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CHAPITRE 21

BELLA

Finalement je me retrouve seule dans mon appartement et je suis déterminée à me reprendre même s'il y a encore deux heures j'ai vu mon ex petit-ami être transporté à l'hôpital dans une ambulance, transporté est le bon mot car il a fallu quatre gars pour le soulever sur la civière.

Je ne peux toujours pas croire qu'il était encore en vie lorsque les ambulanciers sont arrivés. Un témoin a déclaré qu'il avait été renversé au moins trois fois et il respirait à peine lorsqu'ils l'ont emporté.

Ni Jay ni moi n'avons vu ce qu'il s'est passé, nous avons juste entendu. Apparemment une voiture l'a propulsé dans les airs puis reculé sur lui, avancé de nouveau puis fait demi-tour et roulé une dernière fois sur lui avant de partir mais la seule témoin crédible n'avait pas ses lunettes alors elle n'a pas pu lire la plaque d'immatriculation de la voiture. Elle a simplement pu dire que la voiture était gris métallisé, qu'elle avait des vitres teintées et que c'était un modèle courant.

Jacob était face contre terre et inconscient après l'accident mais quand les sauveteurs l'ont retourné, je me suis rendu compte qu'il tenait un couteau à lame dentelée dans sa main droite. Le bout s'était enfoncé dans sa gorge sous son menton. Ce fut le moment où mes jambes lâchèrent sous moi et Jay dut m'aider à retourner à la voiture alors que j'étais sur le point de m'effondrer. Je suis convaincue que Jake avait bien l'intention de me tuer ou au moins de me kidnapper s'il m'avait attrapée alors qui que soit le conducteur, il m'avait probablement sauvé la vie.

Lui – bien sûr ça pourrait aussi bien être une femme, je suppose – avait peut-être repéré un gars avec un couteau à la main et était le justicier du moment ou alors quelqu'un qui surveillait mes arrières, comme à Forks, samedi.

Ce qui m'inquiétait le plus cependant était la facilité avec laquelle Jacob m'avait retrouvée grâce au permis de stationnement de ma voiture et avait réussi à me suivre jusqu'à chez moi, ce qui devait signifier que Paul pouvait toujours se trouver à proximité. J'imagine qu'il avait été témoin de ce qui était arrivé à Jake et s'était enfui, loin.

Les policiers ont été très gentils quand j'ai admis que je connaissais Jacob. Je leur ai dit de contacter la police de Forks qui les mettrait au courant de ce qu'ils avaient besoin de savoir au sujet de cette folle obsession qu'il avait pour moi.

Heureusement ils m'ont crue quand j'ai dit que je n'avais pas la moindre idée de qui était dans la voiture mais je suppose qu'être la fille d'un Chef de Police m'a probablement aidé à les convaincre que je leur racontais la vérité.

Une fois qu'ils eurent vérifié mon histoire puis pris nos déclarations à Jay et moi, ils partirent, m'assurant que si cette fois Jacob survivait, il serait gardé par un homme armé à l'hôpital et que je n'avais plus besoin de m'inquiéter qu'il s'échappe à nouveau.

J'aurai voulu les croire mais jusqu'à ce qu'il soit définitivement derrière des barreaux je ne pense pas que je pourrais me détendre. Quand la police partit enfin, Jay resta avec moi à l'appartement pendant une heure, jusqu'à ce que je le convainque que j'allais bien et qu'il pouvait rentrer chez lui.

Pendant que Jay était encore là, j'appelais Charlie pour lui raconter ce qu'il s'était passé. Il connaissait déjà l'histoire en gros puisqu'il venait juste d'avoir Billy au téléphone qui partait en voiture pour l'hôpital. Je dis à Charlie que quoi que ce soit qui ait mis Jacob à terre, il l'avait fait délibérément alors c'était un ange gardien dans une voiture argentée qui veillait sur moi. Je ne lui dis rien mais j'avais le sentiment de savoir qui c'était.

Même si j'avais convaincu Jay que j'allais bien et avais réussi à le pousser hors de chez moi, il était évident que ce n'était pas vrai. Il y avait un certain nombre de choses qu'une fille pouvait supporter en une seule journée et je me sentais vraiment épuisée, étourdie et comme si j'avais été frappée par un obus.

Comprendre pour le tremblement de terre catastrophique et le tsunami avait était le début. La confrontation avec Jim et le maire ensuite fut la deuxième chose. Voir Jake gravement blessé sur la route était la goutte d'eau de trop et tout cela en plus de la maladie de Charlie en phase terminale et mon obsession pour le gars à la capuche que j'avais à l'esprit tout le temps.

