- Concentre-toi Elyuin !

Pour la énième fois, je me pris un coup en pleine poitrine sans que je puisse réagir. Le choc m'expédia à terre et j'y resta quelques secondes grimaçant, avant de saisir la main que Marco tendait vers moi. Je balaya la poussière de mon jean en me relevant :

- Tu retiens vraiment tes coups là ?

Mon second fronça les sourcils :

- C'est toi qui m'as demandé de t'entrainer, si tu ne fais pas plus d'efforts que ça, Barbe Noire te tuera en deux secondes !

Je ne répondis pas et me remis en garde, face à Marco qui leva les poings. D'un signe de tête, il m'encouragea à attaquer la première. Je m'exécuta, sans aucune motivation, je fonça vers lui, mes deux dagues en mains. Mes armes finirent malheureusement leur course dans le vide : mon adversaire avait aisément esquivé mon attaque.

Je tenta une deuxième attaque, cette fois-ci avec mon fruit : je fis apparaître des dizaines de petits poignards aqueux et les envoya vers Marco, qui les fit s'évaporer avec ses flammes sans aucun mal.

Je fixa d'un air dépité les flaques d'eau qui trempaient le sol à mes pieds :

- Qu'est-ce-qu'il t'arrive depuis ce matin ? Dit Marco. Tu es complètement ailleurs !

Je ne répondis pas, et pris une pause. J'attrapa une bouteille d'eau que j'avais laissé la et partie m'asseoir sur le pont tandis que Marco soupirait, murmurant entre ses dents "mais qu'est ce qu'elle a bon sang ?"

Je m'aspergea le visage d'eau pour me rafraichir les idées, mais rien ne changea : toutes mes pensées semblaient plongées dans un brouillard dense et impénétrable. J'étais incapable de me concentrer sur quoi que ce soit depuis que j'étais sortie du rêve du maire. C'était exaspérant, j'étais pourtant bien consciente que je n'avais pas le temps de me poser de questions, et que je devais plutôt me focaliser sur mon entrainement.

Après ce temps mort, je partis rejoindre mon second qui m'attendait toujours en salle d'entrainement, même si je savais pertinemment que je perdais mon temps tant que je serais dans cet état second. Je repris néanmoins mes dagues en mains, mais le blond secoua la tête :

- Laisse tomber les exercices pratiques, ça ne sert à rien pour l'instant, on va plutôt travailler ta concentration.

J'haussa les sourcils :

- Ma concentration ?

- Ton fruit est très puissant, il demande donc autant d'efforts physiques que mentals pour le maitriser à la perfection.

Il pointa l'avant du Moby Dick du doigt :

- Viens, tu vas t'asseoir à l'avant du bateau et concentre toi sur le mouvement des vagues en dessous de toi.

Je m'assis donc en tailleur et ferma les yeux : j'avais vaguement conscience d'une masse d'eau importante qui m'entourait, mais c'était tout. J'essaya d'oublier tout ce qui m'entourait, mais ce n'était pas vraiment une réussite. Concentre toi, concentre toi...

Je sentis une main se poser sur mon épaule et je sursauta, ouvrant brusquement les yeux. Je vis Marco qui levait les deux mains, comme pour calmer un animal sauvage, surpris de mon soudain mouvement de recul.

Je déplia les jambes et me releva rapidement avant de déclarer d'un ton agressif :

- Finalement ce n'était pas une bonne idée cet entrainement.

Je partis sans rien dire de plus, plantant Marco, qui ne comprenait pas ce qu'il me prenait à réagir de la sorte. Je rentra dans ma cabine et m'allongea sur mon lit, ne comprenant pas moi même ce qu'il me prenait. Je passa une main dans mes cheveux et les enroula nerveusement autour de mes doigts :

- Réveilles-toi ma vieille, tu fais n'importe quoi depuis ce matin.

Je me remémora les paroles de Marco : "ton fruit demande autant d'effort physique que mental"... ce serait pour cette raison que mes attaques n'ont aucune portée, parce que je suis incapable de me concentrer ?

Je poussa un long soupir : je suis vraiment ridicule, je me laisse toujours déstabiliser pour rien ! C'est toujours la même chose, il suffit qu'on me parle de mon père et de son équipage pour que mes pensées partent en vrille... pourquoi suis-je toujours si préoccupée par l'héritage de mon père ? Je tourna mon regard vers l'horizon : je m'étais toujours dit que je m'en fichais de Barbe Blanche, mais au fond, je voulais savoir.

Je voulais juste savoir pourquoi il ne m'avait jamais reconnu, lui qui adoptait des fils partout sur la mer... pourquoi n'avait-il jamais accepté sa fille biologique ?

