Comme je l'ai dit, faites-moi savoir que l'histoire se traîne... Faites-le moi sentir jusque dans mes rêves, que je sente au plus profond de mon pain que je vous oublie... faites-moi pleurer le manque que je vous fais vivre...
A moins que vous ne vouliez pas la suite ? J'espère en tout cas que vous n'êtes pas trop nombreux à vous arracher les cheveux durant tous ces longues semaines où je ne publie rien...
Quoi qu'il en soit, dussé-je m'adresser aux mânes de l'intérêt, bonne lecture !
Et si vous n'avez pas compris la dernière phrase...
Chapter 21 : Ca ne peut pas toujours être pire.
Sasuke ne put respirer durant toute l'attraction.
Ils s'arrêtèrent enfin Il prit brusquement une grande bouffée d'oxygène, se recolorant les joues, et, comme les connexions nerveuses de son cerveau se remettaient en place, il se mit à réfléchir.
Premier constat : il n'avait rien oublié de ses problèmes. Il avait seulement en plus la honte d'être terrorisé c'était la deuxième constatation qu'il fit. Comment un ninja, de son rang en plus, pouvait subir tant de peur avec une si simple attraction ? Ses capacités physiques l'avaient entraîné aux grandes vitesses et aux sauts dans le vide. D'accord, dans ses chutes, ses courses, il n'allait pas aussi rapidement que ce qui l'avait blêmi. Mais la différence n'était pas si grande. Et, lors d'une mission, il était maître de lui-même sanglé comme il l'était, il ne lui était permis que d'assister. Il ne lui était pas donné de se réceptionner pour amortir une quelconque chute.
Il n'y avait tout de même pas de quoi en faire pâlir l'Uchiwa plus que n'importe quel civil il aurait d'ailleurs dû trouver cela amusant, vivifiant, comme Naruto, dont il percevait les gloussements, avait dû le trouver.
Soit le fait d'être enfermé, donc esclave de son destin ou de ce qu'on avait prévu pour lui, lui était insupportable, impossible, ce qui ne serait pas étonnant connaissant le personnage, soit il était faible.
C'était surtout ce qu'il craignait : être faible. Il avait un clan à venger. Un homme à tuer. Une vie à honorer. Comment le pourrait-il s'il était incapable d'aller dans un jouet de forain ? Nombreux sont les gens, les civils, qui s'y rendent sans crainte et lui en ferait des cauchemars ?
Même assis et attaché, il n'aurait eu aucune difficulté à se libérer des entraves de protection.
- Youf ! Ca décoiffe !
Une main serra celle de Sasuke c'est alors seulement qu'il prit conscience qu'elle ne l'avait pas lâchée durant toute l'attraction. Un contact, simple, suffisant.
- Ca va ?
A côté de lui, Naruto se contorsionnait pour arriver à voir Sasuke. Ses mouvements faisaient bouger leurs sièges.
Sasuke soupira en fermant les yeux.
- Laisse-moi…
- Quoi ?
Il ne répondit pas. Cela l'arrangeait que Naruto n'ait pas compris ce qu'il avait dit. Il l'aurait assailli de questions bouillonnantes Sasuke voulait être seul. Prendre du temps pour lui.
Cette attraction ne lui avait rien fait oublier. Pire : elle avait fait tomber les résolutions qu'il s'était forcé à prendre. Il ne parlerait donc jamais…
Les yeux toujours clos, il repris ses réflexions là où Naruto les avaient interrompues. Il n'avait même pas le courage de n'importe quel homme. Il n'avait pas cette force de prononcer quelques mots – en trois seulement, tout serait fini. Tout serait fini s'il avait cette force. Mais il ne l'avait pas encore moins à présent qu'il avait perdu son souffle.
Cet amour l'épuisait. De jours en jours, il lui ôtait sa volonté. Il l'affaiblissait. Sasuke était faible. Et bientôt, ce moment était d'ailleurs certainement déjà passé, il n'aurait plus la puissance de vaincre son frère. Son cœur guimauve entiché d'un blond généreux causerait sa perte.
