège à sa droite, je me contorsionnai pour m'adresser aux passagers de la banquette arrière :

-N'oubliez pas : on a mangé des choux de Bruxelles et du poisson frais.

Sarah et Liza échangèrent un regard incrédule, manière subtile de me signaler que Maman sentirait ce mensonge venir à des kilomètres.

Mes frères, mes sœurs et moi sortîmes de la voiture et entrâmes dans le chalet. Maman et Papa discutaient à voix basse et préoccupée dans le salon, ce qui ne nous empêcha pas de percevoir la majorité de leur discussion.

-Jasper s'accuse lui-même d'avoir causé ça, disait Maman. Il y a quatre jours, il lui a dit qu'elle ne sortirait pas de la villa sans leur avoir tout avoué.

-Je ne pense pas que ce soit la faute de Jasper, répliqua Papa. Elle n'aurait pas fait ça pour de simples paroles. Son geste est inexplicable. Tu dis qu'elle a fait ça avec un verre ?

Maman parut acquiescer, puis elle continua :

-Je suis inquiète, Jake. Mon père dit qu'elle était terrifiée et qu'elle vouait une haine sans nom aux Cullen. Qu'est-ce que ces vampires ennemis lui ont donc fait ?

L'angoisse dans la voix de notre mère ne trompait pas. Will réagit le premier et surgit dans le salon en demandant :

-Que se passe-t-il ?

Nos parents se levèrent d'un bond du canapé sur lequel ils étaient installés. Ils échangèrent un coup d'œil. Papa se précipita vers les jumelles et prit Liz dans ses bras en feignant la légèreté :

-Allez les filles, on va au lit !

-Mais, protesta Sarah, il est encore tôt !

Comme il sortait de la pièce avec Liz, elle fut obligée de les suivre et bientôt nous ne les entendîmes plus. Elliot, Will et moi nous suspendîmes aux lèvres de Maman. Cette dernière se racla la gorge :

-Vous savez, l'humaine enfermée chez les Cullen ?

Allons bon, elle va peut-être finir par nous servir à quelque chose celle-là…

-Oui, et alors ?

-Elle s'est suicidée.

Faites comme si je n'avais rien dit.


Le passage chez Charlie n'a pas une grande utilité mais disons que comme les choses vont bouger très bientôt dans l'histoire, ce moment est surtout symbolique. J'espère que vous m'êtes reconnaissants de poster ce chapitre au bout d'une semaine seulement parce que ça me met en retard sur mon écriture ! Prochain chapitre, Il n'y a pas d'éclairs sans orage, le 13 mars !