CHAPITRE 21 : LA CHAMBRE DES SECRETS
Si le Basilic ne tuait pas les gamins, « Saevus Prince » se jurait de le faire lui-même. Et Julie Casadano par la même occasion ! Le Patronus de l'Occamy était arrivé dans son bureau alors qu'il tentait une nouvelle potion pour essayer de rentrer à leur époque. Les paroles de l'Auror- qui semblait en pleine course vu sa voix hachée- l'avait pétrifié d'horreur
« La Chambre des Secrets a été ouverte ! Toilettes du deuxième étage. Des élèves à l'intérieur. Danger de mort. Présence d'un Basilic. Besoin de renfort. Attention à vos yeux. ».
Il glissait à présent le long d'un interminable tuyau boueux. Il faisait de plus en plus frais, humide et sombre. Severus atterrit dans une flaque qui l'éclaboussa. Il entendait des voix se répercuter en échos lointains. Un bruit sourd derrière lui le prévint de l'arrivée de quelqu'un d'autre. D'un pas maladroit, Eglandine Chèvrefeuille apparut, suivie de Marcus et Filipe. Tous trois rattrapèrent le professeur à grandes enjambées. Bientôt, des voix se firent entendre au loin. Il y avait de l'affolement. Combien d'élèves étaient-là, bon sang ?
Le groupe leva sa baguette d'un même mouvement méfiant quand, soudain, des claquements de talons fonçant droit sur eux leur parvinrent aux oreilles. Il faisait si sombre que les Lumos ne pouvaient éclairer à plus deux mètres.
-A TERRE ! Hurla Miss Rimini en se jetant sur Severus, faisant chuter au passage tous les Aurors dans un effet domino.
Le mur à côté d'eux explosa. Le professeur avait eu l'intelligence de lever un bouclier autour d'eux à l'instant où il avait touché le sol. Une avalanche de pierres s'abattit sur le groupe. De la faible lueur des baguettes, il vit le bout d'une énorme queue de serpent. Sans prendre le temps d'expliquer quoi que ce soit, ou de vérifier si tout le monde était vivant, Rimini repartit dans l'obscurité, vers là où s'élevait les cris des élèves. Eglandine tendit une main vers Severus pour l'aider à se relever. « On s'occupe de ses yeux » Entendit-il dire Miss Casadano en écho. « Ne regardez jamais droit devant vous, siffla Severus à son groupe d'un ton qui ne laissait pas le choix. Avancez toujours en vous fiant au sol.
-Qu'est-ce que c'était que ça ? S'affolait Marcus d'une voix blanche. Il y a véritablement un Basilic à Poudlard ?
-Si vous croisez son regard, vous êtes mort, prévint le Mangemort sans compassion.
Ils débouchèrent à l'entrée d'une grande salle faiblement éclairée par des torches aux flammes verdâtres. Une longue allée, bordée de chaque côté par des bassins et des piliers autour desquels s'enroulaient des sculptures de serpents, s'achevait par un visage immense, celui de Salazar Serpentard, taillé dans la roche. Au pied d'une des colonnes, une quinzaine d'élèves se tenaient accroupis, la tête dans les genoux, tremblants de peur. Il reconnu immédiatement la chevelure rousse de Lily. Minerva et Filius s'évertuaient à maintenir un bouclier autour des enfants. Le bruit d'un sifflement hérissa la nuque de Severus. Le Basilic était là, dans la salle. Lui et les Aurors se dissimulèrent dans l'ombre d'un pilier. Comment se défendre contre un ennemi qu'on ne pouvait pas regarder ?
Il jeta un rapide coup d'œil autour. Tout le monde s'était réfugié derrière une colonne. Casadano était à la deuxième rangée avec Chourave, Rimini à la troisième avec un autre Auror, Curt. Il vit le fluide corps rampant glisser sur le sol, serpenter entre les piliers. Il régnait brusquement un silence angoissant. Par où allait attaquer le Basilic ? Severus ferma les yeux. Il tenta d'occluder, de faire le vide dans son esprit. Il fallait qu'il mette en place ses boucliers mentaux pour rejeter au loin ses émotions. Il devait être rationnel. Il ne devait pas se laisser submerger par la peur : sa peur pour sa propre vie, pour celle de ses collègues, pour son amie Minerva, pour Lily, pour Casadano. Il rejeta tout, loin, très loin dans son esprit. Sa lucidité retrouvée, il réalisa qu'il y avait une chose qui devait devenir sa priorité même si cela lui donnait l'envie de vomir : il devait sauver les Maraudeurs coûte que coûte. S'ils mourraient, le passé serait définitivement perdu ; Harry Potter n'existerait pas. L'Elu, quand bien même ce terme lui arrachait les tripes, n'existerait pas. Or Dumbledore en était persuadé : Harry Potter était la clef de tout. L'Enfant-qui-a-survécu et le garçon qui vaincrait le Seigneur des Ténèbres. Harry Potter devait absolument naître. James Potter devait vivre. Vivre pour mieux mourir ensuite.
