SURVIVRE

Tous les jours quelqu'un de différent venait me voir, m'apportant des nouvelles du monde extérieur. Sirius ne me parlait plus de James et je ne savais si je devais l'en remercier ou non. Il me manquait énormément et de savoir qu'il se sentait coupable de mon agression… Ce n'était pas lui qui avait tenté de m'étrangler, ce n'était pas lui qui m'avait jeté un sort…

Mais que faire, s'il ne venait pas me voir, je ne pourrais pas lui parler et le raisonner. Je devais prendre mon mal en patience en espérant pouvoir rapidement le remettre sur les rails avant qu'il ne se fasse blesser ou pire. Ce fut pendant mes moments de solitude que je pris conscience de l'étendue des sentiments que j'éprouvais à son égard. Je ne voulais pas le perdre, pas le perdre plus que je ne l'avais déjà perdu.

En ce vendredi soir, Karen avait réussi à venir me voir. Avec les cours, elle était très occupée surtout à l'approche des examens. Elle avait pris l'initiative de prévenir les professeurs de mon hospitalisation et je recopiais consciencieusement ses notes, lui posant parfois des questions quand un point du cours me paraissait obscur.

Lors de sa première visite, j'avais remarqué ses joues amaigries mais aussi son teint maladif. Elle qui d'habitude prenait tant de soin à s'habiller, portait un tee shirt non repassé et dont la couleur ne s'accordait pas avec son pantalon. Une des conséquences de l'agression, je suppose. Je compris grâce à elle l'étendue de cela. J'étais seule dans mon lit mais Moore avait fait pas mal de victimes collatérales, plus qu'il ne devait se l'imaginer.

J'avais eu quelques scrupules en la voyant dans cette état à lui poser la question qui me brûlait les lèvres maintenant depuis plusieurs jours. Malheureusement pour elle, ma curiosité fut la plus forte et je lui demandais :

« - Karen, que s'est il passé ce jour là ?

- …

- S'il te plait, tu es la seule qui en sache autant…

- Lily, tu devrais attendre d'aller mieux.

- J'aimerais savoir. Je me souviens de leur arrivée, de sa main sur mon cou, du sort et de m'être évanouie. Mais après ?

- …

- Karen, la suppliais je.

- Je suis sortie pour savoir la raison du bruit. Je l'ai vu te tenir par la gorge puis te lâcher. J'ai cru… J'ai espéré qu'il s'en contenterait mais il a levé sa baguette…

- Continue, je t'en prie.

- Un auror lui a lancé un sort dans le dos, le faisant couper le lien avec toi. Mais une bataille rangée a commencé. Puis ils ont transplané dans un nuage de fumée. J'ai eu peur qu'ils ne t'aient kidnappé. Je me suis précipité vers toi en même temps que d'autres aurors.

- …

- Je leur ai dit de prévenir Sirius et James. Quand nous sommes arrivées ici, ils étaient déjà là. Je leur ai donné de tes nouvelles puis ils ont continué à se disputer.

- A quel sujet se disputaient ils ?

- James disait que c'était de la faute de Sirius que tu étais dans ce lit. »

Ma respiration fut coupée. Voilà une phrase atroce à dire en de telles circonstances. Je comprenais mieux pourquoi Sirius, lui si joyeux, semblait porter tous les malheurs du monde. La douleur expliquait très bien cette phrase malheureuse mais…

Je détournais la conversation. J'en savais suffisamment pour le moment. Ma curiosité avait été satisfaite. La prochaine personne que j'interrogerais serait Rémus, à nous deux, nous trouverons bien un moyen de les faire se réconcilier. Je l'espère…

Les explications de Karen tournèrent longtemps dans mon esprit. Je voyais très bien la scène de mon agression, leur dispute comme si j'en avais été témoin. Mon cœur pesait de plus en plus lourd. J'en voulais de plus en plus à ce Moore, il avait détruit ce que j'avais de plus précieux. Je ruminai tout cela une bonne partie de la soirée cherchant tantôt un moyen de les rabibocher, tantôt comment l'arrêter.

A l'heure du coucher, les infirmières m'administrèrent un sédatif afin que je trouve le sommeil. Malheureusement elles durent aller trop fort dans les doses car je ne me réveillais que le lendemain midi. Et encore, c'était un effleurement sur ma joue qui m'avait tiré d'un sommeil sans rêve.

