Calendrier de l'Avent

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Auteur : ZéphireBleue

Thème : le pardon

Avertissement : pas de couple à proprement parlé même si... Les deux personnages font partie d'un ship perso X)

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21 décembre

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Une raison de rester

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Christopher Argent était un homme qui en avait beaucoup vu dans sa vie, énormément même.

Il était né dans une famille de chasseur, il s'était marié avec une chasseuse et avait vécu sa vie en tant que chasseur, du moins... Jusqu'à ce que toute sa vie prenne un tournant sanglant, sordide et définitif.

En l'espace de quelques mois, il avait enterré sa femme, sa fille ainsi que sa sœur - deux fois - et son père avait manqué de très peu y passer à son tour. Il avait aussi pratiquement adopté un loup-garou, mais celui-ci était rapidement parti mené sa vie ailleurs, en Angleterre, avec un ancien lézard auto-désigné gendre parfait.

Et aujourd'hui ? Aujourd'hui Chris était seul, habitant un appartement dans la ville qui avait vu mourir la presque totalité de sa famille, veillant de loin à ce que son père ne conçoive pas à nouveau un quelconque plan tordu qui lui permettrait vaincre sa propre mortalité et aidant des loups-garous quand le besoin s'en faisait sentir. Ce qui n'arrivait pas si fréquemment en fin de compte, c'était même assez rare. McCall, quoi qu'il ait pu avoir à reprocher à ce gamin lorsqu'il sortait avec sa fille, était un garçon responsable qui veillait sur les siens. Sa meute se tenait, le True Alpha n'avait pas besoin d'un vieux chasseur dans les pattes...

Chris soupira, fataliste, le front appuyé contre le verre froid de sa fenêtre.

Qu'est-ce qu'il fichait encore à Beacon Hills ? Il aurait pu être n'importe où ailleurs, dans un endroit moins déprimant, moins rempli de souvenirs douloureux. Alors pourquoi restait-il ?

Peut-être, tout simplement, parce que, ici ou ailleurs, dans les faits, c'était du pareil au même pour lui. Il se laissait vivoter, attendant la prochaine grande menace pour se remettre à vivre tel le robot combattant qu'il était devenu, avant de se replonger dans une veille lente et morne avant la prochaine bataille.

Les épaules alourdies par son fardeau personnel, Chris s'éloigna de la fenêtre, posa sa tasse de café encore pleine sur la table et enfila sa veste. Ses clés en poche, il sortit de chez lui, pénétra dans sa voiture et se dirigea jusqu'au cimetière de la ville.

Trois tombes, alignés les unes à côtés des autres. Femme, fille et sœur - au cercueil plein, cela avait été vérifié.

Chris ne pleurait pas, il compartimentait ses émotions, comme il l'avait toujours fait, comme on lui avait toujours appris à le faire. Le problème, quand on compartimentait, c'est que parfois, souvent dans son cas, on ne réussissait plus à ouvrir les tiroirs quand il était enfin temps de souffrir son deuil. Il y avait la crainte de ne plus pouvoir éteindre les émotions, bien sûr, mais, le plus souvent, il avait tout simplement perdu la clé des compartiments après avoir attendu trop longtemps. Il venait tout de même au cimetière, au moins mettre des fleurs fraîches, nettoyer les dalles, prier, essayer de paraître normal.

Un frisson dans son cou et ses sens de chasseur se mirent aussitôt en éveil. Chris se retourna, la main discrètement glissée dans son dos, là où son beretta était cachée, entre sa ceinture et son dos. Il croisa deux yeux dorés surpris qui glissèrent lentement vers les trois stèles. La surprise fut rapidement remplacée par la tristesse et la culpabilité sur le visage juvénile.

- Tu n'y es pour rien, ne put s'empêcher de préciser Chris à l'adolescent.

- Allison...

- … a été tué par le nogitsune, pas par toi.

Stiles Stilinski baissa les yeux, visiblement peu convaincu.

- Passe une bonne soirée, déclara le chasseur, mettant fin à la discussion avant de faire demi-tour pour sortir du cimetière.

Il marcha rapidement, remonta dans son véhicule et disparut aussi vite que possible de la vue de l'adolescent.

Toute cette ville lui rappelait à quel point sa vie était un désastre et pourtant... il restait. C'était à ni rien comprendre, soupira intérieurement Chris en se garant dans le parking de son immeuble. Un autre que celui dans lequel il avait vécu avec Allison, il y avait des limites au masochisme, même pour lui.

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Chris enfourna son plat tout préparé dans le micro-onde et alla se faire un café pendant que son repas chauffait.

