Chapitre 21
"Silence," siffla Conner. Sa voix tremblait et paraissait à peine audible même pour lui. "Vous voulez qu'on se fasse surprendre avant que les autres n'arrivent ?" S'ils étaient découverts, Conner ne pouvait qu'imaginer ce qui se passerait.
Espionnant à travers le buisson, il fut témoin des maisons en feu, des cris… du sang et du carnage. Tout lui était exposé. Il avait déjà assisté à ce genre de spectacle macabre lorsqu'il avait accompagné les Aurors en mission pour appréhender les Mangemorts, mais il n'était jamais venu ici. Seul. Vulnérable. Inactif. En observant tout cela se produire. Sans rien faire pour stopper ça.
Il déglutit difficilement en voyant un sorcier essayer en vain de défendre sa famille et sa maison contre cette attaque impitoyable. Les Mangemorts se mirent à rire, leurs masques métalliques reflétant de façon sinistre les flammes des maisons de leurs victimes. Conner était trop loin pour pouvoir distinguer leurs yeux, mais il savait qu'ils devaient scintiller de folie et de soif de sang. Ils étaient des monstres. Ils étaient absolument tous des monstres pour ainsi torturer et mutiler leurs cibles.
Ils ne méritaient pas la magie. Aucun d'entre eux. S'il avait eu des doutes quant à son invention, ce n'était certainement plus le cas maintenant. Albus Dumbledore l'avait aidé à surmonter ses incertitudes. Ainsi que Rufus Scrimgeour, ce soir.
Conner dut cligner des paupières pour chasser les larmes furieuses et horrifiées qui jaillirent de ses yeux alors qu'il regardait un homme se faire écorcher vivant. Sa peau s'était facilement décollée, révélant les muscles et les ligaments qu'elle recouvrait. Se penchant précipitamment, Oran eut un violent haut-le-cœur, bien conscient des regards des Langues-de-plomb vissés sur lui. Seulement dix collègues l'avaient accompagné. Ils porteraient par pair chaque poteau et créeraient un périmètre autour des Mangemorts tandis que Conner se tiendrait prêt à activer le champ de force le plus rapidement possible.
L'idée était d'encercler les Mangemorts avant que le Ministère n'arrive, tout en essayant de rester cachés.
"Tu vas bien ?" lui murmura un Langue-de-plomb.
Conner rougit et s'essuya la bouche en hochant la tête. "Ça va."
À contrecœur, il reporta ses yeux sur la scène devant lui et se focalisa immédiatement sur le leader des Mangemorts. Le Seigneur des Ténèbres. Il semblait complètement absorbé par les moldus à ses pieds, oublieux de son entourage. Conner sentit ses genoux trembler. S'il n'était pas déjà agenouillé, il se serait recroquevillé au sol avec effroi.
Repoussant sa peur, il se rappela que d'autres hommes pouvaient se battre contre le Seigneur des Ténèbres.
Conner ferait la même chose. Seulement… de loin.
"Allons-y pendant qu'ils sont encore occupés avec leurs victimes. Dépêchons-nous."
{Death of Today}
Izar était assis à côté de Regulus. Il n'écoutait que d'une oreille son père raconter l'incident en France, plongé dans ses propres pensées. L'atmosphère de ce soir était pesante et lourde, ce qui était clairement un avertissement.
Un avertissement, mais envers qui ?
Ses doigts caressèrent doucement sa baguette tandis qu'il se demandait s'il serait possible de cloner Aiden et de le rapetisser. De cette façon, il pourrait le transporter partout sans devoir faire attention à lui. Il pourrait vérifier toutes les heures l'état du clone et savoir si Aiden avait eu de nouvelles visions. Après quoi, il éteindrait le clone et le placerait dans sa poche jusqu'à ce qu'il ait à nouveau besoin de lui.
Idée très attirante mais également impossible.
"Excuse-moi," prononça Regulus, peu content. "Est-ce que je t'ennuie ?"
"Oui, c'est le cas", répondit Izar d'un ton sardonique. Il cligna des yeux vers lui et abandonna finalement ses réflexions. "Quand est-ce que tu sors d'ici ?"
Regulus frotta sa mâchoire nue et l'étudia pensivement. "Je reste apparemment sous examen. Les guérisseurs trouvent étonnant que je sois sorti de mon coma de si bonne humeur. Il serait insensé que quelqu'un se concentre sur le positif plutôt que sur le négatif. Ils pensent que je devrais suivre une thérapie."
Izar grogna, se leva du lit et fit craquer son dos en s'étirant. "Je dirais qu'ils veulent juste extraire un peu plus d'or de ton coffre-fort." Il jeta un coup d'œil à l'infirmière de passage et lui sourit avec mépris. "Ces satanés guérisseurs n'y connaissent rien. Ils ne font que distribuer des médicaments en attendant de recevoir leur or."
Regulus observa l'infirmière soupirer et sortir de la pièce.
"Si cela ne tenait qu'à moi, j'engagerais un thérapeute privé pour qu'il vienne chez nous," signala Izar, en lissant sa robe de Langue-de-plomb. "Une vérification approfondie de tes antécédents devrait être effectuée, bien sûr. Je veux ce qu'il y a de mieux pour toi jusqu'à ce que tu puisses marcher de nouveau."
Il s'arrêta à côté de son père avant de poser sa main sur sa joue en guise d'adieu.
"Tu pars ?" s'enquit Regulus en appuyant sa propre main sur celle de son fils. Il réagissait comme s'il n'était pas déjà là depuis une bonne poignée d'heures. "J'ai aimé te parler. Merci d'avoir pris le temps de rendre visite à ton père meurtri malgré ta journée bien remplie."
"Meurtri ?" Izar sourit. "Tu m'as l'air rayonnant après avoir été en contact avec Severus pendant tout ce temps. Je ne sais pas s'il faut penser que c'est une bonne ou une mauvaise chose."
"Cela pourrait bien être la première hypothèse", approuva Regulus avec un sourire suffisant. Mais son visage s'assombrit aussitôt. "Tu vas chez Lily ce soir ? J'ai entendu dire que tu lui rendais visite ces dernières semaines." Son expression était impénétrable. Même Izar avait du mal à discerner ce que son père pensait.
