Chapitre onze
- Madame Pomfresh ?
- Oui ?
- Quand est-ce que je vais pouvoir sortir ?
L'infirmière ne put s'empêcher de sourire face au ton désespéré de la jeune fille.
- Demain matin, promit-elle, mais seulement si tu manges ça.
Elle plaça un énorme steak devant Lily, dont le visage s'éclaira d'un large sourire.
- Ça y est ? Je ne suis plus cantonnée aux soupes ?
- Eh non ! Profite en bien !
Lily ne se le fit pas répéter deux fois et se jeta sur son dîner. Cela allait faire une semaine qu'elle était bloquée à l'infirmerie. Autant dire toute une vie. Une masse de devoirs absolument effrayante l'attendait étant donné qu'elle avait été incapable de travailler pendant presque cinq jours. Cela dit, cette immobilité forcée avait un avantage : elle avait eu tout le temps de penser à l'énigme du tableau – du moins depuis qu'elle était capable d'aligner deux pensées cohérentes sans avoir mal à la tête. « Tuée par amour et errant dans les limbes, artisan du succès de ta quête si au vingt novembre tu te présentes. » Puisqu'il était question de limbes, il ne pouvait s'agir que d'un fantôme. Le problème c'est qu'il y avait des tas de fantômes, à Poudlard. Et elle n'avait aucune idée de s'il s'agissait d'une femme ou d'un homme*. Évidemment, elle imaginait assez mal Nick-quasi-sans-tête ou encore le Moins Gras avoir été victime d'un crime passionnel. De toute façon les femmes étaient plutôt les victimes que les agresseurs dans ce genre d'affaire... Enfin, elle avait encore du temps. On était le sept novembre et elle avait rendez-vous le vingt. Treize jours. Treize jours, sachant qu'elle allait devoir rattraper tous ses devoirs, qu'elle avait une ronde la semaine suivante, trois heures de colle à faire – James y était déjà passé – et qu'elle était exténuée. Aucun problème.
Jamais Lily n'avait été aussi contente de prendre son petit-déjeuner dans la Grande-Salle. Elle s'était empressée de descendre dès que Madame Pomfresh l'y avait autorisée, aussi n'y avait-il pas grand monde quand elle arriva. Elle se servit autant que possible de tout ce qu'elle pouvait et entama joyeusement son festin.
Alors qu'elle s'attaquait à son porridge, quelqu'un s'exclama :
- Regardez qui est sorti du pénitencier !
Elle se tourna vers James, qui arrivait vers elle, un grand sourire plaqué sur son visage. Il se glissa sur le banc à côté d'elle alors qu'elle le saluait de sa cuillère, la bouche pleine.
- Dis-donc, t'as l'air d'avoir faim.
Elle avala sa bouchée et répondit :
- Je viens de passer une semaine à me nourrir exclusivement de soupe alors oui, j'ai faim.
- Hmm. Sombre histoire.
- Encore une réflexion de ce genre, Potter, et je te plante ma fourchette dans la main, prévint Lily en agitant l'instrument de sa menace sous le nez de la victime.
- Aucun problème. Je te ferai interner en tant que folle furieuse à Sainte Mangouste.
- Quoi ! Après avoir essayé de m'assassiner en me faisant danser le rock pendant des heures puis en me jetant dans un bouillon de calamar géant, tu veux m'interner ! J'y crois pas. T'es vraiment un …
- Psychopathe ? Méchant ? Super-héros ?
- ...Crétin, en fait. Qu'est-ce que super-héros vient faire dans la liste ?
James entreprit d'entasser des tonnes d'oeufs brouillés dans son assiette tout en répondant joyeusement :
- Rien ! Je voulais savoir si tu me considérais comme un super-héros étant donné que j'ai essayé de te sauver de la famine en t'apportant des brioches.
- Peuh. J'étais obligée de les manger en cachette pour ne pas me les faire confisquer.
- Sombre histoire, vraiment, railla-t-il.
- Tu sais quoi, James ? Ferme-la. Eh ! Mais qu'est-ce que tu fais ? s'exclama Lily alors qu'il vidait son assiette dans la sienne.
Sans répondre, il fit de même avec le plat entier d'oeufs. Alors qu'il faisait venir à lui un autre plat grâce à la magie, Lily interrogea de nouveau, stupéfaite :
- James... qu'est-ce que tu fais ?
Il se tourna vers elle avec un grand sourire.
- Je te sauve de la famine !
Il ajouta encore un peu plus d'oeufs au tas considérable qui débordait de l'assiette de la jeune fille et attrapa sa cuillère pour en faire une sculpture en œufs brouillés.
Lily prit sa propre cuillère et la plongea dans le tas. James poussa un cri indigné, qui s'étrangla dans sa gorge lorsqu'elle mit le couvert dégoulinant d'oeufs au-dessus de sa tête.
- Tu veux la guerre, Potter ?
- Je suis sûr que tu n'oseras pas, grimaça-t-il en louchant vers le plafond.
- Tu devrais savoir maintenant que ce qui m'amuse c'est faire les choses précisément quand on pense que je ne les ferai pas, répondit Lily, très fière d'elle, avant de renverser sa cuillère sur la tête de James.
Elle se leva sans attendre sa réaction et commenta simplement d'un ton guilleret :
- Les affaires reprennent, Potter !
***
Sirius bailla en arrivant en vue du portrait de la Grosse Dame. Il venait de passer son samedi après-midi à plancher sur son devoir de spécialité Défense contre les forces du mal – ou comment mettre des heures supplémentaires aux élèves en leur faisant croire que c'est pour qu'ils réussissent dans la carrière qu'ils envisagent. Seulement, il y avait toujours un point qu'il ne comprenait pas. Il avait fini par embarquer l'énorme livre dont il se servait pour aller demander à James de l'aider. Évidemment, il était à peu près impossible d'avoir une conversation avec son ami depuis qu'Evans lui avait renversé de œufs sur la tête. Apparemment, cela avait mis James au comble de la joie et il avait été euphorique toute la journée.
Les considérations de Sirius lui sortirent brusquement de la tête lorsqu'il aperçut une silhouette cachée dans les ombres. Il se figea en plissant les yeux et crispa ses doigts sur son livre lorsqu'il vit le visage de celui qui avançait vers lui.
S'il avait un menton et un nez plus Black que Sirius, le jeune homme avait cependant les mêmes yeux et les mêmes cheveux que son frère. Car c'était bien Regulus Black qui sortait de l'ombre. Il lui fit un petit signe de tête pour l'engager à le suivre et partit vers un endroit plus discret. Trop étonné pour songer à protester, Sirius le suivit. Il n'avait plus eu de contact avec Regulus depuis qu'il avait fuit l'antique demeure des Black, un an et demi plus tôt.
Regulus s'arrêta dans un couloir vide et fit face à son frère, le menton levé fièrement et le regard farouche. Un Black dans tout son orgueil. Cela ramena Sirius à la réalité et il faillit faire demi-tour. Mais Regulus avait déjà ouvert la bouche.
- Mère t'a effacé de l'arbre.
Sirius éclata d'un rire amer, avant de faire volte-face.
- Merci pour l'info, lança-t-il en commençant à s'éloigner.
- Mais tu... Tu ne fais plus partie de la famille maintenant ! s'exclama Regulus derrière-lui, comme pour le retenir.
En principe, Sirius ne l'aurait pas écouté. Mais quelque chose dans sa voix le retint. Quelque chose qui lui rappelait le petit Reg'. Son petit Reg'. Alors il se retourna.
L'étincelle de fierté maladive s'était éteinte dans les yeux du Serpentard. Il sembla hésiter, puis reprit :
- Tu ne pourras plus rentrer à la maison.
- Je n'en ai pas envie, rétorqua Sirius, se demandant où son petit frère voulait en venir. Ça n'a jamais été « la maison » pour moi. J'y habitais l'été, mais c'est Poudlard ma maison.
- On a été élevé là-bas pourtant. Toi et moi, on a été élevé ensemble. Pourquoi est-ce que...
- Pourquoi est-ce que quoi ? interrogea Sirius d'un ton dur. Pourquoi est-ce que j'ai choisi de ne pas être un Mangemort ?
Regulus tiqua mais ne releva pas, pour répondre d'un ton désarmant :
- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression qu'on est pas de la même famille ?
Sirius sentit quelque chose se briser en lui. Cette fois il avait bien son petit frère devant lui, ce petit garçon brun qui pleurait la veille du départ de son grand frère à Poudlard, parce qu'il n'aurait plus personne pour jouer avec lui. Le petit garçon qui mentait parfois pour protéger son frère, qui l'aurait suivi n'importe où, qui aurait fait n'importe quoi pour lui...qui était devenu le jeune homme qui le dévisageait à présent, l'air perdu.
- Parce que c'est le cas, dit Sirius d'une voix mal assurée. Quand on était petits, toi et moi on était différents du reste de la famille et puis... et puis quand je suis rentré de Poudlard pour la première fois... tu as fait comme si je n'existais pas !
Regulus chancela.
- Maman... Maman m'avait fait juré de ne plus être ami avec toi, elle m'a dit que tu avais trahi ton sang et que …
- Et tu l'as cru ? Tu as cru à ces sornettes ? Bon sang, Reg' !
En entendant son surnom, le jeune homme ferma les yeux.
- Je ne suis plus Reg', Sirius. C'est fini. Je ne suis plus un bébé.
Il fixa de nouveau son regard sur son frère et cette fois-ci, Sirius recula d'un pas. Son petit frère avait disparu.
- Et j'ai choisi mon camp.
- Alors pourquoi est-ce que tu as pris la peine de venir m'informer de cette petite formalité qu'est mon bannissement de la famille ?
- Je... Je voulais que tu le saches. Je voulais que tu saches que tu es un traître maintenant.
- J'ai toujours été un paria, Reg', ricana Sirius en insistant sur le surnom de son frère. Et je suis très heureux comme ça.
Il pivota sur ses talons et cette fois ne s'arrêta pas. Il ne s'était jamais rendu compte à quel point son frère lui avait manqué. A quel point il lui manquerait toujours.
- Sirius ! Est-ce que t'as compris comment on annihile les pouvoirs d'un...
James s'interrompit brusquement en constatant le désordre qui régnait dans la chambre. Des feuilles de cours étaient étalées un peu partout et les rideaux du lit de Sirius pendaient misérablement après avoir été tirés avec un peu trop d'ardeur. Sur la couverture était vautré Sirius, le visage enfoui dans son oreiller. Il n'avait pas bronché lors de l'irruption de James.
