Haha, ^^" oui c'est cynique Piitchoun, mais ça n'en est pas moins vrai.
C'est vrai, Mai51, j'ai écrit Dante pour Crystall. Après il avait son propre chemin à suivre aussi de son côté. Il devait mourir jeune dès le départ et ça me fend le cœur parce que c'est un de mes perso préféré. Vu la difficulté que j'ai eu à écrire le chapitre précédent et celui-ci, j'ai un instant pensé à changer d'avis et le laisser vivre mais non. Je serais sans cœur jusqu'au bout.
Désolée Rose-Eliade... Mais en même temps c'était un peu l'effet recherché alors...
Vaste question Guibe. Tu auras la réponse à l'autre question (celle à propos du tatouage) dans ce chapitre.
Merci Cognards !:) Je t'informe aussi que tu as posté la 100ème review du tome 3 ce qui te donne le droit me poser une question sur cette fic et je répondrais en spoiler par PM alors choisis bien ta question et envoie la moi !
Je ne sais pas ce que tu t'imagines, Seilax, mais que Dante soit là ou pas, laisse moi t'apprendre (en avant première) que les retrouvailles Sirius/Crystall vont mal se passer. Ça aurait été pire si notre cracmol préféré avait encore été vivant à ce moment là, mais ça ne va pas éviter les tensions.
Fais attention à ce que tu dis : Crys peut devenir un fantôme jusqu'au moment où je tape le point final de ce tome. Je lui dirais que c'est de ta faute si ça lui arrive haha.
En relisant la saga de Rowling, j'ai trouvé que son univers n'était pas du tout à la hauteur des catastrophes qu'elle nous offre (même si ça reste ma saga préférée en ce bas monde, hein!). Un exemple : un serpent qui tue d'un seul regard ne fait aucun mort. Sérieusement ? Et je préfère les univers un peu sombres, de toute façon.
Merci Loupiote, je suis contente d'arriver à faire passer mes émotions ;)
Salut mimi70 ! Je n'étais pas sûre que ce soit encore le cas après le dernier chapitre parce que chapitre long = ennuis en perspective.
Crystall va en baver, crois moi : j'en suis pas arrivée là avec elle pour soudainement lui faire voir la vie en rose. Moi aussi je l'admire pour supporter tout ce que je lui fais X) Elle m'étranglerait sans doute si elle m'avait en face d'elle depuis le temps qu'elle crève d'envie de tuer la personne qui s'amuse avec son destin pourrit !
C'est gentil de t'inquiéter pour Crystall sebferga ^^
Je ne crois pas que Dante se serait « clashé » avec Sirius, Antig0ne, même si Sirius aurait sans doute essayé de le pousser à la confrontation. C'est Crystall qui aurait pété une pile, oui XD
De rien Mathilde !
Je suis toujours étonnée et contente de te voir dans mes reviews Elarim (à force de te harceler à ce propos, hein... XD) Merci beaucoup ;)
Merlin, je n'ai jamais eu autant de review pour un seul chapitre sur cette fic ! Merci beaucoup à tous pour ça ! Ça m'encourage un max à écrire, surtout que ce n'est vraiment pas facile ces derniers chapitres ^^
Du coup, la centième review a été postée sans que j'ai eu le temps d'avertir que j'accorderais une question à la personne qui l'aurait postée (je m'attendais vraiment pas à ce que ce soit pour le chapitre dernier).
Cognards tu es notre heureux gagnant. N'oublie pas de me poser une question sur la fic.
Pour les autres, je vous proposerais un bonus d'ici deux ou trois chapitres !
Et je publie même un jour plus tôt ! Bonne lecture =D
Tensions
Mardi 16 mars 1993 : maison
J'ai décidé de mettre la clé sous la porte de mon labo de potion pour les prochaines semaines. Je ne le regagnerais que pour approvisionner la boutique de tatouage d'Arlem et faire la potion Tue-Loup, parce que c'est indispensable. J'arrête tout le reste. J'aurais tout le temps de faire ça plus tard. Temps que Dante n'a plus. C'est tellement atroce d'écrire ça. Mais je dois m'y forcer parce que sinon je ne réaliserais jamais que ça va vraiment arriver.
Et malgré tout, je garde cette ultime espoir fou qu'il survivra. D'abord un mois de plus que ce qui était prévu, puis deux, trois, six, douze… Je suis incapable d'abandonner complètement.
Lundi 29 mars 1993 : maison
Cameron a fini par se douter qu'il se passait quelque chose d'anormal. Je ne reste jamais aussi longtemps sans même faire une percée jusque dans mon labo de potion. Ça fait mal quelque part que le fait que je sois aussi présente lui mette la puce à l'oreille alors qu'il n'est pas particulièrement futé, comparé à Mary je veux dire. Je me dis que je n'ai vraiment pas assurée en tant que mère. Heureusement qu'il y a Dante : il a joué le rôle du père et la moitié de celui de mère…
Notre fils a donc finalement posé la question qui a mis le feu aux poudres :
- Pourquoi tu restes tout le temps avec nous maman ?
Je sais qu'il a posé la question sans arrières pensées, ce n'était pas un reproche ou quelque chose dans ce genre. Il a juste constaté quelque chose d'inhabituel… Mais Merlin ce que ça peut faire mal !
- Ce ne te plaît pas ? ai – je demandé.
- Si, mais c'est bizarre.
Il se serait sans doute contenté de ça, mais Dante l'a attrapé pour l'asseoir sur ses genoux et je n'ai pas pu m'empêcher d'être jalouse : moi il ne me laisse plus le faire. Pourquoi il s'assoit encore sur les genoux de Dante et plus les miens, hein ? Jalousie ridicule, mais jalousie quand même.
- Écoute, Cameron, a dit Dante. Il faut qu'on te parle.
Je savais qu'on allait devoir aborder le sujet avec lui bientôt, mais on avait même pas discuté entre nous de comment on allait faire. Dante a été honnête à en pleurer et Cameron a froncé les sourcils au fur et à mesure qu'il entendait les explications. Puis, il s'est immédiatement tourné vers moi, le regard accusateur et je ne m'y attendais pas du tout. Je croyais qu'il allait crier que c'était un mensonge ou pleurer mais il m'a regardée et m'a demandée :
- Pourquoi tu le soignes pas ?