"Ce n'est pas ce que tu crois", commença-t-il pour se défendre. Il ne voulait pas que Regulus croit qu'il avait pardonné à Lily tout ce qu'elle lui avait fait. "Elle et moi-"
"Hey," l'interrompit doucement son père. "Je pense que c'est une bonne chose que tu apprennes à la connaître. Malgré tout ce qu'elle a fait par le passé, elle reste ta mère. Ce n'est pas quelque chose que je peux t'enlever. Je t'ai dit que j'avais réussi à accepter certaines choses durant mon rétablissement. Elle en fait partie. J'espère seulement qu'un jour tu pourras faire la même chose."
"Je ne peux pas croire que tu es…"
Izar se tut brusquement, serrant la mâchoire lorsqu'une brûlure insoutenable explosa à travers sa marque des Ténèbres. Quelques instants plus tard, son bracelet du Ministère commença à se réchauffer de manière beaucoup plus agréable. L'héritier Black regarda droit devant lui et laissa pendant un instant la panique pure se répandre dans son esprit et son corps.
Il se tenait à un carrefour en ce moment même. Vu qu'il lui était toujours interdit de participer aux raids, le Seigneur des Ténèbres ne l'appellerait pas si ce n'était pas de la plus haute importance. Et Izar savait ce pour quoi Voldemort avait besoin de lui, il ne pouvait juste pas y croire ou l'accepter.
L'invention ne pouvait pas être déjà achevée. Il pensait qu'au moins un jour de plus lui était garanti avant qu'ils ne s'en servent. Ce soir, il comptait suggérer à Lily de mettre un terme à leur collaboration à moins qu'elle ne veuille se faire prendre. Car il savait qu'il allait devoir faire quelque chose d'extrême pour empêcher l'invention d'être utilisée. Elle ne devait pas se retrouver piégée au milieu du conflit quand il serait en train de la saboter. Tourner autour du pot et essayer de faire reculer la date d'achèvement du projet avait été une idée novatrice, mais finalement, cela l'avait rendu inconscient.
Mais maintenant il était trop tard pour mettre fin à tout ça.
À moins que si ?
"Izar ?" s'exclama Regulus, inquiet. "Qu'est-ce qu'il y a ?"
Le dénommé retira sa main de son visage et se retourna. "Je dois partir. Je serai probablement de retour ce soir si les choses ne se passent pas comme prévu…"
Izar arriverait au Ministère en tant que Langue-de-plomb. Il pensait que cela l'avantagerait plus de détruire l'invention s'il était considéré comme un Langue-de-plomb plutôt qu'un Mangemort. Néanmoins, si les choses tournaient mal, le jeune sorcier n'aurait aucun scrupule à révéler sa véritable allégeance. Peu importe ce qu'il faudrait pour s'assurer que le Seigneur des Ténèbres et ses serviteurs n'aient pas leurs noyaux magiques réduits à néant, il saisirait cette chance.
Alors qu'il traversait les couloirs, Izar se demanda comment il allait faire pour la détruire.
Même en étant considéré comme un prodige, il était clair qu'il ne pouvait pas rivaliser avec vingt Langues-de-plomb. Leurs esprits fusionnés, ils étaient aussi brillants que lui. Cela avait été un véritable défi avec Lily de juste essayer de les désorienter. Et les vingt personnes qui travaillaient sur l'invention d'Oran avaient été triées sur le volet en raison de leur intelligence et de leur loyauté envers le Ministre. S'il détruisait l'invention, Izar savait qu'il allait devoir retrouver et tuer chaque Langue-de-plomb avant qu'ils ne puissent en reconstruire une autre.
Mais ceci était à envisager pour plus tard. Il devait d'abord trouver une solution pour se débarrasser du dispositif en lui-même.
Celui-ci était protégé par des couches de sortilèges lorsque le champ de force était activé. Par des sorts qui assuraient que les poteaux ne puissent être dégradés pendant qu'ils emprisonnaient leurs victimes. S'il pouvait arriver sur place à temps, Izar pourrait agir avant qu'il ne soit déclenché. A ce moment-là seulement, il aurait l'opportunité de le détruire à l'aide des Arts Sombres. Mais à en juger par l'intense brûlure de sa marque, Izar était déjà en retard. Il espérait juste qu'ils ne lanceraient pas la radiation de sitôt.
Trafiquer le panneau de contrôle était ce qu'il visait.
Bien sûr, il pouvait laisser tomber son plan originel et opter pour son second choix qui était de transplaner là où Voldemort se trouverait. Le seul problème avec ça serait son manque de couverture. Avec sa robe de Mangemort, Izar se ferait rapidement cibler. Alors que de cette manière, en tant que Langue-de-plomb, on ne l'attaquerait pas immédiatement.
Malgré ses doutes quant aux plans de Scrimgeour, Izar devait repousser ses insécurités et voir où cette soirée allait le mener.
Et qui sait ?
Cela pourrait s'avérer incroyablement... amusant.
{Death of Today}
"M. Black… je vois que vous vous êtes finalement montré," grogna Owen Welder, le chef des Langues-de-plomb, de l'autre côté de la salle.
Les pas d'Izar ressemblaient à ceux d'un chat alors qu'il s'approchait du groupe de Langues-de-plomb. Ses yeux notèrent l'absence d'Aurors, seul le Département des Langues-de-plomb attendait sa présence. Lily se détachait du groupe, les bras croisés, son attention absorbée par quelqu'un. Izar se retourna et vit James Potter considérer toute cette procédure avec méfiance avant de hocher une fois la tête en direction de Lily et de s'enfoncer dans le couloir.
"Le Ministre Scrimgeour a prié de bien vouloir vous attendre," poursuivit Owen en caressant sa barbe touffue orange. Ses yeux sombres se plissèrent. "Une idée du pourquoi ?"
"J'étais sur le point de vous le demander," murmura Izar alors qu'il s'arrêtait devant la foule de Langues-de-plomb. "Et les Aurors ? Ils ne nous accompagnent pas ?"
"Scrimgeour s'est dit confiant dans le fait que nous n'aurons pas besoin d'eux ce coup-ci," aboya Owen, semblant quelque peu fatigué alors qu'il caressait plus vigoureusement sa barbe, tordant et tirant sur les petits poils.
"Ah," souffla Izar. "Évidemment." Bien sûr, il serait parfaitement logique que Scrimgeour ne veuille pas des Aurors avec eux. Il voulait que cette invention soit gardée secrète. Le Ministre pensait que de cette façon, il aurait plus de chance de l'activer et de la 'détruire' avant que tout le monde ne puisse la voir, à l'exception des Langues-de-plomb. Mais pensait-il vraiment que cela fonctionnerait ?
