Et voilà la suite, j'ai quelques idées qui me trottent à nouveau dans la tête ! N'hésitez pas à dire ce que vous en pensez, que ce soit en bien ou en mal. :)
Bellatrix regarda sa proie, la dévora des yeux tout en effleurant la cape d'invisibilité comme s'il eut s'agit d'un précieux tissu. Tout en observant les prunelles ardentes d'Hermione, il vint à l'esprit de Bellatrix qu'elle pourrait sans doute la garder prisonnière, comme un cobaye. La faire mourir à petit feu. Lui extorquer des informations à loisir, avec du véritasérum. Peut-être aurait-elle des surprises …
Hermione était en position fœtale. Elle ne pouvait plus se débattre, ni même esquisser un geste à cause du sort d'immobilisation que Bellatrix lui avait lancé. Il n'y avait plus qu'un esprit, le corps étant inactif. La respiration était cependant saccadée, comme celle d'un animal traqué, sachant sa dernière heure venue. La bouche était sèche, la parole volontairement anesthésiée. Hermione savait qu'un mot de travers pourrait être fatal. Mille pensées se succédaient : stratégies vouées à l'échec, visions de sa propre mort, et anéantissement de Poudlard. Les souvenirs heureux ne parvenaient plus à se trouver une place. Ils n'étaient plus qu'ébauches floues et contours imprécis. La déchéance tant redoutée était enfin là, et elle était à présent plus qu'inévitable.
- Laisses-moi encore un peu de temps, voyons … Je suis en train de décider ce que je vais bien pouvoir faire de toi …
Non loin de là, de nombreux sorciers retombaient lourdement sur le sol et poussaient leur dernier soupir. Le sorcier redevient une bête, laissant libre cours à ses instincts. Certains n'usaient plus de la magie, mais de la propre force de leur corps. Ils se roulaient par terre, usaient leurs poings afin de blesser d'avantage. Blesser, et faire durer le suspense. L'enjeu était de savoir si le combat allait durer, et ces démonstrations de sport moldu frisaient le ridicule. Cependant, les protagonistes semblaient en tirer un certain plaisir. Couverts de sueur, de sang et de poussière, ils excellaient à ce jeu de domination.
Lucius Malefoy, bien plus amoché qu'au début de la bataille, se permit un coup d'œil arrogant sur les corps enchevêtrés. Tout en usant de sa baguette sur un ennemi potentiel, il écrasa le dos du sorcier au-dessus du mangemort, de toute sa force. Les os craquèrent, et celui-ci fut incapable de bouger, laissant le mangemort le frapper à sa guise. Malefoy père usa d'un rictus signifiant qu'il était heureux d'avoir pu contribuer à l'anéantissement d'un sorcier venant de Poudlard. Il avançait presque sereinement dans cette bataille, malgré sa hanche douloureuse et son bras gauche qui menaçait de l'entraîner au sol à tout instant tant il était lourd. Il avançait, car il avait foi en Voldemort. Il était certain que celui-ci viendrait aider ses sujets avant de songer à capturer Potter.
Il avait tort.
Voldemort avait tenté de sonder son esprit à maintes reprises pour trouver le garçon. En vain. Sa tête était pleine de cadavres jonchés sur le sol, vision qu'il parcourait avec une certaine distance. Peu importaient les morts, les pantins qui étaient sous ses ordres. Son idée fixe était d'avoir Potter, de le cerner et de pouvoir s'emparer enfin d'un pouvoir qu'il ne pourrait obtenir sans lui. Devenir le maître, l'excellence-même l'emplissait de joie. Dumbledore n'incarnait selon lui que la faiblesse.
Harry Potter était sorti de son « antre » et constatait non sans une certaine impuissance les dégâts que la bataille avait pu occasionner. Il fut rapidement assailli par des mangemorts qui lui murmuraient à l'oreille « où étais-tu passé, Berthus ? ». Potter se contentait d'émettre une vague explication. Il fut également assailli par ses camarades Gryffondor, à qui il ne pouvait expliquer qui il était réellement. Il se contentait alors de leur jeter des sorts inoffensifs et d'espérer naïvement qu'ils sauraient que c'était lui, leur ami. Le sort de Ron et d'Hermione le préoccupait également.