Et il y avait tellement d'accusation dans son ton que je me suis sentie frissonner. Il a appuyé juste là où il ne fallait pas. Moi aussi je me pose la question. Pourquoi je suis encore incapable de soigner quelqu'un que j'aime ? Je connais la raison, je sais que c'est parce que la magie ne marche pas sur Dante, mais c'est loin de me suffire. Je m'en veux et je n'avais pas besoin que ce soit aussi le cas de Cameron.
- Je ne peux pas, ai – je admis d'une voix blanche.
- Si tu peux ! Tu soignes toujours tout même la lycanthropie de tonton Remus ! Alors soignes le ! a t –il exigé.
- Je ne peux pas, ai – je répété, ne voyant pas quoi dire d'autre.
- Calme toi Cameron, ta mère n'y est pour rien, a tenté Dante.
- C'est de sa faute !
Puis notre fils s'est brusquement levé et a grimpé à l'étage en frappant les escaliers des pieds avant de claquer la porte de sa chambre. Je suis restée figée mais je comprenais parfaitement sa réaction.
- Il ne le pensait pas vraiment, m'a dit Dante avec l'air embêté en se levant.
- Peut –être que si.
- Laisse lui le temps de digérer l'information Crys. Il vient d'apprendre que son père va mourir, il a besoin d'un coupable…
Je sais que Dante n'a pas tout à fait tord là-dessus. Mais n'empêche que ça n'était pas agréable d'entendre mon fils m'accuser de tuer son père…
- J'irais lui parler quand il se sera calmé, a t –il continué.
J'ai posé ma joue sur son épaule avec un soupir et je suis restée un moment immobile avant de lui demander :
- Comment je ferais quand tu ne seras plus là ? C'est toi qui sais comment on s'occupe des gens.
Je me suis rendue compte après coup que ce n'était peut –être pas la question à poser. Comment je pouvais ne serait- ce que me projeter dans le futur, après sa mort ? Je n'ai même pas encore admis qu'il allait disparaître. Ou peut –être que si vu ma remarque. Mais lui ? De quel droit je lui demandais comment je pourrais me débrouiller alors qu'il sera mort par Merlin ? Moi, j'aurais sans doute répondut violemment à la question. Mais Dante est Dante et il s'est contenté de réagir à sa manière.
- Toi aussi tu sais, tu ne fais juste aucun effort, a t –il dit. Et il faudra que tu en fasses quand je ne serais plus là pour rattraper tes bourdes.
- Ça n'arrive pas si souvent que ça ! me suis – je indignée en me redressant.
Il m'a jeté un regard navré avant de dire qu'il avait faim et ça m'a fait du bien qu'il me donne quelque chose à faire. Je sais qu'il peut se préparer seul de quoi manger et avant… Avant, je lui aurais dit qu'il était assez grand pour trouver sa nourriture tout seul. Je ne me suis pas mariée pour faire juste la bouffe et le ménage et être une esclave. Voilà comment je voyais les choses. Maintenant, je me dis que ça lui fera juste plaisir et qu'en fait ça me fait aussi plaisir à moi de le faire.
Je suis vraiment un cas, n'est ce pas ? Il faut qu'il soit aux portes de la mort pour réaliser ce qu'une personne normale aurait compris depuis longtemps.
Mardi 30 mars 1993 : maison
Quand je suis allée réveiller Cameron ce matin, il dormait encore profondément. Il avait l'air épuisé et en y regardant de plus près j'ai vu ses yeux gonflés et les traces de ses larmes imprimées sur ses jours. Il a dû pleurer jusqu'à épuisement cette nuit. Alors je suis ressortie et je l'ai laissé dormir. Tant qu'il sera au pays des songes, il ne reviendra pas à la cruelle réalité.
Dante aussi était encore au lit, mais pas pour les mêmes raisons. Ses maux de tête l'ont réveillé au milieu de la nuit et malgré les potions données par les guérisseurs moldus ça a mis longtemps avant de s'estomper. Ça m'a bien sûr réveillée quand il s'est levé et ensuite je l'ai veillé jusqu'à ce qu'il se rendorme. Mais moi, je n'ai plus pu me rendormir après ça. Je suis restée couchée à côté de lui jusqu'à ce que le soleil se lève et qu'il soit l'heure pour moi d'aller courir. J'ai besoin de conserver ma routine, c'est la seule chose qui me rassure un tant sois peu ces derniers temps.
Comme j'étais désœuvrée et que je n'avais absolument pas envie d'aller dans mon labo de potion, je suis sortie m'asseoir en haut de la falaise et j'ai regardé un moment l'eau qui s'étendait à perte de vue.
Cameron m'a rejointe en fin de matinée et j'ai eu un peu peur de ce qui allait se passer. Hier soir, il s'en était allé en colère et il m'en voulait énormément. Il n'a rien dit, ce qui est très inhabituel, et il s'est assis près de moi avant de poser sa tête contre mon épaule. J'ai passé mon bras autours de lui et j'ai ressenti un immense soulagement en voyant qu'il en a profité pour se blottir contre moi. Il n'a que dix ans après tout et il a encore besoin de quelqu'un pour le rassurer.
- Je ne veux pas que papa meurt, a t –il finalement dit d'une toute petite voix.
- Moi non plus mon chéri.
- Pourquoi il va mourir ?
- A cause de la tumeur dans sa tête...
- Non. Pourquoi ?
Je suis restée silencieuse. Il ne demandait pas la raison pour laquelle il allait mourir. Mais pourquoi il devait mourir. Est-ce que son père avait fait quelque chose de mal ? C'était une punition ?
- Je ne sais pas, ai – je finalement dit. Ton papa n'a rien fait pour mériter ça. Ce n'est pas non plus de notre faute. Ce n'est pas de ta faute. D'accord ?
Il ne manquerait plus qu'il pense que c'est à cause de lui !