Je me lave le visage et enlève mes vêtements de travail, enfilant un sweat trop grand pour moi et un pantalon de jogging que j'avais acheté en Ecosse avec l'intention d'aller courir. Mais il ne m'avait rien vu faire d'autre qu'une promenade rapide mais au moins c'était confortable et parfait pour me détendre et c'est ce que je dois faire. Je me prépare du pain grillé et une tasse de chocolat chaud, allume mon nouveau radiateur électrique et me pelotonne sous une couverture posée sur le canapé.

Je ne prends pas la peine de fermer les rideaux et tout en grignotant mon pain je regarde les restes du message que Capuche avait dessiné sur ma vitre. Il a presque disparu à cause de la pluie, ce qui est une chance car j'aurais eu beaucoup à expliquer à Jay s'il l'avait remarqué.

Dans le message il avait promis de se faire connaitre lorsque j'aurai compris le sens de ses peintures. Cela avait bel et bien fonctionné alors je ne comprenais pas pourquoi il n'avait pas essayé d'entrer en contact avec l'un de nous, à moins qu'il ne pense évidemment que c'était toujours trop dangereux, même si je n'avais aucune idée de ce qu'il entendait par là.

En réfléchissant je décide que ce jeu du chat et de la souris a assez duré. Je m'extirpe du canapé avec la ferme intention de passer à l'étape suivante, alors je prends une autre feuille de papier que Jessica m'a donnée et je lui écris un message en grosses lettres. En fait je l'écris deux fois, une fois pour chaque fenêtre pour ne pas qu'il le rate.

Monte! Je reste debout jusqu'à ce que tu viennes. Viens par l'escalier cette fois. C'est beaucoup PLUS FACILE!

"Ha!" fis-je à voix haute en écrivant le mot Easier*. Si c'est lui l'outrageusement beau Monsieur Yeux Dorés maintenant il sait que j'ai compris.

Je colle le message sur les vitres, allume la lumière dans l'appartement ce qui va me garder éveillée je l'espère et j'attends, j'attends. Je n'allume pas la télé comme ça je pourrai l'entendre monter dans l'escalier mais je n'ai pas beaucoup d'espoir un) qu'il soit ici et deux) qu'il vienne.

Vers neuf heures et demie je songe à prendre un café pour rester éveillée quand j'ai l'impression qu'il est devant ma porte. Je n'ai entendu personne entrer dans le bâtiment ou monter l'escalier et personne n'a frappé mais mon instinct me dit qu'il est là. Je ne me sens pas effrayée mais la sensation piquante familière remonte dans mon dos, mon rythme respiratoire augmente et je peux sentir mon sang battre dans mes oreilles en attendant qu'il tape à la porte. Quand il le fait enfin, je crie.

Mes jambes sont comme de la gelée quand je me lève du canapé pour aller vers la porte. Je sens que mon visage est en feu et je sens que je vais transpirer tellement j'ai chaud. Je touche mon front avec le dos de ma main pour vérifier mais non c'est sec mais ma peau est brûlante. J'essaie de regarder par le judas mais l'image est floue comme si je ne pouvais pas faire le point.

Je prends une profonde inspiration, attrape la poignée et entrouvre la porte pour regarder dans le couloir faiblement éclairé. Il est là, adossé contre le mur de l'autre côté, presque comme s'il avait peur de moi. Il est toujours immobile et quand je dis toujours immobile je veux dire comme découpé dans du carton. Son visage est inexpressif, son corps ne bouge pas, il est comme figé.

Il est tout à fait évident que quand je le regarde je suis en présence de quelqu'un qui n'est pas un humain normal. Ce gars, Easy ou peu importe quel est son vrai nom est différent de tous les hommes que j'ai vus avant, comment, je ne peux pas l'expliquer. Il a l'air d'être hors du temps dans mon couloir et encore plus maintenant que lorsque je l'ai observé de près la première fois, au club d'art. Là il m'a rappelé le personnage d'une peinture de la renaissance. Sous cet éclairage il ressemble maintenant à une statue classique qui serait descendue de son piédestal, se serait habillée et serait venue dans mon couloir.

Je peux sentir mon visage devenir de plus en plus chaud lorsque j'ouvre la porte en grand et que la lumière qui sort de chez moi l'éclaire complètement. Ses yeux "pas si dorés" sont fixés sur moi et j'ai l'impression d'être en présence d'un dieu grec qui serait redescendu sur terre. Je n'ai jamais vu d'homme aussi magnifique de toute ma vie et ma tête commence à tourner. Je parviens à marmonner "Easy" pour lui dire que je le reconnais et je l'entends répondre qu'il s'appelle Edward puis tout à coup tout devient noir.

