Salut Tout le monde !

Me revoilà déjà avec un nouveau chapitre, et un bien long en plus, qui l'eut cru ?

Ce sont peut-être les cageots de pastèques et de M&M's que m'a envoyés Marine sous l'effet de la colère qui m'ont motivée à aller plus vite -)

Vous aurez compris que j'adore susciter chez vous toutes sortes de réaction, hi hi !

Guest : merci pour ta review, une première il me semble, mais pas la dernière, j'espère !

Flopy69 :Oui, oui, je t'ai entendue me traiter de tous les noms ^-^ La torture prend fin plus vite que prévu, juste pour que tu me pardonnes. Je t'embrasse très fort !

Laau : tiendras-tu trois chapitres avant de me lire ? J'espère que non! J'essaye de ne pas trop faire de cliffanger mais c'est plus fort que moi… Bisous !

Alex16 : bienvenue à la petite princesse, alors !

Vous êtes toutes formidables !

Allez zou, je vous ai assez fait souffrir, on se retrouve en bas.

Biz

Lily

Disclaimer: les personnages appartiennent à Stephenie Meyer


Chapitre 20 – How you remind me (of what I really am)

Pov Edward

La panique se répandit en moi comme si le sang circulait à nouveau dans mes veines.

Partageant ma frayeur subite, Emmett me lâcha avant même que j'ai eu besoin de me débattre, me laissant me ruer vers l'avant, vers la victime désignée de ma fureur. Aro.

Je n'avais pas fait deux pas que Félix me percutait avec la violence d'une locomotive lancée à pleine vitesse, m'arrachant un grondement de rage féroce. Je me débattis de toutes mes forces, le repoussant violemment dans un bruit de tonnerre mais il revint à la charge.

Je ne le laisserais pas se mettre entre moi et Bella ! Personne ne le ferait !

Alors je me jetai sur lui le premier avec un rugissement animal. Cette fois, cependant, il fut vite mis hors de mon chemin par mon frère. Et je vis du coin de l'œil Emmett et Jasper maintenir le garde au sol pendant que je me précipitais à nouveau vers mon but.

Tout se passait au ralentit, et l'horreur et la peur se déversait en moi au même rythme : celui, de plus en plus faible, du cœur de Bella qui ne rouvrait pas les yeux. Pourquoi n'ouvrait- elle pas les yeux ?!

Il la drainait de son sang ! Il lui faisait du mal !

Comment avais-je pu permettre ça ?

Il allait me le payer !

Il ne me restait que quelques pas à franchir pour lui arracher sa proie mais il suffit d'une fraction de seconde pour que mon but change, car, lentement, il la relâcha et je vis avec un frisson d'horreur Bella glisser au sol, comme si toute vie l'avait quittée.

Je parvins à elle juste à temps pour empêcher sa tête de heurter le marbre dur et froid, ses cheveux épars se répandant autour d'elle.

Elle ne pesait rien.

Elle respirait à peine et n'avait pas la force d'ouvrir les yeux.

Sa gorge était atrocement mutilée. Une plaie large et sanguinolente souillait la peau de son épaule.

Je n'arrivai plus à respirer. Mon corps entier fut secoué de tremblements incontrôlés. Ma vue se teinta de rouge. Mais pas sous l'effet de la soif, sous l'effet de la rage. On avait touché ma compagne, on avait blessé la seule femme que j'ai aimée et que j'aimerais jamais.

A genou près d'elle, sa tête reposant toujours dans ma main crispée, mon regard remonta lentement le long du corps d'Aro Volturi qui me surplombait complètement, immobile, les yeux fermés. Et un grondement sourd, annonciateur de l'attaque, monta de ma poitrine.

Pourtant je ne me jetai pas sur lui car une douleur atroce me vrilla les tempes soudainement. On enserrait ma tête dans un étau et la souffrance se répandit comme une trainée de poudre dans tout mon corps, m'arrachant un hurlement.

J'étais écartelé, ne sentant plus la chaleur de Bella contre moi, à peine conscient des mouvements précipités autour de moi tandis qu'Alice venait redresser mes épaules pour ne pas que je m'écroule.

« Arrêtez ! » hurla-t-elle contre mon oreille.

« Jane ! » cria la voix de Carlisle comme si elle traversait des milliers de kilomètres pour percer la brume de souffrance dans ma tête.

Un rire démoniaque lui répondit et la douleur s'intensifia encore, me faisant me recroqueviller comme un insecte pour tenter de la contenir, en vain.

« Aro ! Fais la cesser immédiatement ! » s'écria mon père.

Une éternité s'écoula encore avant que la peine ne diminue, atrocement lentement, me permettant de reprendre conscience de mon environnement.

Aro, toujours debout, me toisait d'un regard assassin, la bouche tordue de colère. Et Jane, cette horrible sorcière, se tenait à ses côtés, le sourire aux lèvres.

J'avais souvent entendu parler de son pouvoir, mais l'expérimenter était une chose bien différente. Cette fille avait dû être un véritable monstre de son vivant déjà pour avoir développé une telle aptitude.

Derrière moi, Emmett et Jasper maitrisaient toujours Félix qui ne faisait plus un geste pour se défendre, conscient qu'il ne remporterait pas la partie contre ces deux-là. A mes côtés, Alice me soutenait toujours alors que Carlisle posa une main sur mon épaule pour s'assurer que j'allais bien.

Pourtant, je n'avais d'yeux que pour Bella, au sol devant moi, qui semblait lutter pour essayer d'ouvrir les yeux.

« Edward… »

Mon nom sortit comme une plainte de ses lèvres sèches.

Mon dieu, qu'avais-je fait ?

Je me redressai, la saisissant d'une main dans son dos et de l'autre sous ses jambes, pour l'éloigner au plus vite de son bourreau qui nous regardait toujours avec le même air furieux sur le visage.

Elle semblait si froide et si légère dans mes bras ! Seuls me rassurait les battements de son cœur qui reprenaient petit à petit leur rythme normal à mes oreilles et contre mon torse. Mais elle semblait si faible…

« Tu as été trop loin, Aro… » commença mon père.

« Je ne l'entends pas ! » coupa brutalement le seigneur de Volterra.

Carlisle fit un pas en arrière, surpris autant par le ton employé que par la découverte que nous venions tous de faire : Aro avait bu le sang de Bella mais n'avais pas entendu ses pensées lorsqu'il la touchait.

« Pourquoi, ne l'entends-je pas? » gronda Aro, semblant au maximum de sa colère.

Carlisle repris face à lui une position droite et intraitable pour lui répondre.

« Comment le saurais-je ? Elle t'a laissée boire son sang et tu as outrepassé tes droits en la faisant souffrir de la sorte. »

Même moi j'entendais la colère contenue dans sa voix.

« Ton fils a outrepassé ses droits en se jetant sur moi. » contra méchamment Aro.

