L'amour comme réponse

Chapitre 20 : Obscurité


Les flammes s'élevèrent vers le ciel en crépitant. Le feu grondait contre la bâtisse et rendait l'air irrespirable. Les poutres de bois craquèrent sous l'effet de la chaleur et bientôt, la structure entière s'écroula. Devant cette scène de tourmente, une jeune femme tenait un briquet dans sa main droite. Son regard était plongé dans le décor et la lueur produite par l'incendie créait des reflets sur ses cheveux. Elle se remémora pourquoi elle faisait cela et ne douta plus.

Lydia attendit que la clinique de Deaton se soit consumée. Suffisamment pour pouvoir récupérer la quantité de cendres de sorbier dont ils avaient besoin. Leur dernière ressource avait été volée par Peter. Et quelques heures plus tôt, Lydia avait vu clair dans son plan. Comme si le fait que le Griek ait repris forme humaine avait ravivé le lien mental qui existait entre Peter Hale et Lydia Martin.

Et la rousse avait l'esprit aussi aiguisé que le traitre de la meute. Le groupe avait un sérieux atout. Tout simplement parce qu'elle avait saisi ses intentions.

# # #

Dix-sept heures auparavant.

— J'ai compris.

Lydia avait parlé d'une voix ferme, et levé la main pour faire taire ceux qui allaient l'interrompre.

— Depuis que Peter m'a attaqué et laissé me vider de mon sang sur le terrain de crosse, depuis que j'ai repris connaissance après cette nuit-là… J'ai toujours senti une part de lui en moi. Je crois qu'il a fait une erreur en nous laissant entrevoir son humanité. En m'y laissant y accéder.

La jeune fille fit une courte pause sous le regard interrogateur de ses amis.

— Aujourd'hui, j'ai compris ce qu'il compte faire. Je crois que je ressens ce qu'il ressent même si c'est très confus. Mais je vois clairement dans ma tête le voile se lever sur le plan qu'il met en œuvre.

Lydia se tourna vers Derek et ne chercha pas à mâcher ses mots.

— Derek. Peter te hais plus que tout. Il te tient pour responsable de la disparition de votre famille. Et son souhait le plus cher et de t'anéantir comme il a pu l'être lui-même. Et sa rage éclate aussi contre les habitants de cette ville. Pour une raison que j'ignore, Beacon Hills doit être puni. Et mis à feu et à sang. Cet aspect ne vous a pas échappé, je le sais. Mais pour t'atteindre toi, Derek,…

L'alpha serra les poings parce qu'il venait de comprendre où voulait en venir Lydia.

— …il cherchera à t'arracher Stiles, acheva la jeune fille. Par quel moyen ? Je ne le sais pas. Et ce que je vais dire ne va plaire à personne. Pour devancer Peter, il faut que toi, Stiles, tu entres dans le rôle qu'il aura défini pour toi. Celui de l'appât.

— C'est hors de question ! Rugit Derek. Tu as perdu la tête, Lydia ?!

— Je sais que c'est risqué, Stiles et mon ami ! Mais pour déjouer le plan de ton oncle, nous devons prendre ces risques.

Le groupe la laissa continuer. Lydia avait su employer le mot juste. Derek était conscient que son oncle, un propre membre de sa famille, était le problème à résoudre. Cependant beaucoup de paramètres entraient dans l'équation.

— Je pense aussi que Peter veut récupérer le manoir, Derek. Enfin c'est ce qu'il veut que tu croies. Comme je l'ai dit, il veut te voler ce qui compte pour toi, et l'anéantir. Et je suis sûre qu'il ne se soucie aucunement de ceux dont il s'est entouré. Notre unique chance de le détruire est de l'isoler comme il a voulu le faire pour nous affaiblir.

— Quand bien même nous arriverions à l'affronter seul, les dommages collatéraux risquent d'être considérables, avertit Chris Argent.

— Je le sais. Toutefois nous devons mettre un terme à ses agissements avant qu'il ne soit trop tard. Et entrer dans son jeu sera dangereux mais si nous nous soutenons mutuellement nous avons une chance d'y parvenir.

— Que proposes-tu alors ? Conclut Derek.

— Voilà ce que nous devons faire, enchaina Lydia.