Son ouïe s'affûta. Il discernait mieux à présent les mouvements du Basilic sur le sol, la proximité des sifflements, le raclement des pierres contre les écailles. Il percevait la respiration irrégulière des Aurors à côté de lui, le chouinement plaintif des élèves plus loin, les discrets rabrouements de Minerva. Le Basilic était juste derrière eux. Son oreille capta autre chose : des bruits de pas. Quelqu'un arrivait vers la Chambre des Secrets. Plusieurs personnes mêmes. Pauvres fous !
-ECARTEZ-VOUS !
L'avertissement de Rimini arriva trop tard. Le Basilic venait de tourner ses deux yeux meurtriers vers les nouveaux arrivants. Les corps de Clarisse Ellasan, Annabelle Smith et Erny McFraser se raidirent et blanchirent. Les yeux s'écarquillèrent d'horreur, puis devinrent vides. Les trois élèves tombèrent sur le sol, foudroyés. Les adultes eurent le souffle coupé. Dans les élèves protégés par Minerva, quelqu'un hurla. Le Basilic fondit sur ses proies. Minerva, Filius et les enfants se jetèrent au sol en criant. Tous les autres, y compris Severus, firent pleuvoir des sorts qui rebondirent inutilement sur les écailles. Le serpent géant aurait avalé le groupe d'enfants si un Occamy, aussi gigantesque que lui, ne lui avait pas refermé son bec sur la gorge à temps. De ses ailes violettes, l'Animagus tenta d'entraîner le Basilic au loin, vers la figure de pierre de Salazar. Hélas, le Basilic se débattait férocement et l'Occamy dû lâcher prise. Si l'Auror n'avait pas diminué sa taille aussitôt, grâce aux propriétés choranaptyxiques des Occamys, elle aurait subi la morsure mortelle du serpent.
L'Animagus de taille moyenne voleta dans la salle, passa près d'eux comme pour vérifier leur état, poussa un petit chant aigu à proximité de Rimini et retourna en vitesse dans la grande allée. Par chance, les torches projetaient sur le sol en pierre toutes les silhouettes. Comme un jeu d'ombres chinoises, Severus vit le fragile Occamy voler dans tous les sens autour du gigantesque Basilic, manquant à plusieurs reprises de se faire prendre entre les crocs pointus de la bête. L'Animagus le narguait, le distrayait, le rendait fou de rage. Mais dans quel but ? C'est alors que l'ombre d'un petit animal bondissant lui attira l'attention. Un écureuil remontait le long du corps filiforme jusqu'à la tête, n'étant nullement remarqué par le Basilic trop occupé à manquer, une fois encore, l'Occamy. La petite boule noire se transforma en une silhouette humaine, solidement accrochée, levant une lame courte et fine. Un gémissement puissant de douleur émana du Basilic, a en faire trembler les lieux. Une colonne s'écroula même juste à côté. Severus osa jeter un œil dans l'allée centrale. Le Basilic se tordait de douleur et refermait sa mâchoire au hasard de manière frénétique. Deux rivières rouges s'écoulaient de ses orbites. Une dague était même restée plantée dans une cavité. Le serpent géant se mit à frapper avec sa queue. De justesse, Severus Snape fit évacuer les Aurors de leur cachette.
« Il faut faire sortir les enfants ! Lança Minerva en les voyant arriver d'un ton sévère, malgré les sanglots qui lui coulaient sur les joues.
-C'est trop risqué, répondit Eglandine en jetant, malgré elle, un regard aux trois corps sans vie et à la queue du Basilic qui obstruait la sortie. On n'a pas d'autres choix que de le vaincre.
