Partie I. 3 : 120 ans – Imladris
Le chapitre où vous allez comprendre le titre de la partie. Quelques petites nouveautés dans la vie trop bien rangée de notre Prince !
Chapitre 21 : Jour 2
Tout le monde a été très gentil avec moi, hier. Ça m'a fait plaisir qu'ils se souviennent que c'était la date de mon anniversaire, même si je crois que Maman avait discrètement fait circuler l'information. Finalement, elle a été la seule à m'offrir un cadeau, mais ça ne me dérange pas du tout, d'abord parce que le sien est magnifique, et surtout parce que des cadeaux, j'en reçois un peu tous les jours. C'est simple : dès que j'ai envie de quelque chose, je n'ai qu'à me servir.
Ce matin, par exemple, dès le moment où j'entre chez Fidya je devine qu'elle vient de me préparer un gâteau aux fruits des bois. Même un Homme aurait pu sentir la douce odeur qui émane du recoin de la grotte où Fidya fait brûler un petit feu. J'entre avec un sourire discret et je la salue d'un signe de tête.
— Bonjour Fidya, allez-vous bien ce matin ?
— Je me porte à merveille, mon Prince, répond-elle. Que me vaut donc le plaisir de votre visite ?
— Rien de plus que l'envie de vous saluer, ma chère amie.
— J'en suis flattée. Mais à propos, mon Prince, avez-vous faim ? Je préparais justement une petite friandise en pensant à vous.
— Eh bien, je serai heureux d'y goûter. Vous savez que j'ai toujours adoré votre cuisine.
Fidya me sourit avec fierté ; je sais qu'elle se réjouit toujours d'entendre rappeler que depuis ma naissance, elle est la seule Elfe à m'avoir nourri – ou presque. Je la regarde s'éloigner un instant pour revenir en portant le beau gâteau doré au parfum de baies sauvages. Fidya se met à rire en voyant mon air avide et s'empresse de me servir une part, que je dévore en un instant.
— Vous êtes l'un des Elfes les plus gourmands que je connaisse, Altesse ! s'exclame-t-elle. Je suppose que c'est dû à votre jeunesse. Plus tard sans doute, vous atteindrez un âge où les plaisirs matériels vous seront devenus tellement indifférents que vous en oublierez de vous nourrir.
— Voyons, Fidya, quelle drôle d'idée ! Je ne connais personne dans notre peuple qui ait perdu un tant soit peu l'appétit, au contraire. D'ailleurs, si vous continuer à me préparer mes repas, je suis sûr de ne jamais souffrir de cet état.
Fidya s'apprête à me répondre, mais au même moment, la porte de la grotte s'ouvre et Telith apparaît dans l'embrasure.
— Bonjour Altesse, me salue-t-il. Je pensais bien vous trouver ici.
— Bonjour Telith, vous me cherchiez ?
— Oui, mon Prince, votre père vous demande.
— Très bien, je vous suis.
Abandonnant à regret le reste du gâteau, j'adresse un dernier sourire à Fidya avant de quitter la chaleureuse petite grotte pour partir à la suite de Telith.
— Savez-vous ce que mon père attend de moi ?
— Je le crois, Altesse. Sa Majesté a été avertie par ses guetteurs qu'un groupe d'Elfes étrangers à notre royaume faisait marche vers notre palais.
— D'autres Elfes ? Qui sont-ils ?
— On l'ignore, Altesse, mais leur comportement semble pacifique. C'est pourquoi votre père a choisi de les accueillir avec la reine et vous.
Je hoche la tête sans répondre. D'autres Elfes ! Des étrangers ! Comme c'est excitant pour moi qui n'aie jamais vu d'autres êtres que les Elfes de mon campement et ceux des cavernes, tous Elfes sylvains de Vertbois-le-Grand, tous sujets de mon père. Je me demande à quoi ils vont ressembler. Qu'est-ce que j'ai hâte de les voir !
Telith me mène jusqu'à la plus vaste salle de nos cavernes, celle où Papa trône entre les rangées de piliers de pierre. Pour l'instant, il est encore debout et discute avec Maman et quelques autres Elfes que je connais mal. En me voyant arriver, Papa s'écarte du groupe et vient me rejoindre.
— Bonjour, Père, vous m'avez fait chercher ? Telith m'a parlé d'Elfes ...
— Oui, Legolas, et je veux que tu sois à nos côtés pour les accueillir. Il n'y a manifestement rien à craindre de leur part, mais il n'en reste pas moins que, pour leur honneur et pour le nôtre, nous devons les recevoir comme il sied à notre rang. J'ai donc demandé à ce que nos sujets se rassemblent discrètement, pour ne pas étouffer nos visiteurs sous leur nombre.
— Très bien, Père, je m'en remets à votre jugement.
— D'après nos guetteurs, ils ne vont plus tarder à arriver. Viens donc t'asseoir avec ta mère et moi.
Papa gagne son trône, et je remarque que deux belles chaises en bois doré et sculpté ont été placées sur les côtés. Maman occupe déjà la première ; je lui souris et prends place à gauche de Papa. Derrière nous, les proches conseillers se tiennent debout et en retrait, tandis que les autres Elfes qui arrivent peu à peu dans la salle s'arrangent de façon à laisser une allée libre au centre.
Je vois Medrigor entrer à son tour, et je lui fais signe pour qu'il vienne me voir. Il me répond et vient se placer non loin de moi, après avoir respectueusement salué mes parents. Assis sur mon petit trône, je regrette soudain de ne pas pouvoir me lever et traverser librement la salle pour aller discuter avec Medrigor. J'aimerais vraiment pouvoir m'entretenir avec lui : il pourrait sûrement me renseigner sur les fameux Elfes qui vont venir, me dire s'ils sont très différents de nous, si nous avons raison de ne pas les craindre, et tant d'autres choses encore.
