Je vous salue chers lecteurs et lectrices en ce 23 décembre 2015 ! Les fêtes sont à notre porte ! Enfin pour certains, trop tôt pour d'autres, je vous souhaite en tout cas de passer d'agréables moments dans vos célébrations respectives !
Malheureusement, en raison d'un retard pris dans la fiction depuis quelques temps, le chapitre que je prévoyais de faire sur la thématique de Noël / Nouvel An paraîtra plus tard, peut-être même en 2016, qui sait ? Mais je ne désespère pas de vous l'offrir, comme promis, même tardivement ! Et puis la thématique importe peu à partir du moment où l'histoire avance ! Aussi, je vous laisse en compagnie de nos héros qui vous conteront leurs aventures mieux que moi ! Bonne lecture ;)
Chapitre XXI : Arrangements
« Comment ? » « Pourquoi ? »
C'était bien à ces deux questions fondamentales que Ron tentait vainement de répondre. Comment un truc pareil pouvait-il exister ? Et surtout, plus important encore, pourquoi un truc pareil existait-il ? L'air perplexe du roux parcourut la tenture du haut vers le bas, du bas vers le haut... C'était à s'en écraser les cervicales. Impossible de tout capter en un seul coup d'oeil tant « gigantisme » semblait être le seul adjectif à pouvoir qualifier ce tapis mural. Et pourquoi faire ça si grand au fait ? La magie faisait des prouesses, certes, mais tout de même... Par quels moyens cette immense tapisserie tenait-elle au mur de pierre grise, depuis Merlin seul savait combien de temps ? Prouesse technique, chapeau bas... Mais qu'est-ce qu'il racontait ? Voilà qu'il devisait à propos d'un paillasson sur lequel tout Poudlard aurait pu essuyer ses godasses crottées en une seule fois... Tous en même temps... Il fallait être malade pour suspendre une telle représentation dans sa salle, devant des gens, où on pourrait vraiment la voir...
D'ailleurs, qu'est-ce-que ça représentait, au fait ? Une chasse de seigneurs médiévaux ? Une scène bucolique de parabole ? Une mise à mort d'un traître au régime ? Par Merlin ! On n'y voyait strictement rien dans ce fatras de personnages tissés en tous sens et en toutes positions. Cela aurait bien pu être une recette de cuisine exotique pour ce qu'il en savait. Pas possible ! On avait pris les pages de plusieurs vieux grimoires enluminés qu'on avaient ensuite éparpillées pour les coller comme venait ! Ironiquement, le cadet des Weasley entendait presque la voix d'Hermione dans son dos : « C'est de l'art, Ron ! Tu ne comprends vraiment rien... » Ouais... Si c'était le même « art » que celui qu'elle s'amusait à feuilleter dans les immenses bouquins plastifiées moldus pour se « cultiver », qu'elle disait, comme « Trois couleurs jetées sur un fond blanc comme si on les y avait crachées », cela ne rentrait définitivement pas dans sa définition de l'art. Cette tapisserie était du même genre, mais version sorcier, avec des figures puzzle et des lignes troubles.
On n'était pas aux prises avec la taille de l'ouvrage pourtant : au moins une vingtaine de mètres sur une trentaine, à vue de nez. Sans rire ! Même un aveugle aurait pu voir ce truc de loin ! Une autre question déclinable en « comment » et « pourquoi » venait de naître dans son esprit : comment et pourquoi quelqu'un voudrait-il garder un truc comme ça chez lui ? On devait se donner des migraines à force de vouloir démêler le sens de ces fils emmêlés, non ? Punaise ! Mais qu'est-ce-que c'était que ce truc à la fin ? Il n'y avait décidément qu'une famille de sangs purs pour frimer avec une telle œuvre. Oui, oui, « œuvre », il aurait mis sa main à couper que cela portait cette dénomination chez eux : une œuvre.
Un mouvement derrière lui interrompit sa profonde réflexion. À l'immense porte arrondie et moyenâgeuse de vieux bois et de renforcements en métal noir, donnant sur la large salle de restauration du château irlandais, Théodore faisait son apparition aux côtés d'une silhouette féminine : Hermione, pour qui il venait brièvement de lever les barrières du domaine. Elle fit un signe discret à son fiancé qui hocha la tête en retour. Son attention fut rapidement happée par l'immense tissage accroché au mur gris.
- Quelle merveille ! Elle est à toi, Théodore ? s'extasia-t-elle. C'est... à couper le souffle !
- C'est surtout n'importe quoi, grommela Ron entre ses dents.
Hermione fusilla son rustre de compagnon du regard. Nonchalamment installé sur une chaise, Blaise releva légèrement la tête de son combat contre l'ennui : la manipulation machinale d'une broche en or incrustée d'opale entre ses longs doigts bruns. Un de ses sourcils se haussa.
- Pardon, s'excusa le cadet des Weasley. L'art c'est pas mon truc.
- Ce n'est pas grave, Ronald, le rassura Théodore. Même si ça appartient à ma famille depuis des siècles... Pour être tout à fait honnête, moi non plus je n'ai jamais compris l'intérêt. Ça avait le don de me filer des cauchemars !
