Chapitre 21 : Il était une fois...
Nous étions dans une des nombreuses cavités qui parsemaient la chaîne de montagne menant au pays de la foudre. L'Aube m'avait demandé de me rendre là-bas pour faire la connaissance de son "abruti de frère". Le feu crépitait doucement et la fumée s'enfuyait par l'entrée du trou dans la roche.
-Une belle nuit pour mon père... dis la louve.
-En effet. Elle me rappelle tant de souvenir...
-Je peux voir dans ton esprit. Ne t'inquiète pas, je ferais mon possible pour te tenir compagnie. Et puisque l'on a toute la nuit, je te propose d'écouter l'Histoire des loups.
-Le titre m'intrigue... et cela fait longtemps que quelqu'un ne m'a conté une histoire, lançai-je avec entrain.
-Alors écoute bien :
« Avant même que l'Homme ne prenne possession de ses terres, le monde était déjà dirigé par le temps, par la succession de nuits et jours au dessus de la ligne d'horizon. Je ne vais pas te raconter la création de ce monde, mais la jeunesse de deux louveteaux ; une louve blanche, Sonohi et un loup noir, Yoru. Ces deux êtres étaient très complices, comme toi et Hyônaka. Ils jouaient ensemble toute la journée, et profitaient pleinement de leur vie. Mais tu le sais déjà, le bonheur ne dure qu'un temps. Un jour, ces deux créatures divines, les premiers loups, furent rappelées au ciel ou ils devaient prendre leur responsabilité en tant qu'esprit ancestraux. Les deux astres qui se suivaient éternellement étaient destinés à appartenir à ces louveteaux. Par chance, les deux loups n'eurent aucune querelle à régler ; la louve choisit le jour, et le loup la nuit. C'est ainsi que les loups divins prirent place dans le ciel pour la première fois. Les deux canidés étaient déterminés à resté proche l'un de l'autre, et se voyait souvent à l'époque. C'est ce que l'on appelle "éclipse", lorsque le soleil et la lune, le jour et la nuit ne font qu'un. Il y a longtemps, de nombreuses éclipses parsemaient le ciel, mais ce n'est plus le cas à présent.
Les années passèrent, et les louveteaux grandirent jusqu'à devenir de fières créatures dignes de leur race. La louve était gracieuse, belle et douce. Son poil brillait à la lumière du soleil, et elle dirigeait le monde avec ferveur et justice, prônant une vie juste, construisant sur son passage. La lumière du jour avait éclairée son esprit, ainsi que son cœur. Mais, tu t'en doute, l'effet inverse s'est produit avec son ami d'enfance. Yoru était devenu une bête sauvage assoiffée de sang, prenant un malin plaisir à détruire ce que tentait désespérément d'ériger Sonohi. Il avait un pelage dru, noir comme l'encre et de très longues griffes. Son regard, autrefois doux et empreint de pathétique, était maintenant aussi froid que ce lui d'un meurtrier. À cette époque, la lune et les étoiles n'existaient pas ; Yoru était le roi aveugle d'un pays fait d'ombres, et le temps avait fait son œuvre sur le caractère et le physique du seigneur des ténèbres. La vérité était que Yoru était jaloux du monde ensoleillé de son ancienne amie, et ne pouvait supporter de voir ce dernier se développer sans lui. Les éclipses se sont donc fait de plus en plus rares jusqu'à aujourd'hui ; les deux loups en sont réduits à se voire rarement, et Sonohi tente de raisonner Yoru durant le court temps qui leur est donné. C'est pour cela que les éclipses sont signes de chance. Les paroles de la louve du jour parviennent tant bien que mal à percer le cœur de pierre du loup des ombres, mais l'accès de gentillesse ainsi provoqué ne durait jamais. Et Yoru recommençait ses ravages.