# # #

— C'est donc dans son humanité que serait sa faiblesse, résuma Jackson.

— Pas seulement mais en partie, oui. Nous devons nous assurer qu'il se sente supérieur, en sécurité. Il doit penser que son plan se déroule à la perfection. Jusqu'à la dernière minute. Et lorsque le moment sera venu, sa colère et sa haine le pousseront à commettre une faute. C'est dans cette infime faille que nous allons nous immiscer. Et le faire tomber.

Lydia avait été parfaitement claire. Et sa détermination aurait motivé des lignes armées sur le front d'une guerre. Le risque n'était pas nul. Elle avait assuré que si chacun remplissait son rôle, ils parviendraient à leur but. Beacon Hills était au bord d'un précipice et il ne fallait pas louper l'élan nécessaire pour sauter par-dessus ce gouffre.

— Pour la phase finale…, commença Lydia.

— Il nous faut un endroit isolé. Un endroit où on est sûr qu'il n'y ait personne aujourd'hui, réfléchit Stiles.

Les adolescents ne mirent pas deux secondes avant d'énoncer leur idée commune.

— Le lycée !

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Alors que Derek grognait que l'attente était interminable, il avait saisi un mouvement à l'orée du bois qui bordait le manoir, sa demeure qui était devenue une prison dont lui et ses bétas ne pouvaient s'échapper. Mais quelqu'un était venu briser le cercle de sorbier.

Comme c'était prévu.

Chris Argent.

Le chasseur avait su rester discret et indétectable. L'homme avait foncé sur le perron après s'être assuré que Peter était bien parti. Puis il s'était précipité pour libérer ses amis.

Sans prêter plus d'attention à Chris, Derek et les bétas surgirent par-dessus l'ancienne ligne. Les loups-garou plongèrent dans les bois. Utilisant toute la puissance de leur condition lupine, les lycanthropes coururent le plus vite possible. L'alpha était devant eux. Et sans ralentir le rythme, ils assistèrent à sa transformation.

Derek devint loup.

Véritablement.

Plus fort. Plus rapide.

Plus sauvage.

Lui-même sentait avec plus de précision encore le moindre détail de son environnement. Le vent qui claquait, les feuilles qui volaient et le bois qui se brisait sous leurs pas.

La lisière de la forêt était proche. D'un bond, la meute sortit du bois et fonça vers la ville.

# # #

Une flèche fut tirée. Le tir fut précis. La perfection du geste permit d'atteindre la cible. La pointe métallique se ficha dans les liens qui entravaient Stiles. Sur l'échafaud, la corde qui lui meurtrissait les poignets fut coupée net.

Allison était une archère d'exception. On ne pouvait en attendre moins d'une chasseuse de la famille Argent.

Stiles avait sauté sur son père et failli trébucher. Mais il se releva, croisa le regard du shérif, lui offrit autant d'amour qu'il le pouvait dans un geste rapide puis se mit à courir. De toutes ses forces.

Soudain, un coup de feu fut tiré. Le shérif avait visé le ciel.

La foule ne se dispersa pas. Mais le tir avait un tout autre but. Il s'agissait d'un signal. Au loin, il vit un adolescent s'avancer sur la pelouse verdoyante. Devant l'entrée du bâtiment principal du lycée.

Le policier se dégagea d'un homme qui lui enserrait la taille, n'hésitant pas à donner des coups de pied pour se libérer. Il n'en eut pas besoin.

— Que se passe-t-il ? Avait demandé le shérif.

Les habitants, tous autant qu'ils étaient, avaient cessé de bouger.

# # #

— La barrière de sorbier doit certainement empêcher la soumission du Griek d'agir sur les habitants, analysa Jules.

Rapidement la foule se calma et le shérif ordonna de s'éloigner du lycée. L'homme s'attendait d'un moment à l'autre à voir resurgir les adolescents qui franchiraient le cercle et laisserait la bête à son funeste sort. De longues minutes passèrent. Personne ne sortit du lycée. Il ne pouvait quitter son poste et entrer était impossible. Le lycée avait été verrouillé pour le bon déroulement du plan. Le shérif se refusa pourtant à imaginer son fils pris au piège avec le Griek. S'il y avait bien un adolescent plein de ressources, c'était bien Stiles. Et il avait promis à son fils de ne pas le rejoindre. Dans sa tête, sa promesse luttait contre son amour. Mais on avait aussi besoin de lui à l'extérieur. Il adressa une prière muette à l'attention de Stiles et de ses amis. Puis il détourna le regard.

