:: 1 semaine plus tard… ::
La première semaine a été plutôt calme et sans incident majeur. Alec se reposait le plus souvent possible, pendant que Magnus, prenait soin de lui, mettait de l'ordre dans l'appartement ou ses propres affaires, ou encore lisait un bon livre.
La convalescence se passait plutôt bien. Alec souffrait toujours par moment, sa cheville, douloureuse, laissait parfois son corps s'écrouler sous lui, son épaule —celle qui avait été disloquée— était également source de souffrance et de nombreux hématomes, notamment au niveau des côtes, prenaient du temps à disparaître. Physiquement, c'est encore difficile. Le moindre effort le fatiguait, et les nuits étant courtes et agitées, reprendre un peu de forces paraissait souvent difficiles.
Jace et Isabelle passaient dès qu'ils avaient un moment pour tenir compagnie à leur grand-frère, mais très souvent et à l'initiative d'Alec, la conversation dérivait sur la teneur de leurs dernières missions et de l'état de l'Institut. C'est comme cela qu'Alec avait appris la recrudescence des attaques de démons, mais aussi des bruits qui circulaient dans les rangs de l'Institut. Néanmoins, tous les deux, parfois accompagnés de Clary ou Simon, cherchait à changer les idées d'Alec.
Maryse était également passée quelques fois, s'occupait d'Alec en proposant à Magnus de faire autre chose pour lui, mais le sorcier ne restait jamais loin. Il finissait toujours par rejoindre la mère de famille, qui observait un Alec endormi sur le canapé, dans l'un des fauteuils, ou sur le lit.
Tous les deux n'avaient que très peu discutés, néanmoins ils étaient un soutien silencieux et infaillible pour l'autre. Luke était également passé un jour, et avec Alec, ils ont pris le temps de parler des relations entre le Downworld et les Shadowhunters.
Catarina, lors de cette semaine, avait été présente presque tous les jours, même si c'était seulement pour quelques minutes et auscultait le jeune homme, qui semblait malgré tout se remettre plutôt bien.
-.-
Un après-midi, alors qu'Alec s'était endormi devant la télévision après une nuit très peu reposante, Magnus s'éclipsa dans son atelier, prenant soin de laisser la porte ouverte pour garder un oeil sur son homme —aussi surveillé de près par Chairman Meow—. Il voulait essayer de reproduire de simples et légers sorts, voir s'il y parvenait du premier coup, sans trembler ou se sentir fébrile, le contrôle quittant chacun de ses muscles.
Magnus savait que sa magie était une partie de lui-même. Elle le caractérisait, elle l'habitait ; elle était l'extension de ses mouvements, de son corps. Il se savait puissant, bien plus puissant que la majorité des sorciers, notamment par son héritage familial. Il était peut-être même bien trop puissant pour son propre bien.
Perdre l'ascendant sur sa magie, la laisser prendre le commandement, avait toujours effrayé Magnus et il avait pris grand soin d'empêcher que ça arrive. Mais les circonstances ont fait qu'elle avait réussi à s'imposer malgré tout. Et Magnus avait eu peur. S'en servir le moins possible, la mettre sous clef, avait semblé être la chose à faire dans un premier temps, sa peur le paralysant. Pour autant, pour un sorcier, laisser sa magie dormante n'est pas la meilleure des choses à faire.
Il prit donc l'un de ses plus anciens grimoires. Le cuir du livre était usé, abîmé par endroits, mais les pages à l'intérieure, légèrement jaunies par le temps, étaient aussi intactes qu'elles puissent l'être, grâce au sort lancé sur l'ouvrage avant qu'il ne s'abîme davantage. Aussi loin qu'il s'en souvienne, Magnus avait toujours eu ce grimoire avec lui. A l'intérieur étaient rassemblés des sorts simples, basiques, mais essentiels, des potions, mais surtout un « pas-à-pas » qui lui a permis, bien plus jeune, de faire appel à sa magie tout en apprenant à la contrôler, à la canaliser.