Je reprends connaissance dans ses bras, ce qui est un choc. Nous sommes sur le canapé et il me serre doucement contre lui pendant que je reviens dans le monde des vivants. Je remarque qu'il a les mains froides. Je peux les sentir à travers mon sweat shirt. Ensuite je réalise qu'il n'y a pas de chaleur qui émane du reste de son corps, ce qui est étrange. Au moins il contribue à faire baisser ma température mais j'ai l'impression d'être allongée sur une plaque réfrigérée par une journée chaude.

Je regarde son visage et réalise que sous cette lumière sa peau couleur ivoire ressemble vraiment à du marbre. Je ne peux m'empêcher de la toucher, je passe le bout de mes doigts sur sa joue et étonnamment il me laisse faire. Sa peau est douce et lisse mais semble être tendue sur une surface dure. Elle ne cède pas sous mes doigts et c'est toute la preuve dont j'ai besoin pour me convaincre qu'Edward n'est pas de ce monde.

En examinant son visage je comprends où je l'ai déjà vu et mon esprit me rappelle rapidement cet après-midi précieux, il y a presque un an, lorsque je me tenais devant lui à Florence, émerveillée par la quintessence de la virilité qui me surplombait.

"Ton visage me rappelle la statue du David de Michel- Ange," murmuré-je. "Ta peau est comme le marbre poli," ajouté-je, pour argumenter mon observation.

"Un jour je te raconterai une histoire à propos de Michelangelo," répond-il doucement. Il y a un soupçon d'humour et aussi une trace de cet accent étrange dans sa voix qui n'était pas là quand je lui avais parlé au club. "Tu ne sais pas à quel point tu es proche de la vérité," ajoute-t-il, en cherchant des indices sur mon visage.

"Es-tu Michel-Ange, Edward?" lui demandé-je, et c'est une vraie question. Je ne crois pas en la réincarnation mais s'il me le confirmait, qu'il était Michel-Ange dans une vie antérieure, je le croirais entièrement.

"Non." Il rit puis se penche vers moi, effleure doucement mon front avec ses lèvres puis repousse les cheveux de mon visage. Il semble souffrir pendant une seconde comme s'il débattait pour savoir quoi dire ensuite puis il me sourit.

"Michelangelo était mon étudiant et mon ami, Bella. Des années plus tard, alors qu'il était à son apogée il m'a demandé de poser pour lui. Je peux donc te dire en toute honnêteté que tu es dans les bras de l'homme qui a été et sera toujours la manifestation vivante de la statue de David."

Je me fige dans ses bras en digérant ce qu'il vient de me révéler. Je le crois mais il doit vouloir dire qu'il a enseigné à Michel-Ange dans une vie antérieure. Je déglutis plusieurs fois avant de lui poser ma prochaine question.

"Tu as déjà vécu Edward?"

Il secoue la tête et me ramène contre lui, encore plus près. Je suppose qu'il ne veut pas voir mon visage quand il me dira ce qu'il voulait dire juste au cas où je serai choquée par quelque chose que je ne pourrai jamais deviner.

"Non Bella je ne suis pas réincarné," dit-il, presque en s'excusant. "En fait je ne suis pas quelqu'un dont tu as entendu parler. J'ai vécu plusieurs vies mais je ne suis jamais né à nouveau. Ce que je veux dire par là c'est que mes souvenirs remontent à la période précédant la renaissance."

Il me déplace sur ses genoux pour pouvoir bien voir mon visage avant de continuer à me raconter son histoire.

"Pendant un certain temps j'ai étudié dans les ateliers de Ghirlandaio à Florence et je suppose que tu sais déjà que Michel-Ange y perfectionnait son art. Lorsqu'il nous a contactés la première fois à la fin des années 1400, j'y enseignais déjà. Mais il n'y est pas resté longtemps quand il a été évident que je ne pouvais plus rien lui apprendre et en fait, je suis devenu son élève et nous sommes devenus bons amis. J'ai arpenté les rues de cette ville avec lui pendant plusieurs saisons. Puis Venise et Bologne et enfin Rome où il est mort en 1564. J'ai collaboré avec d'autres artistes de cette époque quand ils avaient besoin d'aide pour leurs projets et j'ai parlé plusieurs fois avec ce génie, de Vinci mais il est devenu soupçonneux alors j'ai abandonné."

Pendant qu'il me raconte l'histoire tranquillement au-dessus de ma tête, j'écoute ce qu'il me révèle de son incroyable passé. Je veux le croire mais cela veut dire qu'il a entre cinq et six cents ans car Michel-Ange avait près de quatre-vingt-dix ans quand il est mort en 1564, mon cerveau n'arrive pas à comprendre cette anomalie. Je suis dans les bras d'un jeune homme fort, pas Mathusalem. Il s'arrête un instant, soupire puis reprend.