Un jour, une autre divinité fut réveillée par le tapage du loup noir. C'était une nuit. Yoru avait décidé de réduire en poussière une chaîne de montagne que Sonohi essayait de faire prospérer. Se macabres desseins soldèrent par un succès qui coûta la vie à de nombreux êtres. Mais cet affront ne fut pas pardonné par la Nature, et elle réveilla le loup tricéphale, Keruberosu. Les trois têtes du malheur, Mort, Terreur et Douleur, se déchainèrent sur le monde pour venger les défunts. En désespoir de cause, Sonohi implora Yoru de s'allier pour terrasser la menace. Elle lui promit un peu de Lumière pour éclairer son monde, ainsi que l'accord d'un de ses vœux, dans la limite du raisonnable. Yoru refusa catégoriquement en premier lieu, puis finit par accepter sous les supplications de la Dame du Jour. C'est ainsi qu'eu lieu une bataille sanglante, dans ce qui s'appelle maintenant la Vallée de la Fin. Après le combat final, lorsque le rideau de sang et de poussière retomba, les deux loups étaient debout, sur le cadavre géant du loup destructeur de monde. Yoru se dressait de toute sa puissance au dessus de son amie, qui s'agenouilla en lui offrant quelques poils, qui deviendront les étoiles, et un œil qui deviendra la lune. Ma mère est restée borgne pendant plusieurs siècles avant de se régénérer, mais mon père a eu ce qu'il voulait. Elle lui offrit une lumière dans son pays, et lui accorda son vœu. Yoru était devenu rancunier envers Sonohi pour quelque chose qu'elle n'avait pas faite, mais son cœur ne put supporter l'idée de détruire le royaume de lumière. En usant de ses charmes, elle changea les pensées du loup de l'ombre, et lui donna deux enfants ; moi, la louve de l'aube, et mon frère, le loup du crépuscule. Depuis tout temps, nous tentons de rapprocher et unifier nos parents, mais c'est difficile. Tout les oppose, mais je ne désespère pas de vivre un jour entre mes deux parents immortels.
Nous représentons à chacun la quintessence d'une facette de notre race ; ma mère est loyale jusqu'à la mort, mon frère a le sens du combat, je suis moi-même l'incarnation des relations fraternelles entre loups, et mon père est la rage et le sang qui coule à toute vitesse dans nos veines et de nos morsures. Tu dois retenir que la personnalité de mon père est bien plus marquée que nous, il se peut alors que tu sois influencé, donc évite les combats de nuit si tu souhaite garder le contrôle. Mon pouvoir, c'est, comme tu l'as remarqué, le voile de chakra. La couleur varie en fonction de l'utilisateur. Le dernier héritier l'avait rouge. En t'entrainant, tu pourras te battre avec comme une arme. Arrête de me regarder comme ça, je te promets que c'est vrai. Enfin, je t'ai raconté l'histoire de ma famille. »
Je restai bouche bée, comme un enfant après une histoire. Sans doute parce que j'étais un enfant. Ce Yoru m'intéressait au plus haut point. Il semblait fort et obscure, un peu comme moi.
-J'aimerais le connaitre plus en détail, si tu veux bien. Je parle tom père, dis-je avec intérêt.
-Si tu veux, mais sache qu'il vaut mieux que tu n'en sache pas trop sur lui. Je pense qu'il est préférable que je te raconte son passé plutôt que son présent, lorsqu'il était encore un loup énergique et serviable. Il tenait compagnie à dame Sonohi de manière très agréable, à ce qu'elle m'a raconté. Le meilleur souvenir qu'elle a de lui est la fois où ils ont tenté de s'introduire dans le monde des ours. Yoru avait été prêt à donner sa vie pour que Sonohi s'en sorte sans égratignure :
"Les deux amis se reposaient à l'ombre d'un arbre, en profitant de la vie. Ils n'avaient rien à faire, pas l'ombre d'une responsabilité. Sonohi profitait de la sensation du soleil à travers sa fourrure blanche, tandis que Yoru pourchassait un papillon. Soudain celui-ci fonça tête baissée dans un arbre, alors que le papillon se posa sur son museau. Sonohi éclata de rire, et son ami se frotta dans l'herbe :
-Ça fait mal, tu sais ?