C'était le vingt-quatre au soir et, depuis sa fenêtre, le chasseur pouvait voir les voitures défiler, le coffre et la banquette arrière pleine de denrées et de cadeaux. Il pouvait même entendre ses voisins recevoir leur famille à grand renfort de prénoms criés joyeusement et questions fondamentales posées concernant la santé de la belle-mère et celle du petit dernier.

Les fêtes en sommes.

Chris avait eu sa part de réveillon de ce genre, Victoria cuisinant une succulente dinde dans la cuisine, parfois aider par son père et ses recettes quasi-miraculeuse. Et puis il y avait eu Allison, tout petit bout de chou d'abord, tenant mal sur ses jambes, véritable paquet de couche regardant les adultes avec de grands yeux surpris. La même un peu plus grande, sautant partout d'excitation à l'idée des cadeaux à venir, se jetant sur sa tante Kate adorée qui savait faire l'avion mieux que personne. Allison adolescente, têtue comme une bourrique, amoureuse, déterminée, magnifique, décédée…

Le micro-onde sonna et Chris alla récupérer ses macaronis au fromages tous prêts. Il s'installa dans sa salle à manger silencieuse et vierge de toutes décorations.

Il s'apprêtait à plonger sa fourchette dans le mélange jaune et spongieux, quand on sonna à sa porte. Probablement un voisin qui s'était trompée de numéro…

Chris se releva et allait aimablement renseigner le père de famille accompagné de sa femme et de sa fille sur l'appartement où vivait sa sœur, elle aussi mariée. Il fut aimablement remercié, après quoi, il put retourner chez lui, fermer la porte et admirer son appartement sombre et morne…

Sur un coup de tête, il attrapa son manteau et enfila ses chaussures, abandonnant son plat de pâte sans saveur, sans aucun regret.

Où est-ce qu'il allait ? Il n'en savait rien, il avait juste envie de sortir, de ne plus entendre ses voisins faire la fête, quitte à rouler toute la nuit.

C'est en ouvrant la porte d'entrée de l'immeuble qu'il tomba sur la surprise de la soirée. Un adolescent anciennement possédé à la capacité de concentration quasi nul et à la curiosité maladivement suicidaire. Stiles Stilinski.

- Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda aussitôt Chris.

- Je me baladais, il fait plutôt beau ce soir, non ?

Le chasseur fixa l'adolescent de ses yeux bleu glacé en attendant une meilleure réponse. Il ne fallut pas longtemps avant que le jeune homme ne se tortille de malaise sous son regard.

- En fait, ça doit faire genre un quart d'heure que je suis là… Je crois même que l'un de vos voisins a prévenu les flics mais ça m'inquiète pas vraiment. Ils me connaissent tous au poste donc ce sera facile de les faire partir. Sauf peut-être Mackenzie parce que c'est un chieur mais Parrish m'en débarrassera sans problème, je sais qu'il est de service ce soir. Le truc c'est que mon père va être au courant aussi et lui, par contre, je sais pas du tout ce que je vais lui dire pour expliquer ma présence ici, ce soir.

- Et si tu commençais par me l'expliquer à moi ? soupira Chris, déjà fatigué par le verbiage de Stiles.

- Vous êtes seuls ce soir, non ? J'étais pas sûr mais ça parait logique vu que… Enfin…

- En quoi ma "solitude" te concerne ? releva Chris, perplexe devant la gêne de plus en plus évidente de l'adolescent.

- Ça vous dit d'être seuls à deux ? proposa tout d'un coup Stiles.

Le vent siffla dans le silence. Chris mit un certain moment à comprendre la proposition.

- Je cuisine plutôt bien ! Et c'est déprimant de faire les fêtes seul alors…

- Ton père n'est pas là ?

- Au poste, c'est toujours agité les soirs de fête, expliqua Stiles en regardant ses pieds. Et Scott et Melissa sont chez M. McCall. Scott m'a bien invité mais… Je veux pas l'ennuyer alors qu'il essaye de se réconcilier avec son père.

- Stiles, le mieux c'est que tu rentres chez toi, souffla Chris avec compassion mais fermeté. Je ne serai vraiment pas d'une bonne compagnie.

- Vaut mieux une mauvaise compagnie que pas de compagnie du tout. S'il vous plait ? insista l'adolescent, un brin suppliant.

- Stiles…

- Sinon je squatte chez vous. Ou je reste ici, jusqu'à ce que tous les flics du coin me traînent de force au commissariat !

- Très bien.