Il n'y avait que vingt Langues-de-plomb au courant pour l'invention. Cela laissait une trentaine d'autres Langues-de-plomb qui allaient probablement être intrigués par l'invention et pourraient potentiellement essayer de recréer ce qu'ils auront vu ce soir.
Izar croisa le regard de Rookwood, surpris de le voir si désinvolte. Ces dernières semaines, le jeune sorcier n'avait connu que le mépris des Mangemorts. Ils se moquaient de lui en passant derrière lui, murmuraient des invectives insultantes et les plus téméraires crachaient même à ses pieds. Ils étaient tous conscients de son absence au sein de leurs rangs et avaient entendu les rumeurs qui circulaient sur son temps passé chez les Potter.
Izar lui fit un signe de tête, sachant qu'il avait au moins deux alliés.
L'autre ?
Il se tourna vers Lily. Elle avait le teint légèrement vert et Izar savait qu'elle était plus que consciente de ce qui se tramait. C'était la raison pour laquelle elle avait silencieusement averti James Potter. Izar ne savait pas quoi en penser. Voulait-il que les Aurors arrivent sur les lieux et soient des témoins ? Il y aurait la possibilité que ces derniers puissent considérer Rufus comme un homme fourbe et viennent en aide à Lily et lui, mais c'était peu probable.
"Eh bien," murmura Owen, le faisant sortir de ses réflexions. "Allons-y alors ?"
Sans avertissement, le bracelet les aspira d'un coup sec et les Langues-de-plomb disparurent du hall du Ministère avant qu'Izar n'ait eu le temps de prononcer quoi que ce soit.
La première chose qu'il vit quand ses pieds atterrirent sur le sol froid fut le visage de Rufus Scrimgeour éclairé de manière déconcertante par les flammes oranges des maisons environnantes. Le Ministre se tenait calmement à côté d'une bâtisse calcinée, les mains jointes avec confiance derrière son dos alors qu'il gratifiait Izar d'un large sourire. Un violent frisson parcourut son ventre à cette vue. L'homme voulait jouer et lui se retrouvait en train de répondre à l'invitation.
Mais son extase ne dura longtemps. Les murmures stupéfaits et perplexes des Langues-de-plomb attirèrent son attention et il se retourna pour voir qu'une bonne partie de l'armée des Ténèbres était piégée par le champ de force signé Conner Oran. Le périmètre avait été tracé plutôt négligemment, car quelques moldus et sorciers avaient eux aussi été emprisonnés. Mais ce qu'Izar trouva le plus inquiétant était le fait que Voldemort s'était fait avoir à son tour.
Les Mangemorts essayaient de leur mieux de lancer des sortilèges autour d'eux mais Izar savait pertinemment que rien ne pouvait franchir cette barrière. Lord Voldemort se trouvait au milieu de son armée, étrangement figé sur place.
Izar fit un pas en avant, essayant de provoquer une réaction chez le Seigneur des Ténèbres. Sa silhouette encapuchonnée demeura immobile; seules ses robes flottaient de par l'énergie magique à l'intérieur du champ de force. Sa baguette était abaissée, planant au-dessus du moldu mort à ses pieds. Les yeux d'Izar se plissèrent avec suspicion. Tous les autres Mangemorts s'agitaient frénétiquement dans l'enclos. Ils ressemblaient beaucoup aux animaux sauvages enfermés dans une cage pour la première fois, tentant sans succès de s'enfuir. Mais Voldemort était anormalement impassible.
"C'est quoi ce bordel ?" s'écria Owen Welder. Autour de lui, les autres Langues-de-plomb contemplaient le dispositif avec des yeux écarquillés et curieux.
"Ceci," entama Rufus en se rapprochant d'eux. "Est l'invention qui va enfin apporter la paix dans notre pays. Et tout ça grâce à Izar Black."
Tous les regards convergèrent vers la silhouette immobile du dénommé. Il regardait toujours droit devant lui, en direction des Mangemorts qui jurèrent et sifflèrent lorsqu'ils l'aperçurent.
À quoi exactement jouait Rufus ? Est-ce qu'il voulait l'asservir ? Le laisser là pour qu'il assiste à la destruction irrémédiable des noyaux magiques de ses camarades ? Est-ce qu'il pensait qu'il pouvait le forcer à rejoindre le côté de la Lumière en déclarant aux Mangemorts que leur emprisonnement était de son fait ? Si Izar ripostait en les défendant, le Ministre aurait sa baguette contre sa gorge en l'espace de quelques secondes.
Il l'avait acculé au pied du mur.
Et Izar comprit finalement Voldemort quand celui-ci l'avait prévenu que ses griffes s'emmêleraient dans la pelote de laine. Ce même homme qu'il croyait connaître sur le bout des doigts était complètement revenu sur son personnage et avait accompli quelque chose qui avait réussi à le surprendre. C'était… à la fois amusant et écœurant.
Il avait été manipulé par… Rufus Scrimgeour. Connu pour avoir un tempérament de feu et agir sous impulsion.
Izar eut un petit rire bas. Néanmoins, il n'en avait pas encore terminé avec lui. Et tandis que Voldemort voulait qu'il reste en vie assez longtemps pour mener à bien ses manœuvres politiques, l'héritier Black ferait tout ce qui était en son pouvoir pour faire tomber le Ministre. Passer au travers de ses barrières afin de l'ébranler.
"Ce n'est pas vrai…" souffla la voix éraillée d'une femme à l'encontre de Scrimgeour dans l'enceinte du champ de force. Izar sut tout de suite, en voyant sa posture courbée et animale, que c'était Bellatrix. "Tu mens sans vergogne, Rufus."
"Izar Black ?" répéta faiblement quelqu'un, avec dégoût. "Vous dites… qu'Izar Black en est le concepteur ? Est-ce que... est-ce que vous êtes sérieux ?"
Izar se détourna de Bellatrix et regarda Conner Oran debout face à eux, le corps flageolant. Ses mains tremblantes tenaient le panneau de contrôle. Il n'avait pas l'air tout à fait maître de lui-même si son visage livide était un quelconque indicateur. Ses yeux étaient grands ouverts, presque fous alors qu'il fixait Rufus Scrimgeour avec un air qui dévoilait son sentiment de trahison.
"C'était mon invention. La mienne."
