Chapitre 21 : Le Pari du Guérisseur
Harry jeta un coup d'œil dans le chaudron tout en essayant d'avoir l'air intéressé tandis que le jeune homme à côté de lui remuait la potion bouillonnante et expliquait la technique qu'il utilisait.
— Tu vois, les instructions standards demandent de mélanger la potion continuellement dans les sens des aiguilles d'une montre. Mais j'ai découvert que si je faisais un tour sur sept dans le sens inverse, comme ça, je peux diminuer le temps de préparation d'un tiers et la potion est ensuite plus efficace.
— Vraiment ? dit Harry.
Rogue lança un regard de côté en direction d'Harry.
— Ton enthousiasme est bouleversant.
— Désolé. Je n'ai juste jamais été très doué en Potions.
Rogue baissa le feu sous son chaudron et regarda Harry avec curiosité.
— Si je t'ennuie autant, pourquoi continues-tu de revenir ici ?
Harry n'avait aucune réponse à cela. C'était sa quatrième excursion dans l'esprit de Rogue et jusque-là, il avait l'impression de perdre son temps. Rogue ne parlait de rien d'autre que de potions et passait la plupart de son temps dans ce petit bâtiment minable qui avait dû être un magasin auparavant, mais que Rogue utilisait désormais comme son laboratoire.
La salle de derrière, qu'Harry n'avait aperçue qu'une seule fois, était sombre et contenait des étagères d'ingrédients de potions et une étroite zone habitable. La salle de devant était presque vide. Il y avait un large comptoir qui supportait le chaudron et une lampe à huile. Une vieille chaise en bois se trouvait dans un coin et il y avait quelques autres étagères qui contenaient des bouteilles d'ingrédients de potions les plus communs. A part cela, il n'y avait rien. Harry trouvait cet endroit complètement déprimant, et encore plus car Rogue ne semblait pas remarquer cette désolation.
Harry soupira.
— Je crois qu'il faut que j'aille faire un tour.
Rogue haussa les épaules et retourna à sa potion.
— Fais-toi plaisir.
Harry quitta Rogue et redescendit l'allée, mettant la capuche de son sweatshirt en marchant. Tout comme il y avait toujours eu un soleil radieux dans le jardin de Dumbledore, ici, il faisait toujours froid et il menaçait de pleuvoir. Harry avait parcouru toutes les rues du quartier dans les deux sens, ce qui s'était révélé à la fois déprimant et peu éclairant.
Le quartier était entouré grossièrement sur ses quatre côtés. A un bout, se trouvait l'usine moldue, délimitée par un long grillage de fils barbelés. Harry n'arrivait pas à dire si l'endroit était toujours utilisé. Il n'avait jamais vu personne y entrer ni en sortir. Au bout opposé, coulait une rivière dont la berge était constituée de tas d'ordures et d'une mine abandonnée. Entre ces deux points, se trouvaient des rangées de maisons et occasionnellement un magasin ou un pub. Sur un côté, le quartier se terminait face un talus d'où partait des rails de train et derrière lequel il ne se trouvait rien d'autre que de la campagne. De l'autre côté, les maisons se terminaient face à un grand mur de brique.
Harry s'arrêta dans un coin, regarda les bâtiments déserts autour de lui et se sentit de plus en plus frustré. Quelque chose devait lui échapper. Il devait y avoir bien plus que cela dans l'esprit de Rogue. C'était une conviction qui le rongeait depuis des semaines désormais, mais Harry n'avait aucune idée de comment s'y prendre pour aller au delà de la surface, et trouver ce qu'il était supposé découvrir.
Harry soupira, ferma les yeux et les rouvrit pour trouver Rogue qui l'observait depuis l'autre côté du bureau. Dumbledore avait demandé à Harry de ne pas dévoiler à Rogue ce qu'il voyait durant ces sessions. Il avait apparemment expliqué cette nécessité à Rogue également, parce qu'il ne demandait jamais le moindre détail à Harry. Mais Rogue considérait qu'il était honnête d'essayer de déduire ce qu'Harry avait rencontré et Harry n'avait jamais été doué pour lui cacher ses émotions.
— Frustré à nouveau, Potter ? demanda Rogue avec un sourire narquois. Que cherchez-vous exactement ?
— Je vous tiendrai au courant quand j'aurai trouvé, dit Harry.
Il quitta le bureau de Rogue et monta les escaliers pour aller voir Dumbledore, comme c'était devenu son habitude, sa frustration augmentant à chaque pas. Même Rogue arrivait à voir qu'il ne faisait pas le moindre progrès.
Harry frappa à la porte du bureau de Dumbledore et entra.
— Bonsoir, Harry. Dumbledore sourit. Comment s'est passée ta soirée avec le Professeur Rogue ?
— Je suis un cas désespéré ! lâcha Harry. S'il faut que j'interprète l'esprit de Voldemort pour le vaincre, on ferait mieux d'oublier tout de suite.
Harry se laissa tomber dans une chaise et fixa le vieux sorcier d'un air maussade, mais Dumbledore ne fit que sourire.
— Harry, je doute qu'il y ait un esprit plus difficile à interpréter que celui de Severus Rogue - celui de Lord Voldemort y compris. C'est exactement pour cette raison que tu travailles avec lui.
— Mais je n'arrive à rien.
— C'est parce que tu ne regardes pas ce que tu vois. J'admets que je t'ai empêché de réfléchir toi-même en te guidant dans mon esprit. Maintenant, tu dois examiner celui du Professeur Rogue et l'analyser tout seul.
— Mais il n'y a presque rien.
— Ce qui , en soit, devrait te dire beaucoup de choses. Pourquoi est-il toujours seul ? Pourquoi est-il obsédé par la préparation des potions au point d'exclure toute autre activité ? Qu'est-ce qui est significatif dans ce quartier, et en fait une représentation définissant son âme ?
Harry passa une main dans ses cheveux perpétuellement en bataille.
— J'ai essayé de réfléchir à ces questions, sincèrement. Mais je ne sais pas.
— Comme tu ne pourras jamais le savoir avec certitude. Tu es engagé dans un art hautement interprétatif. Mais sûrement, Harry, tu peux tenter de deviner.
Harry réfléchit.
— Je sais qu'il est seul. Il semble aimer me voir, même si je ne partage pas sa passion pour les potions. Il n'y a personne d'autre là-bas.
— Pourquoi ?
Harry leva les yeux au ciel.
— Je ne sais pas !
— Penses-tu que personne d'autre n'a jamais interféré dans sa vie, en bien ou en mal ?
