A la fin du cours d'option informatique, cette semaine, Shadis annonça la date de l'examen final qui aurait lieu avant les vacances d'hiver. Le reste de l'année serait donc plus tranquille. Ce cours ne manquerait pas à Armin qui n'avait plus la nausée mais restait très médiocre. Cependant, il savait que d'autres camarades s'étaient vraiment passionnés pour Cyber Titans. Il avait hâte que ça se termine. Il gardait en tête le soupçons d'Eren même s'il ne réagissait pas en conséquence et le cours le mettait toujours mal à l'aise. A côté, les manœuvres d'esquive où Jean excellaient avaient éveillé l'esprit de compétition d'Eren et, mis en duo avec Reiner, il avait travaillé d'arrache-pied pour se maintenir au niveau de son partenaire et accessoirement sans doute, être aussi bon que Jean même s'il ne l'admettrait jamais. Ce n'était pas encore ça mais il progressait. En cours aussi d'ailleurs, depuis qu'Armin avait rappelé à Eren que Jean s'en sortait mieux que lui, il s'était plongé avec plus de passion que jamais dans les devoirs. Ça faisait presque peur mais c'était payant. Les profs le complimentaient fréquemment sur ses progrès. Avec ça, Annie continuait de l'entraîner en dehors des cours au grand déplaisir de Mikasa qu'Armin n'avait jamais vue si énervée. Elle était habituellement si imperturbable. Ce matin là, après avoir passé la nuit à tousser, Eren avait vu le verdict tomber. Il était malade et devait rester alité quelques jours. Ca l'avait évidemment mis en rage car il devait de fait rater un cours d'option informatique mais il était trop faible pour lutter. Mikasa passa évidemment toutes les pauses à son chevet à l'infirmerie et Armin l'accompagna pour donner ses notes de cours à un Eren qui somnolait plus qu'il n'écoutait. Le soir, alors qu'Armin leur cherchait une place dans le réfectoire, Mikasa traversa la salle pour se planter face à Annie et lui dire avec une terrible froideur :
« C'est déraisonnable de s'entraîner par un temps pareil. Eren est alité par ta faute. »
Il y eut un grand silence. Quelques têtes se tournèrent vers les deux filles. Mikasa ne parlait pas fort mais elle en imposait. Puis Annie posa lentement sa fourchette et leva les yeux vers Mikasa :
« Il était consentant, je n'y suis pour rien. »
Armin se demandait si Mikasa avait conscience qu'Eren aurait probablement détesté être l'enjeu d'une stupide dispute entre elles. Sûrement pas mais qui pouvait dire avec Mikasa.
« Tu dois faire attention si tu l'entraînes, c'est ton élève et tu en es responsable.
- Il est grand. Il fait ce qu'il veut, dit Annie. »
La tension était palpable et Armin entendit Daz chuchoter à son voisin : « tu mises sur qui si elles se castagnent ? » Heureusement, un pion plus réactif que d'ordinaire vint demander aux filles s'il y avait un problème et on en resta là. Armin s'installa avec Mikasa et ils mangèrent en silence. Mikasa ne prononça pas un mot du dîner.
Armin lui aurait bien dit qu'il n'y avait pas de risque que quoi que ce soit se passe puisqu'Eren avait actuellement la libido d'une éponge. Il pouvait témoigner de son indifférence et même mépris relatif face aux blagues grivoises de leurs camarades dans les vestiaires. Les filles et l'idée du sexe en général n'intéressait pas Eren. Il peinait même à le comprendre. Armin avait toujours pensé qu'ils avaient ça en commun.
Armin avait amené un livre pour se tenir compagnie. Il avait retrouvé au CDI l'ouvrage sur les animaux marins qu'Annie avait emprunté à la bibliothèque pendant les vacances. C'était assez intéressant. Malgré sa proximité relative avec la côte, Armin n'avait jamais vu la mer. A part les gens qui y résidaient toute l'année, la plage était réservée à une certaine élite à laquelle il n'appartenait pas. De toute façon, on ne risquait plus de croiser d'animaux marins près des côtes habitées. Les rares espèces rescapées étaient parquées dans des réserves.
Armin remonta seul dans sa chambre. Il savait qu'il était inutile de chercher à calmer Mikasa. Elle allait sans doute se défouler en s'entraînant dans sa chambre. Sasha qui dormait avec elle lui avait dit qu'elle boxait souvent le vide sans se soucier des autres ce qui lui avait valu un coup dans le nez une fois. Pauvre Sasha, depuis sa rapine pour sa veillée d'anniversaire, elle était devenue l'esclave personnelle d'Ymir qui menaçait de la dénoncer si jamais elle refusait de leur rendre service. Mais la situation était manifestement plus compliquée que ça. Un jour, avant les cours, Connie, irrité de voir Sasha courir partout lui avait demandé pourquoi elle ne menaçait pas tout bêtement de raconter la veillée en elle-même aux pions ce qui menacerait aussi Ymir.