-Comment ? Protesta Marcus, livide. On ne peut pas le regarder.
-Maintenant si, il est aveugle, leur apprit Severus.
La nouvelle sembla redonner de la force à tout le monde. Dans un sursaut, ils virent Miss Rimini glisser sur le sol, projetée avec force. Eglandine se précipita vers elle tandis qu'Aurors et professeurs se tournèrent enfin vers le Basilic géant, baguettes prêtes. Malgré toute leur rage, aucun des sorts ne parvint à faire effet. La queue du serpent balaya l'air. L'Occamy fut violemment atteint et chuta lourdement dans l'un des bassins. Severus roula sur le sol et se cacha derrière un pilier quand les crocs acérés projetèrent un liquide noir et fumant sur eux. Le poison crépita en touchant le sol. « Madame ! » Hurla brusquement Sirius Black. Severus vit le doigt que pointait le jeune homme en direction d'un bassin. Miss Casadano battait furieusement des bras et peinait à remonter à la surface. Elle lançait de petits cris de noyade. L'eau bouillonnait. Des milliers de mains et de têtes remuaient la surface. Des Inferi.
-Ju' ! Ju' ! Cria à pleins poumons Miss Rimini en boitant vers le bassin.
Les cadavres animés, avec leurs bras décharnés, s'accrochaient férocement à Casadano qui s'épuisait, voulant l'entraîner sous l'eau.
Elle allait s'y noyer. Lily hurla. Severus jeta un œil en arrière. Potter et Black, toujours avides de jouer les héros, s'étaient lancés à l'attaque du Basilic. Il regarda de nouveau le bassin : l'Auror n'était plus là. Rimini ne semblait pas quoi faire. Harry Potter est la priorité, souffla son cerveau. Les Maraudeurs. Ils étaient sa priorité. Rimini appelait toujours dans le vide sa meilleure amie. Severus, une furieuse nausée à la gorge, courut vers le Basilic.
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Le jeune garçon avait retourné tout le bureau. Il avait renversé les tiroirs, vidé les armoires, bousculé tous les meubles. Où était-ce ? Après plusieurs minutes de fouilles, le jeune Severus Snape devait se rendre à l'évidence : ce n'était pas ici. Sans perdre une minute, il courut jusqu'au tableau du Faune jouant de la flûte de pan aux nymphes. Evidemment, le tableau ne voulut pas le laisser entrer sans mot de passe. Les personnages changèrent vite d'avis quand il incendia un coin de l'œuvre. Le garçon de dix-sept ans pénétra dans les appartements. Dans d'autres circonstances, il aurait été gêné d'ainsi violer l'intimité de quelqu'un d'autre ; pas cette fois. Il secoua tout, arracha les vêtements des cintres, vida les valises et les coffres. Enfin, il récupéra avec un immense soulagement l'objet. Le sol trembla pendant quelques secondes. Le pire devait être entrain de se dérouler dans la Chambre des Secrets. Severus quitta les appartements et fonça au deuxième étage. Il ne s'attendait pas à y trouver la totalité des apprentis Mangemorts, vêtus de leurs tenues.
-Severus ? S'étonna Lucius Malfoy. Ou étais-tu passé ? Le gronda-t-il.
-Cela va bientôt être l'heure, lui rappela Avery d'un ton pleins de reproches. Ce n'est pas le moment de jouer les lâches.
Un lâche. Voilà ce qu'il était. C'était sa nature et cela le dégoûtait. Par lâcheté, il s'était rangé du côté des Mangemorts. Par lâcheté, il avait fermé les yeux sur tout ce qui se réalisait dans sa Salle Commune, sur les complots, sur les dangers qui planaient à Poudlard. Par lâcheté, il avait obéit aux ordres. Par lâcheté, il n'avait pas osé tout avouer aux adultes, à ne serait-ce que donner des indices à Casadano qui lui avait pourtant tendu la main des dizaines de fois. Par lâcheté, il n'avait pas su choisir un camp, ou plutôt, osé changer de camp.
Un sifflement infâme et glaçant sortit du trou béant entre les lavabos. Certains Partisans reculèrent. Severus regarda l'entrée du tunnel, hésitant. Il sentit l'objet peser lourd sous sa robe de sorcier. Puis, il serra les poings.
