Chapitre 21 : Trouver refuge
Le taxi arriva rapidement et Beckett s'y engouffra car une pluie drue commençait à tomber.
-« Je vous conduis où ma p'tite dame ? »
-« Euh… » bafouilla la jeune femme en cherchant désespérément où elle pouvait aller avant de murmurer d'une petite voix en essuyant ses larmes tant bien que mal : « 595 Broome Street s'il vous plait. »
-« C'est parti ! Et ne vous en faites pas, quoi qu'il vous arrive, tout s'arrangera très vite ! Et puis, belle comme vous êtes… Tout ira bien ! J'en suis persuadé… »
La jeune femme se mura dans le silence et laissa son regard se perdre par la fenêtre. Elle était tellement plongée dans ses tristes pensées qu'elle ne voyait pas le paysage défiler. Intrigué par son comportement et son état, le chauffeur lui jetait régulièrement des coups d'œil. Il ne comprenait pas ce qui avait bien pu arriver de si grave à une telle jeune femme.
-« Mademoiselle, nous sommes arrivés. Mademoiselle ? »
-« Oh ! Oui, pardon… Excusez-moi. Je vous dois ? »
-« Laissez, je vous l'offre, » sourit le conducteur avant de reprendre, devançant les protestations de Beckett. « Tout ce que je vous demande c'est de retrouver vite le sourire, d'accord ? »
Touchée par la sollicitude de cet inconnu, la jeune femme hocha doucement la tête en esquissant une grimace de remerciement avant d'attraper son sac et de sortir du taxi. La voiture démarra et elle se retrouva alors seule, sous la pluie, devant l'immeuble de Castle. Elle regarda un long moment la façade et l'entrée mais, au moment où le portier s'avançait pour lui ouvrir, elle s'éloigna en refermant les pans de son manteau sur elle. Perdue, ne voulant pas imposer sa présence, elle s'appuya un long moment sur le mur, tête baissée, avant de se laisser glisser à croupi son sac à ses côtés. En mettant ses mains dans ses poches pour lutter contre la pluie mais surtout le froid, elle sentit la feuille de papier qu'elle avait tenté de protéger et une nouvelle vague de larmes la submergea. Elle s'accrocha désespérément au dessin d'une main en le pressant contre elle tandis que de l'autre elle jouait avec les touches de son portable. Les minutes passèrent sans que la jeune femme ne sorte de sa léthargie.
Cinq étage plus haut, un père et sa fille jouaient au Laser Tag sous le regard amusé mais bienveillant de la grand-mère quand soudain le téléphone se mit à sonner.
-« Pouce Pumpkin ! Je dois décrocher. »
-« Mais Grand-Mère est là ! Elle peut le faire elle, » bouda la fillette en faisant valser ses longues mèches rousses.
-« Alexis a raison et puis… Ce n'est pas comme si je ne vivais pas ici, » sourit Martha en décrochant. « Allo ? »
A son grand étonnement, personne ne répondit mis à part le bruit de la pluie et celui de violents sanglots.
-« Il y a quelqu'un ? Allo ? » insista l'actrice en fronçant les sourcils en découvrant le nom de l'appelant. « Richard, je crois qu'il y a un problème, c'est Kate mais il n'y a personne au bout du fil… »
Inquiet, Richard laissa tomber son arme sur le canapé et se précipita vers sa mère pour lui prendre le combiné des mains. Il ne remarqua même pas que sa fille venait de le toucher et que sa veste s'illuminait de toutes les couleurs.
-« Youpi ! Je t'ai eu Papa ! » s'exclama Alexis avait de se stopper, ayant compris qu'il se passait quelque chose. « Grand-Mère ? »
-« Ne t'en fais pas, quoi qu'il arrive, ton papa trouvera toujours la solution… » la rassura tant bien que mal Martha en la prenant dans ses bras.
-« Kate ? Kate, répond-moi bon sang ! J'entends bien qu'il y a un problème mais si tu ne me dis rien, je ne vais pas pouvoir t'aider ! Kate ! » appela l'écrivain de plus en plus fort.