Carlisle fit un pas en avant, nullement impressionné. A cet instant, je fus particulièrement fier de faire partie de son clan car tout dans sa posture montrait qu'il ne se laisserait jamais impressionner par les manigances d'Aro Volturi.

« Edward t'a démontré sa loyauté en te laissant prendre cette liberté sur sa compagne. Sa colère était plus que légitime. Les règles sont claires : nul vampire n'a le droit de s'en prendre à la compagne d'un autre sans risquer de justes vengeances.

- Je connais mes propres lois. » gronda Aro.

« Alors nul plus que toi n'est en devoir de ne pas les enfreindre ! » claqua Carlisle. « Tu n'as pas entendu les pensées de Bella ? Ceci n'est plus notre problème. Tu sais ce qu'Edward a lu en elle et qu'aucun de nous ne pouvait prévoir que son esprit te resterait fermé. Sa soumission même est la preuve ultime que Bella ne t'a pas menti. Laisse-la partir maintenant. »

Aro retroussa les lèvres de colère mais cacha cette expression en passant un doigt sur ses lèvres, comme s'il réfléchissait.

Contre moi, Bella s'agita doucement. Sa main enserra fortement ma chemise sur ma poitrine, déclenchant des picotements sur ma peau et, quand je baissai les yeux sur elle, je les plongeai dans son regard fiévreux et apeuré. Sa respiration s'accéléra à mesure qu'elle semblait reprendre conscience de ce qu'elle venait de vivre et elle se mit à trembler.

« Edward… » gémit-elle tout contre moi d'une toute petite voix plaintive qui raviva ma rage.

Elle était terrorisée.

Mais, plutôt que de reporter ma fureur contre le responsable de cette catastrophe, je préférai raffermir ma prise sur elle en embrassant ses cheveux pour l'apaiser. Elle en valait la peine. Tellement plus la peine.

Aro reporta son regard sur nous deux et je ravalai un grondement d'avertissement. Me sentant me raidir, Bella tourna la tête sur le côté et se mit à trembler de plus belle quand ses yeux se posèrent sur lui.

Je le haïs de toute mon âme de déclencher cette réaction en elle. Plus jamais, aussi longtemps que durerait ma vie, je ne laisserais ce monstre me dicter quoi que ce soit. Plus jamais je ne franchirais les murs de sa forteresse de cauchemar.

J'allais partir en emmenant Bella avec moi et jamais il n'aurait ce qu'il avait si ardemment désiré : moi et mon don de télépathie. Qu'il aille au diable ! Je ne lui laisserais plus jamais l'occasion d'exercer son pouvoir sur moi et les miens.

Il fit un pas vers nous et je reculai.

Il sourit.

« Paix, Edward. » minauda-t-il, ayant remis son masque de parfait gentleman.

Mes mâchoires restèrent scellées. Tout ce qui aurait pu en sortir n'aurait été que des injures de toute façon… alors autant se taire.

Il approcha encore et Bella se rapprocha encore plus de moi, serrant ma chemise dans son poing crispé.

Je déposai un nouveau baiser dans ses cheveux.

« Je vous prie tous deux d'excuser mon… emportement. » commença Aro d'une voix doucereuse.

Derrière lui, Jane s'esclaffa, nullement dupe des bonnes manières de son maitre, comme nous tous.

Quant à moi, je restai toujours muet.

Aro inspira profondément, se délectant de l'odeur du sang qui emplissait l'air.

« Il faut avouer que tu es délicieuse ma chère Isabella. »

Je ne pus retenir un grondement et les yeux d'Aro pétillèrent de malice.

« Mais Carlisle a raison. Je ne peux plus mettre en doute la sincérité de tes propos… même si je n'ai pas entendu tes pensées. »

Ses yeux se plissèrent en me sondant consciencieusement. Il se demandait ce qui faisait la spécificité de notre lien, ce qui me permettait à moi, et à moi seul, de lire en elle quand je buvais son sang. Je me posais moi aussi cette question évidemment, quelque part, mais la réponse pouvait attendre que j'ai mis Bella en sécurité.

« Je vous souhaite d'être heureux ensemble. » dit-il en s'inclinant, déclenchant de nouveau tremblements dans le corps de ma belle. « Vous formerez assurément un couple remarquable. »

Bella se raidit contre moi.

« Je n'ai que faire de votre bénédiction. » murmura-t-elle et je ne pus retenir un sourire.

Même terrorisée, elle ne se départissait pas de son caractère impossible. Que j'aimais ça !

Aro rit.

« J'espère que le temps te donnera un jour l'occasion de me pardonner, très chère Isabella. » répondit-il, le sourire aux lèvres. « Car je ne doute pas que tu feras un vampire… exceptionnel.

- L'éternité ne changera jamais rien au fait que vous êtes un monstre.» cracha-t-elle.

Cette fois, je resserrai mon étreinte sur elle et Carlisle s'approcha de nous. Nous craignions tous deux qu'elle ne soit allée trop loin cette fois, même s'il nous serait facile d'excuser son comportement étant donné ce qu'elle venait de subir.

Pourtant, Aro, même s'il cessa de sourire amicalement, laissa planer sur son visage un sourire en coin plein de malice tout en s'approchant encore un peu plus, déclenchant une nouvelle crise de tremblement chez ma compagne.

« Peut-être as-tu raison, ma chère… Mais tu apprendras bien vite quel monstre tu as en toi également. Et personne, ni le plus parfait inconnu, ni ceux que tu auras aimé le plus durant ta vie humaine, n'en sera plus jamais réellement à l'abri. »

Il fit enfin un pas en arrière, nous coupant de son aura dérangeante. Puis, se tournant vers Carlisle et ma famille :

« Je lui accorde ma grâce. Emmenez cette humaine avec vous. Qu'elle fasse ses adieux à sa vie humaine comme bon lui semblera avant de nous rejoindre dans les ténèbres. Elle est sous votre responsabilité dorénavant. »

Il fallut ces mots enfin prononcés pour que je sente nettement la tension quitter un peu ma famille.

Carlisle s'inclina en un salut respectueux que je fus incapable de reproduire.

« Nous serons partis à l'aube. » dit-il en amorçant un mouvement de recul vers la sortie que nous suivîmes tous, trop pressés de quitter cet endroit, mais Aro nous stoppa dans notre rapide retraite.

« Il reste pourtant un point à débattre avant votre départ. »

Un courant glacé se déversa en moi. Qu'allait-il manigancer encore ?

Tout avait été si facile pendant les dernières minutes. J'avais vraiment espéré qu'il nous laisse partir sans un dernier rebondissement. Et je n'étais visiblement pas le seul.

Nous nous retournâmes donc tous, Bella toujours dans mes bras, pour retrouver ce sourire méprisable sur ses lèvres.

