Hello, les gens ! Demain, c'est la rentrée pour moi, et c'est très triste. Voilà. Des gens tout au long de la journée, l'internat et un accès internet très, très relatif. Et j'ai rien de valable pour briser vos feels (à part mon OS de jeudi, Down with the sickness, si vous ne l'avez pas lu).

Sinon j'aime bien ce chapitre à la base, et quand je l'ai relu je l'ai trouvé nul, donc c'est la joie. Voilà.

Ah et puis je disais que ce serait dans ce chapitre qu'on saurait qui écrit le journal et en fait non. Voilà. Ce sera dans le chapitre suivant ET ME JETTE PAS DE CAILLOUX TU VAS LE KIFFER LE CHAPITRE.

Léger /!\ Violence physique, blessures corporelles (j'ai pas compris mon warning lawl)


Chapitre 21 – Sombrons ensemble et gardons le contrôle

Il faisait les cent pas, nerveux, agacé, furieux. Le corps sur la chaise, relâché, affalé, ne daignait pas bouger, ni montrer des signes d'éveil. Deux heures, qu'elle dormait. Peut-être avait-il frappé trop fort… Et si elle ne se réveillait jamais ? Bon sang, il serait dans la merde. Elle détenait probablement des informations très importantes. Si elle était une ennemie, il devait le savoir, afin de préparer leur fuite.

Deuxième personne à se retrouver sur cette fichue chaise. Finirait-elle comme l'autre ? Hurlant, suppliant, en larmes, ses yeux aux pupilles dilatées quêtant la pitié, espérant le salut ? A la fin, le petit soldat suppliait qu'il l'achève.

Un frisson parcourut lentement son dos, lorsqu'il se rappela le plaisir troublant qu'il avait pris à mettre en pratique ladite mise à mort. Pas de balle dans la tête : bien que très beau du point de vue scénaristique, il devait faire gaffe à leurs munitions. Non, il lui avait vivement tranché la gorge.

Simple, efficace. Pas trop douloureux.

Les yeux écarquillés de l'homme dans son agonie. Dans le noir fiévreux, il avait lu les étoiles déchues, les ténèbres les plus noires, le rouge intense, un parfum de fer et de fleurs mortuaires, mêlé à la nuit et à la terre. Enivrant.

Il avait aimé tuer, aimé tirer des hurlements plaintifs et des mots précieux des lèvres déchirées par la souffrance. Un plaisir fou. Une drogue. Il en voulait encore, toujours plus, sentir une dernière fois l'éclair presque douloureux traverser son corps, son âme, son cœur.

Dans sa bouche, traînait un goût de cendres. Presque agréable.

Mais il devait se contrôler. Ne pas se laisser aller. Il en allait aussi de la sécurité des autres. S'il cédait à ces pulsions nouvelles, qu'il en devenait dépendant, et qu'il tombait soudainement à court de nouveaux corps, de quoi serait-il capable ? Il ne voulait pas risquer de leur faire du mal. Jamais. Tuer avait été plaisant, mais aussi terrifiant. D'où venait cette obscure facette de son être ?

Mais voulait-il vraiment le savoir ?...

Qu'elle se réveille.

Il devait se changer les idées.

Un soupir étourdi, comme écho à leurs doubles gémissements ayant tout juste précédé la plongée de la jeune femme dans les ténèbres – souffrance, surprise et terreur de proie pour elle, animalité, agressivité et sinistre plaisir pour lui – jaillit des lèvres de Logan.

Il fit doucement volteface. S'avança jusqu'à elle, se tira une chaise, s'assit.

Croisa le regard orage.

Se contrôler.

Il devait à tout prix se contrôler.

Cette certitude pulsait dans ses veines.


Oh, si vous saviez…

Je ne veux plus lutter, plus continuer, à les affronter

Ces ombres qui approchent

Je veux m'abandonner, tout laisser aller, avec fers aux pieds

Mais jamais être fait prisonnier

Laissez-moi tomber, le tueur se tait

Le tueur se meurt


Un bref instant, Fred resta stupéfait. Que venait-il de se passer ? Etait-ce bien Seb, qu'il avait vu soudainement disparaître sous la surface ? Etait-ce bien son cri, qui avait résonné dans son crâne ? Etait-ce bien son propre cœur, qui battait à tout rompre, affolé, gémissant ? Que venait-il de se passer ?

