Samedi
Albafica s'étire paresseusement dans le lit qui sent bon la lessive. Son corps encore courbaturé lui rappelle sa mauvaise journée de la veille, il repousse immédiatement ces souvenirs et baille à s'en décrocher la mâchoire.
- Une Truite qui baille, c'est original.
Le jeune homme esquisse un faible sourire en ouvrant les yeux. Le Spectre du Griffon est installé confortablement à la place libre et tient un livre de poche ouvert dans ses mains.
- Bonjour, Minos…
Quelle joie pour Albafica de se réveiller et de trouver son amant à ses côtés, il y a de quoi le mettre de bonne humeur pour toute la journée. Il se frotte les paupières.
- Il est tard… ?
- Un peu plus de dix heures. Tu as dormi non-stop depuis que tu as piqué du nez. Comment tu te sens ?
L'Ex Chevalier redresse son oreiller et cherche une position confortable dans le lit.
- Pas trop mal.
- Toutes tes affaires sont arrivées, au fait, avec le reste des miennes. Je te laisse fouiller et aménager la maison à ton goût. Si certains meubles ou objets n'ont pas d'utilité à tes yeux, on les entreposera à la cave.
- C'est vrai ? Que je fouille dans tes effets personnels et que je décide ne te gêne pas… ? demande Albafica un peu étonné.
Minos referme son livre :
- Je ne le proposerai pas autrement. Moi, je me fiche un peu de l'aménagement intérieur et je souhaite que tu te sentes bien chez nous, alors autant te laisser quartier libre. Tu n'as juste pas le droit de te débarrasser de mes coussins.
Le jeune homme sourit, ravi et touché.
Il se rattrape un peu, en fait. J'ai dû quitter ma maison, je me retrouve ici sans rien avoir décidé mais il compense en me laissant la déco… Je suppose que c'est à peu près équitable, du moins de son point de vue.
- Promis, je te laisse ta collection. Je m'occuperai de tout ça peut-être tout à l'heure, ajoute-il en se redressant un peu dans le lit.
Le bras du Spectre s'enroule immédiatement autour de sa taille et le tire contre lui. Un instant plus tard, il l'embrasse dans le cou, lui arrachant un frémissement de bien-être.
Encore un peu mal réveillé, Albafica se laisse faire et se blottit contre son amant qui lui caresse la nuque.
- Ménage-toi, Poisson, pour l'instant Milétos est encore avec nous. Tu iras sûrement mieux dès que je me serai débarrassé de lui.
Le jeune homme réprime un bâillement :
- Il est où… ? Tu le sais ?
- Zeus nous l'a livré avec Sarpédon, quand tu t'es endormi. Ils prennent l'air à la cave.
L'annonce laisse Albafica un peu perplexe. Sarpédon ne semblait pas homme à se laisser coincer si facilement par le Maître de l'Olympe, encore moins à se laisser emprisonner dans une cave sans chercher à s'échapper.
Ou alors, il n'est pas aussi puissant qu'il le laissait croire.
- Tu vas les laisser longtemps en bas ?
- J'attendais ton réveil, répond le Juge. Je me suis dit que tu aimerais peut être m'accompagner étant donné qu'ils se sont acharnés sur toi.
Le concerné prend le temps de la réflexion. Que Minos l'ait attendu le touche, est c'est donc un peu gêné qu'il décline la proposition :
- Tu m'excuseras, mais je pense les avoir assez vu pour le restant de mes jours…
Le Spectre du Griffon hoche la tête, comprenant parfaitement son refus.
- Dans ce cas, je vais m'occuper d'eux tout de suite, ça sera fait.
Presque à regret, il lâche Albafica et quitte le lit.
- Minos…
L'interpellé s'arrête sur le seuil de la chambre, avant de tourner la tête vers lui, le regard interrogateur. Le jeune homme tripote les draps, le visage incertain, puis fini par lever ses yeux azur vers le Juge :
- Ils… Ils ont agis ainsi parce qu'ils s'aimaient… ne l'oublie pas.
Le Griffon affiche une moue sceptique :
- Permets-moi d'en douter.
Préférant éviter un débat sur les niaiseries de l'amour, Minos sort dans le couloir et prend la direction de la cave.
