Petite suite ^^


Chicago, Illinois. 28 août 2012, 22h45.

Lilly se trouvait toujours assise sur sa chaise. Elle se passa rapidement la main sur le front et soupira. Dave sortit de son bureau avec John. Ils se lancèrent un rapide regard.

- Je crois que pour aujourd'hui, on peut s'arrêter, lança Dave.

- Mais… Commença Lilly.

- Lil, il est bientôt 23h, fit John…

La jeune femme capitula sous le regard plus qu'étonné de Dave. Il ne pensait pas que la jeune femme puisse obéir aussi facilement à son ancien chef. Carol se leva en même temps que Lilly et elles se dirigèrent vers la sortie. Une fois dehors, Cathy proposa de raccompagner la jeune femme chez elle. Elle accepta. Avant de monter dans la voiture, le portable de Lilly sonna, elle répondit à Kat, sans s'occuper de Cathy, qui avait ouvert sa fenêtre pour laisser passer un peu l'air frais.

- Je venais aux nouvelles, Lil…

- Il est bientôt 23h, et je rentre chez moi…

- Pas de nouveau ?

- Non, Emilia travaille, Jack aussi. Bref, on aura notre explication demain… Et de votre côté ?

- Je suis chez moi, je m'ennuie… Curtis a emmené les filles à une fête, et il joue au chaperon.

- Ah oui ? Je pensais que Curtis et toi…

- Nous sommes restés…

- Amis… oui je sais tu me l'as dit ! Continua t'elle avec un petit sourire énigmatique.

- Ca va ? Demanda Kat sur un ton sérieux.

- Oui, pourquoi ?

- Lil, arrête… Ces derniers jours…

- Ca va, Scotty ?

Elle se mordit les lèvres pour avoir posé la question sans réfléchir.

- Je te laisse deviner l'état dans lequel il est…

- Je…

- Pourquoi ne pas avoir mis vos différends de côté, au moins…

- Ca ne te regarde pas Kat ! C'est une affaire entre lui et moi ! J'en reviens pas qu'il t'ait parlé de Jack…

- Il ne m'a rien dit du tout Lilly. Permets-moi de te rappeler que c'est toi qui me l'as dit…

- Je…

- Vous souffrez tellement tous les 2, que vous oubliez l'essentiel… Il t'aime Lilly, il est perdu, il… C'est toi qui es partie Lil… Pas lui… C'est…

- Je ne pouvais pas rester à Philly, Kat… Je…

Lilly chassa rapidement les larmes qui lui montaient aux yeux. Non, elle ne craquerait pas ! Elle ne céderait pas à cette faiblesse. Elle ne voulait plus souffrir, elle voulait vivre.

- Je refais ma vie, Kat. Et s'il n'arrive pas à le comprendre, on n'y peut rien…

Elles raccrochèrent quelques secondes plus tard. Lilly prit un temps et monta dans la voiture. Elle avait remarqué les fenêtres ouvertes, et apprécia que Cathy ne lui pose aucune question. Elle se doutait que la jeune femme avait assisté à la conversation.

Cathy se taisait, elle regardait de temps à autre sa voisine de droite qui était toute aussi silencieuse. Cathy ne tint plus, voir Lilly aussi renfermée l'énervait, elle décida donc d'embrayer sur l'enquête, sachant que sa collègue parlerait.

- Tu sais que le chef nous envoie parler à Jack demain, ça ira Lilly ?

- Oui, ça ira Cathy. Le boulot, c'est le boulot, ma vie, c'est ma vie… Je sais faire la part des choses ! Se vexa alors Lilly.

- Hey attends, je n'ai jamais dit que…

- Ce genre d'allusions, évite-les s'il te plaît… Je n'ai pas besoin qu'on surveille mes faits et gestes…

- Lilly, qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien… Enfin si, mais j'ai juste envie d'oublier… Je n'ai pas envie d'en parler. Ce n'est pas contre toi, mais, il y a des choses…

- Attends, Lilly, je comprends… On a chacun nos secrets, et je ne te demande pas de me dévoiler ce que tu essaies d'oublier, mais ça fait un peu plus de 2 ans que nous travaillons ensemble, et je ne t'ai jamais encore vu si démunie… Je me doute que tu as vécu à Philadelphie, et je ne te demande pas de comptes. Mais je vois bien que tu as souffert Lilly, et que si tu ressens le besoin de parler, ou juste le besoin d'une présence, n'hésite pas…

