Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à la BBC, j'ai fait de mon mieux pour ne pas les abîmer mais j'ai pas vraiment réussi. Seule l'histoire est de moi. L'univers appartient tout entier à la série Merlin.
Je remercie Bernie Calling et Angelyoru pour leur gentil commentaire. :)
Comme je suis en congé maladie, j'en profite pour poster un peu plus tôt.
Bonne lecture, et n'hésitez pas à commenter ! Ça fait toujours plaisir ! ;)
Interlude:
La fin de la semaine arriva assez vite pour les résidents du château de Camelot. Après tout, avec un gobelin voleur et facétieux, le temps ne pouvait que s'accélérer. De plus, après sa capture, le soleil avait ramené la bonne humeur du roi et du prince qui avait reçu l'autorisation d'organiser une grande chasse d'ici la fin du mois, et une autre pour une chasse en solitaire d'ici la fin de la semaine suivante, s'il terminait les préparatifs et l'organisation de la mêlée avant que celle-ci ne démarre dans une dizaine de jours.
De fait, Arthur y mettait du zèle et c'était presque avec tristesse et déception qu'il avait dû accorder le demi-jour hebdomadaire de congé à son valet. Le dimanche après-midi, comme tous les serviteurs, il pouvait faire ce qui lui chantait. Dès la messe matinale finie et les repas servis, le château se vidait de ses serviteurs qui ne réapparaissaient que le soir pour amener le souper de leur maître ainsi que leur couchage.
C'est pour cette raison qu'une fois sa corvée achevée, Merlin se dirigea une fois n'est pas coutume à l'étage des domestiques sous les combles pour y trouver sa partenaire de chasse de gobelin.
C'était la première fois qu'il montait dans ces hauteurs et le jeune homme éprouva des difficultés à se retrouver sur le plan que lui avait fort aimablement préparé Gaius.
Pourtant, il y était arrivé, Merlin se tenait enfin devant la porte de la chambre de la jeune fille, enfin il l'espérait. Il frappa alors à la porte, et un cri lui permettant d'entrer se fit entendre.
Il poussa gentiment la porte pour découvrir qu'Audrey tentait péniblement de se défaire de son turban accroché à quelque chose dans sa chevelure.
- Ah Lucas, tu arrives bien, je n'arrive pas à décrocher mon foulard, il doit être pris dans une de mes épingles à chignon, dit-elle, avant de se retourner dans l'espace exigu pour faire face à un Merlin souriant et les yeux brillants de malice.
- Lucas ? Le serviteur de Sir Martin, le conseiller du Roi en matière d'agriculture ? Intéressant comme choix... Lui qui disait aimer célibataire... se moqua le jeune homme, avant de répondre plus sérieusement. Mais sans être lui, je peux t'aider, et il s'approcha pour démêler les boucles et rechercher ce qui coinçait le tissu.
- Oh non, il m'invite pour s'excuser de m'avoir cogné avec la porte, répondit-elle en haussant les épaules.
- Je croyais qu'il avait offert le steak pour soigner ton œil au beurre noir, qui s'est admirablement bien résorbé, cela dit, demanda le jeune homme en fronçant les sourcils, ses doigts tâtonnant le cuir chevelu pour trouver ce qui gênait. Ah attends, j'ai trouvé, c'est une sorte de pierre brillante sur un peigne qui a accroché le maillage de ton tissu. Ne bouge pas.
- C'est vrai, mais il tenait à m'inviter.
- Voilà, fit-il en retirant le foulard puis le peigne et de les lui tendre. Attends, tu veux dire qu'il a insisté ?
- Oui, pourquoi ? demanda-t-elle perplexe.
- Alors c'est pas pour s'excuser, c'est un rendez-vous galant ! s'amusa le jeune homme de la naïveté de sa collègue.
Reprenant son peigne et refaisant son chignon, elle rougit avant de l'interroger.
- Mais pourquoi ?
- Pour sortir, s'amuser, te courtiser... tu ne sais pas à quoi sert un rend...commença le jeune homme.
- Non, je veux dire, pourquoi moi ? précisa-t-elle, manifestement surprise.
- Euh ... j'en sais rien moi, tu lui plais, c'est tout ? haussa les épaules le jeune sorcier.
