Et la suite tant attendue!
Par contre, sachez que j'ai pris une décision, atroce, effroyable, horrible, infamiesque (si, ça existe è.é), mais qui s'avère cependant nécessaire... J'ai décidé de m'imposer une pause! Pour le moment du moins.
Ceux qui ne passent pas par ici pour la première fois savent que, normalement, il y a des chapitres à la suite, mais j'ai préféré les retirer sous les bon conseils de ma bêta-lectrice (les tomates à lancer sont pour elle ! :p) afin de me permettre de respirer sans sentir le poids
Je reviendrai pour la suite un jour, mais comme je ne sais pas quand, aussi bien faire ça propre et bien et éviter de trainer en hiatus encore des mois et des mois. Je m'étends davantage sur la note d'auteur suivant ce chapitre final pour ceux qui se soucient de comprendre le comment du pourquoi.

Merci à tout ceux qui se sont arrêtés pour lire cette histoire, que vous ayez commentez ou non, tout ça est visible pour les auteurs et ça compte énormément. Merci aux fidèles reviewers et tout particulièrement Éponyme Anonyme pour sa bêta-lecture du feu de dious, TheBoneyKingOfNowhere et Spaphira15, des bisous tout plein!

Je laisse néanmoins les RaR que j'avais faites à l'époque parce qu'il est simplement hors de question que je les retire :)

Eponyme Anonyme : Haha, je me disais bien que tu participerais à ce défi lancé dans le vide muahahaha! D'abord, chapeau d'avoir essayé, ensuite, la preuve est maintenant faite... mes titres de chapitres sonnes définitivement moins classe en français qu'en anglais et ce n'est pas faute d'une bonne traduction. Ma tendance instinctive a avoir privilégier l'anglais pour les titres s'avère donc officiellement payante! :p
Trois fois le tour de ton slip hein? Vais-je arriver à quatre en un chapitre d'ici la fin de la fic? Je suis prête à relever le défi commandant è.é

Pour ce qui est de Milie et son angoisse qui lui revient en pleine figure sans prévenir, je ne le voyais pas autrement. Ce qui s'est passé avec Elijah l'a beaucoup affectée et elle a surtout été en mesure d'en "guérir" grâce au temps, mais surtout au fait qu'elle le pensait mort pour de bon et qu'elle refusait de se laisser "hanter" par lui indéfiniment. Hors donc, apprendre que mister est toujours en vie vient forcément détruire tout son cheminement psychologique puisqu'elle avait tout basé sur le fait qu'il soit mort.
Daryl! Leader par défaut, en quelque sorte. Notre squirrel-hunter préféré n'est pas un leader. Il n'aime pas prendre les décisions qui génèrent de lourdes responsabilités, préférant être l'instrument des décisions des autres (à savoir Rick!), mais dans ce cas bien précis et avec Milie qui est complètement déboussolée, il est mit à l'avant malgré lui. Comme c'est carrément dit dans le chapitre : il est le mieux placé pour savoir comment faire face à tout ça. Il est le mieux placé pour faire parler Merle. Le mieux placé pour parler de cet autre groupe avec qui les hommes du groupe n'ont eu qu'un bref face à face contrairement à lui. Le mieux placé aussi pour aider Milie a se ressaisir, bien que, dans les faits, ce troisième point il n'y arrive pas vraiment. C'est davantage Ray qui a réussi de ce côté et cette petite surprise était tout à fait voulue! Alors oui, Daryl endosse le rôle, mais par défaut, parce qu'il le faut.

Et Ray! En effet, c'est l'homme parfait pour prendre toutes les informations et disposer les efforts au mieux. La guerre, c'est son champ d'expertise et je crois que c'est unanime, il était temps que ce cher Ray ait son petit moment de gloire! ^^
Merle qui se reçoit une bonne claque par son p'tit frère oui! Je pense qu'après tous ces chapitres de tension entre eux, il lui fallait un bon électrochoc. Brasser le linge sale en famille comme on dit et on est reparti sur des bonnes bases! Et puis, je ne pouvais pas laisser Merle en constant opposant, de un parce que ce serait trop nul, facile et sans profondeur, de deux parce qu'on finirait par en faire une écoeurantite aigüe! Je pense qu'entre les Dixon, qui sont deux êtres excessifs, tout est toujours noir ou blanc. La haine extrême ou la fraternité extrême! Sinon, la dernière fois que j'ai regardé, non, je ne suis pas un chat! XD

Ah mes adorables petits tourtereaux! On les inscrit pour l'award du couple de l'année pour les TWD Fandom-FR Awards 2012? La compréhension muette mutuelle est carrément leur caractéristique principale et ce qui fait définitivement leur force. Ce que je constate beaucoup dans les fics TWD (ou plutôt dans les traductions de Boney XD -à l'exception de Belle et Rebelle qui joue également beaucoup des silences implicites) c'est que l'OC reproche souvent à Daryl de ne pas se confier, de ne pas lui parler. Qu'elle ne peut pas le comprendre s'il ne lui dit rien et ça se retrouve à être l'un des enjeux majeur de l'histoire d'amour. Faire totalement l'inverse n'était pas mon but, la chose m'étant apparue plutôt naturellement selon le tempérament de Milie, mais j'aime beaucoup la différence que c'est venu donner à ma fic. Le fait qu'ils soient constamment d'accord, qu'il ne soit pas questions de disputent entre eux, de jalousie maladive à cause d'un tierce partie ou simplement le fait que le couple ne fonctionne pas parce que Daryl refuse d'admettre ses sentiments. Dans le cas de Milie et Daryl, le couple est sain, ils ne se mentent pas, ne se cachent pas non plus ce qu'ils ressentent lorsqu'il y a de la jalousie dans l'air ou autre, ils se disent ce qui doit être dit sans prendre de gants blancs et ils le font avec le bon nombre de mots et les gestes qu'il faut également. Ils sont ce qu'un couple doit être, à mon avis, pour bien fonctionner longtemps! Ce qui vient également trancher avec les autres Daryl/Oc que j'ai pu voir, c'est que ce n'est pas le couple qui dirige l'action de la fic, mais bien l'action qui dirige le couple. Ils font face aux événements plutôt que toujours être à leur origine et cette différence notable (je ne dis pas être la seule non plus à écrire ma fic de cette manière, je me réfère uniquement à ce que j'ai lu pour l'instant, c'est-à-dire les fics du fandom fr) me rend pas mal fière de ma fic, je le cacherai pas :p
Et je pense surtout que Merle sait quand son frère à tout sauf besoin de lui dans les parages pour agrémenter de ses remarques! XD

TheBoneyKingOfNowhere : Je pèse plus lourd qu'un épisode? La vache, je suis trop awesome! **se prend un mur**
Et ouais, comme déjà dit pour Eponyme, ce petit gag de "traduisons les titres" montre bien comment mes titres sont plus parlants en anglais! Certes, avoir décidé de les mettre en français, je n'aurais probablement pas choisi ces titres, mais tout de même, cet exercice était sympa dans la mesure où il montre bien que parfois on ne choisit pas l'anglais juste pour faire in ou faire plus cool! ^^

Muhahaha, imagine ma pauvre tête quand j'écris si juste lire donne le tournis au milieu de tout ça :o ... ouais nha serait un mensonge éhonté étant donné que les trucs s'annexent quasi tout seul les uns aux autres. Vive mon étrange cerveau *0*
Ah Daryl! Tes propos et ceux d'Eponyme à son sujet se rejoignent et se complètes! Depuis le début de la fic, Daryl est aller toujours de plus en plus en s'impliquant dans "la haute hiérachie" du groupe, ceci profondément lié avec sa relation avec Milie qui, oui, lui donne plus de confiance en lui. Le fait d'avoir une vraie relation avec une femme comme elle lui prouve que ce qu'il est, ce qu'il pense, ses opinions, etc valent quelque chose, autrement Milie ne l'aimerait pas!
Ahaha, THE réflexion Merlienne de ma fic jusqu'à présent, je l'adore aussi! Et comme déjà dit à Eponyme, oui Merle sait quand la fermer, mais en tirant sa référence à sa façon, tout de même ;)