— Bien sûr que si. Mais il ne veut ... Il ne doit vouloir personne dans le coin. Harry se leva et traversa la pièce. Ce qui est logique, j'imagine. C'est juste un parallèle de sa vie. Il passe tout son temps dans les cachots qui sont tout aussi désolés que cette ville. Il reste seul et passe tout son temps à préparer des potions ou à noter des devoirs.
— Et pourquoi est-ce que la préparation des potions est quelque chose qui s'étend jusqu'à son subconscient ?
— Parce qu'il est doué. Il est fier des ses capacités de préparateur de Potions.
— Et ?
Harry se mordit la lèvre et ne pensa pas uniquement au jeune homme dans l'esprit de Rogue, mais également à son professeur. Et Harry se souvint de ces longues journées qu'il avait passées à préparer des potions avec Rogue durant l'été.
— Il se sent plus en confiance, et en contrôle. Et ça lui donne une excuse de ne pas avoir à faire à quiconque ou à quoi que ce soit, s'il n'a pas envie de le faire.
— Très bien, Harry. Je dirais que tu as raison.
Harry secoua la tête.
— Mais ça n'a aucun sens. Je comprends qu'il veuille éviter les gens ou certaines situations dans la vie réelle, mais de quoi se cache-t-il dans son propre esprit ?
— Ceci, Harry, est exactement ce que tu dois découvrir.
Il était tard lorsqu'il retourna à la Tour de Gryffondor. Et pourtant, il y avait toujours une dizaine d'élèves en train de réviser dans la salle commune et Harry sentit immédiatement un nouveau poids sur ses épaules. Les examens commençaient la semaine suivante et il n'était pas prêt. Il avait à peine eu le temps de réviser et il ne trouvait aucune motivation pour se mettre à étudier. Les examens rappelèrent à Harry un autre problème qui l'inquiétait bien plus que ses notes dans n'importe quelle matière : il n'avait pas de cadeau à offrir à Ginny à Noël.
Harry avait déjà commandé un nouveau kit d'entretien de balai pour Ron et un lot supplémentaire de flacons de potions pour Hermione, mais il n'arrivait pas à trouver quoi acheter à Ginny. C'était le premier Noël depuis qu'ils étaient ensemble et Harry voulait lui donner quelque chose de spécial. Malheureusement, il n'avait aucune idée et pas la moindre opportunité d'aller faire du shopping à Pré-Au-Lard à cause du stupide DSP. Il commençait à désespérer.
Harry parcourut la pièce des yeux. Ginny était en pleine conversation avec plusieurs de ses camarades de classe. Ils étaient clairement en train de s'interroger pour un examen et Harry ne voulait pas s'immiscer, il se dirigea à l'autre bout de la pièce où Hermione révisait seule, Ron ayant probablement renoncé et devait être au lit.
— Salut.
— Te voilà, dit Hermione, lui passant un parchemin par dessus la table. J'ai fait des copies de toutes mes notes dans toutes tes matières. Si tu les apprends, tu devrais réussir les examens de la semaine prochaine.
Harry prit les papiers et les feuilleta. Les cours étaient soigneusement écrits et contenaient des explications concises sur chaque leçon, englobant toutes les matières d'Harry de ce trimestre. Il regarda Hermione, n'en croyant pas ses yeux.
— Tu n'avais pas à faire ça pour moi.
— Bien sûr que si. Je sais que tu n'as pas révisé. Tu as à peine réussi à faire tes devoirs de tout le trimestre. Ne t'en fais pas, ajouta Hermione en voyant l'expression coupable d'Harry. Tu as beaucoup de choses à l'esprit, Harry. On le sait tous.
— Tu me sauves la vie, Hermione, dit Harry en enroulant le tas de parchemins et en le fourrant dans sa poche. Il s'assit, regarda Ginny à l'autre bout de la pièce une nouvelle fois et baissa la voix. J'ai besoin d'un autre service, en fait.
— Quel genre de service ?
— Je ne sais pas quoi offrir à Ginny pour Noël et je me suis dit que tu aurais peut-être une idée.
— Tu n'as rien du tout en tête ?
Harry secoua la tête.
— Non, pas vraiment. Je lui ai acheté du joli papier à lettres pour son anniversaire puisqu'elle est toujours en train d'écrire à quelqu'un de sa famille, mais je ne peux pas continuer à lui donner du papier et des enveloppes. Je veux lui offrir quelque chose de différent. Quelque chose de plus...
— Personnel ?
— Oui. Mais pas, enfin, pas trop personnel. Je ne veux pas lui offrir quelque chose de stupide.
— Euh. Hermione fronça légèrement les sourcils comme elle le faisait souvent devant un problème coriace. Une jolie paire de gants ?
— Ça serait bien, j'imagine, approuva Harry.
— De quel genre ? demanda Hermione. En coton, en cuir ? Et de quelle couleur ?
— Euh, qu'est-ce que tu me conseilles ? demanda Harry.
Hermione lança à Harry un regard désolé.
— Je pourrais choisir quelque chose quand j'irai à Pré-Au-Lard le week-end prochain.
— Vraiment ? Hermione, ce serait fantastique !
Un peu de neige tombait sur Poudlard samedi après-midi alors que les élèves se rendaient à Pré-Au-Lard. Harry avait décidé d'accompagner Ginny, Ron et Hermione jusqu'à la grille d'entrée. Alors qu'ils marchaient à côté du lac cependant, Ginny les arrêta et désigna l'autre rive.
— Regardez ça.
Drago Malfoy marchait seul de l'autre côté du lac, ayant clairement l'air de vouloir passer inaperçu. Il restait près des arbres et regardait à intervalles réguliers par dessus son épaule, comme pour s'assurer qu'il n'était pas suivi. Il s'arrêta enfin, regarda furtivement autour de lui une dernière fois, puis disparut derrière deux rangées d'arbres.
— Je me demande où il va comme ça tout seul, dit Ron.
— Il n'y a qu'une seule façon de le savoir, dit Harry. Allons-y, suivons-le.
Ils firent le tour du lac en courant mais ralentirent en approchant de l'endroit où Malfoy avait disparu. Un petit sentier sinueux passait entre les arbres et remontait la colline. Harry n'était jamais allé dans cette direction auparavant et n'avait aucune idée d'où pouvait bien mener ce chemin, mais il était déterminé à découvrir ce que Malfoy mijotait. Il ouvrit la marche rapidement et en silence. Plus ils avançaient, plus les arbres s'amincissaient et ils durent bientôt plonger d'un rocher à un autre dans le but de rester cachés. Enfin, Harry jeta un coup d'œil par dessus un gros rocher et aperçut Malfoy devant ce qui paraissait être une petite grotte. Le Serpentard semblait en plein débat avec lui-même. Il regarda autour de lui, un air de prudence gravé sur le visage. Puis il sembla prendre une décision. Avec un dernier regard par dessus son épaule, il entra dans la grotte.
