Bonjour :DD Oui il est bel et bien 5h du matin (et des poussières) ! Et je viens de finir ce chapitre, assez spécial ! Car il n'est pas raconté du POV de Merry, ni de quiconque, et que ce n'est pas exactement la suite :DDDD *se cache* bon vous avez un début de suite tout à la fin, me tuez pas T^T Merci à tous, très chers lecteurs ! (rangez vos couteaux-suisses, aussi, siouplé éwè)

Enfin bref, le pourquoi du comment du pourquoi du parce que xD /PAN/ Enfin bref beaucoup d'explications dans ce chapitre x3 La chanson, c'est Can I Have This Dance, de High School Musical 3 (je plaide coupable, j'adore cette chanson depuis que j'ai écouté la reprise de Sam Tsui *se cache...again*)

Bon, dans tous les cas, j'espère qu'il vous plairai. Personnellement, j'ai vraiment aimé l'écrire : ça changeait de d'habitude, et puis j'ai rarement l'occasion d'introduire des gamins (car oui y va y avoir des gosses :D) En tous cas, Elliot ne m'appartient toujours pas et...les autres de PH (même pas présents =w=) non plus d'ailleurs.

Bonne lecture :)


~Mon...petit frère~

- Non, je veux pas ! Je veux pas du tout !

- Voyons, ma petite Vivian…

- Mon nom c'est Merry !

La fillette aux cheveux noirs, les yeux larmoyants et les dents serrées, sortit de la salle en bousculant les quelques personnes présentes qui lui barraient la route. Elle se fichait éperdument des cris de son père, des ordres de sa mère et des conseils de sa grand-mère. En plus, celle-ci n'était même pas capable de l'appeler par son bon prénom ! Elle claqua la porte derrière elle et partit se réfugier dans sa chambre, se jetant sur son lit à baldaquin. Elle enfouit sa tête dans un de ses oreillers, sanglotant, se recroquevillant sur son matelas et laissant ses mèches lui recouvrir le visage. Elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas les suivre, elle ne voulait pas faire la même chose, elle voulait danser. Elle ne voulait pas être une grande musicienne, une compositrice, ni même une chanteuse. Elle voulait danser. C'était pourtant proche de ce vaste domaine qu'était la musique ! Pourquoi tenaient-ils tant à ce qu'elle suive leurs pas ? Tu as des doigts de musicienne, lui disait-on. Elle n'y croyait pas. Elle n'avait que quatre ans et on essayait déjà de briser son rêve enfantin.

Elle sécha ses larmes et s'assit sur son lit, regardant ses petits pieds. Elle descendit difficilement au sol, faisant à peine quelques centimètres de plus que la hauteur de son matelas. Elle se posta devant le miroir et chantonna une petite musique, puis dansa dessus. C'était tout ce qu'elle voulait…

- And with every step together, we just keep on getting better… So can I have this dance…

De sa petite voix, elle prononçait ces mots, les paroles de sa chanson favorite, celle qui lui avait donné envie de danser aussi. Et lorsqu'elle termina sur un pas tout aussi gracieux que les précédents, légèrement essoufflée, elle entendit un applaudissement. Elle se retourna vers la porte et vit sa grand-mère, se tenant là. Elle était un peu trop concentrée et ne s'était aperçue de rien. Elle rougit alors, devant le sourire de la vieille dame. Cette dernière ferma la porte derrière elle et s'approcha de sa petite fille, s'asseyant sur son lit. Merry s'installa à côté d'elle, devant presque escalader cet impitoyable matelas. Elles restèrent silencieuses jusqu'à ce que Gabriell, repoussant quelques cheveux blancs, ne prenne la parole.

- Tu danses très bien, ma petite Vivian…

- Mamie… Moi c'est Merry !

- Haha, c'est vrai. Je ferai attention.

- Tu dis toujours ça et au final…

La gamine rit un peu, puis se remit à fixer ses pieds qui balançaient au-dessus de la moquette mauve. Son sourire s'effaça bien vite lorsque la voix masculine et grave de son père ne retentisse dans les couloirs. Les bruits de pas s'approchaient rapidement et il ouvrit violemment la porte, l'air furieux. La grand-mère lui jeta un regard assassin et immédiatement, le père Clowsday se ravisa, fermant aussitôt la bouche. Il ne devait pas gronder la petite au risque de se faire frapper à coup de saxophone, et ça, ça faisait mal. Il fit un signe de tête alors que Gabriell lui offrait un sourire, le regard plus doux, l'air de dire qu'elle s'en occupait. Il referma donc la porte sous le regard surpris de Merry.