Les hommes de la famille Argent faisaient face aux deux derniers loups garou alliés de Peter. Et Virgine était l'une d'eux. Bryan comptait venger la mort de Mike en tuant son assassin et Chris était plus qu'agacé par la suffisance de la brune. Jules était le moins enclin à la violence. Pourtant son regard était froid. Il ne pouvait accorder de pitié ni de pardon à ces deux meurtriers. Son frère et son fils tenaient en joue les deux lycanthropes. Lorsque l'ainé des chasseurs sentit l'esquisse d'un geste de la part de leurs ennemis, il ne tressaillit pas. Puis les deux loups-garou ouvrirent leur gueule pour grogner et passer à l'attaque.

— Feu ! S'exclama Jules sans hésitation.

Deux balles fusèrent et se logèrent dans le crâne des deux créatures. L'homme tomba le premier. Puis Virgine s'écroula à son tour. Les derniers ennemis étaient tombés. Et les coups de feu avaient cette fois-ci tétanisé la foule déjà maîtrisée. Un silence terrible gagna la rue.

Le petit groupe se resserra. Ils ne pouvaient rien faire d'autre qu'attendre puisque le bâtiment avait été volontairement verrouillé. Attendre le regard rivé vers le lycée de Beacon Hills, le ventre noué par un fait inéluctable.

Un tout autre combat avait lieu à l'intérieur.

# # #

Les Hale se faisaient face.

Peter venait de percuter violemment les portes de l'entrée principale du lycée. Et la vision de Derek, seul, au milieu du couloir, stoppa sa course effrénée. Les deux hommes se fixèrent avec une intensité sans précédent.

Puis deux adolescents apparurent et vinrent se placer aux cotés de l'alpha. Scott et Jackson attendirent le signal de Derek qui n'avait pas baissé le regard.

Peter était un traître. La vérité avait été cinglante. Plusieurs semaines auparavant, Derek avait découvert les manigances du parjure et la vérité fut plantée dans son cœur comme une lame en argent. Et pour détruire son oncle, il fallait se montrer plus intelligent que lui. Et l'alpha comptait lui aussi un stratège parmi ses amis. Quelques heures plus tôt, Lydia avait compris les intentions de Peter. Puis tout s'était enchainé. Le jeune Hale savait qu'il devait faire croire à sa défaite, même si cela passait par mettre Stiles ou les autres en dangers. Le fils du shérif l'avait supplié de le laisser agir et son amoureux avait fini par accepter que pour détruire le Griek, les loups-garou ne suffiraient pas.

— Comment ? Demanda Peter avec la même intonation que quelques minutes auparavant.

Derek prit un air sombre dont il avait le secret. Cette fois-ci pour affirmer sa supériorité. La sienne et celle de sa meute à ses côtés malgré le fait que certains n'avaient pas franchi le cercle et étaient resté lutter à l'extérieur. Comme cela avait été prévu.

— Comment ? Répéta Derek. Comment tu as été piégé parce que Lydia s'est montrée plus douée que toi ? C'est simple, ironisa le jeune Hale.

Le seul Hale digne de son nom expliqua à son oncle déchu les subtilités du plans qu'ils avaient suivi. Tout en gardant secret la véritable raison de la présence de Peter dans le lycée. Les instructions de Deaton étaient précises. Ils n'avaient le droit qu'à un seul essai. La créature devait être suffisamment proche de la bombe pour que le poison annihile ses pouvoirs et que l'explosion la détruise simultanément. Car il s'agissait bien de cela. Un engin explosif. Pas seulement un dispositif rempli d'aconit. Et pour permettre que tous s'en sorte sains et saufs, ils devaient neutraliser le Griek suffisamment longtemps et activer la détonation lorsque la meute serait à l'abri. Ils pouvaient réussir. Ils le devaient.

# # #

Un cri de rage monta des entrailles de la bête à mesure qu'elle prenait forme. Peter enragea d'autant plus de s'être fait berner par une adolescente qu'il trouvait lui-même très intelligente.

