LA VOIE DES NOMBRES
TOME I
XX
Tentative échouée
« Le trop de confiance attire le danger »
Pierre Corneille
ooooo
Le Mystique Alice était bondé, comme à son habitude les samedis soirs. Toutes les tables étaient occupées et beaucoup dansaient sur la petite scène prévue à cet effet. Le bar dégorgeait d'hommes regardant un match de foot tandis que la piste attirait plutôt la gente féminine. Quoi qu'il en soit, l'ambiance était festive, endiablée, et quand Bella rejoignit la table de ses amis, Jacob regardait déjà derrière elle, le visage sombre. En se penchant sur elle, il lui chuchota à l'oreille:
-Cullen a eu la gentillesse de te laisser venir toute seule ? Railla-t-il.
-Non, il n'est pas loin...
Elle se dégagea ensuite pour venir s'asseoir près de lui, au côtés des autres agents. L'un d'eux engloutit sa boisson verte d'une traite avant de se tourner vers elle.
-On parle pas boulot, en règle générale, ici, mais sache qu'on fait tout notre possible pour retrouver la trace de ses hommes. On les aura, tu verras !
Bella leva une main pour l'arrêter, l'air lassée.
-Je ne tiens pas à en parler, désolée, répondit-elle un peu sèchement. Comme tu l'as dit, Angela, on ne parle pas boulot, ici !
Son ami fronça les sourcils avant de l'attirer vers lui, comme s'il l'enlaçait affectueusement.
-Pourquoi cette attitude glaciale ? Souffla-t-il doucement en la regardant. Tu es sûr que ça va, Bella ?
La jeune femme secoua la tête et se leva, entraînant Jacob dans son sillage. Une fois sur la piste de danse, Bella passa ses bras autour du cou de son ami, s'approchant de son visage. Jacob fronça les sourcils mais la laissa faire, posant des mains incertaines sur sa taille. Il était mal à l'aise.
-Edward a échappé quelque chose...
-C'est ce qui te perturbe, signala Jacob en hochant la tête, l'air grave. Ce mec ne fait que te rendre anxieuse depuis qu'il est entré dans ta vie ! Il fait chier !
Bella sourit face à l'attitude de son coéquipier, heureuse de toujours pouvoir compter sur lui.
-Le tueur... fait peut-être parti de notre table, finit-elle difficilement en le regardant avec crainte. C'est l'un des nôtres, Jake ! Et c'est pour cela que Mike ne nous a rien dit... Ils connaissent son identité depuis peu mais...
Jacob serra imperceptiblement sa prise sur sa taille, la rapprochant de lui d'un geste protecteur. Il passa une main sur son cou et caressa distraitement ses cheveux.
-Je vois...
Bella enfouit son visage dans son cou. Ces deux mots voulaient tout dire et cela l'effraya. Il n'avait pas trouvé l'idée absurde. Il le pensait aussi. Le tueur était bien l'un d'eux.
-Je comprends mieux pourquoi Newton n'a rien laisser filtrer depuis tout ce temps, continua-t-il. L'assassin aurait immédiatement compris, sinon... Bon sang ! J'ai demandé à Éric de te suivre... Si c'est lui... ! On ne peut plus rien laisser au hasard, désormais.
-Comment on va faire ? Demanda-t-elle en l'étreignant davantage. Tu as vu comment j'ai parlé à Angela ! Celui qui est derrière tout ça va vite savoir ce qui se passe. Edward m'a dit qu'il fallait agir comme avant. Ils leur faut du temps pour pouvoir le coincer. Mais... je sais pas si... mon Dieu, Jacob, j'ai un terrible pressentiment. Tout ça me fous la frousse et je hais ça ! Je suis une profiler et je tremble comme une feuille à l'idée qu'un tueur me parle constamment le matin, quand j'entre au bureau. Je déteste avoir peur ! Je me sens tellement... faible et... incapable.
Jacob la serra contre lui, caressant son dos de gestes réconfortants. Bella sentit les larmes monter malgré elle et les essuya rageusement.
-Putain... souffla son ami d'où la rage suintait de tout son être tant il tremblait. Une taupe mafieuse dans notre service... j'arrive pas à y croire ! Mais attend, on n'est pas si nombreux... peut-être qu'en faisant attention, on découvrira vite l'imposteur. Je ne le laisserais pas te faire du mal, Bella... n'aie pas honte d'avoir peur. Mais je serrais là, tu entends ?! Ce type – qui que ce soit – en a après moi avant tout !
-Mais à part notre chef, avec qui entretiens-tu des relations tendues ? Demanda la jeune femme après s'être calmée.
