Et voici la version finale de ce chapitre 21. Pas grand-chose qui change, me direz-vous, et vous auriez raison !
Toujours la dédicace à mes bordelais qui me manquent, bien sûr !
La croqueuse de Leveinards.
—On l'a échappé belle, grogna l'homme d'un air soulagé tandis qu'il portait un regard sur le paysage qui se portait devant lui, des cadavres à ses pieds.
Il porta un léger regard sur sa compagne qui sourit en hochant la tête, rappelant un Pokémon à elle. Ils seraient à Flocombe dans quelques jours, mais elle avait la conviction que les ennuis n'avaient pas fini de leur pleuvoir dessus. Elle dévisagea son compagnon qui perdait quelques couleurs et finit par s'écrouler à terre, livide.
—Merde ! jura la femme, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Il ne répondit pas, ayant sombré dans l'inconscience et elle jura de plus belle. On n'avait pas idée de s'évanouir dans un endroit aussi à découvert, on n'avait pas idée, surtout, d'être blessé et de ne rien dire, pensa-t-elle en voyant une flaque de sang chaud faire fondre la neige à l'endroit où l'homme était tombé.
Grommelant qu'elle détestait l'idée de devoir le déshabiller pour trouver sa blessure, elle sortit un poignard qu'elle avait fixé à une jarretière sur sa cuisse et commença à tailler les vêtements. La blessure était dans le dos et avait vraiment une sale tête. L'omoplate de son ami avait viré au violet, du pus suintait de la plaie et le sang coulait le long du dos, tachant les alentours. La femme jura encore plus fort. Ça faisait des jours qu'il souffrait et qu'il ne lui disait rien.
Elle lança une Pokéball sur le sol et, au Pokémon qui en sortit, elle ordonna de sécuriser la zone, puis elle attrapa une des Pokéballs de son compagnon de voyage. Le Pokémon majestueux qui en sortit grogna et se mit en position de défense alors qu'elle levait les yeux au ciel, essayant de retenir un mouvement de recul.
—On n'a pas le temps pour ça, s'il te plaît. Tu me détesteras après si tu veux, mais pour l'heure, j'essaye de sauver ton maître et j'ai besoin d'une source de chaleur. Tu ne voudrais pas venir te poster contre lui ?
Le Pokémon cessa de grogner et se déplaça jusque contre son maître, pour se blottir contre lui, le réchauffant doucement, tandis que la dresseuse s'emparait de son sac à dos trop chargé qu'elle vida. Il contenait, quelque part, un des poisons les plus efficaces de Ln(3), que Prof avait fini par détourner pour en faire un de leurs soins les plus apaisants. Il luttait contre toutes les infections, qu'elles soient dues à une blessure ou à une maladie. Avec un cri triomphal quand elle trouva la petite fiole, parmi plein d'autres choses totalement inutiles pour l'heure – mais pourquoi avait-elle pris une brosse à dents ? – elle s'empressa d'en verser quelques gouttes dans la bouche de son compagnon.
—Allez ducon, avale ! Avale !
Toussotant, crachotant, se réveillant enfin, le dresseur fusilla sa compagne du regard :
—Mais qu'est-ce…
—Ta gueule. Recouche-toi, tu es blessé. La zone est sécurisée, on repart dès que tu es d'attaque. On arrivera un peu en retard à Flocombe, mais l'essentiel c'est qu'on y arrive.
—Ne me donne pas d'ordre, je suis ton supérieur.
—Un supérieur avec une plaie purulente et sanguinolente. Tais-toi et dors.
Il sombra dans le sommeil, ne pouvant lutter davantage et elle s'éloigna, pour vérifier, tout de même, si son Pokémon avait bien fait son travail. La confiance n'excluait pas le contrôle. Une seule erreur pouvait tous les condamner et elle n'avait pas réellement envie de mourir dans l'immédiat.
La vaste demeure qui s'étendait à la vue du groupe de dresseurs souterrains n'était même pas descriptible par des mots. Psyko avait toujours naïvement pensé que le château d'Aura était immense, mais ce n'était rien face à cette vieille bâtisse en forme de E, pour Earth, s'étendait sur trois larges étages et c'est bouche bée que Sacha contempla les immenses fenêtres, ainsi que les membres de la Ligue qui faisaient des rondes sur les toits. D'où il était, il pouvait reconnaître Raiku, le spécialiste électrique, – comme quoi, il n'y avait vraiment que lui qui avait hérité d'un surnom ridicule – qui faisait sa ronde sur l'aile ouest du bâtiment. Psyko vit le spécialiste s'approcher de la personne avec qui il était en équipe et il fronça les sourcils en reconnaissant la blouse d'Aura de loin. Elle était pourtant une des fondateurs, elle n'avait rien à faire là-haut. Prof eut la même réaction.
—Tssss. Encore en train de faire la maligne, celle-là.
—Qui ça ? demanda Tyson en faisant se tourner vers lui Sacha et Prof.
Les deux amis échangèrent un long regard, se remémorant la discussion qu'ils avaient eue dans l'après-midi. Ils avaient réfléchi, surtout Prof, avant de décréter que Ln(3) avait eu raison sur toute la ligne. Ils avaient manqué de méfiance vis-à-vis du policier. Peut-être Régis s'était-il senti flatté par l'idée d'avoir réussi à séduire quelqu'un avec un jeu aussi simplet, toujours était-il qu'il avait singulièrement manqué de jugeote, pour quelqu'un faisant partie de la tête pensante de la Ligue Souterraine. Il était évident qu'on n'en demandait pas tant à Psyko – il était bête, quand il ne combattait pas. C'était bien connu – ou encore à Drake – lui il était bête, tout le temps. C'était à se demander s'il le faisait pas exprès, d'ailleurs – mais un Élémental était censé être un minimum réfléchi. Ça embêtait sacrément Régis d'avoir été rappelé à l'ordre par une simple conscrite, même si c'était Ln(3). Il valait peut-être mieux que ce soit elle que Psyko qui l'ait remis à sa place ou pire, que Neko.
Régis eut un pincement au cœur en réalisant que Neko était morte et que plus jamais il ne la verrait débarquer dans un de ses cours et s'installer au premier rang pour croiser et décroiser les jambes, suçotant un stylo de cette façon si indécente que ça le mettait clairement mal à l'aise. Il réalisa que plus jamais il ne pourrait céder à ses avances, comme ça avait dû arriver une fois – peut-être deux, mais guère plus – et mine de rien, ça allait lui manquer, de faire réparer la fenêtre de sa chambre.
Sacha fronça les sourcils en voyant la lueur de tristesse s'allumer dans le regard de Prof. Il passa une main sur l'épaule de son ami avant de lui chuchoter au creux de l'oreille qu'il était inquiet pour lui. Régis secoua la tête.
—Artik me tuerait, s'il savait, sourit Prof. Ça aurait pu me faire une bonne vengeance, qu'il sache que malgré ses miroirs partout, Neko venait quand même me rendre visite dans mon lit de temps en temps.
Sacha sentit sa main se crisper sur l'épaule de Régis mais il desserra rapidement sa prise. L'évocation de son meilleur ami de Ligue était toujours aussi douloureuse. Il sentit la petite patte de Pikachu tirer sur son pantalon et il donna un coup de coude à l'Élémental, désignant le policier qui observait la bâtisse d'un air hagard. Prof hocha la tête vers Pikachu, qui courut dans la neige qui les glaçait jusqu'à mi mollets, afin de se diriger vers le Mystherbe de Ln(3).
Les deux amis d'enfance savaient de source sûre que la spécialiste des poisons en avait un qui agissait sur la mémoire. Même si Ln(3) avait montré des signes d'hostilité envers Tyson, le temps passé avec lui pour rejoindre Flocombe avait semble-t-il fait disparaître les pulsions meurtrières de l'ingénieure. Prof avait donc décidé avec elle et Psyko de lui confier Tyson, pour l'escorter de nouveau un jour de marche plus loin, afin qu'elle lui octroie une dose de son poison, lui effaçant ainsi la mémoire.
Drake avait protesté. Ce n'était pas normal qu'une telle mission ne lui revienne pas à lui, il avait besoin de se dégourdir les jambes et aller faire exploser un ou deux bâtiments ne lui auraient pas fait de mal. C'était Levrette qui s'était opposée à son maître en lui expliquant calmement qu'il fallait un minimum de discrétion dans la situation actuelle et qu'hormis Prof, seule Ln(3) avait la furtivité requise, bien qu'elle fût pourtant bien loin d'être la dernière à mettre le bazar partout.
Ln(3) comprit parfaitement le message juste à voir Pikachu arriver près d'elle et elle tourna les yeux vers Prof, hochant doucement la tête. Elle s'approcha des deux amis, passa devant eux et posa une main légère sur l'épaule du policier et lui offrit un sourire poli, avant de lancer :
—Viens, Tyson, on s'en va. Je vais t'escorter à la ville précédente.
Sans plus de cérémonie, après de rapides salutations, Tyson suivit Ln(3) et Mystherbe, sans se retourner, alors que Levrette s'éclaircissait la gorge.
—Je vais vous laisser aussi, murmura-t-elle. Maintenant que Prof est arrivé à bon port, je vais m'en…
—Hors de question, tranchèrent les trois garçons en même temps.
Levrette écarquilla des yeux étonnés et les dévisagea tour à tour, guettant une réponse.
—T'es une des nôtres, justifia Psyko. Tu restes.
—On aura besoin de toutes les forces nécessaires pour lutter, enchaîna Régis en haussant les épaules.
—Je veux pas qu'il soit dit que mon élève a laissé passer des occasions de tout faire péter avec l'autorisation des Élémentaux, justifia Drake en retournant une lèvre boudeuse.
Prof se retourna vers l'Ancien d'un air dépité.
—As-tu une autre passion dans la vie que tout faire exploser ?
La question rhétorique n'appelait pas de réponse, pourtant Drake se para d'un immense sourire, avant de rétorquer que sa deuxième passion, c'était manger et que la troisième c'était dormir.
—Mais l'idéal serait de pouvoir faire les trois en même temps, acheva-t-il comme perdu dans ses pensées. Mais comment pourrai-je profiter pleinement d'une explosion majestueuse si je suis en train de dormir ? Ou alors, il faudrait que je m'endorme pendant le final de l'explosion, mais…
Levrette fit signe à Prof et Psyko d'ignorer son formateur en lui assénant une baffe sur l'arrière du crâne et ils commencèrent à s'avancer vers le bâtiment, laissant Drake monologuer tout seul. Pikachu, sur l'épaule de Sacha, regardait le spécialiste des dragons comme s'il était complètement fou. Levrette, encadrée des deux autres dresseurs, tourna la tête à droite pour examiner le profil de l'Élémental, se mordillant les lèvres.
—Prof… T'es sûr que ça ne posera pas de problème, que je vienne ?
—Je t'imposerai. On a peu d'alliés, on règlera nos tensions internes plus tard. Surtout que Combo est enfermé dans nos cachots. Si on le protège, on doit pouvoir te réintégrer, quitte à ce que ce soit temporaire.
Levrette, qui avait eu un vent d'espoir, baissa la tête, déçue. Régis leva les yeux au ciel alors que Psyko grimaçait légèrement. Il n'aimait pas l'idée que Levrette doive quitter la Ligue, comme ça. Elle avait encore eu de la chance d'éviter de passer dans les cachots d'Aura, cette folle sadique lui aurait sûrement brisé l'esprit, comme elle l'avait fait avec Sacha avant qu'il ne réagisse enfin.