- Mais c'est un ouvrage remarquable ! riposta Hermione. D'une grande réalisation !
Le sourire aux lèvres, Théodore haussa les épaules devant l'air déconfit de la sorcière.
- Tu as probablement raison.
Un grognement moqueur émana de Blaise. Lui aussi trouvait ce truc immonde et incompréhensible, ce qui, dans l'esprit de certains, étaient les caractéristiques impératives pour en faire un chef-d'œuvre. Le maître du domaine posa sur lui un regard osé.
- En parlant de ce qui est dans ma famille depuis des siècles...
Le sorcier noir se figea un instant puis reposa la broche en or sur la table. Son air semblait sarcastiquement signifier : « Satisfait ? ». Peu désireux d'obtenir une expertise sur cet objet qui attirait déjà le regard de la jeune Gryffondor, Théodore s'en empara et le fit disparaître dans une poche intérieure de son costume moldu. D'une main polie, il désigna un siège à Hermione.
- Enfin ! soupira Blaise. J'ai bien cru qu'on parlerait art-déco toute la soirée !
Personne ne releva. La remarque n'était de toute façon pas faite pour initier de réponse. Le silence demeura imperturbable jusqu'à ce que chacun soit confortablement installé : Blaise n'ayant pas bougé d'un pouce Hermione, jambes croisées et dos bien droit dans son assise Ron, mi-assis, mi-debout, une fesse posée sur la table Théodore, debout une main à plat sur le bois.
- Blaise, tu as la parole puisque c'est toi qui nous as convoqués ici.
- Oui, à propos de cela, je sais que c'est audacieux de ma part vu que ce château t'appartient, Théo, mais je pensais sincèrement que ce lieu était le moins risqué de tous pour une réunion telle que celle-ci. Après tout, on doit penser que ce château est tombé en ruine quelque part autour du XVIème siècle, ou quelque chose comme ça... Et c'est mieux ainsi.
Théodore le fixa intensément, inquisiteur.
- Je parle du Ministère, reprit le fils Zabini.
Cette fois, ce fut toute l'assemblée qui revêtit un air prudent.
- C'est ce qu'on craignait. Il semblerait qu'on ait bel et bien affaire avec une vendetta du Ministère. Contre Drago.
- Je t'arrête tout de suite, rétorqua Ron. Ça ne nous avance pas de ressasser les événements : on n'a rien.
Les poils de Blaise se dressèrent d'excitation hargneuse. Il souhaitait que cet entretien se déroule dans le calme, malgré son envie viscérale de secouer un peu le Gryffondor, histoire de se prouver qu'il en était toujours capable. Le roux lui offrait une opportunité impossible à refuser. Aussi, son ton se fit plus désagréable lorsqu'il répondit sarcastiquement :
- Dis plutôt que vous n'avez rien. Moi, en revanche, j'ai probablement quelque chose. Les lettres du père Malfoy, tu sais, celles dont vous avez préféré ne pas me parler... Pour des raisons que je peux comprendre, vraiment. J'ai la confirmation que Drago les as bien eues entre ses mains. Et, le moins qu'on puisse dire, c'est que leur contenu est loin d'être celui auquel on s'attendait...
Ron déglutit en ravalant sa fierté. Il y avait forcément un traquenard quelque part là-dedans. En attendant de voir lequel, il se tut sagement.
- Comment peux-tu en être sûr ? Avancer des arguments sans fondement n'est pas...
- Théo, s'il-te-plaît, tu ne me connais pas encore depuis le temps ? Quand je dis que j'ai une « confirmation » c'est que mes informations sont solides. Sonde mon esprit si tu ne me crois pas.
Le maître du domaine irlandais se tut instantanément à son tour. Pas besoin d'en arriver là. Lui aussi souhaitait que tout se passe au mieux sur un sujet si épineux. Car malgré tout, c'était bien la première fois qu'ils en discutaient si sérieusement tous ensemble. Et puis fouiller l'esprit de Blaise n'aurait rien fait pour permettre aux Gryffondors, silencieux, de leur accorder du crédit.
- Nous devons changer de stratégie, asséna enfin le fils Zabini. Il est prioritaire de découvrir ce que manigance le Ministère dans l'ombre, et rapidement. Le seul moyen efficace d'y parvenir est de ne consacrer notre énergie qu'à ce but. Rien d'autre.
- Attends, attends, réalisa le roux. Tu n'est pas en train de suggérer qu'on renonce à enquêter sur Harry et Malfoy, tout de même ?
- Si, c'est précisément ce que je dis.
Les bras de Ron lui en tombaient, inertes le long d'un corps saisi par le choc.
- Excuse-moi ? balbutia-t-il.
Un spasme dressa les membres du cadet des Weasley en une fraction de seconde, comme si un jet ébouillanté les avait fauchés. Il bondit sur ses pieds, incapable de rester immobile.
- On peut savoir à quoi tu joues, Zabini ?
- J'essaye de sauver la peau du maximum de personnes, ici, Weasley. Pour ton information personnelle, un tel dossier orchestré par le Ministère, ce n'est pas de la tarte ! Il faut qu'on soit préparés à riposter avec des armes égales aux leurs si on veut avoir une chance. Parce qu'au cas où tu ne le saurais pas encore, ton ami Potter est tout autant englouti par cette merde que Drago ! Nous aussi !