Ma mère se tenait au dessus de moi, me regardant avec amour. Elle avait les traits tirés elle aussi. Mon père se tenait derrière elle, et je pouvais voir qu'il mourrait d'envie de me serrer dans ses bras. Je sentis mes dernières défenses rompre et je sanglotais dans leur bras. Ils me bercèrent tandis que je répétais sans fin que j'étais désolée de leur causer tant de tracas.

« - Mais non ma fille. Ne sois pas désolée, dit mon père d'une voix chargée d'émotions.

- Ma Lilounette, ce n'est pas de ta faute !

- Oui, mais…

- Il n'y a pas de mais qui tiennent !

- …

- Tu vas rentrer à la maison. On va s'occuper de toi. »

Il est vrai que c'était là une proposition très tentante. Je la soupesais quand d'un seul coup, la vérité m'apparue, crue et cruelle. Ce Moore en avait réellement contre moi, si je retournais chez mes parents je risquais de l'attirer à eux. Et, étant moldus, ils n'avaient aucune chance contre lui. Je ne pouvais pas dire pourquoi je refusais leur invitation, je choisis donc une excuse un peu minable.

« - Non, je vais continuer à vivre comme avant. Je ne veux pas lui montrer qu'il m'a fait peur.

- Lily…

- Papa… Je ne veux pas me terrer. Je veux avancer. »

Il ne semblait pas convaincu par mes paroles. Peut être même se doutait il de la raison cachée de mon refus. En tout cas il n'ajouta rien, me regardant avec fierté. Je lui fis un sourire, pour apaiser ses craintes à moins que ce ne soit pour les miennes…

Le reste de l'après midi passa gentiment à discuter. Pétunia et Vernon n'allaient pas tarder à rentrer de leur lune de miel et ma mère semblait impatiente de les revoir. Elle m'invita même à dîner avec eux. Je ne pense pas que ma sœur apprécierait de me revoir dès sa descente d'avion mais je ne pouvais pas réellement refuser à ma mère le plaisir d'avoir auprès d'elle ses deux filles surtout après un événement aussi traumatisant.

Alors qu'ils enfilaient tous les deux leur manteaux pour me quitter. Ma mère se tourna brusquement vers moi, les sourcils froncés. Elle n'avait dit mot depuis bien un quart d'heure et je la soupçonnais d'avoir une idée en tête que je n'aimerais pas…

« - On va annuler notre croisière de fin d'année pour le cas où, dit ma mère d'un air décidé. »

La bombe était lâchée. Après avoir chamboulée nos vies quotidiennes, cette agression allait priver mes parents de vacances. Cela faisait des mois qu'ils me parlaient de ce voyage en méditerranée. Ils devaient y passer Noël et jour de l'an en amoureux. Ils avaient économisé depuis des années pour cela. Mon cœur se serra encore plus, en prenant conscience des sacrifices qu'ils étaient près à faire pour moi.

« - Non, surtout pas. Allez vous amuser.

- Mais tu seras seule pour les fêtes !

- Non, les garçons seront là, ainsi que Kate. Je ne serais pas seule promis.

- Oui, mais si tu as besoin de nous ?

- J'attendrais. Vous ne partez que deux semaines !

- Oui, tu as raison.

- Et puis, nous laisserons un numéro où nous joindre, ajouta mon père en posant la main sur l'épaule de ma mère. »

Ce week end là, ils passèrent tout l'après midi du samedi et celle aussi du dimanche en ma compagnie. Me faisant rire et parler de tout et de rien. Je ne voyais pas le temps passer. Ce n'est que le soir quand je me retrouvais seule que les fantômes revenaient. J'avais peur de m'endormir pour y revivre mon agression dont des variantes très effrayantes remplaçaient la véridique.

Je comprenais maintenant les enfants qui avaient besoin d'un nounours pour dormir. J'en ressentais en ce moment même le besoin… A la place j'eu le droit à une potion. Maigre consolation.

Le jour de ma sortie arriva en fin. J'avais cru que mon départ de l'hôpital serait un grand moment pour moi. Autant y travailler ne me gênait pas, autant y être en tant que patiente m'était désagréable. Je brûlais d'impatience de retrouver une vie normale, celle que j'avais quitté près d'un mois plus tôt.

Pourtant quand je franchis la porte accompagnée de Kate, j'eus peur. Tous les bruits de la ville, si familier à mon oreille, étaient maintenant chargés de menaces. Je me crispais inconsciemment dès qu'un passant me frôlait, que quelqu'un me regardait avec trop d'insistance.