Elle resta bête, ne semblant pas assimiler l'information. Merlin tenta un sourire un peu forcé et un mouvement de main devant ses yeux pour la ramener à la réalité.
- Bref, je venais t'apporter ceci, dit-il en lui tendant la bourse bien remplie que lui avait remis l'intendant.
- Mais c'est votre récompense !
- Gaius, et moi-même estimons que je ne la mérite pas vraiment d'un certain point de vue, et que tu la méritais bien plus pour avoir géré la situation avec tant de brio, alors je te la donne, comme Uther aurait dû le faire.
- Mais...
- Accepte !
Il lui plaça la bourse dans la main, et sourit.
- J'espère que tu as une bonne cachette, tu sais, il y a eu des vols ces derniers temps, taquina-t-il, ayant envie de s'amuser.
- Très drôle, répondit-elle en secouant la tête, faisant miroiter les éclats brillants de son peigne, suscitant la curiosité du jeune homme.
- C'est joli, tu l'as acheté au marché ? demanda le jeune homme en pointant l'objet.
- Oh, euh non, fit Audrey en tâtant ses cheveux et retirant le peigne, avant de le glisser dans la bourse et de remettre son fichu.
- Cadeau de la part de Dame Morgane ? Je me disais aussi... ça aurait été une chouette idée pour ma mère, je lui dois quelques cadeaux d'anniversaire en retard.
Audrey se contenta de lui sourire, ne souhaitant pas poursuivre, mais le sorcier avait envie de bavarder. Ce serait plus pratique pour travailler ensemble s'ils devenaient amis. Au moins plus intime qu'actuellement.
- Alors, tu vas pique-niquer avec Lucas ?
- Oui, soupira-t-elle.
- Ça ne te fait pas plaisir ?
- Eh bien, je ne sais pas, j'imagine que c'est agréable d'aller se promener et de pique-niquer, mais... s'arrêta la jeune fille.
- Mais ?
- Je ne pensais pas que c'était un ... rendez-vous.
- Oh, il ne te plaît pas ? sembla comprendre le sorcier.
- Je ... euh... rougit-elle.
- Oh, je vois tu en aimes un autre ? gloussa Merlin.
Elle le poussa gentiment, tandis qu'il était secoué de rires.
- Et de qui s'agit-il ?
Audrey secoua vivement la tête, refusant clairement de répondre.
- Oh un secret... Je vois, réfléchissons... De ce que je sais, tu ne fréquentes pas les autres domestiques, du moins pas en dehors du travail, et les seules personnes que tu y croises, sont moi, la cuisinière, les lavandières, à la rigueur les palefreniers, mais ça doit être rare. Sinon, il y a aussi Sir Léon. Sir Léon ?
La jeune femme rougit violemment.
- Trop fort ! rigola le sorcier. Hé, mais attend, le peigne, c'est lui qui te l'a offert ! C'est réciproque alors ?
- Vous racontez n'importe quoi ! fondit-elle en larmes, en s'asseyant sur son lit.
-Hé, je voulais pas te blesser, fit Merlin en se mettant à sa hauteur, en la prenant par les épaules. C'est pas grave. C'est très bien, il est très gentil Sir Léon, c'est un choix très compréhensible. Enfin non ce n'est pas un choix, ce n'est jamais un choix, s'embrouilla-t-il. On ne choisit jamais de qui on tombe amoureux...
- Ou... iii ... iiii ... iiii, chevrota-telle, com... comme Gwen... et ... et... et Arthur ?
- Euh... hésita le jeune homme. Oui, mais en pire ? grimaça-t-il.
- En pire ? releva t-elle la tête, permettant au jeune homme de lui sécher ses larmes avec son foulard.
- Arthur est le prince héritier, un jour il devra épouser une princesse...
- C'est vrai, je n'y avais pas pensé.
- Voilà, c'est mieux sans larmes, un sourire ?
La jeune fille eut un hoquet de rire, amusée malgré elle par le jeune homme.
- Et au fait, tutoies-moi, c'est trop bizarre que tu me vouvoies.
Elle hocha la tête, pour montrer son accord, ravalant ses dernières larmes, avant de s'interroger à voix haute.