Privé de son soutien, je me redresse pour faire bonne figure et je m'efforce d'ignorer les battements de mon cœur. Je ne sais pas ce qu'il me prend, c'est stupide de m'inquiéter ainsi alors qu'autour de moi, personne ne craint rien. Agacé contre moi-même, je soupire sèchement. Papa se tourne alors vers moi, mais je lui souris comme si de rien n'était. Jamais je n'oserais avouer à ce père si majestueux que son fils a peur de ce qu'il ne connaît pas.
Nous attendons ainsi pendant encore de longs instants jusqu'à ce que, enfin, les portes de la salle s'ouvrent pour livrer passage aux Elfes mystérieux. Tout en me levant pour imiter mes parents, je suis immédiatement déçu : ces Elfes n'ont vraiment rien d'extraordinaire. En dehors de leurs vêtements qui sont taillés d'une façon originale, ils pourraient aisément passer inaperçus dans notre assemblée. Voilà donc ce que sont les « autres Elfes » ? Nous nous ressemblons tellement que je me demande pourquoi nos peuples sont séparés.
Le groupe s'arrête à quelques pas de nous, et l'Elfe qui marchait en tête s'avance en tant que porte-parole.
— Roi Thranduil, j'apporte la parole du Seigneur Elrond, fils d'Eärendil et maître d'Imladris.
Elrond ? Le noble compagnon du grand roi Gil-Galad qui menait sa glorieuse armée aux temps de l'Ultime Alliance ? Mais quel honneur pour nous de recevoir ses messagers !
— Parle, messager, je t'écoute, répond Papa.
— Roi Thranduil, lors de la guerre qui opposa le serviteur de Morgoth aux fidèles amis des Valar, vous avez vaillamment combattu aux côtés de mon maître. Vous l'avez connu en des temps de malheur et d'obscurité. Mais ces temps ne sont plus, et aujourd'hui mon maître souhaite vous faire partager son bonheur. Soyez heureux, Roi Thranduil, d'apprendre ses noces avec la Dame Celebrian, fille de la Dame Galadriel et du Seigneur Celeborn.
— Je le félicite de cette union : elle est noble et digne de lui comme de sa future épouse.
— Vos bonnes paroles seront rapportées à mon maître. Sachez qu'avec ce message, nous apportons une invitation pour vous-même, votre famille et tout votre peuple. Les noces auront lieu à Imladris, dans trois mois à compter de ce jour, et vous y êtes tous conviés.
L'assistance est soudain parcourue de murmures. Des noces ! Un voyage ! Nous sommes tous pris de court par cette nouvelle exceptionnelle et tellement inattendue. En moi, les sentiments se bousculent : quitter nos cavernes, traverser le pays, aller jusqu'à Imladris où tous les Elfes de la Terre du Milieu se seront sûrement rassemblés ? Quelle aventure ce serait ... Je remarque que Papa prend le temps de peser ses mots avant de répondre.
— Je remercie sincèrement le Seigneur Elrond de cette invitation si aimable. Nous serions naturellement heureux et flattés d'assister à ses noces. Je ne peux cependant accepter cette proposition si rapidement. Vous comprendrez aisément qu'il est difficile pour un roi, quelle que soit l'envie qu'il en ait, de s'éloigner de son royaume pour un si long voyage. Nous vivons bien sûr dans des temps apaisés, mais notre prudence ne doit pas en être émoussée.
— Il va de soi, Roi Thranduil, que nous vous laisserons tout le temps nécessaire à votre réflexion, répondit le messager.
— Soyez-en remercié, ainsi que d'avoir parcouru un si long chemin pour nous porter cet heureux message. Quel est votre nom ?
— Je me nomme Delarion.
— Eh bien, Delarion, je vous souhaite la bienvenue en mon royaume. Vous et vos compagnons de route y recevrez tout ce que vous demanderez jusqu'à ce que j'aie pris ma décision.
— Nous vous en remercions grandement, Roi Thranduil.
— Mon Intendant, Telith, s'occupera de vous. Il vous conduira aux appartements que vous occuperez pendant votre séjour ici et vous apportera ce dont vous aurez besoin.
Tout en parlant, Papa fait un geste de la main en direction de Telith, qui s'avance et s'incline devant les représentants d'Imladris, avant qu'ils ne le saluent à leur tour.
— Je serai honoré de vous assister, dit Telith.
Quelques instants plus tard, après les dernières courtoisies d'usage, la délégation étrangère est conduite par Telith hors de la salle, et la foule se disperse à son tour. Papa va s'entretenir avec ses conseillers, tandis que Maman et Medrigor s'approchent de moi.
— Qu'en penses-tu, Legolas ? me demande Maman. Un tel voyage te plairait-il ?
— Je crois, Mère. Il serait certainement étrange de quitter nos cavernes, mais je pense que cela me plairait de rencontrer ces Elfes d'autres royaumes.
Medrigor me sourit à ces mots.
— J'espère ne pas t'avoir trop transmis ma fièvre des voyages. En ce qui me concerne, je trouve que cela fait longtemps que je reste sur place. J'aimerais beaucoup revoir Imladris.
— Tu y es déjà allé ? demandé-je, les yeux brillants d'excitation. Comment est-ce ?
— Ah, cher Prince, tu vas adorer.
Oui, maintenant Legolas vouvoie sa mère et tutoie Medrigor. Un peu d'évolution ne fait jamais de mal.
Une petite review, peut-être ? Allez, pour me faire plaisir ...
Lily Evans 2004