— Venez, chuchota Harry, faisant signe à ses amis de le suivre.
Il s'aplatit contre le rocher le plus proche de l'entrée de la grotte et resta attentif au moindre bruit venant de l'intérieur. Il n'y avait rien. Il regarda à l'intérieur et se rendit compte que la grotte était bien plus large qu'il ne l'avait cru. Malfoy se tenait à quelques mètres de l'entrée, le dos tourné à eux. Mais à ce moment, Ron, Ginny et Hermione arrivèrent et une ombre passa sur le mur de la grotte.
Malfoy se retourna, sa baguette pointée sur eux.
— Qui est là ?
Harry sortit sa propre baguette et entra dans la grotte.
— Je pense que tu t'es trompé de chemin pour aller à Pré-Au-Lard.
— Potter, sors d'ici ! Ce ne sont pas tes affaires.
— Vraiment ? Que fais-tu là ? Tu as rendez-vous avec quelqu'un ? Harry avança vers Malfoy qui recula un peu plus dans la grotte et leva sa baguette plus haut.
— J'ai dit : ça ne te regarde pas, Potter. Je t'aurais prévenu !
Mais Harry ne prêtait plus attention au Serpentard. Quelque chose remuait dans l'obscurité au fond de la grotte. Elle surgit derrière Malfoy.
— Attention ! hurla Harry.
Il écarta Malfoy violemment et leva sa baguette pile au moment où un long fouet claqua dans le noir. Il frappa le bras d'Harry et lui arracha sa baguette des mains. Puis il y eut une dizaine d'autres coups, écorchant la poitrine et les bras d'Harry. Les fouets le frappaient avec tellement de puissance qu'ils le repoussèrent en arrière et il tomba sur le sol, soufflant bruyamment de surprise.
— Luminosus ! cria Hermione, et soudainement, la grotte s'emplit d'une lumière aveuglante.
Harry plissa les yeux et leva ses mains pour les protéger. Puis, deux paires de bras l'attrapèrent et le tirèrent hors de la grotte. Ces bras se révélèrent appartenir à Ron et Ginny, qui avaient tous les deux l'air secoués. Malfoy, qui se tenait près d'eux, était blanc comme un linge. Harry s'assit sur le sol, à bout de souffle. Là où les fouets l'avaient frappé, sa peau était désagréablement irritée, comme s'il avait été piqué par une centaine d'abeilles microscopiques.
— Harry, lève-toi, dit Hermione, attrapant son bras.
— Lève-toi ! cria-t-elle quand elle vit Harry rester immobile. Ses yeux brûlaient d'une panique à peine contenue. Ron, aide-moi à le lever.
— Hermione, tout va bien, lui assura Harry, se levant lentement. Je vais bien.
— Non, tu ne vas pas bien ! La voix d'Hermione s'éleva, alarmée, et elle saisit à nouveau son bras. Il faut qu'on aille à Pré-Au-Lard.
— Pré-Au-Lard, répéta Harry, incrédule.
— Oui ! Il nous faut de l'aide !
Harry secoua la tête.
— Je dois juste retourner à Poudlard.
— Tu seras mort avant d'arriver à Poudlard, Potter, dit Malfoy d'une voix monocorde complètement dépourvue de son arrogance habituelle.
— Il a raison, dit Hermione. C'était la Tentacula Piqueuse qui t'a attaqué, Harry. Maintenant, reste tranquille.
Avant qu'Harry n'ait le temps de comprendre ce que Malfoy ou Hermione avait dit, Hermione le fit pivoter et ils transplanèrent. Avec un "pop", ils apparurent dans l'allée principale surpeuplée de Pré-Au-Lard, devant les Trois Balais. Des groupes d'élèves s'écartèrent de leur chemin avec stupeur, mais Harry les ignora. Transplaner n'avait pas amélioré sa condition. Sa poitrine et ses bras commençaient à le brûler en plus de piquer. Hermione tournait le cou, à la recherche de quelque chose.
— Professeur ! cria-t-elle, faisant des grands signes en direction d'une silhouette qui s'approchait d'eux à travers la foule.
C'était Rogue. Il avait apparemment déjà remarqué leur arrivée et les regardait avec des envies de meurtres, tandis qu'il se frayait un chemin parmi les élèves qui fuyaient en le voyant. Au moment de l'appel d'Hermione, cependant, ses sourcils s'étaient froncés encore plus, transformant son expression en inquiétude et il accéléra son pas. Hermione alla à sa rencontre, tirant Harry avec elle.
Harry tituba derrière elle, mais son esprit fonctionnait déjà au ralenti. Hermione devait se tromper. Les Tentacula Piqueuses étaient extrêmement rares. Comment pouvait-il y en avoir une juste devant l'école ? Ce devait être une autre plante, probablement une Tentacula Vénéneuse.
— Que s'est-il passé ? demanda Rogue, passant le dernier groupe d'élèves entre eux et sortant Harry de ses pensées.
— Harry a été attaqué par une Tentacula Piqueuse, lâcha immédiatement Hermione.
Les yeux de Rogue s'ouvrirent en grand, mais la tirade de questions furieuses et de menaces qu'Harry attendait ne vint pas. Rogue tendit seulement la main, saisit son bras et parla d'une voix calme et contrôlée.
— Donnez-le moi.
Hermione relâcha Harry et recula, tandis que Rogue tirait Harry vers lui. Harry regarda du visage pâle et effrayé d'Hermione à la mâchoire tendue de Rogue et sentit la peur l'envahir. Puis il transplana à nouveau. Cette fois, ses genoux faillirent se dérober lorsque ses pieds frappèrent le sol, mais Rogue tenait son bras fermement, il le tira en haut des escaliers et lui fit passer la porte de la petite maison miteuse devant laquelle ils venaient d'arriver.
— Où avez-vous été piqué ? demanda Rogue sèchement en guidant Harry à travers un petit salon peu accueillant, puis dans un court couloir sombre et dans une chambre dépourvue de la moindre couleur.
— Mes bras et ma poitrine, dit Harry, grattant les endroits décrits à travers ses vêtements. En addition à la sensation de brûlure et de piqûre, il avait désormais l'impression d'avoir des milliers de fourmis se promenant sur sa peau. Rogue poussa Harry pour qu'il s'assoie sur le lit puis arracha son sweatshirt et son T-shirt successivement.