Régis passa devant les deux autres, alors que Drake les rattrapait en hurlant qu'il ne voulait pas être exclu, et l'ensemble du groupe se tut en entrant dans le hall de la vaste demeure.
Si de l'extérieur, elle paraissait d'un calme presque surréaliste, à l'intérieur, des gens couraient en tout sens, s'échangeant des informations, circulant et slalomant entre des cartons de vivres et d'armes qui étaient arrivés de la réserve personnelle d'Aura – c'était peut-être la seule chose pour laquelle Prof avait du respect pour cette garce. Elle pouvait se procurer n'importe quoi – au téléphone, cherchant à glaner des informations auprès de leurs contacts.
Sacha sourit en s'écartant pour laisser Ange passer sur le dos de son Altaria, transportant un dossier assez épais, suivie de près par Stup, qui s'arrêta brutalement devant Sacha.
—Psykokwak, elle est où la folle qui me sert de formatrice ?
—Elle est morte, trancha Prof d'une voix ferme et forte, afin que tout le monde autour d'eux les entende.
Comme ça, Psyko n'aurait pas à se répéter encore et encore, comme il avait dû le faire pour Hydro. La dizaine de personnes présentes cessa de s'affairer et Galerne, vêtu de sa blouse d'Élémental, s'approcha de Prof, posant un visage inquiet sur son collègue de chaire.
—Et Artik ? Et mon dernier élève ?
—Mort aussi, soupira Psyko en réussissant à contenir sa tristesse.
Cash, dont le visage était dissimulé sous une cagoule, sans doute revenait-il d'un casse juteux comme en témoignait les valises pleines qu'il traînait derrière lui, s'approcha de Psyko et le secoua fortement.
—Comment ça, Neko est morte ? Tu plaisantes, j'espère ?
Psyko secoua doucement la tête.
—Non. Je suis désolé, c'était ta sœur aînée et…
—Non mais ça, je m'en fous, coupa Cash, elle me devait du fric ! Rah, j'y crois pas, quoi. Quelle pute, elle savait que j'allais réussir à braquer la banque centrale sans avoir un seul Pokémon furtif avec moi, alors elle a décidé de mourir pour pas me filer le Diamant de Sinnoh, cette pure merveille avec laquelle elle me nargue. Je savais que je ne devais pas faire confiance à une voleuse !
Prof poussa un long soupir dépité, alors que Drake éclatait de rire face à l'air halluciné de Psyko.
—Tu portes bien ton surnom, toi, commenta Galerne. Prof, viens avec moi, puisque tous les Élémentaux sont là, on va pouvoir commencer nos délibérations.
Sacha abandonna vite Drake et Levrette pour aller faire le tour de la propriété, afin d'analyser son environnement. Ce château était la propriété d'Earth, mais elle l'avait légué de bon cœur à la Ligue Souterraine afin d'en faire un autre quartier général. C'était Drake qui avait trouvé celui d'Hoenn, cet entrepôt désaffecté. Et celui de Kanto, c'était le laboratoire de Prof. Personne, ici, ne savait que Ln(3) avait fait creuser un laboratoire et seuls ses amis liguiens bénéficiaient de ses savoureuses inventions.
Un sourire aux lèvres en se souvenant de cette invention magique qui avait permis, grâce aux pouvoirs des Pokémons de Neko, de réveiller Artik en pleine nuit alors qu'il revenait de trois jours de chasse à l'homme et qu'il dormait profondément, Psyko rejoignit la cuisine, pour voir plusieurs personnes s'y affairer. Sans doute des employés d'Aura. Les odeurs montant jusqu'à son nez firent gargouiller son ventre, alors qu'il se rappelait depuis combien de temps il n'avait pas mangé un bon repas chaud.
Se fustigeant sous les yeux effarés de Pikachu qui se demandait sincèrement pourquoi son meilleur ami ne pensait qu'avec son estomac ou son sexe – quand c'était pas les deux en même temps – Sacha fit demi-tour et sortit de la cuisine.
Comment allait se dérouler la suite des événements ? Il était à la fois perdu, inquiet et excité. Il avait là la garantie de combats à couper le souffle, des combats pour la vie, des combats comme il en avait vécu plein et comme il voudrait toujours en vivre. Ça ravivait cette flamme dans ses yeux et dans son ventre, celle qu'il possédait depuis qu'il connaissait l'existence de la Ligue Souterraine. Cette année n'aurait pas été bien brillante, niveaux combats, vu les quelques qu'il avait menés de ci et de là, tandis qu'il parcourait les différentes régions du pays avec Ondine et Flora. Il n'aurait jamais pu s'éclater un maximum et maintenir Ondine loin de la menace qui planait sur elle, c'était strictement impossible.
Il était inquiet, aussi, pour son entourage extérieur à la Ligue. Aurore – bien qu'il n'ait eu aucune nouvelle d'elle depuis un long moment –, Flora et son enfant, Drew, Max, sa mère, le professeur Chen et bien entendu Ondine. Tous ceux-là étaient impliqués, d'une façon ou d'une autre, dans cette sordide histoire et ils auraient forcément des ennuis, si la Ligue Souterraine venait à mener une guérilla contre le gouvernement. Il ne pourrait s'empêcher de penser à eux, se demandant s'ils allaient bien, s'ils supportaient la pression qui pesait sur leurs épaules. Parce qu'ils devaient en avoir.
Comment Drew et Flora comptaient-ils appeler leur fils ? Serait-il présent pour la naissance de l'enfant ? Pourrait-il assister au mariage de sa meilleure amie ? Lui en voulait-elle ? Sacha avait envie de se jeter sur le téléphone pour appeler Flora et lui demander si elle allait bien, avoir des nouvelles, en donner aussi. Mais il ne le pouvait pas. Et puis après tout, pour faire quoi ?
Ondine. Sitôt leur relation entamée qu'ils enchaînaient les galères. Ça faisait cinq ans qu'il attendait ce moment et au lieu de pouvoir profiter de la chaleur du retour des sentiments, il était obligé de fuir pour protéger sa vie. Sa vie à elle, s'entendait, la sienne, il n'en avait pas grand-chose à faire, s'il pouvait mourir dans un beau combat et faire très mal à son adversaire au passage.
Son esprit était également perdu parce qu'il n'entendait rien à la géopolitique et toutes ces choses si complexes qu'elles en étaient totalement aberrantes pour lui. Comment pouvait-il se préoccuper de savoir si tel politicien avait dit telle chose, si tel parti avait gagné les élections, alors qu'il y avait tant de combats extraordinaires à mener ? Il avait toujours pensé que la politique n'interviendrait jamais dans sa vie et qu'il valait mieux laisser ceux qui y comprenaient quelque chose s'en charger.
Et la guerre. Qu'est-ce que c'était une guerre ? Il n'y en avait pas eu sur le sol du pays depuis tellement de dizaines d'années que personne, dans la population, pouvait prétendre la connaître, à part bien entendu les militaires de carrière qui étaient envoyés à l'étranger. Est-ce que c'était si horrible que ça ? Allait-il voir d'autres gens mourir devant lui, des gens à qui il tenait, des parfaits inconnus ? Non pas que tuer lui faisait peur, bien au contraire, il prenait un pied monstrueusement ignoble, lorsqu'il sentait qu'une vie était entre ses mains, qu'il pouvait la trancher d'un seul coup de lame.
Psyko passa sa langue sur ses lèvres en se souvenant de ses deux dernières victimes, les policiers que Ln(3) lui avait désignés. Les pauvres n'avaient sans doute même pas eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait. Pikachu, sur l'épaule de Sacha, lui tapota sur la tête pour le faire sortir de ses pensées. Il atteignait une pièce encore en chantier, comme en témoignait le Charpenti de Prof – comment était-il arrivé là ? – qui s'attelait déjà à la tâche, aidant du mieux qu'il pouvait à terminer la pièce.
Sacha s'écarta pour laisser le Pokémon passer puis il remarqua une jeune femme qui marchait en regardant fixement le plafond, la bouche entrouverte, captivée par quelque chose. Levant la tête, Sacha fronça les sourcils, il n'y avait strictement rien à regarder sur ce foutu plafond. Il reporta son regard sur Inu, observant sa longue jupe en coton et ses tongs, son regard remonta sur le tee-shirt sans forme de cette fille immense, brune, avant de crier, sans faire attention au fait qu'elle avait ses écouteurs vissés sur les oreilles :
—Inu ! ATTENTION À LA POUTRE !
Elle ne l'entendit pas et Psyko ferma les yeux pour ne pas assister à la rencontre entre la poutre que portait le Charpenti de Prof et la tête d'Inu. Cependant, n'entendant pas le bruit du choc, il rouvrit les paupières. Inu allait bien. Elle avait évité la poutre en se penchant pour refaire son lacet. Quelle foutue chanceuse, cette fille.
Lorsqu'elle releva la tête et croisa le regard de Psyko, elle retira ses écouteurs et s'approcha de lui d'un pas guilleret, et fit un petit bond sur elle-même quand elle arriva près du garçon au Pikachu. Elle lui offrit un grand sourire.
—Bonjour Psykokwak. Tu savais que ton surnom était rigolo et ridicule ? T'as vu, ça commence par le même son, ri ! J'aime bien les mots en ri mais eux, ils ne m'aiment pas. Tu vas bien ?
Pikachu soupira et monta sur l'épaule de son dresseur, s'appuyant sur sa casquette pour ne être déséquilibré. Le meilleur ami de Sacha se défiait d'Inu. Elle était bizarre et pensait d'une drôle de façon. Psyko l'adorait, il la trouvait marrante, mais Pikachu avait du mal à croire qu'elle pouvait vraiment être d'une quelconque utilité. D'ailleurs, tout le monde, Neko et Psyko mis à part – ainsi que Ln(3) qui utilisait Inu pour faire des expériences bizarres – était d'accord avec cette phrase : Inu était la dresseuse la plus inutile de la Ligue Souterraine. Elle était arrivée par hasard six pieds sous terre en cherchant des champignons, avait battu personne ne savait comment Benzine à l'aide d'un Rondoudou muet et elle avait réussi à survivre suffisamment longtemps pour passer Ancienne dans le courant de l'année suivante. Sacha sourit et hocha la tête, demandant à la jeune femme comment elle allait, elle.
—Moi je vais bien. Je viens de constater que le mot rien, on dit souvent que je sers à rien, pouvait être deux mots. Rit. Et hein. Du coup, je suis drôle et surprenante. Donc le rit-hein se justifie. Où est Neko ? Je ne l'ai pas encore vue et j'aimerais lui faire part de ma découverte.
—Elle est morte, intervint une voix derrière Sacha.
Il se retourna pour tomber nez à nez avec Aura qui ne le gratifia ni d'un regard ni d'un sourire, pour dévisager Inu comme on regarderait un insecte écrasé sur une vitre, ce regard dont elle fusillait la moitié des dresseurs souterrains. Inu ne parut même pas remarquer Aura et se contenta de jeter un regard pensif à Sacha.