- Que vais-je faire pour Lucas ?
- Dis-lui que tu n'es pas intéressée, suggéra Merlin.
- Je ne peux pas ! C'est méchant ! s'écria Audrey.
- Tu l'apprécies comme ami, mais pas assez pour finir par l'aimer, ça n'a rien de méchant si tu le dis comme ça.
- Une fille ne peut pas faire ça enfin ! répondit-elle en rougissant encore plus.
- Ben vous en avez des règles, les filles... Vous ne pouvez pas avoir de flatulences, ni de verrues, ni dire à quelqu'un que vous ne l'aimez pas. Ça arrive pourtant, on fait avec nous.
- C'est embarrassant.
- Mieux vaut s'embarrasser un peu que de finir mariée à quelqu'un qu'on aime pas, parce qu'on a jamais osé lui dire qu'en fait non on est pas attiré par lui, sourit Merlin.
La servante de Morgane pencha la tête sur le côté, perplexe devant cette franchise étonnante qu'affichait son homologue masculin, avant de lâcher :
- Tu es bizarre.
- Pas autant que toi, répondit-il du tac au tac, visiblement amusé. Je dois y aller, tu me raconteras ce pique-nique, ce sera sûrement très drôle.
Il se leva et lui fit un clin d'œil avant de refermer la porte. Quelques couloirs plus loin, il croisa Lucas qui venait chercher son rendez-vous, le saluant joyeusement.
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Un dimanche ensoleillé comme celui-ci après l'hiver rigoureux était l'occasion pour les familles de sortir ensemble et de s'amuser avant que le rythme rigoureux des semences et de la moisson ne soit bien en route. C'était le moment de préparer le matériel, de réparer les maisons abimées par les intempéries.
Bien sûr, il fallait encore s'habiller chaudement, mais on pouvait rester dehors sans risquer des gelures et les rhumes divers.
Pour Balinor, ce serait l'occasion d'emmener Hunith voir le grand dragon. Elle serait ravie de pouvoir faire son premier envol dans les nuages. Il s'imaginait déjà sa joie lorsqu'elle découvrirait sa surprise.
Pour l'heure, sa femme emballait le pique-nique qu'ils avaient préparé ce matin, tandis qu'il cherchait le panier remisé qui servirait à tout transporter.
- Tu l'as trouvé ? entendit-il crier par la fenêtre.
- Deux minutes ! objecta l'homme.
Mais à peine quelques secondes plus tard, Hunith rentrait dans l'appentis.
- Alors ? demanda-t-elle.
- Le voici, tu ne pouvais pas attendre ? sourit-il.
- Nan, fit-elle en s'approchant et passant les bras autour du cou de son mari, je suis trop impatiente de t'avoir pour moi toute seule …
-Mais tu m'as déjà eu pour toi toute seule la nuit dernière … et la nuit d'avant, répliqua-t-il, coupé par les baisers que sa chère et tendre déposait sur ses lèvre pour le faire taire.
- Mais là, c'est la journée, tous les deux, au soleil dans les bois …
Il sourit franchement.
- Ah bon, dans les bois ? taquina le dragonnier.
- Idiot ! répondit-elle en lui donnant un coup derrière la tête, et croisant les bras, faisant mine de bouder.
Il la prit dans ses bras, et picora des baisers dans son cou, la faisant glousser et abdiquer sa bouderie.
- Tu sais, je me dis que finalement, ce n'est pas une mauvaise chose que Merlin soit coincé à Camelot affirma le chevalier.
- Comment ça ? fronça les sourcils la mère poule.
- Sinon, il serait traumatisé par ton comportement ! susurra-t-il.
- Sot, va ! Donne ce panier, qu'on y aille, c'est la faim qui te fait dire des âneries pareilles.
Et l'homme partit dans un rire tonitruant, tandis qu'elle emportait le panier hors de la pièce et retournait dans sa cuisine.
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Dans ses appartements, un chevalier ruminait. C'était une chose de savoir qu'un jour un homme lui ferait la cour, c'en était une autre de le voir faire. Léon mourrait d'envie de les suivre pour être sûr que cet empoté se comportait correctement.