- Espèce d'enfoiré !
Hermione attrapa le poignet de son fiancé cambré par-dessus la table, le visage rouge. Il se débarrassa de son emprise tremblante.
- Tu vois ce qu'il fait ? Il détourne notre attention ! Il nous manipule pour qu'on laisse Harry derrière ! Cette saleté de serpent ne pense qu'à ses fesses ! Il rentrera dans son trou au moment fatidique ! Comme toujours... Soit il est stupide, soit il travaille pour l'ennemi, je ne vois que ça. Il sait très bien que si les concernés ne sont pas présents lorsque la machine se mettra en route les faire tomber sera d'autant plus facile pour eux ! C'est comme offrir leurs têtes sur un plateau et fournir les piques pour les y planter avec ! On ne peut pas lui faire confiance !
Essoufflé par sa tirade rageuse, le cadet des Weasley s'appuya sur la table le temps de reprendre sa respiration. Blaise avait détourné les yeux pour ne pas assister à une telle démonstration pathétique du sang de Gryffondor. Comme pour ne pas attiser davantage la tension en suspension autour d'eux, sa voix se fit basse, presque sur le ton de la confession.
- Comprends qu'on ne peut pas tout faire en même temps, Weasley. Les chercher nous fait perdre du temps. Je n'ai jamais dit que cela nous faisait perdre le notre. Mais pour les aider, c'est la seule solution. On se passe la corde autour du cou à rester dans cette voie...
- Blaise, j'entends ce que tu dis, l'interrompit Théodore. Mais Ronald n'a pas complètement tort. Sans Harry ou Drago, on n'est pas plus avancés que cela.
- Et puis, pardonne-moi de faire mon borné une fois de plus, reprit Ron. Mais j'exige une preuve de ce que tu avances. Ton ami se porte peut-être garant de toi, mais en ce qui me concerne c'est loin de me suffire.
Le fils Zabini soupira doucement. Potter n'avait pas mentionné de révélation de leur collaboration en dehors du manoir lugubre. De toute évidence, le survivant avait compris que peu de choix lui revenaient encore, et celui-ci n'en faisait définitivement pas partie. Pourtant, Blaise se sentait mal à l'aise avec l'idée d'évoquer l'élu dans cette conversation avec les Gryffondors. Même pas par souci de vengeance en souvenir des informations qu'ils lui avaient caché : il fallait être au-dessus de tout cela. En fait, la violente émotion qui l'avait saisi lors de cet échange nocturne lui revenait en pleine face chaque fois qu'il tentait de l'analyser. Sur le moment, tout semblait si intime... Il y avait quelque chose d'insaisissable dans cet instant irréel, quelque chose que seul Potter pouvait comprendre. Le sorcier noir ne s'était jamais imaginé devoir s'expliquer, persuadé que l'assentiment de Théodore suffirait. On était bien loin du compte... Le regard bleu nuit furibond du Gryffondor roux l'acculait. Lui non plus n'avait plus de choix maintenant.
- Si je dis que chercher Drago et Potter ne sert à rien, c'est parce que je sais qu'ils seront là quand on aura besoin d'eux. Quant aux informations... elles me viennent de Potter lui-même.
- Quoi ? murmura Hermione, incrédule.
- Je ne voulais pas en arriver là. Je ne veux blesser personne, malgré ce que vous semblez croire. Harry est venu à moi.
- Mais pourquoi ? chuchota encore la brune, désespérée.
- Je n'en sais pas plus que vous. Probablement parce qu'il s'est dit que je ne le questionnerai pas plus que nécessaire sur lui-même. Peut-être même s'imaginait-il qu'on le ferait prisonnier d'une manière ou d'une autre...
- Sérieusement ? Quand ? demanda Théodore à son tour.
- Il y a quelques jours. Il m'a dit avoir lu les lettres de Lucius Malfoy après Drago : elles innocentent totalement son fils, prouvant par la même occasion que le Ministère monte tout de A à Z. Et bien que ce ne soit pas dans mes habitudes d'attribuer ma confiance si facilement... je le crois quand il me dit qu'il sera capable de gérer Drago quand cela sera nécessaire.
- Mais tu m'as dit toi-même que le Ministère possédait des preuves authentifiées. D'où est-ce-que ça sort ? releva le maître du domaine irlandais.
- Tu as déjà oublié la guerre, Théo ?
Blaise dévisagea son ami avec un effarement mêlé de sérieux morbide. Il ne comprenait pas qu'on ait besoin d'expliquer le principe de corruption à un ancien espion de guerre, et encore moins le principe d'enivrement par le pouvoir à un notable pareil.
- Génial, murmura Ron. Vraiment génial !
Hermione baissa les yeux sur ses genoux tandis qu'il s'éloignait de la table pour faire quelques pas dans la pièce immense, les bras se balançant en tous sens. Les deux anciens de Serpentard le regardèrent faire. Une tension muette s'abattit telle une chape de plomb sur les lieux.
