Quelques jours plus tard

« Putain, c'est lourd ! Happy, donne-moi un coup de main ! »

Grey posa son carton en bas des marches et se retourna pour lancer un regard noir à Natsu, qui se débattait avec sa valise dans l'escalier.

« Tu crois pas que t'exagères un peu ?

— Non ! Pour un mec qui finit toujours à poil, je trouve que tu te préoccupes un peu trop de ton style !

— Je sais pas pourquoi je m'embête à tout emmener, de toute façon. C'est tellement le bordel, chez toi, j'aurai sans doute pas la place de caser toutes mes affaires...

— Si t'emportais pas l'équivalent d'une boutique de fringues, aussi ! »

Grey l'ignora et ramassa son carton. Happy le suivit en volant, Natsu sur ses talons.

« Attends-moi, espèce d'exhibitionniste !

— À mon avis, tu manques d'entraînement. Va falloir te refaire du muscle. C'est toujours comme ça, l'hiver : tu engraisses.

— Répète un peu ça, pour voir ! Il fait froid, c'est normal que je mange plus !

— Comme si tu mettais le nez dehors !

— C'est vrai que tu as pris un peu de poids, Nastsu... »

Grey s'arrêta, surpris. Il ne s'attendait pas à trouver un allié en Happy. Peut-être que la vie commune allait être plus aisée que prévu, se dit-il en souriant.

« Quoi ? s'étrangla Natsu. Tu es de son côté, maintenant ?

— J'ai juste fait une remarque, mais tu es trop susceptible, Natsu.

— Tu peux parler ! J'vais vous montrer si j'ai la forme... »

Le chasseur de dragons partit comme un flèche à travers le hall de la guilde et disparut à l'extérieur.

« Tu crois qu'il va courir comme ça jusqu'à la maison ? demanda Grey à Happy.

— Il en serait capable... soupira le chat bleu en secouant la tête.

— De toute façon, faudra que je fasse un aller-retour. J'ai encore des bouquins à... »

Il s'interrompit, bouche bée. Erza le dépassa, portant trois cartons empilés les uns sur les autres.

« Pas de problème, je m'en occupe. T'aider à emménager avec Natsu, c'est mon devoir d'amie, de coéquipière, et de mage de Fairy Tail. On y va !

— Euh... d'accord, acquiesça Grey en la suivant à l'extérieur. Mais laisse-moi au moins porter un truc...

— Tout est sous contrôle ! »

Happy et Grey suivirent la reine des fées qui traversa la ville au pas de course avec tous ses cartons, et ils trouvèrent Natsu en nage, qui reprenait son souffle en s'appuyant contre la porte d'entrée. Il les regarda d'un air mauvais.

« Erza t'a aidé, c'est de la triche.

— Pousse-toi, Natsu ! » exigea la reine des fées.

Il s'exécuta et la regarda entrer chez lui d'un pas conquérant.

« Je sens que la situation m'échappe déjà... » marmonna-t-il.

Erza ne s'arrêta pas en si bon chemin. Elle ordonna aux deux mages d'aller ranger leurs affaires et s'attela à mettre de l'ordre dans la cuisine.

« Pour bien commencer une vie commune, il faut commencer par un bon repas », déclara-t-elle en nouant un tablier dans son dos.

Natsu et Grey, qui n'avaient rien demandé, la regardèrent s'activer.

Une demi heure plus tard, elle déposa deux assiettes bien remplies sur la table et contempla son œuvre d'un air satisfait, poings sur les hanches.

« Je suis contente que vous ayez décidé de vivre ensemble, dit-elle en leur souriant.

— Tu ne restes pas manger ? demanda Natsu.

— Non, j'étais juste là pour vous donner un coup de main. Je sais bien que je devrais arrêter de vous materner, mais ce n'est pas facile d'abandonner un rôle qu'on a tenu toute sa vie. Mais vous vous en sortirez très bien, vous avez toute ma confiance.

— Euh... Merci.

— Happy, tu viens ? Je vais acheter du poisson ! »

Le mot magique fut suffisant pour convaincre Happy, qui partit joyeusement en compagnie de la reine des fées.

Une fois la porte close, Natsu et Grey se regardèrent, décontenancés. La maison leur parut soudain étrangement silencieuse. Puis, Natsu s'approcha de Grey et le fit reculer contre l'évier.

« Moi, je pense que le meilleur moyen de bien commencer une vie commune, c'est de baptiser la cuisine...

— Vraiment ? demanda Grey, amusé.

— Vraiment... fit Natsu en débouclant sa ceinture. Je veux te faire jouir dans toutes les pièces de la maison. D'abord, dans la cuisine, ensuite, je te sucerai dans ma... dans notre chambre, et pour finir, je te ferai l'amour sous la douche.

— Ça promet... »

Soudain, la porte s'ouvrit sur Erza.

« J'ai oublié de... Euh, peu importe. Je m'en vais ! »

Elle recula, mais, voyant qu'aucun des deux mages semblait n'avoir remarqué son intrusion, elle s'attarda sur le seuil une ou deux secondes de plus que nécessaire. Puis, elle rougit et se dépêcha de partir.


Quelques heures plus tard, après avoir suivi le programme de Natsu et dîné dans le calme, ils se glissèrent sous la couette pour un repos bien mérité.

