CHAPITRE 21 : Requiem pour un refuge

A peine s'est-elle dessinée que la porte s'ouvre dans un grincement. Je vois un couloir, tapissé de velours. Etrange, vu l'apparence de mon mystérieux compagnon, j'avais imaginé un endroit vétuste, presque une ruine. Vector semble capter mon regard.

« Les apparences sont trompeuses, mon garçon. Ce n'est certainement pas à toi que je vais l'apprendre. »

Oui, je sais. Les yeux ne voient que ce qu'ils veulent voir. Je ne sais plus qui m'a dit ça, certainement tante Hermione. C'est tout à fait son style. Je me sens un peu honteux de m'être, moi aussi, laissé avoir par les apparences. La magie peut beaucoup de choses, si ce n'est tout et c'était ridicule de ma part d'avoir pensé que Vector ne pouvait que vivre dans un endroit misérable.

« Qu'est-ce que tu attends pour entrer ? »

Je ne laisse pas à l'ancien professeur l'occasion de me rabrouer une troisième fois. Je passe la porte, espérant de tout mon cœur ne pas tomber bêtement dans un piège.

Sitôt l'entrée franchie, je sens une étrange chaleur se déverser le long de ma colonne vertébrale depuis le sommet de mon crâne. Immédiatement, un frisson me parcourt. Je sens ma physionomie changer. Mes cheveux raccourcissent, mes épaules s'élargissent légèrement, ma stature se fait un peu plus lourde, faisant craquer les coutures de mes vêtements. Je me sens même à l'étroit dans mes chaussures. Immédiatement, je me retourne vers l'ancien professeur qui ferme la porte derrière lui en souriant.

« Il y a un miroir sur ta droite. »

D'un coup de baguette, il fait tomber un rideau, dévoilant un grand miroir au cadre orné de dorures pour la plupart écaillées ou passées. Lorsque je vois mon reflet, j'ai instinctivement un mouvement de recul et laisse échapper un petit cri de surprise qui, rapidement, se transforme en un grand éclat de rire.

L'avantage de la métamorphomagie, c'est que je peux choisir tout à ma guise une apparence qui me plait. Quand j'étais tout petit, je maîtrisais mal mes dons et laissais souvent mon visage changer à sa guise. Jusqu'à mes quatorze ans, je me suis acharné à ressembler à mon père en me fiant à une photo que j'avais vue dans la chambre d'oncle Harry. Plus tard, j'ai opté pour des cheveux turquoise et une carrure plus élancée.

Mais en vérité je suis un bâtard entre les Black et les Lupin. Mes cheveux sont naturellement d'un noir d'encre et mes yeux sont sombres. Les traits de mon visage sont finement dessinés avec une accentuation nettement aristocratique qui me donne parfois l'air hautain ou suffisant. Mais mon appartenance aux Black s'arrête là. J'ai la stature un peu plus grande de mon grand-père paternel. Je suis même assez grand, plus grand que ne l'était mon père si j'en crois mon oncle Harry et ma tante Hermione. Mais d'après cette dernière, sa croissance a été freinée par sa lycanthropie. Les transformations ont empêché son corps de se développer correctement et il a accumulé les carences.

J'essaye de redonner à mon corps l'aspect que je me plaît à lui prêter habituellement. Si j'ai beaucoup d'affection pour ma grand-mère et si j'aurais adoré connaître mon oncle ou cousin ou cousin lointain, je ne sais pas, Sirius, je n'aime pas beaucoup reconnaître les Black sur mon visage. Mais il n'y a rien à faire, mon visage refuse de se modifier. Je fronce les sourcils et vois, dans le miroir, un reflet qui donne l'impression de vouloir se donner des airs supérieurs et que je n'aime pas beaucoup.

« De la magie, susurre Vector dans mon oreille. Qui entre ici ne peut se dissimuler.

