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L'ambiance dans le parc de la Villa Borghèse était paisible et le fond de l'air agréablement chaud en cette fin novembre. Quelques gamins jouaient au foot dans les allées et plusieurs corbeaux bicolores se posaient aux pieds de Carmen, qui s'amusait à leur lancer quelques miettes de pain. John, le timide malgache, regardait les oiseaux qui pataugeaient dans la fontaine et Lily, cachée sous sa frange noire, silencieuse et effacée, avait, comme à son habitude, ses yeux bridés rivés sur l'écran de son Smartphone.
Pensif, Eirik s'approcha d'un pin parasol d'une quinzaine de mètres de haut et, le regard perdu dans le vide, il posa sa main sur la vieille écorce, sans voir le sourire amusé de Joshua, qui était assis face à la fontaine et qui s'adressa à lui dans un islandais correct :
— Tu avais déjà voyagé hors de l'Islande ?
— En Norvège, simplement… Et encore, c'était dans les Fjords du Nord, ce n'est pas si différent de Reykjavík…
— Donc… Je ne me trompe pas si je suppose que c'est la première fois que tu vois des arbres aussi grands…
Eirik haussa une épaule et leva le regard pour admirer la cime des arbres et il concéda avec douceur :
— Là où j'habitais, il y a quelque chose qui est considérée comme la plus grande forêt d'Islande… C'est une concentration d'arbustes qui s'étend sur une dizaine de kilomètres carrés… Mais aucun ne dépasse le mètre cinquante… C'est la première fois que je suis dans une vraie forêt…
Joshua rigola franchement et il apprit gentiment à l'islandais que la cinquantaine d'arbres bien taillés qui poussaient dans ce parc ne formait pas une forêt et Eirik rougit légèrement, conscient qu'il devait paraître bien naïf. Mais il était réellement dépaysé : entre la végétation verte de Rome, la foule quasi perpétuelle, la chaleur de l'air et l'ambiance saturée d'histoire qui régnait dans la ville, il avait du mal à trouver ses repères, rien n'était semblable à ce qu'il avait déjà connu, mais ce dépaysement lui faisait un bien fou.
Ce fut l'arrivée de Camille qui lui offrit une diversion et le libanais fit une grimace en passant une main gênée dans ses boucles noires :
— Bon, ça va être chaud pour la visite de la Villa… Il n'y a plus de place pour la session de quinze heures… Il faudra revenir demain… C'est dommage, parce que c'est la plus belle collection d'œuvres de la Renaissance du monde… Ca vaut franchement le détour…
Joshua haussa les épaules en remontant ses lunettes sur son nez et parla en anglais :
— C'est pas grave, c'est juste des tableaux…
— Prend pas ce ton condescendant, ça fait un mois que j'essai de te convaincre que Rome est la plus belle ville du monde et que tu ne trouveras jamais mieux ailleurs… Rien que l'architecture et la décoration de la villa sont à couper le souffle ! Fais un effort s'il te plait !
Le petit blond leva les yeux au ciel, mais Eirik fronça les sourcils et sortit un badge que Salaï lui avait donné le matin même.
— Et avec ça ? Ça ne marchera pas ? C'est écrit en italien, je ne sais pas de quoi il s'agit, mais je crois que c'est utilisable pour ce genre de chose.
Camille, sans un mot, lui prit le passe des mains et il eut un petit rire nerveux en décryptant ce qui y était marqué.
— Tu ne t'emmerdes pas toi… Apparemment, ce truc t'ouvre toutes les portes de Rome… Ca valait bien le coup que je me fasse chier à faire la queue alors qu'en fait, on peut rentrer comme on veut…
— Désolé, j'avais oublié que je l'-
— Pas grave ! Du coup, on fait quoi, on va à la Villa maintenant ?
Les autres lycéens acquiescèrent et Camille garda le passe en main alors qu'ils se dirigèrent vers la villa et, fièrement, il le présenta aux gardes qui les laissèrent rentrer sans un mot. Seul Eirik resta un peu en retrait, mal à l'aise et jetant de nombreux regards derrière lui, sentant un désagréable sentiment de danger remuant au fond de lui.
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Raphaël inspira profondément dans son sommeil avant d'ouvrir doucement les yeux. La pièce dans laquelle il dormait était plongée dans le noir, aucun rayon de lumière ne filtrait à travers les volets clos et il resta immobile un instant en cherchant à remettre de l'ordre dans ses pensées, le bras qui était enroulé autour de sa taille ne l'aidait pas vraiment. Délicatement, il se retourna et, après une franche hésitation, il se lova un peu plus contre le torse de Thorin qui affermit sa prise malgré son sommeil.