Celui-ci, inquiet, ferma doucement la porte et s'empressa d'aller chercher Remus qui se trouvait dans la salle commune. Ils entrèrent sans faire de bruit et James sortit sa baguette pour tapoter Sirius avec. Remus lui adressa un froncement de sourcils réprobateur et son ami leva les yeux au ciel.
Sirius roula sur le côté, un étrange rictus sur les lèvres.
- Quoi ?
- J'ai encore mes cours de divination de cinquième année, si tu veux les détruire aussi, proposa aimablement James.
- Très drôle, Cornedrue, grogna-t-il.
- Bien, puisque nous avons établi que je suis le roi de la blague, je propose que tu nous racontes pourquoi tu es le roi de la destruction massive.
- Très subtil James, bravo, railla Remus en s'asseyant sur la malle de Peter – mais où était-il ?
James haussa les épaules en tentant de refréner sa bonne humeur. Il n'y pouvait rien s'il avait envie de rire ce jour-là.
Sirius, avec un soupir qui oscillait entre soulagement et agacement, s'assit en tailleur et leur raconta succinctement sa rencontre avec son frère. Ses deux amis l'observèrent ensuite quelques instants sans rien dire, puis James se leva.
- Rem', tu sais où est Peter ?
- A la bibliothèque je crois, pourquoi ?
- Attendez deux minutes, j'arrive.
Il disparut sans rien ajouter et revint cinq minutes plus tard accompagné du petit blond, à qui il avait tout raconté en chemin. Il s'assit sur le lit de Remus et James resta debout, un sourire énigmatique sur les lèvres.
- Chers amis, je crois qu'il y a trop longtemps que les Maraudeurs n'ont pas frappé.
Remus secoua la tête d'un air désespéré mais il ne pouvait pas s'empêcher de sourire, tandis que Sirius s'autorisait un petit rire. Peter, quant à lui, se mit à moitié à sautiller sur le lit.
- A cause du bal...
- Qui t'a un peu occupé, coupa Remus.
- La ferme. A cause du bal, donc, nous n'avons pas pu faire de blague d'Halloween. Je propose que nous remédions à cela très bientôt.
- Et comment ? interrogea Sirius, une lueur presque diabolique dans les yeux.
- Oh allez Patmol, fais marcher ton imagination ! s'exclama James. C'est à toi de trouver.
Sirius se laissa tomber en arrière sur son lit et le silence s'installa pendant qu'il réfléchissait. Enfin il se redressa, triomphant.
- Les gars, ça va être génial.
Lily se hâtait vers la bibliothèque, des parchemins plein les mains. Elle avait repris les cours depuis deux jours et elle était débordée de travail. Plus jamais elle ne serait malade. A moins qu'elle ne se rende malade à force de trop travailler.
Alors qu'elle s'apprêtait à entrer dans un passage secret – elle se demandait bien pourquoi tout le monde s'obstinait à appeler ça de cette manière puisqu'ils n'étaient plus secrets pour personne – un cri se fit entendre. Avec un soupir résigné, elle fit demi-tour pour remplir son devoir de préfète.
Elle n'eut pas à aller très loin car les trois Première Années de Gryffondor déboulèrent dans sa direction en hurlant. Elle essaya de les intercepter mais rien n'y fit, ils passèrent leur chemin pour aller se réfugier on ne sait où.
Légèrement angoissée à cause de ce qui lui était arrivée la dernière fois qu'elle avait voulu aider une Première Année terrifiée, Lily s'engagea dans le couloir d'où venaient les élèves. Elle scruta le lieu, les yeux plissés. Il n'y avait rien du tout. Peut-être avaient-ils simplement eu peur du Baron Sanglant.
Un mouvement attira son attention sur sa droite et fit quelque pas de plus en avant.
- Miss Evans !
Elle sursauta et chercha de tout côté McGonagall. Quand elle reporta son attention sur le couloir vide, elle frisa la crise cardiaque. Le professeur de métamorphose flottait à quelques mètres au-dessus du sol. Lily, terrifiée, commença à battre en retraite. Mais qu'est-ce que c'était que cette chose ?
- Miss Evans ! Allez travailler ! Vous allez rater vos Aspics parce que vous êtes un gland fini !
La préfète, qui s'apprêtait à fuir, interrompit son geste. Jamais McGonagall n'aurait dit ça. Et puis... Elle plissa les yeux et s'aperçut qu'il n'y avait rien entre la robe et le chapeau. Les flambeaux n'éclairaient pas assez pour qu'on s'en rende compte au premier coup d'œil. Un soupçon commença à naître dans l'esprit de la jeune fille et elle posa ses mains sur ses hanches, attendant que le « professeur » dise autre chose.
- Si vous n'obéissez pas, je vous colle Miss Evans ! C'est sans doute ce voyou incroyablement sexy de James Potter qui vous a perverti en vous convainquant de ne pas obéir à mes ordres !
- Bravo James, très subtil, commenta Lily en se dirigeant vers le fond du couloir. Sortez de là. Vous êtes vraiment des crétins.
Des ricanements lui répondirent et elle leva les yeux au ciel. James et ses copains n'avaient décidément jamais cessé de vivre en enfance. La tête de James émergea d'un pan de mur – ça, c'était un vrai passage secret ! - et il lui fit signe de le rejoindre.
- Dépêche-toi, il y a d'autres élèves qui arrivent !
- Mais bien sûr, comme si j'allais me joindre à tes absurdités... Eh ! Lâche-mmmh !
James la tira dans le passage secret, sa main plaquée sur sa bouche.
Elle tenta de lui envoyer son coude dans les côtes, mais il avait appris à éviter, depuis le temps.
- Je déteste quand tu fais ça ! s'insurgea-t-elle lorsqu'il la libéra.
- Chut !
- Chut ? Mais toi ferme-là ! Tu crois que j'ai envie de me retrouver embarquée dans cette affaire débile avec un tas de crétins immatures et … Mmmmh !
- Si tu ne te tais pas, je te stupéfixe et je t'abandonne là quand Rusard finira par arriver, prévint James à voix basse alors que quelque part derrière eux on entendait Sirius brailler contre des élèves.
Elle lui donna une tape sur la main et il la lâcha.
- Tu es insupportable, marmonna-t-elle en se tournant vers lui.
Ce faisant elle aperçut Remus qui, l'air concentré, agitait sa baguette dans les airs. Près de lui se trouvait Sirius, qui hurlait des imprécations, sa baguette pointée contre sa gorge. Elle se demandait bien comment ils s'étaient débrouillés pour que sa voix ressemble ensuite à celle de McGonagall. Quelques instants plus tard elle vit apparaître Peter, sortant sans doute de sous la cape. Il avait dû sortir dans le couloir pour observer les élèves, étant donné son fou-rire. Apparemment leur stupide blague était plutôt efficace car Lily pouvait entendre des gens hurler.
- Ca t'arrive de faire autre chose que des trucs complètement stupide ? interrogea-t-elle en voyant James saisir à son tour la cape.
- Bien sûr que non, rétorqua-t-il. Tu viens ?
- Hors de question. Je vais à la bibliothèque.
Sans attendre de réponse, elle sortit du passage secret au moment où la queue d'un chat disparaissait derrière un coin de mur.
- Lily ! Reste un peu c'est …
- Potter ? coupa-t-elle. Ferme-là et tirez-vous. Rusard va arriver.
Il disparut sans demander son reste, trop habituer à jouer au chat et à la souris avec Rusard pour perdre du temps en discussions inutiles. Quelques instants plus tard, les vêtements de McGonagall retombèrent au sol. Malheureusement, le concierge était plus proche que ce que Lily pensait. Elle tomba nez-à-nez avec lui alors qu'elle s'apprêtait à reprendre ses occupations.
- Je vous tiens, espèce de sale morveuse ! brailla-t-il en l'attrapant par le bras pour la secouer comme un prunier.
Lily était bien trop stupéfaite pour réagir, n'ayant pas imaginé une seule seconde qu'elle allait se faire prendre à la place de Potter et sa bande. Il commença à la traîner vers les escaliers sans qu'elle arrive à balbutier autre chose que de faibles « Mais... »
Heureusement pour elle, James avait quand même le sens de l'honneur.
Alors qu'ils arrivaient en haut des escaliers, plusieurs objets vinrent rouler à leurs pieds. Une odeur nauséabonde les enveloppa aussitôt et Rusard lâcha Lily sans hésitation pour faire demi-tour en hurlant. Lily, qui commençait enfin à revenir à la réalité et à se dire qu'il y avait bien un coupable dans toute cette histoire, fut happée en arrière et recouverte d'un tissu fluide... la cape sans aucun doute. On lui prit la main et elle fut entraînée loin du couloir et de ses odeurs sans qu'elle ait compris ce qu'il se passait.
James, puisqu'il ne pouvait s'agir que lui, finit par s'arrêter et éclata de rire.
Oui, cet abruti éclata de rire. Lily l'aurait bien giflé. D'ailleurs, c'était peut-être ce qu'elle allait faire.
- C'était moins une ! Ce vieux Rusard, les mêmes trucs réussiront toujours avec lui...
Il s'interrompit en constatant que Lily le dévisageait, le visage glacial.
- Bah quoi ? Je sais, ça sent pas très bon mais ça va finir par passer et …
- Tu te rends compte que j'ai failli être punie pour les absurdités que TU fais ? demanda-t-elle d'une voix bien trop calme pour que cela rassure James.
- Mais je ne t'aurai pas laissée être punie, assura-t-il, perdu.
- Tu sais très bien comment est Rusard ! J'étais avec toi et j'aurais pris quand même, tout ça à cause d'un crétin dont le but est de faire la pire des idioties en faisant en sorte d'avoir le plus de spectateurs possibles pour flatter son égo DISPROPORTIONNE !
Il cligna plusieurs fois des yeux et finit par répondre :
- Est-ce que cette phrase avait vraiment un sens ?
Lily lâcha un cri de frustration et fit volte-face. Si elle restait une minute de plus, elle allait le frapper.
- Attends ! Mais qu'est-ce qu'il y a ?
Il eut la mauvaise idée de lui prendre le poignet pour la retenir. L'autre main de Lily partit aussitôt et ils se retrouvèrent face à face, silencieux. James la dévisageait, la mâchoire décrochée et la joue d'un rouge soutenu. Lily, frémissante, pivota sur ses talons pour partir.