Si c'est ça « l'amour », merci bien ! S'en prendre à autrui pour son petit plaisir personnel, c'est totalement égoïste ! Albafica a failli mourir à cause de ces connards et en prime il souhaite que je sois indulgent avec eux ?! Qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans la tête de ce gamin ?!
Le Spectre du Griffon traverse la villa, non sans vérifier au passage l'avancée des travaux. Satisfait par la progression rapide et de pouvoir compter sur ses frères pour veiller à ce que tout se passe bien, Minos du Griffon ouvre la porte de la cave.
Si Alba veut entreposer ici le surplus d'affaires, mieux vaut que je dératise les lieux avant.
L'électricité étant déjà fonctionnelle, il actionne l'interrupteur et commence à descendre calmement les marches, la tête haute et le visage impassible.
Comme promis, Sarpédon et Milétos sont là, assis et adossés contre le mur, les pieds et les mains liés par des cordes brillantes où l'empreinte de l'Energie de Zeus est des plus reconnaissables. Dès qu'il parait, le sosie d'Albafica se met à épier ses faits et gestes avec une méfiance mêlée de crainte tandis que Sarpédon se contente de lui adresser un regard un peu las, l'air presque résigné à son sort.
Milétos sursaute lorsqu'un épais livre à la couverture de cuir se matérialise dans les mains du Spectre qui les dévisage avec un petit sourire de triomphe.
- Je fais apparaitre le tien juste après, promet Minos en s'adressant à son cadet qui ne bronche pas. Maintenant que tu es neutralisé, j'ai accès au tien et à celui de ton chéri.
De plus en plus inquiet, le fils d'Apollon regarde l'ancien Roi de Knossos ouvrir l'ouvrage avec précaution et parcourir rapidement les pages.
- Qu'est-ce que c'est… ?
- Ton Livre, celui de ton Ame, répond le rouquin. En tant que Juge, Minos peut invoquer les Livres d'Ame et décider du sort du chacun. Un mot et une signature suffisent pour nous jeter dans l'une des prisons de l'Enfer.
Les yeux bleus de Milétos s'écarquillent de peur. Précipitamment, il se met à essayer de frotter ses mains l'une contre l'autre comme s'il pouvait, par miracle, se libérer des liens divins.
- C'est tout ce que tu mérites ! ajoute le Juge avec mépris en le laissant vainement s'agiter.
- C'est injuste ! clame le concerné avec des trémolos dans la voix. Je ne mérite pas de retourner en prison !
Minos fronce les sourcils en le fusillant du regard :
- Tu ne manques pas de culot ! siffle-t-il. Zeus a parfaitement raison : tu as fait ton temps. Tu as vécu pendant de nombreuses années et en prime tu es mort de vieillesse malgré ton attitude déplorable ! Albafica est au début de sa vie, lui, et il a le droit d'en profiter enfin !
- Quelle vie ai-je eue ? s'écrie le jeune homme avec l'air scandalisé. Je n'en ai pas profité puisque tu m'as exilé et privé de celui que j'aime !
- Et c'était une raison pour m'assassiner ?
- Oui !
Le Juge s'arrête à la dernière page du Livre qu'il tient dans sa main gauche. Une longue plume blanche apparait dans la droite.
- Ton exil ne t'a pas empêché de voyager pour me tuer. Et une fois que j'étais mort, plus rien ne t'empêchait de rejoindre ton soit disant amoureux. Or, l'un comme l'autre, vous êtes restés chacun dans votre coin !
- Si on avait voulu se retrouver, on nous aurait vite séparé ! réplique hargneusement Milétos qui a oublié qu'un instant auparavant il voulait l'amadouer avec des larmes.
Minos arque un sourcil, peu convaincu et troublé par le beau faciès déformé par une profonde haine.
J'espère ne jamais voir un tel visage chez Albafica… de magnifique, il passe à presque laid !
Il soupire en faisant tourner sa plume entre son pouce et son index :
- A l'époque, Rhadamanthe aurait pu se montrer clément avec toi. Avec vous deux.