Raphaël avait un souvenir plutôt net des derniers évènements : l'explosion du centre des services du JCP, l'enlèvement de Lucas et Théo, l'opération pour les récupérer et le final avec Azog sur le fleuve gelé, qui avait un goût de déjà vu. Il resta pensif un long moment, ses yeux ouverts fixant le vide et ses doigts traçant des arabesques aléatoires sur la peau du plus vieux. Petit à petit, ses pensées dérivèrent pour ne se concentrer que sur Thorin, ou, plutôt, Théo, et l'attirance quasi-viscérale qu'il ressentait pour lui et qui avait éclos de manière totalement inattendue, le prenant au dépourvu. Mais il se souvint de la haine que celui-ci affirmait lui vouer et il soupira en immobilisant ses doigts sur le torse du plus grand.
Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas la manière dont le souffle de Théo s'allégea alors qu'il se réveillait doucement lui aussi, et il sursauta lorsque la main du plus grand se referma sur la sienne. Le canadien bougea lentement, sans lâcher la main de Raphaël, pétrifié, qu'il épingla sur le matelas au dessus de sa tête alors qu'il s'installa sur lui pour plonger son visage dans le creux de son cou et parler d'une voix amollie par le sommeil :
— Qu'est-ce que tu fous dans mon lit, toi ?
— Je prends les heures de repos que tu m'avais promis. Et techniquement, ce n'est pas ton lit, mais celui que ton grand-frère nous prête.
Théo ouvrit un œil pour regarder nonchalamment autour de lui, posant sa jour sur l'épaule de Raphaël qui n'osait pas vraiment bouger, troublé par la proximité et l'attitude presque affectueuse du brun qui resta silencieux un long moment, avant de reprendre distraitement :
— Finn n'est pas là ?
— Je n'en sais rien. Il était avec nous à l'hôpital, toi tu étais inconscient, Rob nous a ramené tous les deux ici. Je crois que Finn est resté pour gérer la suite. Il avait promis à Rob de rentrer prendre du repos.
— S'il lui a promis une chose pareille, alors il est certainement dans cette maison lui aussi.
— Il y a aussi ton pote, Jayden, qui a appelé pour nous dire qu'il était dans un vol pour Montréal, avec sa petite-amie.
— Il va encore trouver le moyen de m'engueuler…
Théo poussa un soupir ensommeillé et il plongea à nouveau son visage dans le creux de la gorge du plus jeune qui, après une brève hésitation, remonta sa main, simplement couverte d'une attelle après que les médecins de l'hôpital lui aient retiré son nouveau plâtre imbibé d'eau, le long du flanc du plus vieux pour la poser dans le creux de ses reins, simplement recouverts d'un T-shirt sombre.
— Il est quelle heure ?
— Aucune idée… Il fait encore nuit, j'ai l'impression.
Thorin soupira avant de se redresser pour tâtonner sur la table de nuit et récupérer son portable. Il fronça les sourcils en remarquant que les paramètres de son téléphone avaient été modifiés et il soupçonna Rob d'avoir désactivé la 4G et le réseau pour s'assurer que personne ne le dérange pendant son sommeil.
— Il est quatre heure.
— Seulement ? J'ai l'impression d'avoir dormi bien plus longtemps !
— C'est normal, on est le 20, on a dormi deux jours…
L'annonce jeta un froid à Raphaël qui écarquilla les yeux avant de bondir, effaré.
— Deux jours !? Mais-
— Calme-toi, Petit Prince…
D'un bras langoureux, Théo attrapa la taille du plus petit pour le forcer à se rallonger, amusé de la tension qui parcourait maintenant le corps du blond.
— Je suis ton supérieur direct, tu n'as aucun compte à rendre et, après les derniers événements, tu mérites toutes ces heures de sommeil. Maintenant, rallonge-toi et ne fais pas chier.
D'une pression, il le colla à lui et, abandonnant la taille, sa main partit mollement jouer avec les cheveux de Raphaël qui se tendit en grinçant des dents, offusqué par le ton et l'attitude autoritaire qui lui rebroussèrent le poil.