- On ne peut rien faire ?
- Non, ai – je chuchoté en m'en voulant d'écraser ses derniers espoirs. Il faut que tu profites de ton papa tant qu'il est encore là.
Il s'est un peu plus serré contre moi et j'ai posé ma joue sur le haut de son crâne en le berçant doucement. C'est tout ce qu'on peut encore faire à présent.
Mercredi 7 avril 1993 : maison
C'était la pleine lune hier et je n'ai jamais été aussi contente qu'elle arrive enfin. Je me suis abandonnée au loup et j'ai vécu quelques heures effacée de ce monde.
L'état de Dante est stable pour le moment, mais ça n'a pas empêché que je plonge dans cette échappatoire la tête la première. J'ai toujours été une lâche après tout. Qu'on me donne quelque chose contre quoi me battre et je le fais, mais faire face à quelque chose que je ne peux pas combattre, ça j'en suis incapable.
J'ai à la fois tellement envie de fuir pour oublier et de ne pas perdre Dante de vue une seule seconde que j'ai l'impression d'être déchirée en deux un peu plus chaque jour…
Jeudi 15 avril 1993 : maison
Aujourd'hui on a eu le droit à un nouveau symptôme dut à la tumeur. On était tous les trois en train de regarder la télé à commenter un film qui parlait de sorcier et qui était, entre nous, très mauvais. Dante s'est mis à convulser et ce n'était pas une petite crise d'épilepsie.
Je me suis levée en sursaut et j'ai entraîné Cameron avec moi. Ça l'a terrifié de voir son père s'agiter comme ça. C'est tellement impressionnant à voir que je le comprends. Moi, je n'ai pas pu détacher mon regard de lui tout en empêchant mon fils d'en voir trop.
Ça c'est arrêté au bout de trente longues secondes et après un immobilisme totalement effrayant (j'ai même cru qu'il était mort !) il a repris connaissance et s'est lentement redressé. Il a dû comprendre qu'il s'était passé quelque chose bien avant de constater qu'il n'était plus sur le canapé : rien qu'en voyant le regard de Cameron.
- Il me regardait comme si j'étais un étranger, m'a dit Dante une fois que Cameron a été couché.
Ça avait l'air de lui faire beaucoup de mal et sachant combien ils sont proches tous les deux, c'est normal.
- Il n'a pas compris ce qu'il t'est arrivé, ai – je dit en posant une main sur son épaule. Il ne savait même pas ce qu'était l'épilepsie avant aujourd'hui. Chez les sorciers, ça se soigne alors peu de gens…
- Je sais, m'a t –il coupé sèchement. Chez les sorciers tout se soigne !
J'ai eu un mouvement de recul devant son agressivité, c'est que je n'y suis pas du tout habituée venant de lui. Je crois que je comprends un peu mieux ce qu'il ressent quand je me montre agressive ce qui a dû m'arriver bien plus souvent que je n'ai envie de l'admettre. Ça m'a blessée qu'il me parle comme ça.
- Pardon, a t –il soupiré. Je n'ai pas à m'en prendre à toi.
- Si ça peut t'aider à te sentir mieux, ne te gène pas, ai – je dit d'une voix prudente. J'encaisserais.
- Tu n'as pas à supporter ça.
- Tu as déjà oublié Dante ? Je t'ai épousé pour le meilleur et pour le pire et j'ai juré de t'aimer dans la santé comme dans la maladie. Alors si, je vais supporter ça et tu vas cesser de tout porter tout seul, pigé ?
- Je ne pensais pas que tu me rappellerais un jour nos vœux de mariage. Je croyais que ce serait moi qui le ferait, a t –il dit avec un pauvre sourire.
Je n'ai rien dit, j'ai juste croisé les bras pour le regarder avec tout le sérieux du monde dans les yeux. Il était hors de question qu'il se renferme sur lui-même en voulant m'épargner. Il s'est alors approché pour poser son front sur mon épaule et se laisser peser de tout son poids contre moi.
- Je suis fatigué, a-t-il dit. Fatigué d'avoir mal.
Et il y avait dans ses mots toute la lassitude du monde. J'avais l'impression qu'on m'enfonçait un pieu, un de plus, dans le dos. J'ai juste refermé les bras sur lui. Il n'y avait rien que je puisse dire ou faire et ça me rend malade.
Samedi 24 avril 1993 : maison
Les crises de douleurs et d'épilepsies se sont multipliées ces derniers jours. J'ai peur qu'il ne tienne jamais les trois mois promis par le guérisseur. Et lui aussi, je crois. Non, en fait j'en suis sûre.
Tout à l'heure il est venu me voir. Ses mains jointes devant lui tremblaient et je savais rien qu'à ça qu'il avait mal. Il m'impressionne. Vraiment. Chaque jour, il se lève et ce même s'il a mal et qu'il voudrait juste se rendormir. Parfois il c'est au point qu'il n'arrive pas à dormir : ça le garde éveillé. Et j'enrage quand je vois ça. J'enrage de savoir d'avoir tellement de choses sous la main qui pourraient soulager n'importe qui... mais pas lui ! Pourquoi est –ce que j'aime la seule personne pour qui je ne pourrais jamais rien malgré toute ma science ?
- Je voudrais te demander quelque chose, a t –il dit.
- Oui ?
- Je veux tatouer mon nom dans ton dos.
Je me suis figée et je me suis sentie blanchir. Il sait parfaitement ce que signifie la liste dans mon dos et il sait que son nom y figurera de toute façon. Qu'il me demande de l'ajouter lui-même de son vivant m'a choquée.
- Tu es encore là, ai – je dit.
- Je suis déjà mort.
Merlin est ce qu'il se rend compte de la dureté de ses paroles ? Est-ce qu'il sait ? Je l'ai toujours connu optimiste. Toujours. Quoi qu'il se passe. Il était mon antithèse parfaite sur ce point là. Et maintenant j'ai l'impression qu'on a échangé nos places et si c'est moi qui doit jouer l'optimiste on est vraiment mal barrés. Je n'aurais jamais imaginé le voir changer à ce point là, mais une perspective de mort imminente, et une fin de vie emplie de douleur, doit y être pour beaucoup.
