Chapitre 21 : Engagement
Jusqu'au 22 décembre, Meredith vit Ignatus chaque jour pour le thé, ils n'étaient jamais seuls. Au fil des jours, Meredith avait vu défiler les plus proches parents d'Ignatus, ils n'étaient pas très à l'aise, mais ne semblaient pas reprocher à Ignatus de se marier avec Meredith. Les Moon et les Prewett avaient acheté ensemble une maison pour les jeunes fiancés, Meredith ne l'avait pas encore vue. Selon Ignatus elle était charmante et possédait un grand jardin avec de vieux arbres, c'était ce qui intéressait le plus Meredith. Edgar aimait tellement les arbres. Selon les Moon par contre, la maison était trop petite et ne faisait pas très noble.
–Il faudrait faire quelques travaux pour la mettre au même niveau que nos autres maisons, lui avait dit Marine.
–Nous le feront, déclara Meredith.
Au matin du 22 décembre, Meredith attendait devant la porte d'entrée une sacoche dans une main et Edgar dans l'autre. Pour la première fois depuis plus d'un an, Meredith allait sortir de la maison. Pour la première fois de sa vie, Edgar allait sentir le vent directement sur sa peau. Enfin presque pas, puisque il était emmitouflé dans ses vêtements.
–Nous pouvons y aller ? demanda Marine.
–Oui nous avons tout, déclara Vilmée.
–File, on te rejoint, ordonna-t-elle.
Vilmée disparue aussitôt.
La porte s'ouvrit devant Meredith, Edgar repoussa son cache-nez pour mieux voir se qui se passait. Meredith suivit sa mère dehors.
–Mira et Greatchen sont sûrement déjà arrivées, dit Marine indifférente à l'émotion de sa fille.
Elle leva sa baguette et aussitôt le magicobus apparu.
–Il fait froid ? demanda Meredith à son fils.
Celui-ci poussa un gazouillement tellement fort qu'il fit sursauter sa grand-mère.
–Allez, montez, dit-elle.
Ils montèrent à bord du bus. Marine donna l'adresse de ses beaux-parents et le bus s'ébranla. Edgar gazouilla de plus belle.
–Tu aimes bien ça on dirait, remarqua Meredith. Tu es bien le seul.
Bientôt Meredith aperçut la grande villa de ses grands-parents. Elle était plus grande que la maison d'Augustin et Marine, elle pouvait accueillir toute la famille. Elles longèrent la petite allée qui menait à la porte. Le jardin était rempli de fleurs qui n'auraient jamais put pousser dans un jardin moldu à cette époque de l'année.
–Tu as vu les tournesols ? demanda Meredith à son fils.
Edgar tournait la tête de tous les cotés, il n'avait pas assez d'yeux pour voir tout ce qui l'entourait. Marine frappa à la porte, ce ne fut pas un elfe mais Mira qui ouvrit la porte.
–Mère vous tombez bien, la soeur de père vient d'arriver à l'instant.
Mira lança un clin d'oeil complice à sa soeur alors que Marine passait devant elle. Marine n'aimait pas beaucoup sa belle-soeur, mais se gardait bien de tout commentaire. Une petite dizaine de femme étaient déjà présentes dans la salle, Meredith les salua une par une avant d'être poussée par Mira à l'étage. Durant les deux heures qui suivit, Mira, Greatchen et Vilmée habillèrent, coiffèrent et maquillèrent la futur mariée.
–Pas trop stressée ? demanda Greatchen.
–Si.
–C'est normal, répondit Mira. Tu sais, je t'en veux.
–Pourquoi ?
–Tu ne m'as jamais parlé de Ignatus !
–Oh, c'est parce que je ne pensais pas qu'il était nécessaire d'en parler, répondit Meredith.
–Ah bon ?
On frappa à la porte. Mira se précipita pour ouvrir la porte à sa tante, celle que Marine n'appréciait pas beaucoup.
–Meredith tu es ravissante, tu as gardé une place dans ta coiffure ?
–Bien sûr tante Muriel, répondit Meredith.
La tante Muriel sortit un coffret de sa cape. Elle l'ouvrit. Meredith se pencha pour mieux voir la tiare qui s'y cachait.