Je ne sais pas si je vais creuser du côté "féminisme endurci" mais c'est vrai que c'est un thème qui pourrait être sympa à aborder. Faudrait que je vois ce que je pourrais en faire et surtout où le glisser dans ce que je prévois, mais je pense bien avoir ma petite idée (je vais te sacrer Muse number two!)
Un autre truc unanime haha, Ray/Milie, il était temps! Mais comme tu dis, ils sont tellement tête de mule (sans oublier l'ordre clair et net de Daryl qui a dit à Ray "laisse-la venir, tu vas la chercher encore quand elle veut pas et je te défonce la tête!" XD) que ça devait prendre un certain temps et un contexte qui se prêtait bien à leur réconciliation.

Sur ce blabla, profitez bien de ce chapitre car il n'y en aura pas d'autre avant une durée indéterminée e.e
Bonne lecture à tous et on se revoit un de ces quatre pour la suite de cette histoire que je refuse d'abandonner, mais que j'ai besoin de laisser dormir dans un coin avant de m'y consacrer de nouveau.


Chapter 21 ;; This is war

Le dos appuyé contre un arbre comme s'il cherchait à se fondre en lui, Daryl avait étiré le cou sur la droite de façon à voir ce qui se dirigeait vers eux. Deux hommes qui portaient chacun un fusil de chasse. L'un d'eux fumait si le chasseur en croyait le petit point rouge qui tranchait avec la noirceur de la nuit.
Ils avaient marché au moins trois heures dans la forêt avant de croiser un quelconque signe sur le sol. Ensuite, il n'avait plus suffit qu'à suivre la piste. Rien n'indiquait qu'ils se préparaient à attaquer la prison cette nuit. Parfait. Leur plan de les prendre par surprise allait donc fonctionner.
C'était d'ailleurs ce qu'ils s'apprêtaient tout juste à faire. Ces deux types avançaient tranquillement sans se douter de ce qui allait leur tomber dessus. Tournant la tête vers la gauche, Daryl jeta un regard à son frère lui mimant le chiffre deux avec ses doigts. Son ainé émit un mouvement du menton, signe qu'il avait compris.

« Tu penses qu'on va trainer encore longtemps dans le coin? On s'caille le cul à se promener dehors en pleine nuit. »
« J'sais pas. Tu connais le Boss. Faut toujours qu'il analyse tout dix fois. »
« J'espère qu'elles vont en valoir la peine ces nouvelles filles! »
« J'm'en foutrais presque de ça. T'imagine un peu quand on vivra là-dans? Pas besoin de surveiller le quartier tout le temps! »

Davantage concentré sur le son de leurs pas plutôt que sur ce qu'ils racontaient, Daryl n'eut pas besoin de regarder pour juger du moment opportun de leur bondir dessus. Lentement, imité presque en symbiose parfaite par son frère, il contourna son arbre pendant que les deux hommes avançaient. Lorsqu'ils auraient pu être en mesure de les voir, les deux frères se trouvaient de l'autre côté de leur tronc. À présent derrière les patrouilleurs, ils n'eurent qu'à les rejoindre aussi silencieusement que s'ils n'avaient jamais été là.
Pendant que Merle plantait sa longue machette dans le crâne du premier avec force, Daryl portait sa main gauche à la bouche du second pour l'empêcher de crier, glissant le couteau de chasse profondément dans la chair de son cou pour l'égorger. Quand il le relâcha, l'homme n'était plus en mesure d'émettre le moindre son. Il le laissa tomber lourdement au sol, Merle fouillant déjà les poches de son macchabé pour en extraire tout ce qui lui semblait utile. La chose lui apparaissant soudainement comme une bonne idée, Daryl fit de même avec le sien, auquel il restait encore un peu de vie. Il ne lui en restait plus pour longtemps cependant. La profondeur de l'entaille faisait couler le sang très rapidement.
Dans ses poches, le chasseur trouva un paquet de cigarettes à moitié entamé, un briquet, une pièce de vingt-cinq cents – sérieusement, il y avait encore du monde pour se trimbaler de la monnaie? – quelques cartouches pour le fusil de chasse et il prit finalement l'arme pour la passer à son épaule. Il fourra son butin dans ses poches, à l'exception de la pièce de monnaie. Les cigarettes seraient absolument délicieuses plus tard et le reste finirait assurément par servir, même si Daryl ne comptait pas user d'arme à feu ce soir. La discrétion était leur meilleur atout.

« Aller, on continue » murmura Daryl en se redressant pour s'éloigner.
« Tu lui troues pas la cervelle? »
« Si on a du bol, il se réveillera vite et ira en faire chier deux ou trois à not'e place. »

Et lorsque ces deux ou trois en question verraient un rôdeur à la gorge tranchée et non mordue, peut-être qu'ils seraient assez malin pour faire le lien avec eux. Peut-être pas non plus, mais d'une façon ou d'une autre, leur foutre un mort-vivant dans les pattes ne pouvait pas être mauvais.

Ils se remirent donc en route aussi silencieusement et rapidement que possible, s'enfonçant plus profondément dans la forêt. Ces deux-là n'étaient que les premiers. S'ils voulaient réellement faire suffisamment d'effet pour pousser le groupe d'Elijah à attaquer la prison dans les plus brefs délais, ils devaient se rapprocher du campement principal pour se faire remarquer un peu. Ou plutôt que les cadavres qu'ils comptaient laisser derrière eux se fassent remarquer.


Milie renifla, son bout de nez était rouge et glacé. Il ne faisait pas particulièrement froid ce soir, mais depuis que le soleil était couché, la température avait largement chutée et le fait d'être dans cette tour à ne pas bouger n'aidait en rien. Avec elle, se trouvait bien évidemment Andrea qui prenait vraisemblablement son rôle de leader très au sérieux, n'arrêtant pas de quitter son poste pour s'enquérir un peu des autres qui grelottaient assis dans un coin. À quelques mètres d'elle, se trouvait Maggie. Elle n'était pas d'une précision sans faille au tir, mais Rick et Ray avaient jugé qu'elle serait en mesure d'offrir un coup de main non-négligeable. Le tout était de savoir si elle saurait trouver la G.I. Jane qui sommeillait en elle, mais Milie ne s'inquiétait pas trop à ce sujet. Maggie était forte et possédait suffisamment de volonté pour y arriver si elle le désirait vraiment.
Talie menaçait de s'endormir à tout instant, enroulée dans une couverture, dans les bras de Rebecca, ses yeux lourds luttant pour rester ouverts. Elle sentait assurément que quelque chose d'important était en train de se produire, mais la fatigue commençait à l'emporter sur le reste. Carl, le chien couché le long de son côté gauche, s'entrainait à manier un couteau sous le regard attentif de sa mère qui avait visiblement peur qu'il se blesse avec à chaque mouvement qu'il faisait. Milie trouvait qu'il devenait de plus en plus habile, mais elle savait déjà que le faire remarquer à Lori ne serait qu'une perte de temps. Le révérend était perdu dans ses prières, ses lèvres remuant sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche. Carol et Beth étaient perdues dans un inventaire de tout ce qu'ils avaient mis dans des sacs pour s'assurer qu'ils n'oublieraient rien d'important le cas échéant.