En voyant son regard morne, j'ai décidé de prendre les choses en main. Je ne suis pas douée avec les mots alors j'ai agi : je l'ai attrapé par le col et je l'ai embrassé comme si on était encore deux adolescents bourrés d'hormone. Comparaison parlante j'espère.
- Berk ! s'est écrié Cameron en nous rejoignant. C'est dégueu !
On s'est séparés et on a pas pu s'empêcher de rire devant la moue dégoûtée de notre fils. Je me suis écartée et j'ai planté mon doigt dans son torse en le fixant droit dans les yeux avant de lui dire:
- Pas encore.
On a besoin d'un peu de rire et de légèreté dans cette maison que diable !
*Maison*
Dante est quand même revenu à la charge avec cette histoire de tatouage par Merlin ! Moi je ne veux pas. Il n'est pas encore mort !
- Je veux le faire de mes propres mains, a t –il insisté.
- On a encore du temps ! ai –je répliqué, butée.
- J'ai peur qu'il arrive un moment où je ne pourrais plus tenir une machine. Je m'en sens encore capable maintenant alors je dois le faire.
J'ai soupiré et j'ai passé une main dans mes cheveux, embêtée. Vu son état, je crains aussi qu'arrive un moment où il ne pourra plus le faire. Et ça avait l'air de tellement lui tenir à coeur...
- S'il te plaît, a t –il insisté en me faisant ses yeux de chien battu.
- D'accord ! ai – je cédé. D'accord ! Mais je veux que ça me fasse un mal de chien quand tu tatoueras. Je suis sûre que vous avez une encre pour ça.
- J'ai toujours dit que tu avais des délires masochistes, a t –il répliqué le plus sérieusement du monde.
- Je ne plaisante pas Dante.
- Tu ne plaisante jamais quand il s'agit de douleur Crys. Et tu as raison : il y a une encre pour ça. Elle est utilisée pour certaines rituels en Asie. Mais il va falloir que tu la prépares et crois moi quand tu verras ce qu'il y a dedans, tu changeras d'avis.
Ça, c'est ce qu'il croit. Je me sentirais beaucoup mieux si je souffre quand il me gravera les lettres de son nom dans la peau. Une sorte d'expiation. Et si ça me permet de comprendre ce qu'il endure ces derniers mois avec sa tumeur, alors je le ferais.
Jeudi 29 avril 1993 : maison
Je viens de préparer l'encre que Dante va utiliser pour me tatouer et autant le dire tout de suite je vais en chier. Il n'avait pas menti : maintenant que j'ai vu la composition de cette chose, je n'ai pas du tout envie qu'il me l'injecte sous la peau. Qui est l'imbécile finit qui a eu un jour l'idée sublime de mettre de l'essence de crabe de feu dans une encre ?
Dante a consenti à attendre encore un peu et si jamais ça ne va vraiment plus, je le laisserais me tatouer son nom. On a chacun fait une concession et j'espère bien repousser ce moment jusqu'au bout. Ça me met vraiment mal à l'aise qu'il rajoute lui-même son nom à ma liste.
Mercredi 12 mai 1993 : maison
Le Phare est en train de devenir un vrai moulin. La famille de Dante débarque à tout moment et j'ai l'impression d'être envahie. Surtout par Monroe. Léonie, Ethan et Victor-Hugo, eux, ont la décence de s'en aller quand il est l'heure. Elle, elle a carrément emménagé sans nous le dire. Je la croyais partie hier soir et je suis tombée nez à nez avec elle dans la cuisine ce matin. Comme ça.
Je revenais après mon footing quotidien et elle se trouvait assise là avec son toast en main et il y avait une casserole encore chaude abandonnée dans l'évier. Elle portait déjà son équipement de chasseuse de vampire et ses armes attendaient sur la table, sagement.
- Salut Nini, m'a t –elle dit. Tu ranges où le café ? J'ai pas réussi à le trouver.
- Monroe, excuse moi d'être abrupte comme ça de si bon matin mais par les strings à paillettes de Merlin qu'est ce que tu fous ici ?
- Je prends mon petit-déjeuner avant d'aller au travail, a t –elle répondu pas plus choquée que ça par la situation. Et je ne sais toujours pas où est le café.
- On a pas de café ici : Dante me trouve déjà suffisamment nerveuse sans et m'a sevrée.
C'est vrai qu'il a été un moment où je me suis mise à boire beaucoup de café… Quand j'ai arrêté mes potions de sommeil sans rêve notamment. J'avais peur de m'endormir alors je me maintenais éveillée avec de la caféine. Mais Dante n'était pas d'accord, sois disant que ce n'était pas bon pour ma grossesse, alors il a jeté à la mer ma cafetière. Et ce n'est pas une métaphore. On en a racheté une depuis, mais on l'utilise tellement rarement au final qu'on a plus de quoi préparer du café.
- Et si tu veux un café, t'as qu'à t'en faire apparaître un, ai – je lancé.
- Le café que je fais apparaître est toujours immonde. Je ne sais pas d'où il vient, mais je n'irais jamais en boire là-bas. Tu ne veux pas…
- Certainement pas.
- Je pourrais me faire trucider par un vampire si je ne suis pas suffisamment réveillée.
- D'une, les vampires sont des créatures nocturnes et tu vas partir pour la journée : tu n'as aucun risque d'en croiser un. Et de deux : je les aiderais probablement à te vider de ton sang alors ce n'est pas avec ce genre d'argument que tu me convaincras.
- Monstre.
- C'est toi qui me rend comme ça.
On s'est fusillées du regard avant que je ne me détourne pour me chercher quelque chose à boire.
- Je l'ai entendu se lever cette nuit, a t –elle soudainement dit.
Pas besoin de demander de qui elle parlait. Et au final, pas besoin de demander non plus pour quelle raison elle était restée au Phare.
- Il est allé prendre ses potions. Il a mal. Tout le temps.
- Je ne supporte pas de le voir comme ça.