Oui, c'était un empoté. Seul un empoté aurait balancé une porte dans la figure de quelqu'un. Bon d'accord, il exagérait, ça pouvait arriver à tout le monde, mais tout de même, s'il se comportait de manière aussi délicate qu'avec cette porte, il était de son droit, en tant que protecteur de s'en inquiéter et de veiller aux intérêts d'Audrey.
Se relevant pour observer la cour, guettant malgré lui le moment où le couple sortirait pour rejoindre la ville basse et enfin la grande prairie qui longeait l'orée du bois et où bien des serviteurs et villageois iraient s'installer pour pique-niquer. Sauf... Sauf si Lucas décidait de l'emmener dans le bois pour trouver une clairière plus encline à la romance...
Le chevalier secoua la tête, ce n'était pas le comportement d'un gentilhomme de se mêler des affaires des autres ou d'intervenir dans la vie des serviteurs. Oui, mais il s'était juré de la protéger, et franchement, il n'était pas sûr qu'on puisse faire confiance à cet homme !
Finalement, il laissa tomber ses bonnes manières, sa blouse de cérémonie et enfila quelque chose de plus confortable et se pressa vers la grande cour, d'où il pourrait facilement les suivre. Tandis qu'il croisait quelques serviteurs et nobles surpris de le voir quitter ses appartements un jour de détente comme celui-ci, Léon arriva brusquement à un croisement décisif où il faillit rentrer dans ... Merlin !
- Euh... excuse-moi, je sortais prendre l'air, lâcha-t-il bêtement, n'ayant trouvé que ça comme excuse.
Le valet d'Arthur eut un sourire amusé et un éclair malicieux passa dans ses yeux.
-Sortir prendre l'air ? Vous n'avez pas pris assez l'air avec les entraînements, les sorties à la taverne et votre escapade à la vallée des rois déchus ?
Léon resta bouche bée, déglutissant, se rendant compte que les taquineries malicieuses que Merlin adressait ordinairement au prince et qui le faisait tant rire sous cape, lui étaient à présent destinés.
- Ce ne serait pas plutôt pour espionner un certain rendez-vous ? Se moqua le jeune sorcier.
- Absol... commença le châtain.
- Parce que si c'est ça, ça m'intéresse de participer, conclut le brun avant de faire un clin d'œil au chevalier.
- Pardon ? s'écarquillèrent les yeux de Léon.
- Eh bien, vu que je viens seulement de lui faire comprendre qu'il s'agit d'un rendez-vous galant, je pense que ça va être très drôle à observer. Lucas avait l'embarras du choix et il a choisi la seule fille qui ne s'est même pas aperçue qui lui faisait du plat.
- Merlin... gronda le chevalier.
- Donc c'est d'accord ? Je viens de le croiser, ils ne vont pas tarder à descendre, il suffit qu'on se cache dans cette alcôve, désigna le sorcier.
Et à peine proposé, il tira son nouvel acolyte vers la cachette, tandis que Léon se laissait entraîner. De l'aide n'était pas malvenue après tout.
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Dans les méandres sous les ruines du château qu'elle avait envahi, Morgause consultait sa vasque avec attention. Après la débâcle de Cenred, elle l'avait abandonné et s'était réfugié dans sa demeure où la femme s'était terrée.
Elle en avait profité pour renouveler ses stocks de matières premières et ses potions de première nécessité. S'occuper pour ne pas penser, réfléchir. Se vider la tête jusqu'à son prochain plan.
D'ici deux mois ce serait l'anniversaire de Morgane, un bon moment pour tenter de renouer le dialogue. Il serait bien temps après de reprendre le combat. Avec une oreille à l'intérieur du château, ce serait plus aisé d'agir en fonction des événements. Mais cette fois, il ne faudrait plus se faire avoir par les imprévus.
D'abord, se faire un allié du dragon ou s'en débarrasser si jamais il refusait de lui prêter allégeance. Pour ça, il fallait le retrouver ... Raison pour laquelle elle scrutait sa vasque pour fouiller minutieusement le royaume de Camelot et ceux qui l'entourait.
Il était manifestement bien caché. Se terrait-il après la mort de son maître ? Comment une bête aussi énorme et aussi puissante arrivait-elle à lui échapper ? Au lieu d'ordonner la mort du dragonnier, elle aurait dû demander qu'on le lui amène pour le forcer à contraindre le dragon. Il était trop tard maintenant...