- Est-ce-que tu peux entrer en contact avec Harry ? demanda soudain Hermione.
Blaise était désarçonné : la sensiblerie de la jeune femme venait d'être balayée en un battement de cil. Un rayonnement de détermination durcissait désormais ses traits.
- Je suppose. Pourquoi ?
- Est-ce-que tu peux ? insista-t-elle.
- Un signal a été convenu, confirma finalement le fils Zabini.
La jeune femme acquiesça et se leva calmement.
- Hormis Ron, il est le seul à avoir eu le dossier de Lucius Malfoy entre les mains. Il faut qu'on sache s'il a pris d'autres éléments que les lettres avec lui. Et il faut qu'il l'examine, pour voir si rien n'a été modifié entre le moment où il l'a classé et maintenant.
- Ça serait une bonne idée, si seulement on pouvait se permettre de se balader avec ce dossier sous le manteau, releva Théodore.
- Et puis je l'ai retourné, Hermione. Il ne fallait pas garder ça avec nous.
- Aucun de vous n'est familier avec les copies ? s'étonna Hermione.
- Ce genre de dossier ne peut pas être copié, même avec des sortilèges complexes. C'est traçable, soupira Blaise.
- Avec des sortilèges peut-être, mais qu'en est-il d'une photocopieuse moldue ? Je n'ai eu aucun mal avec ça, sourit la jeune femme.
Les trois hommes en restèrent bouche-bée. La rage de son fiancé s'était subitement envolée. Il l'enlaça un peu durement et déposa un baiser sur sa tempe.
- Je t'aime. Et j'aurais dû choisir « Étude des moldus » à Poudlard.
Elle rit d'une joie difficilement contenue, les larmes au bord des yeux. Un éclat bienveillant illumina le visage du maître du domaine irlandais. Puis, il se tourna vers son ami.
- Blaise, tu penses y arriver ?
- On va tout faire pour. Faites moi parvenir la copie dès que vous le pouvez.
Le sorcier noir se mit sur ses pieds et rejoignit la sortie du vieux château moyenâgeux. Il ne restait plus qu'à mettre Potter au courant maintenant.
Drago inspira pleinement. Une délicieuse odeur de plat mijoté emplissait l'appartement londonien en ravissant ses narines. Cela faisait déjà un bon moment qu'aucune recette si élaborée n'avait été cuisinée en ces lieux. Pour tout dire, s'il était parfaitement honnête, rien ne lui permettait de dire combien de temps pouvait représenter ce « un bon moment ». Et le temps où il avait effectivement concocté quelque chose de ses propres mains devait probablement remonter à l'âge de pierre. Oui, lui, Drago Malfoy, savait manier une spatule en bois et contrôler les différents brûleurs d'une gazinière, un exercice bien moldu. C'était le seul crédit qu'il avait toujours, ou presque toujours, accordé à cette société sans magie. Sans le moindre coup de baguette, ces moldus étaient capables de faire naître ces saveurs d'un tout autre ordre. Il n'avait rien contre la cuisine sorcière, loin de là, mais il arrivait un moment dans la vie où l'on préférait boire un bon vin rouge de Bourgogne française plutôt qu'une Bièraubeurre des Trois Balais de Pré-au-Lard.
En parlant de vin... Drago attrapa son verre à pied et avala avec raffinement une lampée de son blanc sec. Il n'y avait rien de tel pour accompagner un repas. Ou sa confection... Et tant pis si l'on clamait sur tous les toits que l'alcool était mauvais pour la santé ! Vu ce qu'il restait de lui, une coupe ou deux ne pouvait pas lui faire de mal !
Une fragrance de fruits exotiques s'immisça par à-coups entre les vapeurs salées du bouillon. Harry sortait de la douche. Drago reconnut la senteur de son propre gel douche. Il fit descendre une autre gorgée de vin dans sa gorge. Toutes les odeurs du monde, aussi fortes soient-elles, ne pouvaient masquer l'étrangeté qui flottait dans l'air depuis l'autre soir. D'un accord tacite entre eux, le survivant avait finalement pris ses quartiers dans son appartement, se contentant du canapé pour passer la nuit. À défaut de plaire entièrement à l'héritier des Malfoy, la présence de Potter avait quelque chose de rassurant. Il aurait juré qu'une certaine chaleur lui parvenait depuis le salon, lorsque la nuit, la porte fermée ne déversait plus sur lui la nuit grisâtre et glaciale d'autrefois. La peur de poser la tête sur l'oreiller par crainte des images cauchemardesques de son esprit malade s'était quelque peu estompée. Les lettres de son père y étaient pour beaucoup bien sûr. En fait, le blond était à deux doigts de leur accorder tout le crédit pour son amélioration, histoire de ne pas avoir à reconnaître les bienfaits que le survivant apportait à sa vie. Il n'empêchait qu'un poids considérable s'était ôté de sa cage thoracique. Comme s'il avait découvert que ses poumons descendaient jusqu'au creux de son ventre au lieu de se limiter à ses premières côtes.