- Alors dégage. Il n'a pas besoin de ça, ai – je sifflé.
- Prends soin de lui.
- Et tu crois que je fais quoi là ?
- Là, je ne sais pas, mais tu pues et tu devrais aller prendre une douche.
Sur ces délicates paroles, elle s'est levée et est sortie du Phare pour transplaner, laissant bien entendu derrière elle toute sa vaisselle sale. Plus je la côtoie, moins je la supporte. C'est un miracle que je ne lui ai pas encore planté ma baguette dans l'œil à cette albinos de mes deux.
Lundi 17 mai 1993 : maison
Dante m'a jetée hors du Phare disant que je devais aller prendre l'air pendant qu'il passait une soirée seul avec Cameron. J'avais envie de me sentir vexée, mais je n'ai pas pu. Je ne savais pas trop où aller et j'ai fini par aller toquer chez Alastor Maugrey. J'ai senti ses poubelles frémir d'indignation à côté de moi et je leur ai jeté un regard menaçant avant que la porte ne s'ouvre.
Lui et moi on ne se voit pas beaucoup. En dix ans, on a dû se parler 3 fois. Mais j'ai toujours l'impression que c'était hier quand on se recroise. Même s'il a pris un coup de vieux –il a les tempes grisonnantes maintenant –et qu'il est encore plus paranoïaque.
- Gamine, a t –il grogné en me voyant.
- Salut vieux croulant, tu me laisses entrer ?
Il m'a jaugée encore une seconde avant de faire demi-tour en laissant porte ouverte et de grommeler dans sa barbe. Sans attendre, je suis entrée et j'ai refermé la porte derrière moi. C'est toujours autant le bordel chez lui alors j'ai déplacé une pile de livre et envoyé trois assiettes dans l'évier pour réussir à me faire un peu de place à table. Je me suis adossée en poussant un soupir et j'ai constaté qu'en fait il y avait bien quelque chose de changé chez lui.
Il y avait un petit cadre avec une photo posé en équilibre près d'une des fenêtres barricadées. Il y avait dessus Alastor qui tirait une gueule à faire peur. A côté de lui une jeune femme avec des cheveux violets et qui faisait des grimaces horribles, essayant vraisemblablement de ressembler au vieil auror grincheux qui posait avec elle. Elle me disait quelque chose, mais au diable si je savais d'où je pouvais la connaître.
- C'est qui sur la photo avec toi ? ai – je demandé.
Maugrey est revenu avec deux verres et une bouteille de Whisky Pur Feu. Je ne bois pas d'ordinaire, mais là je dois reconnaître que je n'avais aucune envie de refuser.
- Une fille.
- Ça je vois, mais elle est un peu jeune pour toi, non ? Et par Merlin comment a t –elle réussi à te convaincre de mettre une photo de vous chez toi ?
- Une vrai emmerdeuse, j'l'ai entraînée pour l'Académie des Aurors.
Franchement, tous mes respects à cette fille qui a réussi à faire plier Alastor à sa volonté. Ce n'était pas la première à essayer de se faire instruire par lui, après tout il est légendaire dans son milieu, mais c'était bien la première à réussir son coup.
- Sérieux ? Elle a été prise ?
- Elle va être diplômée cette année.
- Pas mal. Comment s'appelle t –elle ?
- Nymphadora.
Là, j'ai haussé très haut les sourcils. Je connaissais quelqu'un qui avait un tel nom et je doute que deux personnes différentes le porte. Voilà pourquoi elle me disait quelque chose : c'est la cousine métamorphomage de Sirius.
- Merlin, elle a grandi, ai – je commenté.
- Tu la connais.
- Vaguement. Je l'ai rencontrée quand elle était gamine.
Et ça me fait prendre un sacré coup de vieux soudainement. Le silence s'est installé et j'ai bu une gorgée de mon verre qui m'a incendié la bouche avant de me décaper l'œsophage.
- T'vas me dire pourquoi t'es là ? a finalement demandé Maugrey.
- Dante, mon mari, va mourir, ai – je annoncé en faisant tourner le Whisky dans mon verre. Il voulait être seul avec notre fils ce soir alors il m'a jetée dehors et je ne savais pas où aller.
- Et la gamine Potter ?
- Elle est à Poudlard, chez les Serdaigles, ai – je répondu sans même m'indigner qu'il semble se foutre complètement que Dante soit aux portes de la mort. Elle se débrouille bien. Elle est bien moins stupide que James, Merlin en soit loué, mais elle a hérité de sa tendance à s'attirer les ennuis. J'ai arrêté de compter le nombre de retenue qu'elle a eu.
Quand je pense qu'elle ne sait toujours pas que son père est malade, ça me rend folle. Dante ne veut pas lui dire avant qu'elle ait fini ses examens, mais ça leur fait perdre un temps précieux à tous les deux.
On a pas beaucoup parlé après ça, mais on a encore descendu quelques verres. J'étais passablement éméchée quand je suis retournée au Phare et j'ai trouvé les garçons endormis sur le canapé, devant la télévision et les restes d'un repas pantagruélique composé de toutes les cochonneries que j'interdis à Cameron d'ordinaire.
Mais tant pis, je vais me coucher maintenant si j'arrive à monter les escaliers sans me casser la gueule.
Mardi 18 mai 1993 : maison
J'ai un mal de tête incroyable et je crois que c'est bien la dernière fois que je vais boire avec Maugrey. Il ne me semblait pas avoir tant bu que ça, pourtant… Mais j'imagine que c'est la faute au Whisky Pur Feu.
Quand je me suis réveillée et que j'ai vu que Dante n'était pas là, j'ai un peu paniqué, il était encore tôt, pourtant ! Mais il était simplement assis dehors en train de dessiner le lever de soleil. Il a l'air plutôt apaisé pendant qu'il dessine et je n'ose pas aller le déranger… Je vais plutôt aller me chercher une potion pour apaiser mon mal de tête.