- Mamie…qu'est-ce qu'il a papa ?

- Rien ma petite Vi… Ma petite Merry.

La fillette esquissa un sourire en voyant l'effort de son aînée. Elle se jeta dans ses bras et l'étreignit avec le peu de force qu'elle avait. Puis elle s'allongea sur son lit et leva les mains vers le plafond.

- Moi j'veux danser. J'veux pas réparer les trucs bizarres comme papa, et j'veux pas jouer de tout comme maman. J'veux juste danser…

Elle laissa mollement retomber ses bras en arrière, sur ses gros oreillers. Le grand sourire dessiné sur ses lèvres s'était évanoui. Ils voulaient qu'elle fasse de la musique, ils se fichaient royalement de son avis…

- Mamiiiiie… Pourquoi ils veulent que je fasse tout ça, dis ?

L'interpellée s'allongea à son tour auprès de sa petite fille, retirant ses lunettes et repliant les branches pour en rentrer une dans son col. Elle la rassura d'un sourire et d'un mouvement de tête et se mit à jouer avec quelques mèches de jais. La plus jeune se mit à rigoler innocemment, se débattant puis jouant avec les cheveux blancs de la plus âgée. Puis elles se rassirent, complices, leurs deux regards gris, identiques, plantés l'un dans l'autre. Merry ne tenait pas ses prunelles de sa mère, qui avait les yeux bleus, ni de son père qui les avait d'un brun sombre, mais bien de sa grand-mère. Elle se blottit contre cette dernière alors qu'elle lui caressait affectueusement les cheveux.

- Ils croient en toi, ils sont sûrs que tu es faite pour ça. Ma fille et ton père ont toujours vécu dans la musique, moi aussi, ma famille aussi, et celle de ton père…aussi. Mais rien ne t'empêche de danser à côté, tu le sais. Et un jour, peut-être que tu leur feras tes preuves, peut-être que tu leur montreras que tu es une danseuse et non une musicienne. Mais pour cela il faut laisser le temps faire, nous verrons bien ce que l'avenir nous réserve… Ce qu'il te réserve à toi, petite maligne.


Un seul instrument avait vraiment plu à Merry. Le violon, son son plus aigu mais toujours si beau –sauf, certes, quand elle le jouait- et même la manière dont il fallait le positionner, la manière dont il fallait se positionner… Même si elle n'avait pas un niveau extraordinaire pour ses deux mois de travail, elle avait fortement préféré jouer du violon que du hautbois, du saxophone, du piano, de la contrebasse et même du xylophone. C'était le dernier qu'on lui avait fait essayer en cette fin d'année et elle avait vraiment apprécié. Elle allait donc en jouer durant toute une année pour s'améliorer et commencer les études à deux instruments, poursuivant ses cours de solfège et de chorale en parallèle. Et entre deux entraînements musicaux, la petite continuait de danser. On la retrouvait souvent endormie avant même de manger, allongée à même le sol, en sueur mais un air fier ne quittant pas son visage. Le temps passait, les mois défilaient et les cours pesaient plus sur les frêles épaules de la petite. Danser l'épuisait, elle n'était pas très endurante, mais elle ne s'arrêtait pas. Et si elle n'avait pas le temps de s'entraîner après ses cours de musique, on la retrouvait endormie sur sa moquette au beau milieu de la nuit, encore habillée. Sa grand-mère se sentait alors coupable, pensant que c'était de sa faute si Merry s'obstinait tant. Mais à chaque fois qu'elle tentait de dissuader sa petite fille, celle-ci rétorquait qu'elle devait continuer, si elle voulait un jour leur prouver.

Bientôt, Helena, la mère de Merry et ainsi la fille de Gabriell, eut un nouvel élève. Un petit garçon qui comme Merry, avait cinq ans. Il venait pour étudier le piano. Mais ce n'était pas n'importe qui, non, c'était l'un des héritiers d'une des quatre familles ducales ! Le père Clowsday était plus fier que jamais d'accueillir une personne, aussi jeune soit-elle, d'une telle importance dans son manoir. Pourtant, la première fois qu'il voulut adresser la parole au petit garçon…

- Alors, bonhomme, tu as quel âge ?

