Chapitre 20 – Victoire en Gondor

Les mercenaires de Nimrais avaient eu leur utilité comme le leur avait dit Gandalf. Mais malgré la victoire sur les orcs de Sauron, les pertes et les dommages étaient toujours aussi importants. Hermathon regardait avec découragement la cité. Il y aurait beaucoup à faire pour remettre en état les champs de Pelenor des nombreux cadavres causés par cette bataille, mais au moins, la cité était moins endommagée qu'il ne le crut.

Il avait connu la cité blanche autrefois. Il avait connu sa beauté et sa splendeur du temps ou Echtelion était l'Intendant. Lui aussi, comme Aragorn, avait servi sous les ordres de celui que l'on considérait comme le meilleur Intendant que le Gondor ait connu. Malheureusement, les choses ont changé depuis que Denethor avait succédé à son père à la tête du royaume. Si les rumeurs étaient vraies, la présence des orcs n'avait pas aidé Denethor à se rendre populaire auprès du peuple.

Il avait toujours aimé cet endroit, c'est là qu'il avait connu ses meilleurs moments. Il sourit à ce souvenir. Mais voir la cité ainsi le rendait triste. Il secoua la tête négativement avec un sentiment de tristesse qui serrait son cœur. Mais lorsqu'une voix familière se fit entendre derrière lui, toute trace de chagrin disparut pour faire place à un sourire moqueur.

- Tu as toujours aimé la vue de Minas Tirith de loin si ma mémoire est bonne. Tu ne tiens pas à y retourner, je suppose? Dit Aragorn en se plaçant à côté de lui pour regarder la cité à son tour.

Hermathon se mit à rire et lui fit face. Il attira le rôdeur dans ses bras pour le serrer contre lui. Lorsqu'il le repoussa devant lui pour l'examiner, il lui dit :

- Tu n'as pas changé beaucoup depuis ta dernière visite dans les montagnes. Dis le mercenaire.

- Toi non plus tu ne changes pas. Tu te tiens loin du symbole de l'autorité on dirait. Dis le rôdeur en riant.

- Tu me connais trop bien mon ami, tu sais qu'en temps normal je n'aurais jamais mis les pieds à Minas Tirith. Cette cité représente un mauvais souvenir. Et si je ne me trompe, tu as fait la même chose que moi dans le passé. Mais je présume que les choses ont changé et que tu acceptes, qui tu es n'est ce pas? Tu ne devrais pas être parmi les morts, mais derrière les murs de ta cité. Dis Hermathon en le poussant du coude.

- Ce n'est pas ma cité, du moins pas encore. Je ne me sens pas disposé à prendre cette charge. De plus, nous avons peut-être gagné ce combat, mais Sauron n'est pas défait pour autant. C'est loin d'être fini.

- Tu as raison, ce n'est pas encore fini. Que comptes-tu faire maintenant? Demanda Hermathon en le regardant attentivement.

- Panser nos blessures, rallier nos forces et prendre le temps de faire un nettoyage des lieux. Mes services sont requis comme guérisseur pour le moment et non comme roi. Dis Aragorn en soupirant.

- Mais tes mains de guérisseur sont aussi celles d'un roi. Beaucoup de gens croient en cette prophétie, ne l'oublient pas. Dis Hermathon en souriant en coin.

- Je pense que tu n'as pas de leçons à me donner Hermathon. Toi aussi…

- Non! Il y a longtemps que j'ai fait une croix sur mes origines. Tu sais que je déteste qu'on me parle de ça. Si tu ne veux pas que je mette fin à ton règne avant de l'avoir commencé, garde tes réflexions pour toi. Toi c'est différent. Ces gens ont besoin d'une personne forte pour les soutenir et tu es cette personne. Tu es celui qu'ils attendent depuis toujours. Dis Hermathon en le regardant de façon sévère.

Aragorn se mit à rire de bon cœur et reporta son regard sur la cité en soupirant. Il lui dit alors avec sérieux :

- Il me faudra redonner ses lettres de noblesse à cette cité. Tu seras toujours le bienvenu ici mon ami. Toujours…

- Merci Aragorn, mais tu me connais assez pour savoir que j'aime la vie que je mène. Je ne te promets pas que je vais venir ici souvent. Par contre, tu devrais remercier celui qui a permis à ta cité de rester debout. Dis le mercenaire en riant.

- Si tu parles de Denethor, il est mort. Dis Aragorn froidement.

- Bon débarras!... Mais ce n'est pas de lui dont je parle, mais de son fils, Boromir. C'est un homme intelligent et vaillant. Il a fait un travail remarquable pour maintenir l'ordre derrière ces murs. Tu peux le demander à Gandalf, il peut en témoigner. Dis l'ami du rôdeur.

- Je sais, Gandalf m'en a fait mention. Seulement, je n'ai pas eu la chance de le voir depuis la fin de la bataille. Avec la mort de son père et son frère qui est à la maison des guérisons, je n'ose lui parler pour ne pas le perturber davantage. Dis Aragorn tristement.