Il passa rapidement l'index sur les lignes et les dessins, se remémorant chacune des fois où il s'en était servi. Plutôt précoce et talentueux, Magnus n'y avait pas souvent eu recours, dans la mesure où il a su très vite maîtriser la moindre énergie qui s'emparait ou qui émanait de lui.
Ses majeurs face aux pouces sur ses deux mains, il prit une grande inspiration, se détendit sans pour autant faire retomber sa concentration, et claqua ses quatre doigts en même temps, ses mains s'entourant d'un fin nuage d'une nuance bleutée, presque argentée. Il mit ses mains face à face, prenant le soin de connecter chacun de ses doigts à leur double, sentant sa magie passer d'une main à l'autre, se mêlant, s'intensifiant, et les écarta légèrement.
Il regardait ses mains, la sensation de raviver cette partie qu'il gardait sous clé, quand il se rendit compte que ses deux mains tremblaient légèrement. Une vague de panique s'emparant rapidement de lui et aussi vite qu'elle était arrivée, l'énergie magique qu'il avait réussi à externaliser s'estompa à nouveau.
Frustré, il s'étira, détendant ses muscles. S'il y a bien une chose que Magnus ne comptait pas faire, c'était abandonner. Pas maintenant. Pas quand canaliser cette énergie qui coulait dans ses veines semblait le réveiller d'un long sommeil qui l'avait anesthésié.
Alors il reprit du début, faisant le vide dans son esprit. Les yeux fermés, la respiration stable et régulière, il fit à nouveau claquer ses doigts, et reprit les mêmes mouvements, la même chorégraphie. A la fois plus intenses, plus précis, les mouvements étaient également bien plus rythmés, créant une danse dans laquelle la magie bougeait de la même manière que chacun des membres de Magnus. La boule d'énergie, flottant entre ses deux mains, était comme rattachée par de fins filaments à ses doigts: comme un pantin retenu par de simples fils, la magie suivait et écoutait Magnus, son contrôle sur elle indéniable. Chaque parcelle du corps de Magnus bougeait suivant le rythme qu'il imposait à son corps. Magnus canalisait son énergie, il la partageait avec cette puissance magique au bout de ses doigts. Pendant une dizaine de minutes, Magnus dansait avec elle. Il ne faisait plus qu'un avec elle.
Décidant de ne pas forcer davantage pour une « première » fois, il fit progressivement diminuer l'intensité, jusqu'à que la boule d'énergie disparaisse totalement. Une sensation semblable à des minuscules picotements s'était installée dans ses doigts, mais s'estompa progressivement à mesure que Magnus rappelait sa magie.
Si un léger tremblement s'empara de ses mains, il n'était pas aussi angoissé que la première fois. Il finit par sourire, satisfait et soulagé de retrouver ne serait-ce qu'un peu de contrôle. Magnus savait qu'il en faudrait un peu plus pour consolider tout ça, mais il ne désespérait pas.
_ C'était sexy.
Magnus se retourna, surpris mais ne pouvant empêcher un sourire en coin se s'afficher sur ses lèvres aux lèvres.
_ Je t'ai réveillé ?
_ Je ne dormais pas.
_ Tu ronflais.
_ Non, dit le jeune homme, le ton faussement outré.
Magnus rit légèrement alors qu'il remettait un peu d'ordre dans son atelier.
_ Comment tu te sens ?
_ Ca va, répondit Alec alors que Magnus s'était approché de lui, posant une main délicate sur son torse.
_ Sûr ?
Alec lui sourit et acquiesça d'un signe de tête. Il suivit Magnus dans le salon, et tous les deux s'installèrent sur le canapé.
_ Tout est revenu à la normale ?
_ Pas totalement, mais ça revient doucement.
Alec regarda Magnus, qui lui offrit un sourire. Il se rapprocha de son compagnon, et le prit dans ses bras. Magnus se blottit dans son étreinte.