Samedi 22 mai 1993 : maison
Victor –Hugo s'installe au Phare pour le week-end. C'est Cameron qui est content parce que son oncle lui ramène toujours des tas de cadeaux. Heureusement qu'il ne vient pas trop souvent sinon on aurait besoin d'une pièce supplémentaire pour stocker le tout. Mais Victor est surtout venu pour Dante. Chacun de nous espère passer le plus de temps possible avec lui.
- Dante a changé, m'a dit Victor en venant s'installer avec moi dehors ce matin.
Le temps commence à être assez clément pour qu'on puisse manger à l'extérieur et j'ai ressorti tables et chaises de jardin la semaine dernière. J'étais en train de boire un thé tranquillement.
- Bien sûr qu'il a changé, ai – je dit. Qui ne changerait pas dans sa situation ?
- Il… J'ai vu une de ses crises d'épilepsie et ça m'a terrifié.
- C'est impressionnant, ai – je convenu.
- Je ne sais pas comment tu fais.
- Je l'aime, ai – je répondu.
- Moi aussi, s'est –il indigné. Mais je ne pourrais pas le regarder mourir chaque jour un peu plus. C'est trop dur.
- Je pense que Dante a justement besoin de quelqu'un qui le regarde chaque jour sans se détourner. Alors je suis ce quelqu'un et je n'ai envie de laisser ma place à personne.
- Je ne sais pas comment tu fais.
- Pendant la guerre, j'ai vu beaucoup de gens mourir. J'ai regardé des personnes que j'appréciais dans les yeux pendant que la vie les quittait. J'ai aussi regardé des gens que je haïssais droit dans les yeux pendant que je les tuais.
- Ça doit aider, a t –il convenu.
- Non. La maladie de Dante est pire que tout ça. Mais je n'ai pas le droit de m'en détourner. On en a pas le droit Vic, tu comprends ça ? Ce n'est pas pour nous que c'est le plus dur.
Je ne sais pas si Victor-Hugo a bien compris ce que je voulais dire mais il a hoché la tête. Dante se bat, même s''il sait qu'il ne gagnera pas, alors on doit le regarder faire et avoir du respect pour ça.
Dimanche 23 mai 1993 : maison
Victor-Hugo vient de repartir, on ne peut visiblement pas se passer de lui très longtemps à son travail. Avant de partir, il a longuement regardé Dante avant de le serrer contre lui à lui briser une côte. Dans le regard douloureux qu'il m'a lancé juste avant de transplaner, j'ai compris ce qu'il pensait. Il se disait que c'était peut –être la dernière fois qu'il voyait son petit frère vivant.
- Je voudrais tellement qu'ils cessent de venir, a chuchoté Dante dès que Victor avait disparu.
- Dante, ai – je dit.
- Je ne supporte plus les regards qu'ils posent sur moi. Ma mère fond en larme au moins deux fois dès qu'on se voit, Monroe est tellement gentille que j'en ai la nausée et Victor a cette pitié insupportable dans les yeux.
- Et ton père ? ai – je demandé sans savoir quoi répondre à ça.
- Je n'ai jamais su réellement deviner ce qu'il ressentait et pour une fois j'en suis soulagé.
- Qu'en est – il de moi ? Tu ne veux plus me voir non plus ? Si c'est le cas, je te préviens que tu vas être déçu.
- Non. Toi, je ne veux surtout pas que tu t'en ailles.
- Très bien, ai – je dit satisfaite et soulagée.
- J'ai besoin de toi.
- Je serais là.
- Je tiendrais jusqu'au retour de Mary. Après ça, je veux que tu me tues.
Le dernier mot a résonné dans ma tête pendant ce qui m'a semblé des heures avant que je ne comprenne. Je me suis brutalement tournée vers lui, mais il avait déjà fait demi-tour pour rentrer. Merlin, est-ce qu'il a vraiment dit ce que je pense avoir entendu ?
- Dante ! me suis – je exclamée en me jetant à sa suite.
Il s'est tourné à demi et m'a jetée un regard qui m'a figée. Un regard dur comme de la pierre, emplit d'une résolution sans faille. Puis, il est monté a l'étage et m'a laissée là, à réaliser. Il était sérieux.
Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas le tuer. Je ne peux pas. Merlin me vienne en aide, mais je ne veux pas faire ça. Il ne peux pas me demander ça. Il ne peux pas.
Lundi 24 mai 1993 : maison
J'ai eu du mal à me retrouver face à Dante ce matin. Je n'arrive pas à réaliser qu'il veut mourir et qu'il me demande de l'aider à ça.
- Cette semaine, a t –il dit en guise de bonjour, je veux te tatouer mon nom dans le dos.
- Tu… Bordel de merde comment peux – tu te montrer aussi nonchalant après ce que tu m'as dit hier soir ? ai – je explosé.
- Tu vas réveiller Cameron, a t –il répondu.
- Comment peux – tu…
- J'ai mal, a t –il répondu. J'ai mal tout le temps, je ne peux même plus savourer un repas, la compagnie de quelqu'un ou le dessin parce que rien n'arrive à enlever cette putain de douleur !
- Demande au guérisseur moldu plus de potions !
- Tu crois que je ne l'ai pas fait ? Ils devraient me garder à l'hôpital pour ça, a t –il dit. Ils ne peuvent pas m'en donner plus que je n'en prends déjà et je ne veux pas rester dans un lit à attendre la mort ! Mais je ne peux pas continuer ainsi ! Je ne pourrais pas attendre que cette tumeur finisse son travail ! Tu comprends ça ? Je ne peux pas ! Et au rythme où ça va quand Mary reviendra, je ne pourrais pas en finir par moi-même alors j'ai besoin que tu le fasses.
Il a songé à se suicider. Il a pensé à se tuer lui-même. J'ai fait face à la mort à plusieurs reprises et une seule fois sous la forme d'un suicide. Je me rappelle encore de la détresse de Billy avant qu'il ne se pende et je m'en veux toujours de l'avoir laissé seul ce soir là. Je ne comprends pas plus son geste aujourd'hui que quand c'est arrivé.
Il faut en arriver à une extrémité terrible pour songer à mettre fin à ses jours.
- Je te tatouerais mon nom cette semaine, a t –il dit. Jeudi.