Bellatrix continuait à tourner autour du corps d'Hermione tout en se demandant ce qu'elle pourrait bien en faire, semblable à un vautour qui inspecte une carcasse. Elle donna de légers coups de pieds sur le corps de la jeune fille, la fit rouler sur elle-même. Ce spectacle semblait la ravir. Elle se mit même à battre des mains comme le ferait une enfant devant un match de quidditch. Hermione pensait à tout ce qu'elle allait perdre. Elle espérait juste que la mort soit rapide. Pourtant, cela n'avait pas l'air d'être dans les intentions de Bellatrix. En effet, et comme pour confirmer les pensées de la jeune fille, celle-ci l'entraîna dans un recoin très sombre de la forêt interdite. Lorsqu'un faisceau de lumière parcourait l'endroit, on pouvait apercevoir une sorte de petite chapelle, très haute. Celle-ci comportait une grille d'apparence indestructible. A l'intérieur, il n'y avait que le strict minimum : des toilettes, une sorte de lit d'appoint, et un lavabo. Le sol était jonché de rognures d'ongles, de petites particule non identifiées et peu rassurantes. Quant aux murs, ils étaient couverts d'articles de journaux. Sur de nombreuses photos, on voyait s'animer des prisonniers d'Azkaban, Voldemort, Dumbledore, ou encore Harry Potter. Des coupures de la gazette des sorciers. Il n'y avait qu'une seule fenêtre, située au milieu de la tour. Sur son rebord se trouvait un portrait du seigneur des ténèbres, avec quelques étincelles flottant dans l'air. Hermione comprit. Elle allait pénétrer dans un lieu où les mangemorts qui ne respectaient pas leur part du contrat étaient enfermés. Bellatrix marmonna plusieurs formules vaguement familières à Hermione. La grille s'ouvrit. La sorcière la poussa violemment dans la tour tout en annulant son sort, redonnant ainsi à Hermione la faculté de parler.
Hermione se tint debout, face à Bellatrix. Elle réfléchit quelques instants, même si elle savait qu'aucune issue ne pouvait être possible. Bellatrix partit dans un de ses rires hystériques qui la rendaient très effrayante.
- Tu as peur, n'est-ce pas ? Tant mieux. C'est ici que le Maître m'enfermait, à mes débuts. Je m'arrachais violemment les ongles car je me détestais de … De lui désobéir ainsi. Par la suite, de nombreux mangemorts ont suivi mes traces.
Tandis que Bellatrix parlait, sa voix devint couinement, comme si elle revivait la scène avec culpabilité.
- Maintenant, le seigneur m'aime … Il m'aime ! Il nous aime tous ! Nous allons dominer, tout n'est plus qu'une question de temps ! Non, il me préfère moi … C'est moi qu'il veut toujours voir à ses côtés !
Hermione écoutait Bellatrix débiter son monologue, n'osant plus bouger et supportant l'haleine fétide de la sorcière, détail qui aurait paru presque comique en d'autres circonstances. Soudain, et comme mue d'une étrange inspiration, Bellatrix transplana pour sortir de la tour et envoya un sort à Hermione, de l'extérieur. Aussitôt, Hermione sentit son corps lui échapper. La jeune fille se trouva projetée au sol, elle fut secouée de spasmes plus violents les uns que les autres. Une douleur était présente. Elle diminuait, s'accentuait, diminuait, puis s'accentuait à nouveau, de façon à ce que le corps souffre plus. A l'extérieur, Bellatrix se délectait de voir sa proie souffrir ainsi.
- Arrêtez ! Arrêtez ! C'est insoutenable … Je vous en prie … STOPPEZ ! ARRETEZ !
Bellatrix se mit à sourire presque tendrement.
- Comme c'est touchant … L'effet s'arrêtera dans une petite heure. D'ici là, profites bien. Oh … J'entends les échos de la bataille. Penses à tes petits amis, en train de mourir à l'heure qu'il est !