Izar haussa les sourcils et adressa à Rufus un petit rictus. Apparemment, Scrimgeour n'avait pas fait la chose la plus importante lorsqu'il avait planifié cette confrontation surprise. Il n'avait pas formé ses marionnettes. Conner Oran n'avait pas eu connaissance de son plan et le Ministre passait maintenant pour un idiot à cause de ça.
Les Langues-de-plomb observaient calmement l'échange. Izar garda son attention partagée entre un Voldemort immobile, un Oran déséquilibré et un Rufus en difficulté. Quelque chose ne tournait pas rond. Voldemort ne faisait rien d'autre que le fixer. Était-il devenu si froid envers lui au cours de ce mois-ci qu'il ne... ressentait désormais plus rien malgré leur proximité ? Le Seigneur des Ténèbres était complètement fermé, stoïque. Est-ce que ce dernier croyait vraiment qu'il avait quelque chose à voir avec l'invention ?
"Ne sois pas faussement pudique," s'exclama Rufus en se rapprochant de lui. Le jeune sorcier se raidit et laissa sa main glisser jusqu'à sa baguette dans sa poche. "Tu sais que tu as tout à voir avec cette invention, Izar. Ne te cache pas derrière l'audacieuse déclaration de Conner." L'homme inclina la tête. "C'est quelque chose dont tu devrais être fier, et non honteux. Pourquoi n'activerais-tu pas cet appareil pour nous prouver où repose ta véritable loyauté ?"
Ses lèvres se retroussèrent en réponse. Avant qu'il n'ait la possibilité de répondre, un bruit sourd retentit dans la petite ville où ils se trouvaient. À en juger par la réaction pleine d'animosité des Mangemorts, il ne put que supposer que celui qui avait transplané derrière lui ne représentait pas une aide supplémentaire. Et soudain, comme s'il remarquait cela pour la première fois, Izar examina attentivement l'enceinte du périmètre de l'invention et constata que toute l'armée n'avait pas été rassemblée pour le raid de ce soir.
Étrange…
"Que penses-tu être en train de faire, Rufus ?" Kingsley Shacklebolt, le chef des Aurors, annonça sa présence tandis que les Aurors arrivaient par transplanage derrière lui. Ses yeux se plissèrent suspicieusement en direction de Scrimgeour avant de dériver vers le champ de force.
"Je suis plus que disposé à vous relater les faits, Auror Shacklebolt," déclara soudainement Izar. Il se tourna brusquement pour le mesurer du regard. "Il est devenu avide de pouvoir le jour où il s'est fait élire. Depuis, il a modelé le Département des Mystères selon son bon plaisir. Il a ruiné nos emplois, nos vies..." A ce moment, Izar fixa les Langues-de-plomb, s'exprimant avec passion afin de capter toute leur attention. "Il a bafoué notre morale et, plus important encore, nous a enlevé ce que nous désirons le plus. Confidentialité et liberté."
Une jubilation malsaine s'enroula autour de sa poitrine quand il vit quelques Langues-de-plomb opiner de la tête. Izar se concentra principalement sur Owen Welder, connaissant ses véritables sentiments quant à la prise de contrôle de Scrimgeour. "Et maintenant," poursuivit-il. "Il nous a obligé à créer une invention qui détruira le monde magique." La clause de confidentialité lui interdisait d'en parler en détail, mais cela ne l'empêchait pas de dire ce qu'il pouvait. "Avec cette invention, le Ministre Scrimgeour détient trop de contrôle... trop de pouvoir. Cela va à l'encontre de toutes les valeurs que je possède."
Les Langues-de-plomb se mirent à murmurer derrière son dos et les yeux d'Owen Welder se durcirent. Izar se tourna à nouveau vers Kingsley et esquissa un rictus. Il s'interrogea sur le silence continu de Rufus. Ce dernier ne faisait rien pour l'arrêter.
"Les sorciers à l'intérieur de ce champ de force ne seront pas simplement tués. Mais détruits."
"Cela va aussi à l'encontre de mes principes," déclara Lily Potter, à côté de lui, avec un air déterminé. "Je rejoins complètement Izar sur ce point."
Shacklebolt haussa les sourcils, la surprise gravée sur ses traits à l'entente de ses paroles. Celui-ci avait le bon sens de reconnaître la gravité de la situation. Izar savait également qu'ils faisaient tous deux partie de l'Ordre de Dumbledore et travaillaient étroitement ensemble.
"Assez," rugit Rufus alors que les Langues-de-plomb devenaient trop bruyants. Les Aurors se turent, leurs expressions ne reflétant que de la curiosité. "Croiriez-vous ses dires si vous saviez qu'il était un fidèle Mangemort ?"
Soudain, sa manche gauche fut coupée à partir du coude, ce qui révéla sa marque des Ténèbres. Izar la regarda, le rire joyeux de Bellatrix résonnant à ses oreilles. Étonnamment, il ne se sentait pas si mortifié que ça d'être désormais découvert même si cela avait été fait avec beaucoup de lâcheté. Il était parfaitement conscient des multiples baguettes pointées dans sa direction. Il redressa le menton et accrocha le regard écarquillé de Lily, presque comme si elle avait eu besoin de voir sa marque pour vraiment assimiler vers où allait sa loyauté.
Izar eut un petit rire alors qu'il levait haut les mains pendant que sa baguette était extraite de sa poche par Rufus Scrimgeour. Une lueur cruelle dansait dans ses yeux jaunes alors qu'il continuait de pointer sa baguette directement entre ses deux yeux.
"Je n'ai jamais aimé cette robe…" prononça le jeune sorcier d'une voix traînante et jubilatoire.
"Tu penses que c'est une blague, Black ?" gronda Rufus. "J'ai enfin la preuve dont j'avais besoin pour pouvoir te jeter à Azkaban. Tu peux maintenant baisser ton menton fier."
"Au contraire," murmura-t-il. "Je peux le garder encore plus haut en sachant que j'ai enfin pu vous atteindre."
Il pouvait sentir les Aurors se rapprocher lentement; leurs baguettes levées au cas où Izar avait un atout dans sa manche. En réalité, il ne savait vraiment pas ce qu'il pouvait faire à ce stade. Quelque chose de dramatique, sans doute. Il ne se laisserait pas avoir sans se battre. Mais d'abord, un peu de moquerie remonterait encore plus son moral.