Ses yeux coulissent vers Sarpédon qui ne décroche pas un mot. Ce silence laisse le Juge des plus perplexes, il ne sait pas s'il doit s'en inquiéter ou non.
- Bref, reprend-t-il en reportant son attention sur celui qui faisait autrefois battre son cœur, c'est du passé ! De ce que j'ai compris, tu ne peux pas vivre en même temps qu'Albafica, donc tu vas dégager et retourner en Enfer.
- Certainement pas ! s'écrie Milétos en tirant comme un beau diable sur ses liens. C'est à mon tour de vivre enfin, lui c'est juste une copie ! Une copie ratée qui n'aurait jamais dû voir le jour pour commencer ! C'est à lui de disparaitre !
A grand peine, le Spectre du Griffon retient une profonde envie de le frapper avec son propre Livre jusqu'à ce que mort s'ensuive. Gardant son sang-froid, il rétorque calmement :
- Il te vaut cent fois… non, il vaut mieux, mille fois mieux que toi !
Agacé, le Juge tourne ensuite la tête vers son petit frère dont les yeux font des allers-retours entre eux :
- Et toi, pourquoi tu ne dis rien ?! Je te préviens, si tu mijotes encore un mauvais coup, je te…
- Je n'ai pas envie de me fatiguer à parler, l'interrompt calmement ce dernier en levant son regard vers lui. Tu as déjà décidé de nos sorts, alors à quoi bon… ?
La réponse le prend par surprise. Il s'attendait à ce que Sarpédon cherche au moins à se défendre, à trouver des arguments pour tenter une pseudo-justification à son comportement…
Décidemment, je ne le comprends pas plus aujourd'hui que je ne le comprenais autrefois.
Pendant quelques instants, Minos le dévisage comme si le rouquin allait prendre à nouveau la parole, mais il n'en est rien. Il baisse les yeux vers les mains et les pieds attachés ensuite, songeant qu'il n'aime guère voir un membre de sa famille ainsi prisonnier.
Cet abruti reste le petit dernier qui a grandi avec nous. Comment avons-nous fait pour en arriver là ?
- Là, comme ça, je meurs d'envie de vous balancer dans le Cocyte pour vous apprendre à interférer au milieu d'une Guerre Sainte et pour ressusciter un mort sans notre permission.
- Je ne suis pas responsable ! proteste Milétos.
Le Juge continue, imperturbable :
- Cependant, il y aurait dans ce choix une grande vengeance personnelle et je tiens à rester lucide et juste.
Il marque une pause mais n'a pas pu s'empêcher de remarquer que le fils d'Apollon s'est empressé de clamer une nouvelle fois son innocence et de rejeter ainsi la faute sur son « amoureux ».
Si c'est ça l'amour, alors moi je suis un Griffon rose !
Quant à Sarpédon, il a rivé ses yeux verts sur son ainé et semble attendre la suite, l'expression indéchiffrable.
- Si je suis clément, je puis vous envoyer dans des prisons adéquates. Sarpédon a pris beaucoup de vies, il s'est mêlé à une Guerre Divine et je ne peux fermer les yeux sur tout ceci. Il te faudra payer tes agissements, mais je veillerai à ce que tu sois sorti de là, une fois tes fautes expiées.
Le jeune frère ne bronche toujours pas. Décidé à ne pas se laisser déstabilisé par cette attitude, le Juge s'adresse ensuite à Milétos :
- Toi, tu es loin d'être un ange. Toutefois, tu es ainsi en partie à cause de mes erreurs passées … Au lieu d'une prison, je peux exceptionnellement t'envoyer provisoirement à Elysion, là où les âmes sont libres et ne connaissent aucun tourment, tu seras tranquille là-bas.
Le jeune homme plisse les yeux avec méfiance tandis que le rouquin observe son grand frère avec un certain étonnement à présent.
- Qu'est-ce que ça cache ? demande froidement Milétos. Pourquoi « provisoirement » ?
- Le temps que Sarpédon expie ses fautes dans sa prison. Lorsqu'il aura terminé, je pourrais vous réincarner tous les deux, au même endroit. Vous aurez une nouvelle vie, vous ne vous souviendrez de rien, mais vous pourrez tout de même vous retrouver et vivre ensemble si ça vous chante... à la condition que vous tombiez encore amoureux l'un de l'autre, bien entendu.