Ils passèrent le reste de l'après-midi dans les bras l'un de l'autre, Alec finissant par s'endormir. Sa sieste avait été agitée, mais les doigts de Magnus, qui caressait ses cheveux avec douceur, calmait le corps et l'esprit meurtri du jeune shadowhunter, du moins pour un moment.
xxx
:: 2 semaines plus tard… ::
Un soir, assis sur la terrasse côte à côte, observant les étoiles au-dessus des gratte-ciels new yorkais, Magnus, un verre dans la main, sirotait son cocktail quand Alec le rejoignit.
Le Nephilim, posa son téléphone sur la table face à lui, s'installa à côte de lui, et posa sa tête sur l'épaule de son petit-ami.
_ Comment va Isabelle ?
_ Ca a l'air d'aller plutôt bien. Elle m'a dit que ma mère est repartie à Alicante pour quelques jours, avant de faire un tour à l'Institut de Paris, répondit Alec.
Le ton d'Alec alarma Magnus qui tourna son visage vers lui et le regarda. Il semblait triste, déçu. Maryse était venue quelques fois depuis ces deux dernières semaines, passer un moment avec son fils et son compagnon.
_ Elle part pour longtemps ?
_ Deux semaines je crois, si tout va bien.
_ Ca va, toi ?
Alec resta silencieux quelques instants, avant de reprendre.
_ Oui. C'est juste que…
Alec ne continua pas sa phrase, la laissant suspendue dans le vide. Pour autant, Magnus acquiesça d'un léger mouvement de tête. Il savait qu'Alec voulait essayer de rattraper un peu le temps perdu avec sa mère. Il voulait faire des efforts, et espérait toujours qu'ils puissent discuter tous les deux, comme c'était prévu avant qu'il ne se fasse agresser.
_ Elle a peut-être besoin de se retrouver un peu seule.
_ Oui, sûrement. Mais je... j'aurais aimé qu'elle me le dise. J'aurais compris. Je comprends.
_ Elle n'a peut-être pas eu envie de t'embêter avec ses propres problèmes, dit Magnus en attrapant la main d'Alec.
_ Peut-être...
Alec soupira. Il déposa un léger baiser sur la joue de Magnus, puis continua.
_ Ça me fait bizarre de te voir défendre ma mère. Non pas que ça me déplaise, bien au contraire. Mais c'est étonnant, dit Alec.
_ Ca me fait bizarre à moi aussi.
Alec se rapprocha de Magnus, et se blottit un peu plus contre lui. L'air étant encore un peu frais dehors, Magnus ajusta la couverture qu'il avait prise sur eux deux. Le sorcier sentit son ange un peu plus tendu qu'auparavant. Il lui pressa la main, caressant doucement leurs doigts entrelacés de son pouce, et dit:
_ A quoi penses-tu ?
Magnus sentit l'hésitation d'Alec. Le jeune homme répondit à voix basse, presqu'en chuchotant, comme s'il partageait un secret.
_ Tu... tu penses que je suis prêt à retourner à l'Institut ?
Magnus se figea. La peur était toujours là. Mais il savait que ce moment allait arriver rapidement. Alec n'était pas du genre à rester assis sans rien faire.
Catarina lui avait annoncé deux jours plus tôt que ses blessures s'étaient parfaitement remises. Il conserverait sûrement quelques cicatrices, sur le bras et le torse, mais sinon, physiquement, tout allait bien. C'était mentalement que l'autre « problème » se situait.
Les cauchemars ne s'étaient pas calmés. Magnus savait aussi qu'Alec se réveillait toujours la nuit, vérifiait que toutes les entrées possibles dans le loft — portes et fenêtres — étaient fermées, mais aussi que la porte de leur chambre était ouverte. Une fois rassuré, il finissait par se rallonger près de Magnus, prenant le sorcier dans ses bras.
De même, Alec finissait souvent par s'enfermer dans ses propres pensées, et il était plus ou moins facile de l'en sortir. Parfois, il se perdait tellement que la moindre émotion qu'il essayait de contenir se transformait en spasmes, tremblements ou sueurs froides.
