Merci pour vos commentaires! Étant actuellement assez occupée, les chapitres viendront au compte goutte ;)
Chapitre 21
Katerina ne réussit pas à fermer l'œil de la nuit, et lorsque la lune laissa place au soleil, elle était attablée devant son cinquième thé. Comme promis, Trevor n'était toujours pas réapparu, contrairement aux ecchymoses provoquées par ce dernier. Lorsque le village commença à s'éveiller, elle sortit faire quelques emplettes pour sortir de sa léthargie. Elle passa devant une boutique de tissu et acheta une petite écharpe qu'elle s'empressa d'enrouler autour de son cou pour masquer les meurtrissures. S'arrêtant devant une échoppe de fruits et légumes pour discuter avec la vendeuse, elle entendit soudain une voix héler son prénom :- Katerina.
S'empourprant en reconnaissant le timbre de voix, elle se retourna et découvrit Elijah, le sourire aux lèvres. La vieille dame lui lança un regard stupéfait.
- Bonne journée, Miss Katherine.
- Vous aussi, Madame Cloud.
Elle marcha à la rencontre d'Elijah et fit une rapide révérence.
- Bonjour Monseigneur Elijah.
- Bonjour Katerina, belle journée pour faire quelques courses.
- N'est-ce donc pas le rôle des domestiques ? interrogea Katerina en désignant le panier à moitié plein du jeune homme.
- Oui, mais j'aime venir ici. Il est bon de s'échapper de ma prison dorée de temps en temps.
Des pattes d'oies se formèrent au coin de ses yeux, signe qu'il se retenait de rire. La jeune fille sourit, vérifiant d'un rapide coup d'oeil que Trevor ne risquait pas d'émerger soudainement de la foule.
- Miss Katherine ? Cela fait très anglais comme prénom, n'est-ce pas ? se moqua t-il gentiment pour attirer à nouveau l'attention de Katerina.
- J'essaye au mieux de m'intégrer au sein de la société, Monseigneur, avoua t-elle.
- Je comprends, mais je dois vous avouer que je préfère Katerina, c'est beaucoup plus rustique et authentique. Où est donc votre ami, Trevor ?
Des yeux, il sonda la masse à la recherche du jeune homme. Katerina se mordit la lèvre, réfléchissant au plus vite pour trouver un mensonge :
- Il est parti très tôt ce matin, il avait une affaire urgente à régler à quelques kilomètres d'ici.
- Il ne devrait pas autant vous négliger pour du travail. Il est parti avec le chariot, je suppose ?
La jeune bulgare ouvrit la bouche pour répondre, puis se ravisa. La vivacité d'esprit d'Elijah pourrait rapidement déceler les failles de son récit et le mener à la vérité.
- Oui Monseigneur.
Il réfléchit, les yeux perdus dans le vide.
- Est-il parti toute la journée ?
- Je… je crois, balbutia t-elle, déconcertée par la question d'Elijah.- C'est ennuyeux, mon frère va être très déçu de ne pas vous voir…
Embourbée dans son mensonge, Katerina n'avait pas pensé au fait qu'elle ne pourrait rejoindre Klaus cet après midi. Et elle n'aurait pas d'autre occasion si Trevor est omniprésent. Dépitée, elle serra les poings, ce qui n'échappa pas au regard perçant d'Elijah.
- Si vous le souhaitez, je peux vous ramener jusqu'au château. Vous serez rentrée avant le retour de Trevor, lui promit-il.
La voyant hésitante, il ajouta :
- Si je puis me permettre, vous n'avez pas l'air dans votre assiette, et vous changer les idées vous ferait le plus grand bien.
Elle accepta et accompagna Elijah jusqu'à son propre véhicule. Après avoir donné un coup de rênes pour mettre les chevaux au pas, il fixa Katerina qui gardaient les yeux obstinément baissés vers ses mains qu'elle triturait, prise de remord vis-à-vis de Trevor. Après sa réaction de la veille, elle avait peur que ce dernier ne se mette à nouveau en colère contre elle.
- Vous allez bien ?
Elle sursauta, et sourit maladroitement.
- Veuillez m'excusez Monseigneur, j'étais perdue dans mes pensées.
- Vous avez surtout l'air de quelqu'un qui manque de sommeil, fit-il, observateur. Il s'est passé quelque chose hier soir ?