Les amis foncèrent dans les couloirs. Comme jamais ils ne l'avaient fait auparavant. Leur vie en dépendait. Puis ils entrèrent dans une salle au hasard. Non pas au hasard. L'une des plus grandes. Celle dans laquelle Deaton avait placé la bombe. Près de la fenêtre. À mi-chemin entre les deux sorties.

Mais le Griek était sur leurs talons.

Stiles et Lydia étaient entrés d'un côté, suivis par Scott. Derek, Allison et Jackson étaient entrés par la seconde porte, à l'opposé de celle qu'avaient empruntée leurs amis.

La bête à leur trousse percuta le mur donnant sur le couloir pour pénétrer à son tour dans la pièce. Des armoires métalliques remplis de bidons et de matériels avaient été renversés.

Dès son entrée, Scott avait plongé vers le dispositif explosif pour récupérer le détonateur. Il fit volteface en serrant le boitier dans sa main. Juste avant que le monstre ne comprenne son geste. Comme sur un terrain de crosse, avec plus de concentration encore, le jeune loup garou balança son bras en avant. Droit vers son meilleur ami.

Le détonateur s'écrasa dans la main de Stiles qui l'avait adroitement rattrapé.

— Pas si vite ! Grogna la puissante créature.

D'une poigné vive, elle arracha du mur des câbles qui vinrent crépiter contre les flaques odorantes dispersées sur le sol. Les étincelles embrasèrent les liquides mélangés. Le Griek fut aveuglé par le flash lumineux mais il reprit vite ses esprits sans pour autant traverser la barrière de flammes qui scindait la pièce en deux. Ces dernières le retenaient à distance pourtant il s'adressa au premier béta de la meute avec assurance.

— Que choisis-tu Scott ? Grogna la voix inhumaine. Tu ne peux pas rejoindre tout le monde. Je suis plus rapide que toi. Et là où tu ne seras pas, j'y serais en quelques mouvements. Alors, l'amour ou l'amitié ?

L'adolescent fixait tour à tour Allison près de Derek et de Jackson d'un côté de la salle, puis Stiles et Lydia de l'autre côté. Avec peine, le beta tourna son regard vers celle qu'il aimait. Et qu'il ne pouvait se résoudre à abandonner.

Son cœur se déchira en deux lorsqu'il s'éloigna de son meilleur ami.

Le Griek ricana en s'approchant de la barrière de flamme qui l'avait tenu éloigné jusqu'alors. Il la traversa sans peine pour se retrouver face à la jeune Martin et au fils Stilinski. La créature s'était jouée d'eux. Le feu ne l'atteignait pas. L'angoisse profonde de Peter Hale n'avait plus de prise sur lui.

Stiles était tétanisé. Le détonateur qu'il tenait dans ses mains lui fut arraché. Sans qu'il trouve le courage de bouger. Et le boitier se brisa au bout de l'épieu que portait le Griek. Sa voix était gutturale mais l'adolescent reconnut un rire sarcastique.

Comment venir à bout d'une créature qui venait de détruire la seule arme qui pouvait réellement l'atteindre ? Deaton avait prévu un déclenchement manuel de la bombe mais cela supposait que quelqu'un l'active. Et qui était assez rapide pour fuir immédiatement après l'avoir fait ?

Mais alors que le Griek levait la main au-dessus de la tête de la jeune fille qui s'était interposé, quelque chose le bouscula.

« Arrête ! »

On avait crié. Dans sa tête. Et deux grands yeux étaient plongés dans la noirceur des siens.

Lydia n'avait aucune certitude quant à la faculté de s'introduire dans l'esprit de la créature. Mais elle avait réussi à stopper son geste. Signe que l'accès à la conscience de Peter lui était ouvert. Elle plongea dans la mémoire de l'homme cherchant les armes qui le ferraient faillir.

Rapidement, retraçant le fil des évènements qui avaient conduit les adolescents à vivre avec de lourds secrets, la rousse se rappela d'une jeune femme. La première victime de Peter.

— Qu'aurait pensé Laura du monstre qu'est devenu son oncle ? Tu lui as ôté la vie mais Derek a retrouvé une photo de vous trois dans ta chambre. Ainsi qu'une photo de votre famille avant…l'incendie. Tu ne peux être insensible.