"Au fil des siècles j'ai travaillé avec des peintres et des sculpteurs dont les œuvres sont maintenant dispersées dans le monde entier. Je pourrais te dire ce qui était dans le cœur de chacun quand il a crée son chef d'œuvre, Bella. Je me souviens de l'odeur de leurs ateliers. J'ai vécu leur pauvreté étant donné que très peu d'entre eux étaient riches. Je me souviens de leur désespoir lorsque leur art ne s'est pas révélé comme ils le souhaitaient ou qu'ils ont été rejetés par leur mécène. Je m'en suis voulu des milliers de fois que ces artistes meurent et qu'il ne me reste que mes souvenirs. Comme je l'ai dit, j'ai vécu beaucoup de vies Bella et elles défilent l'une après l'autre sans jamais finir."

Il reste tranquille de nouveau et je présume qu'il me laisse du temps pour digérer ce qu'il vient de partager, qui est assez hallucinant. Je n'ai aucune raison de douter de lui parce que l'homme qui me tient dans ses bras n'est pas un homme au véritable sens du mot… mais qu'est-il alors? Il faut qu'il commence par le début alors je lui pose une question facile.

"Quel âge as-tu Edward?"

Je n'ai pas réalisé qu'il était tendu pendant qu'il racontait parce que quand je lui pose cette question, il détend ses bras pour que je ne me sente pas emprisonnée, je ne m'en plains pas, bien sûr. Il touche ma joue doucement avec le bout de ses doigts froids et tourne mon visage pour que je le regarde dans les yeux. Je peux voir une expression incroyable sur son visage comme s'il essayait de me faire comprendre.

"Tu ne veux pas savoir pourquoi j'ai vécu aussi longtemps? Ça ne t'intrigue pas que je ne sois pas comme toi? Et tu n'as pas peur pour toutes ces raisons?"

"Non," réponds-je. "Pourquoi aurai-je peur de toi?" et j'ajoute, "Devrais-je? Edward?"

"Absolument pas," insiste-t-il avec véhémence. "Je ne vais pas te faire de mal, Bella. Je suis juste émerveillé que tu ne te sois pas enfuie loin de moi parce que c'est l'instinct de la plupart des humains qui entendraient ce que je viens de te raconter."

Je me redresse pour être au même niveau que lui et pose mes mains de chaque côté de son visage, d'abord pour lui monter qu'il ne me fait pas peur mais aussi parce que je veux qu'il sache que je suis sincère quand je lui dis ce que je vais lui dire.

"Je sais que tu es différent depuis le moment où mes yeux se sont posés sur toi à l'Aquarium, Edward. Tu ne m'as jamais effrayée même quand tu étais dans ma chambre en train de me regarder dormir. Tu es un artiste, Edward et j'ai appris quelque chose sur ton âme quand j'ai vu tes peintures et la façon dont tu peins. Je n'ai pas vécu aussi longtemps que toi, je doute que quiconque l'ait d'ailleurs fait mais j'ai passé mes années de formation à regarder dans l'âme des artistes et à les étudier et je suis tombée amoureuse en apprenant plus sur eux à travers leur travail."

Edward ouvre la bouche pour dire quelque chose mais je touche ses lèvres avec mon doigt pour l'arrêter et je souris en sachant comment je vais l'apaiser.

"Je veux te monter quelque chose Edward et te raconter, mon histoire. Il y a un an je suis allée à Florence et je suis tombée amoureuse pour la première fois de ma vie. J'ai une photo de l'homme dont je suis tombée amoureuse sur mon téléphone et je veux te la montrer. Tu le connais peut-être…"

"J'en doute sérieusement," grogne-t-il. "Je vais tuer ce bâtard quand je le rencontrerai d'ailleurs."

Je tends la main pour attraper mon téléphone qui est sur la table basse et appuie sur le bouton. Affiché à l'écran l'objet de mon désir, objet est bien le mot qui convient. Je me blottis de nouveau contre Edward et lui montre la photo.

"Hummm," soupire-t-il, soulagé. "Alors tu es amoureuse de moi depuis un an déjà?"

"Absolument," je confirme et ensuite rigole comme une écolière. "Est-ce que c'est une vraie ressemblance, Edward… à tous les points de vue?"

Il me regarde étrangement puis hurle de rire en comprenant où je veux en venir.

"Tu es prête à avoir ta réponse?" dit-il puis il réalise ce que ça implique et commence à faire marche arrière. "Je suis désolé, c'était tout à fait inapproprié de ma part. Je m'excuse Bella."

"Ne t'excuse pas," dis-je, en me rasseyant à nouveau et embrassant hardiment ses lèvres. "Je suis prête mais j'ai l'impression que tu ne l'es pas. Est-ce que j'ai raison?"

Il hoche la tête et regarde ses mains qui sont maintenant serrées en poings.