C'était donc peu dire que d'avouer que Magnus et Maryse —que Magnus tenait au courant— étaient inquiets. Mais seul Alec savait s'il en était capable ou non.
_ J-je ne dis pas d'y retourner dès demain.
_ Je sais, répondit avec sincérité le sorcier.
Alec sembla soulagé.
_ Tu te sens prêt ?
_ Je pense oui, répondit-il.
_ Dans ce cas-là, pourquoi pas essayer ? dit Magnus d'un ton encourageant.
Alec caressa la main de Magnus, tandis que le sorcier sirotait la fin de son verre.
xxx
:: 3 semaines plus tard… ::
Magnus venait d'ouvrir un portail qui amènerait Alec à l'Institut.
Il avait décidé de l'organisation avec Lydia, optant pour une reprise progressive de la totalité de ses fonctions au sein de l'Institut. La jeune femme avait accepté très facilement, d'autant plus que ce jour-là, elle devait se rendre à Alicante, où elle serait jury d'un autre procès, impliquant un Seelie, haut-membre d'un trafic de drogues et autres drogues bien trop puissantes pour les Mundanes. Ses drogues, très toxiques et extrêmement addictives, avaient déjà fait de nombreux morts.
C'était donc l'opportunité parfaite pour Alec de remettre les pieds à l'Institut. Magnus, évidemment, était inquiet. Pas parce qu'il je faisait pas confiance à Alec, mais parce qu'il ne faisait pas confiance aux autres. L'Institut, gardé comme il est, aurait dû être l'endroit le plus sûr pour son homme. Pourtant, il avait failli l'y perdre.
Il était donc retourné là-bas, et avait vérifié les protections, déjà extrêmement solides et puissantes. Grâce à l'aide de Catarina, il en avait ajouté une nouvelle, espérant que l'endroit deviendrait de nouveau le seul lieu, à l'exception de leur appartement, où rien ne pourrait arriver à Alec.
C'est donc le coeur légèrement serré qu'il ouvrit un portail pour Alec vers l'Institut.
-.-
La matinée s'était plutôt bien passée. Elle avait été chargée et n'avait pas laisser le temps à Alec de respirer. Il s'était occupé des dossiers qui s'étaient empilés sur son bureau, avait approuvé quelques missions. Bref, il s'était occupé et tout semblait aller pour le mieux. Il n'avait pas quitté son bureau de la matinée. Isabelle était passée quelques instants, avant de rejoindre Jace, déjà parti en mission. Il continua de s'avancer dans son travail, ne relevant pas la tête pour quelques heures.
Appelé pour un problème à l'infirmerie en fin de matinée, Alec quitta son bureau et s'y rendit. Il traversa les couloirs, croisa de nombreux shadowhunters, qui le saluèrent d'un signe de la tête.
A mesure qu'il se déplaçait dans l'Institut, il sentit la panique s'emparer de lui. Tout ce monde autour de lui, tous ces regards portés sur lui, l'inquiétait. Il avait l'impression d'être pris au piège, l'impression qu'à n'importe quel moment, quelqu'un lui tomberait dessus et l'emmènerait avec lui. Pris de sueurs froides, ses mains moites, Alec semblait ne plus savoir où aller, ne plus savoir ce qu'il faisait. Il accéléra le pas, l'impression d'être attiré par un aimant, une force invisible ; les yeux alertes, le regard instable et vide, comme si ce qu'il avait devant lui n'était plus. La réalité avait cédé place à un brouillard épais, transformant chacun de ses pas en une épreuve effroyable et difficile, mais Alec continuait. Parce que s'arrêter semblait dangereux, parce que s'arrêter aurait été comme abandonner. Alors il marcha, marcha, il bouscula des choses, entendant des voix qui l'appelaient, mais rien n'était clair, le bourdonnement dans ses oreilles toujours plus fort. Quelqu'un le poursuivait, il en était persuadé. Quelqu'un l'appelait et le suivait. Il ne voyait plus grand chose, des points noirs apparaissants devant ses yeux, ses poumons, en manque d'oxygène, le consumait de l'intérieur.