Des images se formèrent dans l'esprit du Griek.

Des images accompagnées de sons et d'odeurs.

Des cris et du bois embrasé.

Des images désagréables. Douloureuses.

Son être tout entier les refusa.

Et Lydia fut projetée hors de l'esprit de la bête.

— Allison, Stiles, n'approchez pas ! Il ne peut contrôler que l'esprit des êtres humains et il ne peut m'atteindre.

La jeune fille affichait un sourire. Le combat mental qu'elle menait n'était pas vain. Peter souffrait terriblement. Son passé avait meurtri chaque fibre de son âme. Une âme noircie mais toujours présente. Une âme qu'une jeune rousse entêtée s'amusait à venir tourmenter. Le monstre passa à l'offensive.

La bête se mis en mouvement si rapidement que les contours de son corps étaient devenus flous l'espace d'un instant. Lydia n'aurait pu échapper au coup mortel porté vers sa gorge. Pourtant, Derek avait surgi, vif comme l'éclair, pleinement maître de ses nouvelles capacités.

Dans une immobilité parfaite, les deux opposants luttaient pour prendre le dessus sur la force de l'autre. Mais aucun ne pliait devant son adversaire.

— La bombe ! Hurla soudainement Derek en le projetant en arrière et en arrachant ses griffes de la poitrine du monstre.

Scott s'était jeté sur le Griek. Pour venir en aide à ses amis tétanisés devant la bête. Et pour atteindre l'arme d'un saut ou d'une roulade. Mais le monstre qu'était Peter ne le laissa pas s'approcher. Le beta ne put esquiver un violent coup dans les côtes. Déjà du sang venait maculer son tee-shirt.

Alors que le jeune McCall s'éloignait de son assaillant, Lydia avait, elle, fait un pas vers lui. Prenant une inspiration, elle s'accrocha au lien psychique qui la liait à Peter.

Les membres supérieurs de la bête montaient et descendaient au rythme de sa respiration. Déjà la profonde blessure causée par l'alpha cicatrisait. Et une présence dérangeante s'insurgea dans son esprit.

Lydia remonta le fil de ses souvenirs encore plus anciens. Un visage apparu dans sa mémoire et sans qu'elle ne l'ait jamais connu, elle sut le prénom de la femme qui s'était imposée dans sa tête.

— Et qu'aurait pensé ta sœur, Peter ?

Le Griek cessa tout mouvement.

— Qu'aurait pensé Thalia de l'homme qui déshonore la famille Hale ?

Un premier tremblement parcourut l'échine de la bête. Une faiblesse. À peine perceptible.

Mais Derek Hale n'avait pas quitté leur ennemi des yeux.

Plusieurs émotions accompagnèrent la puissance qu'il canalisa dans son bras. La colère. La haine. La vengeance.

Et une toute autre émotion. Plus puissante que toutes les autres. Plus sauvage aussi.

L'amour.

Celui qu'il portait à sa famille qui était à jamais détruite. Celui qu'il portait à Stiles. Au cœur du danger, il ne pouvait s'empêcher de penser à celui qu'il aimait. Plus que tout, il aurait voulu le savoir en sécurité. Pourquoi l'adolescent risquait-il sa vie pour des histoires de loups ?

Pour une raison que Stiles lui-même avait énoncée avant de mettre leur plan à exécution.

— Toi et moi, c'est toujours. C'est à la vie, à l'amour.

L'alpha n'avait su dire d'où le jeune homme avait sorti cette tirade poétique mais les mots avaient été gravés dans son cœur de loup. Dans son cœur d'homme. Derek Hale n'était pas insensible. Il ne l'avait jamais été.

Cette puissance fut canalisée dans un unique coup. Avec une célérité surnaturelle, le Griek fut projeté contre une colonne de béton. Plusieurs mètres plus loin.

Le plafond et les murs s'écroulèrent. Séparant les amis par des amas de gravats et de la poussière qui irritait les yeux et la gorge. Quand celle-ci retomba, chacun détailla la scène. D'un coup d'œil, Derek s'assura que Stiles et Lydia étaient sains et saufs bien qu'ils soient hors d'atteinte s'il fallait leur porter secours. Jackson appela Lydia qui répondit aussitôt. Stiles était blessé mais la jeune fille assura qu'il allait bien.