Presque hésitant, il se rapprocha de l'endroit où il avait vu son ami se dérober à sa vue. Il ne lui fallut pas longtemps pour voir un fossé se dessiner sous ses pieds, profond de trois, quatre mètres, parsemé de racines décharnées, de plantes urticantes aux branches effilées, et de cailloux plus ou moins imposants.

Il arrivait à percevoir, dans la terre sable, ocre et brune, le chemin qu'avait parcouru le Grenier. Brisant la trompeuse immobilité de la pente, jamais dérangée jusqu'à présent, des sillons plus clairs, poussiéreux, des empreintes profondes et des nids vides ayant accueillis des petits galets se faisaient voir.

Au fond de ce gouffre, Seb était recroquevillé. De son perchoir, Fred n'arrivait qu'à entrapercevoir sa peau salie de terre, griffée de blanc. S'était-il assommé ? s'inquiéta-t-il. Coulant son regard de l'autre côté du fossé, large d'une demi-douzaine de mètres, il vit une pente bien plus douce, facile à descendre et remonter.

Il s'y dirigea aussitôt, longeant le trou, continuant à garder un œil inquiet sur son ami, qu'il appela à plusieurs reprises, à voix basse, craignant d'attirer les soldats, sans jamais recevoir de réponse. Saisi par la panique, peinant à la contrôler, il dégringola plus qu'il ne descendit le fossé, les pierres roulant sous ses pieds, se cognant aux racines, levant un nuage de poussière âcre sur son chemin.

Une fois en bas, il s'accroupit aux côtés de son ami, fébrile, et le retourna précautionneusement sur le dos. Yeux clos, l'air étrangement serein, il n'avait pas l'air trop abîmé, si l'on exceptait les multiples griffures rouges constellant son visage, ses bras, ses jambes…

Fred dû retenir un haut-le-cœur de peur et de dégoût en découvrant la cheville de son ami.

Tordue, malmenée, un os en sortait, dans un brouillard de gouttes sombres.


Parfois, il me semble que l'Univers entier s'est mis sur notre chemin. Etat, voisins, Nature, ils ont tenté de précipiter notre fin. Nous n'étions pas de taille. Pas contre eux tous.


Logan se réveilla avec la bouche sèche, un tambour dans le crâne, de douloureuses courbatures et le sang qui pulsait dans ses mains, comme si les veines et artères, à cet endroit, étaient gênées. Elle ne put empêcher un gémissement échapper à l'étreinte de ses lèvres, et mit un certain temps à comprendre qu'elle était mains liées, à une chaise attachée.

Elle entendit un bruit de bois raclant sur le sol, vrillant ses tympans. Un goût de bile dans la bouche, elle releva la tête, doucement, puis ouvrit les yeux, dévoilant un orage pâle, blessé, vacillant, et passa une langue nerveuse sur ses lèvres asséchées.

Son regard croisa un autre, clair, fracturé par une flamme noire incroyablement intense et fascinante. L'esprit en ébullition – que s'était-il passé ? – elle parcourut le visage durci par la rage difficilement contrôlée, les cheveux ébouriffés et maculés de la poussière de l'endroit, la veste salie de terre et de sang, les mains nerveuses.

Elle revint aux yeux sauvages, y planta les siens. Son ventre se tordit.

Flashs de sensations au goût amer, elle se revit pénétrer dans la grange, ombrée par la lumière du jour, et la porte se refermer sur son passage. Elle se souvint de sa surprise, acidulée, puis de sa brève et terrible stupéfaction, mêlée à une peur de proie, à l'incompréhension, parfum âcre. Le regard qu'elle avait réussi à capter, avant que sa tête ne résonne contre le mur. Lueur noire et rouge, rage et plaisir perdu mêlés.

Ce regard, qui appartenait à un homme qu'elle avait autrefois admiré passionnément, notamment pour son jeu d'acteur en tant que psychopathe. La fiction avait, hélas, rattrapé la réalité. Mais pas seulement pour lui, oh non.

Bien que ne se mettant jamais personnellement en scène dans ses fictions, ses personnages avaient la mauvaise habitude de lui emprunter des traits de caractère, ainsi que celle d'être d'invétérés sociopathes ou psychopathes. Au lieu de se découvrir, une fois précipitée dans ce monde de violence, doux agneau fragile, elle avait revêtu le masque propre à ses créations.