« C'est complètement idiot, avait dit Armin, ça signifierait condamner tout le groupe.
- Et puis de toute façon, avait dit Sasha, j'aime bien traîner avec Ymir et Christa un peu...
- Sérieux ? Tu aimes bien ce vieux laideron ? s'était écrié Connie qui n'appréciait vraiment pas Ymir qui le surnommait « nabot ».
- Elle est moins méchante qu'elle en a l'air, avait simplement commenté Sasha. Et Christa compense. »
Armin s'allongea dans son lit et révisa ses cours quelques instants. C'était beaucoup plus rapide quand Eren n'était pas là mais il devait admettre que sa présence lui manquait. Il était à l'infirmerie cette nuit et ça devait profondément le vexer. Le pauvre garçon. Il ne supportait pas d'être faible et passait son temps à se pousser à bout. Ceci dit, Armin n'était pas franchement mieux il fallait l'admettre mais c'était pour d'autres raisons. Eren allait de l'avant, Armin, lui, luttait pour ne pas rester derrière. Il ne voulait pas être un fardeau. Il avait quand même sa fierté. Quelque part. Il soupira, reprit son livre sur la faune marine qu'il acheva en quelques minutes. Il faudrait qu'il prenne un autre livre le lendemain. En attendant, il s'ennuyait. Mylius n'était pas là et ils n'avaient de toute façon pas grand chose à se dire. Il sortit donc de sa chambre avec quelques affaires visant à lui donner l'air d'un élève qui vient étudier si jamais il ne croisait personne en bas. A peine avait il refermé la porte qu'il eut la surprise de tomber nez à nez avec Jean qui lui proposa de l'accompagner dans la salle commune. Armin accepta et lui emboîta le pas. Depuis qu'il s'était réconcilié avec Marco, Jean et Armin ne se voyaient plus que dans le cadre du groupe qui s'était constitué autour de Reiner ou en cours où ils s'asseyaient toujours côtes à côtes. De fait, si, ils se voyaient souvent mais Jean n'avait plus vraiment besoin de sa compagnie. Il avait un ami qu'il rejoignait à la fin des cours et avec qui il passait ses pauses. Ils étaient moins collés tous les deux et passaient plus de temps avec les autres, conscients sans doute qu'il valait mieux ne pas trop s'isoler pour ne pas attirer de soupçons. Néanmoins ils restaient une paire, un duo. Comme Bertolt et Reiner, Sasha et Connie, Ymir et Christa et Eren et Mikasa. Armin était une cinquième roue du carrosse, quoi qu'il arrive. Parfois, quand Annie se joignait à eux, elle restait avec lui. Ils s'entendaient vraiment bien ce qui déplaisait aussi à Mikasa mais dans une moindre mesure, il n'était pas Eren. Il avait le don pour s'entendre avec des gens qui déplaisaient à ses amis, Jean et Annie étaient probablement les pires fréquentations possibles aux yeux d'Eren et Mikasa. Annie avait un humour sombre très particulier qu'on pouvait prendre au sérieux au début ce qui était d'abord déstabilisant mais ça parlait beaucoup à Armin qui partageait avec elle un pessimisme trouble qu'il n'assumait pas et qu'il cachait mieux qu'elle. Il n'aimait pas être vu comme un enfant blond, poli et timide mais peinait à agir d'une autre façon que celle qu'on attendait de lui.
Jean aussi était parfois grinçant et sombre mais Armin se demandait s'il n'était pas plus optimiste et idéaliste qu'il ne le prétendait. C'était probablement la raison qui le poussait vers Marco. Armin savait que Jean se croyait hétérosexuel mais après tout, c'était également son cas jusqu'à il y a peu. Certaines normes étaient si bien ancrées qu'il fallait l'aide d'un peu d'inconscient pour se révéler et en tous cas, le corps de Jean parlait pour lui. Avec Marco, il semblait parfois incroyablement détendu, perdant un instant son perpétuel froncement de sourcils. Mais il suffisait d'un rapprochement physique ou d'un sourire et il devenait incroyablement nerveux et, même s'il ne s'éloignait pas, probablement pour ne pas blesser Marco, il se mettait à en faire trop, à poser. C'était lamentable et, ça peinait Armin de l'admettre, vraiment mignon.