« Je n'oublie pas, mon cher Carlisle, qu'un de tes fils est responsable de cette débâcle… »

Alice se posta immédiatement devant Jasper. Si quelqu'un cherchait à s'en prendre à lui, je ne doutais pas un instant qu'elle ne le laisserait pas faire sans se battre, pourtant ce n'était pas ce qu'Aro avait en tête et il leva les deux mains en signe d'apaisement.

« Tu as déjà accordé ton pardon à Jasper en l'accueillant ici. » plaida Carlisle.

« Je sais. Et je n'ai qu'une parole. Une sanction doit pourtant être prise… »

Jasper s'avança alors en silence, contournant Alice qui voulut le retenir mais en fut empêchée par un geste de Carlisle. Jasper était un ancien militaire, fier et courageux et il n'était pas du genre à se cacher derrière une femme s'il devait entendre son jugement.

Aro sourit encore.

« Voici ma sentence… Je viens de vous accorder une vie. J'en réclame une en échange. »

Un silence assourdissant emplit l'espace, le temps que chacun d'entre nous comprenne son message.

« Alors prenez la mienne. » dit Jasper, calmement.

« Non ! » hurlèrent à l'unisson Alice et Bella.

Ma Belle rua de toutes ses faibles forces dans mes bras mais je la maintins fermement.

« Nt, Nt ! » émit Aro. « Je n'aurais pas le cœur à briser ainsi une famille si unie. Non… Félix, va chercher son humaine. »

Bella écarquilla les yeux.

Jasper et Alice baissèrent la tête, se préparant déjà à l'inévitable.

Il ne fallut que quelques minutes à Félix pour reparaitre, trainant à sa suite la brune Carine, cette humaine que Jasper avait choisie comme favorite à son arrivée ici. Cette humaine qui l'avait tant aidé sans le savoir à brider ses instincts de tueur. Cette humaine qu'Aro nous avait assuré qu'il pourrait transformer à la fin du processus pour ne pas aller trop à l'encontre des principes de Carlisle, à la seule et unique condition que notre famille assure son éducation et gère la phase pénible par laquelle elle passerait en tant que nouveau-né vampire.

Malheureusement, c'était elle ou Bella…

L'une des deux devrait mourir.

Carine était apeurée. Trop de vampires dans cette pièce. Ses pensées étaient confuses même si la présence de Jasper et Alice la rassura un peu à son entrée.

« Entre, ma chère. » l'invita Aro. « Approche. »

Contre mon torse, le cœur de Bella battait à tout rompre, comme si elle savait ce qui se préparait et qu'elle ne pourrait rien faire pour l'empêcher.

La jeune femme avança d'un pas timide, cherchant le regard fuyant de son maitre. Elle étouffa un cri de peur quand la main froide d'Aro s'enroula autour de son bras nu.

« Non… » gémit faiblement Bella contre moi.

Je resserrai mon étreinte mais rien ne calma son souffle qui s'emballa quand Aro s'approcha pour écarter les bras de sa victime, offrant sa gorge et ses poignets en pâture à ses enfants.

Alec se saisit de la main droite, Jane de la gauche alors que le seigneur de Volterra se plaçait derrière l'humaine, humant avidement sa gorge.

Bella se mit à trembler furieusement.

Aro nous adressa un sourire diabolique après s'être léché les lèvres.

« Nous serons bientôt quittes. » dit-il. « Je vous souhaite un bon retour chez vous. »

Je fus à la porte en moins d'une seconde, voulant au plus vite soustraire Bella à ce spectacle abjecte, mais rien n'empêcha le terrible hurlement de Carine de parvenir à ses oreilles quand les trois vampires se jetèrent sur elle. Bella se tendit en cachant son visage contre mon torse puis se relâcha subitement.

Un regard vers elle m'apprit qu'elle venait de perdre conscience.

Elle avait trop perdu de sang, elle était trop faible et elle en avait trop vu. Bien trop pour le supporter.

Je volais littéralement à travers les couloirs jusqu'à ma chambre, suivi de près par ma famille.

Quand la porte se referma sur le dernier d'entre nous et que j'eu posé délicatement Bella sur le lit, je me heurtai au visage ravagé de tristesse de Jasper. Il était celui qui avait payé le prix pour nous tous, pour Bella. Car je savais que, même s'il n'avait jamais nourri de sentiments romantiques envers sa favorite et qu'il n'y avait jamais eu entre eux d'autres rapprochements que ceux nécessaires à ce qu'il boive son sang, il n'était pas sans cœur au point de n'avoir noué aucun lien avec elle. Il aurait été pour elle un bon instructeur, lui dispensant les conseils dont il avait manqué pour que la transition soit facile pour elle.

Cela aurait fait partie de son propre processus de rédemption. Et Aro venait de l'en priver.

Alice le soutenait amoureusement et chacun de nous, la tête basse, tentait à sa façon de surmonter les épreuves de ces dernières heures.

Ce fut Carlisle qui se ressaisit le premier, nous ordonnant de nous dépêcher de faire nos bagages pendant qu'il allait nous réserver des places sur le premier vol qui quitterait l'Italie avant l'aube.

Alice et Jasper, silencieux, quittèrent ma chambre pour regagner la leur et Emmett et moi restâmes seuls avec Bella, toujours inconsciente.

« Je vais aller essayer de lui trouver de quoi se nourrir. » dit-il. « Elle doit reprendre des forces pour le voyage. »

Assis près d'elle sur le lit, je ne pouvais détourner les yeux de sa poitrine qui se soulevait au rythme maintenant calme et tellement apaisant de sa respiration. Elle était tellement pâle…

A cause de moi…

Tout était ma faute.

Rien de tout cela ne serait arrivé si je n'avais pas été capable de lire en elle…

Comment cela était-il seulement possible ?

« Emmett ? »

Mon frère se figea, une main sur la poignée de la porte.

« Trouve-moi Eléazar. » demandai-je, sans détourner mes yeux de Bella.

Si quelqu'un avait les réponses à mes questions, ce serait lui.

Quelques minutes plus tard, Emmett revint avec deux sandwiches et une bouteille d'eau. Eléazar le suivait et s'avança d'un pas prudent dans la chambre.

Je l'invitai à approcher d'un geste puis tournai les yeux vers Emmett, lui faisant comprendre que je souhaitais être seul. Il hocha la tête d'un air entendu et je clignai des yeux pour le remercier. Nous étions coutumiers de ce genre d'échanges muets dans notre famille, signe de notre parfaite entente malgré nos quelques divergences d'opinion.

« Que puis-je pour toi, Edward ? » me demanda mon hôte quand nous fûmes seuls.

Le problème, c'est que je ne savais pas exactement ce qui se passait entre Bella et moi. Comment donc étais-je supposé le décrire à Eléazar pour qu'il saisisse l'ensemble du problème ?

« Il y a… un lien… une connexion entre Bella et moi. Je ne me l'explique pas et j'aimerais que tu m'aides à comprendre. »

Voilà.

Très clair.