- Je croyais que c'était fini, tout ça ! cria-t-il derrière elle.
- Bien sûr que non ! Ca ne s'arrêtera pas tant que tu ne cesseras pas d'être un insupportable crétin !
- Alors pourquoi tu as passé autant de temps avec moi, hein ? Pourquoi tu m'as demandé de rester à l'infirmerie, la semaine dernière ?
Il marquait un point. Elle se retourna en inspirant profondément, dans le vague espoir de se calmer.
- Parce qu'il arrive que tu me fasses rire.
Un rictus tordit le visage de James.
- Alors c'est ça ? Je suis seulement le bouffon de service ? Et encore, seulement quand ça te plaît.
Ce fut à son tour de partir sans attendre de réponse, plantant Lily au milieu du couloir.
Chapitre douze
La plume de James restait à quelques centimètres de son parchemin depuis plusieurs minutes déjà. Il y avait bien longtemps qu'il avait cessé de penser à son devoir de Sortilège. En fait, il pensait à cette énigme. Il lui restait encore un peu de temps mais depuis qu'il s'était disputé avec Lily il mourrait d'envie de faire quelque chose de stupide. Il avait besoin de bouger pour oublier. Il doutait qu'elle lui reparle un jour et il en souffrait bien plus que pendant ces six dernières années. Ils avaient presque été amis et c'était difficile à effacer.
« Endroit préféré, mais détesté par tous, créature aussi dangereuse qui déteste tout... Avant décembre, elle t'attend au rendez-vous ». Dans les endroits détestés par tous, il y avait bien sûr les toilettes de Mimi Geignarde, sauf que James ne les aimait pas plus que les autres élèves. Il y avait bien le bureau de McGonagall qu'il avait fini par apprécier, après y avoir passé autant d'heures de colle, mais il doutait que son professeur de Métamorphose soit la « créature aussi dangereuse qui déteste tout ». Et si c'était le cas, alors il irait embrasser le type qui avait crée cette énigme parce qu'il trouvait cela génial.
Il se renversa dans sa chaise et regarda par la fenêtre. Le froid ne se décidait pas à tomber sur Poudlard et il pleuvait au lieu de neiger. En fait, il s'était mis à pleuvoir le lendemain de leur plongeon dans le lac et depuis il n'avait pas arrêté. Autant dire que personne dans l'école n'était de très bonne humeur.
Il soupira et regarda sa feuille blanche. Il tournait en rond. Où pouvait-on trouver des créatures dangereuses, à part chez Hagrid ?
Là où Hagrid les trouvait, évidemment. Il eut un petit sourire. Quel idiot il était. Il ne pouvait s'agir que de la forêt interdite, même si l'énigme avait un peu exagéré sa passion pour cet endroit. Enfin, il était content d'y retourner, même si la partie sur la bête sauvage lui plaisait moins.
- James ? Tu t'amuses tout seul ?
- Ouais, parce que moi tout seul je suis bien plus drôle que toi, répondit-il en levant la tête vers Sirius.
- C'est ça ouais, et moi je suis un génie en divination. C'est moi le plus drôle, et tout le monde le sait.
- C'est sûr que si tu considères que le monde se réduit à ta petite personne, tout le monde le sait.
- Ma petite et géniale personne, s'il-te-plaît, rectifia Sirius en lui balançant une boulette de papier.
- Génialement stupide.
Il se prit une boulette un peu plus grosse et éclata de rire.
Lily devait prendre les choses en main. Il lui restait quatre jours pour trouver à quel fantôme elle devait s'adresser.
Elle s'éclipsa de la salle commune en disant à Jenny qu'elle devait aller chercher un livre. Elle ne put s'empêcher d'apercevoir James qui riait avec Sirius. Elle ignorait si elle avait envie de se réconcilier avec lui ou non. Ils s'étaient bien amusés, elle avait passé une très bonne soirée avec lui, mais elle était certaine qu'au fond il était toujours cet insupportable Potter. Enfin, presque certaine.
Elle descendit les escaliers pour se rendre dans le hall en espérant tomber sur un fantôme quelconque – sauf Peeves, bien entendu. Elle erra quelques instants au rez-de-chaussée mais le Moine Gras finit par apparaître. L'air concentré, il faillit passer sans l'entendre. Alors qu'il s'apprêtait à traverser un autre mur, il s'immobilisa enfin et adressa un bon sourire à Lily.
- Eh bien mon enfant, que puis-je faire pour vous ?
- Je cherche Nick... Sir Nicholas, l'auriez-vous vu s'il-vous-plaît ?
- Il est dans les cachots, répondit joyeusement le fantôme avant de reprendre son air absorbé et de disparaître.
Lily resta plantée au milieu du hall en se traitant intérieurement d'idiote. Elle aurait mieux fait de lui demander, même s'il était sans doute moins au fait des divers potions du château que Nick. Elle n'avait aucune envie de se rendre dans les cachots seule.
Avec un soupir, elle se dirigea vers les sous-sols. Avec un peu de chance, elle le trouverait vite et ne ferait pas de rencontres désagréables. Elle alla à la salle des potions sans même y penser et s'immobilisa devant la porte, perdue. Elle n'était jamais allée au-delà.
Elle se mordit la lèvre et, après avoir jeté un coup d'œil derrière son épaule, elle s'engagea dans ce qui devait être le chemin vers la salle commune des Serpentards. Elle savait qu'elle avait parfaitement le droit d'être là, mais elle ne pouvait s'empêcher de paniquer. Il ne faisait pas bon traîner sur le territoire des Serpentards par les temps qui couraient.
- Sir Nicholas ? appela-t-elle d'une petite voix en avançant prudemment.
Evidemment, personne ne répondit.
Elle continua pendant quelques minutes, terrifiée à l'idée de se perdre, puis songea qu'elle ferait aussi bien de demander au fantôme le lendemain matin.
Satisfaite, elle fit demi-tour, décidée à sortir de là le plus vite possible. Sauf qu'elle était perdue.
Sidérée, elle observa les quatre couloirs qu'elle pouvait prendre sans comprendre comme elle avait réussi à se perdre. C'était du Poudlard tout craché, sauf que ce n'était vraiment pas le moment.
Elle choisit le passage qui lui semblait le plus logique et essaya de repérer des endroits où elle serait passée en venant. Mais rien n'y faisait, elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle était. Elle avait désespérément besoin de quelqu'un, et elle savait qui était la personne qui lui aurait été la plus utile : James. Il aurait su quoi faire. Et même si ça n'avait pas été le cas, il aurait fait semblant.
- Qu'est-ce que la Sang-de-Bourbe fait là ?
Elle fit volte-face, ses doigts posés sur sa baguette. Deux Serpentards lui faisaient face, des Sixième Années sans doute. Des Sixième Années bien plus grands qu'elle et absolument terrifiants.
- Si vous me dîtes comment partir, je me ferai un plaisir de déguerpir, rétorqua-t-elle d'une voix qu'elle espérait assurée.
- Je crois que ce serait beaucoup moins drôle si on faisait ça, commenta l'un des deux, un blond qui aurait été pas mal s'il n'avait pas l'air si méchant.
- Et moi je crois que ce serait très malin de le faire, répondit aimablement Lily.
Elle commença à reculer alors qu'ils s'approchaient de plus en plus. Si elle partait en courant, elle allait se faire attraper en moins de deux et se serait sans doute encore pire. Il fallait qu'elle essaie de négocier.
- Tu ne nous as pas répondu, Sang-de-Bourbe, reprit le deuxième, un brun avec une tête de bouldogue. Qu'est-ce que tu fais là ?
Lily tiqua, mais ne releva pas cette seconde insulte.
- Je cherche Nick-quasi-sans-tête.
- Il doit être en train de baver à l'entrée du club des chasseurs sans tête. Dommage pour toi que tu ne saches pas où ça se trouve.
- Peut-être que si vous me le disiez on …
- Non, coupa le blond.
- Non ? reprit Lily d'une voix suraiguë.
Puis elle partit en courant.
L'un d'eux cria « Stupéfix ! » et elle eut juste le temps de faire apparaître un bouclier avant que le sortilège ne la frappe. Elle bifurqua dans un autre couloir mais elle ne tarda pas à attendre des pas lourds derrière elle. Ils avaient dû se rendre compte qu'elle maîtrisait parfaitement le sortilège informulé car ils n'essayaient plus d'attaquer. Ce n'était pas pour cela qu'elle même allait s'en priver.
Elle lança un sortilège de furoncles par-dessus son épaule mais seul de ricanements lui répondirent. Elle avait dû les manquer. Et, dommage pour elle, ils étaient plus rapides qu'elle.
Des bras la saisirent et elle se mit à hurler. On plaqua une grosse main sur sa bouche qu'elle essaya de mordre mais le propriétaire appuyait trop fort. Heureusement, six années à se disputer avec James lui avaient appris à se défendre. Elle balança son pied en arrière et son agresseur poussa un petit cri de douleur en relâchant sa prise. Son cri se transforma en hurlement lorsqu'elle parvint enfin à planter ses dents dans sa main. Il la lâcha aussitôt mais le deuxième l'attrapa sans qu'elle ait le temps de réagir. Elle tenta de la frapper, mais il semblait plus fort que son congénère.
- Tu vas voir ce qu'on fait aux Sang-de-Bourbe comme toi, marmonna-t-il.
- Stanley ! Qu'est-ce que vous faîtes ?
Lily se figea en même temps que le dénommé Stanley. Elle aurait reconnu cette voix n'importe où.
- On a trouvé ta Sang-de-Bourbe préférée, répondit Stanley.
Après une seconde de silence ébahi, Severus cria :
- Lâche-la !
Bizarrement, Stanley s'exécuta. Et c'était tant mieux parce que Lily commençait à ne plus pouvoir respirer tellement il la serrait fort. Elle se trouva assise sur le sol sans trop savoir comment et deux grosses chaussures noires envahirent son champ de vision.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Severus
Elle releva la tête et croisa ses yeux noirs. Il ne lui tendait même pas la main pour l'aider à se relever. En même temps, l'aurait-elle fait ? Sans doute pas. Elle se redressa en chancelant légèrement et considéra d'un regard condescendant le type brun qui se tenait la main en la dévisageant d'un air mauvais. Elle lui aurait bien tiré la langue.
- Je cherchais Nick-quasi-sans-tête, expliqua-t-elle.
