Chapitre 20, Hybrid Theory XX
Yoruichi avait toujours été d'une nature enjouée et la perspective de découvrir l'un des principaux secrets de Kisuke était une source inépuisable d'engouement, puisqu'elle espérait tant en savoir davantage sur la vie si mystérieuse de cet homme dont elle partageait la vie depuis qu'ils étaient enfants, ayant pratiquement vécu ensemble toute leur vie.
Alors quand Lhéonardo Öderricht avait fini par accepter les propositions sans fin de Kisuke de passer quelques temps en leur compagnie à la planque, elle s'était difficilement retenue de hurler de joie. A ses côtés, même Ichigo avait paru sincèrement content que les choses se profilent de cette façon. Si Kisuke pouvait parfois être un mur, cet Arrancar semblait plus enclin à discuter et aucun des deux ne laisserait cette occasion passer. Grimmjow tirait la tronche depuis, mais connaissant son sentiment à l'égard de Lho, personne ne lui en tint vraiment rigueur. Ichigo tenta pourtant de le dérider un peu en l'embêtant, mais il ne réussit qu'à le rendre encore plus énervé.
Ils étaient encore dans le cimetière lorsque tout s'était décidé, puis ils décidèrent de rentrer sans perdre de temps, conscients que Renji n'était sans doute pas mort – quoique sans doute sérieusement blessé – et que conséquemment, d'autres Shinigamis allaient débarquer pour vérifier l'état du Capitaine et le rapatrier dans leur monde.
« Ichigo, où vas-tu ? Le coupa Hiyori en le voyant déjà marcher, mais dans la mauvaise direction.
- Faire un tour. Partez devant, je vous rejoins. »
Grimmjow faillit amorcer un mouvement pour le suivre mais se retint. Quoi, il était pas un chien non plus ! Pourtant un long regard de l'hybride qui lui passa à côté suffit à le convaincre de le suivre. Ichigo était jamais très net, et même si Grimmjow ne l'avouerait jamais, il avait fini par apprécier sa compagnie et le voir se flageller pour des broutilles restait assez comique.
« Laisse, lança Urahara à Yoruichi qui se préparait à les suivre. On vous accompagne ! Lança-t-il aux deux autres.
Ichigo lui fit un signe vague de la main, l'air de dire peu importe. Yoruichi se tourna vers le vendeur son regard brillant de colère. Elle voulait savoir, et lui-même était assez effrayé de voir à quel point c'était important chez elle, comparé à Ichigo qui semblait être agacé mais sans plus.
« Je suppose que tu as raison, pour une fois.
- Ne m'en veux pas trop pour ça, lui demanda-t-il posément. Tu sais bien que nous jouons dans la même équipe.
- Merci de préciser, des fois je me pose la question…
- Arrête, les sarcasmes ne te vont vraiment pas. Laisse ça au crétin dénué d'instinct de conservation qui nous suit partout…
- Des fois j'aimerais qu'ils m'aillent autant qu'ils lui vont, avoua-t-elle d'un air dépité. Mais dis-moi, comment savais-tu qu'Ichigo avait survécu au tir de Renji ?
- Mon tatouage réagit à son état, expliqua-t-il. Tant que la flamme brûle, c'est qu'il est en vie. Je suis devenu Mittelsritter peu de temps après sa naissance, donc mon existence en temps que Chevalier est liée à la sienne. Le tatouage de Gin n'a pas de flammes, par exemple. Idem pour celui de mon maître qui n'en avait plus, poursuivit-il en chuchotant discrètement, pour qu'aucun des Vizards ne l'entende.
Heureusement pour lui ils étaient paris dans une discussion animée sur lequel de Grimmjow ou Ichigo avait la meilleure répartie et ne semblaient pas faire très attention à ce qui se racontait en tête de cortège. Lho par contre écoutait attentivement, même s'il devait déjà tout savoir.
- Ça ne me dit toujours pas ce qui t'as poussé à faire une promesse à un Roi exilé, grinça Yoruichi.
- Ah, si vous saviez, soupira Lho avec affliction.
- Pourquoi ne pas avouer, dans ce cas, et le libérer de sa promesse ? Avez-vous si peur de la vérité, Majesté ? Lança-t-elle avec ironie.