Bravo Edward !

Eléazar plissa les yeux.

« L'amour et le désir physique sont des sentiments puissants. » dit-il calmement. « Puissants mais pas inhabituels, surtout chez ceux de notre espèce. »

Je levai les yeux au ciel.

« Je sais ce qu'est l'amour. Crois-moi. Même si je ne l'avais pas expérimenté personnellement avant, j'ai suffisamment souvent subit ses assauts chez les autres pour être très familier avec ce sentiment. »

Eléazar sourit amicalement. Comme tout le monde, il était parfaitement au fait de mon aptitude particulière, mais, plus que tout autre, il savait exactement les implications qu'elle avait sur ma vie et les désagréments que j'avais vécu par le passé. C'était son propre pouvoir : reconnaitre et comprendre les dons de chacun.

« Mais il y a tellement plus avec Bella… Et ce n'est pas que sexuel. » continuai-je, cherchant mes mots. « Je l'aime. C'est certain. Mais, bien avant que je ne reconnaisse ce sentiment, il y a eu entre nous cette… attirance insurmontable.

- On m'a dit que tu ne pouvais pas lire en elle. » me coupa Eléazar.

« C'est exact. »

Il porta son regard sur Bella qui reprenait doucement des couleurs et la scruta attentivement.

« Il est possible que ce bouclier mental soit une expression de son don… » pensa-t-il à haute voix.

Son don ?

« Tu penses qu'elle possède elle aussi un don ? Qu'en sera-t-il alors quand elle sera transformée ? » demandai-je, empressé.

« Nos aptitudes ne sont que l'expression exacerbée de ce que nous étions déjà de notre vivant, Edward. Donc, oui, je pense que, une fois vampire, cette faculté sera démultipliée. Je ne peux pourtant pas te dire sous quelle forme cela se manifestera. Seul l'avenir nous le dira.

- Mais comment expliquer le fait que je puisse lire en elle quand j'ai bu son sang ? »

Il se retourna vers moi, visiblement surpris.

« Que dis-tu ? » demanda-t-il.

« Son sang m'ouvre la porte de ses pensées. Mais ce n'est que temporaire. Quelques heures, tout au plus. Je pense que l'effet ne dure que le temps que mon corps assimile son sang. Mais c'est là. »

Eléazar plissa les yeux avec un air concentré.

« Cela pourrait signifier que son don n'est pas si puissant et faiblit quand elle est fragilisée…

- Non. Cela ne marche qu'avec moi.

- Je ne comprends pas.

- Aro a bu son sang tout à l'heure mais il n'a pas pu lire en elle. »

Les yeux d'Eléazar s'écarquillèrent de surprise puis naviguèrent jusqu'au cou de Bella, avisant la blessure profonde que j'avais nettoyée et pansée pendant que je l'attendais.

« Il n'a pas lu en elle ? » répéta-t-il.

« Non. Je te laisse imaginer dans quel état ça l'a mis. »

Eléazar esquissa un sourire triste.

« Je suis désolé qu'elle ait dû en passer par là. » dit-il.

« Pourquoi suis-je le seul à pouvoir l'entendre ? » insistai-je doucement, reconnaissant envers sa sollicitude mais pressé d'avoir les réponses que j'attendais. « Et pourquoi suis-je le seul à être tellement attiré par son sang ? »

Il me scruta à nouveau attentivement.

« Comment ça « attiré » ? » me questionna-t-il.

Je me rappelai la première fois que j'avais croisé le chemin de Bella et l'effet qu'avait eu son odeur sur moi.

« J'aurais pu la tuer devant la clientèle complète et pleinement consciente d'un night-club tant son odeur m'était enivrante. » répondis-je.

« Tu veux dire que son sang… ne parle qu'à toi. » dit-il, semblant légèrement ahuri.

Je hochai la tête pour confirmer, ne sachant pas quels autres mots mettre sur cet étrange phénomène.

Eléazar regarda à nouveau ma belle endormie.

« Impossible… » murmura-t-il.

« Quoi ? » m'inquiétai-je.

Il garda le silence un moment, venant s'asseoir sur le bord opposé du lit, les yeux perdus dans le vide.

« Les textes anciens parlent de « la tua cantante », littéralement « ta chanteuse » en italien… » commença-t-il, affichant sur son visage un air d'incrédulité totale. « C'est un phénomène rare mais qui arrive. Pour faire simple, un humain va avoir une odeur tellement attirante pour un vampire que celui-ci ne pourra pas lui résister. »

Je m'assis de l'autre côté du lit.

« C'est exactement ça ! » m'enthousiasmai-je.

« A l'exception que, justement, le vampire n'est pas sensé y résister. » contra Eléazar en me vrillant d'un regard étonné. « Jamais, depuis le début de mon existence, je n'ai entendu une de ces histoires qui ait bien finit. Etre affligé de cette… spécificité, implique toujours obligatoirement la mort pour l'humain. Si bien que jamais personne n'a été en mesure d'étudier suffisamment longtemps le phénomène pour le comprendre. Bella aurait dû mourir… de ta main.

- Je suis plus fort que ça !» m'offusquai-je.

« Il n'est nullement question de force ou de volonté ici, Edward. C'est ainsi que les choses se passent. Et tu as bu son sang ? Comment as-tu pu résister et ne pas la vider complètement ? »

Honteux, je repensai à toutes ces fois où j'avais imaginé la drainer entièrement pour ne perdre aucune goutte de son nectar et combien j'avais dû lutter au départ. Efforts qui me paraissaient bien dérisoires maintenant tant mes sentiments pour elle avaient pris le pas sur ma soif primaire.

« C'est ce qui se serait passé si je n'avais pas été fasciné par le fait de pouvoir entendre ses pensées. » avouai-je.

Eléazar semblait complètement émerveillé. Quant à moi, j'étais sonné.

« Elle est la tua cantante, Edward. Il n'y a aucun doute là-dessus. Mais il n'est expliqué nulle part ce que ça implique.

- Mais tu as bien une théorie ? » demandai-je, plein d'espoir.

Il me regarda en pinçant les lèvres.

« Je pense… que chacun peut trouver sur cette Terre un partenaire qui sera bien pour lui. Je pense qu'un amour sincère, puissant et éternel peut naitre entre deux personnes qui apprennent à se connaitre. Mais je pense aussi que, parfois, le destin prend de bien étranges chemins pour unir deux êtres qui… doivent être unis. Je pense… »

Il s'arrêta, plongé dans une profonde réflexion.

Il commençait à me gonfler avec ses suspenses !

Je voulais savoir !

« Dis-moi ! » suppliai-je.

Il tourna alors vers moi un regard sérieux.

« Je crois en la destinée, Edward. Je pense que, parfois, deux âmes doivent se trouver. »

Je me reculai en soupirant. C'était tout ce qu'il avait trouvé ? Des conneries romantiques sur le destin et toutes ces bêtises. Alice aurait probablement adhéré à cette théorie à l'eau de rose mais pas moi.

