Chapitre 20 - Million Gallion Baby

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« …Risin' up, back on the street… did my time, took my chances… went the distance now I'm back on my feet, just a man and his will to surviiiiive…"

La main de Nymphadora frappa, encore et encore le sac de boxe. C'était un coup de plus à sa dépression, un coup de plus à la tête reptilienne de Voldemort, un coup de plus au regard méprisant de sa tante.

Cela faisait une semaine qu'elle se prêtait à ce régime. Du sport et encore du sport. Comme au début de sa formation. Elle s'appropriait ce nouveau corps et le modelait à son aise en une arme fatale. La nuit, elle dormait du sommeil du juste et plus aucun mauvais rêve ne venait troubler ses nuits.

La salle d'entraînement était devenue son repère. On la respectait dans les couloirs et au Bureau, depuis qu'elle avait mis au tapis ce lourdingue de Damonds (son troisième râteau au dernier compte).

Maugrey entra au son de « Everybody is Kung Fu fighting ! ».

- Tonks?

- Au fond…

Elle vit son regard affligé. Il avait la Gazette à la main. Elle fit signe de lui accorder deux minutes et attrapa son sac.

- Qui ? demanda-t-elle d'un air las.

- Les Abbot…

Elle se prit la tête entre les mains. La famille tenait un haras dans les hauteurs de Pré-au-lard et le père travaillait au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques. Elle les comptait parmi les personnes les plus gentilles de sa connaissance.

- Tu as entendu ? dit Tonks, un peu pâle. Hector Midgen a ramené sa fille chez lui. Ils vont quitter l'Angleterre la semaine prochaine. Et ce n'est pas le seul à en parler…

- On s'y attendait. Tu n'es pas en retard ?

- Savage me couvre. Je le rejoins dans cinq minutes, le temps de prendre une douche.

- Bien. Fais attention à toi.

- Toi aussi, Fol'œil…

- Pré-au-lard connaissait un de ses rares jours de beau temps.

- C'est le terrain de Quidditch que j'entends ? dit-elle à Dawlish en le rejoignant près du portail de Poudlard.

- Je crois qu'il y a un match, dit-il d'un air absent. Je prends ma pause, ok ?

- Vas-y.

Elle vit Savage qui lui faisait signe d'approcher discrètement.

- Fais attention à toi, Tonks, j'ai vu que le cabinet du Ministre fouille dans tes anciennes affaires… je pense qu'il ne cherche qu'une petite erreur de procédure pour t'arrêter une nouvelle fois.

- Il n'en trouvera pas, répondit-elle avec fierté.

Elle avait été une Auror compétente. Amélia Bones lui avait appris tout ce qui pouvait faire qu'on relâchait un suspect pour vice de procédure. Elle savait ce qu'elle faisait.

Il semblait qu'elle eût raison, car au cours des semaines qui suivirent, elle croisa deux fois Percy Weasley dans l'atrium et il lui lançait des regards meurtriers. Il ne devait pas être habitué à l'échec.

Nymphadora sortait un peu plus. Mais elle n'avait pas encore retrouvé l'entrain intérieur d'antan, celui qui se voyait à l'extérieur. Elle avait toujours l'impression de mentir quand elle faisait une blague, de jouer le rôle de l'ancienne Nymphadora Tonks, comme pour la maintenir un petit peu en vie…

Un couple remonta la rue principale, en promenant son chien. Le gros labrador noir vint lui faire la fête et elle caressa la grosse tête rieuse. Il lui rappelait Sirius. Un signe ? Elle se sentit sourire - avec sincérité.

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- Tu ne vas pas me laisser y aller toute seule… gémit Hermione. Pas avec cette sangsue de McLaggen… Allez, quoi, viens, Ginny, Slughorn a même parlé d'inviter Gwenog Jones

Ginny soupira. Hermione avait beau ne rien y connaitre au Quidditch, elle savait trouver les bons arguments. Elle rangea donc sa Boîte à Flemme sous son lit.

- D'ac-cord. Mais c'est uniquement au nom de l'ancestrale solidarité féminine. Et tu t'expliqueras avec Dean…

Hermione soupira.

- Mer-ci…

- Harry continue à suivre les conseils du Prince ? demanda-t-elle pendant qu'elles descendaient dans la Salle commune.

Hermione acquiesça, les lèvres pincées. Ginny savait que son amie était surtout agacée de ne plus être la première de la classe. Ginny, elle, s'inquiétait toujours de l'influence que pouvaient exercer des objets, magiques ou non, sur un esprit faible ou inattentif. Mais Harry était assez grand pour s'occuper de lui-même. Oui, il avait une responsabilité envers tout le monde magique et à ce titre, il devait être prudent pour deux. Mais elle savait qu'Hermione n'avait pas attendu l'autorisation d'Harry pour tester le livre contre des maléfices… sans trouver autre chose qu'un vulgaire manuel acheté chez Fleury et Botts. Alors Ginny n'avait pas peur de l'influence de quelques lignes tracées à l'encre… elle n'était pas tombée amoureuse d'un idiot.

- Bon, c'est à quel étage, déjà ?

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- Bonjour Tonks ! fit une voix bourrue dans la nuit.

Tonks renversa son thermos de café et jura.

- Salut Hagrid, se reprit-elle en portant sa main brûlée à sa bouche.

- Oh, désolée, je voulais t'inviter à prendre un thé au chaud…

- C'est le soleil, il se cache de plus en plus tôt, dit-elle, fataliste.

- Je peux te relayer, Tonks, dit l'Auror Savage. Va te réchauffer.

- T'es chic, Savage, merci ! sourit-elle.

Le demi-géant ne fut pas dupe. Il lui demanda comment elle allait tandis qu'ils remontaient la pente douce du château. Hagrid était vraiment un des hommes les plus gentils qu'elle connaissait. Elle aurait bien aimé que ça marche entre lui et Olympe Maxime. Mais pour encore quelques générations, il semblait qu'il doive continuer à veiller seul sur Poudlard et à jouer le papa de substitution de tous les pensionnaires qui avaient le mal du pays.

Elle sentit pourtant qu'il était triste. Alors elle décida que c'était à son tour de l'écouter et de préparer le thé. Aragog, son araignée géante de compagnie (elle réprima un soupir) était malade. Et il avait l'impression d'être un mauvais prof.

Elle ne savait pas quoi dire, alors elle lui parla du fait d'être une femme Auror qui ne pouvait plus jouer la femme-caméléon du Ministère, et d'être sur la sellette. Croiser leurs problèmes, de solitude, de doute en leurs capacités, de peur d'entraîner la perte d'être chers, tout ça les fit se sentir compris, l'un par l'autres.

- Tu me promets qu'on se reverra pour un thé si ça ne va pas bien ? dit-elle en s'enroulant dans une épaisse écharpe à rayures violettes et noires.

- Promis, dit ce bon gros géant. Si tu encadres la visite à Pré-au-lard, par exemple. Et Tonks ?

- Mmh ?

- Lupin est mon ami, mais il est vraiment idiot de ne pas voir que vous êtes parfaits l'un pour l'autre.

Elle sourit timidement. Est-ce que tout le monde s'était fait passer le mot ?

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Narcissa accueillit les membres du Ministère avec hauteur. Ils ne trouveraient rien.

- Lady Malfoy, la salua Arthur Weasley.

Bien entendu, encore un coup de la Belette.

- Qu'espérez-vous trouvez cette fois que vous n'auriez pas vu la première fois, messieurs ? dit-elle avec une politesse menaçante.

- A nous de voir ça, milady, dit l'agent Sachs. Nous avons un ordre de perquisition du Ministère.

- Il est tombé bien bas s'il pense trouver chez moi des objets compromettants.