Dans l'ambiance régnait une tension liée à l'attente, la peur et l'incertitude. Ils ne savaient pas précisément quand tout allait être déclenché. Ça faisait quatre bonnes heures que Daryl et Merle étaient partis et rien, en provenant de la forêt, n'était venu troubler le silence.
Sondant l'orée des bois de sa visée nocturne pour la millième fois, Milie commençait à ressentir l'impatience. Elle voulait que ça commence pour qu'ils puissent en finir. Elle avait toujours détesté devoir attendre. Ne rien faire. Juste rester bêtement là jusqu'à ce que les choses viennent à elle. S'il n'avait pas été question d'Elijah et de la peur viscérale qu'elle avait de se retrouver à nouveau face à lui, elle se serait débrouillée pour partir avec les frères Dixon. Eux, au moins, faisaient quelque chose et étaient en mesure d'être en contrôle de leur situation. Et puis, elle aurait été avec Daryl. Ne pas savoir où il était et ce qu'il faisait commençait de plus en plus à la tracasser. Elle savait qu'il pouvait se débrouiller sans elle. Que Merle était là et qu'il ne laisserait rien arriver à son petit frère sans se battre. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'être inquiète à son sujet. L'inconnu lui faisait imaginer des tonnes de scénarios dont l'issue ne lui plaisait pas le moins du monde. Non, cette nuit allait être une bonne nuit uniquement lorsqu'elle serait terminée.


Ils avaient encore mis deux bonnes heures avant de trouver une clairière de la forêt vraisemblablement occupée depuis quelques jours. Il y avait des camionnettes pour abriter les hommes et de faibles feux ici et là autour desquels une quinzaine d'hommes se massaient pour se réchauffer. Les hommes qui restaient – ou plutôt ce qui restait des hommes qui restaient – devaient probablement patrouiller tout le tour de la zone pour s'assurer qu'il n'y avait pas de rôdeur dans les parages.
Grimpé dans un arbre, des jumelles de vision de nuit contre le visage pour voir dans l'obscurité, Daryl termina son petit repérage avant de descendre de son perchoir aussi silencieusement que possible. Une fois pieds à terre, son frère lui redonna son arbalète. Ils avaient croisé deux autres duos de patrouilleurs entre temps dont ils s'étaient chargés sans accro, leur sang encore humide collant sur leurs vêtements.

« Alors? » murmura Merle.
« Tranquille. »

Ce disant, un coup de feu suivi d'un hurlement brisèrent le silence de la forêt. Le brouhaha déclenché dans le camp leur parvint et les frères s'accroupirent derrière un large buisson. Daryl eut un sourire.

« Espérons que c'est un de nos p'tits copains de tout à l'heure » s'enchanta l'ainé.

Deux coups de feu retentirent un moment plus tard. Ils avaient probablement tué le rôdeur et l'homme qu'il avait mordu. Daryl tourna la tête sur le côté pour bien tendre l'oreille en direction de la clairière qui se trouvait à un peu plus de cent-cinquante mètres.

« Chiasse, on dirait Johnny! »
« C'est parce que c'est Johnny, imbécile. »
« T'as vu ça, c'est trop net pour être une morsure… »
« Putain t'as raison, il a été poignardé on dirait. »
« Qu'est-ce qui se passe ici? » demanda une voix que Daryl n'eut aucun mal à reconnaître.

Poussé par une colère soudaine et incontrôlable, le chasseur se redressa, son corps déjà près à foncer jusqu'à cette voix pour lui trancher la gorge d'une oreille à l'autre avec son couteau. Cependant, il n'avait même pas fait un pas entier que Merle le happa par l'épaule de son gilet par balle, le tirant vers le sol sans ménagement.

« Fait pas le con p'tit frère, ils sont encore trop nombreux. »

« Johnny a été poignardé Boss, regarde. Et il a mordu Stanley. »
« Comment il a fait pour revenir sans avoir été mordu? »
« La véritable question c'est comment il s'est retrouvé poignardé si on est seul ici » reformula Elijah.
« … Comment? »
« Par un couteau abruti » répondit le psychopathe. « Ça veut dire qu'on n'est pas seul dans les parages. Trouvez-moi les cons qui s'amusent à nous tuer! »

Quelques ouais chef se dirent ici et là avant que les mouvements ne traduisent des hommes partant dans un peu tous les sens. Ça n'allait pas. Si ça continuait comme ça, ils y seraient encore au matin et ils en perdraient leur avantage de l'obscurité.

« Je vais y aller » décida Daryl, tout bas. « Quand il va voir que c'est moi ce sale malade va envoyer ses gars sur la prison juste pour me ramener la tête de Milie et voir ma gueule à ce moment-là. »
« Ou il pourrait juste te foutre une balle dans la tête. »
« Nha, c'cinglé marche au sadisme. Il m'tuera pas. Il va attendre de buter tous les autres devant mes yeux avant. Toi, t'fais pas choper. T'vas être ma cavalerie. »

Il lui jeta la sangle des jumelles de vision de nuit autour du cou, la main de Merle étant déjà occupée par un fusil.

« Fait pas de connerie. »
« Quoi? Me dis pas que t'as peur que Milie te botte le cul si je reviens pas en un morceau » sourit légèrement Daryl en ramenant son arbalète devant lui.
« M'fait pas peur ta femelle! » maugréa Merle. « Fait pas de connerie c'tout. »

Le sourire de Daryl s'élargit un poil de plus avant qu'il ne s'élance hors de leur cachette de fortune. C'était stupide. Cinglé. Suicidaire! Mais s'ils voulaient réellement mettre les choses en branle, il fallait le faire. C'était risqué. Rien ne disait qu'Elijah ne ferait pas comme Merle avait dit – soit lui foutre une balle entre les deux yeux – mais Daryl espérait ne pas avoir mal cerné ce sale psychopathe. Il se nourrissait de la souffrance des gens. Il ne le tuerait pas sans prendre le plaisir de le torturer encore une fois et le chasseur misait tout ce qu'il avait là-dessus.

Prenant une bonne respiration avant de réellement pénétrer dans la clairière, Daryl se retrouva un instant plus tard au milieu de l'agitation du campement. Ils étaient si occupés à chercher un planqué que les premiers hommes qu'il croisa ne firent même pas attention à lui. Il émit alors un petit sifflement pour attirer leur attention et lorsque quelques têtes furent tournées dans sa direction, Daryl pointa son arbalète sur le type le plus près de lui, puis tira. Le carreau alla se ficher directement dans son estomac et l'homme s'affaissa, portant les mains à son ventre tout en criant sa douleur. Un second chercha à braquer son arme sur lui et pour éviter qu'il ne lui tire dessus, Daryl lança son arbalète sur lui pour le déstabiliser. Il ficha une bonne droite à un troisième gars avant de se faire immobiliser, raflant quelques coups dans les côtes et sur le visage au passage.

« On l'a chopé Boss! » annonça l'un d'eux.

Se sentant tiré vers le haut, Daryl, qui avait été mis à genoux, dut se relever et suivre ses geôliers jusqu'à approximativement le centre du camp où Elijah était accroupi devant un feu, les mains tout près des faibles flammes. Il porta un regard au chasseur lorsqu'il fut suffisamment près pour être vu malgré l'obscurité et le psychopathe eut un sourire en le reconnaissant.