—Je vois. Elle viendra plus tard, alors. Je vais vous laisser. J'ai senti une tarte au chocolat, dans la cuisine. Je vais aller la jeter, ce n'est vraiment pas comestible, le chocolat.
Inu repartit en sautillant d'où elle était venue, laissant Psyko et Aura face à face. Le dresseur s'éloigna un peu alors que Pikachu se redressait, tendu. Elle se détourna et s'approcha de la fenêtre dont les carreaux n'étaient pas encore posés et frissonna en sentant le froid la pénétrer. Sacha s'approcha d'elle en l'entendant murmurer.
—Ainsi, tu es finalement mort, Cédric. Quel dommage…
S'éclaircissant la gorge, Sacha posa une main sur l'épaule d'Aura.
—C'est la première fois que tu me touches d'une façon si intime de ton plein gré, Psyko. Est-ce parce que tu as enfin réussi à avoir l'amour de ta Championne ?
Sacha retira sa main de l'épaule d'Aura mais se rapprocha, un léger sourire aux lèvres, pour s'appuyer contre le mur près de la fenêtre et encadrer la dresseuse souterraine de ses mains.
—Je ne pense pas, répondit-il. Vous n'avez rien à voir et je ne vous confonds pas. Disons que c'est ma façon de te remercier de m'avoir sauvé la vie.
—De la pitié, maintenant, cracha Aura de son habituelle voix autoritaire. Je n'en ai pas besoin, notre année n'est pas encore finie. Les défis sont peut-être suspendus le temps qu'on soit en guerre, mais je ne compte pas mourir durant cette période. Ta pouffiasse n'est pas encore en sécurité, Psyko.
Psyko soupira.
—Et voilà ce qu'on gagne à essayer d'être gentil. Des insultes et des menaces. Pourquoi est-ce que je m'entête avec toi ? Ne t'approche pas d'elle, Aura. Si tu la touches, même par erreur, au détour d'une rue, je te jure que je t'égorgerai lentement, en savourant chaque goutte de ton sang qui s'écrasera sur le sol et je cracherai sur ton cadavre avant de l'offrir en pâture à des Cornèbres.
Il fit une pause et Aura et lui échangèrent un léger sourire.
—Maintenant qu'on a fini les politesses, continua Psyko, tu peux me dire ce qu'il se passe, là-haut ?
—Je n'en sais rien, c'est une réunion Élémentaire. Au cas où tu aurais oublié, je ne suis pas une Élémentale. Par contre, sais-tu où je pourrais trouver Cyclik et Étincelle ?
Sacha haussa les épaules.
—Sans doute avec Attila, dans la salle visio.
—Merci. La réunion Élémentaire devrait se terminer dans deux heures, il faudra donc qu'on aille dans l'aile droite. Il y a un amphithéâtre de réunion là-bas. À tout à l'heure.
Aura se détourna, comme à son habitude, dans un mouvement élégant et un peu sec, laissant Psyko et Pikachu seuls.
Toute cette histoire allait mal tourner. Il se détourna de la fenêtre à son tour pour sortir dans le jardin et, transi de froid, il s'assit sur les marches devant l'entrée principale. C'était encore un sacré bordel qui s'annonçait. Le problème était qu'il ne pouvait pas réellement souhaiter la mort d'Aura dans les affrontements inévitables qu'ils allaient vivre parce qu'elle était actuellement une alliée.
Prof en avait connu, des réunions barbantes, en tant que professeur, mais celle-ci était de loin la pire. Qui aurait crû que la paperasserie de la Ligue Souterraine était encore pire que le système administratif public ? Galerne, les bras croisés en bout de table, secouait la tête d'un air atterré devant les prises de position sages et sensées de Fire, qui, ayant déchaussé ses lunettes pour les nettoyer, exposait son point de vue de façon calme et argumentée, d'une voix plate mais pourtant pleine d'envie de convaincre les autres Élémentaux de se ranger à son avis.
Fire, du haut de sa sagesse, exprimait de façon claire que même si la guerre avec le gouvernement était inévitable, il fallait éviter tant que possible d'entrer en conflit direct, pour éviter de faire des victimes, tant parmi leurs rangs, que parmi les civils et les militaires, car ce serait un suicide politique. Il leva la main pour contrer Earth qui allait sûrement dire que l'heure n'était plus à la négociation, pour affirmer, toujours de cette voix égale, que pour l'instant, l'heure n'était pas à la négociation et que si les choses se tassaient, s'ils se contentaient de repousser les militaires loin d'ici, sans commettre de meurtres, la situation finirait par se décanter d'elle-même.
Pourtant, Régis n'était pas totalement d'accord avec cet avis, et Aqua, plus avisé que les autres sous ses airs revêches, demanda s'il n'était pas plus simple de livrer Combo plutôt que de le protéger dans les cachots de Flocombe. Les quatre autres Élémentaux secouèrent la tête. C'était une option tentante et logique, mais non seulement elle ne suffirait pas au gouvernement, qui avait accumulé au fil des ans assez de méfaits pour faire condamner l'ensemble des membres de la Ligue pour une dizaine d'années, mais en plus, Aura ne tolèrerait pas que son frère aîné soit condamné à mort et gérer deux fronts à la fois était strictement impossible.
Prof soupira, alors qu'un silence s'installait. La solution de Fire était de loin la plus cohérente. Ne faire que se défendre, envoyer des équipes pour repousser les attaques, gérer les fronts loin de Flocombe, créer des zones de diversion, également, pour mener ces bâtards de militaires sur des fausses pistes.
—Comment ils ont fait ? grommela Régis.
—Comment ont-ils fait quoi ? demanda la seule femme, Earth, en passant une main dans ses cheveux pour replacer une mèche de son carré plongeant.
—Pour accumuler tant d'informations sur la Ligue.
Après avoir capté le regard appuyé des autres Élémentaux sur lui, Régis secoua la tête.
—D'accord, Artik, Levrette, Psyko et Ln(3) ne sont pas d'une discrétion brillante. Quoique ce soit étonnant, Neko et Drake ont su se tenir à carreaux un maximum, ils font beaucoup moins parler d'eux que les premiers. Mais ça n'explique pas que l'armée ait récupéré des informations antérieures à leur arrivée.
—Que veux-tu dire ? demanda Galerne en fronçant les sourcils.
—Ça paraît évident, ricana Fire. Il y a un traître dans la Ligue Souterraine.
Un nouveau silence plana sur la salle de réunion, seulement brisé par le petit grincement du fauteuil d'Aqua, qui tournait sur lui-même pour réfléchir. Plusieurs minutes s'écoulèrent, durant lesquelles chacun d'eux réfléchissait. Prof se demandait sincèrement s'il devait parler de ses soupçons, ceux qui avaient commencé à s'élever durant son voyage jusqu'à Flocombe. Il n'avait pas osé en parler à Psyko, ce dernier ne comprendrait pas comment on pouvait soupçonner un de ses amis de trahison. Cependant, il y avait des gestes, des paroles, issus d'une spontanéité qui ne pouvait mentir qui intriguaient l'Élémental, qui l'inquiétaient même. Il ferma les yeux quand cette sorte d'évidence s'imposa à lui. Fire, à côté de lui, posa des yeux remplis de questionnement sur Prof.
—Tu as des inquiétudes dont tu souhaites nous faire part, Prof ?
Prof leva une main pour signifier que non, avant de dire :
—Non, rien de suffisamment concret pour l'instant. Je préfère avoir de quoi étayer mon argumentation avant de lancer des accusations en l'air. Très bien. Je pense qu'il est bien plus sage de s'atteler à la constitution des équipes. Qui se charge de quoi ?
—C'est évident, grogna Galerne. Prof, tu te charges de l'équipe médicale, Fire tu prends le contrôle des informations et de l'espionnage, Earth, tu prends en charge la défense, tes Pokémons sont sûrement les mieux placés pour ça, Aqua et moi, on se charge des attaques.
Tous les Élémentaux hochèrent la tête et Aqua leva la main pour prendre la parole. Il se leva et attrapa un feutre pour se tourner vers le tableau auquel il tournait jusqu'à présent le dos. Il traça cinq colonnes, au-dessus desquelles il inscrivit le nom de chaque section à présent formée.
—On est cinquante-cinq dresseurs souterrains, expliqua l'Élémental. Le mieux c'est que chacun d'entre nous prenne sous son commandement dix personnes.
—Moins, intervint Earth. Nous sommes moins. Neko, Artik et Lime sont morts. Éra et Split sont en chemin, mais connaissant l'inimitié qu'il y a entre eux, je doute sincèrement de les revoir en bon état. N'oublions pas non plus qu'il est strictement hors de question d'inclure Combo dans le lot. Psyko a massacré Harmonie en corps à corps et il est toujours dans le coma, j'ai eu des nouvelles par son garant.
—Sans oublier les deux imbéciles qui ont cru bon de mourir dans l'explosion de l'aile du château d'Aura, ajouta Galerne d'une voix sèche.
—Et sérieusement… Tu comptes Inu dans le lot ? intervint Régis d'une voix moqueuse.
Aqua leva les yeux au ciel.
—Très bien, nous sommes donc quarante-sept.
—Quarante-six, rectifia Prof. Tu as compté Inu.
—Elle peut être efficace, rétorqua Aqua en haussant la voix pour couvrir les ricanements des autres Élémentaux. La croqueuse de Leveinards pourrait même être celle qui nous sauvera tous de cette catastrophique guerre. Et franchement, Prof, c'est le Tadmorv qui dit à l'Avaltout qu'il pue. Tu veux qu'on reparle de l'utilité de Psyko dans la Ligue ? Il ne sert à rien, ce mec ! La seule chose qu'il a pour lui, c'est un gros pénis.
Comme électrisé, Régis se redressa pour toiser Aqua. Il n'avait jamais franchement apprécié cet Élémental, notamment parce qu'il détestait farouchement Sacha, même s'il n'avait jamais rien fait contre lui. Foudroyant le spécialiste aquatique des yeux, Régis protesta :
—Psykokwak a bien plus que ça de son côté, notamment une parfaite maîtrise de ses Pokémons, une capacité à se faire des alliés partout et également une impressionnante…
—…bite, coupa Aqua. Oui, on sait. Vos relations ont toujours été louches, de toute façon. Tu sais très bien que…
—STOP ! intervint Fire. Cette dispute est stérile et vous avez la même à chaque réunion Élémentaire depuis l'entrée de Prof au sein de notre conseil. Je doute qu'il soit utile de tergiverser à propos des dresseurs de la Ligue maintenant. Aqua, continue, je te prie. Prof, rassis-toi. Tu lui donnes raison en agissant de la sorte. Si tu veux prouver que Psyko a une valeur au sein de la Ligue – je ne le nie pas, loin de là, alors ne sois pas vindicatif – tu ne dois pas agir comme un imbécile. Concentrons-nous sur notre problème actuel.
Fire soupira et déchaussa une fois de plus ses lunettes pour les nettoyer une énième fois. Aqua et Prof cessèrent de se foudroyer du regard pour reporter leur attention sur le tableau afin de le remplir du nom de chaque dresseur.