Du moins le pensait-elle, car il lui semblait évident que le soldat n'avait pu lui désobéir ou échouer à une mission aussi simple.
Sauf que Balinor était déjà à Camelot à ce moment-là, que le soldat avait fait chou blanc à Ealdor et en apprenant l'échec du roi, le jeune homme avait préféré déserter et rentrer chez lui afin de migrer vers un royaume où il n'aurait plus à traiter avec une sorcière aussi machiavélique que cette folle.
Il était heureux vraiment que Morgause n'ait aucune idée de la réalité des choses, mais un jour elle finirait bien par découvrir la vérité.
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À Camelot, les deux espions suivaient le couple avec agilité et adresse. La force de l'habitude pour Merlin, et une excellente capacité d'adaptation pour le chevalier. Léon s'étonnait tout de même de la facilité déconcertante avec laquelle Merlin se faufilait dans la ville basse sans se faire voir. Sa maladresse légendaire avait disparu comme par magie.
Vraiment étonnant, un jour il devrait prendre la peine de vérifier ses suppositions, parce que sincèrement, il ne manquait pas d'atouts pour un simple valet. Comment Arthur pouvait-il rester aveugle à ce genre de détails alors que sur un champ de bataille ou une partie de chasse, il était le premier à repérer les indices troublants. Ou bien il aimait trop se disputer avec son valet pour vouloir rechercher la vérité.
Ça y était, le couple avait dépassé les portes de la ville et quittait l'enceinte protectrice pour rejoindre la large prairie. Comment allaient-ils faire pour ne pas se faire remarquer ? Mais Merlin ne sembla pas se formaliser lui indiquant de surveiller via la porte et au lieu de les suivre, se tourna et rejoignit un escalier dissimulé dans le mur de l'enceinte qui permettait de monter sur le tour de garde.
Une fois arrivés en haut, il observa attentivement la vue pour retrouver ses cibles, et quand enfin il les repéra, il fit signe au chevalier de le rejoindre.
- Pas mal comme idée... Malheureusement on est trop loin pour entendre ou pour intervenir si jamais il se montre trop entreprenant.
- Soit il reste ici et il ne sera pas entreprenant vu qu'il est entouré de familles, soit il entre dans les bois et on pourra les y rejoindre.
- Mouais, se renfrogna le châtain.
- Jaloux, hein ? taquina le sorcier.
- Merlin ! Gronda Léon...
- Je sais, je sais, je me tais, sourit Merlin.
Le silence s'installa entre eux pendant quelques minutes avant que le jeune serviteur du prince ne puisse s'empêcher de reprendre son bavardage. Et de mettre les pieds dans le plat. Encore.
- Y a une loi qui interdit aux chevaliers d'épouser une servante ? Ou aux nobles ?
Léon le regarda légèrement interloqué avant de déglutir.
- Non. Mais ce serait très mal vu. La femme d'un noble ou d'un chevalier doit paraître à la cour, cela demande une certaine éducation.
- Audrey est cultivée. Elle pourrait très bien le faire.
- En tant que roturière, elle ne pourrait pas paraître à la cour, vu qu'elle n'a pas les titres nécessaires, avoua le plus âgé.
- Le mariage ne les lui octroierait pas ? interrogea Merlin, perplexe devant l'absurdité des règles qui régissaient la vie à la cour et des nobles en général.
- Non, sauf si le roi l'accorde. Enfin elle peut les obtenir par décret le jour où elle met au monde un héritier, mais bon ce serait fait pour que l'héritier ne risque pas de perdre son rang en ayant une mère roturière... Le reste de la noblesse ne l'accepterait sûrement pas et sa vie deviendrait un enfer. L'isolement deviendrait son quotidien, conclut-t-il.
Le serviteur soupira.
- C'est compliqué. Et triste.
- Triste ? Fit surpris le chevalier, tout en observant les deux jeunes gens avancer jusque l'orée du bois, sans toutefois donner l'impression de vouloir s'y installer à l'ombre ou s'y engager plus profondément.
