Chapitre 21

Liara se releva et remarqua que la veste favorite d'Aria était déchirée et maculée de sang. « Aria, vous êtes blessée… »

Aria vit sur quoi se portait l'attention de Liara mais n'arrivait pas à ressentir la douleur qui lui traversait l'épaule. Elle s'en fichait et s'en ficherait tant que Petrovsky serait toujours en vie. Elle devait le trouver avant qu'il ne trouve des renforts ou, pire, qu'il ne s'échappe grâce à l'une des navettes qui devaient se trouver derrière la base. « Je vais bien », insista-t-elle en se retournant pour partir. « Restez avec Théa. Je dois mettre un terme à tout ça. »

Liara ouvrit la bouche pour protester mais la façon dont Aria serrait la mâchoire lui fit ravaler ses objections. « Bien sûr », répondit-elle à la place.

Shepard tapota de son gant le bras d'Aria en un geste de réconciliation. « Aria ? »

« Shepard. » Aria marqua un temps d'arrêt. Elle voulait être en colère contre Shepard mais elle ne pouvait pas ignorer le fait que le Commandant venait tout juste de sauver la vie de Tevos.

« Tuez ce connard cette fois-ci, ok ? »

Aria jeta à Shepard un regard presque affamé. « Faites-moi confiance. Rien ne m'empêchera de mettre fin à ses jours cette fois-ci. »

« Passez par l'entrée principale. Il est impossible qu'il nous soit passé sous le nez pendant que nous combattions », dit Liara en ouvrant la double-porte qui menait à l'extérieur. « Dépêchez-vous, il a déjà une bonne avance. Et je vous en prie… » Elle s'interrompit pour baisser les yeux vers Tevos. « Soyez prudente. Pour elle. »

« Je ferai attention. » Aria ne voulait pas s'éloigner de sa Partenaire, particulièrement quand celle-ci était inconsciente, mais elle devait mettre un terme au jeu dément de Petrovsky de toute urgence. Même si Tevos et elle s'en sortaient cette fois-ci, Aria savait qu'il reviendrait encore s'immiscer dans sa vie. Cela faisait suffisamment longtemps qu'elle attendait.

Aria se dirigea vers l'entrée principale et sortit dans la chaleur étouffante de la jungle. On pouvait entendre des pépiements et des cris de bêtes au loin, mais aucun bruit de mouvement à proximité. Le changement soudain de température fit couler de la sueur le long de son dos, jusqu'au bas de sa colonne vertébrale, mais elle l'ignora comme elle avait ignoré sa douleur à l'épaule, et chercha plutôt le moindre signe de Petrovsky.

Aria eut confirmation de ce que Liara avait supposé quand elle vit plusieurs traces de bottes faire le tour du mur métallique. Apparemment, Petrovsky essayait de gagner l'arrière de la base en la contournant par l'extérieur. Avec un peu de chance, il n'y aurait aucun renfort pour l'aider et tout ce qu'il pourrait faire se limiterait à une dernière tentative d'atteindre une navette d'évacuation.

Énergie biotique scintillant autour des mains, Aria se précipita à travers les arbres en suivant une piste très visible de feuilles écrasées et de branches cassées, occasionnellement mêlées à quelques traces de pas. Petrovsky s'était manifestement déplacé à vive allure. Mais pas assez vite. Aria ne le laisserait jamais échapper une troisième fois à son sort.

Une fois sûre que le chemin suivi était prévisible, elle cessa complètement de chercher des traces et courut en longeant le mur, tournant brutalement à gauche quand il obliqua dans cette direction. Aria plissa les yeux avec avidité et se mit à accélérer, se précipitant au coin de la base…

… et en plein sur le canon du pistolet de Petrovsky. Au lieu de tirer, il se servit de l'arme pour la frapper, atteignant son épaule blessée et la faisant vaciller. Elle tenta de rassembler son énergie pour porter une attaque biotique, mais Petrovsky la frappa de nouveau et, en essayant d'éviter le coup, son talon se prit dans la racine d'un arbre. Elle tomba à la renverse, s'écorchant la paume des mains en essayant de se retenir.