À cet instants, ceux-ci se gonflaient allègrement des effluves sucrées de ce satané gel douche au litchi, ou d'une quelconque baie issue de sous l'équateur. Bon sang, il ne s'était jamais rendu compte de la puissance de l'essence auparavant. Sur ce constat, il se promis de changer de produit dès sa prochaine sortie et de laisser le reste à Potter. Celui-ci se blâmerait probablement en songeant que si la bouteille restait sur la touche cela n'était dû qu'à son invasion dans sa salle de bains... Mais qu'importe en fin de compte. Parce qu'il n'y avait aucun moyen qu'il se débarrasse d'une telle empreinte olfactive à l'avenir...
- Dis, ça te dérange si je t'empreinte une chemise ?
Drago revint subitement à lui, ne sachant pas quand il avait au juste fermé les yeux. Il s'imagina que cela devait se situer à mi-chemin entre le vin et l'apparition du gel douche dans ses songes... Mais rien n'était moins sûr. Son attention se focalisa donc sur le survivant et... Non. Il n'y avait plus aucun moyen qu'il se débarrasse de ce moment désormais. Pas quand un homme, au teint halé et à la cicatrice en forme d'éclair attendait une réponse de sa part torse-nu, un peu gauche dans son maintien, tel une œuvre d'art peinte directement sur le mur blanc.
- Je ne veux pas abuser de la situation mais toutes les miennes sont... Enfin, tu vois. Je ne crois pas que je puisse encore en porter une, ne serait-ce que pour une heure ou deux...
Le blond entendait les mots sortir de la bouche du Gryffondor. Rien ne l'obligeait à les écouter pour autant. Par Merlin, si on lui avait dit que la formation d'Auror forgeait les corps de cette manière, peut-être aurait-il eu l'inspiration d'aller piocher dans la gent féminine dans les bureaux du Ministère quand il vivait encore dans le monde magique. Et il n'aurait pas eu à endurer cette vision indécente de l'élu dans son appartement moldu, un beau matin de mi-Novembre. Quoique sans ce moment, cette précieuse information serait restée secrète.
- Drago ? C'est en train de brûler.
- Pardon ?
- Ton plat. C'est en train de brûler.
L'héritier des Malfoy s'empressa de baisser le gaz en étouffant un juron. Il vérifia rapidement l'étendue des dégâts. Le désastre avait été évité de justesse. Cela serait juste un peu plus caramélisé que prévu, pas de quoi s'affoler.
- Drago ?
- Quoi ?
- Et pour la chemise ? C'est oui ou non ?
Le blond soupira. Il contourna Harry, traversa tout le salon, celui-ci sur les talons, et s'engouffra enfin dans sa chambre. Le tiroir de sa commode ouvert, le sorcier se recula pour que Potter puisse faire son choix.
- Merci, murmura ce dernier.
D'abord, le survivant osa à peine toucher le coton des cols. Le Serpentard soupira d'agacement. Aussi, il fit rapidement son choix et sélectionna une simple chemise blanche avec laquelle il entreprit de se battre autour des boutons. Drago haussa un sourcil contrarié. Les doigts de l'élu s'immobilisèrent avant d'avoir atteint leur but : fermer un seul bouton. Avait-il fait quelque chose de mal ? Choisir une chemise fétiche par exemple ?
- On t'a déjà dit à quel point tu as mauvais goût pour t'habiller ? demanda le blond.
L'héritier des Malfoy ramassa un autre vêtement et le tendit au survivant.
- Tu devrais essayer le gris. Je suis sûr que ça irait mieux qu'une chemise de monsieur-tout-le-monde.
- Elle était dans ton tiroir, railla Harry.
- N'abuse pas, Potter.
- Merci.
Le sorcier légendaire échangea les hauts et reprit son combat contre les fermetures récalcitrantes tandis que son hôte rangeait convenablement le reste.
- Je peux te poser une question ? interrogea déjà Harry. Je voudrais amener ça plus subtilement... Mais bon, soyons honnête, ce n'est pas mon fort.
- Rien ne saurait me choquer venant de ta part, ricana Drago.
- Vraiment ?
- Vraiment.
Le survivant hocha doucement la tête : cette information serait à retenir pour l'avenir. Un sourire amusé se dessina inexorablement sur ses lèvres.
- Puisque je peux me permettre, se lança-t-il. Je me demandais... De quand date ta dernière relation ? Et je ne parle pas de sentiments ici...
Le Serpentard marqua un temps d'arrêt avant de se relever. Il fallait tout de même un petit temps pour intégrer le sujet en lui-même. L'autorisation de demander n'importe quoi de lui. Mais il était loin de s'imaginer qu'ils s'engageraient sur ce terrain.
- Je ne suis pas stupide, tu sais. Je remarque les choses, justifia Harry. Et je ne peux pas m'empêcher de penser que si tu n'es réellement pas intéressé par les hommes... Il n'y a qu'une seule autre raison au fait que tu inspectes la marchandise comme tu viens juste de le faire. Et on parle de moi par dessus tout : Saint Potter. C'est... Je suis juste curieux, tu comprends...
Le blond se frotta le front. Ce moment le hanterai de mortification probablement toute sa vie durant. En silence, il revint vers la cuisine. Cette fois, Harry mit un peu de temps avant de le rejoindre.