Et la rage hurlant en elle ne laisserait personne la tuer aussi facilement. Un peu d'épique, quand même. Mourir attachée sur une chaise n'était pas vraiment son rêve.

- Qu'est-ce que tu veux ?

Elle s'étonna elle-même de parvenir à s'exprimer, bien que ce soit d'une voix plaintive. Le visage de son vis-à-vis n'exprima aucune émotion. Entre ses doigts, il faisait tourner un stylet un peu rouillé. Par l'Enfer, comme ce fou avait réussi à trouver une arme dans cet endroit abandonné ? A moins qu'elle ne fût à lui.

Victor ne faisant pas mine de répondre, l'air plongé dans ses pensées, elle le relança, avec l'élégance qui la caractérisait.

- Eh. Connard. Je te cause. Pourquoi t'as essayé de me tuer, en fait ?

- Je n'ai pas essayé de te tuer, répliqua-t-il avec un souverain mépris, et sans se vexer suite à son insulte. Je t'ai assommée. Nuance. T'as été rapide à te réveiller, d'ailleurs, deux heures. L'autre, là, le gamin, il est resté dans les pommes près de sept heures.

- Le « gamin » plus âgé que toi, tu veux dire ?

- Je t'emmerde. Et la prochaine fois que tu m'insulte, je te défonce.

Leurs regards s'affrontaient, brûlant d'une rage froide et destructrice. Aussi fous l'un que l'autre. Le geôlier se retenait pour ne pas assouvir sur-le-champ son besoin de violence, tandis que la prisonnière le narguait.

- Alors que je suis attachée ? Je savais que t'étais con, mais lâche, c'est une nouvelle.

Le poing percutant violemment sa pommette la surprit réellement. A force de se moquer d'un tueur aux tendances psychopathique, l'on pouvait s'y attendre, mais elle ne pensait pas qu'il craquerait si vite. Bataillant contre la douleur, elle éprouva une violente colère, et l'irrésistible envie de frapper à son tour, encore et encore.

- Ta gueule. Juste, ta gueule.

Il haletait, le regard étrangement fixe, les pupilles dilatées, ses mains se serrant et desserrant sans cesse. Brusquement, Logan ressentit une bouffée de compassion et de compréhension envers cet homme tombé si bas qu'il en avait traversé le ciel. Elle comprenait atrocement bien ce qu'il pouvait éprouver.

Le besoin de violence, douloureux, le contrôle froid et strict qu'il était nécessaire d'appliquer pour ne pas perdre totalement la tête. Le plaisir enivrant de posséder, détruire, le pouvoir sur les autres. A croire que l'Humanité toute entière cachait cette facette sombre, tant il lui avait été facile d'y sombrer corps et âme.

Ils pouvaient se comprendre. Avec un peu d'effort. S'aider. S'il n'était pas trop tard.


Mais il a toujours été trop tard. Trop tard pour fuir, trop tard pour vivre, trop tard pour se rendre compte de nos erreurs, de nos errances, de nos perversions. Nous n'avons jamais assez fourni d'efforts, nous avons préféré nous haïr, ne pas pardonner.


Fred se sentit submergé par la panique, âcre, perdant peu à peu ses moyens. Il ne savait pas quoi faire, face à ce corps inanimé, à la poitrine faiblement secouée par une respiration erratique et par des battements hasardeux, et à la cheville cruellement brisée. Comment soigner ça ? Comment réveiller son ami ? Pourquoi n'avait-il donc pas pensé à prendre bandages, désinfectant, n'importe quoi ?

Se secouant, il s'efforça de reprendre le contrôle de lui-même. S'apitoyer sur leur sort était inutile. Ôtant son sac de ses épaules, il fureta dedans, retrouva une bouteille d'eau quasiment pleine. Il se rendit alors compte, l'observant, qu'il mourrait de soif. Vraiment.

L'onde pure s'agitait entre les parois de plastique, tentatrice. Juste une gorgée, semblait-elle murmurer. Mais il ne pouvait se le permettre. Il ne connaissait pas grand-chose aux soins, mais il se doutait qu'un blessé avait énormément besoin d'eau. Et son ami était blessé.