— J'ai déjà tué des gens pour moins que ça, tu sais…
— Shh… Tu oublies que tu n'es plus un seigneur elfe…
Raphaël resta silencieux, assimilant ce qu'il venait de dire, puis il ouvrit les yeux et il se redressa sur ses coudes pour faire face à Théo, qu'il observa un instant sans dire un mot, avant de parler doucement, sur un ton de reproche :
— De nous deux, ce n'est pas moi qui devrait oublier ce point-là…
Le brun lui rendit son regard, semblant ne pas comprendre l'insinuation, mais un léger sourire étira ses lèvres lorsque, doucement, Raphaël prit son visage en coupe et se pencha sur lui pour déposer un doux baiser sur sa bouche, cherchant à cacher sa nervosité. En réponse, le brun posa une nouvelle fois ses mains sur sa taille, avant de les faire passer sous le T-shirt trop grand, prêté par Rob, pour les glisser dans son dos qu'il caressa sensuellement.
Appréciant le toucher, Raphaël se cambra et se laissa guider par Théo qui l'invita à s'allonger sur lui tout en continuant de l'embrasser avec volupté.
Puis le brun, d'un mouvement souple, échangea les positions, et se sépara sensiblement de lui pour le regarder dans les yeux, un étrange sourire flottant sur ses lèvres fines :
— Tu es vraiment difficile à cerner, tu sais ?
Raphaël haussa un sourcil et il se contenta d'entrouvrir ses lèvres lorsque Théo vint les clamer à nouveau et un long frisson parcourut son corps quand le plus grand plaça un genoux entre ses cuisses.
— Je ne pensais pas que tu hésiterais avant de tirer… Quand j'étais sur la glace… Sans parler de ton intervention face à Azog, à l'aérodrome… Rapide, efficace et, surtout, totalement inattendue… Avec Lucas, nous ne pensions pas y réchapper ou, alors, tu étais peut-être la dernière personne de qui nous attendions de l'aide…
— Tu sais que ce n'est pas pour Lucas que j'ai fait ça…
— Je le sais, oui.
La voix s'était considérablement réchauffée, presque joyeuse, et Théo se redressa en lui lançant un sourire énigmatique, puis, sans le quitter des yeux, il bougea son genoux de manière à inciter le plus jeune à écarter les jambes pour qu'il puisse y prendre place.
Mais Raphaël résista en le gratifiant d'un regard grave et Thorin retint un soupir frustré, se résignant à accepter les réticences du blond.
Il posa ses doigts sur sa gorge et ses joues, caressant doucement son visage, puis il se pencha sur lui pour l'embrasser, apportant dans l'échange une tendresse nouvelle qui donna à Raphaël l'impression de chavirer.
Sans cesser de l'embrasser, il fit descendre sa main le long du T-shirt, jusqu'à empoigner le bout du tissu, puis il se sépara du plus jeune afin de lui passer le vêtement par dessus la tête. Il en profita pour se redresser et allumer la lampe de chevet afin d'admirer la vue du jeune homme alanguis sensuellement sous lui, sans manquer le regard perplexe de Raphaël, qui semblait pris au dépourvu, voire même inquiet de la tournure de la situation.
— Ne me regarde pas comme ça, Petit Prince, je n'ai pas l'intention, de te manger… Mais Azog est mort, ma famille est maintenant en sécurité et, en plus, je sais où sont Fili et Kili… Tout est fini… Je peux enfin me consacrer à moi…
Théo posa ses paumes sur le ventre du plus jeune qui restait immobile et soudain nerveux, car il lut sans mal dans le regard gourmand du canadien ce qu'il avait en tête pour profiter des dernières heures avant l'aube, et, surtout, pour fêter l'aboutissement de sa quête.
Pour confirmer son intuition, les mains se mirent en mouvement et caressèrent son épiderme, l'une restant sur son ventre et ses flancs, l'autre migrant vers la gorge, qu'elle effleura gentiment avant d'englober la joue.
— Et, pour couronner le tout : la raison pour laquelle plus personne n'est là pour menacer ma vie et ma famille, c'est grâce à l'intervention de la très appétissante réincarnation d'un roi elfe tout puissant…
Raphaël ne dit rien et Théo s'approcha encore, jusqu'à ce que son sourire ne frôle les lèvres du plus jeune qui ne broncha pas.
— Incarnation qui ne pourra pas cacher le fait que… Si elle a fait tout ça, c'est pour moi… Surtout pas après avoir passé deux jours à dormir dans mes bras…
Le blond eut l'idée de protester, mais tous les deux savaient que Théo avait raison, alors il se contenta de rougir légèrement et il ferma les yeux lorsque le canadien posa un premier baiser sur ses lèvres.