"Qu'est-ce que ça vous fait, Monsieur le Ministre ?" murmura-t-il doucement, haussant un seul sourcil alors que la baguette de Rufus se pressait entre ses yeux. "D'être devenu ce que vous haïssez ?" Le jeune Black plissa les yeux. "Cela ne vous est pas venu à l'esprit que vous êtes devenu ce même homme qui abuse de son pouvoir sur les autres et ce de manière extrêmement discriminante ? Vous n'étiez porté que sur la justice et la Lumière. En vrai, vous êtes aussi sombre que n'importe quel sorcier que je connais. Vous m'avez déçu."
Rufus retroussa sa lèvre supérieure et grogna. "Ce que tu penses de moi m'importe peu."
"J'en doute", railla Izar, gagnant de l'assurance grâce aux murmures encourageants que lui soufflait Bellatrix. "Je peux voir que cela vous pèse. Vous savez que vous êtes un homme changé à cause de ça. Terni. Souillé."
"Assez," cracha-t-il.
"Lily, pourquoi ne t'éloignerais-tu pas de Black pour qu'on puisse le mettre en garde à vue," ordonna doucement Shacklebolt.
"Elle n'ira nulle part sauf au Ministère afin qu'elle se fasse interroger," interrompit Rufus, ses yeux toujours dardés vers Izar. "J'ai des raisons de croire qu'elle a aidé Black à nous duper."
"Et quelle serait cette duperie ?" fit le dénommé avec un rire bas.
Rufus se pencha plus près, le coude plié afin d'appuyer plus fermement sa baguette contre son front. "N'essaie pas de la protéger. Je sais aussi parfaitement bien qu'aucun Impardonnable n'a été lancé sur elle. Elle est aussi coupable que toi, un tatouage hideux sur le bras en moins."
"Ah, Monsieur le Ministre," souffla Izar avec dédain. "L'Imperium n'est pas la seule manière de forcer quelqu'un à faire quelque chose. Le chantage est plutôt… adéquat et les directives sont accomplies bien plus efficacement qu'avec l'Imperium. Une menace à l'encontre de son mari fut tout ce qu'il m'a fallu."
Lily émit un bruit de gorge désapprobateur, mais Izar tendit la main derrière lui et pressa douloureusement son bras. Son action passa inaperçue, car toute l'attention de Rufus était focalisée sur lui.
"Activez l'invention, M. Oran," annonça ce dernier en arborant un large sourire.
"Je ne pense vraiment pas que ce soit nécessaire, Rufus," appuya Shacklebolt. "Les Mangemorts sont pris au piège. Nous pouvons nous en occuper à partir de maintenant. Black sera placé en détention et les Mangemorts seront bien gardés. Nous avons même le Seigneur des Ténèbres…"
Izar sourit faiblement. "Oh, mais ce n'est pas suffisant pour toi, n'est-ce pas Rufus ?"
"Izar…" siffla Lily.
"Activez-la !" rugit-il.
"Tu détestes ne pas être aux commandes," fit-il remarquer moqueusement, malgré le fait qu'il soit dans une situation d'incertitude.
Le regard de Rufus s'assombrit dangereusement tandis qu'il retirait son bras et se préparait à lancer un sortilège, sans doute particulièrement vicieux vers lui. Mais de soudaines exclamations provenant des Mangemorts parvinrent à distraire leur attention. Izar jeta rapidement un coup d'œil, craignant que l'invention n'ait déjà été activée, mais se retrouva en train de froncer les sourcils face à la silhouette du Seigneur des Ténèbres qui commença à clignoter avant de se dissiper complètement sous leurs yeux.
Le jeune sorcier comprit finalement qu'il s'agissait d'un sort de duplication. Ce n'était pas le vrai Seigneur des Ténèbres qui s'était trouvé là. À en juger par la réaction des Mangemorts, ceux-ci n'avaient pas su qu'il avait eu l'intention de duper les spectateurs. Ce qui faisait sens. Voldemort ne faisait pas suffisamment confiance à qui que ce soit pour révéler qu'il comptait utiliser un leurre.
"Si ce n'est pas le Seigneur des Ténèbres..." nota un Auror, la voix tremblante. "Alors où est le vrai ?"
Un rire froid traversa la foule d'Aurors avant que tout… ne devienne chaos.
Izar jeta son poing en avant, qui entra directement en collision avec le visage de Rufus. Ce dernier trébucha en arrière et il se fraya rapidement un chemin entre les Langues-de-plomb déroutés avant de foncer vers Conner Oran. Le jeune homme vit qu'il approchait et actionna derechef l'invention.
"Non !" s'écria Izar, qui percuta Oran et l'envoya au sol. Les Mangemorts qui avaient auparavant été absents émergèrent des maisons environnantes et s'engagèrent dans un combat contre les Aurors. Cela lui redonna un peu plus d'assurance, surtout que sa baguette était toujours entre les mains de Scrimgeour.
Izar saisit par le col un Conner tremblant et le rapprocha violemment de son visage. "Tu dois stopper la radiation. Quel est le code ?" Il avait des réserves quant à détruire le panneau de commande, car si l'invention était déjà en marche, elle continuerait de l'être jusqu'à la fin du cycle. Il avait besoin du code pour annuler la mise en route.
Izar jeta un coup d'œil vif à sa gauche, vers les Mangemorts qui restaient debout à l'intérieur du champ de force. Il ne faudrait que quelques minutes pour que les radiations détruisent leurs noyaux magiques. Il ne lui restait que peu de temps.
"Je… ils ne méritent pas la magie…" bredouilla Oran. "Dumbledore et Scrimgeour m'ont dit…"
"Dumbledore ?" s'enquit Izar qui resserra sa prise. "Il savait ?" Bien sûr, Scrimgeour ne pouvait pas agir seul. L'idée de le manipuler lui venait de Voldemort mais Dumbledore lui avait aussi chuchoté à l'oreille. "Ne te rends-tu pas compte que tu n'étais qu'un pion ?"
"Cela fait plusieurs années que j'ai cette idée en tête", cracha Oran. "J'ai eu suffisamment de courage pour la mettre en œuvre parce que je disposais du soutien nécessaire. Je sais que c'est la bonne chose à faire. N'essaye pas d'être condescendant." Il baissa les yeux sur la marque sur son bras. "Tu devrais être là-bas avec eux."
Avant qu'Izar ne puisse se servir de moyens physiques pour lui extorquer le code, un sort fusa dans leur direction. Il roula au sol, mais ce fut inutile puisqu'Augustus Rookwood se positionna devant lui et para le maléfice avec un puissant bouclier.