Je poussais un soupir de soulagement en arrivant enfin chez nous. Mais là encore, je me sentais oppressée. Reprendre une vie normale ne serait pas chose aisée. Kate se retourna vers moi, soucieuse.

« - Ca va, ma sorcière adorée ?

- Je ne sais pas. »

J'avais prononcé cette phrase avec un petit sanglot dans la voix. Je ne voulais pas l'inquiéter mais j'étais incapable de lui dire que tout allait bien quand mon esprit me disait tout le contraire.

« - Qu'est ce qu'il y a ?

- …

- Tu as mal quelque part ? demanda Kate qui commençait vraisemblablement à s'affoler.

- Non…

- Tu as oublié quelque chose à hôpital ?

- Non plus.

- … Alors quoi ?

- J'ai peur. »

J'avais murmuré cet aveu en baissant la tête. J'avais honte de me comporter ainsi comme une enfant mais j'avais réellement très peur. Je me doutais qu'il ne tenterait sans doute plus rien contre moi. Surtout si James s'était lancé à sa poursuite mais…

« - J'ai besoin de me changer les idées, Kate.

- T'inquiètes, les garçons vont pas tarder ! »

Et il est vrai qu'une fois là, ils me divertirent, se moquant de leurs collègues, débattant sur des articles lus dans Sorcière Hebdo. J'avais vu les regards qu'ils s'échangeaient entre eux et je les remerciais de ne pas trop me couver. J'avais besoin de faire comme si rien n'était arrivé et c'est ce que je fis.

Ce ne fut qu'après le départ de Sirius que je demandais à Rémus de rester un peu avec moi pour discuter. Nous nous installâmes dans le canapé.

« - Je vous laisse tous les deux, dit Kate après un dernier baiser au Maraudeur. Ne va pas te coucher trop tard, Lily !

- Oui, maman !

- …

- De quoi voulais tu parler, Petite Fée ?

- De James. »

Il eut un mouvement de surprise. Cela faisait maintenant depuis son anniversaire que je m'évertuais à ne pas parler de lui ni même prononcer son nom et là… Un fin sourire apparu sur son visage.

« - Que veux tu savoir ?

- Tout d'abord, comment va-t-il ?

- Il s'en veut toujours autant pour toi. Je le croise à peine au Manoir et quand je tente de lui faire parler de tout ça, il change de sujet ou se met dans une colère noire. Il a maigri, il ferait peur à une inferi mais personne n'arrive à le sermonner.

- …

- Lily, il ne faut pas t'en vouloir pour ça.

- Il avait raison finalement, je n'aurais pas du venir à ton anniversaire. »

Les larmes coulaient maintenant sur les joues. Je sentis Rémus se rapprocher de moi et me prendre dans ses bras. Toujours cachée dans ses bras, je continuais.

« - Ensuite, j'aimerais savoir… Sirius et lui… Ils se reparlent ?

- Non. James est bien trop insaisissable pour cela… Sirius n'a pas réussi à le coincer pour lui parler.

- Okay…

- … T'inquiètes pas pour eux, ils ne peuvent pas se faire la tête trop longtemps.

- J'espère. Je vais aller me coucher. Bonne nuit, Rem' ! »

Je me dirigeais vers ma chambre, le pas lourd. Mes pensées se bousculaient dans me tête. Des questions pour le moment sans réponse me troublaient. Se réconcilieraient ils un jour ? Devais je intervenir ? Si oui, comment pourrais je approcher James ? Pour lui dire quoi ? Et voudrait il m'écouter ?

Je soupirais tout en m'asseyant sur mon lit. Je regardais autour de moi. Rien n'avait bougé ici. Pourquoi alors ne réussissais je pas à me sentir bien, et en sécurité ?

Je me souvins alors de mon départ de hôpital. Cela m'était totalement sorti de l'esprit…J'avais quitté ma chambre, sans un regard en arrière et en passant devant le bureau des infirmières, l'une d'entre elle m'avait arrêté. Elle était une belle femme, à peine plus vieille que moi et surtout pleinement consciente de son charme.

« - Pourrais je vous poser une question, s'il vous plait ?

- Bien sur.

- L'auror qui vous surveillait toutes les nuits… Vous savez s'il a quelqu'un dans sa vie ? »