Il aurait bien voulu qu'une larme coulât à sa joue, juste symboliquement, lorsqu'il murmura pour lui ces mots. Peut-être que si Naruto les avait entendus, les choses seraient allées mieux ? Qu'il se serait immédiatement battu pour aider son ami – au nom de leur amitié, de Konoha, des oeufs d'escargots ?
- Je dois quitter Konoha…
Ou juste pour l'aider ?
Naruto se stoppa rapidement à la vue de l'air morose inchangé de Sasuke. Juste le temps de quitter les lieux, prendre un petit peu de recul pour faire un bilan des malheurs qu'ils avaient payés et bavarder gaiement entre amis ça ne se déroula pas exactement comme il l'avait prévu.
Son air s'assombrit et il fit face à Sasuke, ennuyé.
- T'as pas oublié ?
Un visage triste et pâle lui répondit.
- Tu veux refaire un tour ?
Sasuke sourit en coin, presque malgré son humeur.
- Tu comprends pas, hein…
- Mais quoi ?
Le ténébreux prit une profonde inspiration pour regonfler son courage. Il se mit à marcher, lentement.
- Je veux pas oublier. Je veux juste parler.
- Et bien parle.
Il secoua la tête puis la laissa tomber en expirant.
- Tu m'écoutes ?
- Mais oui !
Sasuke leva les yeux pour vérifier. Le regard du blond était au loin et ses lèvres se plissaient en une extase contenue. Il ne tarda d'ailleurs pas à accélérer le pas. Sasuke fut bientôt relégué au second plan, perdu dans ses sombres pensées.
- S'il te plaît…
Un chien battu suivait péniblement Naruto. Celui-ci ne tarda pas à s'arrêter, devant un guichet pour une autre attraction. Il n'y avait que la file entre lui et elle. L'idylle était possible.
- Tu viens aussi ?
Sasuke attrapa son bras. Des larmes amères flouaient sa vue.
- Naruto…
- Quoi ? Tu veux encore parler ?
Sasuke hocha la tête.
- Et bien parle !
- Tu m'écoutes pas ! Je te demande depuis tantôt de t'arrêter mais tu t'en fous de ce que j'ai à dire !
Naruto se retourna brusquement.
- Mais TU VAS ARRETER avec ça ? Evidemment que je m'en fous. Tu dis rien ! Tu geins comme Sakura quand tu la regardes de travers ! J'attends qu'il se passe quelque chose, moi ! Je suis pas dans ce qu'on appelle une foire pour rien ! J'ai envie de m'amuser. Alors t'es bien gentil, mais je vais pas passer ma journée à pleurer pour que toi tu t'arrêtes !
Il soupira en posant ses mains sur les épaules de Sasuke.
- Dis tout d'un coup ou ne dis rien, mais tu nous emmerdes tous les deux avec tes conneries.
Et d'ajouter, devant des larmes qui s'annonçaient :
- S'cuse moi mais je suis pas un saint non plus.
« Tu n'imagines pas à quel point tu y ressembles, alors. »
Sasuke se félicita d'avoir gardé cette pensée pour lui.
Il était maintenant lancé. Il ne pouvait plus reculer, sous peines de s'attirer les foudres magnifiques de Naruto. Avec une grande inspiration, il se redressa alors, chassa les mains de Naruto sur ses épaules et dessouda sa lèvre inférieure aux dents cannibales.
Il le regarda droit dans les yeux, au risque de pleurer encore longtemps du regard qu'il sentait venir. Il hoqueta brisé dans son élan, il replongea aussitôt la tête dans le sol. C'était un faux départ.
Mais il n'avait pas le choix et Naruto, bien qu'inquiet, s'impatientait. Piteusement, faiblement, la tête basse, il vida ses poumons pour parler des restes d'air qu'il lui restait.
- Je t'aime.
Enfin.
