TÉNÈBRES
Pov Jacob
Je regardais Azaya s'enfuir de la chambre en regrettant amèrement d'être trop épuisé pour la retenir et maudissant silencieusement de ne pas être capable ne serait-ce que de me redresser. En pestant entre mes dents, je reportais mon attention sur celle que j'avais aimé, avais, oui, parce qu'à cet instant, je ne ressentais que du dégout, de l'amertume et de la colère pour elle.
- Jacob, murmura-t-elle en s'installant près de moi sur le lit. Je t'aime, Jacob
Je secouais la tête en pivotant vers la fenêtre, je voulais seulement qu'elle parte pour que mon imprégné revienne.
Sa main se posa sur ma joue et j'utilisais le peu de force dont je disposais pour l'arracher de moi, comment osait-elle seulement me toucher?
- Pars! Grognais-je faiblement
Elle écarquilla les yeux et puis se mit à sangloter. J'eus l'impression de la voir pour la première fois. Cette petite chose fragile devant moi avait toujours voulu jouer dans la cour des grands, comme si elle était de taille pour ça. Elle se pensait l'égal de créatures tels que nous, des vampires et ce, malgré sa faiblesse de corps et d'esprit qui me paraissait à présent si évident. Elle voulait tout, mais ne donnait rien.
Elle voulait que je sois là pour elle, jusqu'à abandonner mon imprégné, mais à quel moment avait-elle été là pour moi? Son amour pour le mort vivant n'était pas le dixième de ce que je ressentais pour Azaya, pourtant, par loyauté, par amour et surtout par stupidité, j'avais accepté de me torturer pour une garce qui avait simplement voulut jouer sur tous les tableaux.
Mais à quoi s'attendait-elle? Me demandais-je en scrutant son regard embrumé de larmes. Voulait-elle que je lui serve d'animal de compagnie pendant qu'elle vivait sa parfaite éternité dans un corps congelé? S'attendait-elle à ce que je reste à la maison, attendant tranquillement son retour ainsi que celle de son amoureux transit, couché sur le perron de la maison comme un bon toutou?
J'en avais plus qu'assez de son égoïsme qui jusqu'ici était passé à mes yeux pour de la fragilité. Qui jusqu'ici m'avait semblé touchant. Oui, elle ne pensait qu'à elle. Elle avait voulut jouer avec des vampires, mais au lieu d'en supporter les conséquences, d'autres étaient morts transformés pour faire partie de cette armée ou tués pour nourrir leurs membres. Et tout ça pourquoi? Juste pour arriver jusqu'à elle.
Des gens étaient morts, nous avions tous risqués nos vies, juste pour la sauver elle et à cet instant, cela ne me paraissait pas en valoir la peine. Elle n'en valait pas la peine.
Nous existions pour sauver les innocents, ceux qui ne savaient rien des vampires et du danger qu'ils représentaient, certainement pas ceux qui se jetaient dans leurs bras.
- Je t'en pris, Jacob, ne me repousse pas, me supplia-t-elle en tentant à nouveau de me toucher
- Ta nouvelle vie de monstre te tend les bras, raillais-je en grimaçant. Pars!
Elle se leva brusquement et je fus soulagé à l'idée qu'elle parte enfin mais c'était sans compter sur la reine du drame qu'elle pouvait devenir.
- Azaya, c'est elle le monstre! S'écria-t-elle en gesticulant devant moi. Tu ne peux pas me repousser à cause d'elle. C'est elle l'ignoble mélange de vampire, animal et humain, elle est juste contre nature!
Sous le coup de la colère, je trouvais la force de me redresser rapidement pour agripper son bras que je serrais avec toute la force dont je disposais, autant dire que ce n'était pas horrible sinon son poignée se serait instantanément déchiré.
- Tu parles d'elle de cette façon une fois de plus et je te tue, fulminai-je la haine dégoulinant dans chacun de mes mots
Elle sursauta et m'adressa un regard incrédule, comme s'il m'était impossible de lui faire du mal. Mais aujourd'hui tout avait changé, aujourd'hui, elle était devenu l'une des leurs. A mes yeux, elle n'était plus humaine.
En grognant, je la poussais aussi fort que possible vers la porte et elle s'étala de tout son poids contre le mur. Je ne lui avais pas fais mal, en revanche, je lui avais fait peur. Je voyais bien que ce sentiment avait remplacé l'incrédulité dans ses yeux. Pour la première fois de sa vie, Isabella Swan avait peur de moi et je ne pouvais que m'en réjouir.
- Tu le regretteras, murmura-t-elle brusquement furieuse avant d'ouvrir la porte pour s'enfuir
Elle se cogna sur Paul dans le couloir et je souriais en regardant Paul la repousser comme s'il s'agissait d'un paquet de merde. Il leva les yeux au ciel en la regardant partir et reporta son attention sur moi en affichant une expression qui ne présageait rien de bon.