Il haletait, cherchant du regard quelque chose qui pourrait lui indiquer l'endroit où il était, quand il sursauta. Quelqu'un lui avait attrapé le bras. Il se dégagea avec force, et continua sa route dans ce chemin tortueux qu'il avait emprunté. C'est seulement lorsqu'il sentit pour la deuxième fois une main sur son bras qu'il se rendit compte de la douceur et de la légèreté du geste.
_ Alec, c'est rien. Ca va aller.
Il voulait continuer à avancer, voulait chercher une issue, mais ça ne lui semblait pas la chose à faire.
_ Viens avec moi.
Il se laissa tirer, cherchant à récupérer l'oxygène qui l'avait quitté. C'est seulement lorsqu'il se frotta les yeux qu'il se rendit compte qu'ils étaient mouillés.
La main qui lui tenait l'avant-bras le fit asseoir au sol, contre le mur, et un bruit de porte se fit entendre juste derrière. Il sentit quelqu'un s'accroupir en face de lui, et lui attrapa la main.
_ Alec, ça va aller, d'accord ? Personne ne te fera de mal.
Le jeune homme tremblait. Il essayait de regarder devant lui, mais l'épais brouillard était toujours présent, mais il entendait plus distinctement.
_ Essaie de prendre de grandes inspirations. Inspire par le nez, bloque quelques secondes, puis vide tes poumons un maximum. Et tu reprends… Magnus ? C'est Alec. On est dans son bureau.
Alec serra la main qu'il avait attrapée, comme s'il cherchait à s'ancrer dans quelque chose de réel. Les larmes dévalaient toujours ses joues, mais sa respiration, progressivement, semblait revenir à un rythme normal.
Un bruit particulier, tel celui d'une bourrasque, résonna dans la pièce et rapidement, quelqu'un prit son visage entre les mains. Il sentait le métal froid des bagues contre sa joue, l'odeur de bois de santal envahissant son espace.
_ Alexander.
Alec sentit un par un ses muscles se détendre.
_ Tu l'as trouvé où, Biscuit ?
_ Dans les couloirs, il s'avançait vers le sous-sol. Jace m'a appelé, il m'a demandé d'aller voir si Alec allait bien, mais je l'ai trouvé déambulant, comme s'il était à l'aveugle.
Magnus, une main sur l'épaule d'Alec, expira longuement. Il caressait doucement le bras du jeune homme, dont la main était toujours dans celle de Clary.
Après quelques minutes, Magnus ayant encerclé de son bras son shadowhunter favori, Alec relâcha doucement son emprise sur la main de Clary et expira fortement. Les larmes avaient cessé de couler et même s'il était toujours pris de quelques tremblements et quelques sanglots, il avait fini par se calmer. Clary se leva et quitta la pièce quelques instants, revenant avec deux bouteilles d'eau. Magnus la remercia d'un sourire, et la jeune femme finit par quitter la pièce, annonçant à voix basse qu'elle allait donner des nouvelles à Jace et Isabelle.
_ Merci Biscuit, dit le sorcier avant de voir la jeune fille à la chevelure flamboyante quitter le bureau de son bien aimé.
Magnus passa la main dans les cheveux d'Alec, sa magie traversant le corps du jeune homme, comme un voile l'enveloppant dans une couverture chaude et confortable. La magie de Magnus avait retrouvé sa vitalité et sa puissance quelques jours auparavant, et bien que Magnus restait prudent avec elle, l'utiliser de nouveau sans être effrayé était une libération. Ce n'était pas une —ou plusieurs— chute qui allait l'empêcher de se remettre en selle.
_ Ca va mieux ?
Pour seule réponse, Alec hocha la tête, profitant de la magie des doigts de Magnus, de son calme, de sa présence.
_ Tu veux rentrer ?