"Ce n'est pas que je ne veuille pas Bella. Je l'ai voulu dès que je t'ai ouvert la porte de l'épicerie et encore plus quand nous nous sommes rencontrés au club d'art. Je ne pense pas pouvoir me contrôler si je te faisais l'amour et je pourrais te faire du mal."

Je ne sais pas quoi dire mais en y réfléchissant je sais que je dois poser la question, même si la réponse n'a pas d'importance.

"Manifestement Edward tu n'es pas un humain ordinaire, alors qu'est-ce que tu es? Ne garde pas ça secret, j'ai besoin de savoir et je promets de ne pas te fuir."

Il secoue la tête d'un côté à l'autre et je peux voir sa lutte. Même s'il me disait qu'il venait de Vénus je m'en foutrais. S'il me disait qu'il avait vendu son âme au diable en échange de la vie éternelle je m'en foutrais également. Il faut juste que je sache.

J'attends patiemment qu'il se lève et me regarde. Sa main droite repousse mes cheveux de ma joue et il les tient alors qu'il ouvre la bouche pour parler.

"Bella je suis…"

A ce moment précis, mon portable sonne et je vois le visage de Charlie apparaître sur l'écran. Je suis déchirée entre lui répondre ou l'ignorer et écouter ce qu'Edward a à dire. A la fin, je prends le téléphone et j'appuie sur le bouton.

"Salut papa! Est-ce que tout va bien?"

"Bella, l'hôpital vient d'appeler…" répond-il, tout excité. "Ils ont trouvé un donneur potentiel. Je dois aller à Seattle ce soir et me préparer pour l'opération. Je t'appelle juste pour te demander de me retrouver là-bas. Je veux te voir avant qu'ils m'anesthésient au cas où je ne me réveille pas."

"Oh mon Dieu" je crie. "Comment vas-tu y aller?"

"L'hélicoptère des Rangers est en route pour venir me chercher. Je suppose que j'arriverai à l'hôpital dans une heure. Peux-tu me retrouver là-bas?"

"Bien sûr que oui, quel hôpital, papa?"

"Le Centre médical de l'Université de Washington, dans Pacific Street, ils appellent l'équipe de transplantation maintenant."

"Ça veut dire que tu te fais opérer ce soir?"

"Je ne sais pas, j'en saurai plus quand j'y serai. Je n'arrive pas à y croire, Bella. Je n'aurais jamais pensé que ça pourrait se produire. Je dois y aller, je dois faire ma valise."

"D'accord papa. N'oublie pas d'appeler Sue. Si elle t'appelle demain et que tu ne réponds pas, elle pensera que tu es mort."

Charlie rit et m'assure qu'il l'appellera puis il raccroche.

Je suis toujours assise sur les genoux d'Edward qui a tout entendu. Il met ses bras autour de moi et je me blottis contre sa poitrine encore une fois et comme il me tient dans ses bras, je me mets à pleurer parce que je n'arrive pas à croire que mes prières aient été entendues. Je m'étais résignée à être seule au monde avant la fin de l'année, maintenant Charlie va peut-être pouvoir recevoir une greffe et je suis dans les bras d'un homme qui peut, ou peut-être pas, être immortel. La vie ne peut pas être meilleure ou plus étrange que ça.

Et puis je me souviens du tremblement de terre et du tsunami.

Et papa sera probablement encore en soins intensifs.

Et l'hôpital est dans la zone dangereuse.

"Oh merde!"

"Qu'est-ce qu'il y a?" demande Edward, car je suis sûre que j'ai arrêté de respirer quand j'ai compris les implications de ce qui allait se produire.

"L'hôpital, Edward. Il sera touché par le tsunami. Même s'il n'est pas détruit par le tremblement de terre, il sera probablement inondé. Il faut les prévenir."

"On ne peut pas," répond Edward, qui me tire encore vers lui et m'embrasse le dessus de la tête. "On ne peut rien faire tant que le maire n'a pas déclaré l'état d'urgence. J'espère que ça donnera assez de temps à l'hôpital pour évacuer les patients. Ne t'inquiète pas pour ça maintenant, allons à l'hôpital pour que tu puisses voir ton père."

"J'appellerai un taxi," dis-je, en descendant de ses genoux.

"Pas besoin, ma voiture est à quelques rues d'ici. Tu m'attends en bas et je te vois dehors dans cinq minutes, d'accord?"

"D'accord," lui dis-je avec reconnaissance et je l'embrasse, puis je cours aux toilettes pour me nettoyer le visage pendant qu'il s'en va.

Je regarde mes yeux gonflés dans le miroir en me demandant ce que cet homme magnifique voie en moi. Mais s'il n'est pas un homme, qu'est-ce qu'il est? Allait-il me le dire quand Charlie a appelé? Ça nous prendra un peu de temps pour aller à l'hôpital et je vais pouvoir lui redemander dans la voiture mais comme je lui ai dit, je me fiche de ce qu'il est parce que j'étais déjà désespérément amoureuse de lui.