- Surveillez votre langage, sale vieux ! Je suis un Nightray, vous l'oubliez ? Vous me devez le respect !

…Disons que la conversation avait vite dû être interrompue. On mena le petit blond à la mère de la famille, aux longs cheveux noirs et ondulés et au regard aussi bleu que celui du Nightray, quoique bien plus doux. La partie ne fut pas facile mais Helena arrivait toujours à dompter les colériques –ce n'était pas pour rien que sa fille lui vouait un respect sans bornes- et obtenait toujours ce qu'elle voulait. Et Merry ne savait rien de cet invité quotidien, ainsi quelle fut sa surprise lorsque lors d'une petite balade dans les jardins de l'entrée, elle croisa un petit garçon de son âge, aux cheveux d'un blond cendré, aux yeux fins et bleus et au petit grain de beauté sous l'œil gauche, une petite mallette en main.

- T'es qui toi ?

- Quoi ? Comment tu me parles, sale noble de second rang !

- De quoiiiii ? Mais qu'est-ce que tu racontes, je t'ai juste demandé qui t'étais !

- Eh bien sache que je suis Elliot Nightray, et que je suis bien plus haut placé que toi !

Merry fronça les sourcils, la bouche entrouverte et l'air perdue. Mais qu'est-ce qu'il lui chantait le blondinet ?

- Elliot quoi ? Et puis arrête, j'fais au moins deux centimètres de plus que toi ! répliqua-t-elle en s'avançant vers lui et en se mettant bien droite pour lui prouver qu'elle était plus « haute ».

- Tu comprends rien ! Je suis quelqu'un d'important, sale gamine !

- Ouais ben t'es chez moi et ici c'est moi l'importante, non mais !

- Tu pourrais au moins faire l'effort de présenter, insolente !

- J'suis Merry et j'suis pas un solante ! … C'est quoi un solante en fait ?

Elliot resta bouche bée, les yeux écarquillés. Qui était donc cette petite fille –qui effectivement faisait bel et bien deux centimètres de plus ? Ne connaissait-elle donc pas le sens de ce mot ? …Elle était débile ou quoi ? Oui, sans doute, se disait-il. Il se mit alors à rire, sous le regard surpris de la petite fille aux yeux gris.

- Ben pourquoi tu rigoles ?

- T'es débile !

- QUOI ?

Elle devint rouge de colère et le poussa brusquement alors qu'il se tordait de rire. Il tomba littéralement sur les fesses, puis dévisagea Merry. Pour qui se prenait-elle pour le bousculer comme ça ! Il prit à son tour une teinte frôlant la couleur des tomates puis se releva et se mit à crier sur la petite Clowsday. Elle ne resta pas sans rien dire et répliqua à son tour, ne comprenant pas un mot à ce qu'il lui baratinait sur l'honneur, la fierté, l'honnêteté et autres principes de bon héritier. Des domestiques les aperçurent et durent les séparer, puis Elliot rentra chez lui, ses frères l'attendant dans la calèche devant le manoir.


- Mamiiiiie… Le garçon qui vient à la maison il est méchaaaant…

- Tu l'as rencontré ? Un vrai numéro, ce petit Elliot.

- Je l'aime pas, je veux plus qu'il vienne ! A chaque fois il me regarde méchamment quand je le croise… Mais c'est lui qui a commencé à me crier dessus !

Gabriell avait toujours été la personne la plus proche de la petite fille aux cheveux sombres. C'était vers elle qu'elle se tournait lorsqu'elle avait un problème, c'était dans ses bras qu'elle allait pleurer lorsqu'elle était triste, c'était à elle qu'elle racontait ses journées, le déroulement de ses cours, son entraînement de danse… Mais ce que ne comprenait pas la vieille femme, c'était pourquoi la fillette venait la plupart du temps la voir alors qu'elle tricotait. Enfin, elle s'était bien habituée, à interrompre son activité pour laisser sa petite fille s'installer sur ses genoux et se balancer sur la chaise à bascule en sa compagnie. Elle lui offrit un sourire amusé et posa ses aiguilles sur le bord de la fenêtre à côté de laquelle elle avait l'habitude de s'installer.