Franchement !

« Tu ne me crois pas. » affirma Elézar.

« Non. » répondis-je simplement, déçu qu'il n'ait pas de théorie plus sérieuse à me proposer.

« Alors explique-moi cette attirance, Edward ?

- Si je l'expliquais, je ne t'aurais pas posé la question ! » m'énervai-je.

« Je pense qu'elle n'avait pour but que de te conduire vers elle. » contra-t-il.

« Aro m'a conduit vers elle. Et, tu l'as dit toi-même, si elle est ma chanteuse, j'aurais-du la tuer. Donc toute ta théorie ne tient pas.

- Pourtant tu ne l'as pas tuée. Comment expliques-tu cette résistance hors norme ? Excuse-moi, mais tu n'es pas particulièrement réputé pour ta retenue. »

J'encaissai la critique. Il n'avait pas tort.

Avant Bella, jamais je ne m'étais obligé à brider mes instincts à ce point…

« Je ne sais pas. » répondis-je. « Je ne voulais pas m'attirer d'ennuis. Aro voulait des informations sur elle.

- Ne me dit pas que tu n'as pas imaginé une seule fois la prendre et la tuer sans te préoccuper d'Aro. »

Encore un point pour lui : l'idée m'avait effectivement traversé l'esprit… un bon millier de fois.

« Et pourtant tu ne l'as pas fait. Tu as résisté, Edward. Tu as bu son sang et son sang t'a ouvert son esprit, te permettant de pénétrer en elle plus que n'importe qui pourrait le faire. Toi. Pas un autre télépathe. Pas Aro. Toi. »

Il me troublait.

Je contractai les mâchoires pour ne pas répondre et il profita de mon silence pour continuer.

« Avais-tu laissé une femme entrer ainsi dans ta vie, que ce soit de ton vivant ou depuis que tu es vampire ? Non. Il est de notoriété publique qu'Edward Cullen est un solitaire. C'est ta malédiction. Le prix que tu payes pour ta faculté exceptionnelle, ce don qui t'a préservé de toute relation sérieuse depuis presque un siècle, jusqu'à l'arrivée de cette fille. T'a-t-elle changé ? Es-tu différent depuis qu'elle est entrée dans ta vie ? »

Je ne répondis toujours pas. Il prit donc, à raison, mon silence pour un oui.

« Cent ans vous séparent, Edward… Il t'a fallu devenir immortel pour la trouver. Elle. »

La voix d'Eléazar n'était plus qu'un bourdonnement sourd à mes oreilles. Mes yeux étaient rivés sur Bella, mon cœur criant à mon esprit d'enfin voir l'évidence.

Elle était mon miracle.

Elle était celle que j'avais attendue toute ma vie sans le savoir.

Je détaillai son doux visage, ses lèvres carmines que je brulais continuellement d'embrasser, sa peau parfaite qui appelait tant mes caresses et ses cheveux dans lesquels j'avais en permanence envie d'enfouir les doigts. Cette pulsion qui me poussait vers elle avait été présente dès le premier instant, la première seconde. Irrationnelle. Mais présente.

Etait-ce possible ?

Alice l'avait dit avec ses mots à elle il y avait plusieurs jours déjà…

Eléazar s'était levé et se dirigeait vers la sortie.

« Qu'est-ce que ça signifie? » murmurai-je.

Il s'arrêta devant la porte.

« Cela signifie qu'aucun de vous deux ne peux être complet sans l'autre. Tu n'es enfin devenu celui que tu étais destiné à être que depuis que tu l'as trouvée. Tu l'as concédé toi-même, elle t'a changé. Tu dois avoir eu le même effet sur elle… J'aurais vraiment aimé entendre sa version… Mais tous les signes sont là, Edward. Certains liens sont faits pour être éternels. »

Il sortit sur ces derniers mots.

Eternels…

C'est ce que deviendrait notre lien quand Bella serait transformée.

Et je réalisai maintenant à quel point mon existence avait été vaine jusque-là. A quel point j'avais été vide, incapable de m'attacher réellement ni de m'impliquer dans quoi que ce soit. Je voulais être tellement meilleur pour elle. Je serai meilleur… pour elle.

J'avais toujours considéré ma présence sur cette Terre comme une aberration. Ma solitude était donc légitime.

Nulle échappatoire à mon purgatoire.

Nulle consolation dans ma damnation éternelle.

Et puis elle avait fait son apparition. Comme si tout cela avait finalement un but…

Il m'avait fallu devenir immortel pour la trouver, vivre presque cent années pour parvenir jusqu'à elle. Toute cette folie avait donc un sens.

Bella.

Bella et moi.

J'eus vaguement conscience que mes pensées étaient dignes d'une vraie midinette, mais je m'en foutais tant cela me paraissait subitement évident.

Je revins m'asseoir près d'elle, sa respiration s'accéléra perceptiblement.

Je me penchais vers elle et elle bougea dans sa torpeur.

Je l'embrassai fugacement sur la joue et elle gémit faiblement.

Elle sentait ma présence.

Elle revenait à elle.

Enfin.

« Edward… »

Tout mon corps frissonna au son de sa voix. C'était incroyable.

« Je suis là, ma belle. » répondis-je d'une voix douce en m'approchant autant que possible sans faire peser le poids de mon corps sur le sien.

Elle avait toujours les yeux fermés mais elle esquissa un faible sourire en m'entendant et me sentant si près.

« Ouvre les yeux, mon amour. » murmurai-je. « Tu dois manger. Tu dois reprendre des forces. »

Mes doigts erraient sur sa joue et suivirent la ligne d'une de ses paupières lorsque celle-ci se souleva, me révélant son regard sous lequel je me sentis renaitre.

J'haletai sous la puissance de la sensation.

Les yeux brillants, elle remonta ses propres mains le long de mes bras, puis sur mes épaules et sur ma nuque, attirant mon visage vers le sien, me quémandant un baiser que je fus bien trop content de lui céder.

Mes lèvres effleurèrent à peine les siennes que le feu se répandit dans tout mon corps. Et quand sa langue toucha la mienne, la boule de lave en fusion pris définitivement place dans mes reins, attisant ma soif de son corps depuis de trop longues heures inassouvie.

Bientôt.

Bientôt elle serait tout à moi. Loin d'ici.

Bientôt elle n'aurait plus besoin de se reposer ni de reprendre des forces. Bientôt plus rien ne pourrait la blesser, pas même moi. Et nos nuits et nos jours ne pourraient être entièrement dédiés qu'à la tâche délicieuse d'étancher cette soif.

A cette pensée, je ne retins pas un vrai rugissement.

Pourtant, cette expression de mon animalité n'eut pas cette fois sur elle le même effet que les fois précédentes.