- Tu… tu es sérieux… ? interroge Sarpédon d'une voix prudente. Tu es vraiment prêt à envoyer Milétos à Elysion et à nous réincarner plus tard ?
Minos acquiesce :
- Oui, mais ma proposition est limitée dans le temps. Mon indulgence a des limites.
L'idée semble convenir à son petit frère qui tourne la tête vers son amoureux en ouvrant la bouche, sûrement pour approuver la suggestion du Juge.
- Je refuse ! crie le jeune homme sans lui laisser le temps d'en placer une. Il est hors de question que je retourne en Enfer, que je meurs à nouveau, même si c'est à Elysion ! Je veux vivre ! Et il est hors de question que j'oublie mes souvenirs !
- Milét…
Agressif, le sosie d'Albafica tourne la tête vers le rouquin et l'agresse :
- Tu m'as promis un siège sur l'Olympe ! Comment peux-tu te laisser dicter ta conduite et accepter quoi que ce soit de sa part ?! Minos est la source de tous nos problèmes !
- Puis-je te faire remarquer que nous ne sommes pas vraiment en position de force actuellement ? rétorque très calmement Sarpédon. Ce qu'il nous propose, au vu des circonstances, est de loin la solution la plus intéressante et la plus agréable pour toi.
- On ne peut pas lui faire confiance ! Il a voulu nous séparer ! Rien ne nous prouve qu'il tiendra parole !
Quelque peu blasé, Minos suit l'échange entre les deux prisonniers, hésitant à placer un mot.
Me dîtes pas que je suis en train d'assister à une dispute de couple…
Il note cependant avec soin que Sarpédon semble se montrer plutôt docile et ouvert aux suggestions, tandis que Milétos semble s'enfoncer de plus en plus dans les méandres de la rancœur et de la haine, dévoilant peu à peu une personnalité bien différente de ce que le Juge croyait voir chez lui autrefois.
Et son petit frère semble savoir utiliser sa tête pour réfléchir, ce qui le surprend presque.
- N'est-ce pas ce dont on essaye de se convaincre… ? murmure le rouquin. Ainsi, nous avons pu jeter aussi tous les blâmes sur lui alors que nous avons certainement aussi des choses à nous reprocher. Minos était peut-être un salaud… autrefois. Là, pour le présent, il prend tout de même la peine de chercher une solution pour nous arranger, alors…
- Ta gueule ! le coupe Milétos avant de lui cracher dessus. Tu t'écrases devant lui, tu n'as pas changé ! Va te faire foutre avec tes promesses de grandeur, espèce de traitre !
Les yeux ronds, Minos regarde le crachat qui s'est écrasé sur la joue de son cadet. Celui-ci reste bouche entrouverte de stupéfaction, figé, ne songeant même pas à s'essuyer contre son épaule. Le Juge sent malgré lui son cœur se serrer en voyant la lueur de déception, la blessure qui se met à paraitre brièvement dans les prunelles vertes de Sarpédon. Ce dernier détourne ensuite le regard en refermant les lèvres et semble se replier sur lui-même, comme un petit enfant qui se réfugie dans sa coquille.
- Ce cirque a assez duré, tranche le Juge d'Hadès. Tu as laissé passer ta chance, Milétos !
D'un geste assuré et sans écouter les protestations du fils d'Apollon, il pose sa plume contre la feuille parcheminé du Livre et renvoie en quelques mots l'âme du jeune homme dans la Septième Prison, estimant que l'Elysion ne mérite pas d'accueillir un être tel que lui.
Privé de vie, le corps si semblable à celui d'Albafica s'effondre sur le sol de la cave, telle une poupée désarticulée.
En silence, Minos referme le Livre et le renvoi en Enfer. Un instant plus tard, l'épais ouvrage racontant la vie de Sarpédon apparait dans ses mains à la place.
Au suivant !
- Est-ce que tu es prêt… ? demande-t-il à son petit frère d'une voix un peu trop douce.