— Autant fêter tout ça dignement…
Il revint embrasser Raphaël, plongeant fougueusement sa langue dans sa bouche pour s'emparer de celle, plus timide, du jeune homme, qu'il fit danser sensuellement. Raphaël refusa de se donner sans combattre, comme à son habitude et, passant sa main dans les cheveux de Théo pour empoigner les mèches qui filaient entre ses doigts, il envahit la bouche du brun avec exigence. Thorin se laissa faire de bonne grâce, appréciant sentir la faim du plus jeune contre son palais, mêlée à ce goût si particulier qui lui était propre : la fragilité de Raphaël combinée à l'impétuosité de Thranduil et Théo ressentit un profond désir fluctuer en lui, enflant graduellement dans ses veines.
— Don't.
Raphaël gronda dangereusement lorsque Théo tenta, une nouvelle fois, de lui écarter les jambes pour prendre place entre ses cuisses et le canadien s'éloigna sensiblement, rompant le baiser, pour le regarder dans les yeux, soudain sérieux.
— Il n'est plus question de jeu, Raphaël… Si tu es inquiet vis à vis de l'attitude que je pourrais avoir envers toi après ça, saches que je suis sincèrement-
— Ce n'est pas ça le problème, pas seulement… Simplement… C'est moi qui t'ai sauvé la vie… Ce n'est pas à toi d'avoir la récompense…
Théo haussa un sourcil, puis, lorsqu'il comprit l'insinuation du plus jeune qui le bravait des yeux, un sourire condescendant étira ses lèvres et il s'abaissa sur Raphaël, le clouant cruellement du regard :
— Ne rêve pas, Petit Prince... Surtout que nous sommes quittes, car je t'ai sauvé la vie la nuit où tu as plongé dans la Tamise, ne l'oublies pas…
— Ce n'est pas une raison ! Je ne vois pas pourquoi c'est toi qui-
Mais Théo le fit taire d'un baiser intraitable et il se sépara doucement de lui pour asséner de manière implacable :
— Parce que.
Raphaël voulu rétorquer, mais le sourire de Théo devint machiavélique et il susurra langoureusement contre ses lèvres :
— Écarte les jambes, s'il te plait, Raphaël… Laisse moi te montrer combien tu me donnes envie…
— Je n'ai pas l'intention de t'offrir ça alors que tu n'as rien fait pour le mériter !
— Il n'est plus question de récompense ou de mérite, mais de désir.
— Justement, notre problème, c'est que l'on désire tout les deux la même chose… De la même manière…
Théo fronça les sourcils en voyant le regard de Raphaël devenir soudainement déterminé, puis il expulsa un souffle surpris lorsque, sans prévenir, le plus jeune parvint à lui attraper la taille et, usant de l'effet de surprise, le fit facilement rouler sur le dos pour prendre l'avantage et le dominer.
— Ne fait pas l'erreur d'imaginer que je te serai aussi soumis que ton hobbit, ce ne sera jamais le cas !
Triomphant, Raphaël voulut se dresser au dessus de Théo, mais ce dernier, sournoisement, n'attendit pas que le jeune agent ait fini son mouvement pour empoigner sa cuisse et, usant son élan, il n'eut aucun mal à l'installer à califourchon sur son bassin. Il s'empara ensuite de la nuque de Thranduil, qui feula furieusement en tentant de changer de position, mais, d'une pression rigoureuse, Thorin le força à s'abaisser sur lui et le plus jeune dut poser sa main sur la poitrine du brun pour ne pas perdre l'équilibre et lui tomber dessus.
Ils s'immobilisèrent tous les deux, leur visage éloignés simplement de quelques centimètres l'un de l'autre et Raphaël plongea dans le regard de Théo qui lui envoya un sourire séduit :
— Tu te trompes sur lui, mais la question n'est pas là… Et puis recevoir n'est pas synonyme de soumission… Au contraire, s'offrir ainsi à un autre demande beaucoup de confiance et je serai ravi que tu me fasses un jour ce cadeau… Mais si c'est l'unique chose qui te bloque pour aller plus loin avec moi, je n'ai pas l'intention de te forcer… Il existe d'autres moyens de se faire plaisir…
Raphaël fronça les sourcils, sans comprendre l'insinuation du plus vieux et il déglutit en se noyant dans son regard, mais, lorsque ce dernier ajusta la prise qu'il avait sur sa taille pour l'amener à frôler son entrejambe bien éveillée, l'esprit du plus jeune se vida et il eut le réflexe de se lever pour prendre la fuite. Mais Théo, le maintint contre lui et, capturant une nouvelle fois son regard, il le guida de manière à entamer une friction extrêmement agréable et embrasant.