Une question aussi indiscrète aurait pu la choquer en d'autres circonstances, mais elle se sentait tellement confuse qu'elle ne prit même pas la peine de lui lancer une remarque acerbe. Elle se contenta de secouer la tête en signe de négation et se terra un peu plus dans son siège. Elle remercia intérieurement le jeune homme de ne pas insister car elle était à nouveau sur le point de craquer. Le reste du voyage se déroula dans le silence, mais Elijah continuait de temps à autre à lui lancer un regard bienveillant, comme pour s'assurer que la jeune bulgare était toujours là. Arrivés devant le château, ils eurent la surprise de découvrir Klaus assis sur les marches rongées par la mousse. Il se leva à leur vue et vint offrir à la jeune femme son bras pour la faire descendre.
- A plus tard, Katerina.
Elijah s'effaça et disparut dans la végétation environnante. La jeune fille prit sur elle pour ne pas sourire béatement devant un Klaus aussi resplendissant et aussi intimidant que la veille.
- Vous avez fait bonne route ?
- Oui Monseigneur, répondit-elle en fléchissant les genoux pour le saluer.
- Ne restons pas à l'extérieur et entrons, lui proposa t-il en lui tendant à nouveau le bras.
Ils pénétrèrent dans le grand hall, désormais vide, hormis les quelques tables de la veille. Il l'amena dans le grand salon qui laissa Katerina béate d'admiration : la pièce se composait d'immenses bibliothèques sur chaque mur excepté un, composé d'une cheminée où brûlait un feu ardent. De confortables sièges en cuir étaient disséminés de part et d'autre, ainsi qu'une petite table sur laquelle reposaient des mets couverts par de grosses cloches en argent.
- Ce sont quelques plats de la veille. Je m'apprêtais à déjeuner lorsque j'ai vu mon frère et vous arriver ; il serait malpoli de ma part de ne rien vous proposer.
Il gratifia Katerina d'un chaleureux sourire et celle-ci eut à nouveau l'impression que la pièce s'était réchauffée de plusieurs degrés. Quelques serviteurs accoururent pour poser une assiette et des couverts supplémentaires ; un autre s'approcha timidement de la jeune fille et lui proposa de la débarrasser de sa cape ainsi que de son écharpe. Gênée, elle bredouilla qu'elle avait attrapé froid et qu'elle préférait conserver l'étoffe. L'homme n'insista pas et se retira sous le regard interrogateur de Klaus.
- Auriez-vous attrapé froid hier ?
- Ce n'est rien Monseigneur, la température est descendue en dessous des 10° cette nuit.
Au grand étonnement de Katerina, Klaus baissa la tête comme un enfant prit en faute.
- Pardonnez-moi Katerina, ceci est entièrement ma faute. Je n'aurai pas dû vous emmener dehors hier soir.
- Vous n'avez aucune raison de vous en vouloir, je…
Elle hésita à continuer, mais devant le regard troublé de Klaus, elle ajouta :
- Je suis heureuse d'avoir fait votre rencontre, et l'air frais d'hier soir m'a également fait le plus grand bien.
L'homme releva la tête, un sourire timide sur les lèvres, mais un regard encore plus flamboyant que les flammes brulantes dans l'âtre. Si Elijah avait été présent, il aurait tout de suite compris qu'il s'agissait d'une de ses manœuvres de séduction.
- Prenez place, vous avez l'air affamé, proposa t-il d'un air doux en tirant une chaise pour l'inviter à s'asseoir.
Charmée par cet élan de galanterie, elle obéit et ils déjeunèrent en silence. A la fin du repas, Klaus lui proposa de monter visiter le château et la jeune fille le suivit avec joie. Accrochée en permanence à son bras, elle ne pouvait s'empêcher de lui lancer de temps à autre des coups d'œil, admirant la courbe de son visage, l'éclat du soleil dans ses yeux clairs et sa chevelure soignée.
- Voici la dernière pièce, annonça t-il en ouvrant une porte et en incitant la jeune fille à entrer la première.
Elle pénétra dans une pièce circulaire, bien plus petite que les autres mais très cosy. Un lit à baldaquin trônait au milieu avec quelques meubles éparpillés autour. Le reste était composé de lourdes malles posées de ci et de là, comme si Klaus venait d'emménager ou s'apprêter à déménager. Le front plissé, elle s'approcha des lourdes malles pour les examiner.
- Vous partez Monseigneur ? souffla t-elle en tentant de cacher sa déception
Elle entendit Klaus s'approcher d'elle et sentit son souffle chaud sur sa nuque, ce qui fit louper un battement de cœur à cette dernière.
- Bien sur que non.
D'une main délicate, il voulut défaire l'écharpe qui ornait le cou de la jeune femme, mais celle-ci le stoppa d'un geste. Lui faisant face, elle lut dans ses yeux une pointe d'agacement :
- A quoi joues-tu Katerina ?