« Pas très malin ce que tu viens de faire » souligna-t-il en se frottant lentement les mains au-dessus du feu.
« J'suis pas reconnu pour être très malin » répondit simplement Daryl.
« Plutôt étrange que tu sois moins con en étant faible, affamé et déshydraté. C'est bien la première fois que je vois ça. »
« J'aime les surprises. »
« J'en déduis plutôt que Merle t'as trouvé avant de claquer » reformula Elijah en se redressant. « Je me demandais bien quand il allait me tourner le dos. Dommage, maintenant je vais devoir le tuer. »

Daryl, quant à lui, était à nouveau forcé de s'agenouiller. Il fut dépouillé de ses armes, ce qui se résumait au couteau de Milie et le fusil qu'il avait pris à un de ceux qu'il avait tué plus tôt, son arbalète déjà entre les mains de celui sur qui il l'avait lancée. Deux hommes le tenaient en joug avec leur pistolet, environ à un mètre de distance.

« Tu le trouveras pas dans le coin. Il est grippé. Il m'aurait servi à rien » bluffa le chasseur.
« Donc t'as décidé de te pointer tout seul et de tous nous tuer les uns après les autres? Comme je disais, pas très malin. »
« J'avais des comptes à régler qui concernent que moi. »
« Jouer les héros changera pas ce que t'es mon gars » assura le profileur sur son ton d'expert. « Les racailles dans ton genre restent des racailles toute leur vie. »
« J'suis pas là pour jouer au héros. J'suis venu chercher mon couteau. J'l'aimais bien ce couteau » contredit Daryl avec aplomb.

Elijah eut un nouveau sourire sadique, sortant le couteau qu'il avait à la ceinture de son étui. Il s'agissait bel et bien de celui de Daryl, il le reconnaissait parfaitement.

« Je l'aime bien aussi » certifia Elijah. « Je me suis beaucoup amusé avec et j'ai hâte de recommencer. Sur toi et sur l'enfoiré qui m'a tiré dessus aussi… Comment va ta copine au fait? »

Bien qu'il s'y attendait parfaitement, le visage de Daryl se referma d'un coup à la mention de Milie. Cela eut pour effet de faire sourire l'autre malade mental encore plus tandis qu'il tournait autour du chasseur, les yeux fixés sur la lame en acier. L'étincelle dans son regard montrait tout ce qu'il était en train d'imaginer qu'il ferait encore à Daryl avec ce couteau.

« J'espère que je lui ai manqué. »
« Elle m'a demandé de lui rapporter ta tête » mentit le chasseur.
« Oh vraiment? Juste la tête? Dommage. Et si on allait la rejoindre plutôt? J'ai très hâte de la voir. »

Gagné, fut le mot qui sonna dans son esprit alors que le traqueur joua de la comédie pour avoir l'air férocement contre cette idée. Il chercha à se remettre sur ses pieds, empêché par les deux chiens de garde d'Elijah.

« Je vais prendre ça pour un oui. »


Le temps était infiniment long et Milie avait maintenant perdu le compte des heures. Talie avait abandonné, plongée dans un sommeil profond. Les autres se seraient probablement endormi aussi s'il n'y avait pas eu ce petit froid pour les en empêcher. Il ne faisait pas suffisamment froid pour claquer des dents à outrance, mais juste assez pour être inconfortable à rester immobile et attendre. Il devait facilement approcher les deux ou trois heures du matin maintenant et elle n'allait pas tarder à se retrouver dans le même état que Talie si ça continuait comme ça. La fatigue de la nuit précédente ajoutée à ce début de nuit blanche commençait à peser lourd sur ses yeux plus aussi aux aguets qu'en début de soirée.

Luttant un peu pour les garder ouverts, la jeune femme leva soudainement la tête, oreilles tendues à l'entente d'un son particulier. Un moteur. Non, plusieurs moteurs. Puis, il y eut les phares qui émergèrent d'un sentier, se déployant graduellement autour du périmètre clôturé. Trois, quatre, cinq camionnettes et de chacune d'elle commençaient déjà à descendre des hommes.

« Ça y est ça commence » murmura Milie pour elle-même.
« Visez les phares » commanda Andrea.

Milie retira la vision de nuit de sa mire pour ne pas être aveuglée et tira un quart de seconde plus tard. Un phare éclata sous son tir, Talie s'éveilla en sursaut et plaqua ses mains contre ses oreilles, puis l'agitation monta en flèche au sein de leurs assaillants lorsqu'Andrea détruisit un autre phare. Maggie manqua sa cible à sa première tentative, mais l'eut à la seconde. Milie intercepta un sourire fier, qu'elle lui rendit avant d'appuyer à nouveau sur la gâchette. Une minute plus tard, l'obscurité avait de nouveau envahi l'orée des bois.
La jeune femme retourna à sa vision de nuit, évaluant rapidement le nombre d'attaquants. Environ une vingtaine. Tout était une question de vitesse. Il fallait les éliminer avant qu'ils n'approchent suffisamment la prison pour que leur avantage numérique puisse prendre le dessus. Ils possédaient plusieurs bons tireurs. Ils pouvaient y arriver.


De là où il se trouvait, Daryl pouvait voir la flamme des coups de feu à chaque détonation qu'il entendait. Il en venait d'un peu partout autour du bâtiment principal, signe que les hommes d'Elijah cherchaient à s'infiltrer de tous les côtés à la fois. Toujours cerné par ses deux vigiles armés, le chasseur espérait que son frère soit en forme et qu'il courait vite, autrement, il ne donnait pas cher de sa peau. Sans Merle, il n'avait aucune chance de se défaire de ce traquenard dans lequel il s'était lui-même fourré. Au moins, ça avait marché. Il avait poussé Elijah à agir quand eux étaient prêts. C'était le seul avantage qu'ils pouvaient avoir sur leurs envahisseurs.

« Ils sont en train de tous nous tuer » commenta un homme pendant que les cris de douleur transperçaient la nuit.
« Vous vous êtes plutôt bien préparés, je dois le reconnaître. Plus nombreux que je pensais aussi. »
« On a eu de la visite dernièrement » souligna Daryl pas mécontent de la tournure des événements.
« C'est pas grave » sourit Elijah. « Sors le missile antichar » fit-il à son homme avant de se tourner vers Daryl en lui glissant un clin d'œil joueur. « Je le gardais pour une occasion spéciale. »

Les yeux du chasseur s'écarquillèrent malgré lui. Il n'avait pas prévu que ce salopard avait de l'artillerie lourde avec lui.

« Je croyais que tu voulais la prison » tenta-t-il.
« C'est pour ça qu'il ne visera pas les murs. Joues-tu aux échecs mon cher Daryl? »

Il fronça les sourcils ne comprenant pas l'allusion. Elijah glissa les yeux sur son homme qui avait le lance-missile antichar à l'épaule.

« Prend-lui sa tour Peter. »

L'homme tourna le canon de son arme en direction de ladite tour où les tirs continuaient d'affluer et Daryl sentit son cœur se comprimer subitement, lui coupant le souffle.


Visant et tirant, Milie savait qu'elle ne tuait pas à chaque fois, mais elle atteignant sa cible plus souvent qu'autrement et c'était le principal. Les ralentir était pour l'instant la priorité. Ils auraient tout le temps de faire le ménage plus tard.

« MILIE! »

Le cri provenant de loin avait fait écho jusqu'à elle. Il avait dû être fort puisqu'elle arriva à le déceler au travers du boucan des coups de feu. Tout de suite, sans même savoir comment elle était si sûre d'elle et surtout sans chercher à le savoir, son instinct lui dicta de fuir.

