Et voilà un nouveau petit chapitre… enfin un chapitre plutôt long même ! Alors, verdict, qu'a Aëlis ?

Réponses aux non-inscrits :

D-Gray-Man-001 : merci beaucoup ! pour ton petit commentaire et ta review, ça m'aide vraiment et ça me fait du bien :)

EveyMax : coucou ! j'ai passé de très bonnes vacances merci et toi ? Mais de rien pour les chapitres, je fais ce que je peux, c'est encore mieux si ça plaît. Pour le prénom d'Aëlis, alors non je ne connaissais absolument pas. Pour trouver un nom pour mes héros je cherche souvent dans des prénoms peu ordinaire. Aëlis je l'ai trouvé dans les prénoms d'origine celte il me semble. Voilà ! Hi hi

Maintenant, bonne lecture !


20

- Qu'est-il arrivé à ton visage ? Lui demanda un professeur de l'académie lorsque les présentations furent faites et les salutations de rigueur échangées.

Elle ouvrit la bouche pour lui répondre mais un rêveur, du cinquième cercle à sa tenue, la prit de court :

- Un tigre des plaines. Vous avez eu de la chance demoiselle.

- Non, pas de la chance, j'avais Sayanel.

Ils ne lui répondirent pas.

Au début méprisants pour la plupart, ils commencèrent les tests.

Rapidement, l'agacement puis la perplexité laissèrent place à la condescendance. Aucun d'entre eux ne parvint à dessiner en sa présence. Enfin plus exactement à l'atteindre par un dessin.

Les rêveurs s'en mêlèrent et ils ne purent pas non plus dérouler leur rêve sur la jeune fille.

Aëlis, rapidement agacée, n'en fit pas part. Elle demeura parfaitement calme et courtoise, tout du moins le plus possible.

Elle se laissa manipuler, répondit aux questions, se prêta volontiers à tous les exercices qu'ils lui imposèrent.

Et cela dura trois jours.

Ewilan demanda le deuxième jour à faire une expérience pour répondre à une question qu'ils se posaient tous : était-elle réellement immunisée contre tous les dessins ? Avec l'accord de sa mère, Ewilan fit venir Illian.

Le jeune adolescent regarda celle qu'il considérait comme sa sœur avec suspicion même si elle lui avait déjà tout expliqué une dizaine de fois lorsqu'il se retrouva entouré de rêveurs, dessinateurs, professeurs… en face d'une jeune fille qui le regardait, impassible.

- Il faut vraiment que…

- Oui Illian, lui répondit doucement Ewilan.

Il soupira et se tourna vers Aëlis qui patientait, debout en face de lui.

- Assis !

L'ordre claqua.

Ewilan en sentit la puissance même si elle savait que son presque frère n'y avait pas mis toute sa volonté. Elle avait tout de même mis le bouclier qu'elle avait forgé des années auparavant et qui l'avait sauvée d'Ahmour. Autour d'elle, plusieurs personnes vacillèrent, n' ayant pas l'habitude du pouvoir de l'adolescent même si l'ordre ne leur était pas destiné.

Sauf Aëlis.

La jeune fille avait haussé un sourcil étonné, sans paraître le moins du monde affecté par la volonté pourtant écrasante d'Illian.

Celui-ci se tourna avec étonnement vers Ewilan qui hocha la tête.

Il lui ordonna de nouveau, y mettant plus de force :

- Assis !

L'ordre avait claqué, sans appel. Mais, comme rebondissant sur la jeune fille, celle-ci soupira lorsque les rêveurs s'assirent ainsi que deux des professeurs présents.

Ils recommencèrent plusieurs fois avant qu'Illian y mette toute sa volonté.

Liven lui-même vacilla.

Mais Aëlis ne bougea pas.

MM

- Alors ?

Ewilan se glissa dans les draps frais de son lit avec un soupir d'aise. Avant de répondre, elle se pelotonna contre son compagnon, installé sur le dos, les bras sous la tête.

- Je ne sais pas Salim, je ne sais vraiment pas. Je crois qu'elle a perdu espoir d'ailleurs.

- Mais pas toi. Affirma-t-il en caressant négligemment son bras.

- Non. Liven, Kamil et Mathieu non plus. Pas plus que maître Oras.

- Maître Oras ? S'étonna le marchombre.