Il éclatait en de francs sanglots tandis que Naruto l'attirait à lui et le serrait maternellement. C'était dit. C'était fait. C'était fini. Son cœur s'était arrêté, son diaphragme avait perdu le réflexe de le faire respirer. Mais c'était sans importance. Des jours nouveaux venaient à lui. Naruto l'avait accepté. Il l'avait recueilli.
Il sentit un nez fin se poser contre sa tempe.
- C'est tout ?
En reniflant, il hocha la tête. Naruto le recula de quelques centimètres – juste assez pour voir le noir de ses yeux.
- Y'a rien de plus ?
- C'est déjà pas mal…
- Mais y'a rien qu'est censé venir là après ?
Sasuke crispa une main tressautante sur le pull de Naruto.
- Non…
- T'avais rien d'autre à dire ?
Cette fois, c'est Sasuke qui s'éloigna Naruto ne le retint pas.
- Non.
Le blond le lâcha en le regardant avec dégoût les larmes étaient expliquées à présent.
- Donc tu me fais chier avec tes jérémiades depuis deux heures juste pour me dire ça ?
Un frisson parcourut l'être entier de Sasuke qui abandonna ce dont il n'avait depuis longtemps plus eu l'espoir de profiter.
- S'il te plaît… Dis pas trop fort…
- OUAIS MAIS MERDE ! TU FAIS CHIER AUSSI ! T'as bien foiré ma journée ! Tu te rends pas compte que depuis ce matin que tu traînes la patte, moi j'essaye de garder un peu de bonne humeur dans le groupe ? Que moi j'essaye qu'on s'amuse quand même, même si MONSIEUR Sasuke, MONSIEUR toi-même fait tout ce qui est en son pouvoir pour chialer à tour de bras ?
Il soupira rageusement.
- Foire. F-o-i-r-e. A mon avis, même le dico te parlera d'amusement à la foire. Pas de gémissements perpétuels ! Tu crois que moi j'ennuie tout le monde avec mes problèmes ? Ouais t'es amoureux, et alors ! Tu crois que je ressens rien pour personne, moi ? Que j'ai que mes râmens dans la vie ?
Sasuke ne disait rien. Il fallait garder de la force pour dormir cette nuit mais cela semblait for compromis.
- Que ça soit Sakura, ou Mamie-Tsunade, ou moi ou même Ero-sennin, je m'en fous ! Le monde entier s'en fout ! Il va pas tourner moins rond parce que t'as un petit bobo à ton cœucœur ! Alors excuse-moi mais J'en ai rien à FOUTRE DE TON TRUC !
S'il avait été quelqu'un de mauvais, il aurait certainement craché à ses pieds. Mais il n'en était pas. Il se contenta de se remettre dans la file en évacuant les curieux aux moyens de regards courroucés.
Sasuke parla. Faible derrière ses mots durs.
- En tout cas, j'espère que si un jour t'as une copine, tu lui diras pas ça après sa déclaration ! Que si t'as quelqu'un en vue, tu te calmes un peu pour la laisser parler ! Que t'écoutes ce que les gens ont à te dire… Parce que tu sais toi aussi que ça peut être douloureux, ces choses que les gens n'imaginent pas chez nous. Les gens te croient trop con pour avoir des sentiments, et moi trop ténébreux pour faire autre chose que le glaçon.
Naruto lui tournait toujours le dos : plus que le faire déprimer, cela énerva l'Uchiwa qui prit sa manche et le retourna violemment.
- TU M'ECOUTES ? Tu plairais jamais à personne si t'es pas capable d'être un peu gentil ! Alors si moi je crèverai tout seul dans mon coin, toi tu te suicideras parce que les gens te détesteront ! Y'a pas moyen de t'apprécier si t'es comme ça !
Naruto le gifla.
- JE M'EN FOUS ! JE PLAIS PAS AUX PEDALES ! Y'a que des filles dans ma vie !
Les gens autour s'étaient tus, et heureusement, se serait dit Sasuke s'il n'avait pas pris la fuite, qu'il n'y connaissait personne.