Il fouilla encore, dénicha un mouchoir, et avec précautions, l'humidifia. Il l'apposa ensuite sur le front de Seb, doucement, le passa sur l'intégralité de son visage, le nettoyant de la saleté, de la poussière, de la sueur et du sang filtrant des égratignures.

Fouetté par la fraîcheur de l'eau, un gémissement s'échappant de ses lèvres, Seb revint peu à peu à la vie. Ses paupières s'ouvrirent sur deux yeux fiévreux, brisés par la douleur. Fred sentit un puissant éclair de soulagement le secouer, manqua en pleurer. Refoulant ses larmes, il aida son ami à s'asseoir, continuant d'éponger son visage.

- Qu'est-ce… qu'est-ce qui s'est passé ? haleta le brun avec difficultés.

- Tu es tombé, expliqua son ami, son front barré de rides d'inquiétude. Dans ce fossé. Très… très mauvaise chute.

- A quel point ? voulut-il savoir.

Fred croisa les iris trop pâles, regretta de ne pas avoir dérobé à la vue de ceux-ci, à l'aide d'un morceau de tissu peut-être, la jambe abîmée. Il aurait voulu, d'un coup de baguette magique, arranger cette blessure. Personne ne peut rester impassible devant un tel massacre, en particulier lorsqu'il s'agit de son propre corps.

Et en effet, quand les yeux de Seb, suivant le coup d'œil involontaire du valide, glissèrent sur sa cheville, un étrange cri monta de sa poitrine. Ses membres furent pris de spasmes, sa plainte pris de l'ampleur.

Il y avait de quoi. L'esquille d'os surgissait du côté extérieur de la cheville droite, brûlante d'écarlate, entourée d'un magma de chair déformée. Un filet rouge s'écoulait encore, trempant le sol de boue cuivrée. De larges bleus commençaient à apparaître sous la peau, et, plus haut sur la jambe, les estafilades provoquées par les branches et cailloux luisaient.

Voyant nettement venir la crise de panique, Fred saisit les bras de son ami, se positionna face à lui, le forçant à le regarder dans les yeux. Le visage doux, rassurant, sûr de lui, il entreprit de lui murmurer des encouragements.

Les pupilles dilatées de Seb se perdirent dans les siennes, quêtant cet espoir qu'il tentait de lui insuffler, l'emprisonnant dans son propre cœur. Alors, lentement, il se calma, la tempête au fond de lui se taisant pour un temps, tapie dans les ombres.

Pressé par le temps, l'esprit agité par la certitude qu'il fallait au plus vite des soins pour son compagnon, Fred se leva, examina la pente pour sortir du fossé. Dure à faire pour un infirme, songea-t-il avec une pointe d'angoisse. Retournant auprès de Seb, il lui cala la bouteille d'eau entre les mains.

- Bois, intima-t-il. Je vais chercher de quoi… t'aider à marcher. Une branche.

- Je ne vais pas y arriver, rétorqua Seb, plaintif, une supplication muette au fond des yeux, ne me laisse pas.

C'était ce que pensait Fred, mais il ne pouvait lui avouer. Il n'osait même pas tenter d'immobiliser la cheville, à cause de l'os brisé. S'efforçant de garder le visage impassible, il s'éloigna tout de même, grimpant la montée, répondant aux appels apeurés de son ami par un calme imperturbable. Il se devait de paraître fort.

Sitôt arrivé en haut, il s'enfonça dans la forêt.


Bien que seul, sans ressources et avec un blessé grave sur les bras, Fred a réussi avec brio à assurer, pour un temps, la survie de lui et Sébastien.

Pour un temps.

Vous me manquez.


- Ok. Qu'est-ce que tu veux savoir ?

Elle s'efforçait de se contrôler. Tout en elle lui ordonnait de tirer sur ses chaînes, louve furieuse, pour arracher la gorge à l'animal la défiant et la menaçant. Mais ce n'était pas la solution. Surtout pas.

Et elle ne voulait pas sacrifier complètement l'admiration et le respect qu'elle avait eus pour lui.

- La Résistance.

Un frisson glacial se glissa aussitôt dans son dos, pernicieux. Ses dents se serrèrent. Le visage de Victor se tordit dans un sourire carnassier lorsqu'il s'en rendit compte. Désirant faire au plus vite, plutôt que de faire durer le jeu insensé, il se pencha à son oreille, créant un second long frémissement le long de son échine.