Quand ce fut fini et que tous les dresseurs furent assignés à une équipe, Prof grimaça. Il avait réussi à faire mettre Ln(3) sous sa surveillance dans l'équipe médicale, arguant qu'elle avait de telles facultés avec les poisons qu'il était nécessaire qu'elle soit près de lui pour l'assister. Elle allait sûrement très mal réagir, préférant sans le moindre doute être sous les ordres de Fire aux informations – ce que Régis voulait éviter à tout prix – ou même être dans l'équipe de Psyko qui, lui, intégrait l'équipe des kamikazes. C'était justement la composition de cette équipe kamikaze qui le faisait grogner. Réunir dans la même Team, sous les ordres d'Attila, Psyko et Cyclik relevait du suicide, même si c'était ce qu'on attendait de la section kamikaze.
La rivalité que le plus vieil élève d'Attila s'évertuait à entretenir avec Psyko allait probablement leur attirer des ennuis. Il avait essayé de soulever ce point, mais les autres Élémentaux n'avaient pas prêté attention à sa revendication.
Régis se leva, suivant le mouvement des autres Élémentaux, afin de se rendre dans l'amphithéâtre pour dévoiler les nouvelles formations. Ça allait sûrement être très mal reçu.
Split se redressa douloureusement, son dos le lançant encore, avant de caresser la tête de Feunard et de lui dire qu'il avait fait du bon boulot, signe bien connu par le Pokémon qu'il pouvait se réfugier dans sa Pokéball. Éra darda sur son ancien maître un regard atterré.
—Reste couché, t'es pas encore assez remis pour qu'on se déplace. J'ai pas envie de crever à cause de toi, Split.
Le dresseur écarta les bras et se désigna dans un geste élégant, avant de sourire ironiquement à son élève.
—Même dans un état réduit, j'arriverais quand même à te botter le cul. On est encore loin ?
—Quelques heures de marche. Je pense que si on se bouge, on pourra y être avant…
Éra se tut et tourna des yeux inquiets dans une direction, d'où provenait un bruit qu'elle avait identifié comme étant le craquement d'une branche gelée sous une semelle. Split se dressa devant elle, lui faisant signe de s'occuper de l'arrière.
Pourtant, Éra en était sûre, ses Pokémons avaient tous fait en sorte de dresser de puissantes barrières, elle avait veillé en personne à ce qu'il n'y ait aucune faille dans la protection installée par Alakazam. Si quelqu'un avait réussi à forcer cette barrière, il aurait fallu qu'il soit d'une puissance phénoménale !
Split avait dû parvenir aux mêmes conclusions puisqu'il s'était tendu, faisant fi de son dos qui le lançait encore, sauvé de justesse d'une infection par une élève qui l'aurait bien laissé crever en temps normal. Fléchissant légèrement les genoux, avançant son pied droit, le dresseur concentra toute son attention sur ce qui n'allait pas tarder à lui faire face. Éra, elle, porta une main à sa ceinture de Pokéballs, prête à sortir l'artillerie lourde à tout instant, son Élecsprint ayant toujours eu une certaine passion pour la destruction de masse.
Chacun des deux dresseurs compta les secondes qui défilèrent, scrutant les arbres sans feuilles, les conifères dont les épines s'étaient alourdies de neige, guettant un nouveau bruit, une respiration qui n'appartenait pas à son partenaire. Après de longues minutes d'attente, Split dut se retenir de briser sa position, persuadé que sa camarade avait mal entendu. Il resta en place dans un accès de paranoïa et finalement, il soupira longuement.
—Ça sert à rien, il n'y a personne. Une branche sera tombée d'un arbre à cause du gel. Prends tes affaires, on y va.
Se détournant pour ramasser son sac, il incita d'un regard noir Éra à faire de même. Elle obéit avec un soupir et ils commencèrent à sillonner la neige, tandis qu'elle se retournait fréquemment. Elle restait certaine que ce n'était pas seulement la nature, qu'elle avait entendu.
Ils marchèrent longuement, Split décidant, dans un accès de sagesse bienvenu aux yeux de sa partenaire, de faire un détour, au cas où ils seraient suivis. Leur trajet, au lieu de durer trois heures, en dura trois de plus, et ils n'avaient même pas encore frôlé la frontière de Flocombe, donc encore moins la demeure d'Earth, où ils devaient être attendus de pied ferme.
La fatigue commençait à se faire sentir. Split se sentait lourd et faible, sans doute le contrecoup de cette infection à laquelle il avait réchappé de peu. Et, il devait bien l'admettre, il avait perdu l'habitude de marcher en pleine neige. Dans douze heures, s'il gérait bien leur rythme de croisière, ils auraient semé tout ennemi éventuel et ils seraient parvenus à destination. Il ralentit le pas, ayant une nouvelle baisse de forme et Éra se heurta à lui avant de pester :
—Bon dieu, Split, mais qu'est-ce que tu fous ? T'as pas l'impression que je suis un peu tendue et que tu viens de frôler la mort ?
—Ta gueule. J'ai encore mal.
—J'aurais dû te laisser crever sur place, trancha sa partenaire en enlevant son sac de ses épaules. On va faire une pause. Ça sert à rien que tu t'épuises, tu vas nous ralentir plus qu'autre chose.
Elle désigna un tronc d'arbre mort et creux.
—On peut se mettre là pour s'abriter un minimum. Une heure ou deux, le temps que tu te reposes, quoi.
Split hocha la tête et retira délicatement son sac de son dos, sa blessure le faisant bien plus souffrir que ses lombaires pourtant sollicitées par la lourde charge qu'il portait. Il s'agenouilla dans l'énorme souche, courbant les épaules pour pouvoir s'installer le moins inconfortablement possible. Il faisait vraiment froid, mais, dieu merci, il avait pensé à s'équiper en partant de sa planque.
Éra s'installa juste à côté de lui et soupira longuement en attrapant une barre de nourriture déshydratée dans son sac.
—C'est vraiment la poisse qu'on se retrouve à voyager ensemble, toi et moi. T'es le dernier que j'aurais choisi comme compagnon de route. J'aurais même préféré la croqueuse de Leveinards. Elle ne sert à rien en tant que dresseuse, mais elle a tellement de chance qu'on aurait pu arriver à Flo… à destination sans le moindre souci.
Un sourire ironique barra le visage buriné de Split.
—Ça m'étonnerait. Elle t'aurait étalée en combat. Nous, ça faisait déjà deux jours qu'on combattait quand on a reçu le taupimessage de suspension. Ça me tarde de revoir mon maître.
—Si c'est pas mignon, ça, couina Éra la bouche pleine. Tu sais que tu n'as aucune chance, avec Artik, quand même ?
—Trop drôle, s'exaspéra Split. J'ai une information de haute importance à lui donner, à propos de la personne qu'il m'a demandé de rechercher pour lui. Ça pourrait l'intéresser.
Éra ne répliqua pas, n'étant pas curieuse de savoir ce que Split pouvait avoir de si important à dire à son maître.
Artik avait expédié la formation de Split parce qu'il avait apparemment mieux à faire dans cette période. Ça coïncidait avec l'époque où Psykokwak était revenu de sa disparition inopinée, l'élève d'Artik avait manqué de chance. Le spécialiste plante avait lâché son élève pour se précipiter chez Prof, apprenant que Psykokwak était revenu et de là, il s'était passé quelque chose qui avait surpris tout le monde. Artik avait fait preuve d'humanité. Bon, pas envers ce pauvre Split qui avait passé trois jours dans une forêt à jouer tout seul à la chasse à l'homme, sans se rendre compte que sa cible avait disparu du champ de bataille désigné.
Éra sourit. De toute façon, pour Artik, Split n'avait pas la moindre importance. Tout le monde savait qu'il considérait que Neko avait été sa seule élève, sûrement à cause de ce qu'il s'était passé pendant la formation de la voleuse. Éra, qui était férue de potins, avait pris toutes les informations possibles sur ce qu'il s'était passé entre chaque membre de la Ligue. Artik et Neko l'avait tout particulièrement intéressée parce qu'elle trouvait qu'ils dégageaient la même chose. Elle avait voulu comprendre pourquoi. Elle n'avait jamais pu savoir ce qu'il s'était passé, durant le mois entier que Neko et son maître avaient passé en montagne, à la fin de la formation de Neko.
Elle ferma les yeux. De toute façon, tout cela n'avait pas la moindre importance pour elle. Le seul qui comptait vraiment, dans toute cette histoire, c'était Aqua.
Les grands champs enneigés qu'ils traversaient n'avaient strictement rien à voir avec les décors qu'ils avaient traversés à l'aller et Tyson, jeta un regard inquiet à la silhouette nerveuse de Ln(3), qui regardait dans tous les sens, comme semblant attendre quelque chose, dix mètres plus loin. Ils avaient fait une pause, Ln(3) affirmant qu'ils avaient besoin de se nourrir un peu et le policer avait rechigné à l'idée de partager sa nourriture avec l'habituée des poisons, qui semblait à tout prix vouloir l'empoisonner encore quelques heures auparavant, juste avant qu'ils n'atteignent Flocombe. Cependant, son estomac avait décidé qu'il fallait prendre le risque et il avait mangé. Encore en vie deux heures plus tard, quoiqu'un peu plus dans les vapes, engourdi par le froid, Mystherbe frissonnant près de lui mais ne le lâchant pas du regard, Tyson hésita à ouvrir la bouche.
L'ingénieure n'avait pas prononcé un mot depuis qu'ils étaient partis, hormis pour lui dire qu'ils allaient s'arrêter. Ne supportant plus le silence pesant, Tyson l'interpela :
—Qu'est-ce qu'on attend ?
Elle revint vers lui et s'installa dans la neige, prenant Mystherbe dans ses bras pour le réchauffer puis elle lui jeta un regard dur.
—Quelque chose qui ne devrait plus tarder à présent.
Elle se mura de nouveau dans un mutisme exaspérant et Tyson leva les yeux sur les nuages qui s'amoncelaient au-dessus d'eux. Une tempête de neige allait sûrement éclater dans le courant de la journée et leur tomber dessus. Il tenta de relancer la conversation, supportant mal le silence.
—Pourquoi est-ce vous n'avez jamais dit à Psyko la vérité au sujet de ce qu'il s'est passé ?
Ln(3) détourna les yeux puis les ferma.
—Ça ne te concerne pas.
Tyson ricana.
—Je sais. Mais je ne suis pas stupide. Vous allez me tuer, n'est-ce pas ? Après tout, le professeur n'est plus là pour vous en empêcher…
Ln(3) hocha la tête et le policier déglutit face au sourire carnassier, tandis que la voix de la dresseuse souterraine claquait dans l'air, comme le couperet d'une guillotine.
—T'as raison. La seule façon d'effacer la mémoire de quelqu'un, c'est de le tuer.
Un petit silence s'installa, durant lequel Ln(3) attrapa un paquet de cigarettes, le tendant à Tyson qui l'attrapa avec un petit sourire triste.
—La dernière cigarette du condamné, murmura-t-il.
—Faut pas que tu en veuilles à Prof, il n'y est pour rien, ignora Ln(3). Tiens, mon briquet marchera mieux que le tien, je l'ai vidé de son gaz pour éviter les échauffourées.
Tyson attrapa le briquet que Ln(3) lui tendait et il alluma sa cigarette, alors qu'elle reprenait.
—Tu sais, c'est pas contre toi. Mais c'est trop risqué de te laisser vivre. Tu pourrais parler à tes collègues flics, ou pire, tu pourrais en dire trop sur moi à Prof. Et ça, ce serait me conduire à l'échafaud.