Jacob et elle continuaient de danser tout en se parlant à l'oreille. À un moment donné, Bella coula un regard à sa table, mais personne ne semblait les observer. Quand Jacob la fit tourner dans un autre sens, elle repéra quelque chose, tapis dans l'ombre.
Monsieur sexy / connard ! Mais qu'est-ce qu'il faisait ?!
Il était à la même table que l'autre fois, un verre à la main. Il la fusillait du regard, impassible. Bella frissonna violemment à sa vue.
-Tout le monde est suspecté, en tout cas ! Cracha-t-elle.
-Pas Tyler, protesta son coéquipier en secouant doucement la tête. C'est mon meilleur ami dans le service. Il n'a rien à voir là-dedans.
-Tu en es certain ? Rétorqua-t-elle en soulevant ses sourcils.
-Parfaitement !
-Jake... commença-t-elle en se mordant les lèvres. Je sais que je n'aie aucune preuve mais... mes craintes se dirigent vers lui.
Sa phrase tomba sèchement, faisant reculer brusquement Jacob. La lâchant, il la regarda avec horreur.
-Comment tu peux l'accuser ! Je le connais depuis bien plus longtemps que toi ! Cria-t-il avec virulence, blessant la jeune femme.
Elle reçut cet aveu comme une gifle.
-Jake, il était bizarre, l'autre fois, quand je l'ai retrouvé bourré, et...
-Alors ça fait de lui un assassin, c'est ça ! Cria-t-il avec rage, s'avançant brusquement vers elle. Tu sais quoi Bella, arrête ! Arrête de chercher ! Tu te trompes, c'est tout !
Le ton était monté, et le regard que lui lançait Jacob était empli de rage. Elle recula d'un pas et buta contre quelqu'un, qui posa une main sur son bras.
Elle sus immédiatement que cette main appartenait à Edward.
-Un problème ? Demanda celui-ci en lançant un regard noir à l'agent Black.
-Aucun, répliqua l'intéresser en le dévisageant d'un air mauvais. Et si vous abandonniez votre rôle de chien-chien protecteur et que vous nous laissiez régler nos problèmes tout seuls !
-Jake ! S'écria l'agent Swan, outragée.
Ce dernier coula un regard vers elle, la colère noircissant son regard. Il contracta la mâchoire avant de faire un pas vers Edward.
Quoi, ils allaient se battre, maintenant ?!
-Ça suffit, Jacob ! Cria-t-elle. Ne nous faisons pas remarquer...
Se disant, ils coulèrent tous un regard vers la table des collèges de Bella et Jacob, anxieux. Mais la foule qui les entouraient, la musique assommante et les néons de la pièce faisaient de leurs altercations une simple querelle de compagnons.
Bella se retourna ensuite vers Jacob tout en retirant sèchement la main d'Edward. Ce dernier la fusilla du regard, les lèvres droites.
-Admets le simple fait que tout est possible et tu le sais !
-Ne continuions pas là-dessus, Bella ! A t'entendre, tout le monde serrait suspecté, en particulier Tyler. En clair; simplement Tyler ! Et sans preuve ! Génial, putain.
-Arrête d'être aveugle ! Il est médecin légiste, nom de Dieu ! Quoi de mieux qu'un légiste pour falsifier la cause du décès en dissimulant l'arme utilisée ! Ils sont tous morts par balle dans la tête, et on n'a jamais pensé que ne jamais connaître le numéro de série était étrange ! C'est la plus grosse erreur qu'on ait faite, Jake !
-OK, tu sais quoi, on arrête là avant que je ne fasse quelque chose que je regretterais par la suite. Rentre chez toi, Bella. Et viens me voir quand tu auras des preuves tangibles ! Jusque-là, déguerpis de ma vue !
Ses poings serrés et son regard assassin dissuada la jeune femme de protester. Mais elle savait pertinemment que ses propos étaient loin d'être stupide, elle en était persuadée. Jacob avait raison; il fallait des preuves. Mais l'entendre lui parler ainsi lui brisa le cœur malgré tout, et Bella sentit les larmes couler avant qu'elle ne puisse les retenir.
Son ami plissa les yeux, la haine habitant son regard. Elle déglutit difficilement avant de reculer, s'enfonçant rapidement dans la foule avant de trouver la sortie, les larmes obstruant sa vue.
Une fois sortie, Bella ne put se retenir plus longtemps et laissa sa peine l'envahir entièrement, mêlant ainsi la colère et le désarroi. La colère d'être sans cesse en train de craquer, et la tristesse de sentir son meilleur ami s'éloigner d'elle.
Mais c'est ce qu'il voulait, après tout ! Le dramaturge... il souhaitait cela. Elle en était persuadée et cela la rendait malade. Car en agissant ainsi, elle rendait son coéquipier vulnérable, et sa propre personne, par la même occasion.