- Eh bien c'était une mauvaise idée.
Il sembla hésiter puis ajouta :
- Je vais te faire sortir.
- T'es pas sérieux Severus ! s'exclama le brun, outré. Elle m'a mordu !
- Il y a pire dans la vie, Eddie, soupira le Serpentard.
Sans rien ajouter à l'adresse de Lily, il partit.
- Ben... salut ! lança-t-elle à Stanley et Eddie avant de se ruer à la suite de son ancien ami.
Ils marchèrent pendant quelques instants en silence. Lily étudiait les murs, sans comprendre comment elle avait pu se perdre. Sans doute ne le saurait-elle jamais.
- A ta place, je ne reviendrai pas.
- Je n'y comptais pas, marmonna Lily, surprise qu'il lui adresse la parole plus que nécessaire.
Il continua à fixer le sol comme s'il comptait le détruire à la pioche puis finit par demander :
- L'autre soir.. Tu étais au bal avec Potter ?
- Oui.
Severus ricana.
- J'étais sûr qu'il finirait par t'avoir. Parce que ce salopard à toujours tout ce qu'il veut.
- Il ne « m'a » pas, rectifia sèchement Lily.
- Tu es devenue comme toutes ces filles pathétiques, c'est ça ? Tu as accepté parce que tu le trouve beau ?
Il avait craché le dernier mot, mais Lily s'en était à peine rendue compte. Elle s'était arrêtée à « filles pathétiques ».
- Ca suffit, Severus ! Je fréquente Potter si j'en ai envie et ça ne te regarde pas ! Encore moins maintenant qu'il y a deux ans !
Ils étaient arrivés devant la salle de potion. Ils s'affrontèrent du regard quelques secondes puis Severus commenta :
- Tu as raison. Je me demande pourquoi je m'intéresse à une Sang-de-Bourbe.
Il disparut avant que Lily ait eu le temps d'assimiler ce qu'il venait de dire.
Bon sang. Cela faisait plus d'un an qu'ils n'étaient plus amis et pourtant cela faisait toujours aussi mal.
Bonjour Maman !
Je sais que tu t'amuses bien avec Bathilda mais ne la laisse pas faire n'importe quoi. Je suis sûr qu'elle est capable de t'emmener jouer au Quidditch, et tu sais très bien que ce ne serait pas très malin. Papa en ferait une crise cardiaque. Et si jamais on apprend à l'école ce que j'ai fait dernièrement, il risque d'être un peu sur les nerfs.
Je sais que tu vas me harceler pour savoir, mais rappelle-toi que c'est donnant-donnant : je te raconte une de mes bêtises et toi une de celles que tu as faites avec Papa ! En parlant de ça, j'espère qu'il ne découvrira jamais que tu me racontes ça sinon il sera furieux. Il ne sait pas encore qu'il n'a plus aucune crédibilité auprès de moi quand j'ai fait un truc stupide à Poudlard.
Enfin bref, ma plus récente bêtise.
Sirius n'était pas très bien (à cause de sa famille, encore une fois... Ca va lui faire du bien de rentrer à Noël) et on a voulu lui changer les idées. Je te le dis tout de suite, l'idée vient de lui. Son but était de créer une fausse McGonagall pour faire peur aux élèves. Le problème, c'est qu'il nous fallait des vêtements lui appartenant. Tu imagines, t'introduire dans les appartements de McGonagall ? Je sais bien qu'elle n'est arrivée que pendant votre dernière année mais je suis sûre qu'elle était déjà terrifiante. Ah mais j'oubliais, tu l'as rencontrée quand j'étais en deuxième année. Qu'est-ce que j'avais fait déjà ? Une Bombabouse dans la salle des profs sans doute. Vraiment, vous convoquer pour ça... J'ai fait bien pire depuis. Heureusement pour elle, elle sera bientôt débarrassée de moi. Mais revenons à nos hiboux ! Il nous fallait une diversion, pour être sûrs qu'elle ne serait pas dans les parages, et quelqu'un de discret. Évidemment, on a collé Peter à la partie « discrétion ». Quant à la diversion, Sirius s'est fait un plaisir d'arroser toutes les personnes qui sortaient de la Grande Salle, dont McGonagall. Elle n'était pas ravie, surtout qu'ils se sont courus après pendant au moins une demi-heure ensuite. Je dois dire que son endurance m'impressionne. Tu te demandes sans doute où était Remus : il avait soi-disant du travail à faire. Mais en fait je crois que c'était juste un moyen pour essayer de nous faire croire qu'il désapprouvait nos actions. Et moi, je faisais le guet pendant que Peter faisait ce qu'il fallait.
Le problème c'est que McGonagall n'est pas complètement stupide et je peux te dire qu'on a eu un mal de troll à entrer chez elle. Si Papa et les profs savaient le nombre d'enchantements et de sortilèges qu'on a appris grâce à nos bêtises, ils ne nous puniraient pas autant.
C'était la première fois qu'on entrait dans l'appartement d'un prof, et bah je peux te dire qu'on a bien ri ! McGonagall a une collection de flasques de whisky qui doivent venir d'Ecosse et une énorme bannière de Gryffondor dans son salon. Et surtout, crois-le ou non, elle a des photos de tous les élèves de la maison. Oh et pas dans le genre « photo pour leur lancer des fléchettes ». Non, de vraies photos. Peut-être qu'elle nous aime bien, finalement.
Peter est allé chercher ce qu'il fallait dans son armoire, en renversant au passage un verre qui traînait sur une table, parce que sinon ce ne serait pas Peter, et on est reparti. Sirius a été collé trois heures, mais il s'en fichait.
Lundi, on a mis notre plan à exécution et Remus a bien voulu nous aider : il faisait voler les vêtements de McGonagall pendant qu'on menaçait à tour de rôle les élèves qui passaient. Sirius a trouvé un sort génial, il y a quelques mois, pour prendre la voix de quelqu'un d'autre.
On s'amusait bien, tout le monde partait en hurlant, persuadé que McGonagall était morte ou je ne sais quoi, quand Lily est arrivée. Elle nous a reconnu tout de suite et je l'ai fait venir avec nous. Je t'assure que j'ai été gentil ! Mais elle a tenu à repartir. Et à ce moment là Rusard est arrivé. Il l'a accusée, on l'a sortie de là et puis on s'est disputé. Et je ne sais même pas exactement pourquoi elle m'en veut. D'après elle, elle se retrouve dans des situations impossibles depuis qu'elle passe du temps avec moi.
Il faut vraiment que je retourne travailler. J'attends ton histoire !
Embrasse Papa pour moi, et bonjour à Bathilda !
Je t'aime,
James.
Cher James,
Je n'ai pas beaucoup de temps pour t'écrire parce que papa m'emmène à Londres aujourd'hui. Je crois qu'on va faire les courses de Noël : j'adore ça !
Tu n'auras pas d'histoire, parce que ton père a découvert notre petit trafic. Oh, ça l'a fait rire, mais il préfère que je ne te donne pas de mauvaises idées. En fait, je pense qu'il a juste envie de te raconter tout ça pendant les vacances. Oh, en parlant de vacances : on a reçu les invitations pour le bal du Nouvel An de la maison de retraite ! J'espère que Sirius et toi n'allaient pas lever le nez dessus après vos expériences plus juvéniles.
Mais il y a une autre raison pour laquelle je ne t'aurai pas raconté d'histoire même si papa ne l'avait pas découvert : tu ne me l'as pas racontée pour mon plaisir, mais parce que tu voulais que te dises quoi faire au sujet de Lily. Ah, je sais que ça risque de te gêner dans tes sentiments, mon chéri, mais ne nie pas ! Ca fait suffisamment longtemps que j'entends parler de cette pauvre Lily pour savoir où tu veux en venir. Je t'entends déjà hurler « comment ça pauvre Lily ? ». Je t'ai élevé, James. Je sais très bien ce qu'elle doit endurer en vivant avec toi. Et je conçois dont très bien que tu l'entraînes dans des trucs incroyables. Alors ne soit pas trop dur avec elle. Je ne sais pas ce qu'il s'est dit exactement entre vous et elle a sans doute ses torts, mais fais attention à ton orgueil, James. Tu es à Gryffondor parce que tu es courageux, mais n'oublie pas que l'orgueil est le défaut de cette maison.
Je ne connais pas Lily et j'ignore ce qu'il y a entre elle et toi – et tu préfères sans doute que ce soir comme ça. Mais je te connais, toi, sans doute mieux que tu ne te connais toi-même. Alors je sais que si tu m'en as parlé c'est parce que c'est important pour toi. Ne sois pas idiot, James. Bientôt tu devras prendre tes décisions tout seul – tu es déjà majeur, je te rappelle – parce que je ne serai plus là. Alors apprend à faire preuve de discernement. Il faut que tu trouves la solution tout seul, mon chéri. Mais rappelle toi d'une chose : le pardon est ce qui fonctionne le mieux dans toutes les relations.
Papa va faire une crise si je ne descends pas. Dis à Sirius que je lui écris bientôt.
Je t'embrasse,
Maman
PS : bien joué pour votre blague !
James replia la lettre de sa mère et se laissa aller dans le canapé. Il était presque énervé contre elle jusqu'à ce qu'il arrive à la partie où elle lui disait de se débrouiller seul parce qu'elle ne serait bientôt plus là. Il détestait quand elle était comme ça, à la fois si pleine de vie et complètement résignée.
- James ? Je peux la lire ?
Il tourna la tête vers Sirius, qui se penchait par-dessus le canapé, plein d'espoir.
- Non. Mais elle va t'écrire.
- Quoi ? Mais pourquoi je peux pas la lire ?
James se leva en riant et lui ébouriffa les cheveux.
- Parce que c'est confidentiel.
Il s'apprêtait à monter dans sa chambre lorsque Lily entra justement dans la salle commune. Elle avait l'air exténué et James ne put s'empêcher de s'en vouloir un peu. Elle était surchargé de travail à cause de son séjour à l'infirmerie. Et d'après son air pâle depuis la veille, il avait peur qu'elle retombe malade, ce qui n'arrangerait évidemment pas ses affaires. Pendant un instant, un minuscule instant, il songea à aller la voir. Il avait terriblement conscience de la lettre de sa mère serrée dans sa main. Mais il était persuadé qu'ils avaient chacun leurs torts et qu'il s'était suffisamment excusé ces derniers temps. C'était à elle de décider maintenant. Si elle voulait de son amitié, c'était à elle de venir le voir.