L'inspectrice blonde se contenta de lancer un timide sourire à sa collègue. Elle dû admettre que la présence d'une épaule féminine lui manquait. Elle avait volontairement coupé plus ou moins les ponts avec Kat, et s'en mordait les doigts. Comment pouvait-elle recommencer sa vie, sans aide, ici à Chicago ? Elle se rendait à l'évidence, même si Jack lui avait apporté une forme d'aide, elle savait au plus profond d'elle-même qu'il n'y avait aucun sentiment entre eux, du moins pour elle. Elle avait accepté cette situation confortable, et au moins… Elle ne rentrait plus seule le soir… Mais était-ce ça la solution ? Rester avec quelqu'un qu'on apprécie juste comme ça ? Tout en réfléchissant, elle avait joué instinctivement avec la petite chaîne qui était autour de son cou. Elle ne s'en séparait jamais. Une simple médaille y pendait sans graphisme, juste une inscription assez petite, mais significative : aug. 09 – sept. 09. Personne n'avait jamais fait d'allusion à ce bijou, mais à cet instant Cathy s'aperçut que sa collègue jouait avec nerveusement. Lilly avait acheté la chaîne et la médaille en vue de faire une surprise à Scotty. Sa famille étant très catholique, elle pensait accepter que leur fille se fasse baptisée, seulement, elle n'avait pas encore fait graver la médaille. Ce n'est que lorsque ce triste jour arriva, que sans mot, elle avait décidé de garder ce symbole pour elle, en souvenir de sa fille, elle avait fait adapter la petite chaîne à la taille de son cou, et depuis la portait nuit et jour.

Une fois chez elle, elle partit à la recherche de son chat. Elle le trouva comme à son habitude, allongé sur l'oreiller juste à côté du sien. Elle s'allongea alors à côté de son compagnon, et posa une main sur son félin, qui aussitôt leva la tête et lui offrit une caresse réconfortante avec un petit coup de langue. Lilly s'endormit un peu plus tard. Elle se réveilla le lendemain, avec une sensation de bourdonnement dans sa tête. Elle se leva, se dirigea vers la cuisine, et voyant encore les vestiges de la boîte de céréales au sol, elle ramassa le tout. Une fois fini, elle sortit un tube de son placard, un verre et prit 2 cachés d'aspirine en avalant son verre d'eau d'une traite. Elle regarda la petite pendule qui trônait au-dessus de sa porte de cuisine : 3h45. Ca recommençait. L'année d'avant déjà, à cette même période, elle avait traversé une période d'insomnies. 3 semaines à ne vouloir qu'une seule chose : oublier. Elle alla dans son salon, s'assit à sa table et au passage avait ouvert un petit placard et en avait sorti une pochette en carton bleue fermée par 2 élastiques verts. Elle l'ouvrit et en sorti une petite feuille qu'elle relut.

A Chris…

Je n'ai que toi vers qui me retourner, et… Je ne sais même pas où tu es ? Te souviens-tu des jours heureux ? Te souviens-tu du bonheur ? Pourquoi sommes-nous malheureuses dans la famille Rush ? Maman, toi, moi… Maman n'est plus là, mais en étant malheureuse, elle avait des moments de bonheurs, du moins faisait-elle tout pour en avoir ! Il ne me reste que toi Chris, et je t'ai virée de ma vie… Oui, c'est vrai tu es une vraie irresponsable, mais peut-être est-ce ta façon de me dire que tu as besoin de moi. A une période de ma vie, je ne vivais que pour toi… Je l'avoue… Je ne supportais ma vie que par ta seule présence, et celle d'un ami qui m'est cher, mais qui s'est aussi éloigné de moi… Voilà, c'est ça, je fais fuir toutes les personnes qui passent dans ma vie, et qui s'intéressent vraiment à moi. Papa, maman, toi, Ray… Mais je ne suis pas mieux… Je fuis aussi les autres… Toi, Ray… Scotty. Pourtant… Je n'aime pas voir souffrir ceux que j'aime par ma faute. Je n'aime pas le fait de t'avoir fait fuir. Ce n'est pas mon rôle de sœur… De grande sœur. Pourtant, tu serais fière de moi Chris… Enfin… tu l'aurais été à un moment. J'avais enfin trouvé le moyen d'être heureuse et de le garder ce bonheur… Mais la « malédiction » Rush a encore frappé. Mon bonheur, je le devais à Scotty et au magnifique cadeau de son amour : Julia. Ta sœur était heureuse… Ta sœur vivait sa vie pleinement et croquais dedans à pleines dents… Ta sœur aimait, et était aimée en retour… Ta sœur voulait te pardonner, et voulait essayer de te retrouver… Ta sœur t'aime… Même si j'ai essayé de me convaincre du contraire… Tu fais partie de ma vie…

Lilly.

Elle replia soigneusement la petite feuille, et la glissa dans une enveloppe. Où l'enverrait-elle ? Elle y réfléchit pendant un court moment, puis rangea de nouveau l'enveloppe dans la pochette. Certainement, une chose qu'il lui faudrait régler quand elle irait mieux : retrouver sa sœur, et faire tomber une bonne fois pour toute le responsable de cette fraude à la carte bancaire, pour laquelle Christina Rush s'était enfuie. Lentement, elle s'assit sur son canapé, prit la petite couverture qui traînait dessus, s'allongea et s'enroula dedans. Elle leva une dernière fois les yeux vers l'heure de son magnétoscope : 4h53. Elle ferma les yeux et se rendormit.