Une nouvelle fois, Alec acquiesça. Magnus sorti son téléphone, envoya un rapide message à Jace, lui annonçant qu'Alec rentrait au loft. Il tendit ensuite sa main, ouvrit un portail d'une main, et le fit venir jusqu'à lui. Avec Alec, ils se retrouvèrent aussitôt dans leur appartement, sur le sol du salon.
Il releva doucement Alec, dont les tremblements avaient reprit de plus belle, et l'amena lentement dans leur chambre. Il l'installa sur le lit, s'éclipsa quelques instants pour lui faire couler un bain chaud. Quand Magnus revint dans la pièce, il trouva Alec, endormi, des larmes coulant sur ses joues malgré ses yeux fermés. Magnus retira les chaussures du shadowhunters, claqua ses doigts afin que tous deux soient dans des tenues comfortables puis, après avoir arrêté l'eau dans la baignoire, il se glissa derrière Alec et le prit dans ses bras, serrant un peu plus son emprise, dans l'espoir que ses bras soient un refuge suffisant, lui apportant paix et tranquillité.
xxx
:: 5 semaines et demi plus tard… ::
Depuis la crise d'angoisse d'Alec lors de son retour à l'Institut, pas mal de choses ont changées.
Sur les conseils de Magnus et de Catarina, Alec a accepté de discuter avec quelqu'un de ce qu'il a vécu. Les séances, qui avait lieu deux à trois jours par semaines selon les disponibilités du Docteur Chase —une des collègues mondaines de Catarina—, aidait beaucoup. Le Nephilim en ressortait épuisé, à bout de forces, mais les choses semblaient aller un peu mieux. Les cauchemars étaient toujours présents, mais ils avaient diminués en intensité et n'avaient pas lieu toutes les nuits.
Avec Lydia, Jace et Magnus, ils avaient d'abord tablé sur un retour à l'Institut assez lent. D'abord deux demi-journées par semaine, plutôt qu'une journée entière qui avait été difficile la première fois. Pour autant, assez rapidement, Alec s'était retrouvé quasiment toutes les matinées de la semaine à l'Institut. En un peu plus de deux semaines, il avait réussi à se remettre en piste, doucement mais sûrement. Il restait néanmoins prudent, et quittait son poste dès qu'il sentait que ça devenait un peu trop dur pour lui ; et cela arrivait quasiment un jour sur deux.
Le Docteur Anna Chase était une femme d'une bonne cinquantaine d'années. Plutôt fine et petite, elle portait le plus souvent ses cheveux bruns —colorés— en une queue de cheval ou un chignon. Ses yeux marrons, presque noirs, rappelaient à Alec les yeux de sa soeur, Isabelle, ou encore ceux de sa mère, Maryse. Malgré l'apparence froide et distante qu'elle pouvait dégager, la femme était en fait très sympathique. Le Docteur Chase n'était au courant que du strict nécessaire: aucune mention du Downworld, des Shadowhunters ou de leurs missions. Catarina avait fourni les grandes lignes de ce qu'il s'était passé avec Alec, mais la psychiatre n'avait rien forcé. Elle avait attendu qu'Alec s'exprime, lui raconte son histoire.
Si Alec avait eu dû mal à communiquer sur ce qu'il avait vécu lors des premières séances, elle avait réussi à lui prouver qu'avec elle, tout secret était bien gardé. C'est ce qu'il s'est passé lors de la quatrième séance: Alec n'avait que très peu dormi pendant la nuit, un cauchemar l'ayant complètement paralysé:
Il était dans sa chambre, à l'Institut. Magnus était passé le voir la veille, et tous les deux étaient restés dormir. Alec avait fini par se réveiller en sursaut quand quelque chose de glacé avait été jeté sur son visage. De l'eau. Il était assis sur une chaise, ligoté, avec pour seul vêtement sur lui son jogging. Au vu de sa position dans la pièce, il estimait être face à son lit, qui caché par la présence de son père. Il avait revu le sourire suffisant de ce dernier, il entendait à nouveau tous ses mots qu'il lui avait craché au visage. Et lorsque Robert passa derrière Alec, c'est là que tout air quitta ses poumons, que son coeur s'arrêta. Magnus était allongé dans le lit, inerte et plus pâle que jamais. Alec avait essayé de l'appeler, mais aucun sort ne sortait de sa bouche. Seules les larmes dévalaient ses joues, le désespoir brûlant chacune des fibres de son corps. Robert avait porté une épée courte sur son cou, et l'avait lacéré de part en part.