— Laisse-toi faire, s'il te plait… Je n'ai pas l'intention de te soumettre ou de t'humilier…
L'ordre était envoutant et le gémissement teinté de surprise que poussa Raphaël, ainsi que la manière dont il se mit à onduler pour approfondir la friction qui, de délectable, devint divine, suffirent pour liquéfier le bas-ventre de Théo qui lâcha les hanches fines du plus jeune pour crocheter sa nuque et l'attirer à lui dans un baiser affamé.
Légèrement plus confiant, le blond se contenta d'abord de recevoir le baiser, trop déconcerté par la chaleur et le désir qui se délayaient dans ses veines pour répondre. Puis, lorsqu'il sentit la langue de Théo pénétrer dans sa bouche, il s'en empara pour la suçoter inconsciemment, en rythme avec son propre bassin qui se mouvait sur celui du brun, sans se douter de la déflagration voluptueuse qui se répercuta dans l'aine plus grand.
Dans un gémissement rauque et exigeant, Théo se redressa, envahissant plus encore la bouche de Thranduil en empoignant ses longues mèches dorées sans douceur afin de l'amener à se cambrer contre lui, le forçant à ouvrir sa mâchoire pour lui faciliter l'accès.
Il sentit sans mal les résistances que lui opposa Raphaël, qui tentait de ne pas lui laisser l'intégralité du contrôle, mais, trop affamé pour avoir envie de jouer avec, il les fit sauter avec une facilité déconcertante et il parvint enfin à s'emparer de cette foutue langue qui se dérobait sans cesse à lui. Le gémissement de Raphaël qui s'étouffa contre ses lèvres le fit frémir de délice et, laissant une main emmêlée dans les cheveux du blond, il fit descendre l'autre en suivant la courbure de son dos svelte. Il passa ensuite ses doigts sous le boxer qu'il portait, afin d'agripper ses fesses fermes qu'il malaxa avec application, jugulant implacablement la tentation de retourner Raphaël pour le prendre sur-le-champ.
Il savait que le rapport de force était irrémédiablement en sa faveur, tout comme il n'ignorait pas que, si le jeune homme se refusait à lui, c'était plus par orgueil et peur que par dégout ou ignorance. Il ne doutait pas que, s'il le voulait réellement, dompter Raphaël pour le faire sien tout en lui assurant un plaisir sulfureux serait pour lui un jeu d'enfant, il était de toute manière prêt à craquer, seule sa fierté lui interdisait d'ouvrir les cuisses. Si cette situation s'était produite quelques jours plus tôt, Thorin n'aurait certainement eu aucun scrupule à s'emparer du jeune homme malgré ses réticences, mais, aujourd'hui, les choses avaient changées et il respectait et appréciait maintenant bien trop cette délicate réincarnation de Thranduil pour ne pas prendre ses souhaits en considération.
Raphaël gémit une nouvelle fois et il voulut s'extraire du baiser pour reprendre ses esprits ou, au moins, son souffle, et Théo lui offrit ce répit. Ils se regardèrent un instant dans les yeux, puis le regard du plus jeune descendit le long du torse du brun et, presque nonchalamment, il s'empara du T-Shirt qu'il retira avant de se pencher sur lui pour embrasser ses pectoraux, chose dont il n'avait cessé de rêver depuis qu'il y avait gouté, dans l'avion.
Le canadien soupira de contentement et il se laissa tomber en arrière pour profiter de ses douces caresses buccales, franches et curieuses. La bouche remonta pour couvrir ses épaules de baisers légers et papillonnants, avant d'exaspérer la peau sensible de la gorge que Théo lui offrit en laissant ses mains caresser ses flancs et son dos. Raphaël grignota ensuite distraitement le lobe de l'oreille avant de murmurer doucement :
— What do you expect from me ?
— Même si je te disais ce que j'attends de toi, serais-tu prêt à me le donner ?
— It depends…
— Ca dépend de quoi ?
— You, and the way you shall ask for it…
Raphaël se redressa pour se mettre face à Thorin qui resta allongé, et il le regarda dans les yeux, appréciant le sourire gourmand que ce dernier ne cherchait pas à cacher. Sans se départir de son sourire, Théo se redressa à son tour, amenant Raphaël à se soulever légèrement et il s'empara de son boxer qu'il retira en jugulant son impatience.