–Toutes les femmes de la famille doivent le porter le jour de leur mariage ! rappela tante Muriel. Je veux en faire une tradition.
Une de plus, songea tristement Meredith.
Greatchen prit la tiare et en coiffa Meredith.
–Elle te va à merveille !
–Merci Tante Muriel, dit Meredith.
–Allez, ne traînez plus, c'est bientôt l'heure, déclara Muriel en sortant de la pièce.
Mira ajusta une dernière fois le maquillage de sa soeur lorsqu'on frappa une nouvelle fois. Marine entra dans la pièce.
–Elle est prête ?
–Oui.
–Alors allons-y ! dit Marine.
–Greatchen tu peux prendre Edgar ? demanda Meredith.
–Bien sûr.
Elle prit le garçonnet dans ses bras, Meredith se rapprocha.
–Tu vas rester bien sage avec Greatchen, maman ne sera pas loin, recommanda Meredith.
Mira et Greatchen sortirent suivies par Vilmée qui rejoignait à présent les cuisines. Marine referma la porte avant que Meredith ne la passe.
–Tu vas trouver de la place pour ça dans ta robe ?
Marine sortit une baguette magique de son sac. La baguette de Meredith.
–Oui, répondit aussitôt Meredith en sentant une nouvelle pointe d'émotion l'envahir.
Marine lui tendit la baguette. Meredith avait les mains qui tremblaient lorsqu'elle la récupéra.
–Tu sais, je pense que tu vas récupérer un peu de l'estime que ton père et moi nous te portions avec ce mariage, dévoila Marine.
–Je l'espère, répondit Meredith.
–Oui.
Les deux femmes se regardèrent un instant.
–Allez, va te marier ! déclara Marine en ouvrant la porte.
Augustin Moon attendait sa fille au bout de la petite allée qui menait à l'autel. Il n'y avait qu'une soixantaine de personne. Seuls les membres de la famille les plus proches avaient été convié. Meredith et son père avancèrent bras dessus par dessous. Ignatus attendait Meredith avec un sourire étincelant. Augustin lâcha sa fille qui rejoignit son fiancé.
–Tu es magnifique, murmura Ignatus.
Oui, Meredith était magnifique. Elle portait une robe blanche à manches longues, décembre interdisait les bretelles. Mais surtout pour la première fois de sa vie, Meredith rayonnait vraiment. Elle allait offrir une vie décente à son fils et se mariait à un homme qui l'appréciait elle et pas son nom. Elle n'aurait jamais pu imaginer cela. Du coin de l'oeil, Meredith aperçut Greatchen, elle tenait Edgar dans ses bras. Indifférent à la cérémonie, le petit garçon enlevait une par une les pétales des fleurs devant lui.
–Vous pouvez vous embrasser, déclara le sorcier en face des deux jeunes époux.
Meredith et Ignatus ne s'étaient jamais embrassé. C'était plutôt plaisant.
–Tu es Madame Meredith Prewett maintenant, chuchota Ignatus.
–Merci.
La cérémonie s'arrêta là.
Le repas fut très court pour un repas de mariage. Ce mariage devait passer très vite pour que les Prewett et les Moon n'eussent pas le temps de se disputer. En fin d'après-midi Ignatus et Meredith Prewett rejoignit leur nouvelle maison. De l'extérieur, Meredith la trouvait parfaite, comme elle l'avait imaginé Edgar adorait les arbres. En avançant dans l'allée qui conduisait à l'entrée, Meredith découvrit une balançoire cassée.
–Tu veux bien prendre Edgar dans tes bras une seconde ?
Ignatus obéit aussitôt. Meredith les mains libres, en profita pour sortir sa baguette magique.
–Réparo ! lança-t-elle sur la balançoire.
En un éclair la balançoire se répara. Edgar se mit à crier de contentement.
–Eh oui, maintenant Maman va pouvoir faire de la magie.
Le petit garçon regarda fixement la baguette magique. Puis la petite famille rentra à la maison, Vilmée finissait d'installer les affaires de Meredith et Edgar. Elle aida Meredith à ôter le long manteau qui recouvrait sa robe blanche.
–J'ai terminé mademoiselle, dit-elle. Je vais rentrer.