—Ils ne comprendraient pas ?
Ln(3) secoua la tête et Tyson regarda les nuages.
—Je souhaite sincèrement que la Ligue Souterraine s'en sorte. Avec ou sans moi. J'aurais préféré avec mais… Visiblement, tu en as décidé ainsi, Cécile. Est-ce que tu peux répondre à ma question ? C'est la dernière volonté d'un condamné.
Ln(3) hocha la tête, signe qu'elle accordait cette ultime faveur à Tyson. Elle lui expliqua en détails pourquoi elle n'avait rien dit à Psyko et le policier sembla comprendre. Il termina sa cigarette en même que Ln(3) achevait son récit.
—Comment veux-tu que je leur explique que je leur mens depuis le début ? Ils sont mes ennemis, je ne peux pas faire autrement.
Elle consulta sa montre et leva la tête, souriant en voyant un Pokémon de type vol les survoler et se poser près d'eux. Attrapant un poison et un de ses poignards, elle se tourna vers le policier en lui souriant.
—As-tu quelque chose à dire, avant de mourir ?
Tyson secoua la tête et ferma les yeux. Il ne savait pas si c'était douloureux de mourir de la main de Ln(3). Mais il espéra, quand l'aiguillon s'enfonça dans sa carotide, que ce serait rapide. Il sentit ses yeux s'écarquiller, son corps se tétaniser et sa respiration se couper alors qu'il portait sur Ln(3) un dernier regard, souhaitant qu'elle trouve la paix et qu'elle sache se décider.
Il tomba raide mort et Ln(3) recracha sa dernière bouffée, jetant son mégot à côté du cadavre et se dirigeant vers le Pokémon vol qui l'attendait plus loin. Caressant doucement la serre du Rapasdepic qui lui faisait face, elle lança à la personne qui chevauchait l'animal :
—T'es en retard, bordel de merde.
Sautant à bas de son Pokémon, un homme âgé d'une cinquantaine d'années et vêtu d'un uniforme militaire fila une taloche sur l'arrière du crâne de l'ingénieure qui sourit.
—Salut P'pa. T'as l'air en forme pour un mort.
L'amphithéâtre de la demeure d'Earth grondait d'une rumeur sourde quand les Élémentaux entrèrent pour prendre place face à l'ensemble des dresseurs souterrains. Prof leva les yeux pour chercher Sacha du regard et il le trouva, entre Cash et Cyclik, à écouter d'une oreille distraite, le regard perdu sur Aura, le babillement incessant de l'autre élève d'Attila. Souriant de cette vision, Prof réclama le silence qui lui fut accordé trente secondes plus tard, puis il s'effaça pour laisser Aqua se mettre en avant. Le spécialiste aquatique s'éclaircit la gorge avant de se mettre à expliquer la situation, les décisions prises par les Élémentaux et Prof décrocha du discours insipide, laissant son regard se promener sur le reste de l'assemblée.
Drake semblait s'ennuyer et il caressait la Pokéball qu'il portait en pendentif sous sa forme réduite d'un air rêveur, et Prof, qui savait que la balle contenait Dracolosse, soupçonna quelques secondes le dresseur de rêver à de magiques explosions. Son regard dévia sur Levrette qui semblait anxieuse et jetait de fréquents regards aux Élémentaux, comme terrifiée à l'idée de croiser les yeux d'un des membres du conseil.
Prof hocha la tête d'un air convaincu quand il entendit son nom, n'ayant pas du tout suivi ce qu'il se passait et ce qu'Aqua demandait. Il jeta un petit regard à Earth qui leva un sourcil moqueur, le défiant de parader comme il pouvait pour ne pas montrer qu'il n'avait pas été attentif aux paroles ô combien passionnantes d'Aqua. Prof tenta de gagner du temps en s'éclaircissant la gorge et jamais il n'aurait cru qu'il bénirait autant un retardataire. La porte de l'amphithéâtre s'ouvrit sur Éra, qui semblait épuisée, terrorisée, sale et blessée.
Discrètement, Prof esquissa un sourire ravi qui arracha une moue blasée à Earth. Il s'en tirait bien.
—Excuse-moi, Aqua, je crois que le devoir m'appelle, dit Régis d'une voix joyeuse.
Voyant les œillades exaspérées des autres Élémentaux, il força le sourire à disparaître de son visage alors qu'il sautait à bas de l'estrade et remontait les marches de l'amphithéâtre. D'un signe de la main, il calma Psyko qui semblait vouloir se lever pour l'aider et il hocha la tête en direction d'Ange, qui, infirmière de sa profession, le rejoindrait juste après pour le soutenir dans les soins à donner.
La porte se referma alors qu'Aqua disait :
—Bon puisque Prof a trouvé une nouvelle occasion de se défiler… Pardon, je voulais dire…
Fire leva les yeux au ciel, prenant la parole d'une voix moqueuse :
—Tu as dit exactement ce que tu voulais dire, Aqua. Maintenant laisse-moi continuer. Mesdames, messieurs, la situation est grave. Certains d'entre vous n'ont sûrement pas suivi ce qu'il s'est passé ces dernières semaines et ont reçu l'ordre de suspension des défis et l'ordre de rapatriement vers Flocombe en plein milieu de planques. Alors voici un exposé concis de la situation : Combo a massacré l'entièreté d'une école primaire. Le gouvernement, peu enclin à la discussion, a décidé que la Ligue Souterraine était responsable de tout ça et… Oui, Aura ?
La sœur de Combo avait levé la main dans la ferme intention de prendre la parole.
—« Combo est soupçonné de… »… Je ne tolèrerai pas que quiconque accuse mon aîné sans preuve. Combo est probablement tout autant innocent que moi…
La voix sèche d'Aura s'éteignit sur le rire jaune de Psyko.
—C'est vrai que tu es modèle d'amour, de vertu et d'innocence, toi. Tu dis souvent à Artik de fermer sa gueule quand il l'ouvre un peu trop. Mais tu devrais appliquer ces conseils à toi-même avant toute chose.
—Je ne suis pas sûre de t'avoir demandé ton avis, Psykokwak, rétorqua Aura en se retournant vers Sacha, une moue satisfaite sur le visage quand elle acheva sa diatribe. D'autant plus que tu n'es pas non plus un exemple à suivre en matière d'innocence. Et… Parle au passé quand tu évoques Artik, il est mort et éparpillé…
Earth soupira. Ça recommençait. Comme toujours. Elle adorait la Ligue Souterraine, ce qu'elle y vivait, mais quand de telles disputes éclataient, que ce soit entre Élémentaux ou entre dresseurs, elle se demandait s'il ne serait pas plus sage pour elle de rendre sa blouse et son symbole, de déposer les armes au pieds d'une institution secrète qui aura usé sa patience jusqu'à la corde. Elle s'apprêta à intervenir quand Attila, deux places à côté de Psyko, haussa le ton :
—Bon ça suffit vous deux ! Ma fille est encore un bébé et pourtant, il y a plus de jugeote dans son doigt que dans l'ensemble de vos deux corps réunis ! Taisez-vous et laissez les Élémentaux faire le travail qui leur incombe ou quittez l'amphithéâtre, mais cessez de vous chamailler ainsi sur des points d'ordre privé !
La voix tonitruante du dresseur immense fit taire les deux belligérants tout autant qu'elle apaisa le murmure qui provenait des autres dresseurs. Earth le remercia du regard et s'apprêta à achever, mais Attila leva la main, signe qu'il avait encore une chose à dire :
—Psyko.
—Ou… Oui ? déglutit Sacha en se penchant pour pouvoir observer son maître.
—Je te punirai pour ton intervention. Elle ne correspond pas du tout à ce que je t'ai enseigné.
—Mais… Aïe.
Se recevant un coude dans les côtes de la part de Cyclik, Psyko changea la direction de sa phrase.
—D'accord.
—Vas-y, Earth, je pense que tout le monde est attentif à présent.
C'était rien de le dire. La sévérité d'Attila était devenue une sorte de mythe dont on se servait pour faire peur aux petits conscrits qui n'étaient pas sages. Ce n'était pas qu'il était méchant et qu'il faisait peur, bien au contraire. Il était juste et par conséquent, il était respecté par l'ensemble des dresseurs souterrains. Tout le monde savait que l'avertissement que Psyko venait de recevoir, en tant qu'élève d'Attila, valait pour l'ensemble des dresseurs, y compris Aura.
Le silence revenu sur l'amphithéâtre, Earth expliqua exactement ce qu'elle attendait des dresseurs réunis – esprit de corps, discipline, soutien, respect des règles édictées dans le règlement de la Ligue – puis elle développa longuement les nouvelles équipes formées, affirmant que ce serait totalement immuable. Les équipes avaient été conçues pour fonctionner.
Elle attribua enfin les quartiers de sa résidence d'une façon logique, empêchant les sections de se mélanger trop. Elle avait fait en sorte, à la demande de Prof, d'éviter que Ln(3), quand elle reviendrait, soit placée trop près de la salle informatique. Elle avait donc la chambre attenante à celle de Prof. Sacha, Cyclik, Attila, Étincelle et Stup partageaient la même chambre pas très loin de celle de Galerne, leur Élémental référent.
Soupirant, déçu de ne pas se retrouver près de ses meilleurs amis, Sacha se leva, la réunion s'achevant enfin. Il suivit d'un pas peu convaincu Attila et Cyclik dans le dédale de couloirs, alors que son maître et l'autre élève discutaient joyeusement de ce qu'ils avaient fait avant de recevoir le taupimessage de cessation des défis. Cyclik racontait comment il avait vaincu un Drake peu en forme et complètement crevé, avant de s'atteler à la poursuite du duos d'informateurs de la Ligue, accompagné de sa partenaire de toujours.
À côté de Sacha, Stup leva les yeux au ciel et se pencha vers son ami.
—Dis-moi, il ferait pas un peu le lèche-bottes, là, Cyclik ?
Psyko haussa les épaules.
—Ça ne m'intéresse pas.
Attila ouvrit la porte et s'effaça pour laisser son élève bavard passer en premier, lui offrit un ébouriffement cheveux affectueux. Étincelle pénétra dans la chambre, suivie de Stup et Sacha fut arrêté par d'une main sur le torse.
—Pikachu, laisse-nous.
Le Pokémon regarda Attila d'un air surpris et descendit de l'épaule de son dresseur, pénétrant dans la chambre à son tour, laissant les deux hommes face à face. Incapable de soutenir le regard de son maître, Sacha baissa les yeux sur la fenêtre du couloir, qui donnait sur les terres d'Earth. Il fronça les sourcils en voyant Ln(3) traverser le vaste parc mais ne se posa pas plus de questions que ça, sentant le regard inquisiteur d'Attila sur lui.
—Rappelle-moi, petit, ce que je te disais à propos de l'honneur ?
—Que… Que je ne devais répondre aux provocations que si elles attaquaient mon honneur. Et que tu ne tolèrerais pas qu'il soit dit que ton élève se dispute avec un autre membre pour de faux prétextes.
—Et qu'as-tu fait ?
—J'ai… Je n'ai pas appliqué ces règles… Enfin, elle a quand même attaqué l'honneur d'Artik et a sali sa mémoire !
Attila s'approcha de Psyko qui se força à ne pas avoir le moindre mouvement de recul, ayant un très mauvais souvenir de la dernière fois où il avait tenté de se dérober à la proximité d'Attila.