Grey, cependant, ne trouvait pas le sommeil. Ça lui faisait bizarre de penser que désormais, il habitait ici. Il n'était plus chez Natsu, il était... chez eux. C'était une perspective à la fois agréable et un peu inquiétante. Et s'ils n'étaient pas prêts pour ça ? Si lui n'était pas prêt ?

« Je sais à quoi tu penses, grogna Natsu, la tête posée sur sa poitrine.

— Ah oui ? fit Grey en lui caressant les cheveux.

— Tu t'inquiètes trop.

— On ne se refait pas du jour au lendemain...

— Non, c'est vrai. Je te prouverai que tu n'as pas besoin de t'inquiéter. Je t'en fais la promesse. Et tu n'as...

— Jamais eu de raison de douter de ta parole.

— Exactement. »

Natsu se redressa et posa un baiser léger sur ses lèvres.

« Tu n'as pas à faire quoi que ce soit, tu n'as pas à changer quoi que ce soit. Tout ira bien. Je t'ai demandé de venir vivre avec moi parce que c'était ce que je voulais. Alors ne commence pas à te torturer pour rien.

— Je vais essayer... »


Une fois par semaine, Natsu et Grey avaient pris l'habitude de dîner en ville avec Kanna et Lucy. Kanna était arrivée à Fairy Tail la même année que Grey et tous les deux avaient toujours été proches. Quant à Natsu, il partageait une complicité particulière avec Lucy depuis le jour où ils s'étaient rencontrés. Aussi, cette petite sortie rituelle était pour eux un moment de la semaine qu'ils attendaient toujours avec impatience.

Ce soir-là, ils sortaient du restaurant et comptaient aller boire un verre avant de rentrer, quand quelque chose attira leur attention dans le jardin public. Une lumière dorée qui scintillait au milieu des massifs de fleurs, sans source apparente. En s'approchant, ils découvrirent que cela ressemblait à une sorte de déchirure, à travers laquelle ils pouvaient voir... un paysage !

« Vous croyez que c'est une sorte de portail ? dit Lucy en contemplant le désert rocailleux qui s'étendait de l'autre côté.

— Genre... vers un autre monde, tu veux dire ? demanda Grey.

— Je ne sais pas, mais en tout cas, c'est comme si on regardait à travers une fenêtre...

— Il n'y a qu'un moyen de vérifier, pas vrai ? fit Natsu en se dirigeant vers la lumière.

— Attends ! Tu ne sais pas... »

Grey s'interrompit et soupira. Natsu était déjà passé de l'autre côté.

« Bon sang, parfois, je le hais, marmonna-t-il en s'approchant à son tour du portail.

— Grey, tu es sûr ? » demanda Kanna.

Il haussa les épaules.

« S'il s'agit bien d'un autre monde, je ne vais pas laisser Natsu l'explorer sans moi », déclara-t-il en souriant.

Et il disparut à son tour. Les filles se regardèrent, mais leur hésitation ne dura pas bien longtemps. L'une après l'autre, elles franchirent le portail.

Tous les quatre se retrouvèrent au beau milieu d'un désert de rocaille et de sable où émergeaient de massives formations rocheuses couleur rouille. Le soleil était haut dans le ciel et tapait dur. En tournant sur eux-mêmes, ils ne virent aucune trace de civilisation à l'horizon. Plus inquiétant, le portail semblait s'être refermé sur leur passage. Ils ne tardèrent pas à trouver une piste, avec des empreintes indiquant le passage d'un véhicule. Il y avait donc des gens qui passaient par ce trou perdu ! Ils commencèrent à suivre la route, espérant qu'ils tomberaient rapidement sur quelqu'un qui puisse les amener en lieu sûr, et surtout leur expliquer où ils pouvaient bien se trouver.

Au bout d'une heure ou deux, un rugissement de moteur monta dans le lointain, et bientôt, un véhicule apparut dans un nuage de poussière, les quatre roues en feu. Le bolide les dépassa à toute vitesse, mais quelques centaines de mètres plus loin, il freina brutalement. Après quelques secondes, le conducteur passa la marche arrière et revint à leur hauteur dans un déluge de flammes. Le pilote baissa la vitre et les dévisagea avec une sidération qui égalait au moins la leur.

« Vous voyez ce que je vois ? » demanda Natsu, qui se disait qu'il avait probablement bu un ou deux verres de trop au restaurant. Mais le silence consterné de ses camarades semblait pourtant indiquer que non...

« Mais c'est complètement dingue ! s'exclama le pilote en plissant les yeux. Lucy ? Kanna ? Grey ?... Natsu ?

— Oui, c'est bien nous », dit Kanna, revenue de son étonnement. Après tout, la situation était certes très bizarre, mais aussi étrangement comique. « Il est pas chou, ce Natsu ? » demanda-t-elle à ses camarades en observant le jeune homme, un poing sur la hanche.

La portière côté passager s'ouvrit, et une réplique de Grey apparut, portant mitaines, écharpe et manteau long malgré la chaleur écrasante. Il regarda les nouveaux venus sans rien dire, s'attardant sur son double qui se promenait en caleçon, et rougit légèrement.

Soudain, Natsu tira sans ménagement son alter-ego de la voiture et le jeta sur le sable.