Arthur Weasley s'inclina galamment, mais fit tout de même signe aux autres de continuer. Ils y restèrent tout l'après-midi, mais en vain. Arthur se sentait un peu mal. Seul le nom d'Harry Potter avait décidé Scrimgeour à signer l'ordre de perquisition – le Ministre avait ainsi pensé marquer des points et pouvoir ainsi demander une faveur au jeune sorcier. Si Arthur rentrait les mains vides, il serait très mécontent. Ce n'était pas la première fois qu'Arthur risquait de perdre son poste, et il était presqu'heureux de ne pas donner au Ministre une monnaie d'échange contre l'image publique d'Harry… mais il savait aussi pertinemment que les Malfoy cachaient encore des choses – des gens, par exemple. Mais, bien sûr, cette information n'était connue que de l'Ordre. Et il ne pouvait pas mélanger sa vie professionnelle et sa vie privée, même quand l'une compliquait la deuxième.

Oh, il ne regrettait pas que la famille Weasley soit entrée dans l'Ordre. L'hésitation avait été bien plus courte que pendant la première guerre.

Molly avait vu ses frères jouer aux chasseurs de mages noirs toute leur vie - en tant qu'Aurors et en tant que civils. Elle avait vu le premier Ordre du Phénix se battre, et avait même gardé Neville, Harry et d'autres enfants des membres, les soirs où combattre avait été nécessaire. Elle avait fait partie de ces anonymes, qui n'étaient pas des membres officiels de l'Ordre, mais qui en connaissaient l'existence, à défaut des noms des membres et de la nature exacte de leurs missions. Molly n'avait pas regretté de ne pas avoir participé activement à l'Ordre la première fois : elle avait été une jeune maman et elle avait fait sa part. Mais à présent, même Ginny n'était plus une enfant. Et le choix qu'elle aurait pu faire des années plus tôt, elle le fit sans y réfléchir à deux fois.

Arthur n'avait pas seulement pensé à sa famille en rejoignant l'Ordre. Un souvenir le hantait et Molly le savait. La Coupe du Monde de Quidditch, où il avait emmené sa famille, Harry et Hermione, et où il avait été incapable de les protéger. Où ceux qui lui étaient chers s'étaient retrouvés face à une force noire qu'il avait espéré être éteinte. Au moment où ce flambeau noir se rallumait, il avait su qu'il ajouterait sa baguette à celles de tous ceux qui désireraient allumer un feu opposé au premier. Un feu blanc et puissant, le feu aveuglant dans lequel un phénix disparaît pour renaître.

Alors Narcissa Malfoy pouvait bien lui sourire avec mépris et ses employés échanger des regards agacés parce qu'il les avait tous entraînés dans une perquisition infructueuse, il ne regrettait rien.

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Quand elle était encore Métamorphomage, Nymphadora avait souvent été sollicitée pour séduire des Mangemorts ou des petites frappes dans les bars, et leur soutirer informations et aveux. C'était la manière la plus facile – et parfois la seule - d'atteindre certains Mangemorts. Il suffisait de savoir que Crabbe père (qui ne semblait pas s'être remis du refus de Narcissa Black de l'épouser, quand il était jeune) aimait les blondes, Yaxley les dominatrices et Carrow les femmes plus grandes que lui.

Lucius Malfoy au contraire, avait toujours été inatteignable, à ce niveau-là. Certes, il montrait peu d'amour à sa femme en public (Voldemort ne l'aurait pas compris), mais Tonks savait par sa mère que leur mariage n'avait pas seulement été un mariage de raison.

Ce vendredi soir, Tonks traversait donc Covent Garden, dans la peau d'Araminthe Gamonds, la femme de son supérieur. Elle risquait donc très gros. Maugrey l'avait briefée, elle connaissait son texte, et il avait parfait son apparence à grands renforts de sorts, de potions et de maquillage. C'était à peu près aussi efficace que la Métamorphomagie, pensa-t-elle, bien que ça demande plus de temps – surtout qu'elle n'avait jamais mis le nez dans un livre sur le sujet à l'époque où elle avait dû passer son examen de Dissimulation.

- Balthazar, salua-t-elle l'homme adossé à une petite boutique décorée de citrouilles grimaçantes.

Nymphadora savait que dans moins de deux semaines, les commerçants auraient déjà changé les Jack'O'Lantern en tête de Père Noël. A croire que leur année doive être rythmée par des fêtes païennes ou religieuses. Elle n'était vraiment pas d'humeur. Mais elle était bonne actrice quand elle le voulait.

- Quelle bonne surprise, Mrs Robards.

- Oh, appelez-moi Araminthe, s'il vous plaît… dit-elle avec un sourire timide. Entre gens d'une certaine société, on peut se montrer plus familier…

- Bien entendu, sourit-il galamment. Voulez-vous aller vous réchauffer quelque part ?

- Avec plaisir… puis-je conseiller celui-ci ?

Elle désigna un café très chic qui avait vu sur la place. Mrs Robards passait pour être snob. Elle saurait parfaitement jouer ce rôle – qu'elle avait créé en pensant à sa tante.

Balthazar Bobbin s'inclina et ils allèrent commander. Il lança un regard surpris à son café noir sans sucre mais ne dit rien et continua de lui parler des affaires de son apothicairerie (il avait le quasi-monopole du marché londonien).

Il était presque minuit quand Balthazar et elle sortirent. Il lui tenait galamment le bras et elle savait qu'elle avait gagné la partie. Il était hors de question que ça aille plus loin, mais elle était au moins sûre d'obtenir un nouveau rendez-vous avec lui.

Mais alors qu'ils sortaient, un homme que Tonks ne connaissait pas mais qu'elle avait indéniablement déjà vu parler à Mr Robards au Ministère, les rejoignit. Mrs Robards devait le connaitre. Elle repéra sur son visage la surprise et les signes qui indiquaient qu'ils se connaissaient. Ca servait d'être autant physionomiste.

- Bonsoir, dit-elle, incapable de se rappeler de son nom.

- Devait-elle le tutoyer ou le vouvoyer ?

- Salut, Cybèle, dit Balthazar. Qu'est-ce que tu fais ici à cette heure-ci ?

- Je me promène, éluda l'homme.

Tonks réprima un bâillement – réel.

- Je pense que je vais rentrer, merci pour le café, Balt'. Désolé Cybèle, j'aurais bien discuté, mais…

- Mais vous partez à Vienne demain, n'est-ce pas ? dit-il froidement.

- Qui vous a dit ça ? dit-elle sans animosité.

- Est-ce vrai ou faux ?

- Faux, dit-elle d'un air dégagé. J'ai décidé de rester encore plusieurs jours à Londres.

- Même si votre père est mourant ? dit Cybèle d'une voix mielleuse.

Bombabouse. Mais qui s'était occupé des renseignements, je vous le demande ?!

- Il y a des choses bien plus importantes à accomplir ici. J'étais brouillé avec mon père, depuis bien longtemps, de toute façon, improvisa-t-elle.

Balthazar semblait convaincu, mais Cybèle sortit une baguette au bout pointu comme une griffe et la pointa entre ses deux yeux.

- Qu'est-ce qui te prend ? fit Balthazar.

- La véritable Araminthe est censée avoir pris un Portoloin pour Berlin dimanche dernier. Et je crois me souvenir qu'elle a un grain de beauté au cou… Alors je me demande qui est votre charmante invitée…

Retoucher son apparence dans les toilettes des dames n'avait visiblement pas suffi, grimaça Tonks. Elle tordit légèrement son poignet pour atteindre l'étui à baguette qu'elle avait cousu dans sa manche, comme dans tous ses déguisements. Mais elle avait à peine fait ce geste que son champ de vision fut tout à fait noir.