Chris s'en alla, sans un regard. Compartimenter. C'était là tout le secret des chasseurs. Compartimenter les émotions, les remettre à plus tard, pour des moments sans danger.

Le veuf se figea soudainement sur place. Un moment sans danger ? Comme maintenant en somme… Pas de créatures surnaturelles dangereuses en maraudes - autre que les loups qu'il connaissait déjà. La ville était tranquille. Mais un chasseur ne l'est jamais, se souvint-il.

Il se retourna et tomba sur le regard plein d'espérance de Stiles.

Chris vida aussitôt son visage de toutes expressions et planta ses yeux couleurs de glace dans les billes chaudes jusqu'à ce que l'adolescent détourne le regard.

- S'il te plaît ? tenta misérablement Stiles.

- Je vais y réfléchir, annonça Chris d'une voix atone.

- Tu sais où j'habite, si jamais...

Le chasseur hocha la tête et fit demi-tour pour rentrer chez lui.

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Stiles avait le front appuyé contre la barre de la porte du four. Sous ses yeux, il pouvait voir l'imposante dinde rôtir lentement. Il allait y avoir des restes jusqu'au nouvel an chez les Stilinski... C'était sa faute aussi, il s'était emballé. Beaucoup. Beaucoup trop.

Son père lui avait dit que, peut-être, cette année, il allait pouvoir venir au moins une petite heure. Alors Stiles s'était emporté au supermarché et avait commencé à prévoir un vrai repas du réveillon ! En oubliant complètement que Scott, son meilleur pote aussi affamé que lui aux heures de repas, ne viendrait pas, pas plus que Melissa. Raphael McCall les avait invité à passer la fête de Noël chez lui, en signe de paix et de réconciliation, et Stiles avait largement poussé Scott à y aller.

Pourtant, ce jour-là, au supermarché, excité par la perspective de faire le réveillon, il avait oublié. En moins temps qu'il n'en fallait pour épeler lycanthrope, il s'était retrouvé devant le coffre de sa voiture avec une dinde de 3 kilos bien emballée, de quoi faire la farce, ainsi que deux fonds de tartes et un plein filet de patates douces.

Sa carte bleue avait pleuré et il n'avait pas été loin de faire pareil ce jour-là, devant son coffre ouvert, en confrontant ce qu'il avait imaginé à ce qui allait réellement se passer...

Résultat, quand il avait vu Chris seul, au cimetière, une idée avait germé dans sa tête. Une idée stupide apparemment puisque cela faisait déjà une heure qu'il avait quitté le chasseur et... Rien. Pas un appel, pas un message, pas un seul coup de sonnette.

Et la dinde cuisait.

Et son père ne viendra finalement pas, il le lui avait dit à midi, quand Stiles était allé lui déposer son déjeuner. Il y avait deux absents imprévus au poste, un agent dont le petit garçon était à l'hôpital et un autre cloué au lit par la grippe.

Il aurait dû prévoir des pizzas. Comme les années précédentes. C'était bien les pizzas, et puis elles pouvaient rester au congélo pour plus tard si jamais les projets tombaient à l'eau.

Stiles poussa un long soupir, commençant à réfléchir à la façon de découper le volatile pour pouvoir la mettre au congélateur après la cuisson. Il pouvait toujours passer au poste pour en apporter un morceau à son père... Mais c'était souvent la folie le soir du réveillon, les cellules de dégrisement étaient pleines et les gens se battaient pour la dernière sauce à la canneberge du supermarché.

Le premier coup de sonnette ne réussit pas à traverser l'humeur morose de Stiles pour atteindre son cerveau. Ce fut le deuxième coup qui réveilla brusquement l'adolescent et le fit regarder le couloir de l'entrée comme si un monstre allait débarquer sous peu - il existait une réelle probabilité pour que cela arrive !

Le troisième coup le fit enfin réagir et il se précipita à la fenêtre, le cœur battant, essayant de se préparer à la déception d'un voisin venant lui demander de la farine alors que tout en lui sautait déjà intérieurement de joie.

Sa bouche se décrocha en voyant qui était à la porte.

Il se retourna précipitamment, manqua se vautrer au sol, déposa rapidement assiettes et couverts sur la table basse du salon en criant à son inviter de patienter avant d'attraper un bonnet de père noël pour ouvrir la porte, tout sourire. Et tout essoufflé aussi...

Christopher Argent lui fit un sourire crispé en retour et lui tendit un sac en papier.

- Pour le repas. Il était tard et il n'y a pratiquement plus rien en rayon dans les magasins alors... Je sais que les ados aiment ça, en général...

Stiles tendit timidement le cou et regarda à l'intérieur du sac.