- Les garçons comme ça n'arrivent jamais à exprimer leurs sentiments. Je suis certaine que s'il te crie dessus c'est parce qu'il t'aime bien ~

- Heeeeiiiiin ? lâcha Merry en regardant sa grand-mère, l'air de dire « qu'est-ce que tu racontes encore, vieille gâteuse ». C'est n'importe quoi ! Si c'est comme ça moi je vais m'entraîner ! Je m'entraîne moins ces derniers temps !

- Fais attention, ma petite Vivian.

La fillette sourit et descendit des jambes de son aînée, la laissant retourner à son tricot. Elle parcourut les couloirs et alla dans les mêmes jardins d'entrée, profitant du beau temps pour danser dehors. Cependant, elle ne connaissait pas les horaires d'Elliot et ne savait pas qu'il sortait seulement quelques minutes après son arrivée à l'extérieur. Ainsi, il la surprit à valser toute seule, pieds nus dans l'herbe.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Merry sursauta, reconnaissant la voix du blondinet colérique. Elle devint rouge de honte et se retourna vers lui, puis tenta de prendre un air sérieux malgré qu'elle soit trahie par son teint.

- Rien ! Rien qui t'intéresse en tous cas !

- Tu dansais !

- C'est même pas vrai !

Elliot s'approcha et se posta face à elle, un air sévère sur le visage.

- Tu mens, tu dansais pour de vrai ! Et toute seule en plus !

- Et alors, qu'est-ce que ça peut te faire ? finit-elle par avouer.

Le petit garçon prit la main droite de la fillette dans sa main gauche et lui posa la main sur son épaule alors qu'il la prenait par la taille.

- Tu dansais sur quoi ?

Merry ne put répondre. Qu'est-ce qu'il faisait, là ? Il se positionnait pour danser avec elle ? Mais…pourquoi ? Il ne se moquait pas d'elle ? Elle était de nouveau rouge, elle ne s'attendait pas à cette réaction. Elle reprit ses esprits lorsque son interlocuteur planta ses iris dans les siens, attendant sa réponse.

- Euh…attends, je peux la chanter…

Elle s'exécuta donc et chanta la mélodie, le laissant s'adapter au rythme. Des domestiques qui devaient s'occuper de nettoyer la grille s'arrêtèrent et se cachère derrière un mur, observant les deux enfants d'un œil attendri. C'était mignon, une valse assez maladroite et enfantine, mais tout à fait adorable. Ils dansèrent ainsi pendant quelques minutes, alors que la fillette fredonnait toujours. Ils avaient tous deux le sourire aux lèvres, ils avaient l'air de bien s'amuser, à vrai dire. Ils s'arrêtèrent lorsque la chanson prit fin, tous les deux un peu essoufflés.

- Tu chantes pas trop mal…et tu te débrouilles en danse…

- Merci… Toi par contre t'es nul, tes pas sont pas réguliers, tu m'as écrasé plein de fois les pieds !

- Quoooiiii ? J'suis pas nul, d'abord ! C'est Vanessa qu'est nulle, c'est elle qui m'apprend…

- C'est qui Vanessa ? demanda Merry, curieuse.

- C'est ma sœur. T'as pas de frères et sœurs, toi ? demanda Elliot en levant un sourcil, ayant déjà repris son souffle.

- Non…

Elle afficha une petite mine déçue. Elle aurait bien aimé avoir une sœur ou un frère, elle aussi. Ça devait être amusant. Mais bon, elle avait toujours sa grand-mère pour parler ! Elle sourit et prit un air déterminé, sous le regard incompréhensif du petit blond, qui haussa les épaules et se redressa finalement, jusque-là appuyé sur ses cuisses. Il dit d'un ton détaché, regardant ailleurs et voulant sans doute paraître décontracté :

- Bah…j'peux être ton frère, si tu veux, moi !

Merry se retourna vers lui, un air interrogateur sur le visage. Elle n'avait pas bien compris, mais bientôt ses yeux s'emplirent d'étoiles pendant que ses joues viraient au rouge, alors qu'elle écarquillait les yeux. Elle entrouvrit la bouche et ses lèvres formèrent un énorme sourire. Elle se jeta dans les bras d'Elliot et le fit tomber à la renverse, alors qu'il devenait écarlate à son tour :

- TROP BIEEEEN J'AI UN P'TIT FREEERE !