Chapitre treize
Lily fixait Nick-quasi-sans-tête avec obstination. On était mercredi dix-neuf novembre. Il fallait qu'elle parle à ce fantôme.
- Lily ? Est-ce que ça va ?
La rousse se tourna vers Margaret, qui l'observait avec inquiétude. Lily avait été passablement perturbée par son séjour dans les cachots mais elle n'avait pas pu en parler à ses amies, qui l'avaient trouvée bizarre toute la soirée du dimanche. Depuis, Maggy guettait le moindre signe de dépression de sa part.
- Oui oui, sourit-elle, ne t'en fais pas.
- Lily. Arrête de raconter n'importe quoi, lança alors Jenny en s'incrustant dans la conversation.
- Quoi, « n'importe quoi » ? C'est vrai, je vais très bien !
Evidemment elle paniquait un peu à chaque fois qu'elle apercevait un Serpentard, de peur qu'il s'agisse de Stanley ou Eddie. Ou pire : Severus. Mais à part cela, tout allait bien.
Jenny se leva alors, coupant court à ses réflexions.
- Lily Evans, il faut qu'on parle.
- Hein ? Mais je...
Avant qu'elle aie pu comprendre ce qu'il lui arrivait, son amie la tira par le bras et elle se trouva emmener loin de Nick-quasi-sans-tête et de ses espoirs de résoudre son énigme. Margaret et Val les suivirent en trottinant et s'immobilisèrent dans une salle vide du deuxième étage. Heureusement qu'elles étaient allées déjeuner tôt ce matin-là, songea Lily en se demandant ce qui l'attendait.
Ses amies l'encerclèrent et Jenny commença :
- C'est à cause de Potter que ça ne va pas ?
Lily, dont les pensées étaient à mille lieues de James, ne put qu'éclater de rire.
- Mais je vais très bien Jenny ! Je suis juste crevée. Et dans un sens, oui on peut dire que c'est la faute de Potter parce que c'est à cause de lui que j'ai pris autant de retard dans mon travail.
- Alors pourquoi tu le regardais comme ça hier ?
La jeune fille devint cramoisie, ce qui n'échappa pas à ses trois amies.
- Je ne le regardais pas, tenta-t-elle de se défendre, j'avais les yeux dans le vague et c'est tombé sur lui, c'est tout.
- Tu le regardais presque comme Maggy regarde John ! s'exclama Jenny alors que la pauvre Margaret poussait un cri indigné en rougissant.
- Oh, certainement pas.
- Oh, certainement si, rétorqua Val qui jusque là ne s'était pas incrustée dans la conversation.
- Eh, tu étais en train de dessiner, comment est-ce que tu aurais pu remarquer ça ? s'insurgea Lily.
- C'est Jenny qui m'a dit de te harceler avec ça, répondit-elle, tout sourire.
- Val !
- Quoi ? Je ne vais pas lui mentir ! Moi, je m'en fiche, tu peux être amie avec James Potter si ça te chantes, et si tu préfères que non, alors ça me va aussi.
- Val. Je t'aime ! s'exclama Lily en lui sautant au cou. Vous voyez, elle, elle est normale ! Est-ce que je peux retourner prendre mon petit-déjeuner maintenant ?
- Non ! Tu ne nous as toujours pas dit pourquoi tu le regardais !
Lily soupira à l'attention de Jenny. Autant cracher le morceau, sinon elle n'aurait plus jamais un instant de tranquillité. Mais, bon sang, c'était dur à dire.
- Je me disais que... que ce n'était pas si terrible de passer du temps avec lui, même si je me suis retrouvée dans des situations inimaginables à cause de lui.
Un air triomphant éclaira aussitôt les traits de Jenny, mais Margaret avait l'air soucieux. Elle était suffisamment observatrice pour se rendre compte que son air pâle de dimanche soir n'avait sans doute aucun rapport avec ses considérations sur Potter. Lily aurait bien aimer la rassurer en lui disant que c'était passé à présent, mais ce fichu sortilège de Langue-de-plomb était toujours actif.
- Et alors, reprit Jenny, tu vas aller le voir ?
- Bien sûr que non ! J'ai dit que ce n'était pas si mal, pas que ça me manquait !
- Mince. Je savais bien que c'était trop beau pour être vrai.
- Je ne vois pas pourquoi ça te tient tant que ça à cœur que je devienne amie avec lui, Jenny.
- Oh, pas seulement amie, rectifia la blonde en souriant de toutes ses dents.
- JENNY !
Elle éclata de rire et partit en courant avant de se faire frapper. Lily leva les yeux au ciel et Margaret lui prit le bras.
- Vous venez ? On va être en retard.
Val les précéda en sautillant et Lily jeta un coup d'œil de regret vers les escaliers qui menait à la Grande Salle : il fallait vraiment qu'elle voie Nick.
Elle tomba presque miraculeusement sur lui en sortant de cours cette après-midi là. Le pauvre fantôme ne comprit pas ce qui lui arriva lorsque Lily se rua vers lui. Heureusement pour elle, ses amies étaient trop occupées à embêter Margaret à propos de John pour se rendre compte de sa fuite.
- Sir Nicholas !
- Miss Evans ! répondit-il en imitant sans faire exprès sa voix rendue suraiguë par l'excitation.
Lily fronça les sourcils mais ne releva pas.
- Dites-moi, Sir Nicholas, quel fantôme du château est mort d'un crime passionnel ?
Elle ignorait si un fantôme pouvait pâlir, mais elle était persuadée que Nick venait de le faire.
- Ce ne sont pas des questions qu'on pose, répliqua-t-il, offusqué.
Lily se retint de lever les yeux au ciel face à la fierté mal placée des fantômes.
- Je suis désolée, Sir Nicholas, mais c'est malheureusement une urgence.
- Eh bien, allez donc demander au Baron Sanglant, répondit-il avant de tourner les talons – enfin de traverser un mur.
Lily resta plantée au milieu du couloir. Allait-elle un jour pouvoir se débarrasser de la maison des Serpentards ? Elle commençait à en douter.
Plus ou moins désespérée, elle se décida à aller le voir le soir-même. Elle dit qu'elle devait aller chercher un livre quelques minutes avant l'heure du dîner, dans l'espoir de tomber sur le Baron Sanglant dans la Grande Salle. Il était hors de question qu'elle remette les pieds dans les cachots. En sortant de la salle commune elle croisa James. Il dut s'écarter pour la laisser passer et elle lui adressa un bref signe de tête. Merlin ce qu'elle aurait aimé qu'il l'accompagne !
En descendant les escaliers elle repensa à sa conversation avec ses amies le matin même – ou plutôt son interrogatoire. Elle n'avait pas été tout à fait honnête avec Jenny car les bêtises de James Potter lui manquaient un peu. Elle ne se rappelait pas avoir autant ri que ces dernières semaines. Mais en même temps, c'était Potter. Elle était terrifiée à l'idée de lui faire confiance, de croire qu'il avait changé. Si ce n'était pas le cas, ce serait terriblement douloureux. Et elle ne l'en détesterait que plus.
Lily secoua la tête pour arrêter de penser à cela. Elle avait d'autres chose à faire. Elle poussa les portes de la Grande Salle et scruta la pièce. Il y avait déjà quelques élèves qui arrivaient, notamment un petit groupe de Serpentards. Des Quatrième années, fort heureusement. Ils s'assirent et peu de temps après arriva le Baron Sanglant. Lily se demandait bien pourquoi il prenait la peine d'assister à tous les repas puisque les mondanités n'avaient pas l'air d'être son fort. Enfin, elle n'avait pas particulièrement envie de se plonger dans la psychologie des fantômes.
Elle prit une profonde inspiration et se dirigea vers les Serpentards. Ceux qui étaient face d'elle se turent en la voyant arriver et elle entendit un brun dire à son voisin « c'est la copine de Potter ». Son visage s'empourpra et elle se jura de ne pas devenir amie avec James. Hors de question qu'elle lui soit associée de la sorte.
Quatre paires d'yeux malveillants plus deux yeux fantomatiques la ramenèrent à la réalité. Elle se figea près de la table et dut s'y reprendre à plusieurs fois pour dire :
- Bonsoir Baron Sanglant, est-ce que euh... Es-ce que je pourrais vous parler s'il vous plaît ?
Les élèves ricanèrent mais le fantôme se leva de table – un fantôme pouvait-il se lever ? Il sortit de la salle en traversant un mur et Lily le retrouva dans le hall. Malheureusement, il s'engagea dans les cachots. Lily gémit intérieurement mais il s'arrêta devant la salle de potion. Il n'avait toujours pas prononcé un mot. Ce qu'il était effrayant ! Il la fixait de ses yeux vides, et son pourpoint entrouvert laissait apercevoir sa chemise couverte de sang.
- C'est Sir Nicholas qui m'a dirigée vers vous, commença-t-elle. Il... Il m'a dit que vous pourriez m'indiquer quel fantôme a été euh... la victime d'un crime passionnel.
Lily s'attendait à ce qu'il s'énerve, à ce qu'il la plante là sans rien dire. Mais certainement pas à ce qui allait se passer.
Le fantôme se mit à hurler. Mais c'était un hurlement tout droit sorti de l'enfer, sans doute là où aurait du reposer le Baron Sanglant s'il n'errait pas dans les limbes. Lily n'avait jamais eu aussi peur de sa vie. Il se jeta sur elle et elle sentit le froid de la mort la pénétrer lorsqu'il la traversa.
- NE JAMAIS PARLER DE CA ! hurla-t-il en passant à travers la jeune fille, encore et encore. JAMAIS !
Lily tomba à genoux, recroquevillée sur elle-même, alors qu'il continuait à la traverser, hurlant toujours plus fort.
- Arrêtez ! supplia-t-elle. Je suis désolée ! Je vous en prie !
Il y eut un dernier cri puis, enfin, le silence. Lily, sortit la tête de ses mains, tremblante. Elle était seule. Elle se traîna jusqu'à un mur et s'y adossa, les yeux fermés, la respiration haletante. C'était la pire expérience de sa vie. Et en plus, elle n'avait toujours pas de réponse.
Elle remonta vers la tour de Gryffondor sans passer par la case dîner. Elle tomba bien évidemment sur ses trois amies et leur dit simplement qu'elle ne se sentait pas très bien – ce qui était vrai. Margaret s'inquiéta mais Lily parvint finalement à les envoyer dîner.