- Elle ne me fait pas peur, puisque je la connais et la garde depuis déjà cinquante ans. Ce qui me fait peur, c'est qu'elle se propage. Là, nous aurions un problème bien plus sérieux que deux vieux guignols sortis de leurs placards, expliqua-t-il d'un ton grave.
- Et bien, suis-je si indigne de confiance ?
- Non, répondit Lho.
- Alors dîtes-moi.
- Pourquoi vous dire quelque chose que vous savez déjà ? »
Yoruichi plissa les yeux devant tant de perspicacité, ignorant bien soigneusement le regard surpris qu'Urahara lui lançait. Le silence se fit et ils suivirent de loin Ichigo et Grimmjow qui avançaient le long de l'allée sans se soucier du fait que le reste de leurs camarades soient derrière ou non.
« Saloperie de Shinigami, se plaignit Grimmjow en se frottant l'avant-bras gauche, visiblement égratigné.
- Des saloperies qui tapent dur, on dirait…
Grimmjow lança un regard peu amène à Ichigo, ce qui ne le fit sourire que davantage. Et c'était décidément la chose la plus agaçante du monde après Aizen, selon l'Arrancar.
- La ferme, l'hybride. Moi au moins j'ai pas été assez con pour laisser une ouverture.
- Oui, et à la place c'est ta fermeture qui a tout pris, contra Ichigo en faisant référence à la façon dont Grimmjow se protégeait toujours avec ses avant-bras.
C'était un réflexe hérité de sa forme libérée – probablement à cause des pics d'os en sortant dont Grimmjow s'était toujours servi pour contrer une lame.
- La preuve que j'ai l'esprit de conservation, moi.
- Touché, fit Ichigo en ricanant. Mais je me régénère suffisamment vite pour ne pas en éprouver le besoin.
- Menteur, répliqua l'Arrancar avec une mine absolument pas convaincue par le baratin d'Ichigo.
- Et Aizen y a sans doute contribué un peu, je te l'accorde », se corrigea-t-il.
Un sourire presque maléfique grandit sur ses lèvres pâles alors que la flamme folle dans ses yeux dorés s'intensifiait. Il ricana d'une façon tout à fait sinistre, ses yeux se plissèrent et son regard se fit encore plus Hollow.
« Mais dans l'idée, je suis un monstre, pas vrai ? »
Grimmjow trouvait l'état lunatique d'Ichigo absolument captivant. Pas parce qu'il pouvait se foutre de lui, mais parce que ça le rapprochait d'un Hollow. Et que ça lui ressemblait plus. Enfin, il n'aurait su expliquer correctement son ressenti, mais dans l'idée ça lui allait mieux. Avant, lors de leur tout premier combat, il semblait sous contrôle, comme s'il ne se laissait jamais aller. Là il semblait déjà vivre un peu plus. Enfin, si on pouvait dire ça, parce qu'Ichigo ressemblait plus à un cadavre qu'à un être humain.
Ichigo, indifférent aux réflexions de Grimmjow, se pencha sur la tombe pour attraper la photographie encadrée qui y trainait. Etrange, il n'avait jamais eu souvenir de cette photographie là, sur la tombe de sa mère. Le temps qu'il détaille la photo – noir et blanc, un été sans doute, sa mère regardant avec un air franc et assuré le photographe, tenant un panier dans sa main droite – Urahara et les autres les avait rejoints devant la tombe.
« Et ben, c'est pas récent comme photographie !
- Non… Fit pensivement Ichigo.
- Récupère la photo, lui proposa Urahara.
Son engouement suspect poussa l'hybride à lui obéir. Il retourna le cadre en métal et ouvrit la fente, en retirant la précieuse image de sa défunte mère. Il se figea, ayant sous les yeux le dos de l'image, ses yeux reflétant un air incompréhensif.
- Qu'y a-t-il ?
Yoruichi semblait inquiète mais ne tenta pas de s'approcher d'Ichigo pour lui poser une main rassurante sur l'épaule, contrairement à ce qu'elle aurait aimé faire. Kurosaki – plus tellement Kurosaki en fait – l'aurait rembarrée sans même la toucher, rien qu'en faisant un pas lourd de sens en arrière, le regard effrayé et craintif. Tant pis, elle attendrait.