Rogue laissa échapper un sifflement sec qui décupla la peur d'Harry. Craignant ce qu'il allait voir, Harry baissa les yeux sur sa poitrine nue. Là où les tentacules l'avaient touché, sa peau était couverte de cloques rouges, entourées d'une petite couche de pus verdâtre. Mais ce qui emplit Harry de terreur était que sous chacune des dizaines de pustules suintant de pus, quelque chose bougeait.
— Elles se développent vite, commenta Rogue sombrement. Allongez-vous. Vous allez avoir mal.
Harry s'allongea sur le lit sans protester. Il ne se souciait pas de ce que Rogue allait lui faire : il avait souffert de beaucoup de douleurs dans le passé et y était habitué. Ce de quoi il se souciait en revanche était de se débarrasser de ces choses gigotant sous sa peau. De toutes les horreurs qu'il avait affrontées dans sa vie, rien ne l'avait jamais terrifié comme cela le terrifiait. Il se rappelait avec une clarté brutale du rat mort de leur cours d'Herbologie et la pensée de ces tentacules-parasites poussant dans son corps était répugnante.
Rogue sortit sa baguette de sa poche et murmura :
— Candeo.
Le bout de la baguette de Rogue brilla d'un rouge vif puis s'éclaircit et devint blanc. Harry sentait la chaleur qui en émanait et se prépara lorsque Rogue descendit sa baguette sur une des pustules qui bougeait au centre de son torse, mais c'était inutile. Il hurla lorsque le bout de la baguette brûla sa peau et la chair en dessous. Pendant un moment, la douleur s'estompa lorsque Rogue retira sa baguette de la blessure cautérisée mais l'agonie revint quasi-instantanément quand il s'attaqua à une autre pustule.
L'un après l'autre, Rogue brûla les parasites qui avaient infesté Harry. Il travaillait rapidement, sans jamais s'arrêter, mais cela semblait interminable aux yeux d'Harry. Rogue n'avait pas exagéré en disant qu'il aurait mal : cela rivalisait avec le sortilège Doloris. Harry souhaitait s'évanouir, mais alors qu'il en avait été proche à plusieurs reprises, son esprit refusait avec entêtement d'abandonner son état de conscience. Enfin, Rogue reposa sa baguette. Harry était épuisé par l'épreuve qu'il venait de subir. Il tremblait de partout et quelque part, tout au fond de son esprit, il se rendit compte qu'il devait se trouver en état de choc.
Mais Rogue n'avait pas terminé. Il passa ses doigts dans les cheveux d'Harry, palpa son crâne et le retourna sur le ventre. Il toucha le dos de la tête d'Harry, puis examina rapidement son dos, ses épaules et ses bras. Apparemment satisfait, il retourna Harry sur le dos une nouvelle fois, détacha la ceinture de son jean et le retira sans cérémonie, en même temps que ses chaussures et ses chaussettes. Une petite voix cria dans l'esprit d'Harry avec protestation, mais Harry n'était pas capable de formuler l'outrage qu'il ressentait. L'air semblait être gelé au contact de sa peau nouvellement exposée et il serra les dents pour les empêcher de claquer pendant que Rogue examinait ses pieds et ses jambes de manière professionnelle. Cependant, quand Rogue tendit la main en direction de l'élastique du caleçon d'Harry, la voix dans sa tête cria si fort qu'Harry ne pouvait plus l'ignorer.
— Qu'est-ce que vous faites ? demanda Harry, ayant l'air bien plus paniqué qu'il ne l'aurait voulu.
Rogue leva les yeux, croisa le regard d'Harry, et, pendant un bref instant, Harry fut certain d'avoir vu un air de compassion passer sur ses traits. Un instant après, cependant, il avait disparu.
— Potter, voulez-vous vraiment risquer de perdre une de ces choses ? coupa Rogue avec impatience. Restez tranquille !
Harry fit ce qu'on lui dit. Il s'allongea et fixa le plafond, étudiant les fissures dans le plâtre tandis que Rogue descendait son caleçon pour inspecter la seule zone qu'il restait. Heureusement, Rogue fut rapide. Son examen terminé, il remit le caleçon d'Harry en place et sortit à grandes enjambées de la pièce.
Enfin seul, Harry soupira, remonta les couvertures et se mit en boule. La douleur de ses blessures avait disparu, mais désormais, chaque muscle de son corps était douloureux et il tremblait plus que jamais, malgré les couvertures. Il ne pouvait plus empêcher ses dents de claquer et il commençait à avoir des crampes à l'estomac.
Ce n'est pas normal, pensa Harry, l'esprit embrouillé. Ce ne peut pas être que le choc. Il avait souffert de pires douleurs par le passé et il n'avait jamais eu ce genre de réaction. Une douleur particulièrement vive le frappa de l'estomac jusqu'à l'aine, le faisant haleter juste au moment où Rogue revenait avec une bouteille de liquide et un verre.
— Professeur, quelque chose n'est pas normal, dit Harry faiblement, agrippant son estomac. Je ne me sens pas très bien.
— J'imagine que non, répliqua Rogue, remuant le contenu de la bouteille trois fois puis remplissant avec attention le verre du liquide sombre.
Il s'avança vers le lit et passa un bras sous les épaules d'Harry pour l'aider à s'asseoir.
— Buvez ceci.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Belladone.
— Mais c'est poison.
— Très bien, Potter. C'est gratifiant de voir que vous avez retenu une chose que je vous ai apprise. Maintenant buvez.
Harry garda la bouche étroitement close et Rogue soupira.
— Potter, nous n'avons pas le temps pour un cours sur les multiples façons de tuer de la Tentacula. La cautérisation détruit les parasites, mais cela dégage également une toxine hautement toxique, dont le seul antidote est la Belladone.
Harry fronça les sourcils et regarda le verre, sceptique. A travers la brume de son esprit, il se souvenait vaguement du Professeur Chourave leur parlant de la Belladone comme d'un antidote, mais le verre contenait une quantité effrayante de liquide. Rogue sembla comprendre ses pensées.
— Plus il y a de toxine dans votre sang, plus vous devez prendre d'antidote. Vous avez reçu une immense dose de toxine. Par conséquent, vous devez prendre la plus grande dose non-létale de Belladone.
Rogue tendit le verre à Harry qui hésitait toujours.
— Potter, nous n'avons pas beaucoup de temps.
Harry hocha la tête et laissa Rogue porter le verre à ses lèvres. Il avala son contenu puis se rallongea et se plia, serrant toujours son estomac contre la douleur.
— Combien de temps je vais devoir attendre pour savoir si ça a marché ?
— Pas très longtemps. Si la toxine est neutralisée, les crampes s'évanouiront presque immédiatement, même si un rétablissement complet peut prendre jusqu'à vingt-quatre heures.