Mais c'était sans compter sur son garde du corps, qui surgit derrière elle dans un coup de vent, la faisant sursauter violemment. Elle tenta de reprendre une respiration normale, mais ses pleurs devenues bruyantes l'empêchaient clairement de garder contenance.
-Tout... tout par en vrille, hoqueta-t-elle tandis que l'homme la prit dans ses bras, passant des bras chauds tout autour d'elle. D'a... d'abors le... le père de Jake... puis... puis l'enlèv... l'enlèvement de mon père et... et maintenant, tout... tout ça. Jake... Jake croit que je... suis contre lui... mais... c'est faux. Je... je...
-Chut, calmes-toi, souffla-t-il doucement, la bouche posée contre son front. Restons pas là. On ne doit pas nous voir. Je te ramène.
Bella resta agrippée à Edward tandis qu'il la guidait le long de la rue, jusqu'à la voiture. Elle gardait ses deux mains autour d'Edward, tentant de se calmer.
Une fois dans l'habitable, la jeune femme posa la tête contre la vitre, posant une main contre sa tempe gauche. Edward lui avait posé sa veste sur les épaules et elle serra le vêtement contre elle, fermant les yeux tandis qu'un mal de tête épouvantable vint troubler ses pleurs.
Ce soir, ils n'échangèrent aucunes piques. Aucunes insultes. Bella se souvenait simplement de son silence, de ses gestes, de son attitude... la tendresse, mais aussi la compassion, vint alors caractériser cet homme, qu'elle crut ne jamais pouvoir décrire de la sorte.
Connard prétentieux et violent, oui, Edward l'était. Mais ce soir, pendant que Bella fermait les yeux, bercée par le vrombissement de la voiture, elle découvrit un tout autre Edward. Protecteur et attentionné... un trouble qu'emporta Bella dans son sommeil.
ooooo
Il n'avait jamais été dans cette situation-là. Jamais.
Après tout, il faisait tout pour éviter ce genre de chose; D'une, il ne couchait qu'une fois avec la partenaire et de deux, il partait rapidement pendant que celle-ci dormait. Or, avec Isabella, il dérogeait à toutes ces règles, jusqu'à même s'impliquer. Déjà, il ne l'avait pas touché de la soirée bien qu'il soit resté dormir près d'elle, chose impensable pour lui. Il n'avait pas non plus été cassant avec elle. Encore une surprise. Et pour finir, il était resté jusqu'au matin; une grande première.
Aussi, quand il ouvrit le placard de la cuisine de la jeune flic, Edward se retrouva confronté à un dilemme de taille.
-Alice ?
-Grand frère ! Mon Dieu, pourquoi m'appeler de si bonne heure ? S'écria sa jeune sœur à l'autre bout du fil. Par pitié, ce n'est pas une mauvaise nouvelle, au moins !
-Non Alice, grommela-t-il en levant les yeux au ciel. Rien de dramatique. J'ai juste besoin de conseils.
-Vraiment ? S'étonna-t-elle. Depuis quand me demandes-tu de l'aide ? Tu es du genre bien trop égocentrique pour oser faire ce genre de truc !
-Peux-tu m'aider, oui ou non ?! S'énerva-t-il en haussant le ton.
-Calme ta joie, Edward, cria-t-elle en retour, riant légèrement. Qu'est-ce que tu veux ?
-Les femmes mangent quoi, le matin ?
Silence au bout de la ligne. Edward souffla, passablement énervé et véritablement impatient. Il était assez irrité comme ça.
-Alice, tu réponds, merde ?!
-Attends deux secondes, que je visualise... Mon grand frère m'a demandé ce que mange une fille au petit déjeuner. En conclusion, ledit frère à une fille dans son lit et n'a pas pensé à ravitailler son frigo avant de l'emmener dans son repaire et...
-Soit sérieuses deux minutes; déjà, je l'ai pas mise dans mon lit ! JE SUIS CHEZ ELLE ! Et crois-le ou non, mais il n'y a rien de mangeable dans les placards si ce n'est que... bah en faites, je sais même pas ce que je regarde dans ce fichu placard, depuis tout à l'heure. Alors, une suggestion ?
-Si une mouche t'a piquée et que son action te fait délirer, alors profite de l'occasion; les femmes adoooorent le romantisme..., s'excita sa sœur.
-Je ne fais pas dans le romantisme, ragea-t-il.
-La ferme ! Coupa Alice. Écoute ta petite sœur: apporte le déjeuner au lit, sur un plateau composé de croissants et d'un bon café. Le style français, on a-d- !
-Elle hait le café...
-Bah un chocolat chaud ! Utilise ton cerveau, merde ! Ah et une fleur, histoire de...
-D'être bien dans le cliché hollywoodien...