Puis, avec une douceur qui contrastait fortement avec le feu qui luisait dans ses yeux, il attrapa la taille du plus jeune pour l'allonger sur le lit, se plaçant au dessus de lui et s'arrangeant pour rester entre ses jambes, sans manquer de remarquer de quelle manière le regard gris se teinta soudainement d'appréhension.
— Attend, je n'ai pas dit que-
— Tait-toi un peu, Petit Prince, je n'ai pas l'intention de te faire quoique ce soit que tu ne désires pas, pas la peine de t'inquiéter comme ça. Mais tu ne te rends pas compte à quel point tu me fais tourner la tête… Laisse moi te montrer…
Théo se sépara rapidement de lui pour retirer le peu de vêtement qui lui restait, puis sa bouche revint immédiatement s'abreuver à celle du plus jeune qui hoqueta lorsque les doigts avides et exigeants du brun s'enroulèrent autour de son érection.
Le plus grand profita de sentir la mâchoire s'entrouvrir pour insérer sa langue dans la bouche de Raphaël qui commença à se consumer, ondulant au rythme de la main sulfureuse qui attisait son désir. Grisé, il laissa instinctivement sa langue jouer avec celle de Thorin, sentant que ce dernier, insatiable, pris le contrôle du baiser de manière à ce que cela devienne réellement passionné.
Puis les lèvres de Théo quittèrent celles de Raphaël, qui laissa sa tête retomber sur l'oreiller, les paupières closes, le souffle haché et gémissant doucement, enfiévré par la main qui continuait son massage attisant sur un rythme délectable.
— Il va falloir que tu arrêtes ça, Raphaël, c'est intenable…
— What are you talking about ?
Les deux voix étaient rauques et Raphaël, perdu dans les limbes du plaisir, ouvrit les yeux pour se confronter à ceux, gorgés de désir, du plus grand. Il n'eut aucun mal à comprendre de quoi parlait Théo, au vu de son attitude hautement inavouable, offerte et ensorcelante, et de son corps qui se mouvait doucement en réponse à la caresse infligée à son entrejambe. Il se mordit la lèvre inférieure en cambrant sensiblement son dos, non surpris de se sentir trembler légèrement, et, incapable de gouverner sur son souffle chaotique, il préféra le retenir, le temps de lancer un sourire aguichant et désarmant à son amant :
— Sinon quoi ?
Encore une fois, Théo se laissa déstabiliser par le sourire de Raphaël, qu'il commençait à aimer bien plus que de raison, même s'il jugeait qu'il était encore trop rare. Mais il ne se laissa pas enflammer par la provocation susurrée d'une voix veloutée car, au fond, il sentait que le plus jeune n'osait pas encore se laisser complètement aller, qu'il se contentait d'abaisser ses défenses petit à petit, mais qu'il continuait de le craindre, peut-être même inconsciemment.
— Sinon, j'oublie que je t'ai proposé de ne pas t'inquiéter, que je ne ferai rien que tu ne veuilles pas et que je n'ai pas l'intention de te forcer…
Sans surprise, il sentit Raphaël se tendre imperceptiblement, et, pour ne pas lui laisser le temps de réfléchir, il embrassa une nouvelle fois ses lèvres, qu'il quitta au moment où la langue du plus jeune vint titiller la sienne.
Sa bouche se posa ensuite sur sa gorge, qu'il mordit gentiment avant de descendre rapidement. Ses dents éraflèrent un téton, amenant le blond à soupirer de plaisir, puis Raphaël gémit franchement lorsque la langue de Thorin s'enroula autour du grain de chair pour un massage délectable.
Mais, soudainement, alors qu'il se sentait prêt à succomber, Thranduil poussa un soupir frustré lorsque la main de Théo s'écarta de lui. Soupir qui se transforma en exclamation de jouissance quand le brun pris son sexe tendu en bouche, descendant sur lui pour le prendre entièrement, laissant ses dents effleurer la peau sensible et le chatouillant de sa langue.
Raphaël eut tout simplement l'impression qu'il entrait en combustion, et il fut incapable de retenir ses gémissements lorsque le plus vieux entama sur lui un rythme intense et voluptueux, tout en continuant de caresser son ventre, ses cuisses et ses flancs d'une main insatiable.
Il chercha à se concentrer sur le brun, appliqué à lui faire découvrir des sensations d'une puissance quasi intenable, mais il sentit les vagues de jouissance enfler en lui et il plongea ses mains dans la crinière de son amant en gémissant son nom, Thorin ou Théo, il ne savait même pas qui il priait.