« Je peux savoir pourquoi tu as la même tête que moi ? Et pourquoi tu conduis une putain de voiture ?! »

Le pilote sembla complètement décontenancé. Il perdit ses moyens et se mit à balbutier.

« Je... je m'excuse ! Je ne sais pas qui vous êtes ! Je ne sais pas pourquoi vous êtes là ! Et je... euh, je conduis une voiture parce que c'est ma spécialité.

— Ta spécialité ? hurla son double. Et comment tu fais, pour le mal de transport ?

— Je... je l'ai jamais eu...

— Quoi ?! » Natsu se pencha et le saisit par le col. « Comment tu fais ? C'est quoi ton secret ? »

Son alter-ego, qui semblait maintenant tout bonnement terrifié, le regarda avec de grands yeux sans proférer une parole.

« Hé, vas-y doucement ! protesta Lucy. Tu lui fais peur ! »

Le pilote se tourna vers elle avec une telle expression d'étonnement que Lucy s'en sentit mal à l'aise. C'était comme si son intervention était bien la dernière chose à laquelle il se serait attendu ! Elle regarda l'autre Grey, qui semblait également terrorisé et restait prudemment hors de portée, de l'autre côté de la voiture.

Kanna éclata de rire.

« Ils sont adorables ! Dites, les garçons, Fairy Tail, ça vous dit quelque chose ? »

L'alter-ego de Natsu se redressa et recula contre le véhicule, puis il échangea un regard avec l'autre Grey.

« O-oui... murmura-t-il. C'est notre guilde. »

Les nouveaux venus ne dirent rien. Qu'est-ce que tout cela pouvait signifier ?

« Je... Je ne sais pas d'où vous venez, dit l'autre Natsu, mais on peut vous y conduire, si vous voulez. On revient de la ville avec les provisions pour toute la guilde, alors vous allez être un peu serrés, mais...

— Je monte pas dans ce véhicule de l'enfer, moi, protesta le chasseur de dragons.

— On est en plein désert, le raisonna Grey. On n'a pas vraiment le choix. »

Le chasseur de dragons lui répondit par un grognement exaspéré, mais accepta de mauvaise grâce. Tous les quatre se tassèrent à l'arrière et l'alter-ego de Natsu démarra en trombe. Il les observa dans le rétroviseur, l'air nettement plus assuré maintenant qu'il était de retour aux commandes.

« Comment vous avez atterri dans ce désert ? demanda-t-il.

— On a franchi une sorte de portail, expliqua Lucy. Je ne crois pas que nous soyons encore dans notre monde. J'ai lu des trucs à ce sujet : des dimensions parallèles... Ça expliquerait pourquoi vous êtes des doubles de nos amis. Votre monde est comme un reflet du nôtre, mais un reflet déformé...

— Vous aussi, Kanna et Lucy, vous avez votre double ici.

— Elles vous ressemblent pas du tout, ajouta Grey.

— Surtout Lucy, renchérit Natsu, et tous les deux se regardèrent en frissonnant.

— Pourquoi ? Comment ça ? Je suis comment ?

— Tu verras bien assez tôt », marmonna Natsu.

Grey, qui n'y tenait plus, demanda à son double :

« Pourquoi est-ce que tu es fringué comme ça, au juste ? On est en plein désert !

— Je suis... euh... Je suis très frileux. »

« Frileux... rigola Natsu. Ça, c'est vraiment la meilleure. » Il s'interrompit et devint livide. « Oh non... Je vais vomir... »

Au cours du trajet, les filles bombardèrent les doubles de Natsu et Grey de questions. Elles apprirent qu'ils se trouvaient dans un monde appelé Edolas, où la magie était rare et essentiellement concentrée dans des objets qu'on utilisait pour se battre ou pour améliorer la vie de tous les jours. Edolas était dirigé par un roi tyrannique cherchant à s'accaparer toutes les ressources magiques, et la guilde de Fairy Tail vivait dans la clandestinité, changeant de position le plus souvent possible pour éviter la redoutable Erza Knightwalker, chevalier d'élite du royaume dont la principale fonction consistait à traquer tous ceux qui utilisaient la magie illégalement. Tout cela n'avait rien de très réjouissant, et en plus, ils n'avaient pas la moindre idée de la façon dont ils allaient pouvoir rentrer dans leur monde...

Bientôt, le désert laissa la place à une étrange forêt où poussaient des arbres gigantesques et de gros champignons mauves. Edo-Natsu pilota son véhicule à travers la végétation dense avec une maîtrise qui dénotait une longue habitude, pendant que son alter-ego priait pour qu'ils soient vite arrivés. Enfin, le bolide s'arrêta dans un crissement de pneus devant un gros arbre tordu percé de fenêtres et portant l'emblème de la guilde. Ils sortirent de la voiture et contemplèrent cette autre version de leur QG de guilde.

« C'est vraiment incroyable », murmura Lucy.

Edo-Grey et Edo-Natsu semblaient anxieux à l'idée d'avoir du retard et se dépêchèrent de sortir leurs courses du coffre avant de se diriger à pas vifs vers la porte d'entrée. Les autres les suivirent et pénétrèrent dans le hall de guilde, plus petit que celui qu'ils connaissaient, mais toujours plein de buveurs et de conversations joyeuses.