Ne sachant plus quoi faire, il regarda sa mère et sa fille et puisa en elles force et courage. Mais, au moment où il s'apprêtait à l'appeler à nouveau, il se rendit compte que la communication avait été coupée. Ni une ni deux, il recomposa immédiatement le numéro et attendit avec angoisse que la jeune femme décroche enfin.
-« Allo ? » lui parvint au bout de quatre sonneries la voix éraillée par les pleurs de Beckett.
-« Dieu soit loué ! Qu'est-ce qui se passe Kate ? »
-« Je… Rien, » répondit en hoquetant la jeune femme pour faire bonne figure.
-« Kate… Il n'y a pas 'rien'… Parle-moi, je t'en prie… »
-« C'est… C'est mon… Mon père, » parvint non sans mal à articuler la brunette.
-« Ton père ? Ok, où es-tu que je vienne te chercher ? »
-« Mais… A-Alexis ? »
-« Mère est là. Tu es où Kate ? » insista Castle en attrapant sa veste et en se dirigeant vers la porte.
-« En bas, » souffla la jeune femme épuisée.
-« J'arrive ! » s'écria l'écrivain en jetant à sa mère le téléphone. « Parle-lui jusqu'à ce que j'arrive près d'elle ! »
Sans plus attendre, le jeune homme s'engouffra dans la cage d'escaliers, n'ayant pas la patience d'attendre l'ascenseur. Lorsqu'il déboucha dans le hall, il fut surpris de ne pas voir la jeune femme et se tourna vers le portier tout aussi surpris que lui.
-« Vous n'auriez pas vu mon ami Kate par hasard ? »
-« Il m'a semblé mais ça remonte à au moins trois-quarts d'heure… Lorsque j'ai voulu lui ouvrir, elle est partie. »
-« Par où ? »
-« Sur la droite ! » lança l'homme à l'écrivain qui s'élançait déjà à l'extérieur sous la pluie.
Castle n'avait pas fait deux pas à l'extérieur qu'il repéra la frêle silhouette de Beckett recroquevillée sur elle-même. Il s'en approcha doucement pour ne pas l'effrayer et se mit à sa hauteur. Il l'observa un moment, jusqu'à ce que la jeune femme relève enfin ses yeux vers lui. Avec un sourire rassurant, il attrapa d'une main son sac pendant qu'il glissait l'autre autour de ses épaules. Sans un mot, il l'obligea à se redresser avec lui et l'entraina jusqu'à l'ascenseur puis jusqu'au loft. Quand il poussa la porte de l'appartement quelques minutes plus tard, il remarqua tout de suite que Martha avait éloigné Alexis. Ils étaient à peine arrivés au canapé que l'aînée des rouquines revenait avec une montagne de serviettes de toilette et de couvertures.
-« Je reviens, il me manque encore une petite chose, » sourit Martha avant de poser une main chaleureuse sur la joue de Beckett. « Vous avez bien fait de venir… »
L'actrice disparut aussi vite qu'elle était apparue emportant avec elle le sac de la jeune femme. Avec beaucoup de douceur, l'écrivain déplia une immense serviette et l'enroula autour de son amie avant de la frictionner doucement. Malgré la chaleur de la pièce et les tentatives de Castle, la brunette claquait toujours autant des dents aussi l'homme passa à l'action et l'entraina vers sa chambre mais surtout vers la salle de bain attenante.
-« Prends ton temps, je ne suis pas loin. Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi. »
Beckett hocha la tête avant de retenir le jeune homme un instant. Toujours sans un mot, elle sortit avec précaution une feuille de papier détrempé et déchiré de sa poche pour la déposer dans la paume de son ami.
-« Je vais tenter de la sauver. Je ne te promets rien mis à part que je vais faire mon possible ! Parole de scout ! » lança Castle sa main libre sur son cœur.
Quel ne fut pas sa fierté quand il vit se dessiner l'ombre d'un sourire sur le visage de la brunette alors qu'une nouvelle vague de larmes inondait ses joues.
-« Bon, trêve de plaisanteries, file sous la douche sinon tu vas attraper une pneumonie ! »
Une fois de retour dans sa chambre et assuré que l'eau coulait dans la salle de bain, Castle prit la direction de la cuisine pour s'occuper de la feuille de papier que lui avait confiée Beckett. Au moment où il comprit ce dont il s'agissait, ses yeux s'embuèrent de larmes et une boule se forma dans sa gorge.