- Ben on devrait pouvoir épouser celui qu'on aime sans avoir à se préoccuper du jugement des autres. Et surtout les gens ne devraient que se réjouir d'un mariage plutôt que de s'allier à détruire quelqu'un parce qu'il n'est pas né noble. Surtout que personne ne choisit ce genre de chose.
La stupéfaction de Léon face à sa réflexion était clairement lisible sur son visage. Et le chevalier finit par sourire, d'accord avec le jeune homme.
- Ah ! Ils entrent dans les bois, face à l'orme près de du chêne centenaire. Venez, on doit se dépêcher, s'écria le brun, courant dans les escaliers et vers la sortie avant de ralentir pour ne pas attirer l'attention vers lui, tandis que le chevalier le suivait en boitant légèrement, sa jambe l'élançant un peu sous l'effort qu'il lui faisait subir.
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Sous les arbres d'une clairière, le soleil passait péniblement à travers le lourd feuillage, pourtant quelques rayons jouaient dans les mèches d'Hunith qui s'était allongée pour profiter de la douce chaleur si rare en cette saison.
Pourtant Balinor ne cessait de s'activer, rangeant vivement leur affaire.
- Tu me fatigues, et si tu venais t'allonger près de moi ? proposa la mère de Merlin.
Balinor sourit, amusé. En réalité, il l'aurait bien volontiers rejointe mais sa surprise ne souffrait pas de retard. Il ne tenait pas à rentrer trop tard après son baptême de l'air, donc il fallait appeler Kilgharrah maintenant. Et une fois tout remis dans le panier, il poussa son cri d'appel, provoquant la surprise chez Hunith, qui se redressa.
- Qu'est-ce que tu fais ? s'alarma-t-elle.
- J'appelle un vieil ami que je veux te présenter.
- Pourquoi veux-tu me présenter Kilg', s'inquiéta Hunith, quelque peu angoissée à l'idée de rencontrer un dragon, d'une part, et surtout un dragon qui n'avait pas hésité à demander à son fils de la sacrifier, d'autre part.
- Kilg' ? Tu dis comme Merlin, maintenant ?
- C'est pas le moment de chipoter là-dessus, pourquoi ? répéta-t-elle.
- Parce que je veux qu'il s'excuse auprès de toi, il fait partie de ma famille et toi aussi, je trouve normal d'apaiser la situation et ensuite, je rêve de t'emmener dans les nuages. Au sens propre, reprit-il en voyant l'air coquin que commençait à afficher sa tendre épouse.
- Tu veux me faire voler ? dit-elle en haussant un sourcil, bien qu'elle ne puisse contenir son sourire.
- Ton fils adore ça, et je pense que tu vas adorer aussi... expliqua-t-il avant de l'embrasser.
- Mmmh ...
C'est un bruissement dans le ciel qui attira leur attention vers l'arrivée du grand dragon qui se préparait à atterrir dans la clairière. D'un mouvement fluide, l'imposante créature se posa sur le sol avec grâce avant de s'incliner devant le couple.
- Balinor, salua-t-il.
- Bonjour. Kilgharrah, je tenais à te présenter officiellement ma femme, Hunith.
Le dragon abaissa la tête, pour montrer son respect, tandis que celle-ci souriait de manière un peu forcée et qu'elle se pressait contre Balinor. Ce n'était pas pour rien qu'on l'appelait le grand dragon.
- Enchanté, je suis ravi de rencontrer celle qui a élevé Emrys, déclara pompeusement la créature, ravivant la colère d'Hunith.
- Pourtant, vous n'avez pas hésité à forcer mon fils à me sacrifier ! hurla-t-elle, furieuse.
Le dragon se raidit et s'inclina, se couchant presque sur le sol pour amener sa tête au niveau de la courageuse femme.
- Certes, et je le regrette, profondément. Soyez bien convaincue que j'étais aveuglé par mon désir d'asseoir la prophétie, oubliant que parfois le destin est plus compliqué qu'il n'y paraît. Je me suis abrogé le droit de juger des situations parce que je suis en contact avec une infime partie du destin, ce qui est insuffisant pour le déchiffrer, déclara le dragon.
- Vous vous en repentez, alors ? se méfia-t-elle.
- Je m'en repends sincèrement.