- Toc toc, ma chère capitaine est là ?

Je sursauta, brisant par la même occasion le fil de mes pensées et me tourna vers Joz, qui venait d'entrer dans ma chambre.

- Marco m'a dit que tu semblais totalement ailleurs depuis ce matin, je ne m'attendais tout de même pas à ce que tu boudes dans ta chambre, enchaina-t-il, amusé.

Je ne répondis pas, mais Joz ne perdit pas sa bonne humeur, s'asseyant à mes côtés :

- C'est parce que c'est un mauvais prof, c'est ça ? Après tout il n'a aucune patience... Et il peut lui arriver d'être grognon.

Le pirate se mit à rire tout seul :

- Moi si on m'avait demandé de faire de la méditation entouré de vagues, je serais parti aussi !

- ... Ce n'était pas une si mauvaise idée que ça, je suis juste incapable de me concentrer ces derniers temps...

Son sourire grandit encore : il cherchait uniquement à me faire parler. Content d'avoir réussi, il ne s'arrêta cependant pas là et entra dans le vif du sujet :

- Et ce depuis notre petit séjour sur l'île de Barbe Noire n'est-ce-pas ?

Je resta bouche bée, et il s'expliqua :

- Tu sais Elyuin, j'ai aussi été sous l'effet du fruit du rêve du maire, je sais ce que ça fait.

Je laissa planer un petit silence avant de me tourner vers Joz :

- Et toi, qui as-tu vu dans ton rêve ?

- Ma femme.

J'ecarquilla les yeux : Joz a une femme ?!

L'intéressé laissa échapper un rire en voyant mon air de merlant frit :

- Tu ne pensais tout de même pas que j'ai passé toute ma vie comme pirate sur le Moby Dick ?

J'avoua timidement que si. C'est vrai qu'il peut paraître logique qu'il n'ait pas vécu toute sa vie aux côtés de Barbe Blanche, mais j'avais vraiment du mal à l'imaginer avec une femme.

- Et bien sache que j'ai été marié... elle s'appellait Martha. Mais j'ai fais la paix avec mon passé depuis bien longtemps, il faut parfois savoir oublier le passé, sinon comment se tourner vers l'avenir ?

J'abaissa mon regard vers le sol de ma chambre : oublier le passé ?

Je n'avais rien qui me retenait à mon passé, si ce n'est ma mère que je n'avais pas revue depuis que je m'étais enfuie sur la mer, sans lui dire un mot. Et ça, mon rêve me l'avait cruellement remis en mémoire.

Je remarqua qu'il avait parlé au passé mais je n'osa pas lui demander comment elle était morte et me tourna vers lui :

- Pourquoi me racontes-tu tout ça ?

Ce dernier soupira :

- Tu te souviens de la première chose que tu nous a dites quand nous t'avons parlé de ton père lors de notre première rencontre ?

J'haussa un sourcil, incapable de m'en rappeller mais surtout ne comprenant pas où il voulait en venir : d'abord il me parle de mon entraînement avec Marco, puis de sa femme et maintenant de ma rencontre avec l'équipage des Barbe Blanche ?

- Tu nous as dit "Je n'ai rien à voir avec lui" avant de t'énerver et de t'enfermer dans ta cabine.

- Et alors ? Dis je d'un ton plus agressif que nécessaire, sentant l'agacement monter progressivement.

- Tu vois ? Reprit-il. Tu t'énerves tout le temps quand il s'agit de Barbe Blanche et tu te renfermes comme une huître.

Je fronça les sourcils, refusant d'admettre ou même d'imaginer qu'il puisse avoir raison :

- C'est ridicule ! Je me fiche totalement de Barbe Blanche, J'en ai juste marre qu'on me rabâche son nom à longueur de journée !

- Tu sais Elyuin, tu es moins joyeuse depuis ton combat contre le maire, mais le problème ne date pas de là : tu le traîne avec toi depuis ta naissance.

Je ne préféra pas répondre, sachant pertinemment que je risquais de m'énerver et de passer mes nerfs sur Joz. Le pirate remarqua mon énervement et me dévisagea d'un air étrange, comme si le seul fait que je commence à m'énerver prouvait tout ce qu'il venait de dire.

- Tu as peur d'être dans l'ombre de Barbe Blanche, c'est ce qui t'a poussé à prendre la mer : tu voulais être autre chose que la fille d'un empereur. Tu as peur d'accepter ta ressemblance avec ton père car tu ne veux pas être perçue comme étant lui !

