PROMPT : Le tic-tac de l'horloge


Severus Rogue grogna en recevant la convocation de Dumbledore. Le moment était venu d'annoncer qu'il n'était plus un espion et il avait dans l'idée que le moment serait loin d'être plaisant.

Albus lui ordonnait de venir à son bureau trois heures plus tard, et le maître des potions grogna d'agacement. Il détestait cette façon qu'avait le Directeur de lui faire comprendre qu'il était à son service… Il repoussa le parchemin avec dégoût avant de se lever.

Au lieu de vaquer à ses occupations comme il en avait eu l'intention, il fronça les sourcils, et décida de se rendre immédiatement dans le bureau du vieux fou. Histoire de lui rappeler qu'il n'était pas son elfe, et qu'il n'avait pas peur de lui…

En marchant à grands pas dans les couloirs de Poudlard, Rogue ruminait, d'humeur sombre. Il ôtait des points à tout va et distribuait allègrement les retenues avec Rusard, essayant de calmer ses nerfs…

Lorsqu'il arriva devant la gargouille qui gardait l'entrée du bureau directorial, il soupira et marmonna d'un air revêche le mot de passe. Il s'engouffra dans l'ouverture, et grimpa rapidement les marches, le visage fermé.

Alors qu'il s'avançait vers la porte, prêt à frapper, il s'immobilisa soudain en entendant des bribes de conversation.

- Où en êtes vous, Albus ?

- J'ai besoin de ce fichu gosse ! Comment a-t-il pu vous échapper ?

Il y eut un grognement et Severus recula dans l'ombre. Il venait de reconnaître Fol-Oeil, et il avait dans l'idée que surprendre cette conversation lui apprendrait bien plus que ce qu'il pourrait imaginer.

- Il a du avoir de l'aide.

- Impossible. Ses amis sont ici et surveillés. Ils sont inquiets pour le pauvre orphelin disparu.

Le rire gras de Fol-Oeil tira une grimace écœurée au professeur de potions, et il se demanda s'il était aussi ignoble du temps où il méprisait ouvertement le fils de James Potter.

- Les Mangemorts se tiennent ils tranquille, Maugrey ?

- Plus ou moins. Les derniers que j'ai eu le plaisir d'interroger ont avoué rechercher Potter.

- Donc, il n'est pas avec eux…

- Albus ! Le gosse n'aurait jamais fait confiance au tueur de ses parents.

Des bruits de pas se firent entendre, puis Dumbledore reprit la parole.

- Toujours est-il que j'ai besoin de lui pour localiser ces monstruosités.

- Je croyais que vous saviez…

- Je peux deviner où Tom aurait caché les objets les plus précieux qui soient à ses yeux. Cependant le gamin a une connexion directe du fait de sa cicatrice.

Le silence retomba dans le bureau et Severus resta immobile et silencieux, espérant ne pas être découvert. Pas tout de suite au moins. Il imagina les deux hommes en train de siroter une tasse de thé.

Après quelques instants, la conversation reprit.

- Rappelez-moi de quoi il s'agit, Albus. J'ai bien peur ne pas avoir exactement compris ce que…

- Ce que ce cher Tom a fait ? Oh… Il a découvert ici à Poudlard l'existence de la Magie la plus noire qui soit. Il a voué sa vie à l'immortalité. A son immortalité. Sans ça, ils serait mort la nuit où il a attaqué les Potter.

- Il est immortel ?

- Il a placé une partie de son âme dans des réceptacles.

- Comment…

- Des horcruxes, mon cher Maugrey. Il a divisé son âme. Ces réceptacles garantissent sa survie, quoi qu'il arrive à son corps. Il faut détruire ces objets avant de le tuer pour s'en débarrasser.

Severus recula, la main sur la bouche, horrifié. Il avait été conscient de l'inhumanité du Seigneur des ténèbres, mais il n'avait pas pensé que l'homme pourrait s'abaisser à ce genre de pratiques. Lui qui prônait la suprématie des sang-purs n'était même plus un homme entier…

Il tendit l'oreille alors que le nom du Survivant était mentionné.

- Et… Potter était au courant ?

- Heureusement pour nous, non. Je pensais l'en informer mais ce cher Tom nous a pris de vitesse en attaquant Poudlard.

- Il a dû entendre le tic-tac de l'horloge annonçant sa fin.

- Ne faites pas les mêmes erreurs que lui, Maugrey. Ne le sous-estimez pas.

- Ce jour là, Potter n'aurait pas pu le tuer, n'est-ce-pas ?

- Non. Il n'avait aucune chance.

Severus secoua la tête, essayant d'assimiler ce qu'il venait d'entendre. Il se demandait comment Albus avait bien pu être mis au courant au sujet du grand secret d'un certain mage noir.

Ses pensées dérivèrent vers une petite maison perdue au milieu des bois, où deux garçons, encore des enfants, se cachaient et étudiaient pour assurer leur propre survie.

Dans le monde magique, les enfants étaient sacrés. Il n'y avait que les Weasley pour se reproduire plus vite que leur ombre. Plus généralement, les familles sorcières avaient beaucoup moins d'enfants et la protection des héritiers était une affaire sérieuse.

Que Harry Potter, dernier représentant de la famille Potter, soit celui qui devait tuer le Mage Noir avait été un choc pour le monde sorcier dans un premier temps puisqu'il était encore un enfant. Mais… Mais la peur avait fait son oeuvre, et peu à peu l'enfant avait été oublié aux profits du Sauveur.

Mais entendre de la bouche même du Directeur, celui qui avait toujours joué les protecteurs, qu'il avait plus ou moins prévu la mort du garçon était particulièrement écœurant.

Il regarda la porte d'un air dégoûté, et recula un peu plus. Il hésitait à partir, de peur de manquer d'autres informations. Cependant, il avait besoin de s'en aller, pour être sûr de ne pas être surpris. Il était déjà exceptionnel qu'il ait pu rester à écouter tout ce temps.

Finalement, ce fut la pensée des deux jeunes hommes qui finiraient par attendre sa visite qui lui fit prendre la décision la plus sage. Il descendit doucement et s'éloigna, le cœur battant.

Il rejoignit ses appartements dans un état second, torturé par ce qu'il venait d'entendre, par les questions que cela amenait. Maintenant, ils allaient devoir prendre ce nouvel élément en compte pour régler son compte au serpent. Et il était certain que Harry Potter refuserait catégoriquement de rester à l'abri jusqu'à ce que Dumbledore ne se décide à attaquer.