Les oiseaux s'affolèrent soudain. Alana et Sahya levèrent les yeux au ciel. Hermione se releva d'un bond. Elle regarda Harry avec anxiété. Comme un réflexe, il la prit dans ses bras. Ron se leva et s'appuya contre l'arbre en fronçant les sourcils. En moins d'une minute, ils furent pris en embuscade. Sans pouvoir réagir, une horde de guerriers arriva en trombe et les encercla. De gigantesques lances leur barrèrent le passage, les obligeant à se rassembler. Une femme assez petite et d'une grande beauté s'approcha d'eux. Elle portait une sorte d'armure constituée uniquement de cuir et incrustée de pierres précieuses. Un magnifique collier ornait son cou. Une chaîne apparemment en or soutenait un pendentif en forme de croix à quatre branches parfaitement égales. Des pierres rouges et vertes étaient insérées dans chacune des branches, certainement des rubis et des émeraudes. Une pierre plus grosse, d'un bleu océan se situait au centre de cette croix et ressemblait à s'y méprendre à un œil. Le regard de nos voyageurs s'attardèrent sur l'exceptionnel bijou. La jeune femme s'approcha encore et s'adressa à Sahya.

- Que faites-vous ici ? demanda-t-elle d'un air autoritaire.

- Nous sommes à la recherche d'une coupe de grande valeur, lâcha Sahya.

La jeune guerrière regarda la Grande Prêtresse avec suspicion.

- Ça ne répond pas à ma question. Que faites-vous dans notre forêt sacrée ?

- En fait, nous venons vous voir, affirma Alana.

La guerrière haussa un sourcil.

- Vous pensez peut-être que nous détenons votre coupe ?

- En effet, confirma Sahya. Et nous voudrions, avec votre accord, la récupérer.

- Et pourquoi cela ?

- Ce serait trop long à vous expliquer mais…

- Amenez-les au camp ! la coupa la guerrière en s'adressant à ses hommes. Nous en discuterons là-bas.

Les guerriers leur attachèrent les mains et les conduisirent à un camp militaire à une heure de marche de la cascade. La jeune femme ordonna que l'on place Alana, Harry, Hermione et Ron dans une tente, solidement attachés. Sahya fut conduite dans l'une des plus grandes tentes. Lorsqu'elle entra, elle fut stupéfaite par la beauté des lieux. Les Kimaneos étaient réputés pour apprécier les objets de valeur et leur goût surdimensionné pour les belles choses. La guerrière donna congé à deux de ses hommes et resta seule avec Sahya. Elle sortit un poignard plongé dans sa botte droite et se mit à la hauteur de Sahya, un sourire malicieux accroché à ses lèvres. Elle passa derrière elle et lui détacha les mains. Elle lui indiqua un siège puis elle monta sur une chaise en hauteur. Elle plaça un diadème d'argent sur son front et mit ses mains sur les accoudoirs couverts de cuir de son fauteuil.

- Nous ne nous sommes pas présentées, dit-elle à Sahya. Je suis Kerys, reine des Kimaneos. Toi et tes compagnons avez pénétré sur mes terres sans raison valable. Dis-moi qui tu es et ce que tu veux.

- Je m'appelle Sahya et je suis la Grande Prêtresse du Temple de Fallen. Je suis venue sur tes terres pour te rencontrer. Comme je te l'ai dit, je recherche une coupe de grande valeur et je pense qu'elle est en ta possession.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Une vision.

- Une vision ? Soit.

Elle tendit son bras gauche et désigna un objet près de Sahya.

- Est-ce cela que tu cherches ?

Sahya se tourna et aperçut une coupe sertie de pierres précieuses. Machinalement, elle se leva et souleva la coupe. Sur son socle était gravé le blason de la famille Poufsouffle.

- C'est bien celui-là, reconnut Sahya. Aussi je te demande, car je sais que chez toi tout se négocie, comment je peux récupérer cette coupe.

- En effet, tout se négocie chez moi. Puisque tu connais apparemment bien notre peuple, tu dois savoir qu'un monstre sème la terreur dans notre Lac Bleu. Je n'ai pas besoin de cette coupe, elle est ordinaire pour moi. Voici ce que je te propose. Détruis le monstre du Lac Bleu et cette coupe te reviendra.

- Je n'ai jamais été une grande guerrière. N'y aurait-il pas un autre moyen pour obtenir cette coupe ?

- Non, répondit sèchement Kerys. Mais il n'est pas nécessaire que ce soit TOI qui le combatte. L'un de tes compagnons peut le faire à ta place. Enfin, si l'un d'eux est assez courageux…

La Grande Prêtresse se mit à réfléchir. « Seul Harry pourrait y arriver », se dit-elle. « Je n'ai pas le choix ».

- Très bien. J'accepte.

- Parfait. Marché conclu.

Kerys descendit de son siège et serra la main de Sahya.