—Elle a sali la mémoire de ton ami après que tu aies répondu à cette provocation ridicule. Ne transforme pas les faits pour les rendre à ton avantage. Tu sais déjà quelle punition je vais te donner, n'est-ce pas ?
—Oh non… Pas ça… supplia Psyko, renonçant à l'acquiescement auquel il voulait se soumettre.
—Ne proteste pas face à mes décisions si tu ne veux pas que j'aggrave ta sanction.
Sacha déglutit et baissa davantage la tête.
—Très… Très bien. Je le ferai.
Attila n'en attendit pas plus. Il se détourna et pénétra dans la chambre, suivi de près par Sacha qui lança un regard noir à Cyclik, le défiant de rire de la punition qui venait de lui être octroyée. Les cent pompes sur une main, Sacha n'aimait pas du tout. D'autant plus qu'il manquait sérieusement d'entraînement et qu'il préférait dormir, la nuit. Être réveillé pour ça allait le contrarier.
—Ça fait deux jours que tu me forces à rester allongée. Je peux me lever ?
—Non.
La voix de Prof claqua dans le silence de l'infirmerie, seulement brisé par les autres membres de l'équipe médicale qui rangeaient les stocks de bandages, d'ouate et de compresses. Ln(3) se laissa retomber sur le lit défoncé qu'elle occupait, portant à Éra qui se faisait recoudre la plaie de son ventre un regard exaspéré. Elle scruta son Élémental de référence avec du défi dans les yeux.
—Je ne pensais pas que mon job en tant que membre de l'équipe médicale serait d'étrenner les lits. À choisir, je préfèrerais étrenner mon lance harpons dans l'équipe de diversion, ou même étrenner les ordinateurs avec Nerd.
Régis ignora la réflexion de Ln(3) en coupant le fil de suture qui lui servait à réparer la peau d'Éra.
Deux jours auparavant, le jour où elle était revenue, elle avait expliqué à Prof, elle avait déliré auprès de Prof, la fièvre l'ayant bien affaiblie, que Split et elle avaient été agressés par quelques policiers armés, tout au plus une petite vingtaine et s'ils avaient pu se débarrasser de la première dizaine avec facilité, Split était retombé, à cause de la blessure qu'il avait eu et rapidement, elle avait été dépassée. Le corps à corps n'était pas sa spécialité et ses Pokémons étaient plus adeptes des combats à longues portées et Elecsprint s'était vite retrouvé submergé par la police dresseuse et leurs Caninos si bien dressés.
Elle avait dû fuir, blessée, empoisonnée elle ne savait comment – Ln(3) avait baissé les yeux à ce moment-là – et elle avait abandonné derrière elle son maître, suivant à la lettre la règle numéro quatre. Obsédés par le dresseur souterrain à l'agonie qu'ils avaient réussi à capturer, ils s'étaient ennuyés d'elle et l'avait laissée filer. Sa voix s'était brisée, dans l'infirmerie, quand elle avait dit :
—Je ne pense pas qu'on reverra Split vivant.
Actuellement un peu amorphe, sous l'effet du poison qui s'écoulait dans ses veines, Éra restait statique, ne réagissant qu'à peine à la suture dont elle faisait l'objet. Faisant fi des ordres de son Élémental, Ln(3) se leva et attrapa une petite lampe, écartant une des paupières d'Éra.
—La… Aïe… La pupille se dilate trois fois moins vite qu'en temps normal.
Ln(3) posa deux doigts sur le cou de l'autre dresseuse souterraine alors que Prof renonçait à lui dire de retourner se coucher.
—Et son pouls est trop lent. Je vois…
Ouvrant la bouche d'Éra, la biochimiste eut un mouvement de recul.
—Oh quelle horreur, cette haleine !
Une odeur de pourri envahit l'infirmerie et Ange qui se tenait non loin de là grimaça de dégoût. Pourtant, son métier, en-dehors de la Ligue, la condamnait à en voir des horreurs par dizaine. Mais une telle puanteur n'avait jamais effleuré ses narines et heureusement. Un haut-le-cœur s'empara d'elle. Prof et Ln(3) se contentèrent de recouvrir leurs nez d'un morceau de tissu. Ils étaient sûrement habitués.
Prof délaissa rapidement sa suture, ses pensées étant attirées par l'odeur se dégageant de la bouche de la dresseuse souterraine. Attrapant une petite tige en bois, il la glissa dans la gorge, racla les amygdales et ressortit la tige en jetant un regard suspicieux à Ln(3) qui observait ses gestes avec minutie. Elle fronça les sourcils en même temps que lui quand ils s'aperçurent que la tige était recouverte d'une couche de glaire marron.
—Qu'est-ce que tu en penses ? demanda Prof à Ln(3) en mettant temporairement ses soupçons contre elle de côté.
—Je pense que c'est clair, répondit Ln(3) d'une façon fébrile.
Elle sursauta sans raison et Prof se tendit.
—Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
—Décharge de douleur. Peu importe… Si tu me laissais m'inoculer mon poison qui bloque le chemin de la douleur, je pourrais…
—Non, coupa Prof. Alors, pour Éra ?
—C'est des symptômes typiques du venin d'un Mimigal adulte. Un antidote classique devrait tout lui enlever ou tout du moins, bloquer quelques heures les effets du poison, assez pour qu'elle puisse retrouver un peu de vigueur. Si tu as fait une prise de sang, il suffit d'isoler les molécules du poison, de les traiter et…
Ln(3) grimaça et Prof lui désigna son lit d'un air impérieux. Baissant la tête et retroussant la lèvre dans une moue boudeuse, la biochimiste retourna dans son lit, puis elle reprit sa phrase comme si de rien n'était :
—Et de là, je pourrai utiliser le laboratoire pour créer un antidote efficace.
Prof leva les yeux au ciel et jeta un regard sur ce que Ln(3) appelait « le laboratoire ». Il s'agissait en réalité d'une paillasse poussiéreuse où quelques ustensiles sans doute issus du kit du petit chimiste se battaient en duel. La biochimiste et l'infirmière suivirent le regard de Prof et la première sourit.
—Oh, ça suffit largement pour concocter un antidote aussi facile. J'en préparais déjà avant d'être mère.
—Arrête de te la péter, intervint une voix près de la porte. On a pas tous la chance de naître avec un cerveau.
—Et tu sais de quoi tu parles, n'est-ce pas, Psyko ? répliqua Prof sans pouvoir s'en empêcher.
Pénétrant dans l'infirmerie, Psyko semblait dans un état de fatigue avancé. Il s'assit sur le lit de Ln(3), tapota sur les jambes de son ancienne maîtresse en lui offrant un sourire éblouissant, balançant ses pieds dans le vide.
—À la naissance, on m'a donné le choix entre une grosse bite et un cerveau. J'ai choisi la grosse bite. Ça me sert beaucoup plus. Pas vrai, Ln ?
—Dans le cas présent, un cerveau serait plus utile, parce qu'on va davantage penser que baiser. Mais sinon, dans l'ensemble, je suis assez d'accord. Moi, je n'ai pas eu le choix. Et toi et ton doctorat, Prof, vous avez choisi quoi ? Le cerveau ou la grosse bite ?
Prof sentit ses lèvres s'étirer en un sourire sans même pouvoir le retenir alors qu'Ange virait au rouge en observant les deux hommes d'un air effaré. Elle passa devant eux pour tendre à Ln(3) un antalgique et Psyko offrit un immense sourire à la petite blonde.
—Alors, Ange, tu vas bien, toi ?
—Je semble être en bien meilleure forme que toi, Psyko. Où est Pikachu ?
—Il dort. Attila nous a réveillés à trois heures, ce matin. Jogging autour du parc puis une série de pompes.
Psyko caressa doucement les cheveux de Ln(3) qui frissonna et Régis sentit son cœur se serrer légèrement. La proximité de ces deux-là l'agaçait. Brutalement, il se détourna pour rejoindre son bureau qui se trouvait à quelques mètres à peine du lit de Ln(3).
—Et pourquoi tu es venu, Psyko ?
—Je voulais savoir si Ln(3) allait bien et je venais demander si vous aviez besoin d'aide. Je m'ennuie, là-haut, avec Stup et Cyclik.
—Stup est très gentil, répliqua Ange d'une voix outrée. Il est attentionné, doux comme un agneau, d'une rare intelligence et c'est toujours génial de discuter avec lui !
—J'ai pas dit le contraire, s'étonna Psyko. Je dis juste que je préfèrerais être avec Ln et Prof.
—T'as aucune capacité médicale, cracha Régis en levant la tête d'un papier, donc retourne d'où tu viens, c'est une infirmerie, ici, pas l'annexe de l'unité de diversion.
Sacha lança un regard surpris à Régis, cligna des yeux stupidement et, lentement, il se décolla du lit de Ln(3), dans le silence pesant qu'avait déclenché la réplique froide de Prof. Il jeta un regard à son amie alitée qui haussa les épaules, ne comprenant pas plus que lui.
Psyko finit par sortir de l'infirmerie d'un pas traînant, enfonçant des mains boudeuses dans les poches de sa blouse, regardant une dernière fois Régis qui ne levait pas les yeux de ses papiers, feignant de lire le document qu'il tenait d'une main légèrement tremblante.
Il ne comprenait pas pourquoi il s'était emporté comme ça. Bien sûr, il était connu pour ses répliques cassantes, dans la Ligue Souterraine, mais ça lui arrivait rarement d'en user sans une bonne raison et c'était le cas de celle-ci. Sacha n'avait pas mérité ça.
À sa décharge, Prof était irrité que Sacha soit si aveugle en ce qui concerne Ln(3), qui était raide dingue de lui, tout le monde en avait conscience. Et même. Il y avait cette impression qu'elle n'était pas nette, qu'elle cachait beaucoup trop d'informations pour être honnête. Ce serait tellement vexant pour lui, de se rendre compte qu'il avait accordé sa confiance à une traîtresse, alors qu'il était d'ordinaire si méfiant, contrairement à Psyko qui avait tendance à s'attacher à quelqu'un et à réfléchir après, si sa bite n'était pas intéressée.
Était-ce cette proximité agaçante qui le perturbait ? Non, ça ne pouvait pas être de la jalousie. Être possessif envers Psyko, par rapport à Ln(3) et juste par rapport à elle, ce n'était pas de la jalousie. Sinon, il serait agressif envers Ondine, mais ce n'était pas le cas.
Doucement, il pensa à Neko et Artik, poussant un long soupir. Merde, il ne pouvait pas priver Sacha de Ln(3), pas maintenant. Il venait déjà de perdre deux amis chers à son cœur et Régis refusait d'être le responsable du chagrin de Psyko s'il venait à perdre une de ses dernières amies de la Ligue. Quel dilemme.
Il sentit son cœur se serrer légèrement en se souvenant avec émotion des moments qu'il avait passés avec Artik et Neko, à les voir se chamailler, à entendre Neko dire qu'elle allait priver Artik de ses faveurs sexuelles et lui qui haussait les épaules, peu touché. Puis le dresseur aux cheveux bleus répliquait qu'il irait voir une autre maîtresse et Neko passait par la fenêtre, la cassant et allant escalader une montagne pour signifier qu'elle boudait devant le peu de crédit qu'Artik accordait aux performances sexuelles de Neko.