-Mais regarde-toi ! Tu aurais du voir la scène ! Je n'ai pas pu m'en empêcher !
Yoru la regarda avec un regard sévère, mais il ne put garder ces yeux bien longtemps. Il est vrai que ma mère est vraiment magnifique selon nos critères de beautés. Je pense par ailleurs que tu la trouveras sublime, en tant qu'héritier. Après tout, ta coéquipière possède les mêmes atouts physiques ; des poils longs abondants, un doux parfum et des yeux lunaires... Comment je sais ça ? Je te rappelle que je vivais en toi il y a quelques jours. Continuons, donc.
Yoru s'approcha lentement de ma mère, et posa son museau sur le dos de cette dernière. Elle se laissa faire, et entrepris de faire la toilette du louveteau, qui ferma les yeux, goûtant au plaisir de se laisser choir au soleil. Puis ses yeux s'illuminèrent :
-Dis-moi, une balade te plairait ?
Entre deux coups de langues, elle répondit :
-Je ne suis pas contre, un peu d'exercice nous ferait du bien !
-Alors j'ai une idée quant à la destination... répondit-il avec des yeux malins.
Elle lui rendit un regard blasé, presque désintéressé. Elle avait l'habitude de ce genre de réaction, et des idées dangereuse qu'avait son meilleur ami. Il se leva, haussa un sourcil, puis partit en marchant vers l'horizon de leur territoire, s'éloignant de la montagne dans laquelle Yoru avait établit domicile et du petit bois de Sonohi. Elle se leva en soupirant, et le suivit dans son entreprise insensée. Ils sortirent de la forêt, puis traversèrent une vaste plaine d'herbe jaunie par le soleil implacable qui brûlait tout le jour. Ce dernier commençait à se coucher, après avoir impitoyablement tanné le monde de sa chaude lumière. Une douce brise se leva alors, jouant avec le pelage de Yoru, ébouriffant celui de Sonohi. Ma mère a toujours aimé le crépuscule, tout comme l'aube, car c'était un moment où les deux loups se mêlaient l'un à l'autre ; ils devenaient véritablement les deux faces d'une seule et même pièce bicolore, avant que l'un reprenne le dessus sur l'autre. La sombre silhouette du loup de la nuit commençait à se renforcer, et celle de son amie à virer au gris. Yoru ralentit le pas pour se placer à la hauteur de sa compagnonne :
-Le soleil est un bel astre, et je ne désespère pas d'en voir un comme tel la nuit.
-Je suis d'accord, mais le voir mourir tous les jours sur la ligne d'horizon me rend un peu nostalgique...
-C'est pour cela qu'un compagnon ou une compagne qui prendrait le relai après sa mort jusqu'à sa renaissance est une bonne idée.
Elle resta muette jusqu'à ce que le dernier rayon s'éteigne sans un bruit, couvrant le monde de ténèbres insondables. Elle ne pouvait plus se repérer, mais elle avait l'habitude. La chaleur dégagée par son ami ainsi que les perles d'or qui luisaient dans l'obscurité permettant au loup de la nuit de transpercer ce mur d'ombre la rassurait, et elle marchait dans les traces de son ami.
-Cette obscurité est oppressante... jamais je ne m'y habituerais, grelotta ma mère.
-Personnellement, j'aime bien cette ambiance, répondis le loup noir posément.
Mon père ne savait alors pas qu'il regretterait ces paroles toute sa vie.
-Un jour, j'illuminerais aussi ce monde, lança Sonohi avec entrain.
-Pas trop quand même !
Ils éclatèrent de rire alors que la terre continuait de se dérouler sous leur pattes.