- Je tiens à me débarrasser au plus vite de ce monstre. J'aimerais choisir celui qui sera le plus apte à mener ce combat parmi tes compagnons.

- Comme tu voudras.

Les deux jeunes femmes sortirent de la tente et Kerys ordonna qu'on relâche les prisonniers. Elle leur demanda de s'aligner et elle passa devant eux en les observant attentivement. Elle avait beau être petite, la reine des Kimaneos était impressionnante. Elle avait une prestance inégalable. Elle regarda tour à tour Alana, Hermione, Ron puis s'arrêta sur Harry. Elle le fixa, cherchant à percer le mystère de ce jeune homme à travers ses yeux. Elle pencha la tête à droite puis à gauche, dubitative. Son regard se leva et se posa sur le front du jeune Griffondor. Un signe étrange se cachait derrière une mèche de cheveux. Harry n'appréciait pas qu'on l'observe de la sorte mais il n'osa pas broncher. D'un geste rapide et assuré, Kerys souleva la mèche et resta figée un instant lorsqu'elle vit un éclair. Elle abaissa sa main et recula d'un pas comme si elle avait vu quelque chose d'effrayant. Harry ne s'attendait pas à une telle réaction et il fronça les sourcils, ne comprenant pas la réaction de la reine. Elle se tourna vers le camp et appela ses guerriers. Elle leur fit de grands gestes et leur parla en Kimaneen. Elle montrait de temps à autre Harry et sa cicatrice. Les hommes et femmes présents semblaient apeurés mais en même temps excités par ce que leur disait leur reine. Alana, Hermione, Sahya et Ron regardèrent Harry abasourdis par ce qui se passait. Le Griffondor haussa les épaules et ouvrit les mains vers le ciel en signe d'incompréhension. Il était tout aussi surpris. La reine se retourna vers lui et parla enfin dans un langage compréhensible. Elle le pointa du doigt.

- C'est toi qui combattra le monstre du Lac Bleu !

Harry resta bouche-bée.

- Quoi ! interrogea Hermione.

- La reine a choisi Harry. Ça faisait parti de notre accord, annonça Sahya.

- Quel accord ? s'énerva Hermione.

- Harry doit combattre et surtout tuer le monstre du Lac Bleu. S'il y parvient, nous récupèrerons la Coupe de Rowena Serdaigle, répondit Sahya.

- Et s'il échoue ?

- S'il échoue Hermione, nous aurons tout perdu…

- Pas question ! Harry n'ira pas se faire tuer !

- Il n'a pas le choix…

- Tu aurais pu lui demander son avis avant, s'emporta Hermione.

- Je n'avais pas le choix non plus. Nous étions prisonniers des Kimaneos je te signale…

- C'est pas une raison !

- Calme-toi Hermione, lui demanda Harry. Je ferai ce qui a été décidé.

- Mais…

- Ma vie a peu d'importance. Il faut à tout prix empêcher Voldemort de devenir puissant et le détruire à jamais. Si c'est la seule façon d'y arriver, alors je dois prendre ce risque…

- Harry, je…

Il la regarda avec une infinie tristesse puis se tourna vers la reine.

- Quand dois-je affronter le monstre ?

- Demain, à l'aube, ordonna la reine.

- Très bien.

- En attendant, je vais vous faire préparer des tentes pour chacun d'entre vous. Reposez-vous, vous aurez besoin de toutes vos forces demain.

La reine transmit ses ordres et disparut dans sa tente. Des hommes et femmes montèrent cinq tentes les unes à côté des autres en un temps record. Chacun s'installa dans l'une d'elles, appréciant la douceur des peaux jonchant le sol, le moelleux de leur lit. Hermione faisait les cent pas, Ron regardait avec avidité les plats de fruits et de confiseries qu'on lui apportait, Alana admirait inlassablement un petit coffret en bois précieux, Sahya méditait silencieusement et Harry poussait de longs soupirs, allongé sur son lit. Hermione, n'y tenant plus, rejoignit Harry dans sa tente. Elle le trouva allongé, le regard dans le vide. Il semblait inquiet. Elle s'approcha de lui.

- Harry, est-ce que ça va ?

- Disons que ça pourrait aller mieux.

- Tu n'es pas obligé de faire ça…

- Si, je le suis Hermione. Je n'ai pas le choix.

- On a toujours le choix Harry.

- Non. Pas moi.

Il se releva et s'assit à côté d'Hermione, au bord de son lit.

- Tu sais Hermione, j'ai longtemps souhaité être heureux. Et maintenant que je le suis enfin, avec toi, je dois combattre je ne sais trop quel monstre et risquer de te perdre…

- Harry…

- Je n'espère qu'une chose. Que tu trouveras ton bonheur si je ne suis plus là…

- Harry ne dit pas ça, s'il te plaît.