"Je te couvre, jeune Black."
Izar abattit son poing sur le sol, et se jeta en avant pour stopper Oran qui s'enfuyait. Ce dernier trébucha et tomba de manière peu gracieuse avant de se cogner la tête contre le trottoir. Conner demeura dès lors immobile, inconscient de son environnement. Izar le fixa, incapable de croire qu'il avait perdu connaissance.
"Bordel de merde," gronda-t-il en giflant son visage avant de saisir le panneau de contrôle. Ses mains étaient stables malgré ses nerfs en ébullition.
Le panneau de contrôle était verrouillé, comme il le suspectait. Izar essaya rapidement quelques codes qui lui revenaient de ces nombreuses semaines où ils avaient travaillé sur l'invention. Aucun d'entre eux ne marcha, ce qui ne fit que le frustrer davantage. En dernier recours, Izar fracassa l'appareil contre le sol. Les pièces volèrent dans toutes les directions et le jeune sorcier jeta un regard plein d'espoir vers le champ de force, seulement pour le découvrir toujours activé.
"L'élite des Mangemorts se trouve à l'intérieur. Trouve un moyen de l'annuler. Tout de suite," murmura une voix à côté de lui qui dégoulinait d'arrogance et de dédain.
Izar tourna brusquement la tête et plissa les yeux afin d'examiner plus en détail le Mangemort du Deuxième Cercle penché sur lui. Il devait avoir son âge, à en juger par sa voix et sa petite taille. "Pourquoi ne te rendrais-tu pas utile en allant me chercher une baguette ?"
Les yeux bruns qui l'observaient étaient affûtés, de la même nuance et de la même intensité que ceux de Jedusor. Le Mangemort lui lança sa baguette qui alla frapper sa poitrine. "C'est la dernière fois que je te rends ta baguette, mon enfant. Fais plus attention à elle."
Mon enfant. Mon enfant. De toute évidence, il était le Seigneur des Ténèbres. Personne d'autre ne pouvait posséder autant d'orgueil et de confiance en soi, tout en dégageant une aura que la plupart des sorciers pouvaient sentir à des kilomètres.
Izar lui lança un regard mauvais. Voldemort aurait pu lui être utile plus tôt, pendant qu'il cherchait le code. Il aurait pu utiliser la Légilimancie sur Oran pour extraire l'information de son esprit. Mais maintenant, il n'y avait même plus de panneau de contrôle. Izar était un imbécile.
Il respira profondément et se concentra sur l'invention. "Il n'y a rien qui puisse l'arrêter avant que le cycle ne soit terminé," murmura-t-il surtout pour lui-même. "Les Langues-de-plomb s'en sont assurés."
Des cris fusaient de toutes parts alors que la bataille s'intensifiait. Certains des Mangemorts qui étaient arrivés plus tard avec Voldemort essayaient de faire tomber le champ de force... mais en vain. Derrière Izar, Rookwood lâcha un halètement douloureux lorsqu'un sort atteignit sa poitrine et le fit s'effondrer lourdement au sol. Jedusor quitta sa place aux côtés d'Izar pour remplacer Rookwood qui avait jusqu'à présent protégé son dos exposé.
Tout se passait si vite. Ses lèvres étaient fermement pressées l'une contre l'autre tandis qu'il se concentrait de toutes ses forces sur l'invention. Les Mangemorts emprisonnés tombèrent à genoux, leurs postures traduisant leur choc et leur peur. Izar savait ce qu'ils vivaient. Ils sentaient leur magie être arrachée de leurs corps, se sentaient devenir vulnérables. Tout comme Regulus et Sirius quand Cygnus s'était attaqué à leurs noyaux magiques…
Izar releva la tête et se focalisa cette fois-ci sur son noyau magique, cherchant après son don de magico-sensibilité. Il n'avait jamais auparavant traversé ses propres défenses de manière aussi brutale. Certains sorciers entraient dans une transe mentale afin de protéger leur esprit de la douleur ou d'un traumatisme. Izar réalisait quelque chose de similaire et n'accomplissait un tel acte que par la force du désespoir.
Ayant confiance en l'homme derrière lui, son monde commença à se dissoudre dans le néant. Il devint étourdi à cause de la rapidité avec laquelle son esprit se déplaçait autour de son noyau magique. Izar s'émerveilla à la vue d'un noyau incandescent se divisant en deux; un côté pour la partie sorcière en lui et l'autre pour la partie créature. Il le contourna, sachant parfaitement que sa sensibilité à la magie n'y résidait plus.
Avec une détermination renouvelée, Izar tomba sur une partie plus obscure de son noyau et sut que c'était d'ici qu'il pourrait libérer son don. La serrure le retenant était peu solide, à peine assez résistante pour le contenir. On aurait dit qu'il venait tout juste d'être réassemblé, ce qui expliquerait comment le jeune sorcier avait pu disposer de sa magico-sensibilité durant des moments aléatoires depuis sa transformation en créature.
Malgré son désir d'explorer plus longtemps, Izar tira sur la serrure et délivra rapidement sa magico-sensibilité avant de quitter son esprit.
L'extirper de sa zone confinée lui donnait l'impression qu'un crochet était logé au plus profond de ses entrailles et lacérait tout sur son passage en remontant son corps. Izar cligna des paupières alors que ses yeux lui brûlaient et émit un gémissement douloureux lorsqu'il fut replongé brutalement dans la réalité.
Après avoir dissipé le brouillard qui avait envahi son esprit, Izar put voir autour de lui la magie flottant dans l'air. Cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pas vu d'auras et senti ainsi la magie. C'était merveilleux et cela atténua même la douleur à sa tête et son estomac. Malgré la beauté de ce tableau, il se força à rester concentré sur l'invention et remarqua immédiatement l'endroit où tous les sorts protégeant l'invention s'enchevêtraient. Cela ressemblait à un nœud lumineux qui maintenait en place tous les sorts encerclant l'invention, les gardant soigneusement entrelacés.
Levant sa baguette et sa main opposée, Izar tira timidement sur le nœud. L'invention produisit un grincement et les quatre poteaux tremblèrent. Il n'osa pas regarder trop longtemps les occupants à l'intérieur du champ de force, car leurs cris étaient suffisants pour savoir à quel point des dégâts avaient déjà été causés.