Aria entendit rire au dessus d'elle et tenta de lever les yeux. Hélas, elle ne put voir qu'une paire de bottes brillantes juste à côté de son visage. « On dirait bien que j'ai gagné, finalement », dit Petrovsky en la toisant de haut. « C'est la deuxième fois que vous vous jetez tout droit dans l'un de mes pièges. Vous êtes totalement dominée par votre impatience, Aria. C'est là votre seule faiblesse, en dehors de votre Partenaire de fraîche date. »

« Allez vous faire foutre », gronda Aria, ponctuant chaque mot de brèves respirations haletantes. Elle finit toutefois par se retourner et fixa le canon du pistolet de Petrovsky. Il avait l'air plus que prêt à s'en servir. « Vous allez me tuer, et après ? La galaxie tout entière va vous rechercher. Les Républiques, l'Alliance… Vous finirez encore enfermé dans une cellule, sans plus aucune partie à jouer. »

« Possible. Mais j'aurai la satisfaction de savoir que j'ai gagné. » En la tenant toujours en joue, Petrovsky s'accroupit et visa directement entre ses deux yeux. L'arme était si proche de sa peau qu'elle pouvait sentir et humer la chaleur qui en émanait. « Je dois le reconnaître, je suis déçu que vous soyez arrivée ici avant qu'il ne m'ait été donné l'opportunité de vous envoyer une invitation. La partie aurait été tellement plus amusante si j'avais eu plus de temps pour me préparer. J'ai peut-être sous-estimé vos co-équipiers. Où sont-ils maintenant, Aria ? Vous ont-ils enfin abandonnée ? »

Aria plissa les yeux et, en dépit de sa situation précaire, elle ne parut pas particulièrement effrayée. Elle voyait bien que sa résistance à la peur et à la soumission contrariait Petrovsky. « Non. Je voulais le plaisir de vous tuer pour moi seule », dit-elle, retournant le couteau dans la plaie.

« Ce qui rend votre situation présente particulièrement ironique, dans ce cas », laissa traîner Petrovsky. « Mais vous avez raison. Il est temps que cette partie s'achève. Adieu, Aria T'Loak. Je l'admets, vous avez indiscutablement été une adversaire stimulante, bien que certaines de vos actions aient été quelque peu prévisibles. »

Aria releva le menton, braquant son regard au-delà du pistolet pour fixer Petrovsky dans les yeux. Un petit air narquois se dessinait sur ses lèvres. « Petrovsky ? »

Le Général parut légèrement agacé qu'elle ne manifeste pas de signe de défaite. « Eh bien, je suppose que vous avez droit à vos dernières paroles, même si je suis le seul ici à pouvoir les entendre. »

« Seulement trois mots. Contemplez l'éternité ! » La main d'Aria surgit, agrippant le poignet de Petrovsky et remontant le long de sa manche. Dès que sa peau entra en contact avec la sienne, elle s'enfonça dans son esprit, perçant de sa fureur les couches de suffisance et d'autosatisfaction. Elle sentit son esprit hurler de douleur et le pistolet tomba quelque part à côté d'elle.

'Vous m'avez pris ma Partenaire.' Aria déversa toute sa haine, toute sa colère dans l'esprit de Petrovsky, lui tordant le poignet et jouissant de sa douleur physique et mentale.

« Aria – non – Je - » Les mots étaient étranglés et suffocants, comme si Petrovsky s'étouffait avec.

'Vous trouvez que c'est injuste ? Que c'est de la triche ? Tant mieux.' Sa voix lui poignardait la tête. Il avait l'impression que ses yeux saignaient. Il essaya de se tenir la tête à deux mains mais Aria le tenait à la gorge et il tenta plutôt de desserrer l'étreinte inflexible de ses doigts.