L'angoisse de parler avait laissé sa place à un autre monde.
Kakashi fut rapidement appelé au bureau des analyses, avec quelques membres de l'ANBU pour le surveiller. Anko se tenait, droite, en robe blanche, devant lui, l'air sérieux. C'était assez étonnant mais elle se relâcha vite.
- Bon, tu es donc entré en possession de cannabis. Tu possèdes également un produit liquide d'identité inconnue. Pour cela, tu risques quelques amusements dans les prisons, avec certainement peu de visites puisque tu n'es pas marié.
Elle lui fit un clin d'œil malicieux avant de poursuivre.
- A moins que tu nous dises d'où tu tires ça, et surtout qu'on soit assuré que cela ne t'appartenait en fait pas. Autrement dit, que tu aies commis un vol – il te resteras à nous dire qui. Dans ce cas, tu auras une amende à payer mais c'est déjà mieux que quelques années de solitude, non ?
Elle s'assit sur son bureau en croisant les jambes.
- Concrètement, on t'écoute. Et si tu réponds pas, Ibiki se chargera de toi.
Elle claqua les doigts en indiquant aux ANBUs de poursuivre, et, après avoir lancé le dossier qu'elle tenait en main à côté d'elle, tourna la tête vers la fenêtre. Tout cela ne la concernait pas.
L'homme se plaça devant Kakashi et les autres l'entourèrent étroitement.
- Répondez à nos questions par oui ou par non.
Il laissa s'écouler un court silence, histoire de laisser au ninja-copieur le temps de digérer cette légère information. Celui-ci soupira, préférant se taire, n'ayant pas l'impression d'avoir jamais été aussi lent à la compréhension.
Anko se releva et poussa l'homme qui lui cachait la vue de Kakashi. Imitant sa voix, elle demanda :
- D'où tenez-vous cette drogue ?
Elle fit une claque amicale à Kakashi avant de retourner s'asseoir en rigolant. Il sourit.
- Non.
- Silence ! Vous parlerez quand on vous l'aura demandé.
Ils se remirent en place.
- Avouez-vous être en possession de cannabis ?
Kakashi prit le temps avant de répondre sans doute la réponse ne lui convenait-elle pas totalement.
- Non.
- Vous a-t-on confié cette drogue ?
- Non.
- Avez-vous dérobé cette drogue ?
Il dansa sur ses pieds.
- Oui.
Ils se regardèrent.
- Vous pouvez donner des réponses ouvertes.
Encore un instant avant de poursuivre.
- A qui avez-vous dérobé cette drogue ?
Et merde.
C'était ce qu'il craignait : qu'on le fasse accuser son petit Naruto. Qu'on lui fasse prendre des risques. Il s'était tant battu pour son équipe ! Elle qui avait failli mourir après le départ de Sasuke, que l'Hokage avait pu sauver bien que l'effectif eût été changé de moitié, elle qui avait vécu tant de choses jusqu'à maintenant… Juste pour un jeune petit qui semblait trop peu sage, il allait devoir mettre fin à tout ça.
- Naruto…
Il dodelina la tête, mécontent, pessimiste.
- Uzumaki.
Ils se regardèrent Anko se releva de son bureau et se ficha devant Kakashi. Les ANBUs la laissèrent faire, craignant peut-être que la maîtresse des lieux n'ait un accès d'hystérie.
- Le petit blond ? Le fils de Yondaime ?
Kakashi baissa les yeux.
- Oui.
- Il se drogue ?
- Je sais pas… J'en sais rien.
Il entendait des crissements dans son dos. Quelqu'un prenait note. Il se dit qu'il valait peut-être mieux de tout dire maintenant, d'une seule traite, que les choses soient claires dès le départ.
- J'ai du mal à l'imaginer se droguer, mais… Ces choses qu'il trimballe… ce liquide brun… Je sais pas ce qu'il en fait. Le cannabis, on l'a trouvé dans une armoire…
- Vous nous la montrerez.