Le lendemain, elle se réveilla sur lui, le museau sur le poitrail de son ami. Cela ne les dérangeait pas, ils étaient habitués. En revanche, Sonohi ne put retenir un petit jappement de surprise en voyant où ils s'étaient arrêtés ; un monde entier s'étendait à perte de vue sous leurs pattes.
-Bien dormis ?
-Plutôt... mais où nous as-tu emmené ?
-Aux frontières du seul monde qui nous est encore inconnu, celui des Ours !
-... Répète une fois s'il te plait ?
-Ours ?
-Tu sais pourtant que c'est le seul monde qui nous est interdit de visiter ?
-Oui, mais "un peu d'exercice nous fera du bien", non ?
-Espèce d'abruti...
Ma mère n'avait pas l'habitude d'insulter mon père, et lorsqu'elle le faisait, il y avait une très bonne raison. Pas du tout comme je traite mon frère, par exemple. Néanmoins, elle regarda Yoru avec un regard meurtrier. Celui-ci tourna sa tête sur le côté, et entama la descente de cette pente abrupte, et elle fut bien obligée de le suivre.
Ils déboulèrent dans un bois sombre. Celui-ci s'opposait complètement au gîte de la tanière de Sonohi ; il était sombre, humide, l'épaisse canopée protégeai intégralement le sol des rayons ardents de l'astre solaire. Les bruits sinistres de la faune qui grouillait au dessus d'eux se faisaient de plus en plus forts. Yoru poussa alors Sonohi dans un bosquet juste à temps alors qu'une patte velue jaillissait de derrière un tronc. Une araignée gigantesque se hissa jusqu'au sol grâce à ses soies, les mâchoires claquantes et dégoulinantes de venin verdâtre. Elle descendit du tronc en cliquetant, et ses yeux se posèrent sur les louveteaux apeurés. Elle se jeta sur ses proies, prête à les dévorer, mais un obstacle non-négligeable se plaça sur son chemin. Un ours immense se dressa devant l'araignée, et lui lança un coup de griffe latérale qui arracha une grande partie des mandibules de la fille d'Arachnée. Elle recula en sifflant, mais l'ours lui écrasa l'abdomen, transformant le sol en marécage de boue et de sang blanchâtre, qu'il souilla de sa grande gueule dégoulinante de bave. Cette scène avait choqué les deux amis, qui se regardèrent, inquiet. Le regard de Yoru trahissait une certaine culpabilité, et celui de Sonohi une peur indescriptible ainsi qu'un profond agacement. Le loup noir pris les devants, et intima à la louve de le suivre silencieusement, et ils s'éclipsèrent pendant que le grand omnivore satisfaisait sa faim. Ils sortirent de la forêt en trombe, et cherchèrent à regagner le sommet de l'abrupte colline, mais c'était peine perdue ; le sol manquait de prises et s'éboulait dés que l'on posait la patte dessus. Après un énième essai, Yoru s'arrêta et se mit le museau entre les pattes :
-Désolé, désolé, désolé mille fois ! Je pensais que ce serait moins dangereux...
-Ne t'excuse pas. Maintenant que l'on est là, trouvons un moyen de regagner notre territoire. Une fois là-bas, je m'occuperai de ton cas.
Elle lui lança un dernier regard qui fit déglutir son compagnon aux yeux d'or, puis ses propres mirettes s'allumèrent et brillèrent d'un éclat chaleureux, argenté comme un miroir d'acier poli, laissant l'astre flamboyant se refléter dedans. Après quelques minutes à regarder dans le vide, elle lança au noir :
-Dans vingt kilomètres au nord, il y a un pont permettant de rejoindre l'autre rive, qui se trouve sur notre territoire.
-...
-Tu m'écoutes ?
-Désolé, j'étais perdu dans mes pensées.
-Encore dans les nuages alors que nous sommes en danger de mort... tu es incorrigible.
-Non, c'est juste... que... enfin...
-Bon, en route.