Quand elle émergea, elle était allongée par terre sur des dalles froides. Son premier réflexe fut de porter sa main au sommet de son crâne, mais ses mains étaient liées dans son dos. Elle pouvait tout de même sentir un gros hématome gonfler sous sa peau, et un œil au beurre noir se former sous son œil gauche. Mais le pire était les fourmis qu'elle avait dans la jambe gauche, et si elle bougeait, elle trahirait le fait qu'elle était de nouveau consciente.

- …Polynectar ou pas, il ne faut pas plus d'une heure pour qu'elle retrouve son apparence normale... disait l'homme appelé Cybèle.

Bravo Nymphadora, tu as été droit dans la gueule du loup … pensa-t-elle.

Ouais, répondit Sirius, en pensée.

Manquait plus que ça.

Tu ne peux pas aller chercher de l'aide au lieu de rester là ? chuchota-t-elle, agacée, dans sa tête.

Tu as dit que j'étais un produit de ton imagination, pas plus tard qu'hier…

Tu as dit que tu pouvais parler à Remus aussi… dis-lui ce qu'il se passe ! Ça fait combien de temps que je suis inconsciente ?

Quarante-trois minutes. »

La plupart des sorts allaient cesser de faire effet dans moins de dix minutes, calcula-t-elle.

Sirius, vas-y, s'il-te-plaît!

Okay, okay…

Tonks ne savait pas trop quoi penser du fait de revoir Remus. Elle n'y tenait pas, et en même temps, être coincée par deux (ou plus ?) potentiels Mangemorts dans ce qui ressemblait à une cave, était une raison tout à fait légitime de demander à le revoir.

Moins d'une minute après le départ de Sirius, elle sentit une chaleur dans ses poignets qui lui indiquait que ses mains étaient déliées. Mais qui avait lancé le sort ?

Elle ouvrit les yeux.

- Ne bougez pas trop, vous vous êtes blessée aux bras, dit la voix de Severus dans son dos.

- Ah… là aussi ? grommela-t-elle en tentant de se mettre debout.

Ah oui. Ça faisait un mal de chien, mais il fallait dire que cette douleur-ci s'était perdue dans toutes les contusions qu'elle ressentait. Rogue la releva d'un puissant mouvement. Des papillons noirs apparurent devant ses yeux, mais il ne la lâcha pas tant qu'elle n'eut pas un pied sûr.

Elle écarquilla les yeux et regarda autour d'elle. Ses deux ravisseurs avaient été Stupéfixés. Et soumis à un Oubliettes, devina-t-elle devant leur œil bovin.

- Ils n'ont pas eu le temps de prévenir le Seigneur des Ténèbres, dit-il.

- Oh, elle lui faisait confiance pour avoir bien fouillé leurs méninges.

- Ce ne sont pas des Mangemorts, expliqua Tonks. Ou du moins, Bobbin est clean. Il sait ce qu'il se passe et sa boutique est bien un lieu de rencontre de Mangemorts, mais lui-même n'y est pas mêlé de près. Il sait juste qu'il est dans son intérêt d'être le seul à proposer une option VIP à ses clients. Voldy's Important Persons.

Le Maître des Potions leva les yeux au ciel et lui rendit sa baguette. Il les fit transplaner à l'extérieur.

- J'avais prévenu Remus… réalisa-t-elle.

- Et peut-on savoir comment ?

- Sirius, bougonna-t-elle.

- C'est une hallucination, miss Tonks.

- Alors qui vous a dit où j'étais ?

- Lupin, dit-il, irrité. Mais il a prétendu qu'il avait reçu votre Patronus.

- Mon Patronus, dit-elle avec un rire sans joie. Nous savons tous les deux qu'il aurait passé plusieurs minutes à se demander pourquoi mon Patronus avait cette tête-là avant de débarquer en furie…

- Certes.

- Alors vous étiez seulement dans les parages, ou vous êtes comme les fées qui écoutent les vœux des gens ?

- Je doute que vous ayez souhaité que votre ancien professeur de Potions débarque.

- Non, j'ai envoyé un appel mental intergalactique pour que la cavalerie arrive.

- Charmant.

- Ben, ça a marché, la preuve.

Il soupira.

- Vous êtes pas croyable… Vous pouvez rentrer seule ?

Elle ne remarqua qu'alors qu'ils en étaient revenus au vouvoiement.

- Oui, ça ira.

- Bonne nuit, alors.

- Bonne nuit.

Elle sourit à la nuit. Rogue était déjà parti.

Mais pourquoi Remus n'était-il pas venu lui-même ?

Siriuuuus ? appela-t-elle.

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Remus grimaça en se relevant sur un coude. La griffure que Greyback lui avait faite sur le torse avait du mal à guérir. Quelqu'un s'arrêta devant l'entrée de sa tente.

- Romulus, tu veux venir manger ? Le petit-déjeuner est prêt…

- Deux minutes, j'arrive, dit-il. Merci Saphir !

- De rien…

Il se mit debout. Ses articulations craquaient de façon sinistre et il ressemblait de plus en plus au reste des loups-garou du camp, avec ses cheveux longs (Molly avait hurlé la dernière fois qu'il était passé au Terrier, mais il était nécessaire qu'il ait l'air de n'avoir eu aucun contact avec la société sorcière) et ses vêtements plus élimés encore qu'avant. Depuis que Sirius n'était plus là pour l'accompagner les soirs de pleine lune, il avait eu peur de reprendre ses mauvaises habitudes – se mordre, se griffer – et sans la Potion Tue-loup, ça n'avait pas manqué.

Sans potion et conscience humaine, il n'avait pas pu empêcher Greyback de s'approcher des villages. Il l'avait arrêté, mais juste à temps. Un vieil homme avait sorti ses poubelles un peu tard, inconscient du danger qui le menaçait. Remus avait tenté de mimer une bagarre de loup, un jeu entre loups-garou, mais Gryeback finirait par se poser des questions si c'était toujours le même loup qui l'arrêtait. Il avait soif de sang. Et il le faisait savoir. Saphir et beaucoup d'autres ne la partageaient pas, mais il y avait quelque chose de tentant dans les promesses de puissance et de retour à la « dignité » que faisaient Greyback.

Il grommela en s'habillant, son corps moulu de courbatures réclamant sa dose de sommeil.

Il devait écrire à Severus. Pour lui demander une potion cicatrisante, et une Tue-loup pour la prochaine pleine lune.

C'est cela, oui, dit Sirius.

- Chut.

On sait tous les deux que tu veux savoir comment va Tonks.

- Peut-être, mais je ne peux pas demander ça à Severus.

Bien que ça m'arrache la bouche de dire ça, je pense qu'il est assez intelligent pour savoir ce qu'il en est.

- Disparais, soupira Remus.

Pas avant de t'avoir rappelé qu'il faut que tu trouves un cadeau d'anniversaire pour Tonks.

C'était vrai… Remus soupira. Devait-il lui acheter quelque chose ? Il ne pouvait pas vraiment se le permettre, mais ça montrerait son détachement, contrairement à un cadeau fait-main ou symbolique…

- Qu'est-ce que tu conseilles, sac-à-puces ?

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Tonks se frappa le front. Quelle idiote. Evidemment qu'un lendemain de pleine-lune Remus n'avait pas pu venir.

Elle dessina une croix de plus sur le calendrier et avala son café du matin d'une traite. Elle avait encore des courbatures (bon retour parmi les Aurors actifs !), mais elle s'était plutôt bien remise de sa rencontre avec Balthazar et son ami Cybèle. Elle les avait observés au travail, et rien ne laissait penser qu'ils savaient qu'elle avait été celle qui avait usurpé l'identité de Mrs Robards. Sinon, elle ne serait plus Auror à l'heure qu'il était.

Un bec de hibou tapota à sa fenêtre. Nymphadora sourit. Cette mini balle de plumes ne pouvait qu'être Coquecigrue. Elle comprenait ce que Ginny lui trouvait de mignon... et ce que Ron lui trouvait de complètement idiot, pensa-t-elle en voyant le petit hibou s'écraser sur la vitre de sa cabine de douche.