Hermione continuait de hurler, de lutter. Elle voulait que quelqu'un l'entende, ou elle voulait mourir de suite. Elle se jugeait égoïste de penser ainsi. Sous la douleur, l'être humain est vulnérable et peut avouer n'importe quoi. Simplement pour cesser de sentir la brûlure sur sa chair. Bellatrix finit par transplaner en chantonnant, laissant Hermione seule, dans une obscurité seulement éclairée par les petites gerbes d'étincelles, laissant apercevoir distinctement le visage de Voldemort, et éclairant vaguement les articles de la gazette. Dans la douleur, la jeune fille songeait à ce qu'elle était devenue. Elle ne s'était pas encore entièrement forgée. Elle était encore vulnérable, à vif. Son esprit ne parvenait pas à se fermer correctement. Hermione se mit à penser avec douleur aux mots, aux phrases assassines échangées avec Draco. Cette douleur-là transcendait l'autre. Selon elle, ils ne pourraient exister, tous les deux, que dans la souffrance. Elle ne savait si cela lui convenait. Hermione avait à présent l'impression de ne plus avoir de corps. Elle ressentait la souffrance dans chaque parcelle de celui-ci, tant et si bien que la notion de souffrance n'était plus applicable. La torture. Infliger les portes de la mort à quelqu'un, inlassablement, sans que cette personne ne puisse jamais y parvenir. Hermione pensait à Draco, et elle se sentait pitoyable, de se rouler par terre comme une démente, seule. Impossible de s'échapper, la magie noire étant bien trop puissante. Malefoy. Serait-il complice des tortures qu'on lui infligerait ? Il n'aurait pas le choix, il le ferait peut-être même avec un certain plaisir. Le corps en souffrance remet l'esprit en question, constamment. A en perdre la raison. Au bout d'un certain temps, Hermione perdit connaissance et sombra dans un profond trou noir, avec ses propres râles de douleur et les bruits de la bataille en échos.
La bataille stagnait. Des morts jonchaient toujours le sol, les sorciers étaient toujours aussi nombreux à se battre, mais tous les mangemorts attendaient en vain leur Seigneur, ainsi que Bellatrix, qui avait soudainement disparu. Les sorts traversaient le champ de bataille, de part et d'autres. Se battre. Encaisser les coups, enchaîner les sorts afin de détenir enfin le pouvoir. Pouvoir, qui permettrait de façonner un autre monde. Draco Malefoy sentait, pendant cette bataille, toute la haine qu'il avait en lui. Il avait parlé à Potter sans le savoir, puisque celui-ci avait l'apparence d'un mangemort. Ils avaient échangé des banalités et Harry avait simplement eu envie de frapper Draco, de le voir disparaître. Toute sa jalousie avait alors refait surface. Il s'était contenté de s'éloigner. Malefoy se sentait constamment surveillé par son père. Il voyait ses regards en coin ses indications de geste et de technique. Il voyait son père blessé, et plusieurs sentiments contradictoires s'enchaînaient alors, brouillant toute tentative d' occlumancie. Il faudrait attendre le bon moment. Le bon moment pour quoi ? Tout allait à la destruction, au chaos. Comme tout l'avait toujours été à l'intérieur de lui-même. Une silhouette apparaissait dans sa tête. De longs cheveux, une démarche naturelle et un air mi serein mi-anxieux. Un visage complétait cela, un visage que Draco souhaitait visualiser inlassablement. Un visage qui déclenchait en lui de la haine, de l'amour et un sentiment malsain de possession, réveillant ses instincts.