Harry attendit, mais les crampes de son estomac ne semblaient pas disparaître.
— Alors ? demanda Rogue.
— Je ne crois pas qu'il y ait la moindre différence, dit Harry.
— Potter, les crampes vont diminuer ou empirer. Lequel est-ce ?
— Je ne peux pas dire.
— Elles s'étendent ou restent localisées ?
— Je ne sais pas.
— Pouvez-vous réussir quelque chose d'aussi simple que de reporter vos propres symptômes ?
— Peut-être que si vous arrêtiez de me harceler, je pourrais vous donner une réponse, rétorqua Harry sèchement.
Une douleur aigüe - la pire jusque-là - foudroya l'abdomen d'Harry puis sembla s'enrouler sur le bas de son dos. Il grogna et serra les dents contre la douleur. Après un moment, la crampe se transforma en mal permanent qui s'étendit de son dos à ses hanches et son abdomen.
Harry leva les yeux vers Rogue.
— Ça n'a définitivement pas fonctionné.
— Visiblement non, approuva Rogue.
Ils se dévisagèrent en silence. Harry ne savait pas quoi dire d'autre. Qu'y avait-il de plus ? Il était en train de mourir et ils le savaient tous les deux. Qu'était-on censé dire sur un lit de mort ? Harry n'avait pas peur et il ne sentait pas le besoin d'un réconfort - pas que Rogue soit capable d'en fournir. Rogue ne semblait pas non plus être la personne à qui faire passer des paroles personnelles pour ses amis. En fait, Rogue avait déjà l'air complètement découragé. Il se retourna et se mit à faire les cent pas dans la pièce et quand il regarda Harry à nouveau, son agacement était évident.
— Eh bien Potter, malgré les efforts de tout le monde, vous avez enfin réussi à vous faire tuer, dit Rogue d'un air sarcastique. Vu la fréquence à laquelle vous essayez, je suppose que je ne devrais pas être surpris, même si je dois admettre qu'une Tentacula Piqueuse est une approche assez novatrice.
— Vous parlez comme si je le faisais exprès, dit Harry avec indignation, piqué par le manque de sensibilité de la remarque de Rogue.
— Exprès ? Non, je ne vous donnerez pas autant de crédit. Vous ne pensez jamais aux conséquences de vos actions.
— Ce n'est pas vrai ! souffla Harry, les dents serrées, ses muscles crispés par une nouvelle crampe.
— Vous croyez ? Qu'est-ce qu'il y avait aujourd'hui ? Qu'est-ce qui était si important pour vous éloigner de l'école quand on vous a dit encore et toujours de rester tranquille ? Savez-vous tout ce qui a été sacrifié pour vous ? Et tout ça pour rien, uniquement parce que vous ne pouvez pas vous empêcher de vous engagez sur un chemin dangereux à la moindre opportunité !
Harry roula sur le ventre et ferma les yeux, essayant de bloquer la tirade de Rogue. Il se demandait s'il allait rester debout à côté de lui, à lui crier dessus jusqu'à ce qu'il meure. Cela n'aidait pas non plus que Rogue avait raison. Il était censé affronter Voldemort, pas se faire tuer par une plante idiote. Qui allait vaincre Voldemort désormais ?
— Je ne voulais pas que ça arrive, dit Harry.
— C'est plutôt discutable, non ?
Un autre spasme traversa Harry et il cria de douleur.
— Qu'est-ce que vous attendez de moi ? Je sais que j'étais supposé le tuer. Je sais que j'ai tout foutu en l'air. Je suis désolé !
Harry enfouit sa tête dans un oreiller et grogna. La douleur devenait insupportable. S'il pouvait seulement s'évanouir. Comme cela, il n'aurait pas à souffrir ni à écouter Rogue crier. Harry sentit des mains fortes s'enfoncer dans les muscles torturés de son dos.
— Respirez, Potter, dit Rogue. Des courtes respirations régulières, par la bouche.
Harry souffla pendant que Rogue continuait de masser son dos. A sa surprise, cela l'aida. Le spasme se termina et Harry se replia dans le lit, trempé de sueur. Il leva les yeux vers Rogue qui était assis à côté de lui. Il ne semblait plus en colère. Il avait seulement l'air abattu, ce qui déprima Harry encore plus que lorsque Rogue lui criait dessus.
— Je suis désolé, Professeur.
— Ce n'est pas grave, Potter, dit Rogue d'un ton las.
— Mais, et Voldemort ?
Rogue secoua la tête.
— Ne vous inquiétez pas. Tout ira bien.
Il tendit la main et ébouriffa négligemment la frange d'Harry, pour décoller les cheveux de son front.
Les doigts de Rogue étaient froids contre la peau fiévreuse d'Harry. Puis ils partirent et Harry se sentit déçu. Le geste avait été si naturel, si personnel. Personne d'autre que Mme Weasley ne l'avait jamais touché ainsi avant et soudainement, Harry souhaita sentir ce contact à nouveau, le simple contact d'un autre être humain.
Sans y penser, il tendit la main et attrapa celle de Rogue. Rogue tressaillit, surpris, et baissa les yeux sur la main d'Harry agrippant la sienne. Puis ses yeux s'ouvrirent en grand et il retira sa main, bondit sur ses pieds et courut hors de la pièce.
Harry regarda Rogue partir. Oublie pour le contact humain, pensa-t-il amèrement lorsqu'une autre vague de douleur le traversa. Quand elle passa, il resta allongé, à bout de souffle. Ce n'était pas grave. Ce n'était pas vraiment la première fois qu'il affrontait la mort seul. Il se sentait déjà osciller entre conscience et inconscience. S'il pouvait seulement s'évanouir, il mourrait en paix. Harry ferma les yeux, souhaitant s'évanouir.
— Potter !
Harry ouvrit les yeux avec surprise. Rogue était de retour. Il avait enlevé ses robes et déboutonné son col. Les manches de sa chemise étaient également remontées. Il saisit la bouteille de Belladone, remua son contenu trois fois puis remplit le verre à ras bord.
— Je croyais que je ne pouvais pas en prendre plus, dit Harry.
— Vous ne le pouvez pas, répliqua Rogue, avalant lui-même la potion d'un trait. Puis, il ramassa un petit couteau en argent qu'il était apparemment allé chercher et se tourna vers Harry.
Pendant un moment, Harry se demanda si Rogue allait le tuer pour abréger ses souffrances. Mais Rogue ne fit que monter sur le lit et s'agenouiller à côté de lui. Une autre crampe sauvage s'empara d'Harry et il grogna.
— Accrochez-vous Potter, dit Rogue.