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- Miss Weasley ?

Ginny se retourna. Le professeur Dumbledore la rejoignit en un mouvement gracieux de cape. Il avait dû être mannequin dans une autre vie. Elle remarqua que sa main gauche avait toujours l'aspect d'un vieux bout de bois racorni.

- Quelque chose est arrivé à mes frères ? A mes parents ? demanda-t-elle, inquiète.

C'était toujours son angoisse - une espèce de petit post-it mental « famille en danger » était toujours solidement collé à sa tête. Elle était hantée, comme son père, par la nuit après la Coupe du Monde de Quidditch.

A l'époque, elle n'avait pas eu son mot à dire. Son père l'avait confiée aux jumeaux, comme si elle était incapable de prendre soin d'elle-même. Erreur. Dans une famille de sept enfants, on apprenait ça au moins autant que la solidarité entre frères et sœurs. Les jumeaux avaient eu raison, bien sûr, de l'emmener loin des combats, mais elle aurait voulu se battre. Enfoncer son poing dans ces masques et libérer cette famille de Moldus. Elle n'aurait pas été loin, bien sûr, si Fred et George avaient lâché un instant son bras (ils la connaissaient bien). Mais ce jour-là avait marqué un tournant : tant du point de vue de sa détermination que de sa férocité.

- Non, les nouvelles que j'ai d'eux sont parfaitement bonnes… sourit le Directeur. Je voulais vous demander si vous pouviez donner ce message à Harry – je dois m'absenter.

Traduction : je quitte encore Poudlard pour une durée et une destination indéterminée, sans me soucier du fait que ça mette ma sous-directrice sur les nerfs… pensa-t-elle en se rappelant la tête de McGonagall la dernière fois qu'il lui avait fait le coup. Donc elle savait que le directeur, s'il travaillait pour l'Ordre sur son temps libre, ne partageait pas ses trouvailles avec le reste de son personnel. Avec Harry, en revanche… Elle était au courant pour ses « cours particuliers ». On n'avait pas Ginny Weasley comme ça.

- Pas de problème… dit-elle.

Et félicitations pour vos premiers résultats… le professeur Rogue était très satisfait de votre travail, et il n'est pas le seul…

Elle acquiesça et accepta le compliment. Application et détermination étaient clairement les qualités que Rogue recherchait parmi ses élèves. Ecoutez et habituez-vous à sa façon de travailler (violente, car réaliste), et vous pouviez facilement devenir une des meilleurs élèves de son cours.

- Eh bien, euh, faites attention à vous, dit-elle en prenant le parchemin.

Elle tenta bien de lire le message à travers le papier, sur son chemin vers la Grande Salle, mais le Directeur avait bien fait les choses. Il savait quoi attendre d'une ancienne de l'A.D.

Harry, Ron et Hermione étaient en train de rire à la table des Gryffondors. Elle prit un air détaché quand Harry lui demanda si elle voulait l'accompagner à Pré-au-lard (elle avait eu tout l'été pour travailler sa pokerface Weasley), mais dans sa cage thoracique, son cœur semblait danser la polka. Elle avait senti qu'Harry avait posé la question spontanément. Il avait tendance à oublier Dean à chaque fois qu'ils étaient ensemble. Etait-ce bon signe ? ou simplement la preuve de son désintérêt ?

Elle aurait aimé pouvoir oublier aussi facilement qu'elle était avec Dean.

Tu as les joues rose, c'est parce que tu as mangé trop de ces bouchées pimentées ? demanda Luna innocemment lorsqu'elle s'assit à côté d'elle (Luna mettait Dean et Seamus très mal à l'aise – or, s'asseoir avec elle, en plus de lui assurer son quota quotidien de rigolades, lui permettait de reprendre ses esprits en étant sûre que les deux garçons ne débarquent pas).

Mais ses yeux globuleux étaient rieurs et compréhensifs. On n'avait pas une Serdaigle comme ça.

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Le week-end à Pré-au-lard arriva. Même en avançant l'argument que c'était son anniversaire le dimanche, Tonks ne fut pas dispensée de se sortir sous la neige fondue pour garder un œil sur la marmaille magique du Royaume-Uni.

Elle n'avait jamais été aussi peu enthousiaste de revoir les élèves de Poudlard. Ginny avait dit qu'elle passerait la voir, mais il était déjà onze heures et aucune trace d'elle. Elle portait la veste en cuir de Sirius, décorée des sept clous argentés qui dessinaient la constellation du Chien sur le rabat de son col. Elle se sentait bien dans ce vêtement. Elle n'avait qu'une peur : que l'odeur de tabac, déjà éventée, disparaisse complètement.

Dawlish lui fit un signe discret et elle aperçut Harry qui remontait la grande rue. Officiellement, elle était là pour tous les élèves. Officieusement, elle devait garder un œil sur Harry. Ce garçon attirait les problèmes comme le miel des mouches. Bah tiens, suffisait d'en parler…

Le tenancier de la Tête de Sanglier venait de quitter les Trois Balais, mais Harry semblait prêt à en venir aux mains avec… Mondingus Fletcher. Le petit homme n'avait pas mis les pieds aux réunions de l'Ordre depuis des mois, mais ce n'était pas une raison pour l'étrangler. Enfin, elle supposait.

- Reviens, espèce de voleur !

- Ca ne sert à rien, Harry, dit-elle doucement, tandis que Dingus transplanait dans un bruit sec.

- Il a volé des choses qui appartenaient à Sirius !

Elle comprenait qu'il soit en colère. Mais elle devait aussi mettre aussi peu d'émotion dans cette affaire que dans n'importe quelle autre.

Ses collègues ne devaient pas savoir qu'elle connaissait Sirius Black. Mondingus passait : elle pouvait le faire passer pour un indic. Mais son cousin, un fugitif recherché (comme par hasard sans succès) par Kingsley qui avait été tué la nuit où Tonks et lui étaient au Ministère ? Elle ne pouvait pas attirer des amis à son collègue.

En réalité, elle s'était doutée que si le 12 Square Grimmaurt restait vide, beaucoup de choses disparaîtraient, malgré Kreattur. Et elle en était en partie responsable, en cessant d'habiter le QG, mais ça, Harry ne pouvait pas le savoir.

Elle vit bien qu'Harry avait mépris son visage de marbre pour de l'indifférence. Elle était agacée par l'irrespect qu'avait Mondingus pour la mort de son ami, mais d'un autre côté, elle se disait que Sirius méprisait ces babioles, alors dans la poche de Dingus ou d'un autre… Ce n'était pas comme s'il s'agissait des affaires personnelles de Sirius (Dingus ne serait pas tombé si bas – Sirius restait un ami.). Mais elle voyait bien que le chef du petit trio était trop en colère pour l'écouter. Elle les força à entrer au Trois Balais et retourna dehors. Une Bièraubeurre lui aurait bien plu à elle aussi, mais elle était en service.

La neige s'intensifia en fin d'après-midi.

Elle était avec Dawlish, devant les grilles de Poudlard, pour contrôler les élèves qui retournaient au château (avec la fermeture de Zonko et la météo, beaucoup écourtaient leur sortie) quand ils entendirent le cri. Dawlish lui fit signe de rester où elle était et courut vers le château. Elle tenta d'apercevoir la scène au loin, derrière le rideau de neige, mais à part une fille à terre, il fut difficile de voir grand-chose.

Son attention fut quelque peu détournée par la tornade rousse qui fonça sur elle (comprenez : Ginny Weasley) qui lui présenta son petit-ami, un grand garçon séduisant et au regard gentil. Elle espérait que ça irait bien entre eux. Cet été, Ginny regardait Harry comme elle avait regardé Remus pendant des mois. Elle espérait que Ginny ferait de meilleur choix que sa grande-sœur de cœur.