« Fichez-le camp! »

Elle l'avait crié avant même de réellement réaliser que les mots avaient quitté sa bouche. Une fraction de seconde plus tard, elle entendait la détonation complètement différente de celle des précédents coups de feu. Ce son, elle le connaissait. Et elle ne l'aimait pas du tout. C'était du lourd.
Brusquement, le temps fut comme suspendu. Elle vit le révérend – le plus près des escaliers – filer vers la sortie pour descendre dans le bâtiment. Il était suivi de Lori et Carl. Ils étaient presque à la première marche quand elle le sentit. Ce sifflement dans ses oreilles, suivi instantanément d'un énorme tremblement. Sous ses pieds, sur les côtés, tout autour d'elle. Un coin de la tour vola en éclat dans un bruit infernal ainsi qu'une tempête de poussière, de béton et de vitre brisée. Son corps s'éleva dans les airs avant de percuter violement un coin de béton épargné. Elle sentit la brûlure des écorchures quand des morceaux de verre lui frôlèrent la peau.
Une tonalité aigue, trainante et agaçante tinta dans ses oreilles, coupant tous les sons de la bataille qui continuait d'être livrée. Elle secoua la tête, ça n'y changea rien. Elle se releva avec peine, son corps refusant de lui obéir totalement. Puis, les pleurs de Talie passèrent par-dessus cette impression de sourdine tout juste avant que ses oreilles se remettent à entendre normalement. S'éveillant d'un coup de sa léthargie, Milie vit Rebecca et Carol coincées sous des morceaux de béton.

« Beth! BETH! » hurla Maggie toute aussi amochée qu'elle en se jetant sur le tas de débris pour chercher sa sœur.

Milie s'y dirigea également. Andrea avait repris son arme et continuait de tirer. Carl, Lori et le révérend les avaient rejoints, ainsi que le berger allemand qui reniflait déjà un peu partout autour d'où se trouvait Maggie. Ce chien était décidément intelligent. Milie ne se demanda pas comment elle le savait, encore une fois, mais elle savait que l'animal cherchait trace de Beth qu'il était impossible de voir pour le moment. Lori attira Talie à elle, tenant son vendre rond de son autre main. L'explosion avait dû lui faire tout un choc ainsi qu'au bébé, mais il y avait plus urgent à penser pour l'instant. Comme débarrasser Rebecca et Carol des débris. Ce qu'elle s'employa à faire avec Carl et le révérend Reynolds.


Daryl ne respirait plus. Témoin impuissant, il avait regardé, sans vraiment la voir en raison de la noirceur, une partie de la tour se faire réduire en miettes sous le souffle de l'explosion du missile portatif.

« Elle se trouvait là? » demanda Elijah.

Le chasseur avait presque cru entendre un sentiment d'inquiétude dans cette question, mais il n'en était pas certain. Son sang battait si fort dans ses tempes qu'il avait du mal à discerner les sons autour de lui. Milie. Milie était dans cette tour qui venait se faire déglinguer. Et pas seulement Milie. Les femmes, les enfants. Et ça avait été son idée de les envoyer là. Il avait été si certain que ce serait l'endroit le plus sécuritaire. Tout juste avant que l'autre type ne fasse feu, il avait crié sans pouvoir se retenir. Il avait crié son nom aussi fort qu'il en avait été capable. Est-ce que ça avait fait une différence? Est-ce que cette fraction de seconde allait être en mesure de tout changer? L'avait-elle seulement entendu?
Sous le choc, aucune réponse n'arriva à franchir ses lèvres. Pas qu'il souhaitait spécialement répondre à cet enfoiré de première, mais même s'il avait voulu, c'était comme s'il venait d'être soufflé par l'explosion lui aussi. À demi conscient de ce qui se passait, Daryl vit Elijah sortir un pistolet, le pointer sur la tête du tireur de missile et appuyer sur la détente. S'il avait été en mesure d'y réfléchir, le chasseur se serait dit que celui qui méritait une balle dans la tête pour ça, c'était Elijah.
L'homme, raide mort, s'affala lourdement au sol, son arme tombant avec lui. Qu'est-ce que ça changeait? Un missile antichar venait d'exploser sur la tour!


Poussant un dernier bloc avec Carl, Milie arriva à dégager la jambe de Carol qui se mordait les lèvres pour éviter de se lamenter sur la douleur. Rebecca avait une blessure à la tête, tenant son bras droit contre elle. Le révérend se pencha et passa un bras de Carol autour de ses épaules afin de l'aider à se lever sans qu'elle n'ait à mettre de poids sur sa jambe blessée.
À côté d'eux, Maggie déplaçait frénétiquement des débris, les larmes coulant silencieusement sur ses joues. Carl avait déjà commencé à lui prêter main forte et Milie s'y mit également, se tournant tout de même vers les autres l'espace d'un instant.

« Descendez rejoindre Rick avant qu'on se reçoive autre chose, on vous suit! »

Qu'ils tirent un autre de ces trucs ou non, il était préférable de ne pas rester là, juste au cas où.

« Carl, viens » commanda sa mère.
« Faut trouver Beth » contredit le gamin, continuant de déterrer les débris aussi vite qu'il en était capable.
« Je m'occupe de lui, fichez le camp » intima à nouveau Milie, déjà un bloc en main pour le repousser plus loin.
« Carl » insista Lori.
« Non, Beth! » s'entêta l'enfant.
« J'te le ramène en un morceau c'est promis » assura la jeune femme qui ne trouvait pas que le moment était bien choisi pour une petite discorde entre mère et fils. « Dégagez! »

Les principaux intéressés s'engouffrèrent dans les escaliers, Lori entrainée bien malgré elle par Rebecca – qui tenait Talie dans ses bras. Andrea continuait de tirer sur tout ce qu'elle était en mesure de voir. Carl, Maggie et elle bougèrent du béton pendant ce qui lui sembla une éternité avant de finalement entrevoir un bras à l'instant où le chien aboya pour le signaler. Le cœur de Milie se serra. À la position du bras, il était assurément cassé. Maggie ne faisait plus que pleurer en silence. Ses lamentations s'élevèrent de plus en plus, jusqu'à ce qu'un cri ne la traverse de part en part lorsqu'ils découvrirent le visage ensanglanté de l'adolescente. Son expression figée, ses yeux ouverts et vitreux ne signifiaient qu'une chose. Le pire était surtout qu'ils n'avaient pas le temps de s'y attarder. Milie se pencha sur Maggie qui remuait sa sœur comme elle le pouvait pour lui commander de se réveiller.

« Maggie, viens, c'est fini. »

Un non étranglé de sanglots lui parvint et Milie dut inspirer pour ne pas se laisser gagner par la peine de la jeune femme. Pas qu'elle ne la ressentait pas. Ce n'était pas le moment. Carl était déjà touché, quelques larmes coulant sur ses joues d'enfant.

« Carl ramasse le sac d'armes et mon fusil. Andrea faut qu'on s'en aille! »

La blonde tira encore deux fois avant de se retourner. Carl avait passé le sac dans son dos et tenait le fusil de Milie entre ses mains, prêt au commandement suivant bien que ses yeux rouges traduisaient toute sa peine face à la perte tragique de Beth. Puis, Andrea vint l'aider à tirer Maggie vers les escaliers. Quand l'ainée des filles Greene fut suffisamment près de la première marche, Milie sortit son pistolet. Elle fit signe à Carl de s'en aller, ne tenant pas vraiment à ce qu'il voit ça. Elle avait parcouru des kilomètres pour donner cette considération à Daryl lorsqu'elle l'avait cru mort. Elle ne pouvait pas laisser Beth devenir l'une de ces choses non plus. Alors elle tira, non sans un regard peiné pour la jeune blonde, avant d'aller dévaler les escaliers aussi rapidement que possible pour rattraper les autres.