Il attrapa la main droite d'Harry et entailla profondément sa paume sur toute la longueur. Harry ne sentit même pas la douleur au dessus de la douleur dont il souffrait déjà. Rogue coupa rapidement une blessure similaire dans sa propre main.
La crampe s'estompa à nouveau et Harry leva les yeux vers son professeur.
— Qu'est-ce que vous faites ?
— Je vous sauve la vie, j'espère. Rogue serra étroitement la main d'Harry dans la sienne, pressant leurs paumes l'une contre l'autre. Nous sommes d'un seul sang, lié dans la vie ou dans la mort.
Une autre vague de douleur traversa Harry. Il hurla et cette fois-ci, Rogue souffla de douleur également. Rogue s'effondra sur le lit à côté d'Harry, serrant toujours fermement sa main. Mais la douleur que ressentait Harry était enfin devenue insupportable et il tomba dans une inconscience bienvenue.
Harry était allongé sur la pelouse chaude à côté du lac à Poudlard, le soleil brillant à travers les arbres pour le réchauffer. Quelqu'un serra légèrement sa main et le fit se retourner vers Ginny, allongée à côté de lui dans la pelouse, un large sourire sur le visage. Il serra sa main en retour, parcourant le dos de sa main avec son pouce, puis referma les yeux, heureux.
Le soleil brillant à travers les rideaux était plutôt chaud et Harry, voguant à la limite entre le sommeil et l'éveil, repoussa les couvertures puis fronça les sourcils, réalisant qu'il n'était pas allongé dans la pelouse comme il le croyait, mais dans un lit. Faiblement, il tendit la main pour ajuster ses lunettes puis ouvrit ses yeux qui s'élargirent avec choc quand il s'éveilla complètement.
Strictement parlant, Severus Rogue n'était peut-être pas la dernière personne à côté de qui Harry aurait voulu se réveiller, mais il était certainement la dernière personne à côté de qui Harry voulait se réveiller en lui tenant la main, particulièrement en ne portant rien d'autre que son caleçon. Et pourtant, c'était exactement la situation dans laquelle Harry se trouvait. Il était allongé dans un lit confortable avec des couvertures en désordre, dans une petite chambre indescriptible qui semblait d'une certaine façon familière, même si Harry n'avait aucune idée d'où il se trouvait et savait qu'il n'avait jamais été là auparavant. Rogue dormait paisiblement à côté de lui, mais avait néanmoins sa main serrée comme un étau autour de sa main droite comme Harry le découvrit en essayant calmement de se dégager. Harry tira plus fort, mais Rogue remua avec difficulté dans son sommeil et agrippa encore plus fort la main d'Harry.
Harry inspira profondément et se débattit contre une panique irrationnelle. Il n'avait aucun souvenir de comment il avait pu se retrouver dans ces circonstances, mais il devait y avoir une explication rationnelle au fait qu'il semblait avoir passé la nuit à tenir la main de son professeur dans un lit. Malheureusement, Harry avait beau se creuser la tête, il n'en trouvait pas. La panique commençait à s'en prendre à lui à nouveau et Harry essaya désespérément d'arracher sa main à Rogue une nouvelle fois. La dernière chose qu'il voulait - la seule chose qui pouvait rendre cette situation mortifiante encore pire - serait que Rogue se réveille en tenant sa main.
Au moment où Harry imagina la scène, il se sentit rougir d'embarras. Malheureusement, le destin semblait avoir juste attendu que cette pensée terrifiante gagne son esprit, parce qu'à peine l'avait-il fait, que Rogue lâcha un profond soupir, ouvrit les yeux et regarda droit dans ceux d'Harry. Harry se figea. Ils se dévisagèrent un instant en silence puis un sourire narquois désagréable se forma sur le visage de Rogue, ce qui rendit Harry plutôt mal à l'aise.
— Mr. Potter, il semblerait que nous ayons survécu à votre dernière aventure, dit Rogue d'une voix traînante. J'espère que vous avez apprécié autant que moi.
Harry sentit la chaleur de son embarras disparaître. Puisqu'il ne se souvenait pas de ce qui était arrivé la nuit précédente, et était certain de ne pas vouloir le savoir, il ne savait pas quoi répondre, mais Rogue ne semblait pas attendre de réponse. Il lâcha la main d'Harry et s'assit. Harry s'assit également et aurait bondi hors du lit si Rogue n'avait pas attrapé son bras.
— Pas si vite Potter.
Rogue jeta un long regard calculateur au torse nu d'Harry, ce qui ne fit rien pour arranger sa tranquillité d'esprit. Puis il tendit la main et parcourut l'épaule d'Harry d'un de ses doigts effilés. Harry recula.
— Que faites-vous ?
— J'inspecte mon travail, répondit Rogue.
— Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? grogna Harry.
Rogue haussa les épaules.
— Exactement ce que je viens de dire. Je n'ai jamais fait ça, vous savez.
— Heureux de savoir que j'ai été le premier, dit Harry, les dents serrées, essayant de garder sa voix stable, tirant les couvertures autour de lui et s'éloignant encore plus de Rogue. Où sommes-nous d'ailleurs ?
— Chez moi.
Harry cogna le sol en bois avec un bruit sourd, entouré de son paquet de couvertures. Il roula, essaya de se débarrasser des couvertures et trouva Rogue qui le regardait de haut, stupéfait, depuis le coin du lit.
— Potter, que diable fabriquez-vous ?
Harry se libéra de la dernière couverture et se mit sur ses pieds, tenant un drap contre sa taille dans une position défensive.
— Chez vous ? La voix d'Harry semblait une octave trop haute à ses oreilles, mais il s'en fichait. Que faisons-nous chez vous ?
— C'était le seul endroit disponible, dit Rogue, se levant également. Poudlard était hors de question.
Harry fixa Rogue, se sentant réellement malade.
— Oui, j'imagine, réussit-il à répliquer d'une voix étouffée.
— Ah, je me disais bien que j'avais entendu des voix. Harry et Rogue se retournèrent tous les deux pour voir Albus Dumbledore debout dans l'entrée, souriant aimablement. J'espère que ça ne vous dérange pas, Severus. J'ai pris la liberté d'entrer. Je dois admettre que c'est un soulagement de vous voir enfin tous les deux sur pieds.
Harry expira sèchement face à Dumbledore qui ne semblait pas choqué le moins du monde qu'un des membres de son équipe pédagogique ait passé la nuit avec un élève. En fait, il avait l'air très heureux.
Dumbledore sourit en voyant l'expression sidérée d'Harry.
— Il est évident, Harry, que tu n'as aucun souvenir des événements d'hier, mais permets-moi de t'assurer que rien d'inapproprié ne s'est produit ici.