- Que-quoi ? Comment ça petit ! J'suis né avant toi, j'en suis sûr !

Elle se redressa et le regarda, toujours au-dessus de lui, de ce même air joyeux et enthousiaste.

- J'suis née en mai ! Et toi ?

- …En novembre…zut, j'en ai marre d'être toujours le plus petit…

Elle éclata de rire et il la suivit bien vite dans son hilarité, assis sur l'herbe. Les domestiques sourirent, plus attendris que jamais face à une telle scène. Ces deux enfants étaient tellement innocents. Elliot dû s'en aller, la calèche l'attendant toujours à l'extérieur. Cette fois-ci, Merry le suivit et l'accompagna jusqu'à la sortie, et lorsqu'il s'apprêtait à monter à l'intérieur, il se retourna vers elle et lui sourit avec un air enfantin :

- En fait t'es gentille, Merry !

- …Hein ? Non, j'suis pas gentille !

Le petit garçon ouvrit de grands yeux et fronça ensuite les sourcils, prenant un air boudeur :

- Si, j'te dis ! Allez, j'y vais ! A demain !

La fillette de bientôt six ans se mit à fixer ses pieds, son teint frôlant celui d'une pivoine. Elle versa quelques larmes qu'elle essuya à l'aide de son bras :

- …J'suis pas gentille… J'veux pas être gentille…


- Dis, Merry, tu veux faire quoi quand tu seras plus grande, toi ?

- J'aimerais être une danseuse ! s'exclama-t-elle, assise en tailleurs sur la pelouse, levant les bras dans les airs pour accentuer le côté extraordinaire de la chose. Et toi, p'tit frère ?

- J'veux faire du piano. J'adore la musique ! Tu joues de la musique, toi ?

Cela faisait plusieurs mois qu'Elliot se rendait chaque jour au manoir Clowsday. Et chacun de ces jours, il retrouvait Merry à la même heure, attendant « son frère » dans le jardin d'entrée. Ils discutaient de tout et de rien, en bons enfants innocents qu'ils étaient. Ils ne pensaient pas que le destin leur ferait se rencontrer de nouveau, dans d'autres circonstances, et qu'ils établiraient une nouvelle relation, tellement éloignée de ce lien fraternel qu'ils avaient tissé dix ans auparavant. Si la gamine aux cheveux noirs savait à cette époque qu'elle tomberait amoureuse de celui qu'elle avait considéré comme son petit frère pendant bien des mois, elle aurait sans doute mal réagi. Mais aucun de nous ne sait de quoi peut se former le futur, personne ne sait ce qui arrivera demain, l'avenir est une chose si peu concrète que l'on ne peut prédire. Et ces deux enfants vivaient au jour le jour, savourant chaque minute, chaque seconde, sans se préoccuper de l'heure qui pourrait suivre. Leurs grands sourires innocents et si enfantins, qui se feraient bien plus rares quelques années plus tard… Ils ne s'en souviendraient même pas lors de leur prochaine rencontre.

- Oui… Je joue du violon, et l'année prochaine je vais faire aussi de la contrebasse…

- Ouah, tu pourras me faire écouter, dis ?

- Ouais, bien sûr ! Tu pourras jouer pour moi aussi, hein ?

- Ouais !

Ils partirent dans un fou rire inexpliqué puis Elliot se leva, quittant son siège de fortune fait de terre et d'herbe, alors que sa « grande sœur » arrachait quelques brins pour s'amuser. Il la salua et rejoignit la grille puis sortit pour rentrer chez lui. Merry resta assise à même le sol, souriante, les joues légèrement rosies. Il aimait la musique, alors ? Et il voulait l'écouter jouer ? Elle devrait bien s'entraîner pour lui alors ! Peut-être qu'elle pourrait lui interpréter un morceau le lendemain ! Il venait tous les jours après tout, alors le plus tôt serait le mieux ! Elle passa alors sa soirée à s'entraîner, laissant la danse de côté pour un moment pour être parfaite lorsqu'il la verrait, lorsqu'il l'écouterait. Et cette fois-ci, on la retrouva de nouveau endormie sur son tapis… Mais le violon près d'elle, l'archet encore dans sa petite main, un sourire satisfait aux lèvres comme elle en arborait toutes les nuits.