-Cette fois, je ne serai pas un lâche, grogna-t-il.
A peine les Partisans eurent-ils tournés la tête vers lui qu'il disparaissait dans les tréfonds ténébreux.
Mélanie était en panique. Elle regardait l'eau sans comprendre. Julie était là-dessous. Combien de temps avant qu'elle ne puisse plus respirer? Les pieds de l'Auror était au bord du bassin, à deux doigts de basculer. Devait-elle y aller ? Comment la secourir ?
Inferi. Inferi. Inferi. Inferi.
Son cerveau était gelé. Elle n'arrivait pas à se remémorer comment les vaincre, ni quelle était l'étendue de leurs capacités. Si elle était mordue, deviendrait-elle comme eux ? Elle ne supportait pas la vue de ces cadavres pourrissants. Elle n'avait jamais pu. Elle avait espéré n'en voir jamais. Que faire ? Elle ne savait pas quoi faire ! Les sifflements du serpent claquaient comme des coups de fouet, lui rappelant que le danger était partout autour. Elle tenta des choses vaines : comme l'appeler, lancer un Accio, un Levicorpus, demander de l'aide. Tout le monde était trop occupé pour réaliser la gravité de la situation. Les professeurs bataillaient pour protéger les élèves en panique tandis que les Aurors et « Prince » s'acharnaient à vaincre un Basilic plus terrifiant que jamais. Mélanie s'apprêtait à plonger quand une vague brûlante l'effleura.
Des jets enflammés illuminèrent le bassin et plongèrent droits dans l'eau. La silhouette de milliers de cadavres se détacha dans les eaux obscures, lui arrachant un cri de dégoût. Les anneaux de feu s'enfoncèrent loin dans les profondeurs jusqu'à ce qu'apparaisse le visage de Julie. Aussitôt, les Inferi accrochés à elle déguerpirent. Les flammes, qui résistaient étonnamment à l'eau, formèrent une barrière de protection autour de la jeune femme inconsciente. Sans réfléchir, Mélanie plongea et nagea aussi vite qu'elle put. Elle sentit des mains squelettiques l'effleurer, elle vit des visages blafards et des yeux blancs la suivre. Elle avait l'impression de s'être jetée dans le Styx. Elle descendit toujours plus bas, en direction des anneaux rouges et finit par saisir au col sa meilleure amie. Ses poumons lui brûlaient. Aurait-elle la force de remonter ? Il lui fallait de l'air ! Ses yeux ne voyaient pratiquement plus. Elle mit plusieurs secondes à réaliser qu'elle avait enfin crevé la surface. L'air entra trop vite dans sa cage thoracique, elle s'en étouffa. Un bras l'aida à sortir de là et à hisser l'Auror inconsciente. Expulso ! Articula-t-elle difficilement en pointant sa baguette sur la poitrine inerte. Julie se mit à cracher violemment. Elle était secouée de spasmes. Ses habits avaient été déchirés à plusieurs endroits, mettant à nu des morsures et des griffures. Mélanie, qui reprenait avec peine son souffle, fut soulagée lorsque Julie ouvra enfin les yeux.
Elle repoussa les mèches blondes et trempées qui lui collaient au visage. Elle n'avait même pas prêté attention à celui qui les avait aidées.
-M-Merci, dit-elle en gratifiant mini-Snape d'un regard soulagé.
Elle avait bien envie de lui hurler dessus qu'il n'avait rien à faire ici, que c'était dangereux mais cela aurait été bien culotté de sa part.
-Q-Qu'est-ce que t-tu fiches là ? Aboya Julie en se relevant avec peine, la voix étranglée.
Elle crachait ses poumons. Le jeune homme lui jeta un regard noir, agacé qu'on lui reproche d'être là alors qu'elle serait morte sans lui. C'était donc ça être adulte, songea Mélanie, s'énerver de voir les personnes sous sa responsabilité se mettre en danger alors que l'on était à deux doigts de mourir. Cela manquait cruellement de logique.
Un cri les fit se retourner brusquement. Marcus venait d'être violemment jetée contre une colonne et s'écroula, inconscient. Potter avait une jambe ensanglantée, Black semblait étourdi contre un mur, Flitwick était penché au-dessus de McGonagall, étendue sur le sol, Evans tentait de maintenir d'une main tremblante un bouclier, Pettigrow était roulé en boule dans un coin. Quant au reste, ils passaient leur temps à esquiver les attaques du reptile, tous plus ou moins amochés. Les sorts rebondissaient perpétuellement sur les écailles.