Dawlish revint un quart d'heures plus tard. Il lui expliqua la scène.

Hermione avait eu le bon sens de ne pas toucher le collier (Rogue lui apprendrait plus tard qu'il s'agissait de celui qu'elle avait déjà eu l'occasion d'observer lors de descentes à Barjow & Beurk) – Tonks était assez fière de sa deuxième pupille.

Elle rentra à dix-neuf heures ce soir-là pour aller dîner chez ses parents et trouva sa mère en train de discuter de la fille qui avait été ensorcelée au Trois Balais.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Son amie a dit qu'elle était sortie des toilettes avec le collier… Elle l'a à peine effleuré, il y a un trou aussi petit qu'une pointe d'aiguille sur son doigt, mais ça a suffi à l'affecter…

- Un peu comme le fuseau de la Belle au Bois dormant, dit Tonks.

- A la différence que cette fille ne va pas se réveiller grâce le baiser d'un prince charmant…

- Pourquoi, tu as essayé ce remède-là ? plaisanta Mr Tonks.

- Ted ! Ce n'est pas drôle ! Elle aurait pu mourir ! Et on ne sait pas quand elle se réveillera... Chérie, sois prudente, d'accord ?

- Oui, môman, dit Tonks en mordant dans une part de gâteau au yaourt.

- Il se passe des choses dangereuses à Poudlard, insista Andromeda. Et même si ce n'est pas la première fois qu'on nous envoie des élèves ou des professeurs, ces dernières années, ce genre d'accidents se multiplient…

Tonks savait qu'elle parlait, entre autres, de ce Montague qui s'était perdu dans une armoire ensorcelée, et dont elle avait dû s'occuper pendant les mois qu'il avait passés à Sainte-Mangouste.

- Hé, j'ai déjà entendu ça quelque part, dit Tonks sur un ton qui se voulait rassurant. « Vigilance constante », tout ça… Bon, parlons de choses joyeuses et sérieuses à la fois : c'est quoi mon cadeaaaaau ?

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Les jumeaux échangèrent un regard complice et se rapprochèrent d'elle en silence avant de hurler d'une même voix, dans ses oreilles :

- JOYEUX ANNIVERSAIRE !

Tonks hurla de la voix aiguë qu'elle s'efforçait de ne pas utiliser pour ne pas perdre le crédit qu'elle avait auprès des autres Aurors. Elle frappa Fred, qui était hilare (et surtout, le plus proche).

- Mais… qu'est-ce que vous faites là ? sourit Tonks en faisant signe à ses collègues qu'ils n'étaient pas de dangereux psychopathes, mais bien des amis à elle (l'un n'excluant pas l'autre).

George désigna Zonko du doigt.

- On pensait à racheter la boutique.

- Oh ? Vous savez pourquoi l'ancien gérant est parti ?

Elle n'avait été convaincue par la version officielle (chute des ventes, due à la concurrence de Weasley & Weasleys), car Fred et George avait mis un point d'honneur à ne pas marcher sur les platebandes de leur magasin préféré, en ne proposant ni des produits similaires ni beaucoup moins chers.

Fred avait pris un air plus sombre.

- Il reçoit des tas de menace… Ce village est le seul qui soit exclusivement habité par des sorciers, tu comprends, alors qu'un Né-Moldu fasse du commerce ici…

Elle savait que les Mangemorts tentaient une forme d'épuration dans les environs. Pré-au-Lard apparaissait un peu comme le sanctuaire à protéger, quitte à effrayer ses habitants au sang le moins « pur ». Ici, se côtoyaient les maisons de famille des Pettigrew, Abbot, Meliflua, entre autres lignées célèbres.

- C'est bien raisonnable de vous donner rendez-vous ici, s'il est recherché par les Mangemorts ? dit-elle.

- Non, mais les entrepreneurs sont des gens qui aiment le risque…

- Je garderai un œil ouvert alors…

- Les deux, j'espère bien, dit George avec un clin d'œil. Passe au magasin quand tu peux… En attendant, cadeau !

C'était des échantillons de tous leurs produits de la gamme Charme de Sorcière. Des fois qu'elle ait envie de se payer du bon temps. Ginny, Hermione et elle étaient un peu rebutées par le côté sexué des emballages (rose vif) et des produits - comme si les filles étaient les seules potentielles intéressées par un philtre d'amour… mais elle les remercia tout de même. Au pire, ce serait un cadeau de Noël pour sa mère.

- A bientôt les garçons, dit-elle en esquissant un sourire, qui disparut aussitôt que les deux rouquins remontèrent la grande rue.

- Même si ce n'était que de courte durée à chaque fois, elle souriait de plus en plus, et sincèrement.

- Prends une pause, Tonksie, fit Savage en la voyant lorgner sur la porte des Trois Balais.

Elle aurait poliment refusé si ça ne lui donnait pas l'occasion de surveiller Madame Rosmerta, que Dumbledore soupçonnait d'être sous l'Imperium depuis l'affaire Katie Bell.

- Je te ramène quelque chose ?

- Un chocolat, si tu veux…

- A vos ordres, chef…

Elle ne le remarqua pas, mais le tenancier de la Tête de Sanglier la dépassa lorsqu'elle entra dans le pub.

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Dumbledore fronça les sourcils en lisant le message d'Alberforth. Toujours pas de changement dans l'état de Nymphadora Tonks, quatre mois après.

Cela confirmait l'hypothèse qu'il avait avancée pour expliquer pourquoi Merope Gaunt n'avait pas eu recours à la magie pour survivre, après que son mari l'a quitté. Nymphadora Tonks était la preuve vivante que la tristesse entraînée par l'abandon d'un être aimé pouvait être responsable d'une telle altération des fonctions magiques.

Accepter de n'être plus qu'un humain face à ses sentiments humains était sans doute la chose la plus difficile à faire pour un sorcier.

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Hermione lança un regard à Ginny. Cette Gwenog Jones avait beau être passionnante quand elle parlait Quidditch (selon Ginny), elle avait une façon paternaliste de leur donner des conseils qui commençait à l'agacer.

- Ça va ? chuchota Ginny.

- Je suis fatiguée… on s'en va ?

Pas moyen qu'elle retraverse le château seule à cette heure-ci, quand ce lourdaud de Cormac la regardait de cette façon. Ginny acquiesça.

Sincèrement, même si les soirées de Slughorn étaient amusantes, elles n'y allaient qu'à reculons : Hermione ne voulait pas froisser leur professeur en n'y allant pas. Elle se retrouvait donc toujours en train de trouver des arguments pour que Ginny l'accompagne.

Leurs pas résonnaient dans les couloirs déserts. C'était assez agréable de pouvoir se promener ainsi dans l'école, sans être en patrouille de préfet. On appréciait mieux le charme de l'antique bâtisse, la majesté désuète des statues et des escaliers en marbre, l'ingéniosité des passages secrets, … la discrétion de ses habitants.

- Cormac McLaggen, sors de là, dit Ginny d'une voix dangereuse.

- Comment tu m'as repéré ? dit-il avec ce sourire en coin qu'il pensait être séduisant.

- Es-tu familier du terme « harcèlement » ? dit Ginny en plissant les yeux.

- Je vais dans la même direction que vous, c'est tout, dit-il d'un air innocent.

- C'est cela oui. Dans ce cas, continue ton chemin, et vite.

- Eh bien, je pensais profiter de l'occasion pour…

- Pour rien du tout. Avance, dit Ginny en pointant sa baguette sur lui.

Hermione sentit le danger (Ginny avait la gâchette… euh, la baguette facile) mais clairement, pas McLaggen. Hermione retint le bras de son amie et fit signe à Cormac de vraiment avancer. Il répondit par un clin d'œil mais s'exécuta.

- Bonne soirée, mesdemoiselles !