EDWARD

Je descends la colline jusqu'au parking et récupère la Volvo de sa cachette puis avec précaution je retourne dans la rue de Bella en espérant que la police ne soit pas à la recherche d'un véhicule argenté. Même si je suis certain que personne n'a mémorisé ma plaque d'immatriculation, ma voiture a été décrite à la police et une voiture européenne argentée n'est pas commune dans cette ville. Aussi le dessin de mes pneus correspondrait certainement à celles trouvées sur Black et je dois les changer dès que je rentrerai à la maison car c'est inévitable que les flics vérifieront tous les voitures grises dans un rayon de quatre-vingts kilomètres.

Bella est déjà sur le trottoir quand je me gare. Je remarque qu'elle reprend son souffle quand elle voit la voiture s'approcher donc je suppose qu'elle a déjà compris et qu'elle réalise que c'est la voiture qui a forcé Black à embrasser l'asphalte. Alors qu'elle grimpe, elle se tourne vers moi et je m'attends à ce qu'elle se mette à m'interroger mais au lieu de ça, elle dit : "Merci, Edward."

"Pour quoi?"

"Pour m'avoir sauvé la vie aujourd'hui et je suppose samedi dernier aussi. Jacob allait me tuer. Il avait un couteau plutôt impressionnant dans la main quand les ambulanciers l'ont retourné. Comment diable as-tu su qu'il était à Seattle?"

"C'est une longue histoire Bella… et je te promets que je te dirai tout bientôt mais concentrons-nous sur ton papa maintenant. Pendant que je conduis, tu peux me parler de lui?"

"D'accord," dit-elle doucement, en plaçant sa main sur mon avant-bras et en le serrant doucement puis elle sourit car je ne suis pas très souple.

Les routes sont relativement tranquilles à cette heure, alors je suppose qu'il ne nous faudra pas beaucoup de temps pour nous rendre à l'hôpital. Je reste bien en deçà de la limitation de vitesse car je ne veux pas attirer l'attention, surtout avec Bella dans la voiture. Sur le chemin, elle me parle de sa situation familiale, à commencer par sa mère et son beau-père dépravé, qui est l'une des raisons pour laquelle elle est retournée vivre avec son père pendant les dernières années du lycée.

Elle m'a dit qu'elle était sortie avec Jacob Black pendant six mois et qu'elle s'était échappée de Forks, le laissant frustré et furieux. Puis elle me dit qu'on avait diagnostiqué un cancer du foie à son père en janvier et que son seul espoir de survie était une transplantation… et cela ne pouvait se faire que si le cancer ne s'était pas répandu. Elle dit aussi qu'il a un groupe sanguin bizarre, les chances de trouver un donneur sont minces, donc cette opportunité est sans doute sa seule et unique chance de survie.

Elle vénère son père et dit qu'elle aurait aimé vivre avec lui et ne pas être allée en Floride avec sa mère quand leur mariage a échoué. Il a l'air d'être un type bien et j'espère qu'il survivra à l'opération puis à l'évacuation.

Si le maire n'agit pas, je devrais essayer de demander l'aide de Carlisle qui pourrait avoir des contacts qui pourraient le faire évacuer. A part ça, la survie de son père est maintenant à la merci du maire ou de Dame Nature.

Elle ne m'a pas encore dit quelle a été la réaction de ses patrons quand elle leur a rapporté ce qu'elle avait vu à Johnson Hall alors je lui demande.

"Le maire ne nous a pas cru au début," répond-elle philosophiquement. "Je ne peux pas le blâmer, personne n'accepterait que quelqu'un soit capable de prédire l'avenir sans plus de preuves."

"Qu'entends-tu par 'au début'?" demandé-je. "Est-ce qu'il te croie maintenant?"

"Je ne sais pas. Quand on a quitté son bureau, il appelait les gars du PNSN. Je suis sûre qu'on entendra demain matin ce qu'il se passe. S'il ne fait rien, Jay le dira à la presse. C'est notre seule option."

Je craignais que cela n'arrive si la ville ne mordait pas à l'hameçon. Si la presse s'en empare, je pourrais aussi bien appeler Aro et lui dire ce que j'ai fait car ça lui reviendrait instantanément.

Il aurait la bonne excuse qu'il attend désespérément pour me renvoyer à Volterra et ce serait la fin pour moi. Ma seule chance de survie est que le maire, ses subordonnés et la presse ne mentionnent jamais le fait qu'un devin a prédit le désastre mais qu'il agit de preuves scientifiques.