Paul avait apparemment un problème...
- Tu n'es qu'un connard! Gronda-t-il en refermant la porte derrière lui
- Je sais, soupirai-je
Je fermais furtivement les yeux. Non seulement, il avait raison, mais en plus, ce n'était pas juste pour lui. Il avait été plus que disposé à témoigner son amour à Azaya alors que j'agissais comme un connard. Il ne pouvait pas l'avoir, mais il l'aimait alors que moi qui l'avait à disposition faisais tout pour la repousser.
Il s'adossa au mur en face de moi et soupira en secouant la tête.
- Où est-elle? Demandais-je
- Partit, répondit-il en haussant les épaules comme s'il s'agissait d'une évidence
- Quoi? Grondais-je en me redressant pour sortir du lit
Il paraissait confus, surpris pendant que moi je pris conscience que la douleur dans ma poitrine n'était pas dû à mon état, mon corps ressentait son absence et j'avais simplement pensé que la fatigue y était pour quelque chose. J'avais passé tellement de temps à repousser les émotions que me faisait ressentir l'imprégnation que j'étais incapable d'identifier ce que mon corps tentait de me faire comprendre. Comment pouvais-je être aussi con?
- Elle a dit qu'elle rentrait chez elle, mais il y a quelques jours, elle m'a expliqué qu'elle voulait partir après la bataille, qu'elle n'avait plus rien à faire ici
- Et tu n'as pas essayé de l'en empêcher! Sifflais-je en manquant de m'écrouler dès que je fus sur mes jambes. Tu l'as juste laissé partir?
- Que voulais-tu que je fasse, Jacob? Rugit-il en tremblant. Elle m'a repoussé, elle m'a expliqué que même si elle aurait voulut s'imprégner sur moi, il lui était impossible d'oublier ce qu'elle ressentait pour toi, peu importe ton comportement de merde et tes sentiments pathétiques pour la pute à vampire! Il prit de profondes inspirations, tentant tant bien que mal de calmer ses tremblements. D'ailleurs, ce n'est pas comme si je pouvais la retenir de force, Jacob, reprit-il en soupirant. De toute façon, je peux comprendre qu'elle préfère fuir...
Je tentais d'avancer difficilement en me tenant au mur, mais j'avais l'impression d'être sur le point de m'évanouir.
- Qu'est-ce que tu racontes? Grommelais-je
- Tu as passé ton temps à lui faire du mal, murmura-t-il. Tout ce temps, elle ne voulait que toi et toi tu ne voulais que Bella. Et après ce baiser que tu as partagé avec...
- Elle sait? M'épouvantai-je
Il hocha la tête en fermant les yeux, visiblement peiné par la souffrance de mon imprégné tendit que je ne voulais que me frapper la tête contre les murs.
- Elle a dû également être témoin de ma façon de réagir à ça, soufflais-je pour moi-même en reportant mon attention sur le plancher. Elle a dû me voir insulter Bella
- Ça tu n'en sais rien! Siffla-t-il en relevant les yeux sur moi. De toute façon, même si tu l'as insulté comme tu dis, tu ne l'as pas non plus repoussé lorsqu'elle t'as embrassé
Je me laissais tomber au sol comme une merde, me tenant la tête entre les mains, tirant sur mes cheveux...
- Je t'en supplie, murmurais-je en sanglotant. Je t'en supplie, trouve-là
Il arqua un sourcil en me scrutant intensément durant quelques secondes, puis hocha la tête avant de disparaitre de la chambre. Je retournais sur mon lit en rampant pour pouvoir pleurer comme le connard qui s'était évertué à gâcher sa propre vie.
Lorsque je me réveillais, le soleil était sur le point de se lever, j'avais dû dormir longtemps. En soupirant, je me levais, fermement décidé à aller retrouver Azaya quelque soit le lieu où elle se trouvait.
En me tournant vers mon armoire pour y prendre de quoi me vêtir, je tombais sur un mot
Hé connard inutile!
Quand tu auras fini de jouer à la belle au bois dormant, viens chez moi.
J'ai des choses à te dire concernant l'imprégné que tu as laissé partir
Leah
En temps normal, je me serrais certainement énervé contre les mots qu'elle avait soigneusement choisit, mais elle avait entièrement raison et j'avais besoin d'apprendre ce qu'elle savait.
Je me pressais donc d'enfiler mes vêtements et j'allais directement frapper à sa fenêtre.
Lorsqu'elle sortit la tête dehors, elle avait les cheveux en bataille et l'air très énervé. Dès qu'elle posa les yeux sur moi, son visage s'adoucit (à ma grande surprise) et elle me fit signe de grimper.