- Bien, alors ça va, mais si jamais vous recommencez, je vous arrache les écailles une par une.
Le dragon écarquilla les yeux, et déglutit, sentant qu'elle était sérieuse. Dieu ce que les femelles humaines pouvaient être protectrice avec leur petit !
- Bien, conclut Balinor, maintenant que nous sommes réconciliés, je propose une petite virée dans le ciel. Kilgharrah, es-tu d'accord ?
Le dragon esquissa une grimace qui devait être un sourire et se pencha pour laisser le dragonnier aider Hunith à monter sur son cou, avant de l'y suivre. Une fois que ses passagers furent correctement installés, il prit son élan et rejoignit le ciel où les nuages se bousculaient, faisant courir une vibration magique dans l'air et la terre, annonçant à tous son passage.
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Un frisson passa sur la surface de la vasque, révélant à la sorcière la présence d'une puissante magie. Ça y était, il était sorti de sa tanière. Maintenant elle allait pouvoir préciser ses recherches.
Morgause se concentra sur la magie qui venait de se libérer, et apposa ses mains au-dessus de la surface pour libérer sa propre magie. L'eau se troubla et fit apparaître de nombreux paysages, se troublant entre chaque vision, hésitant, revenant en arrière puis retournant à des paysages que Morgause reconnaissait comme ceux d'Escetia.
L'image se brouilla encore, tandis que la blonde relâchait sa concentration. L'exercice était dur, elle avait beau savoir que les éléments propres des dragons étaient le feu et l'air, passer par l'eau était plus simple pour visionner. Malheureusement ça requerrait toute son énergie et sa concentration de faire travailler des éléments contraires ensemble.
Morgause se détendit, puis se remit en position. Elle était trop proche de le trouver pour abandonner maintenant. Se recentrant sur sa magie, la blonde se concentra, et l'eau se remit à frémir, faisant apparaître la forêt d'Ascétyr. Les images se succédaient en hauteur, le dragon était manifestement dans les airs. Eh bien il ne lui restait plus qu'à attendre qu'il atterrisse pour voir où elle pourrait le rejoindre.
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Finalement Lucas avait emmené Audrey dans une minuscule clairière où s'écoulait un petit ruisseau, clairement propice à un rendez-vous amoureux. Le jeune homme y avait installé plusieurs couvertures et un dîner somptueux. Manifestement il voulait l'impressionner. Audrey souriait timidement, mal-à-l'aise.
Léon et Merlin les rejoignirent, cachés derrière des arbres, au moment où le serviteur offrait un verre de cidre à la jeune femme.
Le chevalier jura dans sa barbe.
- Il essaie de la saouler en plus.
- Un verre de cidre ne va pas la saouler, tempéra Merlin.
- N'empêche, elle n'a pas l'habitude d'en boire. Alors tu ne peux pas savoir quel effet ça va avoir sur elle, bougonna le chevalier
- Certes, mais regardez, elle le boit à peine, elle ne fait que tremper ses lèvres. Vous trouvez qu'elle a l'air heureuse d'être là ? Audrey a l'air d'être mal à l'aise surtout, releva le sorcier.
- Mouais, reconnut avec mauvaise foi l'homme aux cheveux châtains.
- Si vous pouviez l'épouser, vous le feriez, demanda alors Merlin, sérieux.
- Merlin ! s'étrangla Léon.
- Vous le feriez ?
- ... Ce n'est pas aussi simple, soupira le chevalier, qui se perdit dans ses pensées, observant la jeune fille bavarder avec son collègue.
Elle semblait se détendre, en fin de compte. Elle souriait plus franchement, et ses tics nerveux semblaient disparaître. Pourtant plus elle allait mieux, plus il se sentait mal. Il aurait dû être satisfait de voir qu'il la traitait correctement et qu'elle s'amuse, mais son cœur se broyait à chaque sourire.
La jeune fille eut même quelques hoquets de rires, tandis qu'il lui parlait. Avait-il dit quelque chose de drôle ? Bon sang, qu'est-ce qu'il lui disait ?
- Sir Léon ? s'inquiéta le sorcier.
- Ça va.
- Ça n'a pas l'air, observa je brun.