Alors qu'elle arrivait à l'étage de la salle commune des Serdaigles, elle se retrouva nez-à-nez avec Alice et Ethel.
- Lily ? s'inquiéta Alice. Ca va ?
La jeune fille hocha la tête et répondit simplement :
- J'ai eu un entretien pas très agréable avec le Baron Sanglant, c'est tout.
- Le Baron Sanglant ? Mais pourquoi ?
- Je ne peux pas en parler, soupira Lily. Et pourtant je t'assure que j'aimerai bien.
Alice l'observa attentivement puis une lumière de compréhension s'alluma dans son œil. Est-ce qu'elle vivait la même chose ? Ce n'était pas impossible.
- T'inquiètes pas, tu vas t'en remettre, sourit la Serdaigle. On s'y connaît, en fantôme désagréable, n'est-ce pas Ethel ?
Son amie ne put que hocher la tête d'un air sombre. Puis, au grand étonnement de Lily, elle prit la parole :
- Vous avez de la chance, chez Gryffondor et Poufsouffle, vos fantômes sont sympas. On peut pas dire que ce soit le cas de la Dame Grise.
- Ah ? Elle a l'air assez gentil pourtant.
- Sans doute, mais elle ne parle jamais, reprit Alice. Ou alors, toujours d'un ton lugubre. Ca a peut-être un rapport avec la façon dont elle est morte.
- Vraiment ? interrogea Lily, hautement intéressée.
- Une histoire d'amour qui a mal tourné je crois. On en sait rien en fait, ce sont juste les rumeurs qui courent. Aucun d'entre nous n'oserait jamais aller lui demander et … Aaaah Lily, mais qu'est-ce qu'il y a ?
La rousse venait de la prendre dans ses bras, prête à fondre en larmes.
- Merci Alice, merci merci merci ! Tu n'imagines pas à quel point tu m'aides ! Merci !
Et sans attendre de réponse, elle disparut dans les escaliers.
Lily passa la soirée dans la salle commune à travailler – ou à faire semblant. Margaret l'obligea à manger une pomme qu'elle lui avait apportée et lui fit promettre de se coucher avant minuit. Lily espérait que ce serait le cas.
Lorsqu'il n'y eut plus que Remus et elle dans la salle commune, elle s'éclipsa. Elle se rendit devant l'entrée de la salle commune des Serdaigles en espérant tomber sur la Dame Grise. Et pour une fois, elle eut de la chance. Elle trouva le fantôme avant même d'arriver à destination. Cette fois, elle n'eut pas la bêtise de lui demander si elle avait bien été « tuée par amour ». Elle demanda simplement :
- Madame ? Est-ce que vous avez quelque chose à me dire ?
Le fantôme interrompit son lent déplacement et tourna son visage inexpressif vers la jeune fille.
- Vous êtes Lily Evans ?
L'intéressée acquiesça, attendant anxieusement.
- 50, 6-3, 75, 10-4...
Lily, paniquée, s'empressa de faire apparaître un morceau de papier et une plume pour noter la suite sans sens que lui dictait le fantôme.
- 3, 25-6, 80, 45-8, 120, 30-10, 12, 4-6...
Lily continua à noter frénétiquement, sans rien comprendre et la Dame Grise conclut par :
- Dans le livre disputé, durant janvier.
Puis elle traversa un mur. Cette énigme était encore plus incompréhensible que le reste
***
Le jour suivant, James regarda les membres de l'équipe de Quidditch partir vers le château, riant tous comme des baleines. C'était évidement de la faute d'Anne et Martin qui se chamaillaient. Mais Martin finit par faire taire sa copine en l'embrassant et les autres joueurs se mirent à les chahuter à propos de leur couple.
Le capitaine sourit et attacha sa cape alors que Sirius passait la tête par la porte.
- Cornedrue ? Tu viens ?
- Vas-y sans moi, j'ai quelque chose à faire.
Sirius étant Sirius, il se campa devant la porte, les sourcils froncés.
- Seul ?
- Ouais. Je ne peux pas faire autrement. Tu veux bien me laisser passer ?
Son ami l'observa encore quelques instants puis s'écarta.
- A tout à l'heure alors.
James lui fit un petit signe de la main et partit vers la forêt interdite, laissant Sirius retourner au château.
Il resserra un peu plus son écharpe alors que le vent fouettait son visage. Ce n'était pas forcément le temps idéal pour une expédition dans la forêt, mais au moins il ne pleuvait pas. Il sourit à la nuit, ravi de se jeter à corps perdu dans l'aventure. Il avançait dans l'herbe détrempée sans allumer sa baguette, de peur qu'on le voit du château. Il connaissait suffisamment le chemin pour arriver jusqu'à la forêt sans encombre. Enfin, il l'espérait.
Mais c'était sans compter sur l'insupportable chien d'Hagrid. James avait mal calculé son coup et il passa trop près de la cabane du garde-chasse. Le chien se mit à aboyer comme un tordu et James se figea dans l'ombre, priant pour qu'il se taise. Mais Hagrid ouvrit aussitôt la porte, tenant son chien en laisse.
- Il y a quelqu'un Crocdur ?
Le chien tirait sur sa laisse et il sortit de la cabane en commençant à se diriger vers James. Celui-ci marmonna un juron et s'avança dans la lumière. C'était raté pour ce soir.
- Bonsoir Hagrid ! s'exclama-t-il joyeusement comme si c'était parfaitement prévu qu'il soit là.
Le demi-géant plissa les yeux pour le reconnaître dans la pénombre.
- James Potter ? Qu'est-ce que tu fais dehors à cette heure ?
- Je venais vous voir, en fait, répondit le jeune homme en cherchant à toute vitesse une excuse. Je... euh... Je me demandais si vous pouviez me renseigner sur …. les créature qui résident dans la forêt.
Le visage d'Hagrid se fendit d'un large sourire et il ramena le chien vers lui, qui grognait toujours en direction de James.
- Viens, entre ! Tu pourras prendre le thé avec nous !
James le suivit, priant pour que le « nous » ne soit pas un quelconque professeur.
- Je ne vais pas rester très longtemps, ne vous en faîtes p...
Il s'interrompit en posant le pied sur le seuil de la porte. Oh non, ce n'était pas un professeur. C'était Lily.
Elle leva les yeux vers lui avec un air de défi. Elle avait sans doute entendu Hagrid l'appeler. Ils continuèrent à se dévisager pendant que Hagrid apportait une autre tasse pour James, inconscient de la tension qui régnait entre les jeunes gens. James prit une chaise et sourit à Hagrid en se demandant si Lily allait lui adresser la parole ou non.
- Alors James, qu'est-ce que tu voulais savoir ?
- Est-ce que vous pourriez me parler des centaures ?
Lily s'étouffa avec sa gorgée de thé et fusilla James du regard. Il lui sourit alors que Hagrid se mettait à parler de « ses bons amis les centaures, qui sont quand même un peu brusques parfois ». Les deux jeunes gens connaissaient bien leurs manières, après leur petite incursion sur leur territoire en cinquième année.
- J'espère ne jamais en rencontrer un, commenta Lily alors que le garde-chasse s'arrêtait pour manger un gâteau.
- Je ne te le souhaite pas ! s'exclama Hagrid en poussant la théière vers elle pour qu'elle se resserve.
- Oh je suis sûre que si personne ne me jette dans leurs pattes ça n'arrivera pas.
James cacha son sourire dans sa tasse. C'était loin d'être ce qu'il avait prévu mais il s'amusait bien.
- Est-ce qu'il y a des Botrucs dans cette forêt, Hagrid ?
- Bien sûr, j'arrive parfois à en apercevoir mais ils sont terriblement timides.
- Ce n'est pas toi qui a essayé de limer les ongles d'un Botruc en troisième année, Potter ? interrogea nonchalamment Lily sans le regarder.
- Si si, c'était bien moi, répondit-il en fixant des yeux rieurs sur elle par-dessus sa tasse de thé, surpris mais ravi qu'elle lui parle.
- Et il ne t'a pas attaqué ? s'étonna Hagrid.
- Oh si.
James posa sa tasse et releva la manche de son pull pour leur montrer une longue éraflure blanchâtre qui courait le long de son avant-bras.
- Il n'y est pas allé de main morte, commenta le garde-chasse. En même temps, il ne faut pas s'en prendre à de telles créatures.
- James n'a jamais eu beaucoup de jugeote.
Lily rougit en se rendant compte qu'elle l'avait appelé par son prénom et se cacha de nouveau dans son thé.
- Ce n'est pas moi qui ais oublié de mettre mes cache-oreilles en rempotant des bébé mandragores.
- Figure-toi qu'un abruti faisait semblant de me lancer des pots dessus. Forcément, j'ai été un peu perturbée.
- J'ai fait ça moi ?
Lily hocha la tête avec un petit sourire sarcastique et Hagrid partit dans une tirade sur ces horribles mandragores. D'après lui, cela rendait les licornes à moitié folles.
- Vous avez déjà vu des licornes ? interrogea la jeune fille, admirative.
- Je t'emmènerai au printemps si tu veux, promit-il. Il y aura peut-être des petits.
- Malheureusement je crains qu'on aie autre chose à faire à ce moment-là de l'année.
- Evans, tu peux bien te détendre de temps en temps, intervint James.
- Je ne t'ai pas déjà prouvé que je pouvais faire autre chose que travailler ?
Il lui concéda cela d'un sourire et, à son grand étonnement, Lily le lui rendit.
- Ah et tant que je vous ai tous les deux avec moi ! s'exclama Hagrid. J'espère que vous ne comptez plus jamais remettre les pieds dans le lac parce que le calamar est dans un état terrible.
- Lily aussi était dans un état terrible, protesta James, ce qui fit rire la jeune fille.
- Mais je doute que quelqu'un apporte des brioches au calamar géant.
- S'il était plus sympathique, je le ferai peut-être.
Lily leva sa tasse dans sa direction comme si elle portait un toast avant de répondre :
- Merci, je suis très flattée de t'être plus agréable que le calamar géant.
- Les calamars n'aiment pas les brioches, fit remarquer Hagrid en frottant distraitement les oreilles de Crocdur.
Chapitre quatorze
- Attends-moi !
- Depuis quand tu préfères profiter de ma compagnie, Lily ? T'as peur du noir ?
- Très drôle, commenta la jeune fille en hâtant le pas pour arriver à la hauteur de James après avoir refait ses lacets.