-Il est invincible, grinça Mélanie.
-Mél…
Julie avait presque murmuré son prénom comme une supplique. Elle lui montra du doigt le visage de pierre de Salazar. L'Auror se figea d'effroi.
« Severus ! Gronda Lily en l'apercevant. Mais qu'est-ce que tu fous là ?
Le jeune Severus Snape fit rapidement le tour du groupe d'élèves. Ils étaient tous pétrifiés de peur, sanglotant, certains blessés. Frank Londubat prêtait main forte à Lily dans le maintient du bouclier. Lupin tentait d'épauler Flitwick dans la guérison du professeur McGonagall, visiblement épuisée d'avoir usé autant de sa magie.
-Tu vas bien ? Demanda-t-il simplement à la rouquine avec inquiétude.
-Ca va.
Elle essayait de faire bonne figure. Il y avait plus amoché qu'elle. Elle jeta un coup d'œil aux trois corps qui gisaient tout près. Une vague de douleur lui passa sur le visage.
-Où est-ce que tu vas ? Lui cria-t-elle alors que Severus s'enfuyait en direction du Basilic.
Il arriva à hauteur de Potter et Black. Ces imbéciles étaient bien esquintés. Ils pointèrent immédiatement leur baguette sur lui, le visage hargneux. Severus, méfiant, fit de même. L'heure n'était pourtant pas propice à une dispute.
-Qu'est-ce que tu fais là, Servilus ? Lui demanda-t-on pour la troisième fois. T'as ramené tes petits copains les Sang-purs pour nous achever ? Cracha Black qui servait de béquille à Potter.
Les trois garçons se jetèrent au sol. Le Basilic venait d'envoyer une nouvelle salve de poison.
-Les Serpentards ne sont que des malades ! Hurla Potter, les lunettes de travers.
-Je suis venu pour aider ! Siffla Severus en se relevant, fou de colère.
-Garde tes mensonges pour le Seigneur des Ténèbres ! Lui renvoya Black en pleine figure.
Potter et Black lui lancèrent un regard mauvais, tout en surveillant le serpent géant du coin de l'œil.
-Il est impossible à vaincre, déclara Potter, la mâchoire serrée.
Il y avait une forme de résignation dans sa voix.
-Non.
Les deux jeunes Gryffondors scrutèrent mini-Snape avec surprise. Il sortit de sous sa robe quelque chose qui ressemblait à une corne.
-C'est quoi ça ? S'enquit Potter.
-Eloigne-toi, James ! Lui conseilla Black en le tirant en arrière. C'est sûrement un objet de magie noire.
-Non, on dirait…
Potter regardait à présent l'objet comme le Graal.
-Une corne d'Eruptif, confirma Severus.
-D'où est-ce que tu sors une chose pareille, toi ? Explosa Sirius.
-On s'en fiche ! Répliqua sévèrement Severus en resserrant son emprise dessus. C'est la seule arme dont on dispose.
Potter lui jeta un regard moins hostile. Il savait qu'il avait raison. Il ne comprenait pas comment Severus pouvait avoir une telle chose en sa possession mais, pour l'instant, cela lui était égal. Cette corne pouvait transpercer n'importe quoi et son poison tuer n'importe qui.
-Laissez-moi passer, ordonna sèchement Severus, la corne fermement positionnée dans sa main.
Black et Potter échangèrent un regard.
-Non, trancha James.
Le sang de Severus ne fit qu'un tour. Il pointa sa baguette entre les deux yeux de l'imbécile de Gryffondor.
-On ne te laissera pas y aller tout seul, expliqua son ennemi juré.
-Je n'ai pas besoin d'aide !
-Bien sûr que si ! Répliqua Sirius Black. Tu crois vraiment pouvoir l'atteindre et le tuer aussi facilement ? Même les Aurors n'arrivent pas à l'approcher.
Et, comme pour mieux confirmer ses dires, le Basilic repoussa avec force « Saevus Prince » et Eglandine Chèvrefeuille. Severus chercha un point faible, une ouverture. La queue du serpent ne cessait de balayer le sol comme des vagues fracassantes sur la grève. Le point vulnérable était la tête. Lui et Potter se regardèrent en même temps. Ils venaient d'avoir la même idée.