- Ce n'est rien, affirma le chevalier, comme s'il voulait s'en convaincre, mais pourtant Merlin pouvait voir ses poings se serrer, blanchir et sa mâchoire se contracter à chaque rire d'Audrey.
- Vous devriez peut-être rentrer ? Vous vous faites du mal.
Léon arrêta de les regarder et reposa sa tête contre le tronc de l'arbre d'où il espionnait sa protégée.
- Si je pouvais l'épouser sans risquer de la contraindre à l'exclusion ... je le ferai.
Merlin ouvrit la bouche, ne s'attendant pas à tant de franchise. Même Arthur, il fallait esquiver pour avoir les réponses. Alors là... Le chevalier semblait un peu perdu.
- Je peux faire quelque chose ? proposa le plus jeune, un peu angoissé par ce qu'il avait provoqué. Pourquoi diable ne pouvait-il jamais fermer la bouche.
Mais Léon semblait ne parler qu'à lui-même comme s'il réfléchissait à voix haute.
- Je ne voulais pas l'admettre ... je refusais de le faire, parce que ça voulait dire qu'il faudrait que je coupe nos liens. Je ne peux pas, je ne peux pas le faire... Elle a encore besoin de moi. Je ne peux pas l'abandonner, ce serait trop cruel, tentait-il de se convaincre.
Merlin posa une main sur son bras.
- Un jour, Arthur sera roi. Et il changera les lois. Les roturiers comme Lancelot pourront devenir chevalier, vous pourrez épouser une servante sans qu'elle ne soit bannie de la société. Arthur changera tout, la vie sera plus juste pour tout le monde. Il faut juste attendre.
- Je ne peux pas lui demander d'attendre.
- Je pense pas que vous aurez besoin de lui demander, taquina Merlin.
- Pardon ?
- Rien, regardez, ça se passe bien. Aucun geste indécent de la part de Lucas, Audrey semble s'amuser, ...
Le chevalier hocha la tête et laissa son regard couler vers le couple.
Inconscients des regards posés sur eux, les deux jeunes gens mangeaient tranquillement, bien que Lucas mette toute son expérience en œuvre pour séduire la jeune femme.
Audrey semblait tendue au départ, mais au fur et à mesure elle se mit à rire à ses plaisanteries, plus attentive et moins perdues dans ses pensées, elle se rendait compte que le jeune homme avait beaucoup d'humour.
Le dessert composé de fruits et d'une tarte qu'il avait réussi à marchander avec Berthe, qui avait davantage capitulé en sachant qui était son invitée que pour ses beaux yeux, fut rapidement avalé et le cidre aidant, il se sentit suffisamment en confiance pour se pencher vers elle et l'embrasser, la laissant surprise et provoquant une colère terrible chez un des deux espions.
Seuls les bons réflexes de Merlin réussirent à contenir le chevalier.
- Chuuuuuut, calmez-vous. Attendez de voir sa réaction, souffla le brun.
- Mmmh ! s'énerva Léon.
- D'accord, je retire ma main si vous me promettez de ne pas bondir sur lui.
- Merlin ! s'écria le châtain, outré.
- Je sais, je sais, mais ce ne serait pas digne d'un chevalier de tuer un serviteur, suggéra le brun.
- Je veux savoir ce qu'ils disent, ordonna le chevalier.
- À moins d'avoir une super ouïe, on ne risque pas de pouvoir, contra le sorcier.
- Il n'y a pas un sort qui le permettrait ? tenta Léon, se disant le tout pour le tout.
- Pardon ? fit Merlin, tendu. Comment pouvait-il savoir ? Non il ne savait pas, ce n'était pas possible...
- Tu en es un, non ? Un sorcier. Seul la magie pouvait vaincre le griffon, ou le dragon, ou mettre fin à la malédiction de la licorne ou encore sauver Arthur de la bête glapissante. J'oubliais arrêter Cornélius Sigan. Je sais qu'il fallait réemprisonner son âme dans un cristal, on ne pouvait le faire qu'avec de la magie. Alors, tu peux le faire ?
Merlin déglutit. Léon était bien trop intelligent, et il avait percé son secret...
À suivre …
Voilà, J'espère que ça vous a plu. Vous êtes libres de commenter ou pas. Cela dit, ça me ferait plaisir.