Puis il a quitté la cuisine avec colère et agacement, me laissant une fois de plus figée sur place incapable de faire quoi que ce soit. Qu'est ce que je pouvais lui dire pour lui enlever ces idées ? Est-ce qu'il y avait au moins quelque chose à dire dans cette situation ? Et Merlin pourquoi c'était sur moi que ça tombait ? Tout le monde sait bien que je suis la pire personne au monde dans ces cas là ! Je risque juste de faire une connerie de plus !
*Maison*
L'ambiance est assez tendue entre Dante et moi depuis hier. Ça doit bien être la première fois qu'on se boude aussi longtemps depuis qu'on vit ensemble. D'ordinaire, il vient toujours pour arranger la situation, ou j'y vais quand je finis pas trop m'en vouloir, ce qui ne prend en général pas longtemps. Mais là rien. En même temps, on ne s'était jamais opposés sur un sujet aussi important. Il me demande de le tuer par Merlin.
Jeudi 27 mai 1993 : maison
Comme annoncé, nous nous sommes rendus jusqu'au salon de tatouage ou Arlem nous attendait, le regard grave. Il n'avait pas besoin de parler pour comprenne toute la symbolique de ce que Dante s'apprêtait à faire.
- Tu es certaines que tu veux cette encre Crystall ? m'a t –il demandé. Je sais que tu es endurante, mais ça…
- Tu as déjà tatoué quelqu'un avec ? ai – je demandé en allant vers l'arrière boutique où se trouve la cabine.
- Je me suis fais tatouer avec, m'a t –il avoué.
Je lui aurais bien demandé à quelle occasion, mais Arlem ne m'a jamais rien dit de sa vie alors qu'il doit être la personne la mieux informée de ce qu'il se passe dans la mienne. Je sais que Dante lui parle beaucoup, et je n'ai jamais réussi à m'en indigner. Arlem sait écouter et il donne de bons conseils. Alors j'ai simplement hoché la tête.
Dante est resté avec Arlem et je les ai vu parler à voix basse, l'air très sérieux, avant de refermer la porte de la cabine et de me déshabiller puisque le tatouage allait prendre place sur mon dos.
Mais au lieu de m'allonger et d'attendre que Dante arrive, je me suis tournée pour voir la liste dans mon dos. Je ne la regarde pas souvent. J'ai juste besoin d'y penser pour sentir les lettres imprimées sur ma peau. Le nom de Gregory sur ma nuque est plus grand que les autres et je me suis dit que Dante mériterait que le sien ait la même taille. Personne ne pourra représenter pour moi que qu'était Greg mais Dante n'en est vraiment pas loin.
- Je veux que tu utilises la même taille de police que pour Greg, ai – je dit quand Dante s'est installé à côté de moi.
- Aussi grand ? s'est –il inquiété, et je pouvais deviner le pli qui était apparu sur son front.
- Oui.
J'ai posé mon front sur la table et j'ai attendu. La première fois que l'aiguille est entrée dans ma peau, je n'ai pas pu m'empêcher de sursauter. Je n'ai jamais pris ce que les moldus appellent une balle d'arme à feu, même si j'ai vu les dégâts que ça peut faire à la télévision. Mais j'imagine que si j'en prenais une, ça me ferait à peu près le même effet que lorsque l'aiguille a déposé sa goutte d'encre sous ma peau. Dante a posé sa main libre sur mon flanc.
- Tu vas devoir éviter de bouger, a t –il dit.
- Ah bon ? Je ne savais pas ! C'est mon premier tatouage, ai – je ironisé.
- Pas la peine de m'agresser, c'est toi qui a voulu ça. On peut encore changer d'encre...
- Non.
Il n'a pas essayé d'argumenter, il a juste repris son travail et j'ai serré les dents. Ça piquait, ça brûlait, ça déchirait, j'avais l'impression que l'aiguille allait au ralenti. Je la sentais entrer, faire un temps d'arrêt pour déposer l'encre puis ressortir, c'était assez surréaliste. J'ai attrapé les pieds de la table avec mes mains et j'ai serré.
Mais je n'ai pas pensé une seconde à arrêter. Comparé à ce que je vais ressentir quand il ne sera plus là, cette douleur n'est rien. Des larmes de douleurs m'ont échappée. Cependant, elles se sont bien vite transformées en larmes de tristesses. J'ai sangloté sur cette table en essayant de ne pas trop bouger pendant que l'homme que j'aime était en train de graver son nom dans mon dos à la suite de tous ceux déjà morts. Il va mourir. Et je ne peux rien faire pour l'empêcher. Je m'étais pourtant promis de ne pas pleurer devant lui : j'ai déjà versé assez de larmes devant la Citadelle et il n'a pas besoin de ça en plus.
- Je pensais que ça n'arriverait jamais, a t –il dit.
- Quoi ?
- Je pensais que je ne te verrais pas pleurer avant de mourir.
- C'est ton encre de merde, ai – je grogné en attrapant le mouchoir qu'il m'a tendu.
- Va dire ça à quelqu'un qui te croira.
Quand il a reposé sa machine à tatouer je n'ai pas pu m'empêcher de soupirer de soulagement. Il a encore nettoyé l'encre excédentaire et a apposé une pommade cicatrisante. Je n'ai jamais été aussi soulagée que ce soit terminé. L'essence de crabe de feu neutralise les endorphines que tout humain sécrète habituellement en plus de brûler, et j'imagine que c'était l'effet voulu par le créateur de cette encre.
Je me suis redressée et j'ai jeté un regard au miroir : j'avais vraiment une sale tête parce que j'ai pleuré. Je suis restée un moment immobile face au miroir, peu décidée à savoir si je voulais oui ou non voir ce tatouage. J'ai tapoté distraitement la cicatrice que j'ai au flanc, cadeau des manticores. Elle ne s'est pas effacée malgré le temps.