Kanna se figea sur le seuil, paralysée en découvrant son double. Son alter-ego portait une robe à dentelle et à froufrous et buvait son thé dans une attitude réservée et distinguée en discutant très civilement avec Wakaba et Macao, qui semblaient beaucoup plus jeunes... et beaucoup plus exubérants que les versions originales. La cartomancienne se tourna vers Lucy, qui semblait elle aussi sur le point de s'évanouir. L'autre Lucy, habillée tout de noir, se précipita sur Edo-Natsu et lui tordit le bras tout en hurlant : « Qu'est-ce qui t'as pris autant de temps, espèce de minable ?! Ça fait des heures qu'on vous attend ! »

Edo-Natsu se décomposa.

« Pardon... On a fait vite, mais... On a trouvé ces gens sur la route... »

Edo-Lucy se tourna vers les nouveaux arrivants et, bien que surprise, elle les gratifia d'un regard noir.

« Non mais d'où vous sortez, vous ?

— Dis donc, elle est sexy, ton autre toi... » roucoula Kanna dans l'oreille de Lucy.

Pendant ce temps, Edo-Grey se précipitait vers une version de Jubia froide et distante, qui repoussa ses compliments empressés avec une remarque sèche et une moue pincée.

« Incroyable... murmura Grey devant ce spectacle désolant.

— Hé, je vous ai posé une question ! s'enflamma Edo-Lucy, qui n'avait toujours pas lâché Edo-Natsu.

— Euh... On vient d'un autre monde, tenta d'expliquer son alter-ego.

— Comment ça, un autre monde ?

— On est passés à travers une sorte de portail, et on s'est retrouvés ici. Je pense qu'il doit s'agir d'un genre de dimension parallèle...

— Vous portez l'emblème de Fairy Tail... Tu veux dire que vous êtes... D'autres versions de nous ?

— C'est ça... »

Edo-Lucy réfléchit, sourcils froncés, pendant qu'Edo-Natsu essayait toujours mollement d'échapper à ses griffes.

« Ça me semble possible. Ce n'est pas exactement la première fois que ça arrive. Mais on n'avait encore jamais rencontré nos doubles... »

Elle observa attentivement les nouveaux venus, et quand elle vit Natsu, elle sourit d'un air inquiétant.

« Alors, Natsu, comment tu trouves notre monde ? »

Le chasseur de dragons, encore blême et malade à cause du trajet en voiture, marmonna qu'il avait faim et s'éloigna.

Edo-Lucy haussa les sourcils. « Il a plus de répondant que toi », dit-elle, souriante, en continuant de torturer le pauvre Edo-Natsu. « Bon, venez ! Je vais vous présenter au reste de la guilde. »

En dépit de l'effet de surprise et de confusion que provoqua leur arrivée, ils furent plutôt bien accueillis dans cette autre version de leur guilde, où beaucoup de mages peu puissants ou trouillards semblaient ici tenir le haut du pavé. Seule Mirajane était étrangement égale à elle-même, toujours souriante, bienveillante et calme, s'occupant de servir les bières à toute la joyeuse troupe.

Kanna alla chercher un tonneau en réserve : elle avait au moins besoin de ça pour surmonter la vision terrifiante de son double et sa tasse de thé... Lucy s'assit avec son alter-ego, bientôt rejointe par Jubia et Reby. Lucy n'en menait pas large : les filles d'Edolas étaient de vraies terreurs, et la constellationniste sentit sa timidité naturelle prendre le dessus sur son côté sociable et enjoué. Ces filles lui fichaient la trouille ! Elle soupira de soulagement en voyant Kanna revenir : elle allait avoir besoin de sa force et de son assurance pour tenir le coup...

Kanna, elle, riait sous cape : elle avait subrepticement versé un peu de whisky dans la théière de son alter-ego... De quoi décoincer cette vieille rabat-joie, espérait-elle !


Grey avisa Edo-Natsu, qui s'était isolé dans un coin de la salle, et se dirigea vers lui. Il s'assit en face de lui et croisa les bras sur sa poitrine en l'observant, souriant.

« Tu es très différent du Natsu que je connais », dit-il.

Edo-Natsu le regarda à la dérobée et se concentra sur son repas.

« Il fiche la trouille... » murmura-t-il très bas.

Le sourire de Grey s'élargit.

« Il est pas si terrible, quand on apprend à le connaître... »

Edo-Natsu posa sa fourchette et le regarda plus franchement.

« Je peux... je peux te poser une question ?

— Vas-y, je t'écoute.

— Pourquoi... Pourquoi tu es à poil ? »

Grey éclata de rire.

« C'est une sale habitude. Je suis un mage de glace. Pour maîtriser mes pouvoirs, j'ai dû apprendre à supporter le froid, et j'ai passé des années à m'entraîner nu dans la neige. »

Edo-Natsu le fixa avec de grands yeux.

« Sans déconner ?...

— C'est la pure vérité.

— Wow... Ton autre toi... Il est comme moi : on est les plus nuls de la guilde. »

Grey en resta bouchée bée.

« Vraiment ?

— Ouais... On n'a aucune crédibilité, et les autres passent leur temps à nous chercher des noises... »

Grey éprouva un élan de tendresse pour Edo-Natsu. Kanna avait raison : il fallait bien avouer que cette version timide de son redoutable chasseur de dragons était terriblement adorable...