Inlassablement, après, Artik se penchait vers Prof pour lui dire : « La tigresse, façon Neko, c'est quelque chose qu'il faut avoir vécu au moins une fois dans son existence. ». Prof l'avait vécu. Il ne pouvait qu'approuver.
Non, définitivement, la mort des deux dresseurs était d'une tristesse sans nom.
Étendu sur son lit, les mains sous sa tête, frissonnant mais n'ayant pas le courage de s'enfoncer dans la chaleur de sa couverture, Prof restait silencieux et immobile, écoutant d'une oreille attentive les va-et-vient de Ln(3) dans son lit, qui tapait régulièrement sur le mur mitoyen. Elle bougeait beaucoup dans son sommeil mais ce n'était pas ça qui empêchait Prof de dormir.
Il était tendu, une réunion des Élémentaux avait fait état de mouvements au niveau des hauts gradés de l'armée, qui commençait une campagne de diabolisation de la Ligue Souterraine à travers les médias. Fire avait été clair : il n'y avait pour l'instant pas trop d'intérêt à prêter à cette diabolisation et le peuple saurait se faire sa propre opinion.
Mais le lendemain, Psyko partait avec son groupe mener une expédition visant à faire penser à leurs ennemis que leur camp de base se trouvait dans les îles Écumes et Régis angoissait. L'idée de perdre Psyko dans cette guerre le rendait malade. Il soupira une nouvelle fois et tourna son visage vers la porte qui venait de s'ouvrir, reconnaissant Sacha à la façon dont la poignée de la porte s'était abaissée.
—Si tu cherches la chambre de Ln, c'est la porte à côté, chuchota Prof pour ne pas briser le calme apaisant du silence nocturne.
La porte se referma. Les bruits de pas et le poids s'installant sur son lit lui prouvèrent que Sacha était resté et Régis se redressa, las.
—Non, murmura Sacha d'une voix un peu enrouée. C'était toi que je voulais, Régis.
Son prénom, ça faisait pas mal de temps que Sacha ne l'avait pas prononcé en période de Ligue Souterraine. Régis se tendit. C'était la preuve que son meilleur ami était perturbé. Il sentit plus qu'il ne vit Sacha se tourner vers lui.
—Je peux rester ici cette nuit ?
—Et puis quoi encore ? s'offusqua Régis par principe.
—S'il te plaît, souffla Sacha.
Régis soupira bruyamment avant d'accepter. Alors que Sacha se déplaçait, pour venir se poser à côté de lui, s'allongeant à son tour, Régis s'empourpra subitement. Cela faisait combien de temps qu'ils n'avaient pas été aussi proches ? Mal à l'aise, Régis se décala dans son lit, Sacha ne percevant même pas le trouble qui animait son ami. Il reprit la parole de cette même voix enrouée.
—J'ai un mauvais pressentiment pour demain.
—Tu fumes trop, commenta Régis avant de sursauter quand sa main toucha malencontreusement celle de Psyko.
Il retira rapidement ses doigts et Sacha se tourna, pour observer la fenêtre. Il s'apprêta à développer sa pensée quand Régis dit :
—Tu n'as pas à t'inquiéter.
—Si. Imagine que, comme Neko et Artik, je ne revienne pas… Qui protègera Ondine ? Qui s'occupera d'elle ? Je ne sais pas, je pourrais mourir, ou être capturé…
—Si tel est le cas, je viendrais te chercher.
—Règle numéro 4, ricana Psyko en se recroquevillant sur lui-même.
Régis se déplaça, se collant à Sacha pour l'enlacer et murmurer à son oreille :
—Je me fous de la règle numéro 4. Si tu es capturé, je viendrais te chercher.
Un nouveau frisson traversa Sacha et Régis se rapprocha davantage, le serrant plus fort encore. Psyko entremêla leurs doigts, les pressa et Prof sourit à la réplique de son ami :
—Alors, j'ai de la chance de t'avoir.
—Je sais.
Cette réplique se voulait vaniteuse, mais le cœur n'y était pas. Que ferait-il, si Sacha mourrait lors de cette escapade ? Que ferait-il ? Quitterait-il la Ligue, incapable de regarder en face cette organisation qui lui avait ouvert les bras ? Resserrant davantage ses bras sur Sacha, qui commençait à sangloter, laissant couler des larmes sans doute destinées à pleurer les gens déjà morts dans ce début de guerre, Régis pinça les lèvres.
Psyko pleurait pour eux deux, alors, il devrait contenir ses larmes pour lui.
—Shhhhh…
Sacha tentait de se calmer, Régis le remarquait bien par la respiration troublée de son ami, qui retenait ses larmes, pour les étouffer, pour les enrayer. Dans les sanglots, Régis put distinguer le nom d'Artik, puis son propre prénom.
—Je ne mourrai pas, Sacha. Je te le jure. C'est moi qui vais t'enterrer. Et si tu veux, je tasserai la terre en sautant à pieds joints sur ta tombe.
Sacha pouffa.
—Ondine te laissera pas faire.
Puis il se tourna dans l'étreinte de Régis, passant sa main sur ses yeux pour les essuyer.
—C'est moi, ou me voir pleurer te fait bander ?
Lâchant Sacha, Régis s'écarta, rougissant, bafouillant de vagues excuses précipitées et Psyko eut un petit rire en attrapant Prof pour le forcer à revenir près de lui.
—C'est bon, je m'en fous. Faudrait juste que tu envisages de sortir plus souvent.
—J'y penserai, promit Régis en se demandant ce qu'il avait fait pour mériter une telle torture.
Pourtant, il retourna près de Sacha, comme celui-ci semblait le vouloir. Après tout, ce n'était qu'une étreinte amicale, pas de quoi en hurler à l'infamie. Et de toute façon, comme Aqua l'avait dit, « leur relation avait toujours été louche. ». Quitte à être louche, autant l'être jusqu'au bout.
Souriant, Régis se tortilla pour tirer la couverture sur eux, avant de souhaiter une excellente nuit à Sacha. Le lendemain serait une rude journée.
—PROF !
Il sursauta en entendant la porte s'ouvrir à la volée, sur une Ln(3) bien trop en forme pour être un mauvais rêve. Elle se précipita pour ouvrir la fenêtre et se tourna vers Régis, qui tenait toujours Sacha entre ses bras, alors qu'il se frottait les yeux.
—Oh, bonjour Psyko, je m'insurgerai après de ta présence ici, pour l'instant il faut que j'engueule Prof.
—Quoiiiii ? Skejaifaitencooooore ? gémit le susnommé, en tentant de s'enfoncer dans sa couverture pour oublier le froid qui lui mordait le visage.
Cette fille était tarée de débarquer comme ça en plein milieu d'une nuit paisible, pour venir lui hurler dans les oreilles dès le matin. Il paraissait qu'elle réveillait régulièrement les autres dresseurs à coup d'attaque Éclair. Un ramassis de cinglés. Dire qu'il avait laissé son tapis préféré mourir pour ça.
Elle tira sur la couverture, découvrant les deux garçons et eut une moue déçue.
—Zut, j'avais espéré vous retrouver tout nus, moi. Mon imagination aurait bien plu travaillé qu'à vous voir tout habillés.
Régis poussa un grognement dépité, alors que Sacha souriait bêtement, ne comprenant vraisemblablement pas un mot sur trois, vu le débit de Ln(3) et son état de conscience plus qu'approximatif. Prof se redressa et sauta à bas du lit.
—Qu'est-ce que tu veux ?
—Ben du coup, j'ai plusieurs choses à dire. T'es en retard à la réunion. Je te rappelle que tu nous a sommé de venir tôt ce matin, pour nous briefer sur quelques petites choses. Quant à toi, Psyko, y a Attila qui proteste face à ton absence. Il est venu m'engueuler, parce qu'il pensait que tu m'avais rejointe dans la nuit. Il s'est pas trompé de beaucoup. Vous vous êtes enfin envoyés en l'air ? Non, parce que sérieux, une séance branlette contre un mur, c'est nul, je veux du croustillant.
—PSYKO ! protesta Régis en rougissant et en dardant des yeux furibonds sur Sacha qui était cette fois pleinement réveillé, tu lui as raconté ?
—Évoqué, précisa Ln(3). Un jour de cuite. Allez, hop, hop, hop ! On se bouge !
—T'es de bonne humeur, toi, grogna Sacha en bâillant et s'étirant.
—Oui ! Aujourd'hui sera une bonne journée, je pense !
Elle continua de les houspiller de cette voix trop énergique jusqu'à ce qu'ils sortent de la chambre de Prof, dans la section réservée à l'équipe médicale. Ils traversèrent les longs couloirs, sous le babillement intense de Ln(3) que Régis n'avait jamais vu dans un tel état agaçant de blabla incessant. Psyko semblait très attentif, il commentait avec assiduité le rêve que racontait Ln(3) où elle avait vu la croqueuse de Leveinard lui rapporter un sac de billets de banque, disant qu'elle confondait sûrement avec Cash. Ln(3) renchérit en disant que Cash ne ferait pas ça et que s'il le pouvait, il épouserait ses billets.
Régis retint un rire à la réplique de Psyko et secoua la tête, autant amusé que dépité. Ces deux-là ensemble formaient une belle bande crétins. Une bande, carrément. Pas un duo, une bande. Il poussa la porte de l'infirmerie et trembla, s'arrêtant de marcher.
Psyko lui rentra dedans, suivi par Ln(3) qui commença à protester vigoureusement :
—Putain, Prof, bordel, mais pourquoi tu… t'ar…rêtes…
Sacha cligna des yeux une fois. Puis deux. Il frissonna et trembla à son tour, fermant les yeux, serrant les poings. Il finit par écarter Régis du passage, puis il franchit les quelques mètres qui le séparait du premier lit de l'infirmerie alors que Prof observait la scène de loin.
Ln(3) était toujours près de la porte comme statufiée, comme si elle n'y croyait pas, comme si elle venait de voir un fantôme et elle n'était pas loin de la vérité. Psyko s'approchait déjà d'Artik qui grimaçait de douleur alors qu'une Ange plus qu'incrédule le soignait, retirant des éclats de verre coincés dans son dos, qu'il n'avait, disait-il, pas voulu confier à Neko parce qu'elle aurait été capable de les enfoncer encore plus dans son dos.
Les deux dresseurs que tout le monde avait cru morts ne semblèrent pas se rendre compte qu'ils y avaient de nouvelles personnes dans l'infirmerie. Neko, assise à côté de son maître répliqua à Artik qu'il n'était pas nécessaire qu'il lui rappelle la cruelle disparition de ce pauvre Ténéfix qu'elle n'avait pas eu le temps de remettre dans sa Pokéball.
Psyko tapota sur l'épaule d'Ange lui faisant signe de lui laisser la place et la jeune femme, sans bruit, confia la pince à épiler à Psyko pour s'éloigner. Psyko attrapa un des bouts de verre et l'enfonça.
—Aïe, protesta Artik.
—C'est comme ça que tu ne veux pas que Neko enfonce les bouts de verre, sale enfoiré ?