« Bon… » fit Elijah au bout d'un long moment à fixer l'homme de main qu'il venait de tuer. « C'est un contretemps fâcheux. Très fâcheux. Je me faisais une telle joie de la revoir. »

Tremblant de rage, Daryl leva les yeux sur lui. Il ne savait pas sur quoi il devait être le plus en colère. Le fait que ce fou ait tiré sur Milie avec un missile ou qu'il soit si obsédé à propos d'elle. D'ailleurs, il ne comprenait pas d'où il pouvait sortir un tel attrait pour Milie. Elle n'avait sûrement pas été sa seule victime depuis les débuts de l'épidémie… ou même avant ça.

« Boss, on arrive pas à s'approcher des entrées, on se fait canarder de partout. »
« Recharge » ordonna-t-il simplement en pointant le lance-missile du menton.

L'envie de se jeter sur ce malade ne manquait pas à Daryl, mais il était toujours tenu en joug par deux fusils de chasse pointés directement sur sa tête. Il n'aurait pas l'occasion de faire un geste que sa cervelle exploserait et il ne serait pas plus avancé.
Entre-temps l'homme s'était exécuté sans un commentaire. Le chasseur nota que l'air d'Elijah avait changé. Comme si… oui, il aurait juré que l'annonce de Milie dans la tour l'avait profondément touché… d'une manière qui ne faisait qu'accentuer cette étincelle de folie qu'il avait constamment dans le regard.

« Détruis-moi cette saloperie. »
« Quoi, mais Elijah… on est venu pour- »
« Fous-moi cette merde par terre ou c'est toi que j'explose! » coupa le chef complètement hors de lui.

Comprenant qu'il n'avait pas trop le choix s'il ne voulait pas finir comme le dernier qui avait eu cette arme en main, l'homme concerné dirigea le canon du lance-missile vers la prison, visant le milieu du bâtiment principal.
Soudain, il y eut un coup de feu, le son s'apparentant à celui d'un pistolet. L'homme cria à la fois de surprise et de douleur, sa jambe touchée – au mollet si Daryl se fiait à la façon dont sa posture se modifia à l'impact – cédant sous son poids. Le canon de l'arme dévia, le coup partit tout seul et alla s'abattre sur l'extrême droite de la prison. Il y eut ensuite deux autres coups de feu. Les deux geôliers de Daryl tombèrent l'un après l'autre.
Le cadet Dixon avait à peine réalisé ce qui venait de se produire que l'aîné émergeait de l'ombre, sa machette en main. Il se jeta sur Elijah dans un cri violent et sauvage, se servant de tout son poids et de son bras sans main pour jeter le psychopathe au sol. Il lui planta immédiatement la machette au travers de la main, l'ancrant profondément dans le sol sous le hurlement de souffrance d'Elijah.

« J'te ramène tes jouets p'tit frère » sourit Merle en se servant toujours de son poids pour garder Elijah au sol.

Daryl sembla soudainement se réveiller de sa torpeur bien que le tout n'ait duré que quelques secondes. Il se jeta sur le premier que son frère avait eu – le touché au mollet – et batailla un peu avec lui avant d'arriver à lui prendre son pistolet et lui tirer une balle dans le crâne.
Les deux frères se retrouvèrent alors seuls avec Elijah, le reste de ses hommes en train d'essayer de conquérir la prison dont la droite était en flammes à cause du dernier tir de missile antichar.
Daryl prit son arbalète qui était accrochée à l'épaule de son frère, la passant dans son dos. Il vit le couteau de Milie, dans son étui, à la taille de Merle, dans son dos, entre son pantalon et sa ceinture. Il avait probablement dû prendre en chasse le type qui l'avait désarmé pour reprendre son dû. Le plus vieux mit la main sur le couteau que portait Elijah a sa ceinture. Il lui arracha et le tendit à son jeune frère.

« C'est le moment de lui faire payer ce qu'il t'a fait. »

Son sourire devint un peu plus sadique. Le Merle vengeur était bien là devant lui. Dans ses yeux, Daryl pouvait voir combien il se retenait de le faire lui-même. Mais le cadet avait été clair. Elijah était à lui et à lui seul.
Le chasseur empoigna son couteau et le sortit de son étui en cuir, accrochant celui-ci à sa ceinture. Merle s'écarta un peu pour lui laisser le champ libre, le psychopathe continuant de se tordre de douleur sous lui. Daryl glissa les yeux sur la prison. La tour en ruines était invisible dans le noir. Le hangar à droite était en flammes. La prison, leur refuge depuis des mois, leur maison, ravagée. Ils n'avaient rien pour combattre ce feu. Ce qu'ils avaient mis des semaines à construire partait en fumée. Milie, dans cette tour en miettes. Avec les femmes, avec les enfants. La sensation de l'acier froid se fichant dans sa chair, glissant très lentement pour qu'il ait bien le temps de la sentir passer… Déjà trop de raisons pour ne pas se laisser aller à la douce tentation de lui rendre ne serait-ce qu'une infime partie de toute la souffrance qu'il leur avait occasionné.

Daryl se pencha donc sur Elijah, impuissant pour la première fois depuis qu'il l'avait rencontré. Il déchira la veste, la chemise et le t-shirt à l'aide de son couteau nouvellement retrouvé. Son couteau. Celui-là même qui avait pénétré sa peau et ouvert chacune de ses vieilles cicatrices. Oh oui, il allait au moins lui rendre ça pour le peu que ça allait durer pour ce diable personnifié.


Le chaos avait atteint son paroxysme avec cette seconde explosion qui avait heurté le hangar. Ils venaient tout juste de rejoindre Rick lorsque c'était arrivé et le shérif avait sonné la retraite. Il fallait rejoindre les véhicules qu'ils avaient préparés en cas de fuite pour s'éloigner le plus vite possible de cet énorme merdier. Milie et Andrea avaient été désignées pour aller chercher le reste des hommes, pendant qu'il menait les femmes et les enfants près du hangar où demeuraient les véhicules. En espérant qu'ils n'aient pas été touchés.
Ayant déjà averti T-Dog, Glenn et Hershel – sans avoir eu le courage de lui annoncer la mort de sa fille cadette – la jeune femme cherchait maintenant Jake. Andrea devait se charger de Ray, Noah, Travis et Jackson qui se trouvaient dans la direction opposée.
Elle trouva le sergent campé dans un angle particulièrement difficile d'accès où il n'y avait que peu d'espace pour manœuvrer des tirs précis, surtout dans la nuit. Mais le soldat était toujours debout, c'était signe qu'il s'en sortait bien.

« Jake! C'est foutu, on s'en va! »

Il tira une dernière fois avant de s'arrêter prestement dans son geste, le réflexe de retraite totalement ancré en lui comme une seconde nature. Normal étant donné sa formation militaire. Lorsqu'on annonçait que la position devait être abandonnée, ce n'était pas pour demain. Ils s'engouffrèrent dans la prison, s'accroupissant au passage de fenêtres pour rejoindre le hangar le plus vite possible. Milie sentait son corps endolori être réticent à chaque mouvement, mais elle serra les dents sans décroitre dans sa vitesse d'exécution.
Ils croisèrent Andrea avec Noah et Ray avant de tous arriver au hangar en flammes. T-Dog était déjà derrière le volant du pick-up, avec Rebecca et Talie assise sur les genoux de sa tante encore les mains sur les oreilles. Rick conduisait la voiture de Carol avec la femme à son bord, ainsi que Lori et leur fils. Glenn montait derrière le volant de la voiture de Maggie, la jeune femme complètement absente sur le siège passager et Hershel montant derrière. Travis était à bord d'une petite jeep qui portait les sigles de la prison – comme le pick-up – en compagnie du révérend. Noah rejoignit le pick-up. Andrea et Ray allèrent monter dans la jeep. Jake fit un mouvement pour rejoindre la voiture de Maggie, mais Milie l'attrapa par le bras.