Malefoy avait peur. Il était terrifié à l'idée de perdre Hermione. Il voulait tout. Il voulait la toucher. La serrer dans ses bras. L'effleurer. L'embrasser. Il voulait entrechoquer son corps contre le sien, la goûter, ne faire plus qu'un avec elle. Il voulait qu'ils s'appartiennent l'un à l'autre, que plus personne ne puisse lui faire du mal. Et il pensait à cela, en plein milieu de la bataille. Il pensait à cela et il avait envie de hurler. Il ne savait pas si Bellatrix l'avait tuée, où elle l'avait emmenée. Il faudrait ruser. Et tout ce chaos, toute cette déchéance … Tous ces sorciers qui se battaient pour des causes, qu'elles soient nobles ou non, lui semblaient loin de lui. Qu'on l'emmène loin d'ici, qu'on lui pardonne pour tous ces morts, qu'on lave son esprit … Qu'on …
Luna Lovegood avait pris part à la bataille d'une toute autre manière. Elle s'était contorsionnée dans un coffre à jouets qu'elle avait inventé dans la salle sur demande. Elle avait mis une veilleuse et consultait la poupée autour de son cou, fébrile. Luna tremblait de peur pour son amie Hermione. Elle tremblait également pour Poudlard, pour Dumbledore, pour Ron, pour Harry ... Pour tous.
- Dis-moi où elle est, que je puisse la chercher … Ron, est-ce qu'il va bien ? Harry, que fait-il en ce moment même … ? Où est Voldemort ? Où est Dumbledore ? Va-t-on s'en sortir … Va-t-on s'en sortir … Va-t-on s'en sortir ? REPOND !
La poupée s'était parée en mangemort, arborant la cicatrice d' Harry Potter.
- Il a prit la potion, n'est-ce pas ? Il s'est infiltré parmi les mangemorts, hm ? Merci.
La poupée s'anima de nouveau, cette fois en représentant une jeune fille aux longs cheveux, dans une cage. Luna blêmit tout à coup. Il y avait plusieurs possibilités pour Hermione. Luna Lovegood bougea alors légèrement dans le coffre. Elle se demanda ce qu'elle pourrait faire pour sauver ses amis. Sa réflexion fut stoppée par des bruits de pas. Une personne avait sûrement dû accidentellement entrer dans la même salle sur demande qu'elle. Luna referma alors vivement le coffre, elle jeta un sort pour cadenasser le coffre et resta immobile. Elle entendit deux voix familières, qui semblaient être un entremêlement de chuchotements. Lucius et Draco Malefoy, qui s'étaient éclipsés de la bataille. Le père avait directement vu le coffre et s'en approcha d'un pas vif, et décidé. Lucius marmonna une formule et fit un léger mouvement du poignet afin de l'ouvrir. Malgré son bras et sa hanche, Lucius arrivait à garder une certaine prestance. Il trouva une jeune fille recroquevillée sur elle-même. Elle lui disait d'ailleurs vaguement quelque chose. Lucius la sortit du coffre à l'aide d'un sort, qui la projeta contre le mur de la salle sur demande. Il revint ensuite vers elle, pointant sa baguette contre son cou. Luna n'avait pas été assez rapide pour cacher la poupée, qui avait toujours l'apparence d'Hermione.
- Draco, viens un peu par ici.
Ledit Draco avança d'un pas traînant. Il était jusqu'alors resté en retrait, redoutant ce que son père pourrait être capable de faire à Luna Lovegood. Son air était indéchiffrable. Seule sa main gauche, légèrement tremblante, le trahissait.
- Connais-tu cette jeune fille, Draco ? Elle pourrait nous être utile …
Tout en parlant, Lucius Malefoy examinait Luna sous toutes les coutures. Il arracha le pendentif d'un coup sec, laissant échapper un hoquet de surprise à Luna.
- Tout ceci est intéressant … Alors, Draco ?
Celui-ci tenta de répondre de façon détachée.
- Oui, père, je connais cette fille. Je la croise parfois dans les couloirs. Une gryffondor, assez sotte … Elle ne nous sera d'aucune utilité.
Luna chercha des marques qui trahiraient le mensonge chez Malefoy. Elle avait à présent du mal à imaginer le jeune homme avec Hermione. En vain. Draco semblait d'une sincérité désarmante. Pourtant, Lucius sut que son fils ne faisait que se composer un masque. Il le connaissait, et tous deux procédaient d'une manière quelque peu similaire.
- Draco … Tu n'irais tout de même pas mentir à ton père pour épargner une élève quelconque, n'est-ce pas ?
Draco se sentit pris au piège. D'habitude, il parvenait mieux à camoufler ses émotions ...