_ Un peu comme à Gringotts ? »

Oncle Ron m'avait raconté l'histoire quand j'étais enfant. Pour trouver l'un des horcruxes, Harry, Hermione et lui se sont un jour introduit dans l'un des coffres grâce à l'utilisation de polynectar. Mais la protection de la banque est telle que nul ne peut dissimuler sa véritable nature et ils ont été trahis pas leur propre apparence.

« C'est un peu le principe, répond Vector en s'éloignant de moi. En fait, c'est tout à fait ça. C'était l'une de mes idées.

_ Pourquoi ? Qu'est-ce que vous craignez ? »

Il hausse les épaules.

« Nous ne craignons rien mon garçon, nous voulons juste laisser les mensonges à la porte.

_ Mon apparence n'est pas un mensonge.

_ Evidemment qu'elle l'est ! Tu n'utilises jamais ton véritable visage. Pourquoi ? »

Il y a une réelle curiosité dans ses yeux. Il ne me pose pas la question pour me piéger ou pour me forcer à y voir clair. Il veut simplement connaître la raison qui me pousse à refuser mon propre visage. Je baisse les yeux pour ne plus voir mon reflet.

« Je suis un Black. Enfin en partie. Et je n'aime pas beaucoup ça. »

Il acquiesce, l'air songeur.

« A une époque, répond-il, beaucoup auraient tué père et mère pour être lié d'une quelconque manière aux Black.

_ Ce sont des sangs-purs, oui, mais ce n'est pas une famille très reluisante. Des Mangemorts et des sympathisants de la magie noire. Je ne suis pas fier d'être l'un de leurs descendants.

_ Tu appartiens à l'une des seules branches qui ait su garder son honneur. »

Je ne peux m'empêcher de rire.

« Ma grand-mère vous soutiendrait le contraire. Elle a été bannie pour avoir épousé un né-moldu et ma mère était une auror. Son cousin s'est dressé contre toute la famille et son frère a fini par faire marche arrière.

_ C'est ce qui fait toute sa valeur à ta famille.

_ Je le sais. Mais ce n'est malheureusement pas eux que je reconnais dans mon reflet. Chaque fois que je me regarde, je pense à Bellatrix Lestrange et à tous ceux qui, comme elle, ont suivi les préceptes de Voldemort. »

Vector hausse les sourcils.

« Je comprends, dit-il. Et je suis épaté.

_ Epaté ? Pourquoi donc ? Il n'y a rien de reluisant à refuser d'admettre qu'on appartient, même de loin, à une famille de dégénéré et de dingues.

_ Non. »

Il éclate de rire, ce qui me déstabilise.

« Non, ce qui m'épate c'est que tu ais le cran de prononcer le nom du Seigneur de Ténèbres.

_ Ah. Ma tante dit toujours que ce n'est qu'un nom et qu'on ne doit pas en avoir peur, que refuser de le prononcer augmente encore la psychose à son sujet et que, de toutes façon, il est mort pour de bon il y a vingt cinq ans, que quoi qu'il se passe, il ne peut plus nous faire de mal. »

Je vois un sourire se dessiner sur le visage du vieux professeur et je suis prêt à parier qu'il y a une certaine affection dans son regard.

« Hermione Granger. »

J'acquiesce bien qu'entendre le nom de jeune fille de ma tante me surprend un peu. Pour moi, elle a toujours été Hermione Weasley. Je ne l'ai jamais connue autrement.

« Une élève brillante. Très brillante. Bon, maintenant, je dois te montrer la raison pour laquelle je t'ai fait entrer ici. Ce n'était pas par hasard après tout. »

Il se dirige vers une porte au fond du couloir et l'ouvre. Une onde de chaleur m'envahit immédiatement. J'entends des bûches craquer dans un âtre et je devine qu'un feu ronfle dans une cheminée. Une odeur de thé sucré monte jusqu'à moi. Quel que soit cet endroit, il est accueillant.

J'entre dans la pièce à la suite du professeur Vector. Une silhouette, sur ma droite, se lève alors immédiatement et, à mon entrée, fond en larmes en se jetant dans mes bras.