"Peux-tu vraiment prédire l'avenir, Edward?" demande Bella.

"Non, je ne peux pas… mais je connais quelqu'un qui peut... "

J'allais ajouter 'peut-on laisser les choses comme ça pour le moment?' mais Bella m'interrompt.

"Tu veux dire quelqu'un comme toi? Connais-tu d'autres personnes comme toi, qui vivent depuis longtemps?"

"Oui, mais ne me pose plus de questions, Bella. Je ne suis pas encore prêt à tout te dire mais peux-tu croire que je le ferai bientôt ?"

"D'accord," répond-elle et je peux dire qu'elle est déçue.

"Je promets," je répète, puis je prends sa main gauche, je la porte à ma bouche et je l'embrasse. Elle me sourit et je sais qu'elle me croie. Cependant, je n'ai toujours pas décidé si je dois lui dire ou non toute la vérité, pourquoi je suis comme je suis, je sais qu'elle va s'enfuir en hurlant et égoïstement, je ne veux pas ça… du moins pas encore.

Nous arrivons à l'hôpital juste après vingt-deux heures trente et nous nous garons à proximité. J'offre d'attendre dans la voiture mais elle me demande d'aller avec elle. J'hésite mais je peux dire qu'elle a besoin d'aide et que ce serait grossier de ma part de refuser. Si les médecins vont opérer ce soir, peut-être qu'elle verra son père pour la dernière fois. Si la transplantation ne marche pas, il n'y aura pas de retour en arrière pour lui et il mourra sans doute sous anesthésie.

En marchant vers les portes, nous entendons le bruit caractéristique d'un hélicoptère qui atterrit. On ne peut pas le voir mais on pense que c'est celui qui amène son père ici beaucoup plus vite que prévu. Les gardes forestiers doivent avoir une très haute opinion de lui pour lui offrir ce voyage, plus que je ne l'ai imaginé, ce qui me fait penser que Bella sera très fière de son père.

J'ai laissé Bella aller à la réception d'où nous sommes dirigés vers une salle d'attente. J'ai l'habitude d'être dans un hôpital à cause de la carrière antérieure de Carlisle et je peux zapper l'odeur du sang et autres odeurs humaines mêlées à toutes les autres odeurs associées aux traumatismes. Quoi qu'il en soit, m'asseoir à côté de Bella et ingérer son parfum est une distraction suffisante pour faire abstraction de ce qu'il se passe autour de moi mais je contrôle totalement mes instincts maintenant et elle n'est plus en danger à cause de moi.

Nous attendons une vingtaine de minutes qu'une infirmière passe la tête par la porte et repère Bella.

"Votre père est prêt à vous voir maintenant, ma chère," dit-elle gentiment. "Suivez-moi."

Je me lève aussi et je suis Bella au bout d'un long couloir mais quand nous arrivons devant la chambre, je reste en arrière car la dernière chose qu'il a besoin de voir, c'est un type étrange avec sa fille. Il a assez à faire pour l'instant. Bella entre et ferme la porte mais je peux encore entendre leur conversation très clairement. Je ne fais qu'écouter pour être prêt pour Bella quand elle devra le quitter.

"Quand vas-tu te faire opérer, papa?" demande-t-elle.

"Je ne suis pas sûr," répond-il d'une voix bourrue. "Les médecins vont me faire passer des tests ce soir et ils feront la même chose sur le foie du donneur juste pour voir s'il peut être transplanté avant qu'ils ne m'ouvrent."

"Sais-tu quelque chose sur le donneur?" demande Bella.

"Non, mais je doute qu'ils me disent quoi que ce soit. Normalement ce n'est pas quelque chose dont ils discutent avec le receveur. Je suis juste reconnaissant à la famille d'avoir donné la permission."

"Moi aussi, je lui suis reconnaissante," répond-elle et je l'entends renifler.

"Ne t'inquiète pas, Bells," dit son père, et j'entends le bruit de mouchoirs en papier sortant d'une boîte. "Nous avons l'occasion de penser positivement pour une fois. Ces derniers mois, je n'ai eu aucun espoir mais maintenant j'ai une chance. Si ça ne marche pas, qu'est-ce que j'ai perdu? Quelques mois de douleur et de souffrance, c'est tout. C'est la meilleure chose qu'il puisse arriver, Bella, même si je ne me réveille pas après l'opération."

"Ne dis pas ça, papa," elle pleure maintenant et je me sens impuissant.

A ce moment-là, deux médecins apparaissent à l'extrémité du couloir et se dirigent lentement vers moi. Je peux entendre leur conversation aussi facilement que si j'étais avec eux mais ce dont ils discutent à voix basse me fait frissonner jusqu'à mes os déjà froids.