Elle inversa leurs positions, basculant Petrovsky sur le dos tout en maintenant son emprise autour de son cou. Elle ne prit pas la peine d'explorer l'esprit du Général. Elle déchira plutôt tout ce qu'elle trouvait, se servant de sa présence en lui comme arme de destruction. 'Parce qu'il n'y a qu'une seule règle à mon jeu, et vous l'avez enfreinte.'

Petrovsky essaya de prononcer quelques mots mais ne parvenait même pas à les formuler dans sa tête. Seuls des bruits de suffocation sortaient de sa bouche tandis qu'il luttait pour respirer, luttait pour être de nouveau seul dans sa tête, mais ses tentatives ne faisaient qu'amuser sa tortionnaire.

« Ne dites rien », susurra Aria à l'oreille de Petrovsky, les yeux encore recouverts d'un voile noir. « J'aime savourer l'instant qui suit après avoir baisé quelqu'un. »

Les bruits cessèrent, puis le mouvement s'arrêta, et il ne resta plus qu'un fil ténu dans son esprit. Aria relâcha délibérément le poignet de Petrovsky et récupéra son pistolet, celui-là même qu'il avait pointé sur la tête de Tevos. Elle ressentit une pointe de peur muette quand elle l'appuya contre sa tête, mais cela ne dura pas longtemps. Elle quitta son esprit et tira sur la gâchette.

Le coup de feu fit s'envoler des arbres quelques oiseaux et, à mesure que le sang imbibait la terre, Aria sentit un immense poids se lever de sa poitrine. Elle saisit le poignet inerte de Petrovsky pour vérifier qu'il n'y avait aucun pouls puis lui retira son Omnitool. Elle le jeta en l'air et l'attrapa de son autre main avant de le glisser autour de son poignet gauche. Puis elle se détourna de Petrovsky et s'en retourna par où elle était arrivée.

Quand Tevos reprit conscience, elle sentit quelque chose de froid courir sous sa peau. La sensation était vaguement désagréable jusqu'à ce qu'elle réalise que la douleur incessante dans sa tête avait disparu. Même son mal de ventre s'était atténué. Manifestement, quelqu'un lui avait injecté une dose de médigel. Elle ouvrit les yeux, ravie de constater que la tête ne lui tournait plus. Un visage familier était penché sur elle et elle cligna des yeux.

« Aria ? »

« Bien. Vous êtes réveillée », dit Liara. Elle glissa un bras sous les épaules de Tevos, l'aidant à se redresser pour s'asseoir.

« Désolée », dit Tevos, embarrassée par son espoir déçu. « Merci, Liara. » Elle marqua un temps d'arrêt pour regarder la petite troupe qui s'était assemblée autour d'elle. Shepard était agenouillée de l'autre côté, l'air indemne en dehors de quelques trous dans son plastron. Garrus et Tali se tenaient à proximité, toujours armés, gardant un œil vigilant sur tout le monde. Valern était assis à côté de Sparatus qui était allongé à côté d'elle, toujours inconscient. Khalisah se tenait un peu plus en retrait, sa caméra flottant toujours à ses côtés. Une personne était ostensiblement absente. « Où est Aria ? »

Le sourire de Liara vacilla un court instant. « Elle est partie à la poursuite de Petrovsky. »

« Et vous l'avez laissée y aller seule ? » dit Tevos en essayant de se relever.

Seule la poigne ferme de Shepard la maintint assise. « Auriez-vous été capable de l'en empêcher ? » demanda-t-elle.