- Tu n'as pas répondu à ma question, sourit James alors qu'ils se dépêchaient de rentrer au château pour être à l'heure au dîner.
- Je n'ai pas peur du noir mais la proximité de la Forêt Interdite quand il fait nuit n'est pas ce que je préfère. Je me demande bien pourquoi.
- Je t'y emmènerai de nouveau, un jour. Et sans te laisser toute seule. Tu verras que c'est chouette.
- Mais bien sûr, répondit-elle en levant les yeux au ciel. Je n'approcherai plus jamais d'un endroit avec des bêtes dangereuses si tu es dans les parages. Entre le loup-garou et le calamar géant, j'en ai déjà assez vu à cause de toi.
- Tu peux me remercier, ta vie serait terriblement terne et dépourvue d'expériences personnelles si je n'étais pas là.
- Non, elle serait calme, tranquille et très agréable.
- Mais beaucoup moins drôle.
- Je m'amuse très bien moi-même Potter, merci.
- Quel narcissisme Evans, je n'en reviens pas, s'exclama-t-il d'un ton faussement outré.
- Dit celui qui a l'égo le plus important de la terre.
- Je t'ai déjà dit que c'était Sirius !
Lily s'arrêta devant la porte d'entrée avec un petit sourire.
- Désolée, mais je ne suis pas convaincue. Veux-tu être un parfait gentleman et ouvrir cette porte s'il-te-plaît ?
James obtempéra et s'inclina même pour laisser passer Lily.
- Tu vois, je suis si peu égocentrique que je te cède le passage.
- C'est de la politesse, James, lança Lily par-dessus son épaule alors qu'elle se dirigeait vers la Grande Salle.
Il la rattrapa et ils entrèrent dans la pièce en se chamaillant. Lily scruta la table de Gryffondor, mais ses amies n'étaient pas là. Pas plus que ceux de James. Il n'y avait d'ailleurs plus grand monde car ils étaient arrivés un peu tard.
- Evans, tu vas être obligée de supporter ma compagnie.
- J'imagine que ce serait ridicule de manger seule avec toi à deux mètres ?
- Surtout que comme je suis un gros lourd, je m'installerai juste en face de toi et je te parlerai jusqu'à ce que tu me répondes, répondit-il avec un grand sourire.
Elle lui donna un petit coup de coude mais elle ne put s'empêcher de rire.
Ils s'installèrent et James commença à se servir copieusement de tout sous l'oeil médusé de Lily.
- Tu manges toujours autant ?
- Si tu étais capitaine de l'équipe de Quidditch, tu aurais aussi faim que moi, assura-t-il en plantant sa fourchette dans une pomme de terre.
- Pourquoi ? Tu te fais martyriser ?
James se lança dans une imitation de l'équipe et Lily finit pliée en deux de rire, le nez dans son assiette.
Un troisième année les interrompit en demandant le plat de viande. Les deux jeunes gens tendirent la main au même moment et leurs doigts se touchèrent. Lily s'empressa de rétracter son bras, tout rire envolé, alors que James donnait le plat au garçon. Puis il reporta son attention sur la jeune fille, qui chipotait avec sa nourriture.
- Tu sais, lança-t-il, j'étais bien décidé à ne pas te reparler tant que tu ne t'étais pas excusée.
Elle releva la tête, surprise.
- Excusée pour quoi ?
- Je n'ai pas trop apprécié d'être un bouffon de service.
Un petit sourire étira les lèvres de Lily et elle mit une pomme de terre dans son assiette.
- Tiens, en guise de calumet de la paix.
- En guise de quoi ?
- C'est une coutume de … Oh, laisse tomber, c'est pas grave.
Elle hésita puis reprit :
- Pourquoi est-ce que tu as changé d'avis ?
Il haussa les épaules en s'attaquant à la pomme de terre donnée par Lily – il était ravi de ce rab', puisqu'il n'y avait plus de patates dans les plats et qu'il avait toujours faim.
- Il faut croire que je ne peux pas m'empêcher de te parler.
Lily entreprit à ce moment-là de s'étouffer avec sa gorgée d'eau.
- Ca va ? s'inquiéta-t-il, prêt à abandonner sa patate pour éventuellement la sauver.
- Oui, bredouilla-t-elle en tentant de reprendre son souffle, cramoisie. Tu... tu disais ?
- Bah, je me marre bien avec toi quand tu es d'humeur. Et en plus, c'est toi qui a engagé la conversation, alors je pouvais bien te répondre.
- Hmm, donc tu as quelques notions de politesse finalement ?
- Il faut croire, sourit-il.
- Potter, tous les mythes à ton propos s'effondrent les uns après les autres, c'est terrible, soupira Lily sur un ton dramatique.
- Quels mythes ? rit-il.
- D'abord, le fait que tu sois un crétin fini doublé d'un abruti salement égoïste.
- Aïe. C'est vraiment ce que tu as pensé de moi toutes ces années ?
- Fais gaffe à toi, je le pense peut-être toujours. J'attends juste le moment où ça va enfin ressortir.
- T'es pas cool, Evans, j'ai déjà admis que tu ne faisais pas que travailler ! J'ai le droit à une concession ?
Elle fit mine de réfléchir et répondit enfin :
- C'est déjà une concession de te parler, alors tiens-toi à ça pour le moment. Ensuite, tu n'es pas un abruti qui ne pense qu'à montrer sa capacité à attraper une stupide balle à un tas de filles tout aussi stupides, puisque tu sais faire des choses plus intéressantes comme danser.
- C'est marrant parce que pour la plupart des gens c'est plus intéressant de pouvoir jouer au Quidditch que de savoir danser.
- Mais je ne suis pas la plupart des gens, rétorqua Lily en agitant sa fourchette dans sa direction.
- J'ai cru remarquer, rit James avant d'attraper une part de tarte aux pommes.
- Ah oui ? Et en quoi je diffère des autres, selon toi ?
James reposa à contre-cœur sa cuillère et fouilla un instant la salle du regard. Enfin il poussa un cri de triomphe et désigna un point derrière Lily. Elle se retourna et il commença :
- Tu vois la brune là-bas, qui vient de lever les yeux comme si elle ne nous regardait pas ? Bah c'est en ça que tu es différente des autres. La plupart des filles me raconteraient sans doute plein d'absurdités en me complimentant et en essayant d'être drôles. Toi, tu me chambres et tu me fais vraiment rire.
- Je suis très flattée, Potter, ricana-t-elle, de ne pas compter parmi tes stupides groupies.
- Eh, tu ne te rends pas compte, ça change agréablement pour moi.
- Par contre tu viens encore de tout rapporter à toi.
Il ouvrit la bouche pour répondre mais ne trouva aucun argument. Il était coincé.
- Admettons. Mais ça arrive à tout le monde, non ?
- Admettons aussi.
- Et alors, est-ce qu'il y a d'autres mythes à mon propos ? reprit James avant d'attaquer enfin son dessert.
Lily attrapa une clémentine dans le panier à fruits et commença à la faire rouler sur la table en réfléchissant.
- Pas un mythe qui s'écroule, mais plutôt quelque chose que j'ai découvert à ton propos.
- Qui est ?
- James, on ne parle pas la bouche pleine, sermonna-t-elle avant d'arrêter la course de son fruit juste avant qu'il ne tombe au sol.
Elle posa ses yeux verts sur le jeune homme et répondit :
- Tu es gentil.
James ne put s'empêcher de rire et elle fronça le nez.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Est-ce que tu rapportes vraiment toujours tout à la gentillesse ?
Elle se concentra sur l'épluchage de sa clémentine, gênée, et James s'en voulut de s'être moqué d'elle.
- C'est important la gentillesse, non ? marmonna-t-elle.
James abandonna tout à fait son dessert pour poser ses bras sur la table et se pencher vers Lily, tout à fait sérieux cette fois-ci.
- Comment est-ce que tu fais pour croire à la gentillesse alors qu'on est en pleine guerre civile ?
Elle le regarda de nouveau et sourcilla, ne s'attendant pas à le trouver si proche.
- C'est plus que la gentillesse, c'est la bonté. Et justement, c'est ça qui fait la différence entre eux et nous, non ?
- Et je suis bon, moi ?
- Il faut croire que oui. Tu l'as sans doute toujours été, sauf que la gentillesse n'était pas vraiment là.
- Quelle différence tu fais entre la gentillesse et la bonté ?
Lily lui tendit un quartier de clémentine avant de répondre.
- Eh bien, quand tu es venu me chercher dans la Forêt, c'était une preuve de ta bonté, puisque tu aurais aussi bien pu me laisser mourir là. Mais ce n'est pas pour ça que tu étais gentil avec moi le reste du temps. Maintenant, tu es gentil.
- T'as vraiment un rapport aux gens compliqués, Evans, sourit-il.
Elle eut un petit rire et avala un morceau de fruit.
- Non, tu es juste un personnage très compliqué alors j'essaie de te … théoriser.
- Charmant. J'ai toujours rêvé d'être un …
- LILY !
Les deux jeunes gens sursautèrent et Lily s'écarta aussitôt alors que Jenny et Margaret déboulaient vers eux.
- On a cru que tu étais tombée dans le lac ! s'écria Jenny en la secouant dans tous les sens.
- Tu as assez mangé ? s'inquiéta Margaret.
- Mais qu'est-ce que tu fais avec Potter ?
- Et où tu étais ?
- Eh, les gars, peut-être que si arrêtiez de parler je pourrais vous répondre, proposa Lily en riant.
Aussitôt tout le monde se tut et écouta Lily raconter le programme de sa soirée alors que James cachait son rire dans son verre. Lorsqu'il releva la tête, deux paires d'yeux le fixaient comme si une corne de ronflak cornu venait de lui pousser au milieu du front. Il choisit aussitôt la position de repli et s'extirpa de sa chaise, non sans avoir avalé en vitesse sa dernière bouchée de tarte aux pommes.
- Bonne soirée les filles ! Ne martyrisez pas trop Lily.
Et il se carapata sans demander son reste. Les amies folles de Lily étaient vraiment les personnes les plus terrifiantes qu'il ait jamais rencontré.
***
Lily regarda James s'éloigner, songeuse. Puis, coupant Jenny sans aucun remord, elle sauta sur ses pieds et lui courut après.
- James !
Il se retourna, le pied posé sur la première marche de l'escalier.
- Tu les fuis déjà ? rit-il alors qu'elle s'approchait.
- Non, je...