Il regardait vraiment trop Jean. Et Marco aussi d'ailleurs depuis ce stupide incident du match.
Ce n'était plus qu'une question de jours avant qu'il ne se passe quelque chose entre lui et Marco. Il faudrait qu'ils restent discrets bien entendu et le groupe et surtout Reiner les couvriraient. Pas question que des filles comme Hitch viennent tout gâcher.
Armin avait une saleté de pincement au cœur quand il y pensait. Il ne savait d'ailleurs même pas de quoi il était jaloux. Il se disait que le gentil Marco méritait mieux que l'aggressif Tête de Cheval qui lui avait déjà fait tellement de mal. Mais il se disait aussi que Jean méritait mieux qu'un gentil garçon confiant et qu'il ne partagerait jamais avec lui des idées aussi complexes qu'avec... lui-même. C'était lamentable. La perspective d'être avec quelqu'un n'attirait même pas Armin. Alors pourquoi fallait-il qu'il soit tellement irrité à l'idée que deux autres personnes se mettent ensemble ? C'était insensé. Comme d'habitude, subséquemment, il réfrénait
« Tu n'es pas rentré dans ta famille ce soir ? Tu partiras demain ? demanda Armin à Jean pour briser le silence alors qu'ils atteignaient l'escalier.
- Ma mère est malade. Elle m'a fermement interdit de rentrer pour ne pas que j'attrape la crève, dit Jean. »
Armin éclata de rire :
« Elle doit être vraiment attentionnée. Elle te chasse alors qu'elle avait vraiment l'air de tenir à ta présence à la maison jusque là.
- Ouais... elle l'est... à sa façon, marmonna Jean, tu as fini le devoir de géométrie ? Tu penses quoi du dernier problème. »
Il parlait encore des cours. Armin se retint de lever les yeux au ciel. Voilà ce qu'il était aux yeux de Jean un simple camarade de classe avec qui parler sans fin des derniers contrôles. Il répondit néanmoins avec sérieux et la conversation se limita à ce sujet jusqu'à ce qu'ils parviennent à la salle commune où Marco et Reiner disputaient un baby foot avec Ymir et Christa. Quand Jean arrivait, Marco avait l'air tellement heureux que s'en était gênant. Un peu plus et il serait tombé dans les vapes. Il était bien trop enthousiaste.
Reiner laissa Jean le relayer et il se laissa tomber sur un canapé à côté de Bertolt. Sasha était également présente et suivait le jeu avec passion, encourageant les deux filles avec des cris. Armin s'assit à côté de Reiner.
« Tu voudras jouer ? lui demanda ce dernier, je pense qu'on a encore le temps pour une partie avant l'extinction des feux.
- Je suis vraiment nul, dit Armin. »
Reiner resta un instant silencieux, vérifiant si les joueurs étaient trop occupés pour prêter attention à leur discussion. Puis, il se pencha vers Armin et lui lâcha :
« Il va se passer un truc entre les deux idiots là, c'est plus possible. Vu que mes camarades de chambrée sont absents j'ai dit à Bertolt de dormir avec moi cette nuit comme ça Marco aura sa chambre. »
Il éclata d'un rire gras. Armin fronça les sourcils. Il n'aimait pas trop l'idée de les forcer ainsi l'un vers l'autre. Il le lui dit :
« Bah... une fois seuls, ce sera à eux de jouer.
- J'imagine. »
Cette petite combine mettait Armin abominablement mal à l'aise.
« Ecoute, tu sais comme Jean est sur ses gardes, peut-être qu'il vaut mieux qu'il ne se pose pas de questions et que les choses se passent normalement sinon ça va l'effrayer. Je pense. Et Marco sera encore blessé. »
Reiner haussa les épaules.
« Ouais... t'as peut-être raison en fait. »
Mais il n'avait pas l'air convaincu. Le jeu s'acheva par une victoire écrasante des filles. Reiner se leva et prit le tour suivant avec Bertolt. Jean et Marco s'assirent de part et d'autres d'Armin. Pourquoi de part et d'autre ? C'était atrocement embarrassant. D'autant plus que ces deux grands dadais échangeaient par dessus lui comme s'il avait été le filet dans leur match de badminton amoureux. Leurs deux épaules touchaient les siennes et il sentait la chaleur de leurs cuisses. Armin savait qu'il aurait dû partir s'il ne voulait pas que quelque chose de gênant arrive mais ils était paralysé.
« Si t'avais pas été si distrait on aurait eu une chance, dit Jean, qui, le visage tourné vers Marco, souffla sur la frange d'Armin entre eux deux.