« J'aurais essayé », répondit Tevos, une ride inquiète creusant son front. Bien qu'elle n'ait plus mal, elle se sentit soudain malade. « Depuis combien de temps est-elle partie ? »

« Depuis quelques minutes », admit Liara, « mais nous n'avons vu aucun signe de renfort. Aria est largement à la hauteur du Général, s'il est seul. »

« Et s'il n'est pas seul ? Vous savez comment est Aria. Quand quelqu'un ou quelque chose qui lui importe est menacé, elle est aveuglée par la fureur ! »

« Ouaip. C'est tout à fait elle… Aïe ! » cria Shepard quand Liara lui donna un grand coup de coude dans les côtes, même si le contact l'avait plus surprise que blessée.

Liara jeta à Shepard un regard foudroyant. « Ce que veut dire Shepard, c'est qu'Aria - »

« - est de retour », dit une voix dans leur dos. Tout le monde leva les yeux vers Aria, qui se tenait dans l'encadrement de la porte. Du sang coulait sur l'une des manches de sa veste, son pantalon de cuir était déchiré et ses bottes habituellement propres étaient recouvertes de saleté et de boue.

Cette fois-ci, Shepard et Liara ne purent empêcher Tevos de bondir sur ses pieds. Elle courut vers Aria, serrant sa Partenaire dans ses bras. Les autres se hâtèrent de l'entourer, même Khalisah et Valern, et Aria plissa le front en direction du groupe tout en entourant de son bras valide la taille de Tevos. L'espace d'un instant, elle oublia les autres et se focalisa sur sa Partenaire, laissant Tevos poser sa main sur sa joue et passer son pouce sur sa pommette. « Théa, je suis tellement navrée… »

« Ne sois pas navrée », chuchota-t-elle, attirant à elle les lèvres d'Aria. « Nous sommes vivantes. »

Aria ne savait pas quoi dire mais, quand Tevos l'embrassa, elle réalisa qu'elle n'avait pas besoin de parler. Elle ferma plutôt les yeux. C'était sa récompense, de tenir sa Partenaire dans ses bras et de sentir la chaleur et la douceur de sa bouche. Elle avait du mal à croire qu'on l'avait presque privée de cet instant. Au bout d'un moment, Tevos recula, se rappelant qu'elles n'étaient pas seules, mais elle laissa ses bras confortablement enroulés autour de la taille d'Aria. Elle remarqua que Garrus et Tali avaient poliment détourné le regard, que Valern semblait vaguement dégoûté et que Khalisah avait l'air un peu trop intéressé.

Aria suivit la direction du regard de Tevos et plissa les yeux en fixant Khalisah. « Allez-vous éteindre cette putain de caméra ? Vous avez ce que vous vouliez, non ? » Elle se tourna vers Liara. « Et ne vous figurez pas que je n'ai pas compris ce que vous maniganciez. Vous n'auriez pas pu me demander avant ? »

« Vous auriez dit non », fit observer Liara.

Aria se rembrunit et tourna la tête, consciente que Liara avait raison. « Je veux bien qu'elle montre le moment où je détruis le mur, mais pas le baiser », insista Aria.

« Mais c'est la meilleure partie ! » explosa Khalisah, se décomposant légèrement sous le regard assassin d'Aria.

Liara tenta une approche différente. « Théa a besoin de cette séquence, Aria. Elle a eu le courage de parler de ses sentiments lors de la conférence de presse, et cela a été étonnamment efficace. »

« Vous avez vraiment regardé ça ? » demanda Tevos par dessus l'épaule d'Aria, l'air vaguement embarrassé.

Liara opina et continua à parler à Aria. « Partager cet instant sera un témoignage élégant à l'encontre des Matriarches qui affirment que vous ne vous êtes liée à Théa que pour découvrir des secrets gouvernementaux. »

« Vous êtes consciente qu'en faisant ça, je nous dessine des cibles dans le dos, n'est-ce pas ? » dit Aria. « Chaque raclure d'éprouvette des systèmes Terminus va savoir que tout ce qu'ils ont à faire pour me contrôler, c'est d'enlever ma Partenaire. »

« C'est pour ça qu'après cette séquence, on passe les plans d'actions ! » dit Khalisah avec emballement. « Je doute sérieusement que quiconque essaie de kidnapper à nouveau la Conseillère après vous avoir vue éparpiller les hommes de Petrovsky. » L'air contrarié d'Aria s'adoucit. Elle était bien plus à l'aise à l'idée de laisser la galaxie la voir assassiner quelqu'un que la voir embrasser quelqu'un.