- C'est un poème, répondit, étonné.
- Il y a un poème d'écrit derrière la photo ? Répéta Shinji, perdu.
- Nan, vraiment ? Rétorqua-t-il au Vizard avec agacement.
Un léger vent agita sa chevelure rendue flamboyante par le soleil, et la photo bougea entre ses doigts blancs, se pliant et se cornant.
- Qu'est-ce que ça dit ?
- Rien d'important. »
Personne n'insista lorsqu'il plia l'image et la glissa dans une de ses poches.
Ils rentrèrent bien vite. La matinée était avancée et pourtant il faisait déjà froid, en cette fin de mois de Novembre. Le 22 en ce jour, d'après le journal que lisait Shinji pour la troisième fois de la journée, assis sur le canapé en compagnie de Hiyori et Lisa, qui continuaient leur petit débat sur qui d'Ichigo ou Grimmjow avait la meilleure repartie.
« De toute façon ils sont gays, grogna Shinji, coupant les deux autres Vizards.
Grimmjow était déjà assis n'importe comment sur le fauteuil lorsqu'il entendit le Vizard blond parler. Et pur une fois, il se dit que la technique de l'hybride pour gérer les conflits était peut-être une bonne idée. Mais uniquement pour aujourd'hui. D'ailleurs, où était ledit chieur ?
Juste derrière le dossier. Cool, il fallait qu'il soit pas trop loin. De préférence. Et qu'il ait entendu les propos de Shinji. Visiblement c'était le cas. Conditions remplies ? Conditions remplies. Grimmjow se retourna sur le canapé, attrapa le tee-shirt d'Ichigo et approcha son visage du sien, embrassant l'hybride en plein milieu du salon. Hiyori ne put s'empêcher de tirer la langue alors que Lisa regardait avec attention la scène, se rappelant avec nostalgie de ses vieux mangas d'il y avait déjà trente ou quarante ans. Grimmjow relâcha le tee-shirt d'Ichigo qui insista encore un peu face à un Shinji aussi dépité que choqué.
« On avait dit pas devant tout le monde, réprimanda-t-il l'Arrancar qui sourit de toutes ses dents.
Fiers de leur blague, ils se tournèrent vers Shinji qui leur tira la langue, croisa les bras et se mit à bouder. Urahara poussa un profond soupir de lassitude, et partit vers l'infirmerie. Grimmjow lâcha le pull d'Ichigo et se rassit normalement sur le canapé alors que Lho pénétrait dans la pièce, un sourire amusé aux lèvres.
- Y a de l'ambiance ici, à ce que je vois, leur fit-il remarquer.
- Il nous fait juste chier », corrigea Grimmjow en croisant les bras.
Lho détacha son regard de l'Arrancar sauvage assis et dos à lui pour observer Ichigo qui le regardait avec un air intrigué. Et en effet, il l'était il n'avait jamais eu l'occasion de croiser un Arrancar dont l'un des yeux était comme les siens, et maintenant qu'il était face à son propre regard, il devait avouer que ça avait quelque chose d'assez sinistre.
Pourtant il savait bien que ses yeux, c'était ce qui avait tant effrayé les autres. Il avait cru y être habitué, ne plus y faire attention, mais ça l'avait touché. Il se souvenait encore du regard d'Inoue, alors qu'il combattait Grimmjow, si peu de temps avant qu'il ne se prenne les projectiles de l'Arrancar, ce regard qui criait toute sa peur panique du monstre qu'il était. Sans s'en rendre compte, il était devenu doux et magnanime pour ne plus être abandonné. Aujourd'hui, voilà une nouvelle chose qui allait cesser. Ses yeux étaient les siens, et si d'autres - outre Grimmjow ou les Hollows qui s'y étaient plutôt bien accoutumés - ne pouvaient pas supporter de le regarder en face, c'était leur problème. L'Abandon n'est plus un problème, pas plus que ses yeux. Maintenant, c'était l'heure d'arrêter les concessions et d'être égoïste.