- Le rêveur du Cinquième cercle de Ondiane. Je crois qu'Aëlis l'interpelle beaucoup.

- Et elle ? Qu'est-ce qu'elle dit ?

- Rien.

- Comment ça « rien » ?

- Elle se laisse faire, répond aux questions, elle est totalement soumise. Mais elle ne prend aucune initiative.

- Il faut la comprendre aussi, ça fait cinq ans qu'elle vit avec ça.

- Certes.

- J'irai voir Sayanel demain pour lui dire.

La Sentinelle soupira, se serrant un peu plus contre le jeune homme, elle ferma les yeux.

Le lendemain, Ewilan en eut assez et elle appela Edwin à la rescousse. Ce qui perturba plus encore la jeune fille mais elle n'en montra rien.

Edwin trouva alors une solution.

Peut-être que cela ne fonctionnerait pas.

Mais en attendant, l'espoir naquit dans les yeux bleu ciel de l'apprentie marchombre.

MM

- Dans l'autre monde ?

- Oui.

- Une opération ?

- Oui.

- Ce n'est pas sérieux.

Seul un sourire lui répondit.

MM

Aëlis regardait les flammes du feu de cheminée danser devant elle.

Elle approcha la main et évidemment se brûla. Pestant contre les forces du monde, elle se leva pour aller se coucher.

Ils voulaient l'emmener dans l'autre monde se faire opérer.

La belle affaire.

Elle leur avait gentiment rappelés qu'elle était immunisée contre les dessins.

Elle ne pouvait donc pas faire un pas sur le côté.

Edwin avait alors répondu qu'il suffisait de faire venir les chirurgiens de l'autre monde ici.

Il y en avait forcément quelques uns qui connaissaient l'existence du Gwendalavir !

S'en était suivi une discussion à huis clos dans le bureau de l'empereur avec celui-ci, Edwin, Ewilan, Liven, maître Oras et Aëlis.

La jeune fille n'avait toujours pas revu Sayanel. Elle était sortie de l'académie la veille. Au début, elle s'était demandée comment prévenir son maître qu'elle était de nouveau disponible… puis elle avait réfléchi. Il n'avait pas besoin d'elle. Il devait savoir, comme il savait toujours tout.

En réalité pendant ce temps, Sayanel siégeait au conseil de la guilde. Gaïla parlait de la prochaine présentation qui avait lieu dans quelques semaines. Pour la première fois depuis des années, Sayanel ne parvenait pas à se concentrer sur ce qu'on lui disait. Sa concentration était tournée vers Aëlis. Il pensait à son apprentie. Inquiet, il ne parvenait pas à détacher son attention d'elle.

- Sayanel ? L'appela Rui.

- Excusez-moi. Cette histoire à l'Académie me perturbe.

Evidemment, en marchombres qu'ils étaient, tous les membres du conseil avaient entendus parler de la petite Aëlis sortie de nulle part et qui avait une étrange blessure au dos.

Sayanel regarda les cinq personnes qui l'entouraient. Son rôle ici lui semblait soudain beaucoup moins important qu'il y a quelques années.

- Je ne vois pas pourquoi tu t'inquiètes, cette histoire ne nous concerne en rien.

- Elle est l'héritière des mercenaires.

Un silence accueillit ses paroles.

Personne ne remit sa parole en doute, personne ne pensa même à lui demander comment il le savait. Gaïla bougea légèrement.

- Que sais-tu d'autre ?

- Elle a été arrachée à ses parents lorsqu'elle avait six ans puis elle a été confiée à Nillem et Essindra. Elle est parvenue à s'enfuir lorsque nous avons attaqué leur repère il y a trois ans.

Il leur laissa quelques secondes pour assimiler ses paroles. Il poursuivit, toujours sur le même ton monocorde.

- Elle était éclaireuse dans le convoi des Itinérants.

Tous surpris, ils le fixèrent. Il conclut en les regardant un à un.

- Et elle est mon élève.

Un nouveau silence accueillit ses paroles.

MM

La session était maintenant levée. Il faisait nuit et il marchait… si l'on pouvait dire, il ondulait plutôt, dans les rues d'Al-Jeit.

Il ferma une seconde les yeux, oubliant ses tracas et s'offrit au vent.

Parlant aux cieux, il murmura :

- Amène-moi à elle.

Une légère brise se leva, la brume l'enveloppa.