« Tu n'es pas obligée d'accepter », dit Tevos dans son dos. « Je suis sûre que je peux trouver un moyen de faire tourner ceci à mon avantage sans diffuser la vidéo. »

« Non… » Aria soupira, résignée. « C'est bon. »

À quelques pas de là, Tali se tourna vers Garrus. « J'ai l'impression qu'on va encore être partout sur l'extranet », dit-elle, et bien que son sourire ne soit pas visible sous son casque, on pouvait l'entendre dans sa voix.

« Juste quand tout le monde commençait enfin à nous oublier », laissa traîner Garrus. « Bah, ça ne peut pas être pire que le mariage. »

Tevos leur sourit. « Je suppose que je vous dois à tous deux des remerciements», dit-elle. « Et je n'oublie pas non plus votre aide précédente, Amiral Zorah. J'avais l'intention de vous envoyer un cadeau. Il semblerait que cela fasse deux, maintenant. »

« C'était une faveur que j'accordais à Liara », dit Tali. « Je suis ravie d'avoir pu aider. Mais je n'ai rien non plus contre ouvrir une bouteille de Serrice Ice quand nous serons revenus sur Thessia. Il paraît que c'est ce qu'Aria préfère. »

« Je ne savais pas que les Quariens pouvaient boire ça », marmonna Aria bien qu'elle ne puisse pas vraiment se plaindre.

« Ne vous en faites pas », dit Shepard avec un sourire. « Tali se trouve être très divertissante quand elle est soûle. Vous devriez entendre ses imitations. »

« Je fais des mimes, aussi », ajouta Tali. Elle regarda Aria, remarquant la bande supplémentaire à son poignet gauche. « Au fait, ce ne serait pas l'Omnitool de Petrovsky ? »

Aria opina et leva le bras, le tendant vers Tali qui s'approchait. « Il s'en servait pour faire du mal à Théa. J'espérais qu'il m'aiderait à enlever ce collier. »

Tali activa l'Omnitool, le parcourant de ses doigts à vitesse grand V. « Bien vu. J'aurais fini par réussir à l'enlever de toute façon, mais les inhibiteurs biotiques sont imprévisibles. Il est toujours plus sûr d'utiliser la clé de verrouillage. »

« Je pense qu'il n'y a rien de sûr avec ce truc. » Aria plissa le front en regardant le collier autour de la gorge de Tevos, toujours fâchée contre elle-même pour l'avoir non intentionnellement déclenché avec ses attaques biotiques.

« C'est presque décevant. » Tali secoua la tête en baissant les yeux vers l'écran qui brillait d'une couleur orange. « Pas de sécurité, seulement un mot de passe… Et voilà. »

Tevos entendit un clic rassurant sous son menton, et de ses mains elle tira sur le collier, ravie qu' un fermoir s'ouvre en son milieu. Elle le retira et le jeta de côté, puis massa sa gorge irritée. « Merci », dit-elle, poussant un soupir de soulagement quand elle se mit à scintiller. Elle laissa les vagues biotiques parcourir sa peau un instant, savourant la libération d'énergie.

Aria jeta à Tali un regard approbateur. « Je vous donnerai une bouteille de cognac supplémentaire à ramener avec vous sur Palaven », dit-elle en se rapprochant de Tevos et en lui écartant les mains pour pouvoir lui examiner le cou. Il y avait une marque pourpre d'irritation là où s'était trouvé le collier, mais sinon il ne semblait pas y avoir de dommages permanents. « Ça fait mal ? » demanda-t-elle en caressant et explorant la gorge de sa Partenaire du bout des doigts.