Izar prit une grande inspiration et démantela brusquement le nœud magique. La magie sembla ronronner sous son contact et lécha vivement sa peau pendant qu'elle se démêlait. Il ferma les yeux face à cet assaut de magie, l'invention finalement rendue inactive. Les poteaux claquèrent contre le sol et le verre des générateurs se brisa sous l'impact. Izar reçut quelques éclats mais resta debout malgré l'épuisement qui lui rongeait les os.
Un silence impromptu suivit la destruction de l'invention et son corps frissonna de fatigue. Son attention était focalisée sur les Mangemorts qui commençaient lentement à se relever. Grâce à sa magico-sensibilité, Izar put voir que leurs noyaux s'étaient ternis, mais ils possédaient toujours de la magie et celle-ci finirait par regagner sa pleine puissance. Il y avait juste assez de magie dans leurs noyaux pour qu'ils puissent transplaner une fois avant de probablement s'évanouir. Izar avait anéanti l'invention juste à temps.
"Retraite !" hurla Voldemort derrière lui.
La brûlure dans sa marque était de retour mais il n'y prêta pas attention. Izar continua de regarder l'invention d'un air hébété, incapable de croire qu'elle avait presque accompli son dessein.
"Viens, mon enfant," une main enserra sa taille et le rapprocha. "Toi, en particulier, dois venir."
Izar résista à peine, sentant avec Voldemort une certaine familiarité malgré son corps étranger. Une grande partie de lui voulait juste lâcher prise et le laisser s'occuper de lui. Le mois avait été long. Mais cette nuit allait encore plus l'être. "Pas encore," murmura-t-il, entendant distinctement les bruits de transplanage autour de lui. "J'ai des choses à faire avant…"
Avant ? Avant quoi ? De se terrer ? C'était surréaliste pour lui, surtout avec sa tête qui était terriblement lourde en ce moment même.
"Je ne crois pas," répliqua Voldemort, posant son front masqué contre le sien.
Ils se rendirent tous deux compte que ce dernier était plus petit sous cette apparence. Izar se demanda brièvement quel visage il avait revêtu avant de s'éloigner brusquement. "Prends soin de Rookwood," ordonna-t-il doucement avant de s'éloigner de la main qu'il lui tendait. Izar jeta un coup d'œil à la forme inerte de Rookwood et transplana.
Il avait des choses à faire avant d'aller ramper dans son trou. Après tout, la fête de Yule était encore dans quelques jours et il n'arriverait pas au Manoir Malefoy avant ce moment-là.
{Death of Today}
Cela avait presque été un succès.
Izar était assis sur une table en bois du Département des Mystères, examinant les rouleaux de parchemin et les tests passés avec les générateurs pour trouver la bonne quantité de radiation. Tous les rouleaux étaient couverts de calculs. Qu'il s'agisse d'essais-erreurs ou de chiffres corrects, ils devaient tous être détruits. Malheureusement, Izar était assez intelligent pour savoir que détruire les preuves n'était pas un gage d'assurance que cette invention n'allait plus jamais être fabriquée.
Qui savait ce que Oran avait fait de ce savoir ? Et il était toujours en vie, tout comme les autres Langues-de-plomb qui avaient travaillé sur l'invention. C'était un autre travail qu'Izar devait mener à bien avant la fête de Yule. Ses mains seraient tachées de sang, mais ce dernier ne parvenait pas à éprouver de la pitié envers ses cibles. En vérité, il était même ravi de partir chasser.
Mais à l'instant présent, Izar essayait surtout de se calmer maintenant qu'il se trouvait au Ministère. Rufus ne tarderait pas à envoyer des hommes à sa recherche à travers toute la Grande-Bretagne.
Il balaya le Département du regard, se demandant si c'était la dernière fois qu'il le verrait. Maintenant qu'il était un criminel recherché, allait-il devoir constamment rester enfermé à la base du Seigneur des Ténèbres, en dehors des raids ?
Non.
Il ne permettrait pas ça. En vérité, appâter Rufus en faisant des apparitions régulières en public serait probablement un bon passe-temps. Et qui sait ? Peut-être que le Sous-secrétaire Jedusor trouverait un moyen de laver son nom ?
C'était peu probable, mais Izar ne laisserait pas un mandat d'arrêt gêner sa vie. Il avait des affaires en suspens à régler. Et cela n'impliquait pas de se cacher sous la protection de Voldemort.
Le jeune sorcier perçut un bruit de pas derrière lui. Il tendit brusquement sa baguette, seulement pour apercevoir Owen Welder qui levait les mains en signe de reddition. "Rassurez-moi, s'il vous plaît," murmura froidement Izar. "Que vous n'êtes pas venu ici bêtement pour m'arrêter."
"Non," affirma Owen en secouant la tête. "Je voulais juste confirmer mes soupçons."
"Soupçons ?" répéta-t-il d'une voix rauque. "Des soupçons sur quoi ?"
Owen parut plus à plat que jamais. "Le fait que l'invention créée par Rufus avec l'aide de mes Langues-de-plomb avait pour but de supprimer la magie d'un sorcier." Il inclina sa tête, une lueur colérique et dégoûtée brillant dans le fond de ses yeux. "Tu n'as pas besoin de répondre à ça. Je connais déjà la réponse."
Izar l'étudia avant de se détacher de la table. "Pourquoi avez-vous autorisé cela ? Non seulement l'invention, mais l'invasion pure et simple du Département ?" Ses bottes claquèrent doucement contre le sol de pierre noire alors qu'il se dirigeait vers lui.
L'homme ne parut pas effrayé par son approche, seulement triste. "Qu'étais-je supposé faire ? Il est Ministre."
"Vous pouvez faire front. C'est ce que vous êtes en mesure de faire. C'est votre Département. Ce sont vos Langues-de-plomb." Izar s'arrêta devant lui. Il s'assura qu'il le regardait bien dans les yeux avant de lui adresser un regard intense. "Contactez-moi quand vous désirez le retour de votre Département, Owen. Sous le règne de Rufus, vous ne retrouverez jamais l'ancien Département des Mystères. Je peux vous le garantir."
Comme avec Sirius, Izar plantait la graine du doute et forçait à l'introspection. Il lui tourna ensuite le dos, analysant la pièce dans laquelle il avait passé des heures à embrouiller les Langues-de-plomb avec sa mère. La reverra-t-il jamais ? En face à face ?