Elle se raidit brusquement et, se mettant assise, recula précipitamment jusqu'à ce que son dos heurte le bois du lit contre le mur.

Les yeux exorbités et le souffle rapide, elle porta une main à sa gorge, jusque sur le pansement de fortune dont j'avais couvert la plaie qu'Aro lui avait infligée. Son regard se perdit dans le vide et, même si je n'avais plus depuis un long moment déjà accès à ses pensées, je pus littéralement revoir défiler devant ses yeux le film de cette entrevue atroce.

Elle se mit à trembler et je me sentis tellement impuissant. Je tentai un geste vers elle mais elle sursauta et chercha à reculer encore plus.

« Bella… » plaidai-je.

« Où est la fille ? » haleta-t-elle.

« Quelle fille ? » demandai-je, priant pour qu'elle ait oublié les dernières minutes de notre présence dans le sanctuaire et qu'elle me parle de n'importe quelle autre fille que la favorite de Jasper.

« Carine ! » hurla-t-elle, au bord de la crise de nerfs. « Où est-elle ? »

Merde…

Je baissai les yeux, sentant toujours sur moi son regard horrifié.

Je lui avais promis de ne plus jamais lui mentir.

« Elle est morte. » murmurai-je.

J'avais encore l'odeur de tout ce sang qui me collait littéralement à la peau. Son agonie avait été longue et atroce. Je suppliai tous les dieux de la création que Bella ne me demande pas comment elle était morte.

« Pourquoi… » gémit-elle.

Elle pleurait et les sanglots étouffaient sa voix. Je ne pus donc pas résister plus longtemps à la prendre dans mes bras. Elle me repoussa d'abord mais ne lutta pas longtemps, se laissant finalement aller contre mon torse.

« Ce n'est pas ta faute. » dis-je, le nez plongé dans ses cheveux. « Blâme Aro. Blâme Jasper ou blâme moi, si tu veux. Mais je te jure que ce n'est pas ta faute. »

Ses sanglots cessèrent brusquement et elle releva la tête vers moi, me dévisageant avec un regard tellement douloureux et tellement plein de questions. Je n'aimais pas ce regard. Elle semblait tellement loin de moi à cet instant.

Que se passait-il exactement ?

Elle était choquée. Elle était faible. Mais il se passait autre chose…

Je caressai doucement sa tempe.

« Dis-moi à quoi tu penses… » suppliai-je. « Je ne supporte pas de te voir dans cet état, Bella. »

Elle ne répondit pas tout de suite, de nouvelles larmes embuant son regard. Ses lèvres tremblèrent un instant et l'angoisse se déversa dans tout mon corps.

« Je pense que… »

Elle se mordit la lèvre pour qu'elle cesse de trembler et chercha son souffle, ses yeux perdus dans les miens.

« Je pense que je ne devrais pas… »

Une de ses mains monta vers mon visage, caressant ma joue et je fermai les yeux sous la puissance du choc. Cette caresse n'était pas juste tendre, il y avait trop de souffrance derrière. Quelque chose n'allait pas.

« Je pense que je ne devrais pas t'aimer. » lâcha-t-elle dans un sanglot. « Mais que je ne peux pas m'en empêcher. »

Avant que j'aie eu le temps de répondre, elle fondit sur mes lèvres, moulant sa bouche à la mienne avec un désespoir qui me remua les tripes. Puisant dans les tréfonds de son être une force qui devait lui couter étant donné son état de faiblesse, elle se hissa sur mes genoux, collant son corps contre le mien aussi près que possible.

Cette étreinte n'était pas juste l'expression de nos sentiments l'un pour l'autre, elle était le reflet d'un besoin primaire et fondamental. Mes mains réclamaient sa peau, mon corps entier revendiquait le sien et mon âme ne demandait qu'à fusionner avec la sienne. Enfin unies. Enfin complètes.

Je comprenais maintenant pleinement ce qu'Eléazar avait tenté de m'expliquer tout à l'heure.

Il fallait que je lui explique. Il fallait que je dise tout ça à Bella, pour apaiser ses angoisses, lui faire comprendre pourquoi elle avait jeté aux orties tout ce en quoi elle croyait.

C'était juste. C'était beau et magnifique, même si des horreurs sans nom avaient été commises, rien ni personne n'aurait pu éviter que nous nous trouvions.

Je lui dirais.

Plus tard.

Car là, je la renversai en arrière sur le matelas, dévorant sa bouche avec autant d'ardeur qu'elle de désespoir, laissant mes doigts glacés se réchauffer sur la douce chaleur de sa poitrine, sentant mon sang bouillir quand elle lâcha un gémissement sourd en ressentant contre son centre la tension dans mon bassin.

J'avais tellement besoin d'elle. Et elle avait tout autant besoin de moi. Je pouvais lui donner cet assouvissement, l'absolution qu'elle cherchait. Laissez-moi juste deux minutes pour ça.

« Hum Humm ! »

Le monde bascula en une fraction de seconde et je me jetai littéralement à la gorge de celui qui avait osé pénétrer dans ma bulle de félicité pour la faire éclater. Mais, quand mes yeux rencontrèrent le regard rieur d'Emmett, je me relevai brusquement.

« Désolé de vous déranger, les tourtereaux. » rit-il en se relevant d'un bond. « Mais c'est l'heure du grand départ. Carlisle m'envoie vous chercher. »

Je me plaçai sciemment entre son regard curieux et ma Bella, toujours allongée sur le lit, un bras cachant ses yeux.

« On arrive. » grognai-je en lui désignant la porte d'un geste vif de la tête.

« Ne trainez pas. » insista-t-il, soudain plus sérieux. « Mettons vite autant de distance possible entre cet endroit et nous. »

J'acquiesçai gravement et, gêné, remis rapidement de l'ordre dans ma tenue et ma coiffure avant de me tourner vers Bella pour l'aider à se relever. Elle se laissa faire sans un mot, aussi molle qu'une poupée de chiffon.

Avant que nous ne quittions la chambre, j'insistai tout de même pour qu'elle mange un peu et elle ne se fit pas prier pour avaler les deux sandwiches apportés par Emmett qu'elle dévora en quelques minutes à peine. Puis, la tenant fermement contre moi, je l'entrainai à travers les couloirs vers le garage.

Nous y retrouvâmes ma famille, entourant ma voiture et celle que Carlisle et Emmett avait louée à l'aéroport.

« Je nous ai eu des places sur un vol de Florence à Chicago qui part avant l'aube. » nous informa mon père. « Avec le décalage horaire, nous arriverons aux Etats-Unis alors qu'il fera toujours nuit. De là, nous prendrons un autre vol pour rejoindre notre propriété en Alaska. Je ne pense pas que Seattle soit le bon endroit où être dans les prochains mois. Esmée et Rosalie nous rejoindront là-bas dès demain. »

Il faisait allusion à la transition de Bella qui ne se ferait pas sans heurts. Il vaudrait effectivement mieux à ce moment-là que nous soyons très loin de tous ceux qui avaient compté pour elle.