-... de montrer ton attention, crétin. Oh la ferme, Edward ! Tu m'appelles pour des conseils et tous ce que je te suggère, tu le critiques sardoniquement ! Super, vraiment ! Et pis d'abord, la fille en question, c'est Isabella Swan ?!
-Je raccroche, Alice.
-Non, non, te défile pas ! Je sais que c'est elle. Elle hait le café et puis je t'ai vu la suivre dehors hier soir. Tu es bien étrange, grand frère. Cette femme est une flic qui te pense coupable de meurtre et toi tu... sort toujours avec. J'ai raté un épisode, entre-temps où elle te manipule ? C'est peut-être l'inverse ? Je sais que tu es innocent de ce qu'on t'accuse mais...
-Au revoir, Alice.
-Mais attend...
Il raccrocha avant qu'elle entame un énième monologue.
Fronçant les sourcils, il fit ce qu'Alice lui avait suggéré, en allant rapidement acheter des viennoiseries dans une boulangerie française au coin de la rue.
Son trouble était au paroxysme. Depuis quand il allait acheter des croissants, d'abord ? Et pour cette flic, qui plus est ! Merde, quelque chose n'allait vraiment pas, dans cette mission. Edward s'éloignait de son objectif premier: garder un œil sur la fille tout en infiltrant la mafia. Et qu'est-ce qu'il foutait, maintenant ?! Il partait acheter un foutu croissant !
Sans se rendre compte, Edward commençait à éprouver de l'affection pour elle. Et le pire dans toute cette histoire, c'est qu'il n'en avait pas le droit. Elle était une mission, un contrat. La fille du directeur du FBI; en clair, si Carlisle apprenait ce léger... contretemps, il était mal. Et Edward n'imaginait pas la tête de Charlie Swan, par peur de vraiment appréhender sa mort.
Non, hier soir, il s'était rapproché, il le savait. Il n'avait pas pu s'en empêcher, toutefois. Isabella avait besoin de quelqu'un pour pleurer et le seul qui puisse lui offrir cette épaule était la cause de ses pleurs.
Jacob Black était un bon agent et profiler, mais Edward savait ce qu'on éprouvait quand on idéalisait une personne et que l'illusion vous explosait en pleine figure. C'était son cas. Isabella l'avait prévenu et il ne l'avait pas écouté, trop aveuglé par son amitié.
Maintenant, Edward devra se montrer plus attentif. Il sentait le dénouement approcher et il n'avait qu'une seule crainte; que cette vengeance atteigne Isabella.
De retour à l'appartement, Edward déposa à peine le sac contenant le petit déjeuner qu'Isabella émergea du salon, les yeux rouges et le teint pâle.
Visiblement, la nuit ne l'avait pas aidé.
-Est-ce que Tyler Crowley est l'homme que nous recherchons ? Demanda-t-elle d'emblée, les yeux braqués sur Edward, cherchant visiblement le moindre signe répondant à sa question.
Edward resta près de la table, la regardant dans les yeux, posant ses mains sur la table.
-Tu sais que je ne peux répondre à cette question, souffla-t-il.
-Tu vas pourtant répondre, Edward ! J'ai besoin de savoir !
-C'est trop dangereux ! Rétorqua-t-il en secouant la tête, buté.
Isabella plissa les yeux et avança jusqu'à lui, se postant à quelques centimètres de son buste. Edward inspira des effluves de caramels et ferma les yeux une seconde. En les rouvrant, il découvrit la jeune flic le regarder avec colère et détermination.
Il ne pouvait mentir, et elle ne lâcherait pas le morceau. Edward inspira profondément en levant la tête au plafond, résigné. Il était vraiment maudit, avec cette femme !
-Tu es insupportable !
-Et toi un véritable connard... mais faut faire avec. Accouche, Edward ! Est-ce que Tyler est le meurtrier ?
-Pourquoi posé ton dévolu sur lui ? Dit-il pour gagner du temps. A-t-il fait quelque chose qui te pousse à le croire coupable ? Le crois-tu dangereux ? A-t-il eut des gestes déplacés envers toi ?
-Non ! S'écria-t-elle en secouant la tête à chaque question posée par Edward. Non, rien de tout ça ! Mais... sa profession est parfaite pour camoufler des preuves. Il est à l'écart des autres et reste tout le temps à la morgue. Oui, oui, je sais que c'est son rôle, d'être là-bas, mais... je sais pas, contrairement à Jake, je ne le connais pas vraiment et...
-Tu n'as donc aucune preuve !
-Je suis profiler, non de Dieu ! Lui cria-t-elle au visage. Je sais reconnaître les signes, quand je les vois. Et Tyler a le profil parfait pour être le tueur ! D'autant qu'il boit !