C'était ce qui avait réveillé Alec. Il s'était levé en sursaut, cherchait Magnus du regard, l'homme debout depuis un moment, la panique se lisant clairement sur son visage, et ses yeux baignés de larmes. Il avait cherché à réveiller Alec, qui hurlait dans son sommeil ; des hurlements si puissants qu'il en avait ressenti les échos, si puissants que son coeur s'en était déchiré aussitôt. Les larmes coulaient sur les joues d'Alec a une vitesse folle, et lorsqu'il comprit que Magnus était bien vivant, devant lui, que tout ceci était réel et que son rêve n'était qu'un cauchemar, il s'était cramponné à lui et ne l'avait pas lâché. Malgré les spasmes et tremblements qui secouaient son corps, les difficultés à respirer, les sanglots incontrôlables, Magnus avait mis le temps mais avait réussi à le calmer. Et aucun des deux hommes n'avaient réussi à se rendormir.
Ce jour-là, il n'était pas allé à l'Institut, contrairement à ce qui avait été prévu. Il ne voulait pas s'éloigner de Magnus, refusait de le quitter des yeux. Il était terrifié. Néanmoins, Magnus avait réussi à le convaincre, en lui affirmant qu'il l'accompagnerait, l'attendrait à l'extérieur de la pièce, et qu'aucun deux n'auraient à mettre le pied dehors.
La séance avait été dure pour Alec. Il en était sorti épuisé. Mais s'ouvrir comme il l'avait fait, expliquer, non pas la totalité mais une partie de ce qu'il s'était passé, avait eu un effet cathartique.
-.-
Un après-midi, alors qu'Alec avait quitté l'Institut plus tôt, il se rendit à l'hôpital, où il avait rendez-vous avec sa psychiatre. Après quelques formalités, le Docteur Chase demanda:
_ Et au travail ?
_ J'y ai passé trois jours consécutifs, dont une journée entière hier.
Anna Chase lui sourit, ravi de voir que son patient faisait de nombreux progrès. C'était un patient studieux, et elle était ravie de pouvoir l'aider à se relever.
_ Très bien. Y-a-t-il eu des moments où- ?
_ Aujourd'hui seulement, la coupa Alec.
_ Et vous avez appliqué les exercices que nous avons travaillés ensemble ?
_ Oui. Ils aident beaucoup, avoua Alec.
_ Mais pas aujourd'hui.
_ Pas vraiment non.
Alec baissa les yeux verts ses mains, posées paumes vers le haut sur ses genoux.
_ Vous savez ce qui a déclenché ce sentiment de panique ?
Quelques tremblements se manifestaient toujours, mais pour s'être entraîné à plusieurs reprises, seul ou avec Jace, Izzy, et même Clary, dont le calme avait été d'une grande aide face aux tempéramments généralement plus fougueux de son frère et de sa soeur, ça n'avait aucune incidence sur ses capacités d'archer. Le simple fait d'avoir l'arc dans les mains, le carquois vissé sur son épaule, l'apaisait.
_ Hier, j-je suis retourné sur… dans… à l'endroit où tout s'est passé, dit-il avec difficultés.
Dire que le Docteur Chase était surprise de cette annonce était un euphémisme. Elle en perdit ses mots pendant quelques secondes, avant de reprendre.
_ Vous… vous y êtes retourné seul ?
_ Oui.
_ Pourquoi ?
_ Parce que c'était quelque chose qu'il fallait que je fasse seul.
_ Comme un moyen d'affronter vos démons ?