« Tu rêves ? »
Hiyori s'était assise sur le rebord de la fenêtre, à côté du mur où Ichigo était allé s'adosser.
« J'attends, fit-il en suivant Urahara du regard – l'idiot sautillait partout comme un crétin.
- Les Shinigamis ne méritent rien d'autre que la mort, cracha-t-elle.
- Oh oui, siffla Ichigo avec un sourire sanguinaire qui ravit son interlocutrice.
Son sourire de petit démon en colère n'avait rien à envier au sien, mais c'était celui qu'elle portait le mieux. Hiyori, la petite chieuse qui balançait ses chaussures à tout va. Hiyori, dont il comprenait finalement le profond ressentiment à l'égard de la Soul Society.
- Ichigo, Hiyori !
Yoruichi arriva vers eux, un sourire aux lèvres, l'air de dire qu'ils allaient devoir faire quelque chose.
- Infirmerie avant que Kisuke ne tourne cinglé.
- Il l'est déjà, fit platement Hiyori en se levant, l'air royalement blasée.
Ichigo ricana, ses lèvres closes. Yoruichi l'imita et rit franchement, observant du coin de l'œil la ceinture sans Zanpakuto de l'hybride qui ne semblait pas gêné plus que ça de l'absence de son arme.
- Allez vous deux, plus vite ce sera fait plus vite vous sortirez. »
Ils marchèrent jusqu'à l'infirmerie où la plupart des autres s'étaient déplacés. Shinji et Lisa en furent dispensés puisqu'ils ne s'étaient pas battus, et battirent donc en retraite dans le salon, mais Hiyori y fut obligée, vu son état physique encore assez faible malgré l'impression qu'elle donnait. Grimmjow pour son égratignure au bras, Ichigo sans doute pour ses légères blessures déjà guéries et pour qu'Urahara vérifie si son corps se portait mieux. Yoruichi était là en surveillance, mais le Roi Hollow repartit sans un bruit.
« Mais je te dis que je vais bien ! Brailla Hiyori, assise sur un des lits métalliques entre Grimmjow et Ichigo qui semblaient s'ennuyer ferme.
- Tu as l'air, oui, rit Urahara en la voyant s'agiter. Va t'asseoir sur un autre lit, que je regarde ça.
- NON, PAS MOYEN !
Elle attrapa ses deux voisins par un bras chacun et tenta de les prendre à parti.
- ET ILS SONT D'ACCORD !
- Va te faire foutre, grogna Grimmjow en dégageant son bras blessé de l'étreinte de la Vizard.
- ICHIGO ! TON CHAT M'AGRESSE !
- Mais la ferme ! Gronda l'Arrancar après avoir récupérer ton bras.
- Ah, que veux-tu, on a pas tous la chance d'apprivoiser comme je le fais, pas vrai Chaton ? Railla Ichigo avec un grand sourire amusé.
- Mais je t'emmerde avec ce surnom merdique !
Il se pencha par-dessus Hiyori, prêt à frapper l'hybride mais la petite blonde le retint, tapant involontairement dans son bras blessé de l'Arrancar qui se recula jusqu'au bord de la table.
- Alors, trop lâches pour m'attaquer un par un ? Lança-t-il à ses deux tortionnaires, provocateur.
- Jaloux de mon nouvel animal de compagnie ? Répliqua Ichigo en lui faisant un clin d'œil, passant son bras autour d'Hiyori.
- HÉ ! JE SUIS PAS UNE BETE !
La Vizard se dégagea du bras d'Ichigo et changea de table.
- Abandonné par ses alliés à ce que je vois ? » Se moqua Grimmjow en le regardant d'un air vengeur.
Urahara partit s'occuper d'Hiyori et Yoruichi décida d'aller se reposer, les laissant tous les quatre dans le laboratoire-infirmerie que Kisuke avait aménagé. Ichigo se décala sur la table pour revenir près de l'Arrancar qui observait Urahara examiner la petite blonde.
« Pas de régénération ?