Aucun de nous ne contesta ce projet. Carlisle était notre chef et nous étions encore trop tendus pour émettre la moindre objection. Il nous donnait un plan à suivre et cela valait toujours mieux que de s'enfuir au hasard.

Le voyage vers Florence fut rapide mais le temps me sembla interminable tant le silence était pesant dans la voiture.

Sur le siège à côté de moi, Bella regardait la nuit froide dehors, le front appuyé contre la vitre. A l'arrière, Jasper et Alice n'étaient pas plus loquaces. Chacun d'entre nous avait été affecté à sa façon par les évènements de la nuit mais celle qui me préoccupait le plus était Bella.

Elle semblait tellement ailleurs… Pas une seule fois elle n'avait croisé mon regard depuis notre étreinte dans la chambre et, coupé encore une fois de ses pensées, je me sentais démuni et inconfortablement mis à l'écart. J'aurais aimé pouvoir demander à Jasper de sonder ses émotions mais il semblait suffisamment mal lui-même pour que je me retienne de le mettre à contribution.

Je devais laisser du temps à Bella. La laisser se remettre. La laisser réaliser qu'elle était libre.

Tout serait plus facile après ça.

A notre grand soulagement, il n'y eu aucun problème à l'aéroport. Personne ne fut envoyé de Volterra pour nous mettre des bâtons dans les roues et, à mesure que l'avion traçait notre chemin de retour au-dessus de l'océan Atlantique, chaque membre de ma famille se laissa aller petit à petit au soulagement. Nous nous en étions sortis. Nous rentrions à la maison, tous, ensemble.

Pourtant, la tension ne me quittait pas. Car Bella ne refaisait pas surface, s'étant enfermée dans un silence triste et oppressant.

Plusieurs fois, Carlisle me demanda silencieusement de la comprendre. Elle était humaine et avait vécu depuis des semaines des choses qui étaient difficilement acceptables.

Je pouvais comprendre ça… Mais je sentais que ce n'était pas tout.

L'aéroport de Chicago était bondé malgré l'heure nocturne quand nous y atterrîmes. Des centaines d'humains se pressaient dans les grands halls dallés de noir et de blanc, courant pour attraper une correspondance, errant à la recherche de leur terminal, sondant la foule pour retrouver un proche. J'aimais me fondre dans cette nasse. A cette heure de la nuit et dans cette ambiance, les humains ne faisaient pas attention à nous et la foule nous conférait l'anonymat dont nous avions besoin.

Nous attendions dans un salon de première classe que Carlisle reviennent avec les billets pour notre prochain vol quand Bella se leva brusquement.

« Tu as besoin de quelque chose ? » m'empressai-je de lui demander.

Ses yeux restaient rivés au sol et ses poings étaient serrés avec tant de force que ses jointures en étaient blanches. Emmitouflée dans ma veste dont elle avait bien plus besoin que moi tant la température était différente entre ici et l'Italie, elle semblait encore plus petite et fragile.

« J'ai… J'ai besoin d'aller aux toilettes. » bredouilla-t-elle.

Je me levai immédiatement pour l'accompagner. Il était vrai que j'avais un peu trop tendance à négliger ses besoins d'humaine.

« Non ! » s'écria-t-elle en daignant enfin lever les yeux vers moi. « Je peux me débrouiller toute seule… s'il te plait. »

Suspicieux, je me rassis lentement dans mon fauteuil. Je pouvais comprendre qu'elle ne souhaite pas que je l'accompagne dans cet endroit. Cela ne me déchirait pas moins littéralement de la laisser s'éloigner de moi.

« Fais vite alors. » la suppliai-je en lui souriant tendrement.

Son cœur battit un peu plus vite et elle m'adressa un sourire triste avant me tourner le dos et de s'éloigner rapidement. J'entendis longtemps le cliquetis de ses talons avant qu'il ne soit couvert par le bruit ambiant.

Je me sentis instantanément déchiré, ainsi coupé d'elle, de son odeur, de sa présence. Mais je devais aussi lui laisser de l'espace.

Des secondes passèrent, puis des minutes, pendant lesquelles je m'obligeai à ne pas me ruer vers les toilettes des dames dans le hall pour m'assurer que tout allait bien quand, soudain, Alice sursauta sur son siège. Simultanément, un flash me traversa le cerveau, Bella courait, bousculant sur son passage des passants excédés qui la regardaient avec dédain. Elle était essoufflée et un maelstrom de sentiments se confondait dans sa tête. Mais, plus que tout, ce qui me fit surgir hors du salon privé comme si j'avais le diable au trousses était l'expression de son visage. Elle semblait tellement triste, apeurée et angoissée !

Elle fuyait quelque chose !

Il ne me fallut qu'une seconde pour retrouver son odeur, une de plus pour en suivre la trace. J'aurais été capable de la pister n'importe où et de la retrouver rien qu'en cherchant le rythme si familier de son cœur, mais, dans cette cohue, son odeur inimitable était ma meilleure alliée. Courant comme un dératé, maudissant ses humains de m'obliger à garder une allure presque normale, il me fallut un temps qui me sembla infini pour la retrouver.

Je l'aperçus au détour d'un escalator alors qu'elle s'apprêtait à y monter. Elle n'était plus qu'à une dizaine de mètres alors je l'appelai pour qu'elle sache que j'étais là, qu'elle ne devait plus avoir peur.

« Bella ! »

Elle se retourna pour me lancer un regard horrifié puis, foulant mon cœur du pied, elle reprit sa course de plus belle.

Elle fuyait bien quelque chose.

Moi.

Tout l'air quitta mes poumons à ce constat.

Pourquoi me fuyait-elle ?

« Bella ! » hurlai-je à nouveau mais sans plus de succès.

Elle courait à perdre haleine maintenant dans le hall immense, cherchant à mettre entre nous le plus de distance possible. Mais, quand elle fut brusquement stoppée par un chariot à bagages, je la rattrapai finalement.

Je n'étais que quelques pas derrière elle. Elle savait que j'étais là. Pourtant, les épaules basses, elle ne se retourna pas.

« Bella. » appelai-je, plus doucement, complètement perdu.

Elle émit un léger sanglot.

« Qu'est-ce que tu es en train de faire ? » demandai-je en m'approchant.

« Je rentre chez moi. » gémit-elle.

Chez elle ? Comment ça chez elle ?

Sa place était près de moi !

En deux pas, je fus face à elle, la tenant par les épaules pour la forcer à me regarder dans les yeux, me foutant royalement des regards inquiets des gens autour de nous.

« Je ne peux pas… » murmura-t-elle, fuyant mon regard.

« Tu ne peux pas quoi ? » grondai-je, incapable de réfréner ma colère.

Elle ne pouvait pas me faire ça ! Elle ne pouvait pas juste fuir après tout ce que nous avions vécu pour en arriver là !