- T'as vraiment de la chance d'être en souffrance! Grogna-t-elle. Quoi que si ça ne tenait qu'à moi je t'aurais laissé crever
Je levais les yeux au ciel en tentant de ne pas prêter attention à ses paroles blessantes, j'avais déjà assez de mal à ne pas fondre en larmes tant la douleur dans ma poitrine me tirailler, ce n'était pas pour la laisser en rajouter.
- Leah, s'il te plait, soupirais-je tristement
Elle leva les yeux vers moi et hocha la tête avant d'aller s'assoir sur son lit.
- Hier matin, un coursier est passé pour me remettre un envelopper de la part d'Azaya...
- Quoi hier? La coupais-je confus. Je ne comprends pas!
- Heu... ça fait presque trois jours que tu dors, Jacob
Ma respiration se coupa net. Trois jours, elle avait eu le temps de parcourir la moitié de la planète en courant.
- Elle a donc écrit une lettre et...
- Où est cette lettre? Demandais-je
- Elle m'est adressé, Jacob, m'informa-t-elle doucement
Je ne pus m'empêcher de laisser les larmes envahir mon visage. Je ne me souvenais pas de la dernière fois ou j'avais pleuré, certainement lorsque j'avais onze ans, à la mort de ma mère.
- Mais puisque tu semble si mal, rajouta-t-elle, je vais te la montrer. De toute façon, il y a quelque chose dedans qui concerne tous le pack
Elle me tendit donc la lettre en question et j'amenais la feuille à mon nez dans l'espoir d'y trouver son odeur, je humais un instant en soupirant et puis je dépliais la lettre en tremblant de peur en pensant à ce que j'allais y trouver.
Chère Leah,
Comme tu l'as certainement remarqué, j'ai décidé de partir.
Je suis fatigué dans mon cœur et j'ai besoin de solitude, notre condition animal doit bien servir à autre chose que se battre, tu ne crois pas?
Toujours est-il que j'ai plusieurs choses à te dire, ne préférant pas revenir à la Push de peur de croiser Jacob, je me permets donc de coucher mes pensées sur papier.
La première chose que je souhaite te dire, c'est que j'ai vraiment apprécié te compter parmi mes rares amis et je voulais simplement te remercier pour ça, alors merci, Leah, merci d'être toi.
La deuxième chose que je voudrais que tu saches, c'est pourquoi je pars.
J'étais venu dans la région pour trouver ma grand-mère. Je l'aie fait, malheureusement elle est à présent morte. Bien sur, je me suis attaché à certaines personnes dont tu fais partie, mais les choses deviennes trop compliqués pour moi. Je suis fatigué de Jacob, fatigué de son comportement, fatigué de son amour pour Bella et fatigué de l'aimer autant.
Je ne pense pas qu'aimer signifie se battre. Si je commençais maintenant à me battre pour obtenir son amour, cela n'aurait pas de fin et je ne veux pas de ce genre de relation. C'est pour ça que puisqu'il aime tant Bella, je le lui laisse, d'autant que si je commençais à me battre avec elle, la pauvre ne survivrait pas longtemps et le blesser de cette façon est la dernière chose que je souhaite pour lui.
Tu l'auras donc bien compris, assister à leur baiser m'aura amené à mon point de rupture.
S'il parvient à se détourner une seconde de Bella et en arrive à se demander où je suis, merci de lui dire que je l'aime et que je lui souhaite d'être heureux. Dans ma quête de solitude, je vais tenter de trouver un moyen de briser cette imprégnation, cela ne pourra que lui faciliter la vie, même si pour le moment, je n'ai encore aucune idée de la manière dont je pourrais m'y prendre.
Je souhaitais également te demander d'aller parler à Paul. Dis lui bien que je lui porte une affection toute particulière et que j'aurais voulut que l'imprégnation nous concerne lui et moi, cela aurait été tellement mieux pour tous le monde.
Peut-être que si je trouve un moyen de briser le lien entre Jacob et moi, je pourrais en trouver un pour me lier avec Paul, je sais que la seule chose qui m'a empêché de tomber amoureuse de lui est l'amour que j'ai pour Jacob, car contrairement à miss Swan, aimer deux personnes en même temps m'est impossible.
Une dernière chose, comme tu l'auras constaté, il y a un chèque qui accompagne cette lettre, je voudrais que tu partage cette somme avec chaque loup. Je trouve cela injuste qu'en plus de risquer vos vies, vous deviez également travailler pour survivre. Je te fais confiance pour faire des pars égales pour chacun membre de la meute. Grâce à ça, vous serez à l'abri le reste de votre existence.
Je ne sais pas encore ou mes pattes vont me mener, mais je te promets de te contacter dès que cela sera possible.
Je te souhaite une belle vie, Leah. A toi, ta famille et à toute la meute.
Amour,
Azaya
Je ne fus pas capable de lire les dernières lignes, je tombais lourdement sur le plancher pour plonger dans un trou noir.