Rogue fronça les sourcils et lança un regard suspicieux d'Harry à Dumbledore.
— Que voulez-vous dire par "inapproprié" ?
Dumbledore regarda Rogue et Harry fut certain que le vieil homme luttait pour ne pas éclater de rire.
— Je crois qu'Harry est faussement convaincu que vous avez été attrapé en flagrant délit.
Harry n'avait jamais entendu cette phrase auparavant, mais il était clair que Rogue si, et d'après son visage, Harry pouvait deviner ce que cela signifiait. Il se rendit compte qu'il avait fait une horrible erreur au moment où Rogue se retourna vers lui, blanc d'indignation.
— QUOI ? Je vous ai sauvé la vie et vous pensez -
Rogue s'interrompit, une pointe de rose colorant ses joues pâles. Dumbledore s'avança et posa une main sur son bras.
— Severus, Harry ne se souvient de rien et est tout naturellement désorienté. Venez. Allons prendre un thé tous les deux pendant qu'Harry s'habille. Harry, la salle de bain est au bout du couloir. Si tu viens à la cuisine quand tu es prêt, je t'expliquerai tout. Venez Severus.
Rogue lança un dernier regard plein de ressentiment à Harry puis quitta la pièce. Dumbledore lança à Harry un regard bien plus encourageant puis partit également. Seul, Harry s'assit sur le coin du lit et tenta de donner du sens à cette situation bizarre, mais c'était sans espoir. Quelle que soit l'explication que Dumbledore avait l'intention de lui donner, Harry n'avait aucune idée de ce que cela pouvait être, et après quelques instants, il se décida que rester assis là n'allait pas l'aider.
Il se leva et enleva le drap qu'il portait toujours autour de la taille puis prit ses habits qui étaient soigneusement pliés sur une chaise à côté. Il s'habilla rapidement, mit sa baguette dans sa poche, puis avança vers la porte et regarda dehors. Il n'y avait personne en vue, il traversa donc le couloir en direction de la petite salle de bain. Il avança devant l'évier et observa son reflet. Le jeune homme qui le regardait était une épave : pâle et décharné, avec des cercles noirs sous les yeux.
Harry passa une main dans le désordre de ses cheveux. Que m'est-il arrivé ? se demanda-t-il. Il ouvrit le robinet, enleva ses lunettes et se jeta de l'eau sur le visage. Puis il passa ses mains humides dans ses cheveux pour les aplatir. Ayant accompli cette toilette minimaliste et n'ayant plus aucune excuse pour retarder la suite, Harry retourna dans le couloir et suivit le son des voix jusqu'à une cuisine étroite. Il s'arrêta juste avant la porte.
Rogue était affalé sur une chaise à la petite table, les bras croisés, serrés contre sa poitrine, un regard noir sur le visage. Dumbledore fouillait dans les placards et les deux hommes se tournaient le dos.
— Franchement, Severus, il n'y aucune raison d'être aussi offensé, dit Dumbledore en ouvrant une boîte de conserve pour jeter un coup d'œil à l'intérieur. Il a dix-sept ans et ce genre de pensées est rarement loin de l'esprit à cet âge là. De plus, ce n'est pas tous les jours qu'un jeune homme se retrouve à moitié nu dans un lit avec un de ses professeurs avec aucun souvenir de comment il s'y est retrouvé. Vous pouvez comprendre que ce doit être déconcertant.
Rogue jeta un regard indigné à Dumbledore, mais ne dit rien.
— Je dois dire, Severus, que vos placards sont péniblement vides. Vous devriez au moins garder quelques biscuits sous la main.
— Je n'avais pas l'intention de recevoir, dit Rogue, amèrement.
— C'est vrai. Dumbledore fit un mouvement de baguette et trois tasses apparurent sur la table. Il enleva une théière du feu et commença à remplir les tasses. Tout de même, c'était une nuit plutôt longue et stressante que j'ai eu à passer avec un estomac vide.
— Si Mr. Potter pouvait se retenir de se faire tuer, le contenu de mes placards ne serait pas un problème, répliqua Rogue avec irritation.
— C'est également vrai, dit Dumbledore avec un sourire sympathique en s'asseyant à côté de Rogue. Ah Harry, te voilà. Viens prendre du thé. Ça te fera du bien.
Harry quitta le seuil de la porte pour venir s'asseoir à côté de Dumbledore et le plus loin de Rogue que la petite table le permettait. Rogue ne le regarda pas.
— Ça dérangerait un de vous deux de me dire ce qu'il se passe ? demanda Harry, dirigeant la question à Dumbledore.
— Te souviens-tu de quoi que ce soit des événements d'hier, Harry ? demanda Dumbledore.
— Non, admit Harry.
— Dans ce cas, permets-moi de te rafraîchir la mémoire. D'après Miss Granger, vous et elle, en compagnie de Ginny et Ron Weasley marchiez en direction de la grille d'entrée quand vous avez vu Drago Malfoy, avancer de manière plutôt coupable - Ron a fourni ce détail - sur un sentier sur l'autre rive du lac. Naturellement, vous vous êtes tous les quatre sentis obligés de le suivre. Le sentier remontait la colline au dessus de Pré-Au-Lard, où Malfoy finit par s'arrêter devant une grotte. Quand il y est entré, tu es allé après lui et dans la dispute qui s'en est suivie, aucun de vous n'a remarqué la Tentacula Piqueuse jusqu'à ce qu'elle attaque. Tu as poussé Drago hors de son chemin - un détail, qu'il a, de manière intéressante, confirmé - et tu as pris la totalité de l'attaque. Miss Granger, réalisant qu'elle ne pourrait jamais te ramener à Poudlard à temps, a pris la première décision sage de la journée et a décidé de transplaner à Pré-Au-Lard pour trouver de l'aide.
Harry ne dit rien pendant un moment. Il se souvenait d'avoir suivi Malfoy, mais l'attaque en elle-même était toujours floue. Tout s'était produit si vite.
— Comment suis-je arrivé ici ?
— Je vous ai amené ici immédiatement après que Miss Granger vous a traîné jusqu'à moi devant les Trois Balais, répondit Rogue avec indignation.
— Pourquoi ici ? Pourquoi pas à Poudlard ?
— Pour la même raison que Miss Granger ne l'a pas fait. Parce que vous seriez mort avant que je n'aie eu le temps de vous amener à l'infirmerie. En l'occurrence, vous avez bien failli mourir.
— Et pourquoi... Harry hésita. Il détestait avoir à demander cela, mais il fallait qu'il connaisse la réponse. Pourquoi me teniez-vous la main ?