Murmure.

- Je t'explique. Ou tu me dis tout ce que je veux savoir, sans mentir, sans esquiver, et selon ta réponse, je te laisse peut-être en vie, ou je t'arrache mes informations. Et je te tue.

Il ne l'aurait pas facilement avoué, mais il préférait, et de loin, la première proposition. Logan égratignait le contrôle qu'il avait sur lui-même, et qu'il gardait telle une muraille. Si cette protection cédait, il craignait de se déchaîner, même contre ses amis.

Mais cela aurait été mentir que de prétendre qu'il n'y avait que cette raison.

Victor se sentait seul, très seul. Et cette fille lui ressemblait. Du moins, plus que ses amis, dont la douce innocence tachait ses mains de lumière brûlante. Elle, elle n'était plus innocente. A détruire, il ne restait que sa raison, son corps.

Elle le défiait, pinçait les lèvres, haïssant les menaces. Mais n'ayant pas le choix.

- Et donc, grinça-t-elle, tes questions ?

Il sourit, enchanté.

- C'est simple. Ta Résistance n'existe plus. Pourquoi avoir prétendu en être venue ?

Surprise, Logan fronça les sourcils. N'existait plus ? Comment ça ? Elle avait naïvement pensé que le Panda avait juste appris qu'elle était partie comme une voleuse après avoir tué l'un des leurs. Mais apparemment, ce n'était de ça qu'il l'accusait.

Oh, suite à l'éblouissante trahison de Matteo, elle s'était bien évidemment attendue à un coup porté par les Sans Visages. Pas à ce que cela lui retombe dessus. Elle ferma brièvement les yeux, tenta de comprendre sa question insensée. Repartit depuis le début.

Attendez. Comment…

- Comment as-tu appris de quelle Résistance je venais ?

A force de mentir, d'esquiver, elle en venait à oublier qui elle avait trompé, et à quel point. Oui, elle avait dit venir d'une Résistance. N'avait pas précisé laquelle. La mine soudainement sombre d'ITP l'interpella.

- C'est moi qui pose les questions, gronda-t-il.

Jusqu'à ce que tu te retrouves sur ma chaise, et moi devant toi, brûlait-elle de lui hurler.

- Elle n'existe plus, se contenta-t-elle de répondre, parce qu'ils ont fait une connerie. Et je me suis barrée avant.

- Ce n'était pas la question.

- C'est que tu l'as mal formulée.

Il soupira, excédé. Ses pupilles se voilèrent. Sentant sentir le danger, et sa pommette toujours endolorie, elle se rétracta prudemment.

- Pour que vous m'acceptiez. Et quand j'en suis partie, ils étaient encore debout. Maintenant, si tu veux bien me détacher, j'aimerais dégager d'ici…

Victor secoua la tête, l'air toujours pas convaincu.

- Bon. Disons que ça passe. Maintenant, dis-moi pourquoi l'intégralité de ta Résistance a été tuée juste après ton départ, et pourquoi on te soupçonne de meurtre.

Ses yeux brillaient. Leur flamme prenait de l'ampleur, menaçante.

- Je ne peux permettre que tu représentes le moindre danger.


A-t-elle finalement représenté un danger pour nous ? Je ne pense pas… Pas plus qu'un autre, pas plus que Victor lui-même. Non, le véritable danger est venu après. Je n'ai appris que très récemment de quelle façon exactement.

Et j'étais déjà trop épuisé pour lui en vouloir.

Pas sûr qu'il mérite ma haine, de toute façon. Et quand bien même…

Il est mort. Qu'est-ce que cela peut lui faire ?


Mathieu laissa traîner son regard sur l'horloge poussiéreuse du salon, haussa les sourcils. Cela faisait près de deux heures que Logan avait disparu, quêtée par Victor, sans que ni l'un ni l'autre ne donne signe de vie.

Il jeta un regard sur le salon. Cherchant la chaleur humaine procurée par les leurs, tous, excepté les deux absents, s'y étaient regroupés. Leïzzy dormait sur le canapé, Yéyé s'ennuyait, François et Patrick discutaient, et lui-même jouait aux cartes avec Nyo et Antoine, ce dernier profitant d'ailleurs de son inattention pour regarder son jeu.