Agissant de la même manière qu'il y a quelques années, elle baissa la tête, honteuse. La façon dont il avait prononcé ces mots lui rappelait la dureté de ceux de son père. Elle ne protesta pas lorsque Klaus s'approcha à nouveau d'elle. D'un geste doux, il lui releva le menton, la forçant à le regarder droit dans les yeux. Elle se perdit dans la contemplation des siens, où évoluaient différentes couleurs en harmonie les unes avec les autres, oscillantes d'un ton à l'autre au grès de la luminosité. Lentement il défit le châle, dévoilant les traces noirâtres sur le cou gracile de la jeune fille. Le visage de Klaus resta de marbre, mais elle vit une once de colère assombrir ses iris.
- C'est Trevor qui t'as fait ça ?
Devant le silence lourd de sens de la jeune fille, il s'emporta et attrapa une des malles pour la lancer à travers la pièce. Elle s'écrasa avec fracas contre un mur et répandit tout son contenu sur le sol. Katerina, impressionnée par cette démonstration de force, recula d'un pas et ses jambes heurtèrent le sommier du lit. Klaus se malaxa les tempes pour reprendre le contrôle de ses émotions et s'approcha de la jeune fille, l'œil vif. Il posa doucement une main sur son visage et chuchota :
- Shhh, je suis désolé.
Elle ferma les yeux et se laissa aller à cet agréable geste de tendresse. Ses mains quittèrent son visage pour effleurer délicatement les ecchymoses ornant son cou. Le pouls de la jeune fille accéléra en l'espace de quelques secondes.
- Trevor n'aura jamais plus l'occasion de te faire du mal, tu peux rester ici aussi longtemps que cela te plaira.
Il appuya son corps contre le sien et Katerina, qui ne pouvait plus reculer, s'assit doucement sur le lit. Klaus s'agenouilla à hauteur de la jeune fille qui semblait hypnotisée par le jeune homme.
- La première fois que je t'ai aperçue, tu m'as fait penser à ces diamants sortant des entrailles de la terre : bruts, masquant sa véritable valeur à un néophyte en la matière.
Il se releva et appuya ses paumes sur le lit, de chaque côté de la jeune fille qui semblait retenir son souffle. Il s'approcha suffisamment près du visage de Katerina pour effleurer ses lèvres.
- Il suffit de pas grand-chose pour qu'il resplendisse, attire les regards et attise les jalousies. Entre les mains d'une personne sachant le mettre en valeur, dévoiler toutes sa perfection, le transformer en pierre précieuse…
Il la poussa doucement et elle s'allongea sur le lit, la respiration haletante. Jouant d'elle et de son désir grandissant, il se mit à califourchon au dessus d'elle, et déboutonna sa chemise, exposant son torse d'albâtre.
- Entre les mains d'une personne se rendant compte de son véritable attrait avant même de l'avoir dévoilé.
N'y tenant plus, Katerina l'attira à elle et ils se perdirent dans une étreinte charnelle, répondant à l'appel bestial de leur instinct. Peu de temps après, Klaus s'était retiré de ses appartements, laissant la jeune fille seule sur le grand lit. Cette dernière se releva doucement, partagée entre la satisfaction et la culpabilité. Après s'être rhabillée, elle se dirigea vers la malle renversée préalablement par Klaus et entreprit de tout ranger. Elle tomba sur d'étranges documents écrits dans un dialecte qu'elle ne connaissait pas. Curieuse, elle parcourut les notes et détailla les quelques schémas les ornant. Un d'eux attira particulièrement son attention : il s'agissait d'un demi-soleil et d'une demi pleine lune accolée possédant un visage humain. L'expression de ce dernier donna des frissons à la jeune bulgare : les yeux fermés et la bouche ouverte en un cri silencieux, il semblait exprimer une indescriptible douleur. Une étrange appréhension s'empara d'elle et Katerina s'empressa de tasser les papiers et de les remettre en désordre dans la malle. Elle vit alors une étrange pierre polie qu'elle retourna entre ses doigts. Avant même qu'elle eut le temps de se poser des questions à son sujet, la porte s'ouvrit et Klaus apparut. La jeune fille se retourna, embarrassée. Le visage de Klaus était à nouveau verrouillé et ne relatait rien de bon.
- Je… Je rangeais, bafouilla t-elle.
- Sors, s'il te plait, ordonna t-il en conservant son calme.
Elle sortit sans demander son reste et passa le reste de la journée à errer aux alentours du château, craignant les remontrances de Klaus et la colère de Trevor qui avait du se rendre compte de sa disparition.