Elle passa devant, en trottinant, suivie de très près par son compagnon qui la regardait de derrière, penaud. Jusqu'à ce que je fasse ta connaissance, je ne savais pas pourquoi mon père avait été distrait ce jour là, mais maintenant j'ai appris que les yeux des femmes avaient le pouvoir de perdre les hommes dans une illusion éternelle, jusqu'au prochain battement de cils. Comment je le sais ? Pour la même raison que je sais à quel point ta coéquipière est ardente, que la plupart du temps elle salit le sol d gouttes, comment tu te comporte dans ces situations et que tu te prends des spatules le matin. Voilà, tu as compris ! Enfin, continuons.
Les deux loups continuèrent leur marche vers le nord pendant plusieurs heures, en se reposant régulièrement sous un arbre ou dans une grotte se trouvant sur le chemin. A la tombé de la nuit, ils arrivèrent sur le lieu de leur délivrance. Sonohi se rua vers le pont en jappant, tandis que Yoru se figea en reniflant l'air. Une odeur familière flottait dans l'air, mais il n'arrivait pas à s'en remémorer. Il avait l'impression que deux d'entre elles se mélangeaient, dans un concert d'effluves immondes et répugnants. C'est une plainte sonore de la louve blanche qui sortit le loup noir de ses réflexions : l'ours qu'ils avaient rencontré en arrivant se trouvait juste devant le pont, les mâchoires encore dégoulinantes de son macabre festin. Sonohi était pétrifiée de peur et ne pouvait plus bouger d'un centimètre. L'ursidé avança lentement vers la jeune canidé, savourant le parfum que celle-ci dégageait. Tu le sais aussi bien que moi puisque nous formons une seule et même personne, il n'y a rien de plus excitant que l'odeur d'une femelle au prise d'une émotion, quelle qu'elle soit. Ne rougis pas et assume ton comportement envers elle ! Mais continuons.
Soudain, l'ours se jeta sur la blanche et tenta de lui envoyer un coup de griffe, comme à la défunte araignée. Yoru se précipita, et mordit le mollet gauche de l'ours, qui trébucha et manqua sa cible, juste avant de se mettre à quatre patte. Les deux bêtes sauvages grognaient et se jaugeaient. Les pupilles du loup noir brillaient dans l'obscurité, fixant de manière inquiétante son adversaire. Ces mêmes pupilles effrayaient ma mère autrefois, lorsqu'ils s'amusaient à se faire peur dans le petit bois autour de sa tanière. Et ces mêmes pupilles ont regardé ma mère de haut, l'écrasant de toute leur supériorité. Soudain, une petite brise se fit sentir, et ma mère entendit un déplacement très rapide, comme un kunai. Un bruit écœurant déchira le silence de l'obscurité, et un corps lourd tomba au sol.
-Yoru, tu as gagné ?
-Gnh...
-Yoru !
-Pas ici... arrête de hurler, c'est déjà assez compliqué d'en éliminer un seul... répondit le jeune mâle en gémissant.
-Tu es blessé ?
-Un peu... aide moi à me lever et traversons ce maudit pont, pour être en sécurité. D'autres arrivent...
-C'est moi qui les ai appelé ? Désolé !
-Non, ils se dirigeaient par ici avant.
Elle passa son museau sous le flanc du louveteau pour l'aider à se lever, et un liquide étrange perla sur sa truffe. Elle passa sa langue dessus, et le goût lui mit l'eau à la bouche ; elle en voulut tout de suite plus, et commença à lécher la plaie.
-Gnh... Arrête, idiote... tu me fait mal...
-Désolée, s'excusa immédiatement ma mère, qui se maudit intérieurement.
Après quelques minutes de marche fastidieuses, ils s'arrêtèrent sous un grand peuplier, et Yoru se laissa glisser sur le sol. Ses pupilles éclairaient faiblement le monde nocturne. Le regard que faisait ma mère devait être très suggestif, car il sourit faiblement et lui lança :
-Viens chercher mon sang, espèce de sauvage...
