Chapitre 22 - Quand la page ne veut pas se tourner.


Le lendemain midi lors du déjeuner Snape fit irruption à la bibliothèque.

Irma était absente, la salle était vide, il ne croisa que quelques élèves en route pour la pause. Ses pas discrets le menèrent entre les allées.

Au fond, près de la réserve, il trouva alors Hermione, assise en train de rédiger des parchemins.

-" La bibliothèque est fermée pour l'instant, vous devrez revenir plus tard." Dit elle alors simplement sans prendre la peine de se retourner.

-" C'est mon seul moment libre de la journée, revenir plus tard serait contre-productif." Fit-il.

Calmement, elle posa sa plume et se retourna.

-" Vous avez besoin de quelque chose professeur ?" Demanda-t-elle alors.

Il prit le temps de la détailler. Ses cheveux avaient pris une forme épouvantable, elle n'avait pas donné la peine de se brosser. Ses yeux étaient cernés de pourpre et son nez rougit, certainement à force de se moucher. Elle avait l'air malade et triste à la fois, le teint blanc comme un linge.

-" Rien de spécifique, en revanche vous, avez besoin d'aller voir notre chère Poppy et d'une bonne nuit de sommeil."

Elle forma un demi-rictus sarcastique.

-" Je n'ai pas le temps pour ça."

Il soupira et s'assit sur le fauteuil vacant à côté d'elle.

-" Comment vous sentez-vous ?" Demanda-t-il malgré lui. Cette compassion le dépassait, le grattait encore plus que la marque dans ses mauvais jours autrefois.

-" Bien... Je crois, outre le rhume." Déclara-t-elle.

-" Quelle idée d'aller fouiner à l'extérieur la nuit en ce moment et à peine couverte, je me le demande."

-" Vous m'avez vue ?" Elle haussa un sourcil interrogateur et il y répondit par un nouveau soupir.

-" Disons qu'avoir un patronus de reconnaissance est pratique, surtout la nuit, elle est davantage visible." Avoua-t-il. " Je n'ai eu qu'à suivre la sentinelle du regard, en restant au chaud, enfin du moins... Dans l'enceinte de l'école."

Elle ne dit rien, se contentant simplement d'opiner et détourner son regard honteux. Elle se souvenait parfaitement de la sensation qu'elle avait eu en "touchant" la biche. C'était doux, inexplicablement doux et avait eu un fort et étrange sentiment de sécurité.

-" J'ai fouillé la moitié de l'école, j'avais peur que vous ayez fait quelque chose de stupide et déraisonné comme... Démissionner." Dit-il en laissant penser qu'à vrai dire, les scénarios les plus sordides avaient à moment donné traversé son esprit.

-" Je ne voulais pas vous inquiéter." Murmura-t-elle et ses yeux s'embuèrent. Severus fit une drôle de moue.

-" Ce n'est pas ce que j'ai dit." Répondit-il au tac-au-tac pris de court et d'ailleurs, cela se ressentit dans sa voix habituellement imperturbable. Cela la fit sourire, ce vilain petit mensonge qu'il s'évertuait à cacher comme un gosse prit la main dans le sac.

-" Je suis désolée, Severus." Sourit-elle tristement avant de poser sa main sur la sienne.

La respiration de l'homme se bloqua et il tenta par tous les moyens de faire comme si tout cela était normal. Elle ne semblait elle-même pas certaine de son geste timide et là, pour la première fois depuis des années, il revoyait Hermione telle qu'elle était vraiment, telle qu'elle était avant de traverser la route aride qu'elle avait empruntée. Elle était douce, sincère, sensible et s'il avait eu le cran de se l'avouer, presque aimante.

-" Pardonnez-moi, je suis même allé voir si vous étiez dans vos appartements... Jumanji, vraiment ? J'ai fait un tas de recherches et je n'ai rien trouvé de tel dans les livres, il a fallu que je me fasse surprendre par notre collègue professeure d'étude des moldus avec ce mot griffonné sur un bout de papier en salle des professeurs pour qu'elle me demande si c'était sur ma liste et si je voulais qu'elle me prête la cassette."

Hermione lâcha un rire franc, et ses yeux laissèrent échapper les larmes qu'elle tentait de retenir.

-" Vous n'avez pas de magnétoscope ni même de télévision !" Rit-elle.