- Il faut le comprendre. Son frère est tout ce qu'il lui reste. Il sait aussi que rien n'est encore fini. Seulement, c'est après la guerre qu'il ignore ce qu'il adviendra de lui. Il s'inquiète pour lui et pour son frère, pour leur avenir. Tu es le roi du Gondor et avec le retour du roi, l'utilité d'avoir un Intendant est non nécessaire. Il a besoin d'être rassuré, tu ne crois, pas? Dit Hermathon

- Mais je n'ai pas l'intention de l'écarter au contraire. Je ne connais rien aux affaires de la cité. Il n'y a que lui qui peut m'aider à comprendre quoi faire. Dis Aragorn inquiet tout à coup.

- Alors dans ce cas, parle-lui et vite. Si tu ne fais rien rapidement, tu risques de le perdre à la folie ou dans la mort. Il a besoin d'encouragement, pour lui et pour son frère. Il serait préférable que tu l'abordes immédiatement pendant qu'il est dans de bonnes dispositions. Boromir fils de Denethor risque d'être plus difficile à convaincre que Boromir petit-fils d'Echtelion. Il est tellement comme son grand-père…

Aragorn le regarda avec surprise. Hermathon sourit en coin et ajouta pour le faire réagir :

- Je n'ai jamais aimé Denethor et tu en connais la raison. Et je dois admettre que lors que ma première rencontre avec son fils, je m'attendais à voir une réplique du père. Mais en discutant avec lui et en le voyant agir, j'ai vu en lui beaucoup du vieil Intendant Echtelion. Il est tellement semblable… dis Hermathon l'air rêveur.

- Je n'ai malheureusement pas eu cette chance. J'ai plutôt connu Boromir fils de Denethor. L'autre, je ne le connais pas encore. J'ai connu un homme froid, arrogant et autoritaire. Je n'ai qu'entrevu celui dont tu parles en Lorien. J'ai découvert un homme loyal et fidèle. Un homme qui vivait pour sa cité et son peuple et très peu pour lui. C'est un des meilleurs guerriers que j'ai vus depuis très longtemps, mais… Dit Aragorn déçut.

Hermathon le fixa avec surprise et au bout de quelques secondes, il éclata de rire en le poussant amicalement. Il recula pour le regarder de la tête au pied et lui dit :

- Je ne crois pas que tu sois en bonne position pour faire toi-même le difficile. J'ai connu un jeune rôdeur qui avait une attitude similaire à la sienne. Tu ne peux tout de même pas lui reprocher d'être loyal et fidèle à son peuple. Je te ferai remarquer que tu ne te gênais pas pour nous dire que tu venais d'Imladris. Tu espérais avec cette affirmation avoir des privilèges. Et si ma mémoire est bonne, tu as dû apprendre l'humilité. Tu pourras le demander à tes frères, ils pourront te confirmer mes affirmations. Dit Hermathon qui riait de bon cœur.

Aragorn le regarda sévèrement et lui fit une grimace qui fit rire le mercenaire plus encore. Aragorn lui dit alors presque désolé :

- Non… c'est impossible… je n'étais pas comme ça… J'étais vraiment comme ça? Demanda Aragorn à la recherche d'une confirmation.

Hermathon secoua la tête positivement le sourire aux lèvres. Il redevint sérieux au bout d'un moment et lui dit :

- Il serait quand même important que tu lui parles. Sois honnête avec lui et je suis persuadé que tu obtiendras tout ce que tu attends de lui. Dit Hermathon

- Je lui parlerai, c'est promis, pourvu qu'il veuille bien m'écouter. Dit Aragorn incertain.

- Il t'écoutera, ne t'en fait pas. Si jamais tu as des problèmes à te faire entendre, tu n'auras qu'à mentionner le nom d'Elur et tu auras toute son attention. Dis l'ancien rôdeur en souriant malicieusement.

Aragorn sursauta à sa remarque concernant sa sœur et au moment où il voulut lui demander plus d'explication, un garde vint le quérir d'urgence à la maison des guérisons. Il aurait voulu en savoir plus, mais le garde insistait. Il dit alors à Hermathon d'un air sévère :

- Il faudra qu'on se reparle de ça, Hermathon. Je veux tout savoir sur ce que tu viens de me dire. Dit-il en le quittant rapidement.

Malheureusement, une mauvaise impression fit trembler le mercenaire. Il prit une profonde respiration et réalisa que peut-être il n'aurait pas dû lui parler des histoires de cœur du Gondorien avec Elur. Il rugit légèrement et dit pour lui-même.

- Oh…

Il regarda autour de lui à la recherche du magicien blanc. Il devait parler à Gandalf de ce qui venait de se passer. Il se sentait mal à l'aise et devait trouver un moyen de réparer les choses.