Quand Natsu remarqua que Grey draguait éhontément son alter-ego, son sang se mit à bouillir d'indignation. Il regarda autour de lui et vit l'autre Grey qui buvait tout seul d'un air triste en couvant Jubia des yeux. Il s'approcha en roulant des mécaniques, s'assit et sourit largement à Edo-Grey.

« T'en fait une tête ! T'as l'air complètement déprimé... »

Edo-Grey soupira et serra son manteau autour de lui.

« Non, ça va...

— On dirait que toi et mon autre moi avez la vie dure, ici...

— Les filles nous martyrisent...

— Faut vous défendre !

— Nous défendre ? » Edo-Grey le dévisagea comme s'il venait de dire une énormité. « Tu les as bien regardées ?! Elles font peur !

— C'est vrai... dit Natsu pensivement en observant Edo-Lucy. Mais c'est pas une raison ! Personne vous respectera si vous vous imposez pas un peu.

— Facile à dire... » marmonna Edo-Grey.


De l'autre côté de la salle, Edo-Kanna appela Mirajane d'une voix distinguée :

« Mira ! Mira ! As-tu préparé mon thé comme à l'ordinaire ? Je lui trouve un petit goût étrange !

— Je n'ai rien changé, Kanna ! C'est ton thé préféré ! »

La magicienne fronça les sourcils et reprit une gorgée en plissant le nez. Elle devait rêver.

Lucy était en train de raconter à son double à quoi servait le trousseau de clés qu'elle portait à la ceinture, sujet qui semblait la fasciner. Du coin de l'œil, cependant, elle ne cessait de surveiller Edo-Natsu.

« Dis donc... glissa-t-elle à Lucy. Ton Grey, il serait pas en train de draguer mon Natsu ?

— J'ai l'impression que mon Natsu fait pareil avec ton Grey...

— Ils sont gays, chez vous ?

— Oui... Et... Moi aussi, d'ailleurs, avoua Lucy et prenant la main de Kanna.

— Sans blague ?! »

Edo-Lucy regarda Edo-Kanna. C'est vrai que c'était une belle femme... Et le violet de ses yeux était hypnotisant. Soudain, elle fronça les sourcils. Edo-Kanna serrait le bras de Wakaba en battant des cils et en riant un peu trop fort.

« Qu'est-ce qui lui prend ?

— Tu ne vas pas tarder à le découvrir... murmura Kanna d'un air ravi, tout en sirotant son vin. Cette fille a besoin de se dévergonder. »

La cartomancienne reporta son attention sur Edo-Lucy et lui adressa un sourire aguicheur.

« Dis-moi, ma belle, ça te dirait que je te lise ton avenir ?

— Mon avenir ?!

— Oui, dans les cartes.

— Oh... Je ne sais pas. Ma Kanna l'a fait pour Grey la semaine dernière et elle lui a prédit que son obsession pour Jubia était sur le point de disparaître...

— Ah ! Si seulement ! s'exclama Jubia en levant les yeux au ciel.

— Il n'y a pas plus douée que moi, assura Kanna. Pas vrai, Lucy ?

— C'est la vérité. Ses prédictions se révèlent presque toujours exactes.

— Bon, d'accord... »

Kanna disposa ses cartes sur la table, face cachée, puis les retourna une à une.

« Hum... Intéressant, murmura-t-elle.

— Quoi ?

— Le roi de ce pays va bientôt tomber. Et on dirait que c'est toi qui seras l'instrument de sa chute...

— Moi ?! Le roi vit terré dans son château, et sous très bonne garde. Pour l'atteindre, il faudrait que j'affronte Erza Knightwalker, et c'est la guerrière la plus redoutable du pays.

— Si votre Erza est un tant soit peu semblable à la nôtre, je comprends ton scepticisme, mais tu m'as l'air plutôt capable. »

À ces mots, Edo-Lucy rougit légèrement, ce qui ne manqua pas d'étonner ses camarades.

« Quand bien même... Je ne suis pas de taille à rivaliser avec elle.

— Ce n'est pas moi qui le dis, chérie, ce sont les cartes. »

Elles furent interrompues par une Edo-Kanna enthousiaste qui s'assit avec elles et passa son bras autour des épaules de Lucy en déposant un baiser sonore sur sa joue.

« Tu es chou, Lucy de l'autre monde ! » Elle vacilla sur le banc. « J'ai la tête qui tourne... Qu'est-ce qui m'arrive ?

— Un petit cadeau de ton alter-ego », sourit Kanna, satisfaite.

Lucy, assise entre les deux, se demanda comment elle avait bien pu se retrouver dans cette situation. Coincée entre sa petite amie et le double de sa petite amie... Et toutes les deux étaient ivres ! Edo-Kanna lui caressait les cheveux en s'extasiant tandis que son alter-ego plantait de petits baisers partout sur son épaule et dans son cou. Elle se tortilla les doigts d'embarras : elle ne savait plus où se mettre ! Elle jeta un regard de détresse à son alter-ego, mais cette scène avait l'air de l'amuser au plus haut point.

« Ahah, débrouille-toi sans moi ! Je vais aller voir si ton Grey n'est pas en train d'endoctriner mon Natsu. »


Un peu ivre et déstabilisé par les événements de la journée, Grey se dirigea plus ou moins à l'aveuglette vers le chambre qu'on lui avait attribuée. Il poussa le battant et referma soigneusement la porte derrière lui. Puis, il se débarrassa de ses vêtements et se glissa sous les draps pour enlacer Natsu.