- Me prends pas pour Ulquiorra, grogna-t-il. Se régénérer c'est une capacité qu'on perd au fil du temps… Sauf certains… Sur tout l'Espada, c'était le seul à l'avoir. Me demande pas pourquoi tu l'as encore, j'en sais rien. »
Ichigo sourit en remarquant les notes mécontentes dans la voix de Grimmjow qui semblait ne pas vraiment aimer que son plus grand ennemi cumule toutes les forces des Hollows sans leurs faiblesses.
Si tu savais, songea Ichigo en repensant aux brûlures incessantes qu'il subissait de plus en plus souvent.
. : : .
Le soir, Ichigo était dehors, assis sur le trottoir où le petit sentier qui menait à leur cachette commençait. Le bitume était humide et froid, comme l'air, mais il n'avait pas pris de veste, juste une longue écharpe enroulée lâchement autour de son cou. Il avait changé de pull, l'autre étant déchiré, et en avait profité pour enfiler une chemise blanche en dessous. Son souffle formait de petits nuages qui l'amusèrent un temps, mais qui lui rappelèrent douloureusement que son corps ne ressentait pas le pincement du froid. Son corps ne sentait plus que l'affreuse brûlure de son sang et des blessures les plus graves, et l'attaque de ce matin ne le lui avait que trop bien rappelé. A peine la force du choc du sort de Kido, bloqué par sa peau de métal, le Hierro, et ses os qui avaient craqué pour se remettre en place presque immédiatement à cause de la régénération ultra rapide.
Renji et Shinji avaient tort. Il n'était pas un monstre. Il était juste Hollow, et que valent les pouvoirs d'un Hollow face à deux Shinigamis bornés ?
Il sortit l'image figée de sa mère de sa poche. Un sourire mélancolique et quelques souvenirs moins esquintés que les autres lui parvinrent. Masaki, sa mère, le centre de son monde. Sa première victime. Sa faiblesse. Il tourna l'image, lisant les premiers vers d'une langue qu'il avait apprise il y avait longtemps.
Under the wide and starry sky,
Dig the grave and let me lie.
Glad did I live and gladly die,
And I laid me down with a will.
This be the verse you grave for me…
Il en manquait un morceau, sans doute. Ichigo avait le sentiment que la dernière phrase ne faisait pas sens. Comme le poème, qui ne faisait pas sens. Comme si sa mère avait choisi sa mort, sa condamnation, et pourtant ce n'était pas à lui qu'elle parlait, mais à quelqu'un qui savait pour ses secrets. Son père, peut-être. Mais Isshin n'avait pas l'air de savoir pour ce poème, sinon il aurait fait graver un épitaphe en dessous du nom de Masaki. Ou alors, était-ce pour son autre père, le Hollow ?
Le Hollow…
Ichigo se leva, remettant la photo dans sa poche, se dirigeant d'un pas pressé vers le cimetière alors que les lampadaires illuminaient sa route d'une lueur blafarde, comme morte. Il termina en Shunpo, trop pressé pour ralentir, et surtout conscient qu'Urahara ne tardera pas à le rappeler à l'intérieur. Il escalada le grillage du cimetière et descendit les allées jusqu'à la tombe de sa mère, remarquant avec surprise que des lanternes électriques étaient pendues ici et là.
Bon sang, comment n'y avait-il juste pas pensé plus tôt ?
Se maudissant, Ichigo traversa les allées d'un pas rapide, arrivant dans l'allée où était la tombe de sa mère, il ralentit, trouvant la personne qu'il cherchait assise sur un banc juste en face de la pierre blanche illuminée par quelques lanternes dans la noirceur de cette nuit de Novembre.
« Tu ressembles à ta mère. »
Ichigo ne sembla pas surpris et sortit la photo de sa poche. Il la déplia et la lui tendit.
« Je savais bien qu'on n'avait jamais eu cette photo à la maison, dit-il alors que Lho se saisissait de l'image. A l'époque je pensais que c'était papa qui l'y avait mise. Mais visiblement non, acheva-t-il en rigolant à demi.
- Elle y était avant les bouquets de lys blancs de Kurosaki, grinça le Roi avec un agacement manifeste. Elle n'a jamais aimé les fleurs, grogna-t-il ensuite.
- Je ne pourrais pas dire, je ne l'ai pas connue assez longtemps.