Refusant d'entendre un mot de plus sortir de la bouche du pirate, qui visiblement ne comprenait rien, je decida de couper court a cet échange futil. Je deplia donc mes jambes et sauta brusquement hors de mon lit pour sortir de la pièce. Mais Joz m'attrapa le poignet et me retint, sans pour autant me faire mal :

- Tu peux peut-être fuir cette discussion, mais tu ne peux pas fuir ce que tu es.

D'un coup sec, je libèra mon bras de la poigne de Joz avant de quitter la pièce, laissant mon ami derrière moi et gromella avec irritation :

- Comme s'il pouvait savoir mieux que moi ce que je ressentais !

Je m'arrêta cependant au milieu du pont, me rendant compte que je venais d'agir comme une gamine susceptible. Je ne me rappelais même pas pourquoi je m'étais énervée...

Non, en fait je savais pertinemment que je m'étais énervée parce que Joz avait raison sur toute la ligne.

.

Je leva la tête vers l'horizon où une petite île se dessinait sur la mer. L'équipage n'avait pas prévu de s'y arrêter. Tant mieux, j'avais besoin d'être seule pour réfléchir un moment, loin du bateau, et de l'équipage de mon père.

... Et puis cela faisait longtemps que je ne m'étais pas absentée quelques heures sans rien dire à personne.

Je fixa les vagues qui se fracassaient contre la coque du Moby Dick : les possesseurs de fruit du démon sont normalement vulnérables à l'eau, surtout l'eau de mer. Mais j'étais la détentrice du fruit du démon de l'eau, peut-être que la règle était différente pour moi.

Je retira mes chaussures que je laissa sur le pont, et sans attendre, je plongea la tête la première dans la mer, j'ignorais cependant si j'y était vulnérable ou pas... si je meurs ici, je saurais que je le suis.

Je rouvris les yeux sous l'eau : j'étais bel et bien incapable de nager. Mais je n'en avais pas besoin, il suffisait que j'y pense pour que le courant me porte où je voulais, mon corps de logia composé entièrement d'eau, je n'avais même pas besoin de respirer. Le courant me porta jusqu'à la petite île que j'avais aperçu au loin et je m'allongea pour sécher au soleil, bien que j'aurais très bien pû enlever toute cette eau grâce à mon fruit.

Je resta là, à fixer la mouette qui faisait des ronds au dessus de ma tête, à suivre du regard ce papillon qui battait des ailes dans les airs. J'humais le parfum salée de la mer et respirais à pleins poumons : c'était la première fois depuis que j'avais parlé à ma mère en rêve que je me sentais réellement paisible.

Je ferma les yeux, enfoncant mes mains sous le sable qui me servait de matelas, et repensa à tout ce qu'il s'était passé ces derniers mois : l'équipage de son père m'avait retrouvé pour me demander de devenir leur capitaine, ce que j'avais bien sûr instantanément refusée : hors de question de devenir Barbe Blanche junior. Moi qui m'était enfin trouvé un équipage qui me suivait pour ce que j'étais et non pas pour mon nom de famille. Mais ce même nom de famille avait ensuite mit en danger mon équipage, qui avait été capturé par Trevor et j'avais dû passer un marché avec Marco : si il m'aidait à sauver mes amis, je devenais leur capitaine. Mais tout ne s'était pas passé comme prévu et ils avaient tous été capturé par Trevor, ce n'est qu'après avoir vaincue un de ses sbires et mangée le fruit du démon de l'eau, que j'avais pû les libérer. Seulement Trevor était devenu complètement fou, et si Marco ne l'avait pas vaincu, je serais sûrement morte ou encore sa prisonnière à l'heure qu'il est. C'est d'ailleurs suite à ça que ma prime était passée de 205 millions à 300 millions de berrys et que Diana avait rejoint son équipage.

Puis il y avait eu le rassemblement des anciens pirates alliés de Barbe Blanche. Avec un petit rire aux lèvres, je me souvins du stress que j'avais ressenti avant de faire mon petit discours, pour finalement déclarer "la guerre de la vengeance" pour tuer Barbe Noire et venger mon père... Enfin, je faisais surtout ça pour permettre aux Barbe Blanche d'aller de l'avant de de retrouver leur puissance d'antan.

... Et puis alors que je croyais avoir une place au sein des Barbe Blanche, il y avait eu l'épisode sur l'île du maire : un redoutable adversaire avec un fruit du démon vraiment vicieux. Il avait d'abord envoyé Marco dans un semi coma avant d'enlever Joz, et moi-même j'avais subit les effets du fruit du rêve, qui m'avait complètement chamboulée.