-" J'ai grandi dans une famille à moitié moldue, alors même si l'équipement chez moi est poussiéreux, voire obsolète et que je n'ai franchement pas vraiment allumé cette chose depuis le début des années 80... Toujours est-il que vous seriez surprise de trouver certains objets chez moi... Enfin plus pour longtemps. Notre ami Arthur Weasley m'a proposé de me débarrasser d'un tas de vieilleries qui appartenaient à mon... Père... Gratuitement"

-" Je vois... Vous me surprenez." Fit-elle les yeux papillonant. " Vous ne devriez pas vous défaire de tout, certaines choses prennent de la valeur avec le temps." Inconsciemment, elle s'était approchée et la main libre de Snape était venue se plaquer sur la sienne. Elle avait de la fièvre.

-" Vous n'avez pas idée." Souffla-t-il.

À cet instant, de sa main libre, Hermione chassa ses larmes et posa son regard sur celui du maître de potions, charbonneux. Il y avait tout à coup quelque chose d'intense et elle sentit une force en elle lui annoncer que les barrières du potioniste étaient à terre, qu'il s'était totalement ouvert à elle. Timidement, elle se pencha, appelée par la rencontre de son âme.

Quelqu'un derrière eux se racla la gorge.

Tous deux se figèrent, brusqués et pestant de n'avoir su rester sur leurs gardes. La seconde qui suivit, Hermione était débout, prête à faire comme si de rien était.

-" Professeur Snape... Hermione... Je dérange ?"

Severus se tourna et analysa qui était l'intrus.

Crowley.

Il se tenait à bonne distance, entre deux étagères quelques mètres plus loin.

-" Oui." Répondit Hermione.

-" Non." Répondit Snape.

Tous deux à l'unisson. Ils se regardèrent alors dans une incompréhension totale avant de reporter leur attention sur le nouveau professeur de défenses contre les forces du mal.

Le Serpentard se leva à son tour, avec toute la lenteur du monde et se tint le plus droit possible. Crowley s'avança vers eux.

-" Excusez-moi, je... Visitais un peu sur mon temps libre." Il avait une pomme à moitié croquée dans la main.

-" Ce n'est pas un réfectoire ici." Pesta Hermione en désignant le fruit du doigt. Snape haussa un seul sourcil, surpris et amusé par la répartie qui était clairement signée Pince, du Irma tout craché.

Avec une moue à la fois râleuse et obéissante, il fit disparaître la pomme dans l'oblivion.

-" Pardon." S'excusa-t-il puis continua de s'avancer jusqu'à se retrouver face à eux. La tension d'Hermione était à présent palpable. " Severus, j'aurais aimé m'entretenir avec Hermione." Posa-t-il avec une certaine fermeté.

-" Professeur Snape." Rectifia alors le potioniste immédiatement en un sifflement. Il toisa Crowley bien que quelque peu désavantagé par sa taille, mais à aucun moment, il ne leva la tête pour regarder l'homme correctement. " Nous ne nous connaissons pas plus que ça, professeur et puis, la plupart ici n'osent m'appeler par mon prénom usuel." Justifia-t-il.

-" Très bien, pardon, professeur Snape." Sourit-il en se confondant d'un regard cherchant rédemption.

-" Il se trouve que Miss Granger et moi-même étions justement occupés à traiter de certaines affaires concernant l'école, je vous suggère de revenir plus tard." Mentit-il alors, avec applomb.

-" C'est bon Severus." Tempéra alors Hermione avant de le voir bondir sur David et de lui arracher les membres. " On reprendra plus tard, vous n'aurez qu'à passer me voir avant de dîner."

Snape se tourna alors vers la jeune femme, cachant son incrédulité, puis tourna son regard entre l'un et l'autre avant de décider de s'en aller, se sentant soudainement de trop. Il dépassa Crowley, le frôlant de sa cape et disparut d'un pas rageur.

Lorsqu'il entendit les portes de la bibliothèque se fermer, David se tourna vers la jeune femme, un peu secoué.

-" Et bien... Pas commode ton collègue... Tu m'en avais déjà parlé, mais je dois avouer que je ne m'attendais pas à ça."

-" Il est un peu soupe au lait quand ça lui prend. Il faut savoir l'apprivoiser, c'est tout." Répondit-elle nerveusement.

-" On dirait que tu t'en sors bien, n'est-ce pas ?"

Elle opina en silence et regarda ses chaussures de nouveau.