Cependant, sa déception fut sans bornes lorsqu'elle constata qu'il ne viendrait pas ce jour-là. Il ne venait pas les dimanches et elle avait oublié ça. Elle décida de s'entraîner encore, alors, pour être encore mieux le lendemain ! Mais il ne vint pas, pour un évènement familial qui était l'accueil d'un nouveau petit garçon dans la famille, un certain Gilbert que le duc avait décidé d'adopter. Elle ne s'entraîna que davantage, ne pensant pas encore être au point, mais en si peu de temps survint un évènement déplorable qui fut l'accident de sa mère. Elle se brisa les os du bras gauche après une chute dans les escaliers, et était donc inapte à jouer du piano. Elliot ne viendrait plus pour un moment, vu qu'elle ne pouvait rien lui enseigner dans cet état. Mais Merry continuait à croire qu'il reviendrait une fois qu'elle serait soignée. Elle se mit à jouer des mélodies pour Helena, espérant que ça ne l'aide à guérir, peut-être, et continua de s'entraîner pour lui en mettre plein la vue lorsqu'il la verrait jouer ! Elle devait être au point, elle devait être parfaite…

Et Elliot ne revint jamais au manoir. Entretemps, il avait trouvé un autre professeur, certes moins performant mais qui pouvait se rendre directement au manoir. Ainsi il n'eut plus besoin de se déplacer pour prendre les cours, même s'il perdait cet avantage d'apprendre d'une Clowsday. Cependant, Merry jouait toujours avec tant d'entrain. Elle voulait absolument être la meilleure, pour qu'un jour, dans un futur proche ou lointain, il ne l'entende jouer… Même s'il ne devait pas venir à la maison pour la voir, il l'écouterait, où qu'il soit sa mélodie lui parviendrait, elle lui montrerait qu'elle savait jouer et qu'elle s'était entraînée d'arrache-pied juste pour lui. Son matériel de danse prit la poussière au fond de son placard alors que les années passaient et qu'elle avait vraiment pris goût à tout cela.

Peu à peu, ce petit garçon s'effaça de sa mémoire, son image devenait floue, son air si familier devint étranger à la jeune fille qui entrait maintenant au collège. Les lettres de son nom s'en étaient allées une à une de ses souvenirs. Seuls les deux petits glaçons qui formaient ses yeux étaient ancrés dans la mémoire de Merry.


- Mamie ?

- Oui ma petite Vivian ?

- Tu penses que l'uniforme me va bien ?

Merry, âgée de douze ans, tourna sur elle-même. Elle était vêtue d'une jupe courte plissée, blanche, tout comme sa chemise et sa veste à manche longues. En dessous, elle portait un gilet noir. Son col était surmonté d'un joli nœud papillon. Ses jambes étaient recouvertes par des chaussettes claires et elle portait des petites chaussures à talons –pas très haut, tout de même. La petite fille s'était peu à peu renfermée sur elle-même, continuant cependant à se confier de temps en temps à sa grand-mère. Mais elle n'avait aucun ami à l'école, elle avait développé un certain don de la répartie et envoyait balader assez facilement les gens. Elle n'avait jamais été très patiente mais là, elle était vraiment colérique, montrant les dents dès qu'on lui adressait la parole. Mais ce qu'on ne pouvait nier, c'était qu'elle était devenue une belle jeune fille –plate, certes- aux cheveux noirs assez longs et à la frange sur le côté. Elle intégrait à présent le lycée Lutwidge, réputé pour accueillir bon nombre de personnes au rang social élevé. Gabriell sourit à sa petite fille et acquiesça.

- Oui. Tu es très jolie, ma petite Vivian… Viens embrasser ta pauvre grand-mère avant de partir.

Elle s'exécuta, un léger sourire amusé aux lèvres, et enlaça sa mamie, puis s'arma de son sac de cours et alla à l'extérieur pour monter dans la calèche. Elle ne restait pas tout de suite en internat, du moins pas pour sa première année. La vieille dame la regarda à travers la fenêtre près de laquelle elle s'installait toujours pour tricoter et afficha un sourire triste. Elle avait oublié la danse, alors… Voilà qui devait réjouir ses parents.


- Merry, qu'est-ce que tu fais ?

- Je cherche dans mes vieilles affaires… Et je fais de ces trouvailles !