- Je sais, j'étais trop confiant avec Christa aux buts d'en face. Je pensais pas qu'elle renverrait la balle à travers tout le terrain. Elle est redoutable, dit Marco en effleurant la jambe d'Armin alors qu'il levait la main pour se frotter le nez (il faisait souvent ça quand il était concentré).
- Même en vrai, tu devrais la voir en sport, elle est plus vindicative qu'elle n'en a l'air, pas vrai Armin ? »
Armin sursauta en entendant son nom et lâcha ses cahiers d'un geste nerveux. Ils se répandirent sur le sol.
« Eh beh, je t'ai fait peur ? dit Jean avec un rire.
- Ça va ? demanda Marco avec une sincère inquiétude. »
Armin haussa les épaules, incapable d'articuler une réponse, et se pencha pour ramasser ses affaires. Évidemment, Marco fit preuve de son habituelle sollicitude et se pencha pour l'aider ce qui rapprocha encore leurs corps. Armin espérait qu'il mettrait sa rougeur sur le compte de sa position qui faisait monter son sang à sa tête.
« Eh, dit soudain Marco, je reconnaîtrais ce trait entre mille. C'est toi qui a dessiné ça Jean, non ? »
Il venait de trouver le portrait que Jean avait fait d'Armin le jour de son anniversaire. Armin n'avait jamais su quoi en faire. Il l'aimait beaucoup mais de là à l'afficher quelque part. C'était narcissique. Et niais. Il l'avait donc gardé dans son cahier. Armin n'avait pas besoin de regarder pour savoir que Jean avait rougi en tous cas :
« Il est encore plus raté que dans mes souvenirs, dit-il.
- Idiot, dit Marco, il est vachement bien, on le reconnaît complètement.
- Je suis un peu flippant dessus mais tout le monde dit que ça me ressemble, dit Armin qui releva finalement la tête, ayant pris le temps de calmer les stupides battements de son cœur et recouvré une température de peau acceptable. »
Marco l'observa et regarda le dessin. C'était très intense. Armin se crispa. Ne pas rougir, ne pas rougir. Il était si près qu'il distinguait la moindre de ses taches de rousseur.
« Désolé Armin mais ça te ressemble quand même beaucoup, dit Marco en lui rendant le dessin.
- Ça ne te ressemble pas tout le temps, commenta Jean, tu souris parfois de cette façon mais quand tu parles d'un sujet qui te passionne tu es plus détendu et donc tu n'as pas cette ride bizarre. »
Armin tourna brièvement son visage vers Jean. Il avait dû l'observer longtemps pour pouvoir dire ce genre de choses. C'était embarrassant. Pour reprendre une contenance, Armin éclata de rire :
« Tu passes ta vie à me mater on dirait Jean !
- Là, tu vois, tu as la ride, dit-il avec un sourire en coin, mais si on discutait de géographie par exemple tu ne l'aurais pas. »
Armin songea que si Marco n'avait pas été dans la pièce, Jean, lui, aurait eu un visage beaucoup moins détendu et cette pensée lui donna envie de pleurer et de mordre. Simultanément.
« Tu es sacrément observateur, dit Marco avec admiration, je n'aimerai pas que tu me passes au scanner comme ça.
- Tu n'aimerais pas, répéta Jean d'un air vaguement désemparé.
- Enfin... heu... si... je... enfin si ça t'intéresse peut-être que ce ne sera pas si... enfin...
- Ouais...
- Ouais...
- Ouais faudrait faire ça. Que je te dessine... enfin si tu veux.
- Bah oui... »
Armin soupira et ne retint pas cette fois une grimace exaspérée qu'il adressa à Reiner. Ce dernier les surveillait depuis le début ce qui, évidemment, l'handicapait dans son match.
« Remontez dans vos chambres, dit alors un surveillant en passant, on ferme. »
Ils remontèrent vers leurs dortoir en discutant aussi bas qu'ils pouvaient. A la grande horreur d'Armin, Reiner dit alors à Bertolt :
« Passe vite fait dans ma chambre, faut que je te montre un truc... »
Hop : Je partage ici la réflexion de l'amie à qui j'envoie mes premiers jets de chapitre : XD J'imagine bien la scène avec Reiner qui dit ça, et ensuite gros plan sur la tête d'Armin et le thème de psychose...
Et puis je me demande ce que Reiner pourrait voulor montrer à Bertold...
Sinon... un des aspects que je kiffe ultimement chez Armin c'est le GESUMIN... All hail the GESUMIN!