Je me releva et attrapa un caillou plat que je lança sur l'eau :

- Yess, trois ricochets !

Je lança ainsi quelques galets qui traînaient sur la plage. Alors que je levais le bras pour lancer une énième pierre, une branche craqua dans mon dos.

Je me retourna si vite que je faillis m'entremêler les pieds, brandissant mes dagues pour faire face à un potentiel danger. Mais je baissa bien vite mes armes quand je constata qu'il ne s'agissait que d'un lapin.

Je ris de mon propre ridicule et m'adressa à l'animal, comme s'il me représentait :

- Joz avait raison : le problème ne vient pas du rêve que j'ai fait, le problème vient de moi, et il me suit depuis longtemps.

Je tendis la main vers le lapin, qui après une courte hésitation s'approcha pour renifler le bout de mes doigts, avant de me laisser caresser son poil blanc :

- Au fond peut importe que les pirates de Barbe Blanche me considèrent uniquement comme la fille de leur père... si je peux remplacer leur père qu'ils ont perdu alors tant mieux, dis je. C'est ce qu'on fait dans une famille après tout : on se réconforte les uns les autres.

Je me mis à rire en me représentant la pensée ridicule de faire office de père à tout ces pirates plus âgés que moi. Mais mon rire soudain fit fuir le lapin, et je me retrouva donc toute seule à rire sur la plage. Mais je m'en fichait et je continuais à rire de bon coeur, comme pour relâcher toute la pression que j'avais accumulé et qui s'envolait dans les airs au rythme de mes éclats de rire.

.

Après avoir de nouveau traversée la mer, je retourna sur le Moby Dick et partie à la recherche de Marco. En chemin je croisa Archmé qui devisagea mes vêtements trempés, mes pieds nus et ma soudaine bonne humeur. Je ne lui expliqua cependant rien et me contenta de lui demander où était Marco.

Je me dirigea donc vers le salon, où Archmé m'avait appris que mon second y discutait avec Joz.

Je déboula tout sourire dans la piece, et m'assis aux côtés de Marco qui était installé sur une table en face de Joz et d'un café.

M'emparant de la tasse à café du blond, j'y bu une longue gorgée, ignorant complètement les regards des deux pirates, qui semblaient ahuris de me voir sourire ainsi alors que j'étais terriblement distante depuis ce matin.

Sentant qu'ils allaient me questionner sur ce soudain changement d'humeur, je les devança et dis à Marco :

- Excuse-moi de t'avoir planté à l'entraînement tout à l'heure, tu accepterais de continuer à m'entraîner ?

Marco et Joz échangèrent un regard avant d'hausser les épaules :

- Si tu prends ça au sérieux et que tu te concentres, ce serait avec plaisir.

J'acquiesa et entraîna Marco vers la salle d'entraînement. Avant de quitter la pièce, je me tourna vers Joz :

- Merci pour tout, lui dis-je

Mon second se plaça devant moi, les bras croisés, il gardait son air sérieux habituel, mais semblait tout de même sourire légèrement en voyant que j'allais mieux. Malgrés le fait qu'il ne comprenait absolument rien à mon fonctionnement interne, selon lui, on est tous lunatiques dans la famille Newgate.

- Bien, on recommence là où on s'était arrêté ce matin, dit-il en montrant l'avant du bateau du doigt... La méditation pour renforcer ton esprit.

Je m'assis donc en tailleur au bord de l'eau et pris une grande inspiration avant de fermer les yeux.

Je m'efforca d'oublier la présence de Marco, du Moby Dick et même des limites de mon propre corps pour me concentrer sur la mer.

Je laissa mon esprit s'élever, parcourant la mer, portée par les vagues. Je resta assise en tailleur, les yeux fermés une dizaine de minutes avant de petit à petit réussir à ressentir la présence de tous les êtres vivants qui étaient portés par les flots tout comme moi et le Moby Dick. Je laissa mes horizons s'élargirent encore plus, jusqu'à sentir une présence inconnue sur la mer, à un vingtaine de mètres de nous. Je sentais qu'elle se dirigeait vers nous et je rouvris les yeux, parvenant enfin à l'identifier :

- Un navire vient vers nous ! Hurlais-je

Marco se tourna vers l'horizon, alors qu'un bateau pirate nettement reconnaissable percait les nuages, se dirigeant droit vers nous.

Les sourcils froncés, il jura :

- Bordel, qu'est-ce-que le Rouquin vient faire ici ?

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Et voilà pour ce chapitre, j'espère qu'il vous aura plût. J'en profite aussi, bien qu'on soit le 4 janvier, pour vous souhaiter une bonne année !

Bisous à tous !