Celui-ci se tendit aussitôt et sans se retourner complètement, il demanda à voix basse :

« Grey ? C'est toi ?

— Évidemment ! Qui veux-tu que ce soit ? »

Il se rapprocha encore et se redressa pour surplomber son amant. Il se pencha et l'embrassa doucement. Ce fut à ce moment-là qu'il s'aperçut que quelque chose n'allait pas. Natsu était une véritable boule de nerfs, tout son corps était tendu et... étrangement tiède.

« Attends.. murmura Grey. Tu n'es pas mon Natsu, pas vrai ?

— Je... Je ne crois pas... » lui répondit une petite voix dans le noir.

Il tendit le bras et tâtonna pour trouver l'interrupteur de la lampe de chevet. La lumière jaillit et révéla un Edo-Natsu à moitié terrifié.

« Merde... murmura Grey. Je crois que je me suis trompé de chambre. »

Il observa le visage de l'autre Natsu, tandis que ce corps si semblable à celui qu'il connaissait bien gisait sous son poids, tous les angles et aspérités s'enfonçant dans les siennes.

Déstabilisant.

Grey bascula sur le côté et regarda Edo-Natsu tandis qu'il se redressait pour s'asseoir dans le lit, rassemblant les couvertures autour de lui.

« Je... je n'ai pas fait exprès, marmonna Grey.

— Ça fait rien... »

Le mage de glace examina attentivement Edo-Natsu.

« Dis-moi... J'ai l'impression que... Enfin, je veux dire... Grey et toi, vous... Vous n'êtes pas ensemble ? »

Edo-Natsu se renfrogna et regarda ses pieds qui dépassaient dans les draps blancs.

« Non... » lâcha-t-il, comme s'il s'agissait de la confession du siècle.

Grey hésita. Il laissa son regard dériver sur le corps moulé sous les draps, se mordit la lèvre, puis respira un grand coup et se força à la neutralité.

« Tu as l'air déçu en disant ça », dit-il doucement.

Le silence qui s'ensuivit se prolongea tant et si bien que Grey était à peu près sûr de n'obtenir aucun réponse quand soudain, Natsu se lança :

« C'est vrai. Je... je suis amoureux de... de lui ! s'exclama-t-il dans une affirmation butée mais balbutiante.

— Et ? Quel est le problème ? demanda Grey d'un air bienveillant.

— Tu es sérieux, là ?! » s'écria Natsu en rassemblant ses jambes sous son menton, disparaissant presque entièrement sous les draps. « Tu l'as bien vu ? Il ne voit rien d'autre que Jubia ! »

Grey considéra cette affirmation un moment.

« Jubia... murmura-t-il. Ouais. D'après ce que j'ai vu, c'est pas faux. Mais à mon avis, c'est juste une obsession.

— Qu'est-ce qui te fait croire ça ? » attaqua Edo-Natsu avec une agressivité que Grey reconnut parfaitement.

Cependant, il choisit d'esquiver le sujet.

« Tu veux dire qu'avec mon autre moi, tu n'as jamais... »

Edo-Natsu rougit de façon flamboyante et hyper-sexy.

« Non, dit-il d'une voix sourde. Je ne suis pas comme vous. Avec personne... »

Grey se mordit la lèvre. Ça allait être dur. Il était nu dans un lit avec un alter-ego de Natsu vierge et complètement frustré par sa situation actuelle. Je ne peux pas tromper Natsu... avec Natsu ?

« Non mais à quoi tu es en train de penser, là ?! »

Grey se figea. Il avait réfléchi à voix haute !

« Désolé... »

Une nouvelle fois, il se mordit la lèvre, mais cela n'allait sûrement pas suffire pour contenir l'érection qui grandissait entre ses cuisses. À son tour, il attrapa les couvertures pour couvrir sa nudité.

« C'est juste que... enfin... » balbutia-t-il. Il fit un effort pour s'arrêter de parler et réfléchir avant d'ouvrir la bouche de nouveau.

« Écoute, Natsu, reprit-il d'une voix plus posée. Si je te dis ça, c'est parce que d'après moi, il n'existe aucune version de moi qui pourrait ne pas tomber amoureuse de n'importe quelle version de toi. »

À cela, Edo-Natsu resta absolument muet.

« Je sais que ça a l'air idiot, reprit Grey en voyant son air déconfit. Mais c'est ce que je ressens. Dans notre monde, Natsu et moi, on... On vit ensemble. Depuis peu, c'est vrai. Mais je l'aime de tout mon cœur. Je ne me permettrais pas d'insister si... Si tu n'avais pas dit 'non' avec cette déception dans la voix... »

Edo-Natsu continua obstinément à fixer ses pieds, jusqu'à ce qu'il dise :

« Je suis content pour vous. Vraiment. Mais pour nous, ce n'est pas possible. Ça fait des années qu'il me parle de Jubia à longueur de journée.

— Je continue à penser que ce n'est qu'une obsession. Il l'admire, c'est tout. Et c'est bien parce qu'elle est inaccessible que ça lui facilite la tâche. Je me connais ! C'est juste tellement typique... »

Edo-Natsu parut déstabilisé. Il remua dans le lit et tritura une mèche de cheveux rose entre ses doigts.