Kakashi haussa les épaules.
- En même temps, il doit savoir que s'il prend de la drogue, il n'a aucune chance d'être Hokage un jour, ce qui est son rêve le plus cher. J'attendais les résultats de l'autre analyse avant d'en parler à qui que ce soit, mais il semblerait que vous ayez été plus rapides que moi…
- Quand avez-vous eu vos premiers doutes ?
- Sakura Haruno, qui fait partie de mon équipe avec Naruto et Sasuke Uchiwa, m'a une fois avoué avoir trouvé quelque chose étrange dans le sac de mission de Naruto. Elle en avait goûté une gorgée et avait perdu en partie le contrôle de son chakra. Elle m'a ensuite exposé ses doutes – et demandé de faire mon possible pour conserver l'équipe sept. J'ai alors commencé à enquêter dans mon coin.
« En fait, j'ai du mal à imaginer qu'il prenne des substances illicites. Il n'est pas si stupide. Il a toujours été turbulent depuis sa naissance, agité, à courir partout je ne pense pas qu'il ait besoin de drogue pour s'amuser de tout et de rien. En même temps, il a eu beaucoup de mal à être reconnu, donc ce ne…
- Ne nous racontez pas sa vie, s'il vous plaît, venez à l'essentiel. Qu'avez-vous trouvé chez lui ?
- Le cannabis et trois fioles de liquide brun – je n'ai pas vérifié si c'était le même, mais c'est attendu.
- Quand avez-vous pris connaissance de cela ?
- Il y a une dizaine de jours.
- Bien. Vous nous mènerez à son appartement et nous présenterez les lieux. Pour l'instant, vous pouvez disposer. Au revoir.
Déçu de la tournure que prenaient les événements, mais satisfait au moins qu'ils n'aient pas parlé encore de condamnation, il quitta les lieux.
- Kakashou ?
Kakashi se retourna, surpris d'entendre la voix d'Anko dans son dos. Il était à peine sorti de bâtiment qu'elle l'était également il s'était attendu à ce qu'elle reste avec les ANBUs pour discuter boulot.
Il tomba nez à nez avec elle et sauta vivement en arrière.
- 'Faut pas t'inquiéter. C'est des braves types. Ils vont bien faire leur boulot.
Il jeta un coup d'œil derrière lui, sur les côtés, puis reporta son regard sur l'analyste.
- C'est bien ce qui m'inquiète…
- Pourquoi ?
- Je redoute que mon équipe sept rende l'âme…
- C'est vrai que si Naruto vole en cage, ça fera plus long feu !
- Merci des encouragements.
Elle s'approcha un peu.
- En même temps, il est temps que tu la dissolves, non ? Sasuke Uchiwa est déjà très bon, Sakura aussi je suppose, puisque c'est l'apprentie de Tsunade, Naruto pareil. De toute façon, s'il va en prison, c'est plus la peine d'attendre !
Kakashi retint une grimace.
- Ca ne dépend pas de moi. Les règles sont les règles. Ils doivent être Jounin tous les trois.
- Tous les deux.
Il tiqua.
- Mais arrêtez avec ça ! Je suis sûr qu'il est blanc.
Elle pouffa.
- Ses narines, certainement.
Kakashi soupira. Elle était ennuyante. L'air mauvais, il précisa :
- Blanc comme neige.
Elle n'ajouta rien, tourna seulement les talons, laissant Kakashi planté au milieu du décor. Elle fit quelques pas, et, avant de passer la porte, claqua un talon au sol en se stoppant.
- J'étais venue te proposer un peu d'aide… Mais si tu m'engueules, il vaut mieux pas espérer !
Et elle disparu dans le bâtiment. Kakashi contempla un instant le vide qu'elle laissait en tâchant de comprendre ce qu'elle racontait encore. Peut-être encore un accès de folie ?