- Oh mais moi je sais, souffla-t-il douloureusement. Et crois-moi, elle détestait vraiment ça. C'était loin d'être une vraie dame, même si à l'origine son éducation faisait que si, se força-t-il à plaisanter.
- Je suppose qu'elle n'a jamais rien fait comme les autres, remarqua Ichigo avec un grand sourire amer.
- Loin, très loin de là.
Un silence confortable s'installa. Aucun des deux ne parla pendant un long moment, mais Ichigo, vite agacé, se tourna vers Lho avec un regard presque accusateur.
« Dis-le, qu'on en finisse.
- Et que devrais-je te dire que tu ne sais pas déjà ?
Ichigo resta silencieux, surpris qu'après tant d'efforts pour cacher la vérité, le Roi finisse par tout avouer à demi-mots.
- Mais alors pourquoi n'être jamais venu, n'avoir jamais rien dit à personne ? J'étais là et -
- J'ai respecté ce qu'elle m'avait demandé, le coupa Lho d'un ton grave, et j'ai fait promettre à Urahara et à Isshin, à sa mort, de se taire. Si je te prenais avec moi, c'était la mort assurée. Et il fallait que tu vives.
- Oh. Et quelle belle vie j'ai eue, pas vrai ?
- Ne m'accuse pas de ça ! Tonna Lho. Choisis mieux tes amis, gamin ! Si t'es pas foutu de faire la différence entre eux et tes ennemis, je ne peux rien faire pour t'aider. Apprends de tes erreurs et choisis les mieux.
- Vu le peu qui me reste, le choix va être cornélien.
- Ne compte pas sur moi pour t'aider à faire le tri.
Les gens insensibles aux sarcasmes sont vraiment exaspérants, parfois.
- Mais je ne t'ai jamais demandé d'aide… » siffla Ichigo sur un ton méchant.
Lho accusa le coup un court instant avant de reprendre, déterminé à faire comprendre l'hybride que certaines choses n'étaient vraiment pas possibles, que son esprit capricieux veuille le comprendre ou non.
« Venir, ça aurait été donner raison à ceux qui te surveillaient à cause de leurs doutes. Et tu étais heureux sans savoir quel lourd passé tu trainais dans ton dos, alors j'ai fait le choix de ne rien te dire, et je t'interdis de me blâmer pour ça, Ichigo. Imagine-toi, il y a cinquante ans, apprendre que tu fais partie de cette race que tu exécrais ? Tu n'étais pas prêt, et si ça te coûte de le reconnaître, ce n'est pas mon problème. Mais ne m'accuse pas. Je me hais déjà assez pour ne pas avoir été capable de vous protéger, toi et elle. Alors ne m'accuse pas. »
Ichigo ne répondit pas, n'ayant plus rien à ajouter.
« Je ne les laisserai plus t'attraper, Ichigo. Que ce soit les Shinigamis ou les Hollows, ils ne mettront pas la main sur toi.
- L'intention est louable, vraiment, mais tu n'as pas le sentiment d'arriver un peu tard ?
- Regarde-moi en face et dis-moi juste que tu détestes ce que tu es devenu, gamin. Tu aimes cette vie. Parce que même si elle est dure, tu l'aimes. Parce que tu veux terminer de tes mains ce que tu as commencé. Parce que tu veux voir le bout de toute cette histoire avant de repartir. »
Ichigo le regarda, ses yeux mordorés reflétant la lueur d'une des lanternes posée non loin. Il sourit de toutes ses dents, plein de cette ironie mordante qui ne le quittait jamais vraiment depuis qu'il était de retour, quoique son regard fût voilé par l'amertume.
« Je n'ai plus nulle part où rentrer depuis longtemps, Père. »
Lhéonardo alluma sa cigarette, la petite flamme jaune dansant au creux de sa paume repliée.
« La fin du poème, commença-t-il tout en fumant, tu ne l'as pas je suppose ?
- Comme si j'étais poète, lança Ichigo avec dédain.
- Pas de chance », lança-t-il en se levant et en s'éloignant le long de l'allée, la fumée blanche l'entourant, laissant son fils et ses colères derrière lui.
Here he lies where he longed to be;
Home is the sailor, home from sea
And the hunter home from the hill.
Fin du Premier Arc