« Je ne peux pas venir avec toi, Edward. » réussit-elle enfin à dire.

Je reculai d'un pas, comme si elle m'avait frappé, comme si le sol venait de s'effondrer sous mes pieds.

« Pourquoi ? » m'exclamai-je.

« Parce que ce n'est pas moi ! » s'écria-t-elle.

Des curieux commençaient à s'arrêter pour observer la scène.

« Je ne veux pas devenir comme toi Edward… » murmura-t-elle, des sanglot dans la voix.

Je ne pus m'empêcher de serrer la mâchoire et de tordre mes lèvres en une moue de dégout. M'avait-elle menti tout ce temps ?

Elle était la première, bon sang ! La première à qui j'avais offert l'éternité ! La première que j'avais laissé entrer en moi à ce point ! Et elle m'avait menti tout ce temps ?

« Tu m'as dit oui. » grondai-je.

Elle frissonna.

« Je sais… Et je n'ai jamais voulu quelqu'un autant que je te veux toi… J'étais prête à mourir...»

Conneries !

« Mais je ne peux pas devenir…ça. Je ne veux pas que ma vie soit dominée par… »

Par le sang. Elle ne voulait pas que sa vie soit dominée par la soif de sang. Pas besoin de lire dans ses pensées pour lire entre les lignes. Elle ne pouvait pas dire tout haut ce qu'elle pensait devant tous ces gens, mais il était clair que ce qu'elle ne voulait pas devenir, c'était ce qu'elle pensait que j'étais : un monstre.

Tous mes muscles étaient tendus d'une colère difficilement contrôlable.

« J'ai des amis, un père, une mère, une famille qui m'aiment et qui comptent sur moi, qui m'attendent.» continua-t-elle. « Je ne peux pas les abandonner comme ça. Ce n'est pas moi.

- Je t'offrais une nouvelle famille. » parvins-je à siffler à travers mes dents serrées.

Elle leva les yeux au ciel comme si elle cherchait du courage.

« Je sais… Je sais que ton clan est différent mais, ce qu'Aro a dit… ce qui se passera obligatoirement si je te suis… Il m'a rappelé qui je suis… Je t'aime tellement mais je ne peux pas… »

Sa voix se cassa sur ce dernier mot. Elle semblait lutter contre quelque chose.

Je la saisis à nouveau brusquement pour qu'elle me regarde. Je n'en pouvais plus qu'elle me cache ainsi ses yeux. Mais, quand je plongeais dedans, ce que j'y vis me fit immédiatement lâcher prise car je sus que je ne la ferais pas changer d'avis.

Mes mains étaient froides, mon corps était glacé, mes jambes semblaient s'être muées en plomb. Et Bella reculait, encouragée par mon immobilité, les larmes striant ses joues quand elle détourna le regard définitivement pour se remettre à courir. Me laissant là, statue de marbre au milieu de ces gens qui se délectaient de la rupture épique à laquelle ils venaient d'assister et qui rendait leur pauvre vie insignifiante moins minable.

Je restai là ce qui me sembla des heures et, quand Alice se jeta sur moi, affolée, l'odeur de Bella avait complètement disparu.

« Qu'est-ce que tu as fait ? » s'écria-t-elle en me bousculant violemment.

Ma gorge était sèche et ma voix me sembla étrangère quand je répondis.

« Je l'ai laissée partir. »

Nouvelle ruade de ma sœur.

« Mais tu es malade ! Cours-lui après ! »

Bien au contraire, quand je retrouvai l'usage de mes pieds, ce fut pour faire un pas dans la direction opposée. Mais Alice me stoppa immédiatement.

« Il n'en est pas question, Edward Cullen ! » hurla-t-elle. « Tu ne nous as pas fait traverser les neuf cercles de l'enfer pour abandonner ici ! »

Je la toisai d'un regard vide.

« Elle ne veut pas de ce que j'ai à lui offrir, Alice. Je ne la forcerais pas.

- Tu dois lui parler de ce que t'a dit Eléazar. Elle changera d'avis ! »

Comment savait-elle ça ?

Merde… En fait je n'en avais rien à foutre…

« C'est hors de question que je lui raconte ces conneries, Alice.

- Ce ne sont pas des conneries ! » s'énerva-t-elle, réellement en colère. « On ne joue pas avec le destin, Edward.

- J'emmerde le destin ! » hurlai-je, croisant dans mon agacement le regard d'une grande blonde qui observait la scène depuis le début avec un regard gourmand.

J'accrochai immédiatement et froidement ce regard pendant qu'Alice continuait à marteler ma poitrine.

« Tu ne peux pas dire ça ! Va la chercher ! Cours-lui après, bon sang !

- Je ne cours après personne. » contrai-je sans lâcher la blonde des yeux alors qu'elle me souriait sensuellement.

« Après Bella, si ! » s'offusqua ma sœur. « Elle est celle qui est faite pour toi !

- Tout cela n'était pas réel, Alice. Elle veut retrouver sa vie, qu'elle y aille. C'est tout ce dont j'avais besoin.

- Et de quoi avais-tu besoin, je te prie ? » demanda-t-elle, complètement scandalisée.

« J'avais besoin de me rappeler que nous ne changeons pas. J'avais besoin de me rappeler pourquoi je suis ici, quelle est ma place et le prix que je dois payer. Bella vient simplement de me rappeler qui je suis vraiment. »

Et, en reprenant les mêmes mots que Bella quelques instant plus tôt, je me dirigeai nonchalamment vers la blonde qui me regarda approcher en entortillant une mèche de ses cheveux peroxydés autour de son index, vaguement conscient du hoquet de ma sœur dans mon dos quand une nouvelle vision la frappa : la blonde, dans mes bras, mes crocs profondément ancrés dans sa gorge.

Voilà qui j'étais.

Edward Cullen.

Un vampire.

Froid.

Vide.

Rien.


Aïe aïe aïe !

Encore, me direz-vous ?

Mais je vous avais prévenu que la fin de cette fic ne serait pas facile. Et encore, j'aurais pu être vraiment sadique et m'arrêter définitivement là : chacun chez soi, bonsoir madame…

Mais non !

Au menu des prochains chapitres : lente descente aux enfers… Pas facile à écrire.

Je ne posterai pas la semaine prochaine : mon petit loulou fête ses 2 ans et je vais lui préparer une fête monumentale !

Mais je pense fort à vous et, attends vos review avec impatience car, figurez-vous qu'on devrait dépasser les 400 ! J'ai même fait un petit calcul rapide : si chacune d'entre vous qui m'a mise en favoris me laissait un petit mot, on dépasserait allègrement les 1000 avant la fin. Mais, bon, je dis ça, je dis rien -)

Vos réactions, quelles qu'elles soient, sont ma plus belle récompense dans cette aventure.

Je vous embrasse fort

Lily