Alec sourit légèrement à l'analogie. Démons, grands démons, il était très familier avec ceux-là.
_ En quelque sorte.
_ Voir si c'était le moment de tourner la page.
Alec acquiesça d'un léger mouvement de tête. La psychiatre le regarda en silence pendant un moment, alors qu'Alec s'était levé et regardait à travers la fenêtre. C'était quelque chose qu'il faisait dès qu'il commençait à être anxieux, comme s'il cherchait à fuir toute conversation. Après un moment de silence, la femme se leva à son tour et se positionna à ses côtés.
_ Je peux être honnête avec vous ?
Après une réponse affirmative, Anna continua.
_ Je ne pensais pas que vous retourneriez là-bas aussi tôt. Je suis impressionnée, mais aussi plutôt intriguée. Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de le faire maintenant ?
Alec continua de regarder dehors, le soleil se reflétant sur les vitres des bâtiments et des grattes-ciels. Il y réfléchit pendant un moment.
_ Je ne peux pas me permettre d'avoir peur d'aller au travail, de faire mon travail.
_ Vous y retourniez déjà. Pourquoi, précisément, retourner dans cette pièce ?
Alec se contenta d'hausser les épaules, alors le Docteur Chase reformula sa question.
_ Ce que je souhaiterai savoir, c'est pourquoi ça vous a semblé essentiel d'y retourner maintenant. Si vous aviez peur d'aller au travail, la facilité aurait été de changer de travail, de demander une mutation, ou bien même d'arrêter.
_ Pourquoi ce serait à moi de changer quelque chose ? J'ai toute ma vie ici, j'aime ce que je fais, dit-il d'un ton las. Je ne vois pas pourquoi je devrais de nouveau être puni ou contraint de laisser tomber quelque chose auquel je tiens sous prétexte qu'on a voulu s'en prendre à moi.
Anna lui sourit et Alec, qui avait finalement tourné la tête vers la femme, la regarda intrigué.
_ Pourquoi vous souriez ?
_ Parce que j'aime votre façon de penser. C'est encourageant.
_ En quoi ?
_ Vous ne vous laissez pas abattre. Oui, ce que vous avez vécu et enduré est terrible, mais vous continuez à vous battre. On vous a pris quelque chose, mais vous continuez à vous battre pour le reste. Peu importe votre métier, ce que vous faîtes ou comment vous avez été élevé. Beaucoup auraient pris la solution la plus facile, mais pas vous. Vous y êtes retourné bien plus rapidement que je ne vous l'aurais conseillé, vous êtes resté, et en peu de temps, vous avez fait d'énormes progrès.
La psychiatre posa sa main sur le bras d'Alec, et effectua une légèrement pression, avant de le regarder, droit dans les yeux, le marron presque noir rencontrant le bleu des yeux du Nephilim.
_ Vous êtes un battant, Alec.
En réponse à Liki: Je suis ravie que le chapitre précédent t'ai plu ! J'espère que celui-ci aura su répondre à tes questions :) bisous
Hello ! j'espère que vous allez tous bien :)
Hop, voici le chapitre de cette semaine. Une nouvelle fois, il est plus long que ce que j'avais prévu au départ. J'ai tenté quelque chose d'un peu différent de d'habitude dans la construction du chapitre. J'espère que ça vous a plu !
Je suis un peu sous le choc de l'annulation de la série. Ca ne semble pas réel, même si ça l'est. Enfin, ce sont des choses qui arrive, malheureusement. Contrairement à d'autres séries, nous avons également les livres, donc ça compense. Si vous avez Twitter, n'hésitez pas à vous battre ! Ensemble, je pense qu'on peut faire de belles choses.
Merci pour tout, vos reviews, le temps que vous prenez à lire ma fiction. Ca me touche énormément. Vous mettez un énorme sourire sur mon visage à chaque fois ! Mille mercis.
Prenez soin de vous, et à la semaine prochaine pour l'épilogue de cette fiction.
Tout plein de bisous.