-Ça suffit pour l'accuser ? Rigola Edward en arquant un sourcil, l'air moqueur. Tout homme qui boit est sujet à la criminalité, selon toi ?
-Pas vraiment, non. Mais un homme qui boit peut être dangereux, violent et sujet à des sautes d'humeur entraînants... des meurtres, oui. Tu es dans le même milieu que moi, non ?! Les femmes battues, ça ne te dit rien ? Comment sont les hommes, en règle générale, dans ses moments-là ?
-Il n'est pas question de ça, ici ! Répliqua-t-il en haussant le ton. Le meurtrier est schizophrène ! Il ne sait même pas lui-même ce qu'il fait ! Ils sont deux, à l'intérieur. Voilà pourquoi la mission est particulière. Cela ajoute à son lien avec la mafia, qui renforce l'impossibilité d'intervenir.
-Impossible d'intervenir ? Donc vous allez attendre qu'une cinquantaine de morts soient retrouvés, avant de vous bouger ?! C'est vraiment irresponsable, illogique et...
-Nécessaire, finit Edward doucement, tâchant de calmer la tension qui montait entre eux. On sait les conséquences, mais on ne peut rien faire pour le moment, Isabella. Pourquoi crois-tu que la mafia à tant de pouvoir, sinon ? Nous risquons nos vies, en acceptant ce genre de mission. Mais c'est comme ça. Il faut juste être patient, méthodique et rusé. Savoir frappé au bon moment.
-Donc... on parle de Tyler, oui ou non ?
Edward râla exagérément avant de baisser la tête et voûter les épaules, secouant la tête. Un sourire abusé se dessina sur ces lèvres.
Elle était vraiment têtue !
-Je t'aie acheté des croissants, finit-il par dire en désigna le sac posé sur la table. Y paraît que ça plaît, en général.
Isabella haussa les épaules avant d'écarter les pans du sac en papier, jetant un coup d'œil à l'intérieur. Un petit sourire étira ses lèvres roses et Edward détourna rapidement les yeux, l'air rageur.
-Ce genre d'attention n'est pas attribué à un garde du corps, tu sais, la prévint Isabella en venant s'asseoir sur le plan de travail derrière lui, un croissant suspendu entre ses dents.
-Quand les placards sont vides, on peut faire une exception, sourit-il.
La jeune flic déchira bout par bout la viennoiserie, l'enfournant dans sa bouche en émettant des petits bruits de plaisirs. Elle le regardait à travers ses cils et semblait tout à fait consciente de ce qu'elle faisait. Edward tenta de l'ignorer du mieux qu'il pouvait.
-Bon... je veux pas être méchante, mais... tu pars quand ? Non parce qu'on est dimanche, vois-tu !
-Je travaille sept jours sur sept, désolé. Je te collerais au corps tant qu'on me le dira.
Son rougissement ne lui échappa pas. Isabella le fusilla du regard avant de sauter du plan de travail.
-Bien, alors enfile un jogging, parce que moi, je vais courir !
-Tu es sûre que c'est une bonne idée.
-C'est quoi, ça, comme question ! Tu pensais que j'allais encore me lamenter comme hier soir ? Bas non, désolée. Si Jake ne me croit pas, tant pis. il veut des preuves, il en aura !
ooooo
Son idée d'aller courir n'était pas sans intérêt pour l'enquête, loin de là. En fait, Bella avait même l'attention de se servir de cette excuse pour semer Edward.
Ce dernier devenait un peu collant depuis qu'elle connaissait son statut de garde du corps, et poursuivre l'enquête sans Jacob, avec Edward derrière elle... sans façon. Il l'aurait probablement empêchée, de toute façon.
Alors, elle devra semer Edward. Chose s'avérant bien difficile, finalement. Ce type avait un sac de sport dans sa voiture. À croire qu'il prévoyait toutes les situations ! L'idée de le fuir pendant qu'il retournait chez lui était donc à écarter. Il restait maintenant à voir s'il était aussi rapide qu'elle l'était ! Bella sourit face à cette idée, connaissant déjà la réponse.
-Le temps n'est pas à la promenade, grommela Edward en la suivant dans Central Park.
-Un bon coureur ne recule devant aucun temps ! Quelques goûte de pluies ne vont pas te tuer, monsieur grognon ! Bon, prêt pour huit kilomètres ?
-Mon cœur, à l'armée, c'était même pas l'échauffement ! Bien sûre que je suis près !
Bella le prit au mot et démarra au quart de tour, le prenant totalement au dépourvu, ce qui la fit rire malgré lui. Elle détalla rapidement, entamant une course mesurée afin de ne pas perdre le rythme et surtout pour pouvoir le semer en temps voulu.