- Tu n'as pas à me répondre si tu ne veux pas, Drago. C'est parfaitement personnel. Je te secouai un peu, voilà tout...
- Un verre ? offrit le Serpentard.
L'élu haussa les épaules. L'héritier des Malfoy extirpa un second verre à pied d'un placard. Un liquide couleur olive la remplit d'un chant agréable. La bouteille ne fut pas rebouchée. En fait, si le Serpentard s'était écouté, il en aurait bien débouché une autre. Juste au cas où l'un deux viendrait à manquer du breuvage salvateur pour noyer une parole malheureuse ou en oublier une dans le flot. Il lui tendit le verre. Bien sûr que Drago allait répondre : un Malfoy ne reculait jamais devant un bon défi. Mais il ne s'y plongeait jamais sobre, pour l'excuse.
- Si tu veux tout savoir, cette partie de ma vie a été enterrée très profondément depuis le monde magique, annonça-t-il calmement. La dernière a avoir partagé ma vie, dans tout ce que ça suppose, était Astoria.
- La cadette des Greengrass ?
- J'étais supposé me marier avec elle.
- Oh ! Je n'en avais aucune idée. C'était donc si sérieux.
- Pour la comparaison, je dirais que ça ressemblait beaucoup à la relation que tu as avec la fille Weasley.
- Ginny ?
Drago acquiesça. Harry inspira une grande goulée d'air qu'il tenta d'expulser autrement que lourdement. Il prit une gorgée de vin.
- Et toi qui craignais d'aborder un sujet glissant, railla le blond.
- On s'est séparés. Ça fait déjà plusieurs années.
- Sérieusement ? Le couple légendaire n'existe donc plus ?
- Non.
- À cause ? Le travail ? Pas assez de temps ?
- Le manque d'intérêt.
- Je suis surpris d'entendre ça, avoua Drago. Tu n'avais d'yeux que pour cette rousse, Harry. Ça se voyait comme le nez au milieu de la figure.
- C'est vrai. Mais des obstacles se sont installés dans nos vies. Et au fond, je crois que la guerre a changé les gens. Certains plus à retardement que d'autres...
- Attends, attends : c'est toi qui l'a larguée ? Alors ça je ne l'avais pas vu venir. Potter a laissé l'amour de sa vie sur le carreau.
- Je ne crois plus aux âmes sœurs. Pas plus que je ne crois aux idées qui veulent que telle personne est dans tel camp dès sa naissance. C'est de la connerie.
Un silence s'installa. Harry fixa le fond de son verre. Drago remarqua la moue sur ses traits. Apparemment, tout cela avait un goût d'inachevé pour le survivant. Son parcours n'était pas supposé l'amener là lui non plus, à parler de destinée avec un Malfoy qu'il méprisait depuis toujours. À regretter ces derniers mots prononcés sans même envisager les croyances intimes d'un blond platine superficiel. À en regretter ses propres convictions par abandon pour ne pas subir la réplique d'un pauvre connard de Serpentard à la langue acérée. En fait, Drago préférait mille fois parler de sa vie sexuelle inexistante plutôt que de continuer à embarrasser cet homme démuni face à ses propres sentiments.
- Je pense que tu es dans le vrai, répondit-il finalement. Il n'y a pas de mauvaises ou de bonnes personnes. Il y a des rencontres qui se font aux bons et aux mauvais moments dans une vie. Rien de plus. L'alchimie vient d'elle-même quand le moment y est propice. Ce qui expliquerai mon vide affectif de ces dernières années si l'on s'en tient à cette théorie. Je ne suis juste pas dans un bon moment.
- Ça ira mieux très bientôt, murmura le survivant.
Le blond tenta de discerner le sens de cette affirmation. Ce qu'il en retira ne lui plût pas.
- J'ai peut-être l'air d'être perdu et d'avoir besoin d'aide, Potter, mais je sais encore ce que je veux.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit.
- Alors qu'est-ce-que tu dis ? cingla-t-il un peu plus violemment que voulu. Comprends que si on n'arrive pas à mieux communiquer, Harry, ce n'est pas la peine de s'engager dans de telles conversations.
- En somme tu ne comprends pas ce que je dis ?
- Non.
- Ça tombe bien, moi non plus, Drago. Je ne sais pas ce que tu as derrière la tête quand tu agis, et ça m'agace prodigieusement.
- D'accord, je vois ce que c'est, soupira le blond. Tu doutes encore de ce que je te maintiens depuis le début, bien. Je vais être indulgent, mais écoute-moi bien maintenant parce que ce sera la dernière fois : les hommes, ça n'est pas mon truc. Pas plus que pour toi.
- Je sais...
- Non, tu ne sais pas, l'interrompit Drago. Tu vois ce que tu fais ? Tu est parfaitement illogique. Parce que c'est de ça dont tu veux réellement parler, Harry. Et tu ne le fais pas.
Pour se donner une contenance, l'héritier des Malfoy porta son verre à ses lèvres.