Une large poutre de bois était tombée avec les morceaux de plafond. Une seule poutre qui barrait maintenant l'accès à leurs deux amis. Et à la bombe. La poutre flamboyante devait être en bois de sorbier. Le bâtiment semblait se retourner contre la meute. Pire que cela, la fumée commençait à affaiblir les loups garou.

Les amis se jaugeaient du regard puisque seul le contact visuel leur était maintenant permis. Personne ne pouvait bouger. Le Griek avait remué en grognant et s'était redressé de toute sa hauteur. Ses muscles saillants s'étaient tendus et ses crocs claquaient de rage. Il fixa ses yeux obscurs sur les deux adolescents devant lui. Que pouvaient bien faire contre lui deux pauvres humains ?

Le petit groupe impuissant avait le regard braqué sur lui.

Alors que le monstre titubait pour s'approcher.

Alors que la bombe était un court instant à portée.

Que Stiles ou Lydia pouvait l'atteindre.

Que tout pouvait prendre fin maintenant.

Une question traversa l'esprit de la meute.

# # #

Stiles ou Lydia. Lydia ou Stiles. Pourquoi les autres les regardaient ainsi ? Comme s'il s'agissait de faire un choix. C'était impossible. Pas de sacrifice. Pas de mort. Plus de mort. Stiles ne survivrait pas s'il arrivait malheur à un de ses amis. Perdre sa mère avait déjà anéanti son âme et mis son cœur en miettes à tel point qu'aujourd'hui encore, il peinait à se reconstruire malgré le soutien de Derek. Non, plus personne ne mourrait autour de lui. Il ferait tout pour sauver ses amis.

Il se leva.

# # #

Mais l'adolescent sentit Lydia s'avancer en même temps que lui. Stiles essaya de tenir malgré sa blessure à la cuisse. Derek, Scott, Allison et Jackson, rassemblés contre des gravats du lycée, fixaient les deux adolescents.

— Écoutez-moi, souffla Lydia. Ne m'en empêchez pas. Je suis immunisée contre ses capacités. Je n'ai jamais compris pourquoi. Je me suis toujours demandé pour quelle raison aucune des créatures ne pouvait m'atteindre. Aujourd'hui, la réponse est devant moi.

Elle désigna l'explosif rempli du poison bleu préparé par Deaton. Aconit féroce. Le plus dangereux de tous.

Stiles lui coupa la parole.

— Non Lydia. J'irai à ta place. Je ne laisserai personne mourir. Pas après avoir perdu ma mère. Je ne veux plus qu'une personne que j'aime meurt.

Le jeune homme serra les poings pour lui donner le courage de continuer.

— Ne sois pas ridicule Stiles. Tu ne pourras pas l'approcher. Il ne te laissera pas faire. Et il faut en finir avec le Griek avant que d'autres personnes qui nous sont chères ne soient tuées.

Personne ne réagit.

Et la jeune fille s'était tournée vers ses amis. Scott retenait fermement Allison qui se débattait, les yeux embués. Derek était immobile. Lydia leur offrit un sourire radieux. Un sourire qui s'insinua dans leur cœur. Puis la rousse plongea son regard dans celui de Jackson. Le blond vit ses lèvres bouger imperceptiblement.

Lydia ferma les paupières et les rouvrit.

— Ma fleur préférée, c'est le muguet, pensez-y ! Se força-t-elle à dire avec un second sourire.

— Lydia, reviens ! Ne fais pas n'importe quoi !

Mais la jeune femme avait toujours eu la réplique facile. Sa réponse fut cinglante.

— Stiles Stilinski, assieds-toi ! Pour une fois écoutes moi au lieu de faire ton intéressant. Laisse-moi être la reine de la soirée. Une dernière fois.

L'adolescent resta muet. Paralysé par la peur. Lydia avait une chance de réussir. Mais le prix était trop élevé. Personne ne voulait ça. Non personne.

Stiles ne s'était pas assis.

Allison hurla.

—Non !

Puis tout vola en éclats. Le décor fut soufflé par l'explosion. La déflagration produisit un nuage de poussière et un bruit sourd déferla sur Beacon Hills.

Obscurité.