Lorsque celle-ci disparut, Sayanel n'était plus là.

MM

Aëlis ne parvenait pas à s'endormir. Seule dans l'appartement, la jeune fille repoussa ses couvertures et quitta la chambre.

Depuis presque une semaine, elle n'avait pas couru, elle n'avait pas fait travailler son corps.

Et après avoir passé plusieurs mois sur la route, elle ne sentait… molle.

Elle n'était pas fatiguée physiquement. Du coup, elle ne pouvait pas dormir. Décidée, elle se vêtit rapidement et quitta les lieux en silence. La jeune fille se promena dans un quartier de la ville qu'elle ne connaissait pas.

Heureusement, elle n'avait pas le pouvoir de détruire les dessins éternels. Sayanel semblait avoir vu juste.

Profitant de sa liberté, elle s'entraîna au lancer de poignard et à escalader des tours – même si le faire seule était un peu risquée.

Elle s'offrit alors au monde des marchombres. Le vent lui caressa la joue et elle le frôla. Une seconde, une folle seconde, elle perçut ce qui l'entourait. Elle sentit les forces du vent l'entourer et la soutenir. Il lui donna du courage.

Cette seconde, beaucoup trop courte et pourtant avec des allures d'éternité, Aëlis se sentit entière. Elle était entourée, le monde s'offrait à elle.

Puis elle ne les perçut plus. Comme si elles n'avaient jamais été là.

Pourtant, maintenant, la jeune fille savait de quoi lui avait parlé son maître.

Elle remercia l'univers pour ce cadeau.

Son rire enivra la nuit, le vent joua avec ses cheveux. Ouvrant les bras au sommet d'une des plus haute tour d'Al-Jeit, une larme de bonheur coula sur sa joue.

Libre.

Avec son poignard, elle grava quelques mots dans la pierre sous ses pieds.

Force protectrice et exigeante

Liberté de partage

Souvenir

Puis, avec confiance, pour la première fois, elle entama seule la gestuelle marchombre.

Inspiration, caresse du vent, douceur de la nuit.

Harmonie

Mouvement.

Liberté

Mains jointes.

Solitude

Expiration.

Bonheur

Autre mouvement simultané.

Liberté.

Bonheur.

Harmonie.

Elle sourit.

Marchombre.

Quelques instants plus tard, une silhouette se glissa à ses côtés. Elle calqua en une seconde ses mouvements sur les siens. Deux silhouettes unies à jamais dans l'obscurité.

Maître et élève.

Aëlis et Sayanel.

MM

- L'empereur a dit que l'opération aurait lieu dans dix jours.

Sayanel ne dit rien. La jeune fille continua de marcher dans vraiment faire attention où ils allaient.

- Il fera déplacer tout une bloc opératoire de notre terre d'origine grâce aux Sentinelles ainsi que des chirurgiens. Ewilan m'a expliqué leur rôle et que des rêveurs n'avaient pas ces compétences même s'ils connaissaient très bien notre anatomie. Du coup, l'équipe qui va m'opérer comprendra Maître Oras et deux autres rêveurs, Thuy et l'équipe de chirurgie de la Terre.

- En attendant ?

- Rien. Le jour où ils arriveront, la veille de l'opération, il faudra que j'aille au palais. En attendant, je peux faire ce que je veux.

- Bien, dit-il en se figeant, la surprenant. Alors allons-y.

Sans prévenir il fit volte face et ils revinrent sur leur pas sous le regard perplexe de la jeune fille.

- Où allons-nous ?

- Il y a deux réponses à ta question, comme à toutes les questions, affirma-t-il sans ralentir. Celle du savant et celle du poète. Laquelle veux-tu en premier ?

- Celle du savant.

- Nous allons retrouver Salim, Dihnal et Ellana.

- Celle du poète ? Sourit-elle, curieuse ce qu'il allait lui répondre.

- Le marchombre est solitaire mais son cœur est au monde. Ses amis font partis de ces forces qui gouvernent le monde. Comme pour les autres, nous allons jouer avec elles.

Perplexe, elle ne demanda plus rien.