-« Papa ? » appela alors la petite voix d'Alexis.
-« Oui Pumpkin ? » demanda l'écrivain en se ressaisissant pour sa fille.
-« Grand-Mère m'a demandé de descendre ça pour Kate, » fit la fillette en dansant d'un pied sur l'autre. « Dis… Qu'est-ce qui se passe ? »
-« Viens me voir ma Chérie, » sourit le jeune homme en la prenant dans ses bras.
-« Oh ! C'est mon dessin ? »
-« Oui. Kate m'a demandé d'essayer de le sauver car il compte beaucoup pour elle. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé exactement mais je sais qu'elle a besoin de nous et que nous serons là pour elle, tu es d'accord avec ça ? »
-« Bah oui ! » dit la rouquine comme une évidence avant de demander avec toute l'innocence de ses cinq ans. « Dis, tu crois que, si je lui fais un autre dessin, elle ira mieux ? »
-« Ca ne peut que lui faire du bien, oui. »
-« D'accord ! Alors je file dans ma chambre pour lui en faire un super méga trop beau ! Tu prends soin d'elle hein ? Promis ? »
-« Promis, » fit l'écrivain avec un sourire alors qu'Alexis s'élançait en courant dans les escaliers. « Et sans courir ! »
-« Je cours pas Papa, je marche vite ! »
Lorsque Beckett émergea enfin de la salle de bain, elle trouva Castle assis sur son lit, son ordinateur sur les genoux en train d'écrire frénétiquement. Cependant, il s'arrêta net et releva la tête dès qu'il entendit la porte de la salle de bain.
-« Ah ! Te voilà ! Je commençais à m'inquiéter, » sourit immédiatement l'écrivain en posant ses affaires à côté de lui avant de lui faire à nouveau face, son regard au fond du sien. « Tu te sens un peu mieux ? »
La brunette hocha la tête mal à l'aise et le jeune homme se leva pour s'approcher doucement.
-« Merci, » murmura-t-elle d'une petite voix.
-« C'est normal Kate. Tu veux en parler ? »
Frissonnante, Beckett serra ses bras contre elle en haussant les épaules alors que des larmes inondaient ses yeux. Avec un sourire, Castle disparut dans son dressing et en ressortit avec un énorme pull de ski.
-« Tiens, enfile ça avant d'attraper la mort, » fit-il avant de le lui passer autour de cou.
Une fois qu'elle eut terminé de mettre le pull bien trop grand pour elle, l'écrivain passa son bras autour des épaules de son amie et la guida vers le salon où il s'assit. S'attendant à ce qu'elle mette de la distance entre eux, il fut surpris de la voir se rapprocher de lui pour s'assoir au plus près. Emu par la confiance qu'elle lui témoignait par ce geste, il lui ouvrit son bras. Elle n'attendit pas avant de venir se blottir tout contre lui, sa tête dans le creux de son cou et sa main agrippant sa chemise sèche. Ne voulant pas la brusquer, le jeune homme laissa le silence s'installer un moment avant de se décider à rompre la glace.
-« J'ai réussi à sauver le dessin d'Alexis. Il ne sera plus aussi beau mais au moins il est sec, » dit Castle avant de poursuivre devant son regard surpris. « J'ai passé sous l'air chaud du sèche cheveux et demain il suffira de le recouvrir d'une fine couche de vernis-colle. »
-« Merci. Ce dessin… Il compte beaucoup… Surtout aujourd'hui… »
-« Tu veux bien m'en parler ? Qu'est-ce qui se passe avec ton père ? »
Beckett ne répondit pas tout de suite. Elle reprit d'abord sa position initiale dans le creux du cou de son ami qui ne tarda pas à sentir l'humidité caractéristique des larmes mouillant sa chemise. Son cœur saigna pour la jeune femme et, comme il pouvait le faire avec sa fille, il se mit à lui caresser doucement ses cheveux.
-« Mon père faisait ça aussi… Avant… »
Oui, avant tout ça, avant la mort de sa mère, avant que le cœur de son père ne disparaisse, avant que l'alcool n'en prenne la place…
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