- Comment tu fais pour le supporter ! dit Ginny.

- Ben… je ne le supporte pas, c'est bien ça le problème.

- Non, je veux dire, si tu veux qu'il te laisse tranquille, mets lui un poing dans la figure une fois et ce sera bon !

- C'est comme ça que tu dissuades tous tes prétendants ?

- Au moins, quelques-uns, oui, sourit Ginny.

- Ouh, je ne donne pas cher de Timon Flinch-Fletcher, dans ce cas…

- Quoi, lui aussi ? plaisanta Ginny.

Et elles rentrèrent jusqu'à la Salle Commune en plaisantant.

Hermione était vraiment désolée que les seules Gryffondors filles de sa promotion soient Lavande et Parvati. Elle s'était rendue compte dès sa première soirée au château qu'elle n'était pas le genre de filles avec qui elle deviendrait bonne amie, à qui elle se confierait sans avoir peur que toute l'école apprenne ses secrets... Ça l'avait fortement encouragée à se rapprocher des garçons. Non pas que ses camarades de dortoirs soient sottes (bon, un peu), mais elles préféraient parler de leurs ongles que de la situation géopolitique du Royaume-Uni. Pas elle.

Lavande commentait avec enthousiasme chaque nouveau numéro de Sorcière Hebdo… et Hermione ouvrait tous les matins la Gazette du sorcier avec la boule au ventre.

Ginny, au contraire, avait les pieds sur terre. C'était une chic fille qui défendait Luna dans les couloirs et, elle soupçonnait, elle-même devant les Serpentards. Une fille qui écrivait une lettre par semaine à Tonks parce qu'elle savait qu'elle avait besoin de soutien. Qui aidait Neville avec le programme de Défense contre les Forces du Mal, alors même qu'elle avait ses propres BUSEs à préparer. Qui faisait de son mieux pour être heureuse avec Dean alors même qu'elle savait qu'une part d'elle continuait d'être intéressée par Harry.

Grandir avec six frères l'avait quelque peu désintéressée du monde rose et sans tache dans lequel vivait certains de leurs camarades de classe. Grandir avec les Weasley lui avait permis de connaître le monde dans lequel elle vivait, sans pessimisme ni illusion. Grandir chez les Weasley lui avait appris ce qui était important.

L'amitié, la famille, la liberté… se battre pour ce en quoi on croit, pour ceux qu'on aime… toutes ces choses qui paraissent des poncifs à ceux qui ne les comprennent pas.

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- Ginny !

- Mmmmh ? Oh, salut !

- Mais Dean ne l'embrassa pas, tellement il était surexcité.

- Je suis pris dans l'équipe ! Pour remplacer Katie !

Ginny ouvrit la bouche et fit un « Trop cool ! Félicitations ! » qui ne la convainquit pas elle-même. Dean fronça les sourcils mais son attention fut vite détournée par les vagues de « bravo » que ses camarades lui lancèrent.

Oups. Elle se rendait bien compte que ça ne l'enthousiasmait pas autant que ça le devrait. Le Quidditch était le seul moment en petit comité qu'elle pouvait passer avec Harry, et son moment à elle aussi.

Elle adorait voler. Avoir un point de vue de surplomb pour réfléchir. S'élever au-dessus du stade, des tours, loin de tout, de la grisaille, de ses frères, de Voldemort, de son petit ami,… C'était aussi un domaine dans lequel elle se savait capable de battre Cho Chang… Elle savait qu'Harry s'était d'abord intéressée à Cho à cause de son talent pour le vol, alors il n'y avait vraiment pas de raison pour que ses talents à elle n'aient pas le même effet sur Harry… si ?

Le premier entraînement de Dean se passa affreusement mal. Enfin, pas pour Dean. Lui était très bon. Mais si Harry ne l'avait pas arrêtée, elle aurait sans doute fini par coller son poing dans le nez de Ron. Comme ça, McLaggen aurait joué et les aurait fait gagner, pensa-t-elle avec un pincement de culpabilité. Cormac avait peut-être un sale caractère, mais son jeu avait le mérite d'être égal. Ron avait laissé passer six fois le Souaffle, alors qu'elle n'avait même pas mis d'effet à la plupart de ses lancers…

Elle se changea rapidement pour qu'Harry ait le temps d'en toucher deux mots à Ron. Dean l'attendait dehors, et elle était presque sûre que ce n'était pas uniquement pour la raccompagner de manière romantique. Et en effet, sur le chemin du retour, il lui reparla du sourire un peu faux qu'elle avait eu et lui demanda pourquoi elle n'était pas plus contente qu'il rejoigne l'équipe… Comme si elle pouvait lui dire pourquoi !

Elle venait de le faire taire par un baiser assez réussi, dans le petit passage situé derrière cette tapisserie qui représentait un des épisodes les plus sanglants de la révolte des Gobelins, quand … les deux types de personne qu'on a le moins envie de voir dans ce genre de situation apparurent. Le garçon qu'elle aimait vraiment, et son grand frère. Sacré combo.

La réaction de Ron, elle saurait gérer. Son immature de frère pouvait bien aller se brosser s'il lui demandait des explications sur sa vie sentimentale. Mais Harry… avait l'air d'un nigaud, avec ses yeux écarquillés, l'air de ne pas avoir le moins du monde envie de la défendre. Dean non plus, remarquez… Elle lui fit signe de déguerpir et, au diable le courage légendaire des Gryffondors, il s'exécuta.

- Moi je ne fais pas ça en public, c'est tout !

- Tu as embrassé Coquecigrue, c'est ça ? Ou ta photo de tante Muriel ?

Le sort de Ron ne la manqua que de peu. Et si Harry ne s'était pas placé entre eux deux, elle ne se serait sans doute pas embarrassée d'une baguette pour lui dire sa pensée.

- Harry a embrassé Cho Chang !

Et voilà, elle avait envie de pleurer. D'abord, parce qu'elle découvrait ce que son grand frère pensait d'elle (qu'elle était une dépravée, clairement), ensuite parce que ça remuait le couteau dans la plaie – qu'Harry ait choisi Cho, la forçant à choisir Dean.

- Hermione a embrassé Viktor Krum ! continua-t-elle. Il n'y a que toi qui trouves ça dégoûtant !

Et elle partit avant de se mettre à pleurer vraiment et de perdre toute crédibilité.

Le match de Quidditch du week-end suivant ne lui permit qu'à moitié de se changer les idées. Ron avait été lamentable aux entraînements, autant pour ce qui était de garder les buts que pour le moral de l'équipe. Il traita si mal Hermione que Ginny aurait pu tuer son frère uniquement par solidarité féminine. Mais quel crétin.

Le samedi matin, Luna l'accompagna jusqu'au stade et lui apprit les changements de l'équipe Serpentard. Parfait. Elle avait déjà vu Harper mettre ses chaussures à l'envers. Entre autres. Et si elle se souvenait bien, c'était un parfait novice en vol avant leur première année. S'il n'avait intégré le poste de remplaçant des Serpentards qu'en 4e année, c'était qu'il n'était pas excellent … Alors qu'elle, montait déjà sur un balai avant d'entendre parler de Poudlard (bon, presque) et qu'Harry était un oiseau qui s'ignorait.

Hermione avait les yeux rouges, ne put-elle s'empêcher de remarquer. Et elle n'avait pas accompagné Ron et Harry. Elle doutait qu'un des garçons lui ait parlé de leur dispute, mais cela rendait la chose d'autant plus injuste pour Hermione qu'elle ignorait ce que Ron lui reprochait. Ginny se mordit la lèvre.

Elle-même n'avait pas accompagné Dean. Elle ne lui avait pas beaucoup parlé, mais elle lui avait clairement reproché de ne pas l'avoir défendue dès le départ face à Ron.

- Oh mince, Smith est aux commentaires, dit Demelza.