Ils arrivèrent devant une taverne de la ville, pas une des plus réputées mais non plus un coupe-gorge. Au nom sur l'enseigne Le Siffleur fou, la jeune fille fronça les sourcils. Ils n'y étaient jamais aller. Pourquoi changer maintenant ? Aëlis tressallit quand elle remarqua que son maître s'était avancé vers l'entrée alors qu'elle-même s'était sottement arrêtée. Sayanel leva la tête et sourit en entrant dans la vaste pièce chaleureuse. Le brouhaha des rues fut remplacé par un autre vacarme, moins assourdissant mais tout aussi incompréhensible. Les bruits se départageaient entre les bruits de vaisselle, la voix du patron qui aboyait contre son personnel et les éclats de voix des conversations des clients. La taverne était éclairée par les mêmes globes lumineux que le palais – des dessins se souvint-elle – et la jeune fille remarqua les odeurs alléchantes des plats que l'on servait aux clients. Comme des années auparavant, Sayanel s'installa à une même table en face d'une fenêtre. Dans cette taverne où il avait tant de fois retrouvé Jilano.

A cette même table où il était avec Nillem presque quinze ans auparavant.

Il s'y installa avec Aëlis qui le dévisageait, ne comprenant l'émotion qu'il tentait de cacher et la confusion qu'elle devait ressentir.

Ils avaient dû descendre quelques marches pour aller dans le fond de la taverne où les bruits étaient moindres, comme étoffés. L'arrière-salle où ils s'installèrent avait un mur qui attira tout de suite l'attention de la jeune fille. Elle n'avait jamais rien vu de semblable : un des murs était un gigantesque aquarium dans lequel se prélassaient et se trémoussaient de nombreux poissons de toutes les tailles, toutes les formes et toutes les couleurs. L'aquarium, astucieusement mis en valeur par un éclairage indirect, créait lui aussi sa propre lumière mais d'un éclairage crème tamisé qui permettait de fixer ses eaux sans avoir mal aux yeux.

Toujours sûr de lui, toujours serein pourtant, Sayael s'installa à côté de son élève, héla une serveuse et commanda quelques boissons.

- Quand doivent-il arriver ? Demanda-t-elle finalement lorsqu'elle quitta l'aquarium des yeux.

Sayanel esquiva un sourire.

- Sans doute rapidement.

- Que fait Ellana ici ?

- Avec Edwin dans les parages, elle en a profité pour l'accompagner.

- Et Destan ?

- Il est avec Siam à la Citadelle.

- Ha.

Peu de temps après qu'on leur ait amené leur boisson, Ellana entra, seule avec son ventre arrondi. Lorsqu'elle les vit à la table, la même lueur nostalgique et émue que Sayanel quelques minutes auparavant traversa ses prunelles noires. Cependant, sans hésitation, la jeune femme vient s'asseoir à ses côtés. En guise de salutations, elle murmura.

- Comme le temps passe vite.

Sayanel acquiesça. Aëlis tressaillit soudain et se retourna. Elle avait la sensation que quelqu'un était derrière elle.

Une présence.

Aussi sereine et puissante que Sayanel tout en étant différente.

Mais il n'y avait personne.

Etrangement, cette présence la rassura. Elle eut même l'étrange sensation de la reconnaître.

- Bonjour Aëlis, lui sourit Ellana.

Sursautant, la jeune fille mit une seconde avant que son cerveau ne réagisse.

- Bon… bonjour.

- Qu'y a-t-il ? Lui demanda son maître avec un sourire.

- Ce n'est rien…

Ellana sourit.

- Tu as senti sa présence n'est-ce pas ?

La jeune femme avait parlé avec une telle douceur que la jeune fille tressaillit.

- De quoi ?

Ellana regarda Sayanel.

- Ton apprentie est vraiment quelqu'un d'exceptionnelle.

- Pourtant, sourit le maître marchombre, elle a une tendance étrange… elle se brûle très souvent !

Aëlis grommela quelque chose de désobligeant sur ces séances de tortures puis s'adossa à sa chaise en croisant les bras, boudeuse.

La jeune fille ne vit donc pas le regard d'Ellana s'ouvrir de stupeur. Sayanel lut sur ses lèvres :

- Tu n'as pas fait ça ?!

Il acquiesça.

- Il le fallait.

Ellana plongea son regard dans le sien puis hocha la tête. S'il le disait. Elle lui faisait confiance.

Tandis que la boisson d'Ellana arrivait, Salim et Dihnal entrèrent à leur tour.


Alors alors ? Des reviews ! A bientôt