Le plus grand se redressa pour venir l'embrasser passionnément, plongeant sa main sur son entrejambe pour l'amener à l'orgasme.
Ne voulant pas manquer le spectacle, il se sépara légèrement de lui pour plonger son regard dans celui, nébuleux, de Raphaël, qui se déversa dans sa main en poussant une exclamation sensuelle, le dos cambré et les jambes écartées, totalement inconscient de l'intense vision érotique qu'il offrit au canadien.
Ce dernier s'immobilisa totalement, frémissant doucement de désir contenu, et son regard affamé resta accroché au beau visage de Raphaël, qui reprenait son souffle, les lèvres entrouvertes et les yeux troubles. Les deux amants s'observèrent un instant, sans un mot, puis Thorin s'abaissa une nouvelle fois pour embrasser la bouche de Raphaël, avec une hargne gorgée d'un désir encore inassouvi qui fit frémir le plus jeune, déboussolé par son récent orgasme. Il sentit contre lui la tension qui faisait vibrer le corps puissant de Théo, la retenue dont il faisait preuve pour rester doux envers lui et il fut troublé de ressentir, au fond de lui, l'envie d'éprouver la puissance de ses sentiments, entièrement et sans concession.
C'est pourquoi, malgré son inquiétude de franchir ce pas avec lui, il s'arracha du baiser pour le regarder dans les yeux :
— Si je te le demande, t'arrêteras-tu ?
Surpris par la question, Théo fronça les sourcils en sondant le regard grave du plus jeune, puis un sourire gourmand étira ses lèvres et, délicatement, il s'empara d'une mèche dorée qui zébrait le visage sensiblement humide de Raphaël pour la replacer derrière l'oreille.
— Si tu m'en laisses l'occasion, je m'arrangerai pour que tu n'en éprouves jamais le besoin… Que ce soit cette nuit ou toutes les autres…
Le blond déglutit, puis il prit sa respiration et, lentement, il posa sa tête sur le matelas, décontractant son corps et remontant ses genoux pour entourer de ses jambes la taille de Théo, s'offrant tacitement à lui, non sans lui envoyer un sourire mesquin :
— Tu es vraiment une grande gueule, Thorin…
Le brun n'attendit pas la fin du murmure charmé pour fondre sur les lèvres du plus petit dont l'inquiétude mua très rapidement en un sentiment bien plus chaud et intense. Il sentit les doigts de Thorin glisser dans ses cheveux, avant de descendre le long de ses flancs qu'ils caressèrent distraitement.
Mais le désir encore inassouvi qui pulsait en Théo lui faisait tourner la tête et, très vite, Raphaël hoqueta lorsqu'un premier doigt pressé s'inséra en lui. Il se cambra sous le plaisir inattendu, gémissant et attrapant inconsciemment la lèvre de Thorin entre ses dents pour la mordiller gentiment, mettant les sens du canadien à rude épreuve.
Le plus grand tenta de lutter, mais il succomba lorsque Raphaël commença inconsciemment à demander pour plus et, retirant ses doigts, il le pénétra avec un minimum de douceur, de toute manière, il était incapable de montrer plus de retenu que nécessaire pour ne pas heurter son amant.
Étourdi par le plaisir et le désir, il pressa sa bouche contre celle du plus jeune pour étouffer ses gémissements, d'abord teintés de douleurs, qui muèrent en exclamations de plaisir, alors qu'il lui imposa son rythme, ardent et bouillonnant.
Puis, Raphaël, incapable de se contenter de recevoir et enivré comme il ne l'avait jamais été, commença à se mouvoir instinctivement pour s'accorder à Théo, intensifiant ainsi l'étreinte qui devint véritablement sulfureuse. Le canadien, proche de la jouissance, jugula alors la tension qui parcourait son corps et, avide de venir en même temps que son jeune amant, il l'attrapa à la taille pour inverser les positions et laisser ainsi à Raphaël la liberté de choisir son propre rythme.
Mais le plus jeune s'immobilisa d'abord, de manière insoutenable pour Thorin, et, les yeux clos, parfaitement conscient de l'effet qu'il avait sur le plus vieux, il mena l'étreinte sur un rythme douloureusement lent, son dos cambré et sa lèvre inférieure coincée entre ses dents. Son regard accrocha celui, aussi furieux que comblé, de Théo, alors qu'il s'empalait lentement, mais totalement, sur lui, profitant de la nouvelle position pour l'accueillir entièrement, sa tête bourdonnant sous le plaisir.