Ou peut-être qu'elle était sincère et qu'elle voulait l'aider. Ou proposait seulement son aide mais ça revenait à peu près au même. Mais alors, comment voulait-elle l'aider ? Comment le pouvait-elle ? Kakashi ne doutait pas que cette personne excentrique ait plus d'un tour dans son sac quand bien même, à quoi leur serviraient-ils ? Il se sentait impuissant face aux lois de Konoha et ses services secrets. Il ne pouvait qu'assister à la dissolution de son équipe, l'emprisonnement de la tempête souriante, et les risques qu'il encourrait lui-même d'avoir commis un vol lui passait au-delà de la tête.
On lui avait promis une amende mais l'état n'accepterait pas d'avoir un voyou comme Jounin pour instruire ses rejetons. Ca ne lui ferait pas une bonne réputation et il devrait alors se trouver un autre boulot…
Faute d'une femme douce à qui se confier, il se mit en quête de Gai.
Abattu. Anéanti. Vidé. Exténué. Démoralisé. Misérable.
Nul.
A peine après avoir quitté la foire, il s'était adossé contre un mur et, sans qu'il commandât quoi que ce soit, ses jambes s'étaient pliées pour le mener au sol. Il rejoignait ses semblables, les vers dont personne ne voulait. C'était si simple de se laisser aller.
Il était en boule contre le mur, les mains jointes à son visage. Et pleurait. Toutes les larmes qu'il n'avait encore versées s'écoulaient inlassablement. Il lui semblait qu'il ne lui en restait plus pour longtemps. Que bientôt, le flux se tarirait. Que bientôt, il ne pleurerait plus. C'était comme ces lois physiques qui régissent le monde, dont personne ne se soucie vraiment mais qui dirige les actes de chacun. Il ne s'inquiétait pas plus de la valeur exacte de la gravité que du cours certain de ses lamentations. Bientôt, il n'y aurait plus moyen qu'il larmoie d'autre chose qu'un vent frais dans ses yeux fatigués après un réveil nébuleux. Le monde était ainsi fait. Bientôt, ce serait la larme qui vide le vase. La coupe, vide. Il aurait alors perdu à jamais son sens aigu des sentiments. Incapable d'être triste, il serait enfin libéré des détours qui l'éloignaient de son ultime vengeance.
Konoha lui aurait-elle donc été bénéfique ? Quitterait-il un jour le village caché du feu plus fort qu'il n'y était entré ?
Plusieurs fois, il avait envisagé – il l'avait même tenté, puisqu'il l'aurait fait si son cœur ne s'était pas heurté à une barrière dorée – de quitter le village. Il avait craint que sa présence n'y causât sa perte, la perte de l'honneur de son clan. La défaite face à son frère déchu. A présent, s'il était effectivement impossible qu'il fondît une fois de plus en larmes, il n'aurait plus à regretter sa présence à Konoha.
Juste à souffrir dans son coin. Si les larmes de son corps s'étaient asséchées, son cœur n'en serait pas pour autant sec de sentiments. Le ténébreux n'était pas aussi glacial que tant l'aimaient. Il n'était pas inaccessible, seulement… amoureux et c'était là le nœud du problème.
Il était seul. Il vivait seul. Personne ne l'attendait chez lui, nulle part. Si cette absence lui offrait une liberté exceptionnelle, elle n'était pas idéale pour son réconfort. Il lui restait Lee mais, la dernière fois qu'il l'avait vu, celui-ci partait en mission. A présent, Sasuke ignorait s'il était revenu ou pas. Et il n'avait pas l'envie, ou la force peut-être, de placer des espoirs dans une probabilité. Il ne se rendrait pas chez lui pour s'entendre dire qu'il n'était pas encore rentré à la maison.