Ginny fit donc de son mieux pour marquer 4 buts en une demi-heure, pour lui rabattre le caquet. Ron joua de façon tout à fait satisfaisante, et bientôt, ils menèrent le jeu. Ce fut presque trop facile. Sans ses deux meilleurs joueurs, Serpentard n'avait eu aucune chance.

De toute façon, ce match se jouait à forces inégales, c'est facile de gagner contre une équipe qui a dû faire appel à deux remplaçants au dernier moment… rabâchait encore Smith à la fin du match.

Oh, oui, elle avait oublié quelque chose, se dit Ginny, toujours sur son balai et à mi-chemin vers son équipe victorieuse.

- … et puis vous avez vu cet arrêt ridicule de Weasley avec sa tête…

Zacharias dut se demander qui avait éteint la lumière.

- Désolée professeur, j'ai oublié de freiner, dit-elle en battant innocemment des cils devant McGonagall.

Sa Directrice de maison leva les yeux au ciel, puis hocha la tête, l'air de dire « en tant que professeur, je ne cautionne pas, mais en tant qu'arbitre impartiale et amatrice de Quidditch… »

Ginny alla serrer les membres de son équipe. Dean et Seamus refaisait le match avec les élèves des gradins.

- Et là, tu as vu quand j'ai fait la passe et que…

Ginny aperçut alors Hermione qui sortait, les larmes aux yeux, des vestiaires de Gryffondor. Qu'est-ce que cet abruti de Ron avait encore pu dire ? Elle faussa compagnie à Dean.

- Où tu vas ?

- Une urgence.

- De quel ordre ?

- Cœur brisée niveau trois.

Les garçons levèrent les yeux au ciel. Les filles…

Elle ne trouva pas Hermione avant la fête dans la Salle Commune. Et là-haut, Ron avait fait son choix. Un choix d'une stupidité abyssale, mais un choix tout de même. Lavande Brown. Non mais vraiment. Etait-ce si difficile de regarder autour de soi avant de chercher ailleurs une fille amoureuse de soi ? C'était ça qu'ils devraient avoir : des cours comme « Comprendre les filles pour les nuls » plutôt que ce stupide club de Bavboule…

Elle vit Hermione quitter la Salle commune. Harry aussi l'avait vue. Elle fit mine de se lever.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Dean en lui tendant une Bièraubeurre.

- Rien.

- Mais il avait suivi son regard. Sauf qu'au lieu de voir Hermione, il vit uniquement Harry. Ginny vit Dean se renfrogner.

- Quoi ? dit-elle, un peu agacée de se sentir surveillée.

- Ca te dérange que « Rien » nous ait vus nous embrasser ?

- Si tu parles d'Harry, il nous a déjà vu des tas de fois nous embrasser…

- Et à chaque fois que ça arrive, il tire une tête de trois pieds de long et toi, tu sembles ailleurs, alors explique-moi…

- Il n'y a rien à expliquer ! dit-elle, sérieusement agacée à présent.

Elle avait été trop distraite pour dire à Ron et Lavande de ne pas sortir (ils risquaient de croiser Hermione, car personne ne s'éloignait trop de la Salle commune passé le couvre-feu officiel) et ennuyée, elle bouda pendant la partie de la soirée qu'ils ne passèrent pas à se disputer.

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Hermione monta les marches du dortoir. Elle avait espéré que ses camarades seraient endormies, mais bien évidemment, Lavande avait matière à discuter. Elle poussa doucement la porte et les gloussements se turent un instant. Juste un instant. Lavande ne pensa pas un instant à ce que pouvait ressentir Hermione – comment l'aurait-elle su ? - et lui posa tout un tas de questions sur les goûts de Ron. Hermione fut d'abord tentée de répondre des trucs débiles pour la dégoûter de lui, mais elle était trop lasse. Elle répondit à quelques questions puis dit qu'elle voulait dormir. Lavande haussa les épaules et lança un regard à Parvati qui voulait dire « elle est juste jalouse, parce qu'elle, n'a pas de petit ami ». Hermione ne le manqua pas et se retourna vers le mur.

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Ginny écrivit aux jumeaux dès le lendemain de la soirée. Elle s'en voulait énormément d'être à l'origine du nouveau couple, et elle ne pouvait rien dire à Hermione, mais elle pouvait au moins faire ça. A délateur, délateur et demi, pensa-t-elle en se rappelant que Ron leur avait parlé de Michael et Dean. Avec un peu de chance, ça remonterait aux oreilles de sa mère et elle lui parlerait d'Hermione… (Molly avait beau trouver son fils un peu trop immature pour Hermione, elle considérait cette dernière comme faisant partie de la famille) Après Fleur, Molly ne laisserait pas une nouvelle fille inférieure au standard « Hermione » passer la porte du Terrier au bras d'un de ses fils, pensa Ginny d'un air amusé. Ou alors, imaginez les réunions de famille…Brrrr.

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- Encore une commande de Philtre d'amour… c'est à se demander ce que ces filles préparent… C'est Noel, pas la Saint-Valentin… dit Fred en ajoutant encore une barre dans la colonne des ventes à distance de son cahier de compte.

- On devrait peut-être prévenir Tonks s'il y a autant de produits illicites en circulation dans l'école…

- Tous nos produits sont illicites à Poudlard, je te rappelle… Rusard s'en est assuré…

- Oui, mais les philtres d'amour plus que d'autres, dit George.

- Vous l'avez revue récemment ? dit Bill, qui était accoudé au comptoir.

Il attendait que la neige se calme pour sortir. Sa mère l'avait envoyé inviter les jumeaux à dîner, offre qu'ils devaient décliner à cause de la charge de travail supplémentaire que représentait l'approche des fêtes.

- Pas beaucoup…

- Moi aussi, j'ai un peu honte…

Tous les trois se regardèrent en silence. Tous savaient qu'ils appréciaient tout simplement moins la compagnie d'une Tonks qui riait peu, et qui n'était plus à l'initiative des plaisanteries.

- Bah, on ne désespère pas, la dérider n'est qu'un nouveau défi à développer…

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Le cours du professeur McGonagall sur la métamorphose humaine était un des plus passionnants du semestre. Hermione avait eu envie de s'y attaquer dès le moment où elle avait lu le programme et elle n'était pas déçue.

Elle se dit que Tonks avait été rudement chanceuse de pouvoir faire tout ça pendant les vingt premières années de sa vie. Pas de problème de complexe, de peau, de dents trop longues… De garçon complètement bouché, pensa-t-elle en regardant Ron.

Celui-ci avait réussi à se faire pousser une moustache à la Vercingétorix (un exploit tout à fait admirable… s'il l'avait voulu et s'il avait compris comment elle était apparue là) et elle ne put s'empêcher d'éclater de rire. Mais Ron réagit mal et mima Hermione en train de bondir sur sa chaise pour donner une bonne réponse à un professeur. L'imitation était bonne, elle le voyait, et on rit beaucoup. En particulier Lavande et Parvati, qui semblaient être son nouveau public attitré. Elle encaissa et se retient de pleurer, mais dès la première sonnerie, elle s'enfuit.

Elle savait que Ron s'en ficherait royalement. Elle avait pensé pouvoir pleurer seule dans les toilettes (comme quoi, en sixième année, elle y venait toujours à cause du même garçon qu'en première année).

- Hermione ? fit la voix de Luna.

Oh non… Et puis finalement, elle se rendit compte qu'elle préférait être tombée sur Luna. La Serdaigle la mettait mal à l'aise mais au moins, elle se souciait peu de son opinion. Luna aurait un avis objectif et peut-être que c'était de cela dont elle avait besoin.

- Pourquoi tu pleures ?

- Parce que Ron Weasley est un goujat.

- Ca, c'est vrai, dit Luna.

Hermione faillit en éclater de rire.