Artik et Neko sursautèrent et tournèrent la tête, chacun dévisageant un des trois dresseurs. La spécialiste des illusions sauta à bas du lit et donna une grande tape dans le dos à Artik qui grogna – elle venait d'enfoncer des bouts de verre – puis elle ébouriffa les cheveux de Psyko, avant de rejoindre Prof et Ln(3) près de la porte. Saluant rapidement d'un hochement de tête l'Élémental, elle s'apprêta à subir les foudres de la biochimiste. Celle-ci se contenta de porter une main à sa bouche, ses yeux brillants de larmes.
—T'es… T'es pas morte…
—Je suis une mauvaise herbe, confirma Neko d'une voix un peu trop forte pour être réellement confiante, je suis increvable. Tu devrais le savoir.
—T'es… pas morte…
Sans prévenir, Ln(3) attrapa Neko par les épaules, appuyant son front sur la jeune femme qui la dépassait et Neko, mal à son aise, ne savait pas trop quoi faire de ses mains. Elle n'avait jamais été franchement à l'aise avec les retrouvailles, les câlins et tous ces trucs bizarres que certaines personnes appelaient de l'affection. Elle jeta un regard perdu à Prof, qui semblait tout aussi électrisé que l'ingénieure quelques secondes avant. Il la dévisageait comme s'il la voyait pour la première fois, son visage ayant perdu pas mal de couleurs, les lèvres légèrement entrouvertes.
—J'ai crû que je ne te reverrai jamais, pleurnichait Ln(3) sans même se rendre compte qu'elle n'avait pas droit à un retour de câlin, putain, Neko, plus jamais tu me fais ça !
—Euh. D'accord ? prononça celle-ci en écartant les mains en signe d'impuissance.
Soudain, Ln(3) s'écarta d'elle, essuya d'un geste rageur ses yeux en larmes puis elle se dirigea vers Artik et Psyko qui ne disaient rien, Sacha se contentant de beaucoup faire souffrir Artik. Ln hocha la tête vers Artik, pensant sans doute qu'elle avait assez donné pour les effusions, puis elle tira Psyko par l'oreille pour le jeter hors de l'infirmerie.
—Psyko, casse-toi, Attila t'attend.
—Ah meeeeerde.
Jetant un dernier regard à Artik, à qui il n'avait pas pris le temps de dire tout le mal qu'il pensait des gens qui simulaient leur mort, il disparut dans le couloir, qu'il remonta en courant. Artik était vivant. Un immense sourire s'étendit sur son visage. Putain, Artik n'avait pas fait l'enfoiré en crevant comme un con dans une explosion. Artik avait encore furtivé, avec Neko, comme souvent. Ils avaient encore prouvé qu'ils faisaient des choses par derrière et c'était bien la première fois que Sacha en était aussi heureux.
Il leva la tête en voyant Pikachu et il tendit les bras, réceptionnant son Pokémon qui avait un grand sourire. Il fit tournoyer Pikachu dans ses bras, riant aux éclats, s'attirant les regards inquiets des dresseurs qui étaient dans le hall, ainsi que ceux de son équipe qui l'attendait d'un pied plus que ferme. Se permettant le luxe d'effectuer une danse de la joie, Sacha hurla de bonheur en quittant la demeure de Flocombe.
Dans son élan, il croisa le regard de la croqueuse de Leveinards, qui lui sourit.
—Neko et Artik sont rentrés ?
Sacha s'approcha d'elle pour la fixer alors qu'elle mangeait une glace en plein hiver, à peine couverte. Elle avait de la pistache partout et elle regardait passer les nuages, assise sur le petit muret devant la porte.
—Earth m'a dit de rester là en attendant qu'elle me trouve quelque chose à faire, lança-t-elle. Alors je contemple les nuages. Certains sont très jolis, tu devrais rester regarder avec moi, Psykokwak. Je suis sûre que tu aurais moins de problèmes.
—Comment tu as su que Neko et Artik étaient vivants ?
Inu tourna un regard plein d'incompréhension vers lui, alors que Pikachu grimpait le long du bras de Sacha pour aller s'installer sur les épaules de son dresseur. Elle reporta enfin son regard sur le ciel.
—Je ne comprends pas ce que tu veux dire.
—Tout le monde pensait qu'ils étaient morts. Et pas toi. Pourquoi ?
Un rire venant du bas des marches empêcha Inu de répondre. Étincelle, la partenaire blonde de Cyclik, passa une main dans ses cheveux, avant de glisser son masque sur son visage et de réajuster sa blouse, qu'elle portait un peu plus court que les autres dresseurs souterrains, puisqu'elle ne lui descendait qu'au niveau du genou.
—Si tu veux mon avis, Psyko, il n'y a pas de secret, ni de tour. Inu est tellement dans son monde qu'elle ne voit pas le reste. Je doute qu'elle ait su quoique ce soit.
—Elle a raison, petit bout d'homme, commenta Attila. Viens, il faut qu'on y aille, on a de la route à faire.
Sacha hocha la tête, peu convaincu, puis il se détourna, enfila le masque que lui tendait Stup en regardant le secteur où se trouvait l'infirmerie. Refermant la veste, enfonçant davantage sa casquette sur ses yeux, Psyko regarda fixement devant lui.
Ln(3) avait eu raison. Aujourd'hui était une journée magnifique.
Il courut pour rattraper Attila et Cyclik, qui marchaient devant, alors que Stup et Étincelle restait en arrière, discutant à voix basse de l'état mental des maîtres et élèves qui se trouvaient devant leurs yeux.
D'un coude placé efficacement dans les côtes du premier élève de son maître, Psyko se fraya une place entre eux, alors que Cyclik le tirait par la blouse pour l'écarter d'Attila.
—On dirait deux frères qui se disputent l'affection de leur père, commenta Étincelle d'une voix douce.
—Oui, confirma Stup. C'est mignon.
Il savait, à présent, qu'il avait bien fait de choisir la Ligue Souterraine, malgré tout ce qui risquait de lui arriver durant cette guerre. De toute façon, aujourd'hui était une belle journée.
Aucun d'eux, à aucun moment, ne sembla se rappeler d'avertissement qu'avait lancé la croqueuse de Leveinards quand ils s'étaient éloignés, quand sa voix avait seulement rencontré le vide et des gens qui l'ignoraient, comme souvent.
« Ne traînez pas sur le chemin du retour. »
—Lâche-moi, Prof, râla Neko en levant les bras alors que le médecin tournait une troisième fois autour d'elle, observant avec attention si elle allait bien. Je suis entière, arrête de tourner autour de moi, ça me fait penser à un rapace et c'est pas franchement flatteur. Le Poichigeon est un rapace.
Régis leva les yeux au ciel, mais cessa tout de même d'examiner Neko une nouvelle fois.
—Comment vous avez fait pour vous sortir de là ? demanda-t-il à Artik qui se levait du lit où il était laissé en convalescence.
S'étirant, le gothique fit rouler les muscles de ses épaules et Prof fit de même avec ses yeux en voyant les regards de Ln(3) et Neko descendre sur le dos du garçon d'un air appréciateur. Faisant volte-face pour regarder Prof, il sourit :
—Alors les filles, impressionnées, n'est-ce pas ?
Ln(3) sourit légèrement, mâtant ouvertement le torse d'Artik, son tatouage souterrain sur sa hanche gauche, finement calligraphié, la faisant pouffer.
—Non, Psyko est mieux.
Vexé, Artik attrapa sa chemise pour se glisser dedans, alors que Neko donnait un coup de coude à son amie qui venait de s'asseoir sur son lit. Le dresseur aux cheveux bleus concentra son regard sur Prof, ne fixant pas tous les boutons de sa chemise. Prof devait bien reconnaître qu'il était vraiment bien fait, comme mec. Levant les yeux, il croisa le sourcil levé d'Artik et ne répondit pas à la question muette. Le gothique, lui, se contenta de continuer à s'étirer, faisant remonter sa chemise et soupirer les filles. Ln(3) secoua la tête en grommelant qu'il était temps qu'elle s'envoie en l'air et Neko approuva. Artik répondit enfin à la question.
—C'est tout simple. Et ça explique même l'état de manque de Neko. J'ai proposé qu'on aille s'envoyer en l'air dehors, ça fait longtemps que j'ai pas baisé dans la neige, ça me manque… On était bien occupés quand l'explosion a retenti.
Même Ln(3) cessa de regarder le ventre d'Artik pour hausser un sourcil sceptique vers lui, avant de tourner la tête vers Neko.
—Sérieusement ?
—Oui, comme il a dit. D'ailleurs quand est-ce qu'on pourra sortir ? Je suis pas fan des infirmeries pour m'envoyer en l'air…
Artik se dirigeait déjà vers la sortie, n'attendant même pas l'autorisation de Prof qui retint un petit sourire moqueur.
—Dans quelle équipe on va nous mettre ? On va partir rejoindre Psyko ?
—Non. Vous êtes à la surveillance.
Neko sembla s'asphyxier à moitié, Artik s'arrêta de marcher. Prof porta le coup de grâce à leur bonne humeur avec un petit sourire sur les lèvres.
—Dans l'équipe d'Aura.
Artik retourna jusque son lit et s'allongea dedans.
—Je crois que je vais rester un peu plus longtemps au lit, moi. J'ai pas dû me réveiller, mais ça doit être un foutu cauchemar. Me retrouver à faire équipe avec cette pute endimanchée…
—La dernière fois que j'ai regardé mon bout de trottoir, répliqua Aura du pas de la porte, il y avait ta mère pas loin, d'ailleurs. Prof ? Tu es attendu en salle de conseil. Et vous deux, nous sommes attendus sur le toit. Bonjour, Ln(3). Comment se porte Rapion ?
—À merveille, répondit Ln(3) en se jetant sur Artik pour l'empêcher de tailler un short à Aura. Et comment va Fermite ?
La dresseuse se contenta de sourire, ne voulant visiblement pas s'étendre et elle se détourna rapidement, alors qu'Artik se débattait toujours.
—Lâche-moi, Ln, je vais lui faire la peau ! Elle a traité ma mère de… de… Elle mérite la mort !
—Faut que tu te venges quand elle ne s'y attend pas, suggéra Neko.
Ils finirent tout de même par se lever et sortir de l'infirmerie, laissant Ln(3) toute seule. Celle-ci perdit son sourire dès qu'ils eurent franchi la porte et elle se précipita sur les toilettes, rendant le contenu de son estomac avec un juron sonore.
—Tu vas bien ? demanda quelqu'un près de la porte.
Elle tourna les yeux vers le nouveau venu, tendant son visage pâle, ses lèvres tremblantes, encore imprégnées de sang et jeta un regard noir à la personne qui venait d'entrer.
—Ça se voit, non ? Je m'amuse à cracher tripes et boyaux parce que je vais bien.
Le nouveau venu haussa les épaules.
—Te connaissant comme je te connais, lieutenant, ça ne me surprendrait pas tant que ça.
—Ta gueule. Ne m'appelle pas comme ça, Capitaine. Qu'est-ce que tu fais là ?
—Je suis venu m'assurer que tu n'avais pas oublié quels sont nos ordres.
Elle eut un geste de la main impatient.
—Non, maintenant, casse-toi. Si quelqu'un te voit là, tu vas finir par être soupçonné.
L'homme se détourna en levant les yeux au ciel. Ça lui apprendrait à vouloir faire son travail correctement.
Voilà ! Il manquait juste la dernière scène ! En espérant que ça vous plaît toujours o/
À vendredi ! o/