-" Qu'est-ce que tu veux ?" Demanda-t-elle alors tentant de regagner un peu de courage.

-" Oh, en fait, McGonagall m'envoie pour que toi ou madame Pince me donniez accès à la réserve de la bibliothèque. Ce serait fâcheux que le nouveau professeur de DCFM ne puisse avoir accès à la matière qu'il enseigne, ainsi que ses élèves... Ils vont donner beaucoup de travail, je le crains."

-" Rien d'insurmontable, ne t'en fais pas. Je demanderais à Irma de te donner un double de la clé, c'est encore elle qui est en charge de tout ici. Je lui transmets ta demande... Autre chose ?"

David soupira et se frotta le visage.

-" Comment vas-tu ?" Demanda-t-il.

-" Je vais bien." Mentit-elle.

-" Tu mens ?" Il pencha sa tête sur le côté. Elle osait lui mentir ?

Elle se retourna et fit mine de se remettre au travail.

-" Je ne voulais pas te mettre dans l'embarras. Écoute, si c'est vraiment un problème, je m'en vais et tu ne me verras plus jamais." Déclara-t-il.

-" Non. L'école a besoin de toi. McGonagall a besoin de toi. Tout le monde compte sur toi pour que tu mettes fin à la malédiction, hors de question que tu te défiles comme un lâche encore une fois."

-" Je n'ai jamais voulu... Que ça se passe comme ça. Je suis désolé... Je ne voulais pas que ça se termine comme ça... J'ai toujours été sincère avec toi." Commença-t-il à s'affoler.

Comme une furie, Hermione se leva, faisant presque tomber sa chaise.

-" Tu me parles de sincérité ? Toi ? Comment oses-tu ? Tu as eu des mois pour me dire la vérité !" S'emporta-t-elle. Les yeux de la sorcière virèrent au rouge et sa coiffure lui donnait un air de lion enragé. Une veine palpitait visiblement sur sa tempe.

-" Je sais quel abruti fini j'ai été... Juste... J'aimerais laisser ça au passé. Être en paix pour que l'on puisse travailler sereinement. Ni toi ni moi voulons nous donner en spectacle devant l'école et encore moins devant nos... Collègues."


Au soir juste avant le souper, Snape n'était toujours pas venu. Hermione lassée se contenta de fermer la bibliothèque avec résignation.

-" Vous n'avez pas l'air dans votre assiette ma chère." Avait alors dit Irma lorsqu'elle verrouilla l'accès d'un simple sort de protection.

-" Je crois que j'ai besoin d'aller voir Poppy, je ne passerais pas la nuit avec les narines bouchées." Admit Hermione.

-" Vous devriez prendre votre journée de demain pour vous reposer et revenir en pleine forme lundi."

-" Demain, c'est samedi, c'est la plus grosse journée en terme de fréquentation, je ne peux pas vous laisser seule Irma !" Protesta la jeune femme.

-" Oh, vous vous faites du souci pour rien, je fais ça depuis plus de trente ans et je ne vous avais pas avant, de plus demain, je crois qu'il y a une sortie à Pré-au-Lard donc si vous voulez mon avis, on va se tourner les pouces."

-" Vous êtes sûre ?"

-" Mais oui, allez voir Poppy, j'enverrais une note à Minerva."

Les deux femmes emboîtèrent le pas et se dirigèrent naturellement vers la grande salle pour prendre le dîner.

Sur le chemin, elles tombèrent sur la directrice qui avait prit la même initiative qu'elles.

-" Ah Miss Granger, vous êtes toujours opérationnelle pour ce soir ?" Avait-elle demandé.

-" Je vous demande pardon ?" Répondit-elle avec les yeux mi-clos, cherchant ce qu'elle devait faire, mais manifestement cela lui était sorti de la tête.

-" Eh bien, vous savez, faire visiter le château à monsieur Crowley et lui apprendre à faire ses rondes nocturnes." Fit la vieille femme non sans un sourire équivoque caché.

-" Oh." Hermione rougit. Elle ne se souvenait pas avoir donné son accord explicite pour cette tâche... Ingrate. " Euh et bien..." Commença-t-elle à tenter de défiler.

-" Si vous n'êtes pas disponible, je peux demander au professeur Snape de s'en charger."

Un mouvement de panique frisa le cerveau de la jeune femme. Si Severus devait faire son tour de ronde avec lui, elle était sûre et certaine qu'un des deux, certainement David, allait disparaître sans qu'on en retrouve la moindre trace, pas même un orteil.