« Non. Plus maintenant. »

« Pardonnez-moi de vous interrompre », dit Valern qui se sentait étrangement délaissé en cet instant, « mais maintenant que le Général Petrovsky est mort… ne devrions-nous pas y aller ? Nous sommes toujours au cœur d'une base ennemie… »

Au lieu de se mettre en colère contre lui, Aria relâcha Tevos et se tourna vers la porte. Elle s'arrêta pour prendre la main de sa Partenaire. « Il a raison. Petrovsky est mort mais d'autres de ses porte-flingues se cachent peut-être quelque part, et il nous reste encore trois kilomètres de marche pour rejoindre la navette. » Aria vit le visage de Valern se décomposer et tira quelque plaisir de son malheur. Il semblait bien qu'il allait payer le prix d'avoir interrompu ses retrouvailles, après tout.

« Je suppose que c'est moi qui vais porter Sparatus », dit Garrus, s'agenouillant à nouveau à côté du Conseiller turien. Tevos le regarda, soulagée de constater que le renflement sur son visage commençait déjà à décroître. « Le médigel est efficace pour l'instant, mais notre premier arrêt sur Thessia devrait être à un hôpital. »

« Si tu peux arriver à le porter dans tes bras, j'utiliserai mes pouvoirs biotiques pour te délester d'un peu de son poids », proposa Liara. Cela prit quelques instants, mais à eux deux ils soulevèrent Sparatus et le portèrent en direction de la porte. Le groupe sortit dans la jungle, Aria ouvrant la route avec Tevos à ses côtés. La chaleur avait un peu diminué et la lumière tachetée projetée sur le sol de la forêt commençait également à disparaître.

« Alors, vous avez finalement tué Petrovsky ? » demanda Shepard, s'installant dans les pas d'Aria et devant Liara tandis qu'ils entamaient leur marche. « C'était à la hauteur de vos attentes ? »

Aria se tourna vers Shepard, lui lançant un sourire prédateur. « Définitivement », répondit-elle. « Et Shepard ? Merci. Pour l'avoir protégée. »

« Je n'aurais pas eu besoin de la protéger si, pour commencer, je vous avais laissée tuer Petrovsky. Vous aviez raison. Je vous aurais empêchée de l'assassiner si vous ne vous étiez pas vous-même retenue. »

« Vous ne pouvez pas vous empêcher d'être dégoulinante de bonté », dit Aria. Heureusement, se débarrasser de Petrovsky l'avait également débarrassée de la plus grande partie de sa colère envers Shepard.

« Attends, ne viens-tu pas de dire que Shepard m'avait sauvée ? Encore une fois ? » demanda Tevos en regardant l'Humaine par dessus son épaule. « Vous devez être incroyablement lasse de me porter secours, Commandant. C'est la troisième fois, n'est-ce pas ? »

Shepard sourit. « Je devrais juste commencer à le programmer dans mon agenda quotidien », répondit Shepard. « Prendre mon petit-déjeuner, contrecarrer les plans d'un groupe terroriste, sauver le Conseil au complet et rétablir la paix galactique - »

« - laisser ma femme piloter la navette au retour, afin que l'on ne périsse pas tous dans une tragique explosion », ajouta Liara en aidant Garrus à porter Sparatus à travers les arbres.

« Sur ce dernier point, je vote pour », approuva Garrus. « Je suis trop séduisant pour mourir de façon aussi banale. »

« Il va d'abord falloir dégager le nez de la navette de ce tronc d'arbre », ajouta Tali. « J'espère qu'elle est toujours en mesure de voler. »

Tevos jeta à Aria un regard confus. « De quoi parlent-ils ? » demanda-t-elle.

Aria soupira. « Avec un peu de chance, tu n'auras pas à le découvrir. »