« Attend, faut prendre la moto. »
« On a pas le temps de sauver les meubles! »
« Daryl va nous tuer si on la laisse là! »

Elle se dirigeait déjà vers le véhicule deux roues et grimpa sur l'engin.

« Woh woh, attends, t'as déjà conduit un de ces trucs? »
« Non » admit-elle sans détour.
« Alors pousses-toi » intima le sergent en roulant les yeux. « Je crois pas qu'il sera plus content si tu lui fais sauter sa boite de vitesse. »

Le feu s'approchant dangereusement de l'énorme réservoir d'essence, Rick donna le signal d'envoi en sortant le premier du bâtiment. Ils avaient déjà convenu d'une petite ville complètement à l'opposée du campement d'Elijah si jamais les choses tournaient mal, ils savaient donc tous où ils allaient.

« Comment on va faire pour retrouver Daryl dans ce foutoir? » demanda Jake d'une voix forte en démarrant la moto.

Milie fut perdue pendant une seconde. Ils ne pouvaient pas se mettre à chercher dans tous les sens. Daryl et Merle savaient également la ville où ils devaient se rendre, mais ils ne pouvaient pas savoir qu'ils avaient pris la décision d'abandonner la prison. Puis, la solution lui apparue, en espérant que Daryl saurait la comprendre. Elle siffla le chien qui sauta immédiatement du lit du pick-up, bien que celui-ci commençait déjà à rouler pour suivre la filée de véhicules.

« Trouve Daryl » ordonna-t-elle au chien. « Aller, va chercher Daryl! »

Le chien la fixa dans les yeux pendant une seconde avant de s'élancer à la course.

« Tu crois qu'il a compris? » demanda Jake.
« Je sais pas. J'espère… »

Le soldat embraya la moto et Milie s'accrocha à sa taille quand l'engin décolla, fermant le convoi en fuite.


Elijah hurlait à en perdre la voix quand le souffle lui manquait. Les doigts de Daryl avaient du mal à rester agrippés au manche du couteau à cause du sang poisseux. Il ne se contentait pas de lui entailler le corps, non, il lui tranchait des lambeaux de peau, l'écorchant vif avec une certaine étincelle de contentement dans les yeux. Le faire souffrir. Bien comme il faut, au moins quelques minutes. Juste pour qu'il sache ce que ça faisait.
Entre deux découpages, Elijah tourna la tête en direction de Merle qui se contentait de le garder immobile depuis que son frère avait commencé à lui infliger sa vengeance.

« Dire que je t'ai sauvé la vie quand personne voulait de toi » cracha-t-il au manchot.
« T'as torturé mon p'tit frère. Maintenant que t'sais ce que ça fait, j'crois que tu captes qu'on est quitte enfoiré » répondit Merle avec une haine bien sentie.
« J'ai fait tellement plus beau avec elle » s'égailla follement Elijah au milieu de sa douleur. « La meilleure baise de ma vie! »
« Pourquoi salopard? Parce qu'elle a refusé de te donner jusqu'à son âme?! » gronda Daryl en enfonçant sa lame une fois de plus dans la peau de son torse.

Elijah rit. Comme si toute cette douleur avait fini par ne plus l'atteindre tellement il avait déjà souffert.

« Non. Justement parce qu'elle me l'a donnée. »
« Ouais bha, c'est pas de bol » fit Daryl aveuglé par la rage en rangeant son couteau ensanglanté dans son étui. « Parce que je viens reprendre ce qui est à moi. »

D'un visage froid et soudainement sans expression, Daryl se saisit de la machette toujours fichée dans la main du psychopathe. Il l'arracha brusquement de là, soutirant un autre cri de douleur à sa victime, avant de l'abattre d'un coup sec sous le menton d'Elijah. La tête se détacha du corps dans un giclement de sang qui vint éclabousser le visage du chasseur et un peu celui de son frère qui n'avait pas détourné les yeux une seconde du spectacle.
Du mouvement s'approchant à la course le fit prendre le pistolet par terre à côté de lui pour le braquer sur la source du bruit. Le berger allemand émergea de la pénombre s'arrêtant subitement lorsqu'il fut près de Daryl. Celui-ci fronça d'abord les sourcils, se demandant ce que l'animal pouvait bien faire là, lorsque, en redressant un peu plus la tête, il vit la filée de phares qui s'éloignant dans la direction qu'ils avaient au préalable convenue. Puis, il ramena les yeux sur le chien et eu un sourire. Il n'y avait qu'une personne qui aurait pu avoir cette manière de les avertir. Elle avait survécu.

« Allez, on se casse d'ici » somma le cadet en s'appuyant sur ses genoux pour se redresser.

Pendant que son frère ramassait les armes qui trainaient autour d'eux, Daryl glissa les yeux sur ce qui restait d'Elijah. Comme si ça lui apparaissait comme la chose la plus normale du monde, il se pencha, empoigna la tête par les cheveux et se releva à nouveau. Merle jetait quelques fusils sur la banquette arrière de la camionnette la plus près. Daryl alla se mettre derrière le volant, lançant la tête au pied de la banquette derrière lui pendant que son frère refermait la porte coulissante. Le chasseur tapota sa cuisse et le chien sauta sur ses genoux pour grimper à bord avant de filer sur la banquette où se trouvaient les armes. Merle contourna le véhicule, s'installa côté passager et Daryl lui confia son arbalète avant de mettre le contact.

« Ça s'est pas trop mal passé » commenta l'aîné.
« Ouais, pour nous en tout cas. »

Qu'il ait maintenant la certitude que Milie avait survécu à cause du chien venu les alerter, ça ne voulait pas dire qu'il n'y avait pas eu de perte et surtout pas dans la tour vu ce qui s'y était abattu. Alors qu'il y avait à peine un kilomètre entre la camionnette et la prison, ils purent entendre une énorme explosion. Merle se retourna d'un bloc et Daryl jeta un œil au rétroviseur pour voir les flammes monter haut dans le ciel avant de subitement disparaitre. Le hangar avait dû exploser en raison du mélange prévisible de l'essence et du feu. Un maigre prix de consolation, ces enfoirés ne profiteraient pas plus de la prison qu'eux.


Ils avaient roulé pendant plus d'une heure, le calcul approximatif préétabli ayant été d'une heure et demie, pour atteindre la ville. Tout le long, Milie eut un regret d'avoir décidé de prendre la moto. Il faisait un de ces froids sur cette chose! Toutefois, c'était bien là le dernier de ses soucis. Elle était morte d'inquiétude pour Daryl et Merle. Elle espérait de tout cœur qu'ils s'en soient sortis de leur côté.
Par chance, l'endroit était désert et ils ne croisèrent que quelques rôdeurs, relativement inoffensifs en raison de leur nombre retreint et ce par quoi ils venaient de passer. Ayant déjà choisi une rue résidentielle dans leur plan de retraite afin d'être bien certains de se retrouver en cas de séparation, ils avaient garé les véhicules les uns derrière les autres, ne sortant que les bagages indispensables pour l'instant, tous complètement fatigués et déboussolés par la perte de Beth et également celle de Jackson. Sous l'enchainement rapide des événements, Milie n'avait même pas remarqué que le soldat manquait à l'appel au moment de fuir la prison. Elle n'avait pas demandé comment il était mort et n'était pas certaine de vouloir le savoir. À quoi bon? Il était mort, c'était la seule chose importante à savoir. Ils avaient pris une maison au hasard qui semblait suffisamment grande pour tous les accueillir temporairement. Ils investirent le salon pour commencer et verraient plus tard pour se trouver des endroits où dormir.
Malgré la perte terrible de sa fille cadette, Hershel se plongea dans son savoir médical afin de soigner les blessés, aidé par le révérend Reynold et Lori. Ce devait être la façon que le vétérinaire avait trouvée pour faire face à la peine insoutenable qu'avait dû créer en lui la mort de Beth. Noah tenait Talie contre lui, cherchant à la réconforter comme il le pouvait, mais son expression absente soulignait combien les événements de cette nuit l'avait secoué et choqué. Glenn faisant plus ou moins la même chose avec Maggie qui avait recommencé à pleurer en silence. Rick, Carl, Andrea et le reste des hommes sécurisèrent la maison en priorité, barricadant comme ils le pouvaient toutes les entrées à l'exception de la porte principale. Ils attendraient le retour des Dixon pour ça.