Il pianota distraitement des doigts sur ses cartes, repoussa son ami chevelu trop envahissant d'un coup de coude, abaissa vivement le jeu du Boss sous les protestations bruyantes de ce dernier et les rires de Nyo. Leur partie implicitement achevée, il jeta sur la table ses propres cartes et se leva, faisant craquer son dos et ses jambes.

- Où vas-tu ? l'interrogea le dessinateur.

- Voir ce que font Panda et Logan.

- Je t'accompagne, résolut Yéyé.

Il se redressa à son tour et, tous deux, ils sortirent de la pièce.


Je me demande si ce que je fais à un véritable intérêt. Ecrire ce qui s'est réellement passé… Au final, ce sont surtout des pensées que je jette sur ce cahier. Oui, quel intérêt ? Qui s'intéresse vraiment à la vérité, à la réalité ?

Toi, qui lis ces lignes, es-tu intéressé par ce que je raconte ? Ou brûles-tu tout simplement de savoir à quel point nous avons touché le fond ?


Pourquoi, hein ?

D'apprendre qu'ils avaient été tous tués lui fila un sacré choc. Tous, jusqu'à quel point ? Elle avait pensé qu'ils seraient faits prisonniers. Des Résistants, c'est précieux, on y fait attention, on les dorlote pour mieux leur extorquer leur savoir. Les jumelles avaient-elles été retrouvées ? Les autres n'avaient-ils donc pas tenté de s'enfuir, l'imitant ?

Pourquoi la sage Antinéa n'avait pas donné l'ordre de déguerpir ?

Tu règnes sur des ruines.

Peut-être… Mais j'y régnerais jusqu'à la fin.

Éventuellement pour cette raison, oui. La reine déchue était-elle tombée la dernière ? Ou avait-elle décidé de se sacrifier, pour la grandeur ? Saleté. Pourquoi les avoir précipités à la mort ? Pour quelle putain de raison ?

Mais elle, était-elle bien placée pour la critiquer, serveuse danseuse, armée de colère et voilée de rouge, les abandonnant dans sa fuite sans la moindre compassion ?

Elle n'avait pas envie de répondre à Victor, mais manquait de choix. Dans l'immédiat, mourir ne la tentait pas vraiment, et encore moins le lot de souffrances qui l'accompagneraient. Elle n'aimait pas révéler, préférait cacher.

Mais bon. S'il voulait des réponses. La rage grondait dans son ventre. Qu'il la détache, et elle …

Non, contrôle.

- Soupçonne, dis-tu ? On t'a mal informé. Sans doute le petit soldat, hein ? Non, j'ai bien tué un membre de ma Résistance. Si c'était à refaire, je recommencerais. Et je me suis cassée juste après. Ensuite… Pourquoi les autres ont été tués… Un informateur. Pas moi.

Il la fixa, longuement, hésitant. Il avait envie de la croire. Son récit était corroborait par celui du soldat : la Résistance décimée grâce à une taupe, des gens en fuite, dont probablement la meurtrière d'un des rebelles. Partie avant l'invasion des SV. Mais il voulait s'assurer de la véracité du récit de sa victime, ainsi que de l'honnêteté de Logan.

Ceci était fait. Pouvait-il vraiment la tuer ? Il n'en était pas sûr. Elle représentait toujours un danger, toujours voilée d'ombres. Peut-être pouvait-il essayer un véritable dialogue… Se comporter en temps qu'être humain. Se décidant enfin, il se redressa, sortit de sa poche une petite clé de menottes, et, se glissant derrière Logan, ouvrit les cercles de fer enfermant ses poignets.

- Bon, fit-il, l'observant masser ses poignets, j'ai quelques autres questions, mais on peut…

Il hoqueta.

Féline enragée, Logan avait bondi, tendue par la colère, et l'avait précipité au sol. Le dominant, elle leva un poing, déterminée à le frapper, à lui rendre la pareille. Sentir la chair se déformer sous son coup, le frisson la parcourir, écho à celui de douleur, se venger, sobrement, animalité.

Le Panda se laissa envahir par la rage, se fondit dans l'instinct. Sa tête cognant contre le sol ne l'émut même pas, et il lança la main, arrêtant le bras de la danseuse en pleine course. Décontenancée, il en profita pour attraper son autre poignet, roula des hanches, la faisant basculer à son tour. Cette fois, ce fut lui qui la surplomba, plantant ses yeux brûlant de colère dans les siens.