Edward avait une carrure d'athlète, mais il avait aussi et surtout, un véritable point faible; son asthme. Tout comme elle, il ne tiendrait pas longtemps pour courir. Mais Bella s'entraînait depuis longtemps et ne faisait pas de crise à cause de l'effort depuis bien des mois. Edward, lui, semblait subir une maladie bien plus sévère qu'elle, et bien qu'avec une légère crainte, comptait bien dessus pour le distancer rapidement.
C'était mesquin et Bella le savait. Mais après sa dernière crise, elle ne pensait plus qu'à se venger, et la situation n'était que parfaite.
-Du mal à suivre ? Ricana-t-elle en tournant une seconde la tête en arrière, évaluant la distance entre lui et elle.
Elle faisait bien attention de respirer profondément, diminuant les risques au maximum. Ses poings fermés exercés un mouvement de balancier, tandis qu'elle maintenait le dos bien droit, mesurant son rythme aux battements de cœur qui tressautaient dans sa poitrine.
La respiration d'Edward se rapprocha légèrement mais s'éloignait toujours un peu plus quand Bella accélérait la cadence. C'était vivifiant, libérateur. Bella adorait courir et la pluie lui offrait une fraîcheur tonifiante. C'était parfait.
Le sol mouillé glissait, et elle entendit Edward jurer à plusieurs reprises. Elle-même du se concentrer pour que ses pas adhèrent toujours à la terre.
-On va compliquer les choses... dit-elle pour elle-même en bifurquant rapidement dans le chemin de droite, menant au cœur du parc.
Ici, la végétation se faisait plus dense, ce qui faciliterait sa fuite. Elle jeta donc un coup d'œil derrière elle et accéléra considérablement sa vitesse, le semant après plusieurs minutes.
Bella fila à travers les arbres, abandonnant très vite le chemin des coureurs. Elle se dirigea vers une sortie du parc, soufflant par à-coups pour garder un rythme soutenu. Se retournant sans s'arrêter, elle constata la disparition de son garde du corps, et Bella souffla de soulagement.
Émergeant des arbres, elle manqua se prendre un banc avant de l'éviter in extremis et atterrir au jalonnement de Central Park.
S'arrêtant au bord de la route, Bella regarda une dernière fois derrière elle avant de lever un bras en l'air, appelant un taxi qui s'arrêta à sa hauteur quelques secondes plus tard.
-À Baxter Street ! Annonça l'agent Swan en s'effondrant à l'arrière du taxi, toute essoufflée.
Durant l'ascension jusqu'à son lieu de travail, Bella jeta des regards par la vitre arrière, un peu anxieuse. Fuir Edward avait été un peu trop facile... elle se doutait bien qu'il la retrouverait rapidement et qu'elle passe un sale quart d'heure.
Arrivé à destination, Bella se rendit directement à son bureau, saluant le gardien à l'entrée de l'immeuble, qui faisait les gardes pendant le week-end, bien que certains agents travaillaient encore. Allumant son ordinateur, Bella récupéra la liste qu'elle avait faite le soir où Tyler était retrouvé bourré. Elle imprima la liste et envoya sur sa boîte mail tout ce qu'elle avait trouvé comme pistes concernant le lien entre toutes les victimes. Son chef et l'agent Cullen avait confirmé son hypothèse, elle devait donc creuser encore à ce sujet.
Si Jacob ne voulait plus la suivre, très bien ! Elle pourrait alors prouver à son père qu'elle aussi, elle peut être une bonne flic !
-Tient, tient, Isabella... !
La jeune femme se retourna brusquement, fermant d'une main l'écran de son ordinateur portable. Son regard croisa celui de l'homme face à elle, et son sang ne fit qu'un tour.
-Oh, salut, Tyler ! Souffla-t-elle en s'efforçant de lui adresser un sourire amical. J'ignorais que tu travaillais le dimanche matin. J'imagine que les légistes sont plus à l'aise avec les morts...
Son rire était nerveux, mais Bella fit comme si de rien n'était. Elle attrapa rapidement les feuilles imprimées plus tôt et commença à rejoindre l'ascenseur. Son plan était d'aller à la morgue, mais avec la présence du principal concerné... il valait mieux revoir ça un autre jour. Oui, le plus sage était de partir. L'open space était vide et seul le gardien était présent, à trois étages en dessous. Bella devint raide et se crispa légèrement.
-J'étais venu récupérer quelques trucs... a plus !
-Isabella ! Appela-t-il alors qu'elle allait appuyer sur le bouton de l'ascenseur.
Elle se figea, se retournant légèrement vers lui.