- Mais dans ce cas, pourquoi est-ce que c'est toi qui pleures ? Je veux dire, tu ne vas pas te sentir mal parce qu'il a la tête pillée par les Joncheruines...

- Je pleure parce que je suis la seule à qui ça importe.

- Donc c'est juste pour évacuer, pas pour attirer son attention ? Alors je ferais mieux de fermer la porte.

Hermione l'entendit fermer le verrou de l'entrée, et se sentir sourire.

Luna.

Hermione inspira profondément. Elle avait deux options. Pleurnicher jusqu'à ce que mort par dessèchement s'ensuive, ou faire face. Ce soir, elle irait à la fête de Slughorn (il lui avait promis d'inviter des intellectuels du monde magique qu'elle mourrait d'envie de rencontrer) et elle irait la tête haute. Et pourquoi pas accompagnée… ?

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Hermione avait ignoré les cinq derniers messages de Cormac, mais il n'avait encore demandé à personne de l'accompagner. Il crut clairement qu'elle avait enfin succombé à son charme. Et elle se demanda même s'il n'avait pas attendu jusqu'au soir parce qu'il savait qu'elle dirait oui. Visiblement, la prétention ne tuait pas.

Elle eut l'honnêteté de dire à Cormac qu'elle était là pour rendre jaloux un autre garçon. Bien qu'il fasse signe d'avoir enregistré l'information, il continua de lui raconter les épisodes mémorables de ses parties de chasse avec le Ministre. Pas-sion-nant.

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Les vacances loin de Ron et Harry lui firent un bien fou. Hermione put dormir et paresser (au sens hermionesque du terme) dans le Poudlard Express, en compagnie de Neville et Luna. Cette dernière tenta de lui expliquer ce qu'était la conspiration de Rancecroc et Hermione se dit que ça vaudrait bien une lettre à Tonks pour la faire rire. Hermione se mit à s'exercer pour les cours de métamorphose de la rentrée. Elle réussit à s'affubler d'un nez en patate molle et de dents du bonheur mais rien de concluant…

Elle fixa son regard sur le brouillard et pensa à l'Auror qui, elle aussi, à quelques centaines de kilomètres, broyait du noir.

Hermione avait fait des recherches sur la Métamorphomagie dès sa première rencontre avec Tonks. La Bibliothèque de Poudlard ne regorgeait pas d'ouvrages sur le sujet – elle doutait même qu'il en existe beaucoup plus que ceux indiqués dans le registre ancestral de l'école. Ses lectures lui avaient donc appris tout ce que les chercheurs savaient du sujet - peu de Métamorphomage naissait dans le monde (il n'y en avait eu que deux en Angleterre depuis le début du siècle, et ils étaient tous les deux morts dans les années 1920) et extrêmement peu se laissaient observer comme des rats de laboratoire.

Mais elle savait une chose : les cas rarissimes de perte, partielle ou complète, momentanée ou permanente, des pouvoirs de Métamorphomagie étaient liés à un fort choc émotionnel. Ca corroborerait l'hypothèse d'Harry, bien sûr, mais Hermione savait que Tonks avait perdu des amis Aurors et des membres de sa famille moldue dans sa vie… or, c'était la première fois qu'elle perdait ainsi ses pouvoirs. Tonks avait peut-être été proche de Sirius, mais s'il avait fallu choisir l'homme dont Nymphadora avait des chances d'être le plus proche, ce n'était pas sur lui qu'Hermione aurait misé…

Ginny et elle s'accordaient à dire que leur loup-garou d'ancien professeur de Défense contre les Forces du mal avaient toujours eu plus de chances avec l'Auror, que son cousin immature et dragueur (oui, elle avait conscience de ne pas du toute brosser un portrait plaisant du parrain de son meilleur ami, mais elle avait constaté à quel point Sirius, aussi affable, amusant et gentil soit-il, avait été gâché par Azkaban.)

Et Hermione avait lu d'autres livres, beaucoup d'autres. Sur un autre sujet. Les Patroni.

Dès qu'Harry lui avait appris que Lupin lui donnerait des cours pour l'apprendre, elle avait (légèrement jalouse de sa chance) tenté d'apprendre à produire un Patronus. Mais ce garde magique faisait partie de ces rares sorts qu'on ne pouvait pas apprendre dans les livres. Seule la pratique (de préférence avec un Détraqueur en face – ce que Poudlard ne fournissait malheureusement pas, même à ses élèves les plus méritants) permettait de tester la puissance d'un souvenir, l'efficacité du sort et la détermination du sorcier qui tenait la baguette.

Incapable de produire une Patronus corporel, elle s'était interrogée longuement sur la forme que prendrait le sien. Elles étaient apparemment toutes animales, même si les théoriciens s'accordaient à dire que c'était plus un constat qu'une règle.

Harry pensait que le nouveau Patronus de Tonks était un chien, mais le simple fait qu'il n'en soit pas sûr la faisait pencher pour une créature hybride… et pourquoi pas mi-loup mi-homme, comme un loup-garou. C'était pour ça que son esprit de déduction la faisait plutôt pencher pour Lupin. Elle demanderait des nouvelles de lui aux garçons quand ils rentreraient du Terrier. Dans tous les cas, que le Patronus de Tonks change de forme n'était pas bon signe pour l'Ordre.

Neville se tendit sur son siège, en attirant l'attention d'Hermione, mais Drago Malfoy passa devant leur wagon sans rien dire. Hermione devait bien admettre que ça ne lui ressemblait pas. Il savait parfaitement que, de leur petite bande, Neville, Luna et Hermione n'étaient pas les meilleurs en Défense. Qu'il ne saisisse pas l'occasion de s'attaquer à ses souffre-douleur favoris était préoccupant, pensa-t-elle.

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Draco tenta une nouvelle fois de faire le vide dans sa tête, en vain. Il n'avait clairement pas hérité du don de sa mère… car Rogue pouvait bien penser ce qu'il voulait, c'était bien elle, non Bellatrix, qui lui avait appris à fermer son esprit. Narcissa était bien meilleure pédagogue que sa soeur.

- …Drago ! Hé, Drago ! On arrive, fit la voix de Pansy, comme si elle lui parvenait à travers d'épais nuages.

C'était bon signe, mais en principe, progresser en Occlumencie ne devait pas détourner son attention du monde extérieur.

Un monde extérieur qui lui souriait dignement en la personne de sa mère.

Son père se serait contenté d'un hochement de tête depuis le quai, s'il n'avait pas été enfermé à Azkaban. Plus pour longtemps, espérait-il.

Il en avait toujours été ainsi. La tendresse distante de Narcissa côté à côte avec la froideur de Lucius. On ne disait pas des choses comme « je t'aime » chez les Malfoy ou les Black – on n'en avait pas besoin. Drago n'avait jamais eu de raison d'en douter.

Il savait ce que certains pensaient des anciennes familles et de leur tradition éducative. Mais selon lui, c'était l'éducation qui les préparait le mieux à la violence de la vie.

Déjà enfant, on lui racontait des histoires pour lui faire aimer la survie.

« Quand le danger approche, le blaireau rentre se terrer dans son terrier, l'aigle s'enfuit dans les hauts sommets, le lion sort les griffes au risque d'être tué, et le serpent rentre dans son trou. De là, il observe, à l'abri. Il évalue la situation, recule ou avance selon, mord le pied du perdant pour accélérer sa chute. Quand la tempête est passée, il sort, indemne, et est le premier à saluer le vainqueur. »

Le Serpentard sort toujours vainqueur. Les Malfoys sortent toujours vainqueurs. Et ils se protègent les uns les autres.

Aujourd'hui, il devait protéger sa mère. Si cela passait par la prise de la Marque et le meurtre de Dumbledore, il le ferait.

Le compartiment de Serpentards se vidait peu à peu d'élèves. Comme son esprit, de toute pensée.

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