"Quelle chance extraordinaire, Simon! Un jeune homme a été renversé par une voiture cet après-midi et amené ici à moitié mort. C'est un géant, il mesure près de deux mètres et pèse près de cent trente kilos et pas une once de graisse… Il est tout musclé, ce qui est une bonne chose pour nous car son physique a aidé à protéger ses organes.

Nous l'avons gardé en vie pour pouvoir faire tous les tests habituels mais l'électroencéphalogramme montré qu'il est en état de mort cérébrale donc il n'y a aucune raison de poursuivre le traitement. Maintenant que son père a vu les preuves et qu'il est d'accord qu'il n'y a plus d'espoir qu'il se réveille, ils vont éteindre la machine qui le maintient en vie ce soir. Son père a déjà donné la permission qu'il soit donneur mais nous ne pourrons utiliser que son foie et ses cornées à cause de la rareté de son groupe sanguin."

"Alors, comment avez-vous su si vite qu'il était du même groupe que Charlie Swan?" demande l'autre jeune médecin.

"Après qu'il ait été déclaré mort, j'ai entré ses informations dans la base de données des transplantations pensant que n'importe qui sur la liste serait compatible, et immédiatement le nom de Charlie Swan est apparu en haut de la liste. Une chance sur un million, Simon, et il était tout près."

A ce moment-là, les médecins m'ont rejoint et celui qui s'appelle Simon me jette un regard pénétrant en se demandant pourquoi je traîne ici.

"Le copain de la fille," dis-je, en haussant les épaules.

"Bien," commente l'autre médecin en passant la porte où je viens juste d'apercevoir Bella dans les bras de son père.

Alors que la porte se referme devant moi, l'horrible vérité de tout ce que je viens d'apprendre pénètre mon cerveau. Pour commencer, j'ai présumé que j'avais tué Black, donc c'était une nouvelle pour moi d'apprendre qu'il était encore en vie quand l'ambulance est arrivée. Ça n'a aucune importance comparé au fait beaucoup plus important que le père de Bella est plus que probablement sur le point de recevoir le foie de Jacob Black.

Charlie doit avoir des ancêtres amérindiens, c'est pourquoi Black et Charlie sont compatibles. Mais même l'horrible possibilité que la vie de Charlie soit sur le point d'être sauvée par le bâtard qui essayait de tuer sa fille n'est pas le facteur le plus inquiétant auquel je dois faire face.

Quand j'ai attaqué Jacob samedi et que j'ai fini couvert de son sang, il était évident qu'il était sur le fil du rasoir. Il n'était pas encore un loup mais la puanteur était là et je l'ai sentie tout de suite et Carlisle aussi. Ça ne faisait même pas cinq jours que j'avais mis Black en pièces, mais il avait suffisamment guéri dans ce court laps de temps pour être capable de remonter à moto, monter une colline, il est vrai qu'il boitait, et qu'il était capable de manier un couteau, donc il y a de fortes chances qu'il avait déjà fait la transition.

Je ne connais pas grand-chose à la médecine mais je dois supposer que si le père de Bella est greffé avec le foie de Jacob, il pourrait être infecté par le gène du lycanthrope, en particulier s'il a déjà un groupe sanguin étrange qui est compatible. Je sais que je dois passer un coup de fil avant que ça n'aille plus loin, même si ça veut dire que Charlie n'a pas la greffe. Je m'éloigne de la porte, je sors mon portable, je fais le numéro et j'attends.

Il répond presque immédiatement.

"Fils," dit-il sèchement.

"Carlisle, j'ai besoin de tes conseils et de ton aide, et j'en ai besoin maintenant."

Easier : plus facile


Note de l'auteur

Que pensez-vous que Carlisle va dire ? C'est une situation un peu délicate car c'est probablement la seule chance de survivre pour Charlie. Edward voudrait-il lui enlever ça ? Si Charlie a la greffe et est infecté, les médecins et les infirmières devront faire attention où ils plantent des aiguilles, au cas où leur patient s'énerverait – je dis ça... je dis rien.

C'est une autre complication dans la vie déjà surchargée de Bella. C'est mercredi soir, donc si l'opération a lieu le jeudi matin et le tremblement de terre doit se produire le lundi soir, ça veut dire que Charlie a moins de cinq jours pour se remettre assez pour être transféré, ce qui est peu, même avec le foie d'un loup!

C'est maintenant devenu très personnel pour elle que le Maire donne l'ordre d'évacuer la ville ou Charlie sera en danger. Le temps presse, donc si le maire refuse de la croire, Jay et elle n'auront pas d'autre choix que d'aller voir les chaînes de télévision et dire à la presse ce qui signifie que la vie d'Edward sera sérieusement menacée.

Joan xx

PS : Il n'y aura plus de répétition dans cette histoire à partir de maintenant. Promis !