"Jusque-là", Il rompit le silence pesant, son attention revenue au présent. "Je vous suggère de quitter rapidement cette pièce. Nous ne voudrions pas que le chef des Langues-de-plomb se retrouve en feu, n'est-ce pas ?"
"Comment pourrais-je te contacter ?" prononça Owen juste au moment où Izar était sur le point de lever sa baguette pour déclencher un incendie dans la pièce.
Ce dernier sourit faiblement, sachant bien qu'il finirait par conduire les Langues-de-plomb vers le Sous-secrétaire Jedusor ou Lord Voldemort. Izar devait admettre qu'il était plutôt doué pour influencer les autres. Peut-être que cela devrait être ça sa nouvelle tâche à partir de maintenant ?
"Vous êtes un homme intelligent, Owen. Je suis sûr que vous trouverez un moyen…"
Sa baguette trancha l'air et du feu s'échappa de son extrémité. Cela commença doucement, les flammes s'attaquant au papier peint. Elles finiraient au bout du compte par atteindre les objets les plus explosifs de la pièce. Et Izar allait rester jusqu'à ce qu'il soit sûr que toute la salle et une bonne partie du Département aient été réduites en cendre.
"As-tu besoin d'aide pour quitter le Ministère sans te faire détecter ?" s'enquit Owen, réellement inquiet.
Le jeune sorcier rit d'une voix basse et jeta un coup d'œil à son chef par-dessus son épaule. "C'est insultant, M. Welder."
{Death of Today}
Izar se dirigeait à pas pressés dans Ste Mangouste vers la chambre de son père. Il avait échangé sa robe de Langue-de-plomb pour un pantalon et une simple chemise en dessous de laquelle un tissu était enroulé autour de sa marque des Ténèbres en feu. Il lui restait peu de temps pour disparaître avant que le public ait connaissance de son mandat.
"Nous partons", annonça-t-il sans préambule en entrant dans la chambre de Regulus. Son père parut surpris par sa soudaine apparition.
Ses yeux charbon vagabondèrent sur les vêtements déchirés de son fils avant de revenir vers son visage. "Partons ?" répéta Regulus, distant. "Que veux-tu dire ?"
Izar pressa ses paumes contre son matelas et se pencha sur lui. "Ils ont découvert que je suis un Mangemort", murmura-t-il. "Il ne faudra pas longtemps avant que la Grande-Bretagne ne sache pour mon mandat. Je veux vous emmener toi et Aiden avec moi. Ils vont probablement vous arrêter pour un interrogatoire, je ne..."
Il s'interrompit quand quelque chose qui ressemblait fort à de la dévastation s'abattit sur le visage de son père. "Izar," murmura-t-il d'une voix rauque. "Je ne viens pas avec toi."
Le dénommé s'éloigna comme s'il avait été brûlé. "Pardon ?"
Regulus s'appuya contre ses coussins, son visage creusé par les ombres du passé. "Tu sembles... presque heureux d'être en fuite, Izar. Il y a la même folie dans tes yeux que dans ceux de Bellatrix lorsqu'elle a découvert qu'elle était une criminelle recherchée. Vous aspirez tous deux à quelque chose qui n'est pas sain. La guerre sera courte, Izar. Elle sera finie avant que tu ne t'en rendes compte. Avant que tu ne réalises ce que tu as sacrifié pour la soutenir."
L'héritier Black resta figé sur place, incapable de croire ce qu'il entendait.
Regulus lui offrit un sourire misérable. "Tu avais autrefois une longue vie devant toi, Izar. Mais quelle vie as-tu maintenant ? Je suis sûr que les preuves qui pèsent contre toi sont accablantes. Tu ne te rends pas compte à quel point la vie devient dure lorsque tu passes ton temps à fuir et te cacher." Il soupira en fronçant les sourcils. "Tu réagis comme si j'étais en train de te tuer lentement, mon fils. Je t'aime. Je t'aimerai toujours."
"Tu parles comme si tu ne soutenais plus notre cause," l'accusa Izar, sonné.
"C'est vrai," admit doucement Regulus. "Je ne me suis jamais senti aussi heureux que maintenant. Je n'ai plus de maître à qui rendre des comptes. En étant juste marqué, j'ai vécu toute ma vie dans la crainte de ce qu'il ferait s'il mettait de nouveau la main sur moi. Maintenant que je suis inutile à ses yeux, je suis libre de faire tout ce que je veux sans restriction. Je peux revivre. Librement." Il tapotait de manière incontrôlée ses doigts contre ses draps tout en observant Izar. "Tu n'as aucune idée de ce que tu as sacrifié pour un homme qui ne t'en sera jamais reconnaissant."
Izar fit un pas en arrière, affecté par un sentiment de rejet. "Tu me trahis ?" sa voix parut faible, presque pitoyable à ses oreilles.
Les yeux gris de Regulus s'écarquillèrent de façon comique. "Non. Non. Jamais. Je ne soutiens pas Dumbledore ou le Ministère, Izar. Je suis toujours un sorcier noir, juste… je ne le sers plus."
Une petite partie de lui savait qu'il était égoïste d'être en colère contre Regulus. Son père méritait chaque once de bonheur qu'il pouvait trouver suite à son horrible passé. Mais pour le moment, Izar se sentait trahi... presque trompé. Pas énervé. Comment Regulus pouvait-il lui faire croire qu'il soutenait le Seigneur des Ténèbres pour ensuite retourner sa veste ? Il avait besoin de son père plus que jamais. Seulement, il lui semblait qu'il était terriblement loin de sa portée.
Incapable de formuler des paroles cohérentes sans le blesser, Izar lui tourna le dos et sortit de la chambre d'hôpital.
"Izar !"
L'appel désespéré de son père ressemblait cruellement à celui de Sirius. Cependant, alors que l'appel de ce dernier l'avait amusé, celui de Regulus ne fit que lui causer une vive douleur dans la poitrine.
Quand Izar dépassa le coin du couloir, il appuya sa tête contre le mur et ferma les yeux. Il put sentir l'aura misérable de Regulus émanant de sa chambre d'hôpital s'obscurcir. Bien qu'il ne lui sera jamais possible de discerner sa propre aura, il était sûr qu'elle ressemblait à celle de son père en ce moment précis.
Il avait possiblement rallié la majorité des Langues-de-plomb ce soir mais il avait également perdu le soutien de son père dans cette guerre.
Izar donnerait n'importe quoi pour changer ça.