Ainsi installé, Thorin put admirer entièrement le corps souple et svelte qui se mouvait sur lui, à la peau opaline et aux longs cheveux pâles qui tombaient sensuellement dans le creux de son dos ondoyant, son menton levé, découvrant une gorge douce et délicieusement ciselée.
Son visage, même jeune et baigné dans l'extase, avait conservé exactement les mêmes traits et expressions que Thranduil et, au fond de lui, Thorin ressentit une fierté et une satisfaction aussi puissantes que lucides à l'idée de posséder ainsi un tel esprit, même s'il savait que ce n'était pas la raison première pour laquelle il avait été séduit par Raphaël.
Il lui laissa la maitrise de l'étreinte jusqu'à ce qu'il atteigne sa limite, puis il en prit le contrôle, empoignant les hanches pour imposer son propre rythme alors que la jouissance l'emportait. Son plaisir atteignit le paroxysme lorsque Raphaël jouit sur lui dans une exclamation érotique et il vint en lui quelques secondes plus tard dans un râle de plaisir.
Le plus jeune bougea encore un peu avant de s'immobiliser, le souffle court et l'esprit brouillé, puis, avec grâce, il se laissa choir sur Théo qui le réceptionna sans broncher et qui l'enlaça distraitement, étourdi lui aussi.
Le silence retomba un long moment, simplement troublé par le froissement que firent les draps lorsque Théo couvrit Raphaël, toujours allongé sur lui et dont il caressa ensuite le dos et les flancs pensivement, avant de remarquer distraitement :
— C'est incroyable… Tu as le don de transformer la moindre chose, même l'amour, en un champs de bataille impitoyable…
— C'est parce qu'il s'agit de toi.
— Si ça avait été le cas, ceci n'aurait pas été ta première fois…
Raphaël fronça les sourcils puis, ne comprenant pas l'insinuation et, prenant la remarque pour un reproche, il déglutit. Il resta silencieux avant de se redresser pour regarder le plus vieux dans les yeux, mal à l'aise :
— Tu n'as pas aimé ?
Ce fut au tour de Théo de froncer les sourcils, sans comprendre la raison de la question, puis, lorsqu'il avisa le regard inquiet du plus jeune, il soupira en se souvenant qu'il n'avait pas affaire au roi sans pitié, mais au jeune homme inexpérimenté qui accueillait son esprit, et il fit remonter sa main dans son dos jusqu'à crocheter sa nuque pour l'attirer à lui.
— Bien sûr que j'ai aimé, et comment… J'ai l'impression que je n'en aurais jamais assez…
— Dans ce cas, pourquoi est-ce que tu-
— J'ai dit ça parce que je pense que pour affronter ta foutue personnalité corrosive, non seulement il faut en avoir sacrément envie, mais en plus, il faut au moins être capable de jouer à armes égales avec toi… Non, même pas égales, parce que pour ça, il faudrait déjà que tu saches ce que tu veux et ne pas avoir ce besoin quasi-vital de te raccrocher à quelqu'un que tu puisses considérer comme un référent…
Raphaël ne réagit pas, il resta muet et regarda Thorin en gardant les sourcils légèrement froncés. Conscient qu'il venait de parler trop rapidement, le brun eut un sourire indulgent avant de répéter exactement les mêmes mots, mais en anglais et, cette fois-ci, la réaction ne se fit pas attendre :
— My « fucking unbearable personnality » ? Fuck ! Tu penses que tu vaux mieux ?
— Disons que… Toi et moi, on s'accorde plutôt bien…
Le sourire se fit enjôleur et, après une brève hésitation, Raphaël se laissa séduire et il décida de ne pas accorder trop d'importance à la provocation de son amant. Il posa doucement sa joue sur le torse du plus grand dont la main revint caresser ses cheveux, ses épaules et son dos, et il se laissa envahir par le calme et la volupté du moment, jusqu'à s'endormir sereinement, laissant Théo veiller sur son sommeil.
oOo
Merci d'avoir lu !
J'espère que ça continu de vous plaire !
(Parce que j'avoue avoir eu beaucoup de mal à l'écrire celui-là)
A plush' au prochain épisode !
PS : Je pense à refaire les résumés de certaines fictions mais je suis une véritable quiche pour ce genre de chose,
Si quelques uns de mes lecteurs ont des suggestions, je suis preneuse !