Mais je réalise maintenant que les pires cicatrices sont invisibles. Si on regardait l'état de mon esprit, ou de mon âme, je suis sûre qu'il serait pire que celui de mon corps. J'ai eu si souvent l'impression qu'on me tuait de l'intérieur que ça ne doit pas être bien joli à regarder. Dante a réussi à réparer certaines choses, mais il ne sera bientôt plus là et j'ai peur que tout ce qu'il a pu m'apporter ces dernières années disparaisse avec lui.
J'ai reporté mon attention sur lui quand il s'est approché derrière moi. Il a posé une main sur mon épaule et je l'ai attrapée par réflexe.
- Tu veux voir ? m'a t –il demandé.
- Non. Pas maintenant, ai – je soupiré après un dernier instant de réflexion.
- Tu es sûre ? Je pourrais avoir écrit n'importe quoi, tu sais ?
- Je sens les lettres aussi nettement que si tu les avais écrites sous mes yeux. Je sais ce qu'il y a d'écrit et je préfère attendre.
- Merci de m'avoir laissé te tatouer mon nom, a t –il dit.
Je me suis contentée de lui accorder un sourire, ou une grimace, je ne sais pas très bien, avant qu'il ne recouvre le tatouage pour éviter qu'il ne frotte sur mes vêtements, et je me suis rhabillée.
- Tu vas devoir acheter une nouvelle table à Arlem, a commenté Dante avant qu'on ne quitte la cabine.
- Pardon ?
Il a pointé du doigt la table sur laquelle j'étais allongée quelques minutes plus tôt et j'ai constaté qu'effectivement, j'avais un tant sois peu dégradé le matériel. Les pieds métalliques que j'avais serrés entre mes mains pour m'obliger à ne pas bouger portaient à présent la trace de mes doigts. J'ai même pas eu la sensation d'utiliser la magie rouge. Il faut que je dois plus vigilante.
Quand nous sommes revenus au Phare, je me sentais apaisée. Peut –être parce que Dante était soudainement beaucoup plus tranquille. La tension entre nous s'est dissipée et ça fait du bien.
Vendredi 28 mai 1993 : maison
J'ai réalisé quelque chose tout à l'heure qui m'était passé au dessus de la tête hier : j'ai démoli la table de tatouage avec mes deux mains. Or, je ne peux plus pratiquer la magie rouge que de la main droite. J'ai perdu la plupart de mes facultés en essayant de débarrasser Remus de sa lycanthropie.
Je sais qu'on ne guérit pas d'une telle chose. Mais ça n'a pas empêché que j'ai réussi à plier du métal de ma main gauche, ce qui est normalement hors de porté d'un humain lambda et d'un sorcier sans baguette. Il faut que je vérifie.
*Maison*
D'accord. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais ça a marché.
J'ai bien entendu fait ma petite expérience le plus loin possible du Phare sans quitter l'île parce que la magie rouge est souvent incontrôlable. J'ai fermé les yeux et j'ai tâché de me remémorer ce que j'avais appris avec le prof que j'ai un jour eu.
J'ai pris plusieurs grandes inspirations avant de me concentrer sur ce que je ressentais. Je suis douée au naturel pour détecter la magie rouge, alors j'ai été surprise de ne pas avoir senti ça plus tôt. Après l'échec du rituel pour guérir Remus, j'avais l'impression qu'on m'avait arraché une partie du corps, si on me regardait du point de vue de la magie rouge. Mais j'étais à nouveau complète.
Rouvrant les yeux, muette de stupeur, j'ai tenté d'éjecter un peu de magie avec ma main gauche… Et par Merlin, ça a marché ! Sans que ça ne me fasse plus mal !
- Crys ? Tu es là depuis des heures, m'a dit Dante qui était venu voir si tout allait bien.
- Dante ! La magie ! Elle est revenue, lui ai – je dit en me tournant vers lui. Je fais de la magie !
- Euh… Oui ? Tu es une sorcière, tu te rappelles ?
Son ton laissait entendre que j'avais perdu la raison et je ne me suis peut –être effectivement pas très bien exprimée.
- Pas ça ! Je fais de la magie rouge ! J'avais perdu cette capacité après avoir essayé de guérir Remus de la lycanthropie mais…
- Attends, tu as fait quoi ? s'est – il exclamé.
- Rien : ça n'a pas marché et j'ai été estropiée dans le procédé. Mais c'est guéri !
- Le temps a peut –être tout arrangé.
- Non : ça ne marche pas comme ça. C'est comme si on m'avait arraché un bras : le temps ne l'aurait pas fait repousser.
- Oh, je n'en serais pas aussi sûr que ça. Avec la magie il y a toujours des petits malins qui inventent de nouvelles choses.
- Sois sérieux deux minutes ! me suis – je agacée.
- D'accord. Qu'est ce que ça change ?
Je me suis demandée comment le lui expliquer, résumer le tout en deux phrases me paraissait beaucoup trop réducteur. Alors je me suis penchée pour attraper un caillou. J'ai refermé ma main dessus et il y a eu un craquement sinistre. Quand j'ai rouvert la main, il n'en restait que des gravillons. Dante a ouvert de grands yeux. Je ne lui avais jamais montré ce que voulait dire "être une mage rouge" jusque là pour la simple et bonne raison que je ne l'étais plus...
- Okayyy, a t –il dit. Surtout, si tu as envie de me serrer contre toi de toutes tes forces, tu t'abstiens, d'accord ?
- J'aurais pu te briser d'une main au cours de ces dernières années si je l'avais voulu, mais ça me faisait trop mal pour que j'essaye, ai – je dit.
Il ne réalise vraiment pas. Moi non plus à vrai dire. Je m'étais habituée à avoir l'impression qu'il manquait un bout à ma magie. Ce n'était pas palpable, c'était juste une impression latente qu'il manquait quelque chose.
La seule explication que je vois, c'est que quand Karl m'a littéralement ravagée avec sa magie rouge, il a dû réparer quelque chose. Je ne sais pas comment, et de toute façon on ne sait jamais comment avec la magie rouge, mais il l'a fait. Après pourquoi il a fallu 5 mois avant que je m'en rende compte, c'est un autre mystère… Et pour être honnête, je m'en fiche. Je suis heureuse d'être à nouveau entière du point de vue magique.
A suivre...