Cassandra s'allongea sur le lit à baldaquin de sa meilleure amie, se roulant sur les côtés et enfouissant sa tête dans les oreillers.

- Je m'en lasse pas ! J'adore vraiment ton lit !

La brune sourit, amusée, puis fouilla son armoire. Elle retrouva de vieux habits datant d'une bonne dizaine d'années. Elle avait alors quinze ans. Elle affichait un air assez nostalgique face à toutes ces babioles qui lui rappelaient bien des souvenirs. Puis elle trouva son matériel de danse, poussiéreux, derrière tous les vieux vêtements d'enfants. Elle le sortit, le secoua et le regarda. Elle ne comprit pas tout de suite pourquoi elle avait cela, puis se souvint. Tous ses souvenirs lui revinrent en mémoire, elle se rappela les danses qu'elle effectuait pour sa grand-mère, elle se rappela ses entraînements après chacun de ses cours de violons… Elle se rappela son souhait de devenir danseuse à l'avenir… Et elle se rappela une valse. Elle avait valsé, dans le jardin, alors qu'elle était encore gamine. Elle avait valsé avec un petit garçon. Un petit garçon…mais qui ? Elle déposa son costume, les larmes lui montant aux yeux, puis continua de fouiller. Elle trouva alors un bout de papier déchiré, qui la représentait, elle, il y a dix ans de cela, aux côtés de quelqu'un… Dont le visage avait malheureusement disparu avec le bout manquant. Elle jura intérieurement, sentant quelque chose d'humide rouler sur sa joue. Elle reprit ses recherches, sans résultat. Elle ne se souvenait que de ce regard perçant, bleu, glacial… Regard qu'elle avait déjà croisé en début d'année d'ailleurs.

- …Le Nightray… ?

Elle secoua la tête sur le côté alors que son amie posait sur elle un regard interrogateur. Non, ça ne pouvait pas être lui. Elle essuya les quelques larmes qu'elle avait versé contre son gré sous le coup de la nostalgie et rangea ses affaires, voulant les garder précieusement. Elle les mit dans un carton qu'elle plaça tout en bas de son armoire, puis se releva et sourit à Cassie. Elle se plaça ensuite devant son miroir, la rousse ne comprenant toujours pas ce qu'elle faisait. Elle avança un pied, puis commença à danser. Ses pas s'enchaînaient moins bien, elle n'avait pas dansé depuis trop longtemps. Mais elle gardait un certain sens du rythme. Ses mouvements restaient gracieux et même si elle faisait beaucoup d'erreurs, son air était paisible. Elle aimait toujours ça. Maintenant moins que la musique en elle-même, certes, mais elle comptait bien réparer son erreur. Elle se remit alors à chanter cette mélodie qui lui avait donné ce rêve d'enfant :

- It's like catching lightning, the chances of finding someone like you… It's one in a million, the chances of feeling the way we do… And with every step together, we just keep on getting better. So can I have this dance…

Elle termina la danse avec la chanson, sous le regard plein d'étoiles de la rouquine qui se mit aussitôt à applaudir. Merry rougit légèrement et salua, le sourire aux lèvres. Comment avait-elle pu oublier cette passion ? Comment avait-elle pu la remplacer ? Et ce petit garçon à ses côtés sur la photographie, comment avait-elle pu l'effacer de sa mémoire… ?


Un bip régulier qui ne cesse de retentir. Des voix autour de moi. Des bruits de pas se déplaçant dans la salle… Je suis où ? Je suis allongée…

La jeune fille tenta d'ouvrir les yeux mais les referma aussitôt. Trop de lumière autour d'elle, elle n'aimait vraiment pas ça et avait apparemment perdu l'habitude. Elle tenta de porter sa main droite à son visage pour faire un peu d'ombre mais sentit quelque chose qui semblait le retenir. Et son bras gauche…elle ne le sentait plus. La lumière traversait ses paupières, c'était très désagréable… Mais elle finit par les soulever. Elle se redressa, plissant les yeux, et regarda le paysage autour d'elle. Une salle blanche. Des drôles d'engins. Des gens aux tenues claires… Des lits… ?

J'suis à l'hosto'… ?


Et voilà ! J'espère sincèrement qu'il vous a plu. N'hésitez pas à me laisser un petit avis par review, mes très chers ^^ (Et ouiiiiii Dezaia, ton OS est en cours d'écrituuuuuure xD)