Tous deux au paroxysme de la fureur, ils échangèrent des coups, d'abord hasardeux, maladroits, puis de plus en plus précis, douloureux, cherchant les points faibles avec une acuité incroyable, sans la moindre pitié. Entrejambe, poitrine, gorge, flanc. Ils en virent chacun à chercher dans leurs poches, avec fébrilité, une lame, une arme.

Victor réussit à saisir son Colt. Ce dernier fut cependant expédié au loin par un coup de pied bien placé. En représailles, il explosa son nez, admira le filet rouge qui l'éclaboussa. Réussit de justesse à s'extraire de l'étreinte mortelle des mains de Logan autour de son cou.

Leurs cris, mélange de douleur, de rage et de victoire, résonnaient dans la grange, trop à l'écart pour attirer les autres. Les griffures, morsures et hématomes, constellaient leur peau, la souffrance s'étiolant bien souvent au profit de l'adrénaline.

Les mèches de cheveux se perdaient entre leurs doigts, la chair s'enfonçait sous leurs ongles, leurs mains se teintaient de rouge, leurs souffles se faisaient courts, les mouvements moins fluides, leurs battements de cœur plus précipités. L'épuisement, peu à peu, les rattrapait.

Vaincus brutalement et au même moment par celui-ci, ils s'écroulèrent sur le dos, à quelques pas l'un de l'autre, pétrifiés par les courbatures, les blessures. Ils se jetèrent un regard, circonspects. D'un commun accord, ils décidèrent d'une trêve. Au moins le temps de reprendre des forces.

Logan, attristée par leur violente et irraisonnée dispute, tenta une première et dernière fois de les réconcilier.

- Panda…

Le nommé frémit à ce surnom, peut-être un peu attendri. C'était ainsi que le nommaient ses abonnés. Son public. Il est vrai que cette fille en avait fait partie, fut un temps… Est-ce que cela changeait vraiment quelque chose ? Il aurait voulu dire oui.

- Sérieusement. Je ne vais rien faire aux autres. T'as pas à te défier de moi. Je veux juste ma casser de ce pays.

- Comme nous tous, murmura-t-il.

Du coin de l'œil, il la vit s'essuyer le nez de la manche. Avec un peu de chance, il n'était pas cassé. Il soupira.

- Ok… Alors… Je te laisse une chance. C'était peut-être pas une bonne idée de t'attacher comme ça, mais…

- Mais c'est dans nos veines, compléta-t-elle.

Il sourit faiblement. Il ne l'aurait pas forcément formulé ainsi, mais pourquoi pas…

C'est à ce moment-là que la porte de la grange s'ouvrit grand, laissant entrer Yéyé et Mathieu.

- Mec ? fit ce dernier. Cela fait des heures que t'as disparu avec Lo…

Il s'arrêta, bouche bée. N'ayant pas encore vu le spectacle s'étalant aux yeux du reviewer de vidéos, le musicien lança, plaisantant :

- Vous baisez, ou quoi ?

- Putain ! hurla en réponse le schizophrène.

L'écartant de son chemin, surpris, Yéyé fit un pas en avant. La même injonction lui échappa. Aussitôt remis de leur hébétement – qu'est-ce que ces deux imbéciles foutaient par terre, ensanglantés ? – ils lâchèrent une pluie d'insultes et de réprimandes, furieux.

Discordants, les rires des deux fous s'élevèrent.


OH Y A PAS DE NOUVEAU MORTS.

J'espère que ça vous a plu.

Je regrette, mais ils baiseront pas. C'est dommage. Très.

Sinon, la Mandragore de Nantes a lancé un recueil sur Non mais t'as vu ce que tu décides, et en fait c'est une très bonne idée (pour une fois qu'elle a de bonnes idées JE DECONNE MANDRA JE T'AIME). Donc si jamais vous voulez écrire une fanfic sur ma fanfic (lawl) vous faites, vous m'envoyez, je poste et c'est la joie. Vous faites ce que vous voulez sous tous les ratings et même en UA, quand vous voulez, etc. Voilà. Amour. (si vous voulez les faire baiser vous pouvez OUI BON HEIN)

Morts totales : 17

Morts importantes : 4

Tueurs : 3

And enjoy.