Les yeux de Rogue brillèrent de colère, mais ce fut Dumbledore qui répondit.
— Cela, Harry, est la marque de fabrique du Pari du Guérisseur.
— Le quoi ?
— Le Pari du Guérisseur, répéta Rogue avec impatience. C'est le dernier moyen de sauver la vie d'une victime empoisonnée. La plupart des poisons, comme vous devriez le savoir maintenant, peuvent être contrés par un bézoard. Cependant, ceux qui ne le sont pas, nécessitent souvent des antidotes qui sont tout aussi mortels que les poisons qu'il sont supposés neutraliser. La toxine de la Tentacula Piqueuse en fait partie. Vous en avez reçu une dose immense, mais à cause de la toxicité de l'antidote lui-même, je ne pouvais pas vous en donner assez pour vous sauver la vie. Vous seriez mort, mais le Pari du Guérisseur offrait une chance d'une issue différente.
— Il s'agit d'un ancien sortilège, dit Dumbledore, reprenant la narration à Rogue. Il est basé sur le sang et est très puissant, comme toute magie du sang. Le concept, néanmoins, est assez simple. L'idée est de doubler le volume de sang, dans le but de diluer le poison et de permettre de prendre une seconde dose d'antidote. Pour ce faire, le guérisseur choisit de mélanger son sang à celui de la victime. Typiquement, il ingère la seconde dose d'antidote, puis fait une incision profonde sur la main droite de la victime et la sienne. Il récite ensuite l'incantation et ils joignent leurs mains.
— Un seul sang, lié dans la vie ou dans la mort, murmura Harry.
Il baissa les yeux sur sa main où une longue cicatrice fine marquait tout ce qu'il restait de l'entaille profonde que Rogue avait tranchée. Tout lui revenait désormais : l'agonie quand Rogue avait brûlé les parasites qui l'avaient infesté, la fièvre et les crampes qui avaient suivi, la réalisation terrible qu'il était mourant. Et il se souvenait de Rogue, assis à côté de lui.
— Pourquoi l'appelle-t-on "Pari" ?
— Parce que si même une double dose de l'antidote ne peut pas contrer le poison, alors à la fois la victime et le guérisseur meurent, dit Dumbledore. Heureusement, ça n'a pas été le cas cette fois - même si vous n'en êtes pas passés loin.
Dumbledore finit son thé, reposa la tasse et se leva.
— Il faut que j'y aille maintenant.
Rogue et Harry lancèrent au vieux sorcier un regard mêlé de surprise et de désarroi.
— Quoi ? dit Rogue sèchement.
— Vous ne pouvez pas partir, dit Harry.
— J'en ai bien peur. J'ai un rendez-vous plutôt important à Londres que je ne peux plus retarder.
— Albus, vous êtes ici depuis presque un jour complet. Votre rendez-vous peut sûrement attendre suffisamment pour vous permettre de raccompagner Potter à Poudlard.
— Je suis prêt à partir, ajouta Harry aimablement, sautant sur ses pieds.
— Madame Pomfresh souhaitera vous voir tous les deux dès que vous retournerez à l'école, il est donc plus logique que vous arriviez tous les deux ensemble.
— J'aurais pensé avoir mérité un peu de repos étant donné ce que j'ai déjà traversé à cause de Potter, insista Rogue.
— Bien entendu, le rassura Dumbledore. Il n'y a pas d'urgence, Severus. Vous pouvez prendre tout le temps que vous souhaitez tous les deux.
Dumbledore sortit de la cuisine et Harry poursuivit le vieux sorcier. Rogue était sur ses talons.
— Albus, vous ne pouvez pas laisser Potter ici !
— Professeur, s'il vous plaît, dit Harry. Ce ne sera pas long de transplaner à Poudlard.
Dumbledore se retourna pour les regarder tous les deux avec exaspération.
— J'ai passé la majeure partie des dernières vingt-quatre heures à alternativement rester assis à votre chevet et à faire les cent pas. Et durant la plupart de ce temps, j'étais convaincu que j'allais vous perdre tous les deux. Alors pardonnez-moi si je ne vois pas la tragédie de la situation actuelle. Aussi intimidante que cette tâche puisse vous paraître, je ne doute pas que vous puissiez retrouver tous les deux le chemin de l'école sans avoir besoin de mon assistance. Maintenant, je m'en vais et je vous verrai tous les deux à Poudlard.
Sur ce, Dumbledore ouvrit la porte d'entrée, sortit dans l'air frais de la matinée et claqua la porte derrière lui. Un silence absolu prit possession de la pièce tandis qu'Harry et Rogue continuaient de fixer la porte fermée.
Enfin, Rogue soupira.
— Attendez là.
Il se retourna et quitta la pièce sans regarder Harry.
Harry était soulagé de se retrouver seul. Il s'assit sur le canapé usé et regarda autour de lui. La pièce était petite, miteuse, et rendue encore plus étroite par les murs recouverts de livres. Harry avait eu l'occasion de fouiller différentes collections de livres durant les derniers mois et ne put résister à la tentation d'examiner ceux de Rogue. Avec un regard furtif en direction de la porte, il se leva et commença à faire lentement le tour de la pièce.
Malgré la pauvreté évidente de la maison, Rogue avait une bibliothèque impressionnante. Il y avait des livres sur toutes les branches de magie et ils n'étaient pas là que pour décorer. Les livres, même si très bien entretenus, étaient tout aussi clairement usés et Harry eut une soudaine vision de Rogue, assis sur le canapé, en train de lire.
Tandis qu'Harry continuait de parcourir la pièce, un livre familier lui attira brusquement l'œil et il tendit la main pour le tirer de l'étagère. C'était son livre avancé sur les potions, ou plutôt un exemplaire identique, mais très vieux. Harry l'ouvrit et il fut choqué de découvrir qu'il y avait des écritures à la main sur presque toutes les pages. Des paragraphes entiers d'instructions de potions avaient été rayés et réécrits, et il y avait tout un tas de notes dans les marges. Certaines étaient des notes sur les potions, mais d'autres semblaient être des sortilèges.
— Potter !
Harry sursauta et referma le livre. Rogue entra et le lui arracha des mains.
— C'est impossible de vous laisser cinq minutes sans que vous n'envahissiez ma vie privée ? Vous ai-je dit que vous aviez le droit de fouiller dans mes affaires ?
— Je suis désolé.
Rogue repoussa le livre sur l'étagère puis s'avança et ouvrit la porte d'entrée.
— Allons-y.
Harry n'avait pas besoin qu'on le lui dise deux fois. Il se hâta de le dépasser et de sortir de la maison.