-Que... Comment... balbutiai son amie.
-Parce que j'ai les mêmes yeux après la chasse... railla le loup noir.
-Mais...
-Tu es déjà pleine de sang, et puis tout ce liquide ne sera pas perdu, comme ça.
-Mais tu risques de mourir !
-Dis-moi, tu es stupide ou quoi ? Je te rappel que dans notre territoire, on ne peut pas mourir.
-Mais l'ours... Tu l'as tué !
-Oui, mais il sera de retour dans quelques jour, une fois que son essence sera reformée. Pour moi c'est pareil, même si tu me mettais en lambeau, je reviendrais pour te punir en te mordant le derrière ! Allez, ma toilette ne va pas se faire toute seule, continua-t-il sur le ton de la plaisanterie.
La louve s'approcha et commença à laper les gouttes sanguines qui roulaient sur le pelage noir hérissé de son ami, qui se mit sur le dos. Le goût que cet élixir avait devait être exquis, car ma mère, habituellement très calme, perdit le contrôle, et donna des coups de langues toujours plus forts, heurtant les bord de la plaie béante. Ce contact l'excitait, et elle n'entendit même pas les plaintes du loup noir qui la sommait d'arrêter. Elle ne se rendit compte de son erreur que lorsque les mâchoires du louveteau se refermèrent sur sa gorge, la privant de respiration, et d'une torsion, la jeta au sol. Le mâle se tenait au-dessus de la femelle, les babines retroussées, dégoulinantes de bave, et Sonohi se fit la réflexion que Yoru devait être effrayant en tant qu'ennemi. Elle ne croyait pas si bien dire...
Les deux loups s'étaient endormis l'un contre l'autre après que la louve ait fait ses excuses au loup pour sa conduite désastreuse. Il ne lui en voulait pas, mais lui avait promis à l'entraîner pour qu'elle maîtrise ses pulsions meurtrières comme un vrai canidé.
Le soleil commença son ascension dans le firmament, et la plaie du loup se refermait progressivement. Les deux loups se réveillèrent près de l'autre, et se saluèrent en faisant la toilette de son ou sa partenaire. Ils se remirent en route, puis retraversèrent la jaune plaine dans le sens inverse. Sonohi était revenue complètement changée de cette expérience. Elle n'avait plus jamais rit de Yoru, et s'était mis à le respecter pour ses qualités de combattants. En revanche, ce dernier n'avait pas tiré d'enseignement de cette mésaventure, et était resté insouciant. On peut dire que la maturité féminine prématurée est une règle humaine qui s'applique aussi aux loups. »
-Alors, je raconte bien les histoires, n'est-ce pas ?
-Si tu es l'incarnation de la Mère des loups, c'est normal, si j'ose dire... Mais Yoru...
-Appelle-le "ojiisan" me coupa-t-elle d'un air malin.
-Si tu veux... en fin c'est bizarre de dire ça. Toujours est-il qu'il me semble drôlement gentil pour être le monstre sanguinaire que tu me décris...
-Si tu convaincs mon frère et ma mère, tu auras alors la possibilité de constater le présent de tes propres yeux. Mais si un d'entre eux te refuse son aide, alors tu peux dire adieu à tes chances de survies.
Cette pensée me fit froid dans les dos, mais je devais rester concentré pour survivre. Le soleil se leva et ses rayons illuminèrent la grotte, renforçant la présence de l'Aube à mes côtés. Après avoir ranger mes affaires, nous reprîmes la route vers Kumo.
I'm back ! Je m'excuse pour le laps de temps sans chapitre, mais avec les examens de fin d'années, ça devenait assez difficile, donc je n'ai pas pris le parti de poster ce que j'écrivais. L'avantage, c'est que j'ai déjà 7 épisodes de 3000 mots prêts, qui, je pense, vous plairons. Bref, à la semaine prochaine !