- Je ne sais pas ce qui m'attend demain. Peut-être que cette fois-ci je n'y arriverai pas…

- Harry, je t'ai vu combattre tant de monstres et n'oublie pas que tu as survécu aux attaques de Voldemort. Je doute que ce monstre soit pire que lui.

- Certes. Mais je commence à être fatigué de devoir toujours me battre. Est-ce qu'il y aura un jour où je pourrai vivre enfin en paix ?

- Lorsque cette guerre sera terminée, nous pourrons vivre heureux. Je te le promets.

- Ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir…

- Je te le promets, insista Hermione.

Harry lui sourit et l'embrassa.

- Je me demande comment j'ai pu vivre sans toi jusqu'à maintenant.

- Je me le demande aussi, ironisa-t-elle.

- Je t'aime Hermione.

La Griffondor ne s'attendait pas à une telle déclaration et resta bouche-bée. « Moi aussi je t'aime Harry », pensa-t-elle. Il l'embrassa à nouveau et l'allongea sur le lit. Elle se laissa emporter. Il laissa son imagination guider ses mains. Hermione appréciait chaque geste, se sentant frissonner parfois. Il ne se lassait pas de déposer un baiser sur chaque parcelle de peau qu'elle voulait bien lui laisser découvrir.

Quelques mètres plus loin, une jeune fille restait rêveuse devant son minuscule coffret. Elle le prit et se décida à l'ouvrir. Un collier en argent s'y trouvait. Elle le retira de son écrin et le passa autour de son cou. Un H serti de diamants se déposa discrètement sur sa peau. Elle retira un petit miroir de son sac et s'admira. Elle sourit. Elle ferma les yeux, posa le miroir sur son lit et serra la magnifique lettre au creux de sa main. Elle poussa un long soupir, admira une dernière fois son collier puis elle le décrocha et le replaça dans le coffret. Elle sortit ensuite sa baguette. Elle était vieille. Sa couleur d'origine avait presque disparu et elle était abîmée à son extrémité. Alana adorait cette baguette pourtant. Comme tout sorcier qui se respecte, elle possédait sa propre baguette, restée neuve d'ailleurs, mais elle ne l'avait pas apportée. Elle préférait cette vieille baguette qu'elle avait reçue le jour de ses 17 ans. Un cadeau inestimable qui cachait un lourd secret. Elle s'était jurée de n'utiliser que cette baguette pour lutter contre son pire ennemi : Lord Voldemort. Et elle comptait bien se débarrasser de lui. Cet être infâme avait gâcher sa vie, lui volant une partie d'elle-même : son père. Père qu'elle n'avait jamais connu et qu'elle tenait pourtant à venger. Elle se l'était promis. Quoiqu'il arrive, elle le tuerait même si elle devait mourir elle aussi. Et ce qui la réjouissait le plus, c'est qu'elle le tuerait avec CETTE baguette. Baguette qui n'avait pas pu sauver son propriétaire quelques années auparavant. Après quelques instants d'ultime contemplation, Alana la remit dans son sac, y rangea également le petit coffret puis cacha le sac sous son lit. Elle prit son miroir et dans un murmure inaudible, elle se dit :

- J'espère ne pas avoir à regretter ce que j'ai fait ni ce que je vais faire.

- Tu n'auras rien à regretter, confirma une voix derrière elle.

Alana se retourna et vit Sahya à l'entrée de sa tente.

- Le doute est un redoutable ennemi, n'est-ce pas ?

- En effet. Ne t'inquiète pas tout ce passera bien.

- Et s'il ne s'en sort pas vivant ?

- Il s'en sortira.

- Tu es bien sûre de toi Sahya.

- Tu l'as dit toi-même. « Le doute est un redoutable ennemi ».

- Oui, c'est vrai.

- Nous allons bientôt atteindre notre but. Nous ne pouvons pas faire marche arrière.

- Je sais mais… j'ai peur Sahya. Peur d'échouer.

- Tu n'échoueras pas Alana.

- Tout est déjà si différent…

- Oui. Les changements bouleversent l'Univers. Mais, si nous pouvons changer les destins, certains événement seront inévitables. Leur issue par contre est imprévisible.

- J'ai pris un risque et je l'assumerai.

- Nous l'assumerons ensemble.

- Merci Sahya.

La Grande Prêtresse adressa un grand sourire à sa disciple.

- Ne te pose pas trop de questions, conseilla-t-elle.

- Je vais essayer.

- Maintenant repose-toi. Demain sera riche en émotion.

- Je n'en doute pas. A demain Sahya et merci encore de ton soutien.

- De rien. Je ne fais que mon devoir. A demain.

La Grande Prêtresse laissa Alana seule. La jeune fille passa l'entrée de sa tente et admira le coucher du soleil. La journée avait filé à une vitesse folle. Le crépuscule céda bientôt sa place à la nuit noire. Peu à peu les âmes s'endormirent, plongeant le camp dans un silence absolu.