–Tu vas me manquer, Vilmée, apprit Meredith. Heureusement que tu étais là, sinon... Je ne sais pas ce que j'aurais fait.
–Nous nous verront très souvent, dit Vilmée une larme à l'oeil. Lorsque vous viendrez chez vos parents
–Oui, c'est vrai.
L'elfe s'en alla. Meredith et Edgar finirent de faire le tour de la maison. Effectivement elle était plus petite que les autres maisons des Moon. Mais Meredith la trouvait merveilleuse. Ils dînèrent léger, bien que court, le déjeuné avait tout de même été copieux. Edgar fut couché dans sa nouvelle chambre, non sans qu'on lui ai lu un autre conte. Meredith referma la porte et se heurta à Ignatus qui l'attendait dans le couloir.
–On va se coucher ? proposa-t-il.
Nuit de noce, songea Meredith. Elle l'avait presque oubliée, le bonheur de ne plus être une Moon occultait le reste. Ignatus la prit par la main et la conduisit dans une pièce située à l'autre bout du couloir. Il semblait avoir déjà préparé la pièce, les lampes étaient enveloppées dans des châles de différentes couleurs. Meredith compta trois bouquets de rose en plus des pétales étalées sur le dessus de lit. Soudain, elle sentit une douce chaleur dans son cou. Ignatus qui l'avait laissé s'avancer pour qu'elle puisse admirer la chambre, l'embrassait à présent dans le cou. Meredith se retourna et embrassa son mari. Ignatus tenta de dégrafer la robe de sa femme avec une seule main, en vain. Meredith vint à sa rescousse et ôta bientôt entièrement sa robe.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les deux emmitouflés sous les couvertures. Meredith cala sa tête sur l'épaule d'Ignatus. Il passait ses doigts sur son bras dénudé et descendit jusqu'à sa main. Soudain il prit la main de Meredith et la porta devant son visage. Comprenant enfin ce qui se passait, Meredith tenta de la retirer, mais Ignatus referma sa prise.
–Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il inquiet.
–Rien, c'est rien, tenta Meredith en essayant toujours de récupérer sa main.
–Comment ça c'est rien ? Fais voir ton autre poignet !
Elle s'éloigna vivement et tenta de sortir du lit, mais Ignatus l'attira vers lui. Il lui saisit fermement l'autre poignet. Puis la relâcha, Meredith en profita pour sortir du lit. Elle attrapa une petite couverture posée sur un fauteuil et s'en habilla. Elle ouvrit la porte de la chambre et rejoignit la salle de bain. Elle s'assit sur le bord de la baignoire et examina ses poignets. Ça aussi elle l'avait oublié. Les souvenirs du miroir cassé lui revint en mémoire, et puis Vilmée. Vilmée qui une fois de plus l'avait sauvée. La porte s'ouvrit, Ignatus entra et vint s'asseoir à ses cotés.
–Désolée d'être partie comme ça...
–C'est moi qui devrait m'excuser, je t'ai bousculée, dit Ignatus. Je n'aurais pas dû, seulement quand j'ai vu... Ces marques.
Meredith ne répondit pas.
–Avec quoi tu t'ai coupée ?
–Avec un miroir cassé.
–Ça c'est passé quand ?
–Peu après que j'ai annoncé à mes parents que j'étais enceinte, c'était il y a un peu plus d'un an, raconta Meredith.
–Tu n'as essayé qu'une fois de...
Il ne termina pas sa phrase, Meredith se raidit et hocha lentement la tête.
–Ne recommence jamais, s'il te plaît. Je ferai tout pour que tu sois heureuse, je te le promet. Et s'il y a quelque chose qui ne va pas, tu me le dis et j'arrangerai la chose.
Meredith releva la tête, des larmes coulèrent silencieusement sur ses joues. Ignatus lui déposa un baiser sur les lèvres.
–On retourne se coucher ? Je commence à avoir froid, dit-il.
Ils retournèrent dans le lit, ce n'est que bien plus tard qu'ils s'endormirent. En cette nuit de solstice, Meredith Moon n'existait plus, Meredith Prewett venait de naître et cela marque la fin de cette troisième époque.