Tournant en rond devant l'entrée, Milie ne savait pas quoi faire d'autre. Chaque minute lui apparaissait incroyablement longue. Jusqu'à ce qu'elle entende le son d'un moteur. Un sourire soulagé se dressa sur ses lèvres alors qu'elle s'emparait de l'une des lampes solaires qui servait à éclairer faiblement la pièce.
Elle sortit sur le porche, brandissant la lampe de gauche à droite afin que les frères repèrent aisément la maison qu'ils avaient choisi de squatter pour s'abriter. Le véhicule ralentit sa course et s'arrêta derrière la moto.

« Ah putain, j'étais sûr de jamais la revoir celle-là! » se réjouit Merle en caressant le siège de sa bécane une fois sorti de la camionnette.

Il eut à peine le temps de se tourner vers la maison que Milie se jetait contre son poitrail pour le serrer avec force, lui enfonçant presque la lampe dans le dos.

« Qu'est-ce tu fous, dégage! » grincha Merle en la repoussant d'un geste brusque.
« Je suis tellement contente que tu sois vivant! » s'exclama Milie avec sincérité.

La véracité du sentiment sembla réellement surprendre Merle, mais la jeune femme ne s'y attarda pas. Elle fonçait déjà vers Daryl qui venait de faire coulisser la porte arrière de la camionnette pour faire sortir le chien. Comme Merle, il n'eut pas vraiment le temps de réagir, que déjà Milie lui sautait dessus, enroulant ses bras autour de son cou et ses jambes autour de sa taille, l'animal tournant autour d'eux comme s'il voulait s'immiscer entre eux. Daryl glissa les mains sous les fesses de Milie par réflexe pour la soutenir et s'éviter de perdre l'équilibre. Aucun mot ne put franchir ses lèvres qu'elle l'embrassait déjà avec passion, ne se détachant de sa bouche que lorsque le souffle commença à lui manquer.

« J'ai vu la tour » dit directement Daryl. « Ça va? »
« Moi oui » répondit-elle en ramenant ses pieds au sol sans pour autant se détacher de lui.
« Qui? »
« Beth… et on a perdu Jackson aussi » annonça la demoiselle avec tristesse.

Il lui caressa amoureusement la joue, passant tout doucement le pouce sur quelques écorchures dues à l'explosion et elle l'imita. Il avait une arcade sourcilière fendue et son œil naturellement poché qui lui donnait son air de dur à cuire était gonflé et commençait déjà à prendre une teinte plus foncée.

« Qu'est-ce qui t'es arrivé? »
« Ah le plains pas » interrompit Merle qui auscultait sa moto adorée avec soin pour voir dans quel état elle se trouvait. « Ce sale con s'est fichu dedans tout seul! »

Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas et Daryl se contenta d'hausser les épaules.

« Je te raconterai » promit-il, lui assurant ainsi qu'ils verraient ça plus tard. « Et j'ai un truc pour toi. »

Son visage se plissa davantage. Là, elle était complètement perdue. Le pisteur se détacha d'elle, retournant à la camionnette. Il en sortit d'abord le couteau de chasse qui avait appartenu à son père. Elle eut un rire agrémenté d'un sourire en le prenant. Puis, lorsqu'elle vit la tête sans corps, elle eut un mouvement de recul, à la fois surprise et paniquée.
Ces yeux, qui l'avaient pénétrée aussi sûrement que le membre viril qui fut, à une époque pas si lointaine, attaché à cette tête que tenait Daryl par les cheveux, étaient ouverts, teintés d'un voile blanc. Ils bougeaient. La mâchoire cherchait à mordre Daryl sans arriver à grand-chose. Quand la surprise se dissipa, oui, Milie reconnut la tête d'Elijah, à la fois morte et vivante, qui s'évertuait à faire la seule chose qu'elle songeait à faire, dévorer de la chair.
Elle ne savait pas si elle devait être horrifiée ou soulagée. Horrifiée que Daryl ait trainé une tête morte-vivante avec lui pour lui en faire cadeau. Ou soulagée que le démon qui hantait encore certaines de ses nuits soit bel et bien mort cette fois-ci.

« Qu'est-ce que tu fous avec ça? » demanda-t-elle abasourdie.
« Prend ton couteau et plante-lui bien comme il faut dans le crâne » dicta Merle de sa moto comme s'il lui donnait le mode d'emploi pour allumer un four à une température précise. « Ça va t'faire du bien. »

Après avoir tourné les yeux sur Merle au moment où il avait parlé, Milie les ramena sur Daryl qui hocha de la tête en signe d'appui. Elle qui arrivait à comprendre plutôt bien les Dixon, elle n'était pas certaine de les comprendre sur ce terrain là.
Pourtant, une partie d'elle avait cruellement envie de le faire. À demi-absente, s'en rendant à peine compte, elle avait sorti son couteau de son petit fourreau. Daryl étira et banda le bras, près à encaisser la force du coup qui allait être porté. Son bras à elle s'éleva de lui-même et prit son élan avant d'enfoncer solidement, d'un geste net, la lame dans le crâne du diable. Entendre les os du crâne se rompre fut à la fois dégoutant et incroyablement libérateur. Elle retira ensuite le couteau et Daryl usa de tout son corps pour lancer la tête aussi loin que sa force le lui permettait. À cet instant, Milie se sentit respirer à nouveau. Comme si elle avait eu la tête sous l'eau pendant des semaines. Comme si une partie d'elle qui avait disparue était brusquement revenue, créant une onde de choc troublante, mais agréable, dans tout son être. Il était vraiment mort. La maison qu'ils avaient mis tant de temps à se bâtir était détruite. Ils avaient perdu Beth et Jackson. Sans oublier, Charlie et Marshall. Elle avait tué Spencer et Mark. Les autres avaient déjà souffert de nombreuses pertes avant qu'elle ne les rencontre. Plusieurs pages venaient d'être tournées et pas des moindres.
Il ne leur restait presque rien. Pourtant, pour la première fois depuis longtemps, Milie se sentait réellement optimiste. Elle s'en était sortie. Daryl se rapprochait à nouveau pour l'étreindre sans retenue malgré la présence de son frère. La mort de Beth et Jackson était terrible oui, mais elle se sentait également totalement heureuse que ça n'ait pas été Daryl. Elle ne pouvait s'en empêcher.

« Qu'est-ce qu'on va faire maintenant? » demanda-t-elle tout bas.
« Se trouver une nouvelle maison et y vivre. Quoi d'autre? »

Elle sourit, fermant les yeux. Elle repoussa le passé derrière, rejeta le futur devant et, juste un instant, se contenta de savourer et vivre ce présent, là, dans les bras de l'homme qui avait su lui réapprendre à vivre plutôt qu'à se contenter de survivre.

THE END