Car si l'espoir fait vivre, l'espoir déçu tue. Sasuke entrait seulement dans une sorte de coma, il ne prendrait pas le risque de se porter le coup de grâce. Tenait-il à la vie ? Il n'avait rien. Il n'avait pas de but, seulement ce frère à exterminer, mais rien au-delà. Toute sa vie n'était construite qu'autour de deux instants, la vengeance et son amour déchanté pour Naruto, si bien qu'une fois que l'autre serait survenu, il ne lui resterait rien. A moitié mort à présent, il le serait complètement. Alors quoi ? Il devrait se rebâtir, se construire une autre identité, pour se nourrir d'autres espérances ? Avoir des objectifs qui le poussent à aller plus loin ? Déjà que la vengeance n'était pas du plus noble…
Le suicide serait peut-être la meilleure manière de quitter Konoha. Mais n'honorerait pas plus son clan que ce que son frère avait fait avant lui.
C'était à ça qu'étaient vouées leurs existences, à eux deux Uchiwa ? Leur talent inné comme leur naissance étaient destinés à l'opprobre ? L'ancienne police de Konoha faisait pâle figure devant son propre déshonneur.
- Sasuke-kun ?
Des pas s'approchèrent du cocon qu'il s'était formé contre le mur froid. Larmes aux yeux, il ne voulait pas lever la tête de ses genoux protecteurs. Il avait au moins cette chance : pouvoir compter sur lui-même pour se défendre. Du moins, quand son bourreau préféré n'était pas de la partie.
Il cessa les mouvements qu'il avait entamé, plusieurs minutes auparavant, pour se rassurer. Ces caresses affectueuses que ses mains lui avaient prodigué à son insu lui manquèrent rapidement. Il était immobile. En boule. Dans la rue. En public. Un Uchiwa.
La voix se fit plus anxieuse, cassée.
- Sasuke-kun ?
En tout cas, ce n'était pas Naruto. C'était une bonne chose. Ce n'était pas Lee non plus moins bonne nouvelle. Mais Sasuke n'avait pas envie de parler. Il ne se souciait guère qu'on se moquât de lui si quelqu'un venait à apercevoir ses larmes franches. Il voulait seulement être seul. C'était si facile de se laisser aller !
Un gémissement pitoyable s'échappa de ses lèvres lorsqu'une main inquiète se posa sur son épaule. Malgré lui, il leva les yeux. C'était Sakura. Il ne tarda pas à enfouir à nouveau la tête dans ses genoux, et l'ignora.
- Sasuke-kun !
Il sentit quelques mouvements, et devina à l'oreille que Sakura s'agenouillait devant lui. Elle avait posé ses deux mains sur ses épaules à présent, et tentait doucement de le faire se montrer.
Il avait l'impression d'être une taupe, chassée dans son terrier. Il n'aimait pas cela.
- QUOI ?
Son air furieux ne dura pas longtemps, peu crédible devant la tristesse qu'exprimait l'humidité de son visage entier.
- Désolé…
Sakura fit des yeux ronds il ne le remarqua pas. Les siens étaient dans le vague, perdus à errer sans fin là où il n'y avait rien. Il ne voyait rien du monde qui l'entourait. Il n'en sentait rien. N'entendait rien.
Il sentit à peine Sakura le prendre dans ses bras, princesse charmante venue sauver le pauvre prince emprisonné par un dragon aux yeux semblables au ciel dans la plus haute tour de ses sentiments.
Elle l'amena chez lui, sauta sur le toit et le posa dans cette cour intérieur qu'elle n'avait que rarement – ou jamais ? – vue. Sasuke était secouru par Sakura, le fort aidé par l'hystérique. Si cela ne l'inquiétait pas à ce moment, si sa faiblesse n'était pas le centre de ses préoccupations, il sentait bien de là où il était qu'il s'en voudrait plus tard. Et il ne pensa pas à ces bras tendres et aimants qui le posèrent calmement dans l'herbe douce.
Il s'en voudrait plus tard. De s'être laissé allé. Et il se demanderait longuement pourquoi un simple amour l'avait tant anéanti. Il n'avait pas à être si pathétique pour ses simples sentiments.
Konoha l'avait encore drogué, ce devait être cela. Mais pour l'instant, il tâchait uniquement de reprendre ses esprits et faire face au monde réel.