Elle s'arrêta, rougit, hésita, et dit enfin :
- Je suis désolée de m'être énervée et de … enfin... tu es loin d'être le bouffon de service.
- Eh ben, si je pensais un jour t'entendre t'excuser, s'exclama-t-il, ravi.
- Je te le devais bien.
Elle sourit puis amorça un pas en arrière.
- Bonne soirée alors.
Lily s'empressa de rejoindre ses amies, qui recommencèrent à lui poser plein de questions et elles montèrent dans leur salle commune. Là se trouvait Val qui dessinait, imperturbable. Jenny lui arracha son papier des mains et poussa un cri horrifié, ameutant ainsi les deux autres filles.
- Mais qu'est-ce que c'est que cette horreur, Val ?
- Un Bandimon. Est-ce que je peux l'avoir, s'il-te-plaît ?
- Mais on nous a jamais demandé de faire ça, pourquoi tu t'imposes cette torture ?
- Ce n'est pas pour Poudlard, répondit-elle distraitement en essayant toujours d'atteindre son dessin. Jenny !
Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle s'aperçut des mâchoires décrochées de ses trois amies. Elle rougit légèrement, ce qui lui arrivait peu, et cessa de se battre pour son bien.
- J'envoie ma candidature pour entre dans une école de zoomagicologie l'année prochaine.
Les trois filles poussèrent aussitôt un soupir soulagé, mais elle ajouta :
- En Australie.
- Quoi ?!
Toutes les têtes se tournèrent vers elles mais aucune ne s'en souciait. Elles posaient toutes des questions en même temps et Val était incapable de répondre. Elle finit par élever la voix encore plus fort qu'elles et cette fois, absolument tout le monde se mit à écouter leur conversation.
- Il y a un centre d'étude des Pitiponks dans cette école, et il y a plein de créatures en Australie, beaucoup plus qu'en Grande-Bretagne. Alors s'ils veulent de moi, je pars.
Un silence de mort accueilli cette déclaration, mais les conversations reprirent vite autour des quatre filles.
Jenny, terrassée, se laissa tomber sur un fauteuil après en avoir viré un deuxième année indigné.
- Tu quittes l'Angleterre ?
- Il semblerait, dit doucement Val, son regard passant sur ses trois amies.
Lily s'assit sur l'accoudoir de Jenny, plus perturbée par cette nouvelle qu'elle ne l'aurait imaginé. Elle s'était peu penchée sur la fin de ses études à Poudlard jusque là mais le fait que Val puisse partir la rendait bien trop présente.
- Quand est-ce que tu auras ta réponse ? interrogea Margaret, sans doute la plus raisonnable des trois.
- Après les vacances de Noël.
- Notre petit lutin va nous quitter ! se lamenta Jenny en attrapant la tête de Val pour la décoiffer.
- Eh !
Elle se mit à rire mais très vite elle se calma.
- Je n'ai pas encore de réponse, vous savez. Peut-être que je n'irai pas.
- Mais tu veux partir ? reprit Margaret.
Val hocha simplement la tête. Jenny lui tendit son dessin avec l'air d'un enfant à qui on arrache son jouet préféré. Seulement Lily savait que ce n'était pas la perte du dessin qui l'attristait.
La jeune fille glissa son bras autour des épaules de Jenny, toute sa bonne humeur envolée. Mais elle n'avait pas pensé que Jenny allait avoir besoin d'un moyen pour chasser son chagrin. Or, ce que Jenny préférait, c'était les ragots.
Elle se tourna brusquement vers Lily, la faisant presque tomber du fauteuil, et s'exclama :
- Lily ! Tu t'es réconciliée avec Potter ?
Lily tourna aussitôt au cramoisie car elle était certaine que toute la salle avait entendue et que des rumeurs allaient se mettre à circuler.
- La ferme Jenny, marmonna-t-elle.
- Oh allez, tu sais que tu peux tout me dire !
- Pas au milieu de la salle commune, non.
Il y eut quelques rires, qui s'éteignirent bien vite sous l'oeil assassin de la préfète en chef. Heureusement que James n'était pas là.
- Tu étais avec Potter ? interrogea Val d'un ton intéressé.
- Non.
- Menteuse !
- Jenny, la ferme !
Quelqu'un éclata de rire et Lily croisa le regard de Sirius. Près de lui, Remus était plongé dans un livre et essayait de cacher son fou-rire. Quant à Peter, il semblait perdu. Sirius se leva alors et monta dans les dortoirs. Lily gémit intérieurement, persuadée qu'il allait chercher James pour tout lui raconter.
- James ?
Le jeune homme se retourna, la carte du maraudeur à la main. Sirius se dirigea vers lui en se retenant de rire. Il entreprit de lui raconter la scène qui venait d'avoir lieu et James éclata de rire.
- Je leur avais dit de ne pas trop la martyriser ! Jenny peut vraiment être un monstre quand elle veut.
Sirius, qui venait seulement de remarquer que son ami portait toujours sa cape de voyage et tenait la carte, fronça les sourcils.
- Tu sors encore ?
- Ouais, j'ai pas pu faire ce que je voulais suite à ma petite rencontre avec le chien de Hagrid.
Son interlocuteur eut un petit sourire.
- Je suis sûr que c'était le meilleur thé de ta vie.
- Précisément, rit James en lui donnant une tape sur l'épaule. Espérons qu'il y en aura d'autres.
- Tu m'as l'air bien parti.
- Avec Lily il vaut mieux ne jurer de rien.
- C'est sûr. Enfin tu t'en sors toujours mieux que moi.
James adressa un regard compatissant à son meilleur ami, qui se laissa tomber sur son lit.
- Tu as pu la revoir ?
- Je lui ai dit bonjour l'autre fois et j'ai eu droit à un vague sourire.
- Si tu veux mon avis c'est déjà une amélioration.
- Mais je ne comprends pas pourquoi elle refuse de me parler !
- T'es sans doute trop stupide.
Sirius tenta de lui jeter un sort mais James l'évita en riant et se rua hors de la chambre. Il traversa la salle commune avec sa cape sur le dos et espéra qu'on expliquerait la présence de sa cape fourrée par le fait qu'il faisait terriblement humide dans les couloirs du château. Une fois hors de la salle commune, il mit sa cape d'invisibilité et parvint à sortir dans la nuit glacée sans faire de mauvaises rencontres.
Cette fois-ci, il passa loin de la cabane de Hagrid et pénétra dans la Forêt Interdite. Il ne put s'empêcher de frissonner et eut un petit rire en songeant à ce qu'il avait dit à Lily. S'il l'emmenait, il était hors de question qu'elle remarque que l'endroit l'affectait toujours, malgré ces six années à y gambader.
Il ôta sa cape d'invisibilité et la fourra dans sa poche avant de relever son col. Il faisait encore plus froid dans la forêt. Peut-être auraient-ils de la neige pour décembre, finalement.
Il s'avança sous les arbres, faisant craquer les feuilles mortes sous ses pas, guettant le moindre mouvement. Il se répétait l'énigme mais n'y trouvait rien qui lui indique comment trouver la « créature dangereuse » qui y était mentionnée. Il ne lui restait plus qu'à déambuler en attendant qu'elle le trouve, si possible sans se perdre. Mais il détestait cela. Il détestait ne pas être maître de la situation. C'était comme sa relation avec Lily, finalement. Elle le menait par le bout du nez, et il ne pouvait rien contre cela.
Il se surprit à sourire et se fustigea intérieurement. Ce n'était pas le moment de penser à elle. I fallait qu'il se concentre et...
- Oups.
Il cligna plusieurs fois de yeux, louchant sur la pointe de flèche qui était presque posée contre son nez et leva les mains instinctivement. Par tous les mages de l'histoire, il n'avait rien vu venir. Furieux contre lui-même mais déjà shooté à l'adrénaline, il posa son regard sur la personne qui se trouvait à l'autre bout de la flèche. Ou plutôt la créature. Son cerveau se remit en marche, après s'être arrêté suite à la surprise, et il comprit aussitôt à qui il avait affaire. L'énigme disait vrai : « créature qui déteste tout ». Voilà qui convenait bien aux centaures.
- Tu es déjà venu en ces lieux, jeune sorcier.
- Je crois bien. Dites, vous ne voulez pas enlever votre cure-dent de là, parce que...
Il s'interrompit brusquement lorsqu'il sentit la pointe se presser contre sa gorge. Le souffle coupé, il n'osait même plus respirer. Il pressait sa baguette entre ses doigts, prêt à se défendre si on essayait vraiment de le tuer. Mais la flèche s'écarta et il faillit tomber par terre lorsque la tension qui l'habitait se relâcha.
- On ne manque pas de respect à un centaure, humain.
- Un ? Je croyais que vous étiez toujours en troupeau ?
- Est-ce que tu parles toujours autant ?
Interloqué, James ne sut que répondre. Depuis quand les centaures posaient des questions pareilles ?
- Euh... peut-être bien. On m'a dit de me rendre dans la Forêt Interdite avant décembre et que je rencontrerai quelqu'un. Alors me voilà.
Il leva sa baguette, agacé de ne rien voir, et le visage du centaure apparut dans la lueur verdâtre qui s'échappait de la fine tige de bois. Il était blond et avait de yeux bleu nuit plutôt perçants. Comme ses flèches. Ses longs cheveux étaient retenus par une bande de cuir qui lui enserrait la tête. Au bord de cet accessoire, James apercevait le bout d'une cicatrice qui semblait ensuite se perdre dans les cheveux de la créature.
Le centaure ne remarqua même pas qu'il le détaillait, trop occuper à fouiller dans son carquois. Il finit par en sortir une flèche autour de laquelle était entourée un morceau de papier froissé. Il le détacha et le tendit à James. Puis, sans un mot, il partit au galop.
James s'en rendit à peine compte, trop occupé à lire son papier : « Tour nord, sous-sols, cuisine, dalle 5 sud-est, métamorphose, bocal 6 serre 2, siège directeur ».Les indication sans queue ni tête continuaient de la sorte sur plusieurs lignes. Il y en avait dix-huit en tout et à la fin était écrit « durant janvier ». James fronça les sourcils, ayant complètement oublié qu'il se trouvait au milieu de la Forêt Interdite. Mais un sifflement déchira l'air et il laissa échapper un glapissement lorsqu'une flèche fit éclater l'écorce d'un arbre à quelques millimètre de sa tête. Sans demander son reste, il reprit la direction du château.