-Tu n'as pas intérêt à me lâcher, le prévint mini-Snape d'une voix rauque.
Potter arbora un sourire amèrement amusé. Il expliqua à Black ce qu'ils devaient faire. Les deux Gryffondors pointèrent leurs baguettes vers le Serpentard. Jamais Severus ne s'était senti aussi vulnérable. Pour la première fois, il allait volontairement se laisser ensorceler par ses pires ennemis.
-Levicorpus ! Crièrent en chœur Black et Potter.
Le corps de Severus partit dans les airs. C'était une sensation détestable. Combien de fois les Maraudeurs l'avaient-ils suspendu ainsi ? Il pouvait presque entendre les rires moqueurs des élèves qui se faisaient toujours une joie d'assister à son humiliation. La tête en bas, il se demanda s'il n'avait pas été stupide de se laisser faire. Peut-être que Potter et Black étaient entrain de se rire de lui en-dessous.
Pourtant, son corps se mit à pivoter et il reprit une posture normale. Il était à plus de six mètres du sol et cette vision lui donna le vertige. La magie qui le contrôlait le fit avancer vers le serpent géant en zigzags inquiétants.
-MONSIEUR SNAPE ! Entendit-il hurler de fureur. MONSIEUR POTTER ! MONSIEUR BLACK !
Severus trouva que le professeur « Saevus Prince », blanc comme un linge, était ridicule à encore utiliser des formules comme « Monsieur » dans une situation si désespérée. La magie des Gryffondors commençait à faiblir, il perdait de l'altitude. Il était pourtant si proche… La tête du Basilic passa juste en-dessous de lui. Il devait saisir sa chance. Finite !
Le sort qui l'entourait disparu et il tomba dans le vide sur deux mètres. Arrivé sur la tête du Basilic, il glissa sur la peau visqueuse. Sans réfléchir, il planta la corne d'Eruptif. Elle s'enfonça comme dans du beurre. Le reptile lâcha un cri de douleur. Severus continua à glisser sur les écailles, longeant tout le corps reptilien comme s'il était sur un toboggan. Il finit par chuter vers la fin du corps. Se rappelant que le serpent allait exploser, il usa de ses dernières forces pour s'enfuir en direction des Maraudeurs. Le Basilic remuait la tête comme un dément.
Il lâcha un flot épouvantable de poison depuis ses crocs. Puis, le corps du reptile se fissura. Il lâcha un son d'agonie assourdissant. Enfin, la bête éclata en milliards de particules noires. Le souffle de l'explosion balaya tout le monde en arrière. Le sol était dur et froid. Severus se sentit épuisé. Et en même temps, il avait le cœur qui battait la chamade. Il l'avait fait ! Il avait vaincu le Basilic ! Il avait été plus intelligent qu'un Serdaigle et plus brave qu'un Gryffondor. Un sourire se dessina derrière ses mèches noires. Quelqu'un lui posa une main amicale sur l'épaule.
-Ca va ? Lui demanda James Potter.
Potter avait une balafre sur la joue gauche.
-Toujours en vie ? Railla sans trop de méchanceté Black en lui tendant une main pour le relever.
Malgré son air renfrogné, Severus accepta l'aide. Il regarda par-dessus l'épaule du garçon. Plus de serpent. C'était fini.
-Il va falloir que tu demandes à Dumbledore qu'on te transfère chez les lions, Servilus, se moqua Black.
Potter se racla la gorge de façon forcée avec un regard irrité vers son meilleur ami.
-Severus, se rattrapa Black en levant les yeux au ciel.
Le Serpentard lâcha un ricanement. Ces Gryffondors ! Qu'ils ne s'imaginent pas cinq minutes qu'ils allaient devenir amis simplement parce qu'ils s'étaient alliés pour survivre à un Basilic ! Il répugnait la maison des lions.
-MANGEMORTS !
Le cri d'Eglandine Chèvrefeuille avait résonné dans toute la Chambre. Un frisson glacé parcourut l'assemblée. La tête de pierre avait ouvert la bouche et dévoilé un trou béant d'où s'échappait, tout en capes et masques d'ivoire, une dizaine de Mangemorts.