« Et alors ? dit-il finalement. Qu'est-ce que ça change pour moi ? »

Grey inspira. Il savait que c'était une bêtise, mais il avait juste terriblement envie de céder à la tentation. Il tendit la main et attrapa le menton d'Edo-Natsu entre ses doigts, puis il se rapprocha jusqu'à ce que ses lèvres effleurent presque les siennes.

« Tu veux séduire mon alter-ego ? Je peux te montrer comment faire. Donne-moi l'ombre d'un consentement, et je te ferai passer la meilleure nuit de ta vie. En tout cas... jusqu'à ce que tu te décides à coucher avec lui. »

Edo-Natsu en resta bouche-bée.

« Mais c'est... Mais je... »

Grey l'embrassa. Il sentit Edo-Natsu se débattre et fondre presque aussitôt. Sa langue se mêla à la sienne, ses mains s'agrippèrent à son dos.

Grey se détacha de son étreinte.

« Soyons clairs. Je nage en pleine confusion. Je ne veux pas te forcer à quoi que ce soit. C'est juste que... Tu es Natsu, et même si tu es une version différente, je t'aime...

— Je m'en fous, grogna l'autre en refermant sa poigne sur ses bras. Tu veux me montrer ? Montre-moi. Montre-moi tout ce dont il a envie. »

À ces mots, Grey sentit tous ses scrupules fondre comme neige au soleil. Il essaya une dernière fois :

« Tu es sûr ? Je te trouve incroyablement sexy et je n'ai qu'une envie : te baiser là, maintenant, tout de suite. Mais je viens d'un autre monde. Je peux et je veux te montrer tout ce que j'ai appris. Mais tu dois me dire non, maintenant. Sinon... Je ne crois pas que je pourrais m'arrêter.

— Je te veux ! Maintenant, tout de suite ! Si tu sais quoi faire, alors je veux tout savoir. J'en ai assez d'attendre, alors même si c'est la seule chance que j'ai... Je le veux comme je n'ai jamais voulu personne. Maintenant, Grey ! »

Le mage de glace prit une brusque inspiration, presque tétanisé par le désir.

« Ok... murmura-t-il. Dans ce cas, ça sera cours magistral. D'abord, j'aime commencer comme ça... »

Il se pencha et enfouit ses lèvres dans le cou de Natsu, à la recherche de la veine battante qu'il aimait tant sentir pulser sous sa langue. Il l'embrassa langoureusement tout le long de la jugulaire et dériva vers la nuque tandis que l'une de ses mains agaçait un téton et que l'autre caressait la peau fine de son bas-ventre. Edo-Natsu se tendit et se cambra sur le matelas.

« Et ensuite ? demanda-t-il d'une voix confuse mais résolue.

— Ensuite, j'adore ça », dit Grey en se redressant avant de se pencher entre les cuisses écartées d'Edo-Natsu.

Il pompa sa verge énergiquement, tout en laissant assez de temps entre les sucions pour laisser le temps au corps de son partenaire de se tordre d'envie et de plaisir.

Edo-Natsu souleva son bassin dans un mouvement brusque qui étrangla Grey, mais rapidement, il s'adapta au rythme effréné de son partenaire. Il le laissa quelques instants s'engouffrer dans sa bouche jusqu'au fond de sa gorge, puis le lâcha brusquement.

« On est d'accord, c'est super bon, mais c'est pas facile pour celui qui reçoit, expliqua-t-il. T'as pas envie de le faire vomir, si ? »

Edo-Natsu secoua la tête d'un air confus.

« Pas de panique, c'est normal. Mais si tu es prêt à t'enfoncer comme ça dans ton partenaire... Tu devrais aussi savoir comment c'est. »

Sur ce, il enfonça deux doigts dans sa bouche. Par réflexe, Edo-Natsu les suça. Grey retira sa main et la fit glisser sous ses reins jusqu'à ce qu'ils effleurent la raie de fesses et le contour de son anus. Edo-Natsu se contracta et Grey continua de décrire des cercles lents et appuyés tout autour de l'orifice, poussant son amant dans ses retranchements, le contraignant à gémir de plaisir à cause d'une sensation qu'il n'avait encore jamais expérimentée de sa vie. Puis, ses doigts se glissèrent à l'intérieur. L'autre Natsu se figea quelques secondes, le temps de s'habituer à la sensation.

« Ça fait mal... murmura-t-il.

— C'est tout ? demanda Grey en stoppant ses mouvements.

— Non... soupira Natsu avec une sensualité qui lui fit perdre son sang-froid.

— Attends une seconde », murmura Grey.

Il retira doucement ses doigts et se dépêcha d'aller chercher dans son sac une bouteille de lubrifiant.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda Edo-Natsu.

— Ton passeport pour le paradis », répliqua Grey.

Il enduisit ses doigts et l'anus de son partenaire de gel, puis il revint à l'assaut.

Ses doigts glissèrent plus facilement et plus profondément. Edo-Natsu retint son souffle.

« Ça va ? demanda Grey.

— Oui... Ne t'arrête pas... Mais vas-y doucement. »

Grey obéit, le touchant jusqu'à ce qu'il sente l'orifice étroit se relâcher au contact de ses doigts.

« Tu es prêt ? demanda-t-il en souriant.