Le rouquin contemple le cadavre aux cheveux bleus près de lui, les yeux humides :
- Peu importe… Fais ce que tu as à faire…
Minos baisse les yeux vers le grimoire et l'ouvre. Une part de lui aurait presque envie de réconforter le pleurnichard devant lui, de lui faire remarquer que Milétos ne méritait certainement pas tout ce qu'il a fait pour lui.
Et puis quoi encore ?! Il a foutu la merde aussi ! J'ai pas à m'apitoyer sur cet énergumène. Il va vite retourner d'où il vient et après on n'en parle plus !
Arrivé à la dernière page, il reste stupéfait. Pour la première fois de sa longue carrière de Juge d'Hadès, il se trouve devant quelque chose d'inédit. C'est bien le livre d'une personne qui est morte qu'il tient, il peut même lire la dernière ligne :
« Tué par Patrocle. Guerre de Troie. »
Mais c'est bien là le problème, il n'y a rien d'autre inscrit dessous… Ni la signature de Rhadamanthe ou d'Aiacos, ni d'inscription indiquant dans quel Cercle des Enfers il a été envoyé. Rien. C'est totalement inédit comme situation.
Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?!
Minos hésite, il ne comprend pas vraiment. Les sourcils froncés, il reprend sa plume et écrit « Elysion. » suivi de sa signature.
Mais rien ne se passe. Sarpédon lève des yeux las vers lui, comme s'il s'attendait à ce phénomène et qu'il n'en éprouvait aucune joie. Pire ! L'encre s'efface de la dernière page et ne laisse à nouveau que les deux dernières lignes : « Tué par Patrocle. Guerre de Troie ».
Sentant la moutarde lui monter au nez, le Juge fusille le rouquin du regard :
- Qu'est-ce que tu as encore foutu ?!
- Rien…
- Menteur ! Tu prépares un nouveau coup tordu, c'est ça ?! Tu commences à me gonfler !
- Je n'y suis pour rien, proteste mollement son petit frère. Je ne sais pas pourquoi ça échoue…
- Et pourtant tu avais l'air de le savoir parfaitement ! Tu n'es même pas surpris !
Sarpédon reste muet. Minos s'avance d'un pas, prêt à le saisir par le col et à le secouer comme un prunier, voire à le frapper, pour le faire parler.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu en mets du temps…
Il se retourne en entendant la voix de son grand frère. Rhadamanthe est en train de descendre les marches, suivi de près par Albafica qui enchaine :
- Comme tu es long à remonter, on commençait à s'inquiéter…
Sarpédon soupire et écarte les mains, détruisant comme de rien les liens empreints de l'Energie de Zeus. Il se remet debout et se libère de la même façon de ceux qui entravent ses pieds.
- Tu ne bouges pas d'ici ! aboie Minos.
- Inutile que je reste ici, rétorque le rouquin, puisque Milétos est retourné en Enfers.
Rhadamanthe tend un bras derrière lui, empêchant Albafica d'avancer davantage. Il se méfie de cet étrange petit frère qui a pu briser si facilement les entraves divines et craint qu'il ne s'en prenne à l'ex Chevalier des Poissons.
- Qu'est-ce que tu attends, Minos ? s'enquiert-il.
- Je ne peux rien faire, Rhadamanthe ! réplique sèchement le Juge en tournant le Livre vers lui. Vois par toi-même ! Tu notes le problème ?
L'aîné des frères observe la partie blanche de la page en fronçant davantage les sourcils. Il saisit la plume de Minos et signe à son tour, pour voir également son nom s'effacer juste après. Il relève ses yeux d'or, interrogateurs, vers Sarpédon qui s'est penché et qui soulève Milétos dans ses bras.
Quelque chose nous échappe… Sarpédon ne peut posséder le pouvoir de défier à ce point la mort…
- Où tu vas ?! demande Minos en voyant le rouquin faire deux pas vers la sortie avec son chargement.
- Je ne vais pas laisser son corps pourrir dans ta cave, répond calmement l'interpellé. Je voudrais au moins l'enterrer.
- Il n'est pas question que tu sortes d'ici ! Tu es suspect !
- Laisse-le faire, intervient Rhadamanthe sans quitter son plus petit frère du regard. Mais j'aimerai qu'une fois Milétos mis en terre, tu reviennes parler avec nous, Sarpédon. Il y a des questions en suspens.