- On a l'air d'adultes comme ça, Harry. Mais c'est uniquement parce qu'on est enlisés dans des problèmes d'adultes. À l'heure actuelle, on a oublié les jeunes qu'on a été et qu'on est encore parce que tout semble avoir trop changé. Mais on l'a bien été. Moi aussi j'ai essayé les plumards à Poudlard. Moi aussi je sais à quoi ressemble le dortoir des Poufsouffles ! Sois honnête, on en a tous au moins dragué une. C'était si facile... Je ne vais pas nier avoir essayé les gars. Qu'est-ce-que ça m'apporterait de dire le contraire de toute façon ? Je ne te dirai juste pas qui, parce que ça ne te regarde pas. Ne viens pas me dire que tu n'en as pas fait autant. J'ai essayé, j'ai conclu : ça n'est pas de mon goût, point final.
- Ne le prends pas comme ça, Drago.
- Je ne le prends comme rien du tout. Je veux que tu arrêtes de t'embrouiller l'esprit avec des sous-entendus que tu crois entendre à chaque phrase.
Le sorcier légendaire s'approcha. Son verre rejoignit le plan de travail derrière le blond. Un regard vert ténébreux s'ancra dans le sien mercure.
- Toi aussi tu es un champion d'illogisme, Malfoy. Tu es en train de me reprocher d'essayer de comprendre les choses. Toi, qui me blâme pour mon manque de vivacité d'esprit. Je ne suis pourtant pas seul dans cette histoire. Regarde-moi dans les yeux et dis-moi qu'il ne se passe rien du tout. Si tu arrives à le nier, alors je laisserai tomber.
Drago sourit nerveusement : l'attitude d'enfant naïf du survivant l'agaçait prodigieusement. Harry était presque contre lui maintenant. L'odeur entêtante du gel douche s'insinuait dans son nez, piquante, et lui donnait mal au crâne. Il éloigna à son tour son verre de vin blanc.
- On ne fait que discuter de généralités, Harry, susurra-t-il. Si tu te considères comme la généralité... C'est bien dommage pour toi, Saint Potter.
Ses mains lissèrent le col de la chemise gris perle.
- Et puis, qui a dit que je voulais nier quoi que ce soit ? continua-t-il.
L'élu était en proie à la confusion. Où Drago l'emmenait-il encore avec ça ? Voulait-il dire que la généralité ne s'appliquait pas à eux ? Les considéraient-ils comme une sorte d'exception qui confirme une règle obscure ? Il lui semblait, encore une fois, que l'héritier des Malfoy comprenait bien mieux que lui ce qui était en train d'arriver. Qu'il comprenait bien mieux pourquoi il ne pouvait pas reculer d'un pas ou deux comme il se l'ordonnait depuis une bonne minute. Qu'il comprenait bien mieux pourquoi sa voix traînante échaudait ses nerfs électriques. Et une fois de plus, Harry détestait cette sensation d'être laissé pour compte. Et une fois de plus, Harry adorait cette sensation des doigts glacés de Drago contre sa jugulaire. Le survivant retint son souffle. Ses muscles se raidirent, pris dans la roche. Et ce pas en arrière qui ne venait pas encore tout à fait.
- Lâche prise, Harry.
Des gestes vieux de plusieurs années transpercèrent le voile des souvenirs. Le blond sentit le changement car en une fraction de seconde ses bras se bloquaient derrière sa nuque. Les mains usées par le Quidditch de l'élu se logèrent sous ses cuisses pour le soulever, en équilibre instable et douloureux sur le rebord du plan de travail, la tête dans le bas des placards. Tandis qu'il dévorait ces lèvres diaphanes, un étau fait des jambes de Drago se noua autour de sa taille. Au diable la réflexion ! Au diable la raison ! Au diable la conscience ! Il envoyait jusqu'à cette chemise au diable ! Son épiderme halé réclamait une attention trop longtemps déniée par des circonstances de vie inadaptées, coincé entre deux mondes. Les mains de glace du Serpentard attisait paradoxalement le feu de ses instincts primaires. La gorge pâle lui était offerte et il s'y attelait furieusement de sa langue et de ses dents. Tant pis si Drago devait succomber d'hyperthermie après être resté toutes ces années dans le froid de ses cauchemars. Au moins, la mort le consumerait dans des flammes délicieuses et non plus dans une atmosphère polaire de terreur. Sa pomme d'Adam roulait sans discontinuer sous la peau, attisant sa propre respiration ainsi que ses assauts dans le cou de porcelaine. Une douce brûlure rongea la peau au-dessus de son sternum, juste au niveau de son collier de ruban noir et de perle en acier. Le survivant retint un cri et s'éloigna prestement.
L'héritier des Malfoy glissa avant de se rattraper de justesse au plan de travail. Des vertiges le rendaient instable et son odorat s'était évanoui pour de bon tant la fragrance exotique avait abusé ce sens. Il frissonna, tentant de comprendre il n'y avait plus sur lui qu'un filet de bave collante au lieu d'une langue brûlante. Ses yeux rencontrèrent la silhouette agitée de l'élu, reboutonnant sa chemise avec plus de dextérité qu'auparavant.
- Harry ?
- Hein ? Oui, excuse-moi. Je... Je ne pense pas que ce soit la meilleure idée... Je... Pas maintenant... Je... J'ai besoin d'air.