Tyler avait les bras croiser contre sa poitrine, le teint blafard et les cheveux en bataille. Vêtit de noir de la tête aux pieds, ses cheveux bruns caressant imperceptiblement sa nuque et ses tempes, il incarnait parfaitement l'homme mystérieux et effrayant qu'on pouvait croiser au coin d'une rue. Séduisant mais terrifiant...
Son retard noir était encré dans le sien, la dissuadant de faire tout mouvement. Bella sentit une sueur froide venir caresser son dos. Un frisson la parcourut avant qu'elles ne reprennent vie.
-Oui, Tyler ? Demanda-t-elle poliment, gardant une attitude détendue et posée.
-Tout va bien ? Demanda-t-il doucement, presque avec tendresse, ce qui la surprit.
-Bien sur ! S'écria-t-elle en souriant.
-Vraiment ?... Avec ton père enlevé, pourtant...
Bella devint raide, se maudissant d'avoir oublié ce détail. Quelle cruche !
-Heu... oui, c'est vrai... mon père. Je veux dire... je vais bien, je fais avec. C'est dur mais je... je reste professionnel car je sais qu'on le retrouvera, finie-elle, incertaine.
Tyler arqua un sourcil, visiblement peu convaincu. Bella se dandina sur ses jambes, pas très sur de ce qu'elle devait faire.
-Ça doit être dur, j'imagine... Tu as perdu ta mère à sept ans, et voilà que ton père est pris en otage par la mafia. Arracher sa famille à quelqu'un, c'est... impardonnable.
La façon qu'il avait de dire ça... Bella crut y déceler comme un code. Mais le regard noir qui lui adressait l'empêchait de réfléchir correctement, et Bella sentit la peur montée en elle.
-Je... je ne suis pas pour faire justice moi-même. Tant que l'on me rend mon père...
-Avec la mafia... aucune chance !
Bella recula d'un pas, estomaquée. Tyler lui parlait avec une telle indifférence et un tel manque de tact que c'en était effrayant. Le regard étrange du médecin la fit trembler.
-Je t'en prie Tyler, n'hésite pas à être franc ! Dit-elle sèchement.
-Je t'ouvre les yeux, Isabella.
-Tu ne m'appelles pas Isabella, en règle générale, souffla-t-elle en fronçant les sourcils.
-Vraiment ? Sourit-il en faisant un pas dans sa direction. Eh bien, c'est ton prénom, non ? Isabella Swan...
Il se rapprochait de plus en plus, et Bella commença à sentir l'adrénaline montée. Elle tendit sa main derrière elle, tâtant le mur à la recherche du bouton de l'ascenseur. Elle ne lâcha pas Tyler du regard, mesurant avec crainte la distance qui les séparait désormais. Une odeur d'alcool se fit alors sentir, et la jeune femme crut défaillir.
Il était saoul. Et ils étaient seuls.
-Tu as encore bu, Tyler, dit-elle en reculant davantage.
-Je ne suis pas saoul, si c'est ce que tu penses ! Dit-il avec malice. Je suis simplement moi. Mais en mieux.
-Qu'est-ce que ça veut dire, exactement ?
-Tu ne comprendrais pas, ricana-t-il en se postant devant elle. Personne ne le pourrait !
Bella trouva enfin le bouton, mais Tyler fronça les sourcils et braqua des yeux rageurs sur elle avant de lui agripper subitement le bras, l'éloignant volontairement du bouton d'appel. L'agent Swan poussa une légère plainte quand il serra davantage sa prise sur son biceps.
-Tu es pressée de partir, Isabella ? Sourit-il malicieusement.
Là, elle commençait vraiment à avoir peur. Mais ce n'était pas si différant de l'attitude d'Edward. Les hommes violents, elle commençait à les connaître.
-Oui, je t'ai dit que je passais en coup de vent. Je dois partir.
-Pourquoi tant de hâte ? Demanda Tyler. Hier soir aussi, tu n'es pas restée longtemps. Tu fuis quelqu'un, peut-être ? Le type que vous avez coffré ? J'étais à la morgue, je n'ai eu droit qu'aux ragots de la part des autres... mais il paraîtrait que tu étais particulièrement impliquée. Des détails ?
-Il n'y a rien à dire ! Juste un connard qui me suivait et qui m'as fait tourner en bourrique. Mais il s'avère qu'il n'avait rien à voir avec les hommes que nous recherchons.
-Quel est le nom de cet homme ?
-Aucune importance, je t'assure !
Tyler contracta la mâchoire et vrilla un regard noir sur elle. Il resserra douloureusement sa prise avant de l'approcher de lui sèchement. Son visage s'assombrit considérablement.
-Pourquoi tant de réticence, Isabella ? J'ai l'impression que tu es de plus en plus distante, ces temps-ci...