La force et les menaces ne nous seront d'aucune utilité, surtout en sachant qu'il est plus puissant que nous. Tâchons d'employer une manière plus douce afin de comprendre, il jouera peut être le jeu…
- Nous n'avons pas la moindre garantie qu'il reviendra pour discuter ! proteste le Spectre du Griffon. Il veut s'en prendre à l'Olympe !
Albafica observe Sarpédon, notant la façon dont ses mains sont crispées autour de Milétos, sa façon de battre rapidement des paupières par moment en détournant un peu la tête comme pour dissimuler des larmes qui voudraient paraître, sa façon de s'accrocher à ce cadavre comme à un doudou. Prudemment, il avance de quelques pas et dépasse le Spectre du Wyvern :
- Ecoute Rhadamanthe, Minos, et laisse faire Sarpédon pour le moment.
Sans laisser le temps à son amant d'en placer une, il se tourne vers le rouquin :
- Si tu ne sais pas où le mettre en terre, tu peux disposer du jardin ici. Bien sûr, il n'y a encore rien comme plante pour le moment, mais je compte bien l'enjoliver et son corps pourra reposer tranquillement et en paix.
Il devine Minos qui reste bouche bée et évite soigneusement de le regarder, occupé à faire face à Sarpédon qui le dévisage longuement avant de hocher lentement la tête.
- Merci, Albafica… murmure-t-il.
- T'es complètement malade ! s'emporte Minos tandis que Rhadamanthe s'écarte pour laisser passer le rouquin. C'est quoi cette gentillesse déplacée ?!
Le jeune homme tourne la tête vers son amant :
- Tu ne vois pas qu'il a besoin de s'isoler ? Il vient de perdre, encore, celui qu'il aime après tout le temps et les efforts qu'il a fourni pour essayer de le ramener. Je n'approuve pas ses méthodes, mais il y a de quoi avoir envie de pleurer, tu peux bien lui accorder un peu d'intimité.
- Et s'il en profite pour foutre le camp ?
- L'Olympe est habitée par des Dieux, je te rappelle, réplique Albafica. Et Zeus m'a tout l'air capable de savoir se défendre… Je doute toutefois que Sarpédon prenne la fuite.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demande doucement Rhadamanthe.
Le jeune homme hausse les épaules. Minos roule des yeux agacés. Le Spectre du Wyvern, estimant qu'il n'a plus rien à faire dans la cave, se détourne et remonte les marches de l'escalier laissant les deux amants en tête à tête.
Albafica se rapproche du Griffon qui continue de faire la tête :
- Je vais mieux… Je pense avoir senti le moment où Milétos nous a quitté, je me suis senti soudain plus… léger… Ma fatigue s'est envolée d'un coup.
Intéressé par la nouvelle, Minos a beaucoup de mal à garder sa contrariété affichée. Il l'observe avec attention, remarquant effectivement que les joues sont moins pâles et les yeux ne sont plus cernés. Seuls les cheveux courts témoignent du calvaire subit par le jeune homme et rappellent qu'il aurait pu y rester plus d'une fois.
- Voilà une bonne nouvelle, admet le Juge à mi-voix avant de l'embrasser sur la tempe.
coucou tout le monde ! Sorry, la partie 2 de ce chapitre sera publiée la semaine prochaine... mais bon, vous avez déjà de quoi cogiter avec ce chapitre-ci.
Merci aux personnes qui ont commenté ! Et coucou tous ceux qui viennent du blog "le monde de Tenshiblood". Comme vous l'avez peut être remarqué, la plateforme a fermé depuis... d'où l'ouverture de l'autre blog "Le Jardin d'Albafica".
Je comptais d'ailleurs faire un article un peu FAQ, donc si vous avez des questions (pas forcément en rapport avec la fic) n'hésitez pas à me les poser ici en commentaires/MP ou bien en commentaire et mp sur le blog. Je vous répondrais avec grand plaisir !
Merci encore à vous tous...toutes (je suppose que vous êtes majoritairement des filles)
Bonne rentrée pour ceux qui reprennent le chemin de l'école, bonne vacances pour ceux qui le sont encore !