— Prêt... à quoi ?

— On est pas obligés. Je veux juste essayer. »

Edo-Natsu ferma les yeux et déglutit.

« Ok. Essaie. Doucement. S'il te plaît. »

Grey ignora la partie de lui-même qui lui tordait le bas-ventre et exigeait d'en finir ici et maintenant. Au lieu de ça, il s'écarta et invita Natsu à se redresser. Il se nicha derrière lui, entre ses cuisses, et appuya doucement son gland entre ses fesses. Edo-Natsu eut un sursaut. Grey réagit aussitôt en passant un bras autour de sa taille pour se saisir de sa queue dressée.

« Je ne vais pas te faire de mal, murmura-t-il tout contre son oreille. Tu n'as absolument rien à craindre. »

Il continua à balancer le bassin, jusqu'à ce que son partenaire se détende et suive ses mouvements. Il resserra sa poigne sur sa queue. C'était toujours plus facile quand on était au bord de l'orgasme. Quand Edo-Natsu se laissa aller contre sa poitrine en gémissant, il introduisit sa verge en lui, sans pousser. Edo-Natsu se tendit mais ne protesta pas. Grey continua à le masturber tout lui dévorant le cou, se laissant aller jusqu'à imprimer quelques suçons sur la peau fine et tendue de son cou. Quand il entendit son amant se mettre à râler de plaisir, il donna un petit coup de rein. Edo-Natsu lui cria d'arrêter, et il s'immobilisa aussitôt.

« Je ne te ferai pas de mal, répéta-t-il. Je ne fais rien que je n'ai déjà fait. Mais si tu n'en veux pas, j'arrêterai aussitôt.

— C'est juste que...

— Je sais. Détends-toi. Je te promets que ça en vaut la peine. »

Petit à petit, il sentit son partenaire se détendre. L'entrée était toujours aussi étroite, mais il n'avait pas besoin de forcer. Tout doucement, il s'enfonça plus profondément.

« Ok, arrête là. J'ai besoin de m'habituer. »

Grey se figea. Edo-Natsu resta immobile quelques instants, puis il commença de lui-même à onduler des hanches. Grey refréna son désir en attendant que son partenaire trouve son propre rythme. Et soudain, presque d'un seul coup, Edo-Natsu se pencha en avant en gémissant.

« Oh oui, comme ça... Je la sens... Grey... »

Celui-ci recommença à le masturber fermement tout en donnant de petits coups de rein, calquant prudemment son rythme sur celui d'Edo-Natsu. Du moins jusqu'à ce que celui-ci se rejette en arrière dans les bras de Grey en haletant bruyamment.

« Grey... gémit-il. Je te sens en moi... Je... Essaie de continuer sur ce rythme. »

Grey sourit sans rien dire. Il savait ce qui se passait dans le corps de son amant. Il avait touché le point sensible. Il le serra dans ses bras et projeta son bassin en avant. Son amant prit une inspiration tremblante et attrapa sa main pour la serrer sur sa queue.

« Comme ça... C'est bon... »

Grey enfouit ses lèvres dans sa nuque, à la naissance de ses cheveux.

« Tu en as envie ? Tu veux que je te baise ?

— Oui... » murmura Edo-Natsu de manière presque inaudible.

Grey modifia ses appuis sur ses genoux et donna un nouveau coup de rein, la main droite toujours serrée sur le sexe en érection d'Edo-Natsu. Les plaintes sexy qu'il obtint le poussèrent à s'enfoncer plus profondément. Plus il pénétrait son amant, plus celui-ci s'effondrait en arrière, pesant de tout son poids entre ses bras, et plus il balançait son bassin pour s'accorder à sa queue et aux mouvements de sa main. Grey se sentit parcouru d'un frisson électrique du sommet du crâne jusqu'à la pointe des orteils.

« Bon sang, Natsu, tu es tellement sexy...

— Alors continue à me baiser ! Plus vite... Plus fort... Je veux te sentir tout au fond de moi. Je veux sentir ta queue. »

En entendant ses paroles, Grey abandonna ses derniers scrupules. Il baisa Natsu jusqu'au fond des tripes, et son orgasme lui enleva temporairement l'usage de ses capacités intellectuelles. Quand il enfonça sa verge dans ce trou chaud et moite jusqu'aux derniers soubresauts du plaisir, il se contenta d'étreindre son partenaire en murmurant des paroles décousues dans le creux de sa nuque, jusque'à ce qu'il sente le bas de son dos céder sous la pression. Malgré l'arrière-plan de culpabilité, il avait juste la sensation d'avoir fait l'amour au seul homme qu'il ait jamais aimé.

« Je t'aime... » chuchota-t-il tandis qu'il desserrait son étreinte.

Edo-Natsu se replia sur lui-même tout en essuyant son torse luisant de sperme, mais il laissa Grey glisser ses bras sur sa poitrine et se laissa aller contre lui sans se poser davantage de questions. Il se sentait vidé et complètement désorienté, et refusait de penser à ce qui venait se passer. La seule chose importante, c'était de sentir cette poitrine qui se soulevait contre son dos, ce cœur qui battait contre ses côtes. L'épuisement le gagnait et c'était tant mieux. Il ferma résolument les yeux et se laissa emporter par la torpeur, dans les bras de Grey.