Curly fries. Plein de curly fries ! Une montagne de curly fries ! Dans des étuis en carton provenant de son fast-food préféré !

L'hyperactif attrapa le sachet comme s'il s'agissait d'un trésor - mon précieux... - et se décala pour permettre à Chris de rentrer.

- Hé bien... Bienvenu chez moi ? hésita Stiles en serrant son paquet – de curly fries ! - contre lui.

Chris acquiesça lentement.

- Merci de m'avoir invité.

- Merci d'être venu, répondit aussitôt Stiles.

Les premières minutes furent longues et un peu embarrassantes. Ni l'un ni l'autre n'était habitué à se côtoyer, pas sans une histoire de loup-garou beaucoup trop amoureux pour la santé de ses neurones ou de créature millénaire dangereuse en vadrouille.

Ce qui détendit l'atmosphère ? Gérard Argent, ce qui, déjà, était une aberration en soi, ainsi qu'une histoire sombre de tabassage ce qui n'était normalement pas non plus sujet à rire ! Mais c'était un chasseur à la famille décimée qui parlait à un adolescent, seul humain dans une meute comprenant des être surnaturelles de toutes sortes. Alors un simple tabassage d'humain à un humain... Ça devenait un point commun parfait pour démarrer une conversation, surtout avec des excuses de la part du fils du psychopathe concernant cet événement qui n'aurait jamais dû se produire. Stiles fut particulièrement touché par l'attention, pour une fois que quelqu'un s'excusait de l'avoir maltraité...

Après cela, les deux humains cessèrent de faire semblant de passer un réveillon comme la majorité des gens et se mirent à comparer leurs expériences avec le surnaturel tout en mangeant dinde, curly fries et tarte aux pommes. Ce fut aussi libérateur pour l'un que pour l'autre et cela anima largement la soirée.

Le sujet du surnaturel épuisé - du moins la partie neutre - , ils en arrivèrent à discuter de tout et de rien, puis de film... Stiles étant Stiles, ils en vinrent à parler de Star Wars et de Chris qui n'avait pas revu les films depuis leur sortie au cinéma. Il n'en avait pas fallu plus pour que l'adolescent court jusqu'à sa chambre - et manque de peu de se rompre le cou dans les escaliers - et revienne avec le dernier coffret collector en main.

Seulement, si Stiles adorait ses films au point d'avoir créé un mini-autel à la gloire de Han Solo et Luke Skywalker dans sa chambre, il n'en restait pas moins que cela faisait un moment qu'il n'avait pas eu une nuit complète, pour une bête raison d'insomnie chronique...

Star Wars en fond, qu'il connaissait par cœur, un chasseur en qui il savait avoir confiance - l'une des rares personnes à ne pas avoir essayé de le tuer parmi ses ennemis et ses amis - et le ventre pleine, il n'en fallut pas plus pour que le marchand de sable vienne tout naturellement exiger son dû. L'adolescent papillota bien des yeux en se gavant de soda dans l'espoir de rester éveillé, mais c'était un combat perdu d'avance.

Chris observa avec un certain amusement le jeune garçon lutter puis s'affaler lentement dans le canapé, avant de s'endormir dans une position non seulement improbable mais aussi inconfortable. Le veuf se leva et allongea l'adolescent, Stiles Stilinski, avant de le recouvrir d'un plaid qui traînait un peu plus loin.

Le chasseur bloqua un cours instant alors qu'il remontait la couverture jusque sous le menton du plus jeune. Des souvenirs nostalgiques remontèrent à sa mémoire, des souvenirs d'Allison.

Chris soupira un bon coup et, d'une main tremblante, vint caresser la crinière ébouriffée avant de s'éloigner.

Pourquoi restait-il à Beacon Hills ? Peut-être pour ça, pour Stiles, pour des ados comme lui, humains ou garous, un peu perdus, qui essayaient de se montrer forts et adultes mais qui gardaient encore au fond d'eux la tendresse et la naïveté de leur jeune âge.

Des adolescents qui avaient besoin d'un vieux chasseur expérimenté, d'un shérif ouvert d'esprit, d'un vétérinaire druidique ou d'une infirmière bienveillante lorsqu'ils s'égaraient un peu trop sur le chemin de la maturité.

Il allait resté encore un peu à Beacon Hills. Il y avait peut-être de mauvais souvenirs mais il était un chasseur, il pouvait faire face, il pouvait compartimenter. Ce qui comptait le plus, c'est qu'il y avait des personnes qui avaient encore besoin de lui. C'était ça le plus important.

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fin

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