Un coup de vent en personne n'aurait pas fait travail plus brillant pour s'éclipser. Drago secoua doucement la tête, hébété. Qu'avait-il bien pu faire de travers : il n'avait rien dit, il s'était laissé faire pour rassurer cet abruti de sorcier légendaire sur son consentement à propos du batifolage... Et même pour la suite ! C'était faute de mieux, certes, mais lui aussi avait besoin de tirer son coup une fois de temps en temps, même si ça n'était pas vraiment de son goût, c'était toujours mieux que rien ! Son œil vitreux traîna sur les verres même pas vides. Frustré, il donna un coup dans le vide.
- Putain !
Drago lui avait dit de lâcher prise pourtant ! Il maudissait les Gryffondors et leurs principes ancrés dans leur code génétique ! Maintenant qu'il était seul, que faisait-il au juste ? Son corps était furieux contre lui, profondément frustré, hurlant comme jamais pour recevoir une considération peu orthodoxe. Fermant les yeux, le blond songea que lui aussi pouvait bien prendre une douche maintenant... glacée.
Le claquement du transplanage se serait entendu à des kilomètres à la ronde si ce n'était pour la protection des barrières du manoir abandonné. Blaise arqua un sourcil. Le visiteur s'annonça sans réellement le faire : rien qu'au bruit des semelles sur le marbre passé de la grande salle des Malfoy. Un Potter à l'allure débraillée, pupilles dilatées et visage rouge de colère y déboula tout en intimidation. La magie fusait par tous ses pores. Le contrôle habituellement réservé à celle-ci était sans nulle doute accordé à d'autres intérêts. Comme celui de ne pas le tuer... On aurait décelé cette intention à moins de remue-ménage. Le sorcier légendaire réajusta son manteau autour de lui et fourra une main furieuse dans sa poche.
- Tout va bien ? osa le fils Zabini.
Le regard de Potter sur sa personne fut noir. Il extirpa le collier de sa poche, la retournant au passage, et le brandit sur son nez.
- J'ai déjà une cicatrice sur le front ! Elle m'a brûlé pendant suffisamment d'années ! Je n'ai pas besoin que tu m'en fournisses une autre avec tes satanés objets magiques !
- Je t'avais prévenu qu'elles...
- Quand tu disais brûlure, je pensais que c'était une façon de parler ! Pas que ça me brûlerait effectivement à quelque chose qui s'approche du troisième degré ! Drago aurait pu se blesser lui aussi !
- Pourquoi il l'aurait été ? Les billes étaient sur toi, non ?
Harry souffla rageusement.
- Je ne m'attendais pas à ça, voilà tout !
- Pardon, mais vu que nous ne partageons pas le même monde, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour qu'on puisse se contacter n'importe quand...
- Là-dessus aussi j'aurais beaucoup de choses à dire !
- Potter. Est-ce-qu'il y a une raison particulière à ta furie ? Je n'ai fait que t'appeler. Aurais-je interrompu quelque chose ?
- Va à l'essentiel, Zabini ! ordonna Harry.
- Bien, bien.
Blaise leva les mains en signe d'apaisement. Cela ne changea rien aux yeux revolvers du survivant. Aussi, il préféra ne pas trop tirer sur la chance et s'en tint au strict nécessaire.
- Ils acceptent le plan. Il y a de fortes chances que ce soit pour la fin de l'année, quelques semaines tout au plus. Les choses bougent vite au Ministère. Si tu pouvais réexaminer ça pour voir s'il y a eu des modifications...
- Je vois. Tant mieux. Plus vite ce sera fini, mieux ce sera.
- Tu as parlé à Drago ?
Harry ouvrit et ferma la bouche. Qu'aurait-il dit ? Non, Drago ne savait pas encore. Ce qui en soi était suffisamment aberrant comme cela étant donné qu'il était le premier concerné. Quelle justification aurait-il pu fournir à Blaise ? Qu'il avait d'autres idées en tête ? Il voyait déjà la réponse : « Comme quoi ? Je te signale que c'est un peu urgent, Potter ! Le reste peut attendre » Non, merci. Il repasserait pour la déculottée. Punaise ! Dire qu'il avait presque oublié toute cette merde en parallèle ! Mais punaise, on ne pouvait pas leur foutre la paix cinq minutes ? Harry ne voyait pas en quoi cela devait attendre. Drago et lui s'en était suffisamment pris plein la gueule ces derniers mois, non ? Ils méritaient bien un peu de temps pour eux ! Ne serait-ce que celui de mettre un nom sur ce qui s'invitaient plus souvent que jamais entre eux en ce moment. Oui, ce truc qui les poussait à se dévorer sur le plan de travail comme deux morceaux de viande fraîche... Mais en fin de compte, Harry savait... Parler à Drago réduirait tout à néant. Car son corps aurait alors le goût de la trahison pour seul parfum disponible. Et ce parfum là ne s'échangeait jamais.
N'hésitez pas à me donner vos avis ! On est sur la bonne voie comme vous pouvez le constater ! La suite ne sera que meilleure ;)
Joyeuses fêtes ! A très bientôt ;)