-" Non, ça ira. Je suis sûre que le professeur Snape a d'autres choses à faire." Désamorça-t-elle. " De plus, je dois passer à l'infirmerie donc je pourrais montrer à monsieur Crowley certaines procédures et lui faire connaître Poppy un peu mieux. C'est sans doute lui qui va remplir les lits de l'infirmerie dans un futur relativement proche étant donné que les élèves n'ont pas eu tout le temps cours de toute l'année, j'ai peur que leurs techniques ne soient émoussées et d'après ce que j'ai vu, c'est une petite catastrophe." Répondit Hermione à la vitesse d'un train en marche. Elle était en train de cacher son immense malaise derrière une diarrhée verbale incontrôlable.

-" Vous avez cent fois raison." Dit Minerva.

-" Hermione, vous pouvez nous laisser un instant avec la directrice, j'ai besoin de lui toucher deux mots, nous vous rejoindrons dans la grande salle." Fit Irma. La surprise se lit sur les traits des deux autres femmes et Hermione avec un discret signe de tête s'en alla poliment.

Les deux vieilles femmes l'observèrent marcher en silence et lorsqu'elle fut à distance raisonnable, Irma lança un muffliato autour d'elles.

-" Dis donc, est-ce une impression ou tu es délibérément en train de prendre le pari à ton avantage ?" Demanda la bibliothécaire.

-" Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler." Rit Minerva, mise à découvert.

-" Qu'est-ce que c'est que ce plan ? Tu as recours à des moyens peu orthodoxe pour ne pas perdre dix gallions ?"

-" Non j'évite simplement à Miss Granger d'avoir le cœur brisé, c'est tout."

-" Le cœur brisé de quoi ? Bon sang personne ici n'a l'air de se rendre compte après ce qui s'est passé hier soir qu'il y a quelque chose entre eux, ou qu'il y a eu quelque chose. Je ne te dis pas ça pour annuler notre pari, mais rends toi compte. Hermione n'a pas cessé de pleurer ce matin alors qu'elle se croyait seule. Je lui ai donné sa journée de demain afin qu'elle puisse se reposer et se rassembler correctement !" Pesta Pince.

-" Qu'est-ce que tu veux dire ? De qui parle-t-on là au juste ?" Fit Minerva interloquée.

-" Je parle de Crowley, je mettrais ma main à couper que cet homme lui a fait du mal par le passé !"

-" Ils sont amis, elle l'a dit elle-même."

-" Oui, elle l'a peut-être dit, mais tu sais comme moi que Miss Granger est pudique et qu'elle n'allait pas s'attirer la curiosité des autres membres du staff."

Minerva resta interdite un moment, posant sa main sur sa bouche.

-" J'ai senti la présence de mon... De Severus, ce midi dans la bibliothèque et il y avait Crowley aussi... Ça puait l'amertume si tu veux tout savoir. Severus sait, elle lui en a parlé, c'est certain. Jamais il n'a eu telle animosité envers un inconnu."

-" Bon sang Irma, arrête donc de fabuler ! Tout le monde sait que Severus déteste les jeunes coqs surtout quand il est question du poste de DCFM."

-" Nom de Merlin, Minerva ! S'il a laissé des traces de légillimencie derrière lui, c'est que vraiment, il est sur la corde raide ! Je me fiche de tes gallions, je me fiche du pari, au début, c'était amusant... Par pitié, dis moi que tu n'as pas embauché Crowley en sachant qui il était." Siffla-t-elle.

-" MAIS PAS DU TOUT ! C'est le ministère qui m'a proposé ce garçon. Je l'ai vu en entretien pendant les vacances. Il a dû mettre de l'ordre dans ses affaires avant de venir ici, fin de l'histoire. À aucun moment il n'a été question d'Hermione, avant hier soir je ne savais même pas qu'ils se connaissaient, les chances étaient trop infimes, je ne me suis même pas posé la question à vrai dire et je pense que sa surprise était sincère lorsqu'il l'a vue hier soir également. Pour qui tu me prends ? Oh Seigneur tout-puissant... Je ne peux vraiment pas me permettre de perdre l'un et l'autre..."

-" Si ça continue ce n'est pas eux qu'on va perdre, mais Severus. Je ne l'ai pas vu dans cet état d'agitation mentale depuis la fille Evans..."