-Je ne vois pas de quoi tu parles, Tyler, s'étonna-t-elle en tentant de se libérer de sa poigne de fer. Toi et moi ne sommes pas vraiment proches pour avancer ce genre de chose. On ne se voit quasiment jamais.
-Oui, et c'est bien dommage, susurra-t-il en souriant étrangement. J'aimerais beaucoup changer ça, Isabella. Tu es quelqu'un de très intéressant.
Bella se tortilla sous sa poigne, grimaçant quand il lui tordit le poignet légèrement, presque avec désinvolture. Son sourire malicieux lui faisait froid dans le dos.
-Je dois partir, Tyler ! Prévint-elle durement, se préparant à porter un coup si nécessaire.
-Oh, pourquoi être pressée ? La nargua-t-il. Personne ne t'attends à la maison, après tout !
Subitement, il la lâcha et lui arracha de l'autre main les documents qu'elle venait d'imprimer. Bella protesta en tentant de les reprendre mais Tyler vint la plaquer contre le mur, entravant sa poitrine de son avant-bras. La jeune femme en eut le souffle coupé tant l'impact fut violent.
Tyler déplia les documents, fronçant les sourcils à mesure qu'il lisait le rapport qu'elle avait fait. Il plissa les yeux de colère, serrant les dents. En relevant les yeux sur elle, Bella déglutit. Si Tyler était bien le dramaturge, elle venait de lui donner une bonne raison de l'éliminer.
-J'avais donc raison... marmonna-t-il en serrant dans son poing la feuille, la détruisant. Tu es plus intelligente que je ne le croyais ! Tu me causes bien du souci, Isabella. J'en suis navré mais... je n'ai plus d'autre option, là. Tu ne me laisses plus le choix !
Il étira un sourire carnassier et jeta les documents au sol rageusement, ne la quittant pas du regard. Bella ancra alors son regard dans le sien, et frappa.
Son genou parti violemment dans l'entrejambe de Tyler, qui jura en reculant précipitamment. Mais il se reprit bien vite et Bella n'eus pas le temps de le contourner. Il la rattrapa rapidement et tenta de l'entraver une fois de plus. L'agent Swan se retourna face à lui et attrapa à son tour son bras, le tordant violemment, ajoutant à cela un coup de poing dans la mâchoire. Puis elle détalla jusqu'à la cage d'escalier, manquant de tomber en ouvrant la porte.
Tyler grogna et la suivit, tandis qu'elle dévalait les marches quatre à quatre, se tordant la cheville arrivée au deuxième étage. Elle cria et s'agrippa solidement à la rampe afin de poursuivre son ascension, ne ralentissant pas sa course. Tyler était juste derrière elle, mais elle réussit à atteindre le rez-de-chaussée avant qu'il ne l'empoigne par les cheveux. Elle se débattit.
-C'était toi depuis le début ! Cria-t-elle en se libérant de son emprise, se retrouvant face à lui. Pendant tout ce temps, tu as réussi à tous nous duper !
Reculant précipitamment, elle s'enfuit jusqu'au hall de l'immeuble et jura en constatant l'absence du gardien. Il choisissait sa pause au bon moment, lui ! Ni une ni deux, elle se précipita dehors, réfléchissant déjà à la tournure des événements. Étant en tenue de sport, elle n'avait donc pas d'arme sur elle. Aucun moyen de contacter qui que ne se soit et... elle venait de semer son garde du corps.
Génial ! Pour une flic, on ne pouvait pas faire pire, comme attitude !
-Isabella... chantonna Tyler derrière elle, posant une main contre son cou.
Sursautant, elle le fusilla du regard, tentant déjà de prendre la fuite, voyant que se battre contre lui n'aboutirait qu'à son propre échec. Mais Tyler maintenait sa prise sur son coup.
-Je pense qu'on devrait discuter, toi et moi, dit-il avec virulence, agrippant ses cheveux durement.
En ce dimanche matin, la rue était déserte, et Bella su qu'elle ne pourrait le fuir. Cet homme était bien plus rapide qu'elle...
Quelle ironie ! Son garde du corps était plus lent qu'elle mais le tueur était plus vif qu'elle. Le sort était vraiment hilarant, parfois !
-Tu as été stupide de te dévoiler maintenant, Tyler ! Ria-t-elle, le désarçonnant.
Étais-ce la peur qui la faisait rire ? Sans doute.
-On est devant le BAU... franchement, tu n'as pas pensé que les caméras te grilleraient ! Continua-t-elle en souriant méchamment.
-Honnêtement, je m'en balance, répliqua-t-il farouchement en tirant sa tête en arrière. Le jeu est terminé, Isabella. Le dénouement est proche. Qu'ils voient la précieuse petite fille de Swan dans ses foutues caméras. Ce sera mon message. Et il sera clair : Je te tiens !
ooooo
